Bonjour-bonjour
Je viens de réaliser quelque chose de glaçant : les victimes de l’incendie du bar de Crans-Montana sont mortes à 1h30 du matin – soit justement 1h30 après s’être souhaité la bonne année.
Autant dire que l’inutilité de ces vœux est tragiquement manifeste – et pourtant cela n’empêchera pas cet usage de persister.
On dira que, justement, ce n’est qu’un usage, que personne ne pense vraiment que ces souhaits vont se réaliser simplement parce qu’on les a prononcés : les vœux renvoient à une forme de politesse sans autre conséquence que de montrer qu’on se plie à la bienséance.
Certes, mais quand même : il doit bien exister une catégorie de vœux sincères par les quels on mobilise toutes ses forces. Et il y a sans doute des gens qui sont morts à Crans-Montana alors qu’ils venaient de recevoir de tels souhaits. Cela suffira-t-il pour qu’on renonce à manifester son désir de voir réalisés de tels objectifs ? Sûrement pas : on aura vite oublié l’inanité des vœux de bonne année, quand bien même ils auraient été comme ici démentis par une catastrophe soudaine juste après avoir été énoncés.
C’est que les vœux, tout comme les prières relèvent d’une catégorie mentale très spéciale : le désir. C’est Kant qui attire notre attention là-dessus : le désir, dit-il est le « pouvoir d'être par ses représentations cause de la réalité des objets de ces représentations /…/, parce qu’avec le désir « il existe un rapport causal des représentations à leurs objets » (Critique de la faculté de juger, Introduction III).
--> Autrement dit lorsque nous désirons (et on peut croire que des vœux sincères sont la manifestation d’un désir véritable) nous sommes persuadés que notre désir va s’accomplir simplement parce que nous désirons très fort.
--> Simultanément, l’échec du désir n’entraine nullement la prise de conscience de son inanité. Bien sûr une telle déception peut abattre notre foi en sa réalisation. Mais qu’un désir nouveau renaisse, et voilà la machine à illusion qui redémarre.
Mais, comme le fait observer Kant, une telle illusion est bénéfique pour l’homme : sans elle nous ne réaliserions rien sans la certitude de réussir – autant dire jamais.

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