mercredi 31 août 2022

TOUJOURS PLUS ! – Chronique du 1er septembre

Bonjour-bonjour

 

Après l’austérité, mot qu’il est défendu aux responsables de prononcer en public, voici un autre mot interdit : la décroissance

En effet, après le Président Macron, qui déclarait en juin 2020 « Le choix de la décroissance n’est pas une réponse au défi climatique. », voici Elisabeth Borne affirmant lundi dernier « la décroissance n’est pas la solution »

 

- Il semblerait que chaque crise lance à la fois des mots nouveaux et aussi des mots interdits. Ainsi comme on vient de le dire de l’austérité, et puis du confinement, sans oublier les nègres (cette fois on frôle la correctionnelle), et pour finir la décroissance fait son entrée au « panthéon » de la diabolisation (1)

D’un côté cet ostracisme à l’encontre de la décroissance ne se comprend guère : il semble naturel de prendre acte de la nécessaire réduction de notre consommation d’énergie et donc de la réduction des productions qui vont avec. 

Seulement la décroissance ne signifie pas seulement cela. Dans le contexte économique, la décroissance, c’est une « politique préconisant un ralentissement du taux de croissance dans une perspective de développement durable » (Lu ici)

Bon : on est encore dans du permis : quoi de plus naturel que de préconiser le développement durable ?

C’est que la décroissance va en réalité beaucoup plus loin. Écoutons Géoconfluences, un site internet qui rassemble des ressources pour les enseignants : « La décroissance est un concept politique, économique et social qui remet en cause l’idée selon laquelle l’augmentation des richesses produites conduit à l’augmentation du bien-être socialLa théorie économique de la décroissance vise donc à réduire la production de biens et de services afin de préserver l’environnement ».

 

Résumons-nous : 

            * d’un côté « l’augmentation des richesse produites ne conduit plus à l’augmentation du bien-être social », ce qui signe la mort du dogme de la société de consommation sur lequel nous vivons au moins depuis 50 ans ; 

            * de l’autre la décroissance préconise (comme son nom l’indique) la réduction de la production des biens et des services » - et donc perte d’emplois et de richesse, sans parler des services désormais bannis – point sensible dans notre société qui est devenue une société orientée sur les services plus que sur la production industrielle.

--> Concernant le bien-être social on dira que c’est une question philosophique et qu’il n’appartient pas aux dirigeants d’en décider. Il porte en effet sur la question du « Pourquoi – chercher dans la consommation le bonheur ? »

Faisons donc un référendum –  « Considérez-vous la consommation comme la source du bonheur ? » (2)

--> Le second point n’est pas du tout philosophique : il porte essentiellement sur la question du « Comment se passer des services »... dont nous réclamons TOUJOURS PLUS !

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(1) Ne croyez-pas que ces susceptibilités langagières nous soient réservées. Vous trouverez ici, dans un journal québécois une liste des mots interdits à l’Assemblée Nationale de la Belle Province.

(2) Aujourd’hui il semble que ce soient les nantis qui dénonceraient la consommation, et les pauvres qui la réclameraient. Bizarre… Vous avez dit « Bizarre » ?

mardi 30 août 2022

A la chandelle, la chèvre semble demoiselle – Chronique du 31 août

Bonjour-bonjour

 

Madame Borne l’a dit : il faut s’attendre à des coupures de courant l’hiver prochain – coupure qui viendraient s’ajouter à celles qui affecteraient aussi le gaz.

Bien sûr, la première ministre a aussitôt ajouté que celles-ci ne pourraient survenir que « si toutes les mauvaises hypothèses se conjuguent : si la Russie coupe ses approvisionnements, si jamais il y a des tensions sur le GNL [gaz naturel liquéfié] et que les commandes qu’on a passées ne sont pas honorées, s’il y a un hiver très froid » (Voir ici)

Oui, mais le mal est fait : nous voici à gamberger sur une nuit sans lumière à la lueur de la chandelle.

 

- Occasion d’interroger nos ancêtres qui eux n’ont connu que cette lumière : ils affirment que la chandelle enjolive tout ce qu’elle éclaire. Une citation d’époque le dit : « A la chandelle, la chèvre semble demoiselle ». Eh bien, voilà de quoi nous faire espérer dans l’hiver prochain.

Il y a quand même aussi de quoi regretter la clarté - même crue et impitoyable - de la lumière électrique à la quelle nos yeux sont maintenant habitués au point de ne plus pouvoir s’en passer.


Quoique… Et si la chandelle venait au secours de notre imagination ? Si en effaçant les détails elle ouvrait le champ au fantasme ? Peut-être pas au point de voir une « demoiselle » dans une chèvre – sauf à avoir une imagination de légionnaire – mais quand même :

 


Georges de La Tour – La Madeleine à la veilleuse

 

Bien sûr l’essentiel n’est pas là. Il est dans la menace de voir nos précieux smartphones s’arrêter privés d’électricité. Alors répondons que d’abord on aura toujours de l’électricité, du moins de quoi recharger nos batteries ; et qu’ensuite quand bien même il faudrait limiter les heures d’écrans, ce serait enfin l’occasion de choisir entre les usages essentiels et ceux qui ne le sont pas.

lundi 29 août 2022

De la pureté au 21ème siècle – Chronique du 30 août

Les doutes et les hésitations sur l’avenir du monde commençant à me fatiguer les neurones, voici une info qui devrait les reposer : l’accumulation des poubelles dans notre cuisine.

 

 

Bonjour-bonjour

 

Une info anodine en apparence mais forte de conséquence sur notre vie quotidienne : en 2024 le compostage obligatoire entrera en vigueur partout en France. Il sera donc nécessaire de trier nos déchets organiques… dans une poubelle spéciale avant d’aller les déposer dans un composteur (public ou privé).

 

Banal me direz-vous… Oui, mais un peu trop : combien de fois avons-nous déjà été obligés d’ajouter une poubelle dans notre cuisine pour satisfaire aux nouvelles obligations du tri sélectif des déchets ménagers ? 3 fois ? 4 fois ? Plus encore ? Vous n’en savez rien et c’est bien normal. 

Faisons le compte ensemble :

            - Une poubelle pour les déchets organiques (nouvelle loi : cf. ici)

            - Une poubelle pour les recyclables

            - Une poubelle pour le verre

            - Une poubelle pour tout ce qui n’entre pas dans les précédentes.

Soit 4 poubelles qui peuvent se loger dans un élégant meuble qui leur est réservé :


Vu ici


Et on devine que ce n’est pas fini, les papiers-cartons étant encore mêlés aux autres recyclables, ainsi que les pots de yaourts, les bombes aérosols, etc.

L’explication officielle pour comprendre cette inflation est… la réduction des déchets : aurait-on moins de déchets après les avoir répartis dans quatre poubelles différentes plutôt que de tout mettre en une seule ? On en doute ; tout juste peut-on espérer qu’à trier comme ça tous les jours nos rejets on finira par éviter d’en faire, sans quoi ça deviendra un emploi à plein temps.

o-o-o

Pour qui philosophe le regard fixé sur l’horizon de l’histoire, le défi est de faire entre ça dans une conception de l’évolution humaine. Sommes-nous devenus des homos-recrementum, expression savante pour désigner les hommes qui se définissent par leur souci du déchet (1) ? Sans doute et le souci d’en venir au « zéro déchet » signifie pour beaucoup accéder à la pureté absolue : une sorte d’ascèse spirituelle pour qui n’en aurait pas d’autres.

Chaque époque a la sainteté qu’elle peut – et qui la définit.

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(1) Recrementum qui a donné « récrément » en français désigne les ordures, impuretés dans la mesure où elles sont mélangées à une autre substance. Récrément désigne aussi les sécrétions qui restent dans l’organisme à la différence des excréments. Lire ici

dimanche 28 août 2022

Gaffe au virage de l'histoire ! – Chronique du 29 août

Bonjour-bonjour

 

A quoi reconnait-on une époque ? À la manière dont elle se projette dans l’avenir. C’est aussi simple que cela : j’en veux pour preuve les innombrables discours sur la décadence de la civilisation. Relayant les inévitables radotages des vieillards pleurnichant sur la jeunesse devenue paresseuse et malpolie, les grands discours savants construisent quant à eux une représentation de l’Histoire humaine avec ses étapes, ses tournants et ses brisures. 

--> L'avenir est défini par ce que nous savons du présent - le quel est caractérisé par ses différences avec le passé. Vous pigez? Non? Alors écoutez notre Président.

A deux reprises le Président Macron a évoqué une telle rupture : d’abord à propos des alliances mondiales lors du déclenchement de la guerre en Ukraine : finie la stabilité de la mondialisation ; puis plus récemment concernant la crise des ressources énergétique, associé au dérèglement climatique : finie l'abondance énergétique. Dans les deux cas nous voyons que le 20ème siècle est terminé.

o-o-o

Si ces visions de l’histoire s’avèrent a postériori trompeuses, elles n’en sont pas moins de formidables révélateurs … de la façon dont les sociétés se perçoivent elles-mêmes dans leur présent. 

C’est ainsi que nous sommes depuis l’après-guerre engagés dans un processus qui pousse à la consommation de biens, non seulement pour suivre le progrès technologiques, mais aussi et surtout pour consommer toujours plus rapidement ces biens. L’idéal de notre époque est la mise à la poubelle de ce qu’on vient d’acheter  pour réitérer l’achat aussitôt : c’est une consommation où l’emballage est toujours plus important, puisqu’il est le seul à être détruit juste après son acquisition. (1)

- Auto-définis comme société de consommation, c'est ce frein qui manifeste que pour nous le 20ème siècle est bel et bien terminé.

 

Car voilà que nous devons freiner « drastiquement » cette consommation et pour cela conserver plus longtemps les biens que nous venons d'acheter, qu’il s’agisse de vêtements, de voitures, voire même de smartphones – vendus d’occasion, désormais simplement définis comme « reconditionnés ».

Les efforts à consentir devront être à la mesure de la rupture. Mais est-elle pour autant une caractéristique de l’histoire des hommes ? Et d’ailleurs, qu’est-ce qui nous dit qu’une rupture dans l'histoire devrait être vécue comme telle par les contemporains ?

Qui nous dit que les chasseurs-cueilleurs ont été bouleversés de voir leurs enfants se mettre à l’agriculture et à l’élevage ?

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(1) Telle est notre époque soumise à la domination d’Amazon : sa consommation de carton d’emballage qui entre en compétition avec les autres usages de la pâte à papier est en partie responsable du renchérissement des journaux et des livres. 

samedi 27 août 2022

Et maintenant, qu’allons-nous faire ? – Chronique du 28 août

Bonjour-bonjour

 

Vous êtes sans doute comme moi, chers amis : vous vous demandez « Que faire pour limiter le dérèglement climatique ? »

La réponse est peut-être contenue dans la réponse donnée par Elisabeth Borne avec l’annonce de la création d’un « fonds vert » doté d'1,5 milliard d'euros à destination des collectivités pour les aider dans l'accélération de leur transition écologique.

Élisabeth Borne suggère d'utiliser ce fonds pour 

            - La réhabilitation de friches pour limiter l'étalement urbain

            - Pour rénover « énergétiquement les bâtiments publics comme par exemple certaines écoles »

            - Pour ramener « de la nature dans les villes »

            - Pour installer des parkings relais à leur entrée. (Lu ici)

 

What else? Rien. Point de mesures pour limiter la consommation d’eau ; ni pour « blanchir » les surfaces noires (bitume des rues ou des terrasses) ; ni pour limiter la circulation dans les centres villes… 

C’est un peu court. On devrait selon moi lancer un grand concours d’inventions destiné à primer les idées les plus ingénieuses destinées à freiner les émissions de CO2   

Des start-up l’ont fait pour nous. Voyez plutôt :

            - Piégeage et Stockage du Carbone. En Islande une usine entièrement consacrée à ça est en construction

            - Des compléments alimentaires... pour les vaches : un produit qui permet de réduire jusqu'à 30% les émissions de méthane par les bovins. Solution suisse comme on s’en doute.

            - Un capteur pour avion, qui sera capable de détecter une émission de méthane avec une précision d’un mètre !

            - Injecter du CO2 liquéfié dans un mélange de béton destiné à le faire réagir avec des ions calcium et de l'eau pour produire du calcaire.

(Ces solutions et d’autres encore à lire ici)

 

- Et maintenant comment réduire le CO2 dans une maison ? 3 Solutions simples pour réduire l'exposition au CO2 à la maison

            - Aérer régulièrement la maison.

            - Utiliser un détecteur de CO2.

            - Installer un système d'extraction (ou VMC)

Bon : ça chacun en dispose déjà : donc ne pas s’inquiéter on a déjà les solutions nécessaires pour empêcher le vilain CO2 de venir nous polluer. 

Fastoche !

vendredi 26 août 2022

Savez pas quoi faire ? Dev’nez prof ! – Chronique du 27 août

Bonjour-bonjour

 

Le Ministère de l’Éducation nationale est en déroute : plus de profs à mettre devant les élèves ; personne ne vient sonner à la porte des recruteurs rectoraux ; d’ici à 6 mois (congés de maladie habituels en février) il faudra fermer des classes et renvoyer tout le monde vers le privé.

… Mais bien sûr tout ça c’est ce qui arriverait si nous n’avions pas des gouvernants sages et prévoyants. 

Voici un train de mesures déjà mis en place :

            - Le niveau de recrutement récemment hissé au master 2 (bac plus 5) vient d’être ramené à la licence (bac plus 3) – du moins pour les intérimaires (ceux qui vont massivement venir, du moins on l’espère, remplacer les candidats-titulaires partis voir ailleurs).

            - La formation de ces intérimaires sera ramenée à … 4 jours (actuellement elle est de 800 heures étalée sur 2 ans)

            - Dans l’urgence on recrute les profs d’école manquants en faisant passer un test aux collés du concours, avant d’élargir aux titulaires de la licence. 

            - Et écoutez bien : ce test consiste en une dictée de texte et une autre de chiffres. 

            - Bien sûr les listes complémentaires des concours donnent  accès direct au paradis de la classe devant 30 moutards qui vont triturer leurs smartphones pendant toute la journée (sans doute pour dénoncer à l’imam leurs profs blasphémateurs). (Lire ici)

 

Alors il y a bien des choses à dire : déjà s’étonner qu’un métier si remarquable et si peu contraignant (18h de travail par semaine !) soit délaissé par la jeunesse. 

En suite – et surtout – constater que désormais 4 jours de formation suffisent pour se préparer à affronter la classe : que d’efforts et d’argent gâché quand on compte les 800 heures habituelles. On dira qu’avec ce peu de temps on ne saura pas faire la classe et donc que les élèves en pâtiront. Sans doute sauf si…

… Sauf si la préparation donnée dans les instituts ad hoc ne servait à rien et que ce soit seulement sur le terrain qu’on apprenait à enseigner ? 

- Ce propos est excessif j’en conviens mais il comporte une part de vérité. Cette vérité est que si on distingue entre formation initiale (avant le concours) et formation continue (après le concours et durant la carrière), la seconde est bien plus utile que la première. 

Ceci remet en cause l’utilité de la pédagogie comme science dont la possession donnerait prise sur la réalité de la classe. Mais au cours de ma carrière d’enseignant-formateur je n’ai pas subi de démenti radical.

jeudi 25 août 2022

Du passé faisons table rase… – Chronique du 26 août

Bonjour-bonjour

 

Emmanuel Macron l’a déclaré hier à Alger « Le passé, nous ne l’avons pas choisi, nous en héritons, c’est un bloc, il faut le regarder le reconnaître, mais nous avons une responsabilité, c’est de construire notre avenir pour nous-mêmes et nos jeunesses » (Lu ici)

 

Que faire du passé colonial de la France ? Pouvons-nous estimer que la page est tournée dès lors que les pays sont devenus souverains ? Ainsi de Nicolas Sarkozy allant même jusqu’à dire que la guerre d’Algérie ne concernait plus la France, la preuve en était qui lui-même n’était pas né à l’époque ? Ou bien, comme le font certains autonomistes antillais, que l’esclavage est toujours une blessure et une tare non seulement dans les mémoires mais aussi dans les vies des descendants d’esclaves ?

On remarquera que le Président français prend une voie moyenne : le passé est passé, mais… pas tout à fait puisque nous en avons « hérité ». Toutefois il ne faut pas que ce passé empêche la construction de l’avenir, comme ce serait le cas si la réparation de cette brisure que fut l’indépendance de l’Algérie était encore à faire. Pour la France la création annoncée hier d’une commission d’historiens français et algériens sur la colonisation (art. cité) suffirait à résoudre le problème – façon de dire que de nouvelles concessions – par exemple dans le domaine des visas – ne parait pas indispensable.

 

Laissons de côté la question du rôle que les politiques entendent faire jouer à l’histoire (cf. la « rente mémorielle » supposée tirée du passé par les dirigeants algériens), et demandons-nous plutôt quel rôle le passé peut jouer dans le présent. Question éminemment philosophique – trop philosophique pour être opérante dans la vie politique ? (1) Peut-être pas, puisque chaque génération doit résoudre ce problème « Que pouvons-nous devenir compte tenu de ce qu’on a fait de nous ? » Question où l’on reconnaitra la définition sartrienne de la liberté (2), mais que l’on peut aisément traduire par l’équilibre entre passé et présent que nous sommes régulièrement appelés à réaliser.

- Un exemple ? La place donnée à la technologie dans la résolution des désordres climatiques.

La fusion nucléaire ou la lampe à huile ?

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(1) En tout cas les jeunes élèves de terminale avaient à méditer sur ce problème lorsqu'on leur demandait autrefois en classe de philo de commenter cette formule "Le passé n'est pas passé; il n'est même pas dépassé"

(2) « L'important n'est pas ce qu'on fait de nous, mais ce que nous faisons nous-même de ce qu'on a fait de nous. » Sartre – Saint Genet, comédien et martyr 

mercredi 24 août 2022

Demi-tour camarade, le vieux monde est devant toi - Chronique du 25 août

Bonjour-bonjour

 

Le propos du Président Macron hier, à l’issue du conseil des ministres sont plutôt glaçants : « C’est la fin de l’abondance et de l’insouciance. Ce que nous sommes en train de vivre est de l’ordre d’une grande bascule… » (Lu ici)

Assorti d’un appel à l’unité, cette déclaration prend un tour politique, mais reposant surtout sur une vision plutôt personnelle elle releve aussi du pessimisme. Venant d’un homme qui n’a pas arrêté de nous asséner des propos optimistes, allant de l’annonce d’un nouveau monde jusqu’au retour des beaux jours en plein confinement, il y a de quoi nous inquiéter.

 

Mais il serait bon quand même de ne pas oublier le caractère politique de ces propos. Et s’il s’agissait de mettre en place une nouvelle politique de soutien économique, beaucoup moins généreuse qu'aujourd'hui et assortie de nouvelles organisations des retraites et du chômage ? L’idée étant que lorsque ces mesures seront dénoncées par l’opposition, les ministres pourront prendre la voix de la sagesse, l’autorité et de la lucidité, pour affirmer que le gouvernement fait le mieux possible dans un contexte qui est objectivement très dégradé. Réussir par exemple à maintenir le réchauffement à 1,5 (alors que partout on annonce 2°),  ça peut être présenté comme un tour de force, bien que ce soit globalement un échec.

 

Reste que notre Président aime bien se définir comme le philosophe hégélien, celui qui est perché tout là-bas, au-bout de l’histoire, qui de son regard d’aigle, voit monter vers lui les époques - et qui est capable de décréter leur signification.

 

"Demi-tour camarade, le vieux monde est devant toi…" Oui, mais ça, ce n'est pas du tout hégélien !

mardi 23 août 2022

Merci patron – Chronique du 24 août

Bonjour-bonjour

 

Manque de garçons de café, d’infirmières, de médecin, de profs… Dans toutes sortes de domaines le reflux du chômage révèle des ilots d’activités désertifiés, en pénurie totale de main-d’œuvre faute de volontaire. Qui donc voudrait travailler en « horaires coupés », alors qu’on trouve des horaires normaux dans d’autres entreprise ? Et qui donc voudrait faire les journées d'un médecin de campagne ? Ou faire la classe à des loulous qui n’ont qu’une idée : sécher les cours et « chouffer » pour des dealers ?

La réponse est simple : payer plus et mieux – et quand les horaires sont coupés donner un jour de congé hebdomadaire en plus. On connait ce principe, reste à voir comment ça fonctionne dans la réalité – par exemple aux Grands Buffets de l’Aude :

            - La direction des Grands Buffets a décidé d’indexer les salaires au coût de la vie: d’ici octobre, aucune fiche de paie n’affichera moins de 1900 euros mensuels net.

            - Les salariés en horaires coupés ont depuis longtemps trois jours de repos en moyenne par semaine.

Le patron les Grands Buffets, dans l’Aude, l’a fait – et il recrute à tour de bras. (Lire ici)

 

- Les patrons ont eu l’habitude d’imposer leurs conditions parce qu’il y avait une longue file de chômeurs devant leurs bureaux de recrutement. Maintenant que ce n’est plus le cas, ils s’étonnent que les travailleurs posent à leur tour leurs conditions. C’est que le travail reste une contrainte dont on recherche toujours à se défaire.

 

Bon : augmenter les salaires et améliorer les conditions de travail, c’est facile sur le papier, mais dans la réalité : qui paye ?

Louis Privat, le patron des Grands buffets avait annoncé que pour financer sa politique salariale il ferait passer le prix de son buffet gastronomique à volonté de 42,90 euros à 47,90 euros. Ce qu'il a fait. Et il ajoute : « Les clients ne semblent pas en avoir fait un casus belli ». Dont acte. 

C’est le délégué du personnel qui conclue, expliquant ainsi le succès de cette politique de recrutement : « Des salariés ont pu se projeter, certains ont pris dans la foulée un crédit pour acheter une maison ou une nouvelle voiture »

 

- Reste le consommateur obstiné : « Oui, mais alors le petit noir sur le zinc va me coûter 2€ ? »

En effet, ça va coûter plus cher – mais si c’est le juste prix, chacun devra en tenir compte. D’ailleurs il y a de plus en plus des produits qu’on propose à la vente avec le label « juste prix » pour rémunérer les producteurs.


Façon de dire que tous les autres sont des voleurs.

lundi 22 août 2022

L’ère des pénuries : miam ! – Chronique du 23 août

Bonjour-bonjour

 

« Le tourisme bat des records, et les vendanges s’annoncent exceptionnelles en qualité mais aussi en quantité. » Cette nouvelle vous fait bondir de joie ? Non ? C’est que comme tout le monde vous n’êtes intéressé que par les mauvaises nouvelles, et en particulier par celles qui annoncent des pénuries.

Tenez, voyez celle-ci (qui a l’avantage de concerner plus spécialement nos voisins britanniques) : « Le Royaume-Uni souffre comme l'Union européenne de la crise énergétique provoquée par l'invasion russe de l'Ukraine, mais également d'une perturbation des chaînes d'approvisionnements et d'un manque de travailleurs exacerbé par le Brexit. » Toutes ces pénuries réunies expliquent que l’inflation s’accélère, chez eux et bientôt chez nous.

 

- Notre attachement morbide aux mauvaises nouvelles explique-t-il que nous ne soyons pas sensibles aux bonnes tendances de notre économie, qui, selon certains spécialistes, ne se porte pas si mal ? Si nous ne voyons que les échecs et les régressions, est-ce à dire que nous soyons influencés par la propagande des partis d’opposition qui tirent une « rente calamité » des échecs du gouvernement ?

Sans doute, mais la gourmandise avec la quelle nous recherchons et consommons ces mauvaises nouvelles peut avoir une autre source.

--> Manque de gaz (ou d’électricité), pénurie de marchandises, manque de travailleurs… Nous, les enfants de la société de consommation, n’en revenons pas : alors que nous avions appris que grâce à la consommation tout allait bien au point que le mieux que nous ayons à faire était de passer le temps à bâfrer, voilà que la réalité nous impose la vertu de la sobriété. Toutefois, alors même que nous écoutons les (mauvaises) nouvelles de l’économie, nous continuons de consommer tant et plus, comme au bon vieux temps. C'est que la pénurie, nous n'y croyons pas vraiment.

Une preuve ? Avez-vous remarqué comme les conseils pour économiser l’eau ont le vent en poupe ces temps-ci ? Récupération des eaux grises, retraitement de celles-ci pour la consommation humaine, installation de citernes pour récupérer les eaux de pluie (quand il se remettra à pleuvoir), que sais-je encore ? Tous ces conseils et ces publicités nous intéressent comme si la pénurie d’eau était ce qu’il y avait le plus à craindre. Nous tremblons de ne plus avoir d’eau au robinet, et puis l’instant d’après nous allons nous ébrouer sous notre douche.

- Alors ? Je crois comprendre que nous aimons nous faire peur, comme les petits enfants qui adorent les histoires horribles simplement parce que ça leur donne des sensations fortes tout en n’étant que des fictions. Nous jouons à nous faire peur pour mieux jouir de la sécurité ambiante.

dimanche 21 août 2022

Souffrir en prison – Chronique du 22 août

Bonjour-bonjour

 

Les compétitions de kart réunissant les prisonniers de Fresnes et leurs gardiens alimentent une polémique que le Garde des sceaux n’a pas dédaigné de reprendre à son compte. Le ton a été donné par l’extrême droite pour laquelle le désordre se serait installé à Fresnes avec ce relâchement jugé coupable : les surveillants sont faits pour surveiller et les prisonniers sont faits pour payer leur crime en croupissant dans leurs cellules en attendant qu’on veuille bien les en laisser sortir une fois leur peine accomplie.

 

Les organisateurs de ces « jeux », dont le directeur de la prison lui-même et le Ministère de la justice qui en avait validé le principe, mettent quant à eux l’accent sur le fait qu’ils sont utiles pour la réinsertion des prisonniers lors de leur sortie, rappelant qu’aujourd’hui 40% des prisonniers récidivent et retournent en prison.

 

Les associations de défense des prisonniers quant à elles déplorent que cette affaire détourne l’attention des conditions de détentions abominables qui prévalent dans certains établissements. Avant de sortir il faut se soucier de ce qu’on fait des prisonniers durant leur incarcération.

Tout cela me rappelle les polémiques qui se sont déchainées durant le ministère Badinter lorsqu’on avait permis l’installation de postes de télé dans les cellules (1). On hurlait contre ces « prisons 3 étoiles », estimant que regarder la télé durant sa peine d’emprisonnement annulait son caractère punitif.

Or, ces jeux organisés à Fresnes ont d’abord le rôle d’effacer autant que faire se peut les différences entre l’intérieur et l’extérieur de la prison, par exemple en normalisant les rapports entre les surveillants et les prisonniers. On parle ici de réinsertion et non de conditions de détentions.

 

Ceux qui protestent contre de tels soucis sont des gens pour qui la prison est là pour faire souffrir les prisonniers. La dette qu’ils ont contractée envers leurs victimes et la société toute entière est une dette de souffrance, qui ne peut se payer que par la souffrance. Quant à les réintégrer dans la société, peu de gens en ont réellement envie. On serait même à souhaiter réactiver la relégation : l’île du Diable n’est pas si loin… 

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(1) On était en 1985 en résonnance avec la coupe du monde football de 86 (voir ici)

samedi 20 août 2022

L’effet papillon – Chronique du 21 août

Bonjour-bonjour

 

« L’imprévu était-il imprévisible ? » : c’est ce sujet de dissertation qu’on a soumis il y a quelques années aux candidats du bac pour l’épreuve de philo (voir le corrigé ici). Et c’est avec cette question qu’on serait tenté d’accueillir les invectives qui tombent sur les prévisionnistes météo après le terrible orage qui a dévasté une partie de la Corse, qui n’était alors qu’en alors en alerte jaune. 

On reproche en effet à Météo-France de ne pas avoir su prévoir ce qui pourtant devait être pour elle prévisible. Et c’est là que la question se pose : un tel orage était-il prévisible, compte tenu des phénomènes atmosphériques observables quelques heures avant ?

 

Orage corse – Voir ici

 

- Alors certes, quand on voit des images comme celles-là, on se dit qu’en ayant les moyens de les visualiser 2 heures à l’avance on pouvait lancer une alerte utile.

Seulement voilà : non seulement ces nuages n’existaient pas 2 heures avant, mais encore les causes qui devaient les fabriquer n’existaient peut-être pas elles non plus. Et c’est ça qu’on refuse : en bons déterministes (1) nous croyons que les causes des phénomènes sont impliquées les unes par les autres, chacune provoquant des effets qui étaient contenus à l’avance dans ses flancs. C’est qu’en effet ils ne viennent pas de rien du tout, ces nuages. Ils résultent de la réunion de phénomènes qui leur préexistaient. Dès lors qu’on pouvait les connaitre, on devait prévoir leurs effets.

- Sauf que leur devenir était potentiellement multiple et que devant toutes ces possibilités, la science ne peut être « déterministe » que de façon statistique et établissant des scénarios des différentes possibilités : or parmi ceux qui prévoyaient la venue de cet orage, il n’y en avait que 10% prévoyant qu’il se déclarerait avec cette intensité et en cet endroit.

- Quand même, vous n’allez pas nous dire qu’un pareil orage arrive sans prévenir d’une façon ou d’une autre. Un orage gigantesque, ça veut dire du tonnerre entendu de loin !

- Voilà un autre préjugé. A l’époque de Descartes on croyait encore que les phénomènes étaient provoqués par des causes aussi importantes qu’eux. Il doit y avoir autant d’être dans la cause que dans l’effet disait-on alors. Seulement nous avons appris que les causes peuvent être minimes, du moins comparées à leurs effets et que des phénomènes infimes, agrégés les uns aux autre de façon aléatoire peuvent entrainer des effets cataclysmiques. C’est à cela que fait référence l’effet papillon. (2) 

- A oui ? Le hasard et l’effet papillon ? C’est pour nous apprendre ça qu’on paye les prévisionnistes météo et qu'on leur offre des ordis plus puissant que ceux de la NASA ?

- Il y a peut-être une limite infranchissable à ce que peut prévoir la science. C’est là qu’on touche à la question du chaos déterministe… mais justement, c’est là une autre question. (Voir ici)

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(1) « Il faut admettre comme un axiome expérimental que chez les êtres vivants aussi bien que dans les corps bruts les conditions d’existence de tout phénomène sont déterminées d’une manière absolue. » Tel est le déterminisme défini ici par Claude Bernard (A lire dans cet art. Wiki)

(2) « Prédictibilité : le battement d'ailes d'un papillon au Brésil pourrait provoquer une tornade au Texas » Il s’agit d’une théorie qui distingue entre le déterminé et le déterminable : à lire ici

vendredi 19 août 2022

Une affaire de femmes – Chronique du 20 août

Bonjour-bonjour

 

Et si on parlait aujourd’hui… des règles des femmes ? Oui, les règles, les menstrues si vous préférez ? 

Bizarre direz-vous ? Pas tant que ça : lisez plutôt ce qui suit.

Alors même que de nos jours il est devenu indifférent pour une activité professionnelle de savoir si c’est un homme ou une femme qui l’occupe (que ce soit ministre, avocate ou conductrice de bus), on répugnerait à se préoccuper de savoir si les femmes en question ont ou non leurs « périodes » ? Que ce sujet soit réservé aux femmes elles-mêmes, c’est assez normal ; mais que dire des préventions à leur encontre lorsqu’elles ont leur cycle ? Au point qu’aujourd’hui on préfère oublier que ça existe et que les femmes elles-mêmes sont contraintes de faire « comme si » ça n’existait pas : aucune d’entre elle ne dirait à ses collègues masculins « Je ne suis pas performante parce que j’ai mes règles » ? Quoiqu'on en dise, les règles restent une honte


Ainsi, tantôt les femmes sont « effacées » durant cette période et on les accables toute sorte d'ignominies (pour une liste non exhaustive lire ceci) ; et tantôt ce sont les règles elles-mêmes qui sont niées : plus de malaise, plus de maux de ventre plus de troubles de l’humeur, plus de saignements surabondants etc.

Du coup les hommes comme les femmes ont leur "souci menstruels" : comment vivre avec nos compagnes si on nie leur problèmes féminins ? Mais aussi comment considérer ces derniers comme des fait normaux, banaux mêmes ?


- Peut-être est-ce le moment d’évoquer l’indifférence, qui serait une posture intermédiaire : on peut prendre cet évènement en compte, mais on peut aussi l’oublier, un peu comme on oublie de regarder le ciel pour savoir s’il pleut quand on ne sort que pour s’engouffrer sous un porche voisin. Bien sûr si ma compagne a la migraine ce matin parce qu’elle a ses règles, je vais m’en soucier, mais exactement comme je m'informe de ses soucis chroniques de santé si elle en a. Le tabou véritable, ce n’est pas de parler de ces « affaires de femmes » ; c’est de n’en parler qu’avec embarras, en ressentant qu’il ne faudrait pas le faire. Or, on vient de le dire : notre époque de libération des femmes n’a pas encore réussi à nous défaire du tabou des règles : si les femmes ne sont plus taboues durant ce moment, les règles quant à elles le sont. (1)

- On dira qu’à ce compte on devrait accepter de penser le moment où elles vont au cabinet d’aisance – ce qui est franchement dégoûtant. Bien sûr : ce n’est pas parce qu’on efface un tabou qu’on l’institue en sujet de conversation courant. Les menstrues restent malgré tout perçues comme l’expulsion de déchets, et dès lors réservé à une certaine intimité. 

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(1) Il n’est que de voir la manière qu’ont les marque de SH font leur pub : en dissimulant les serviettes dans des emballages de bombons ou les montrant maculées de bleu. 


D’ailleurs Corinne Masiero a fait scandale à la cérémonie des Césars en s’exhibant non seulement entièrement nue, mais encore avec des pendentifs d’oreille faits avec des tampons rougis.

jeudi 18 août 2022

De la sobriété à l’ébriété – Chronique du 19 août

Bonjour-bonjour


« Combien ça coute ? » a été un magasine télé consacré à l'argent et la dénonciation des gaspillages économiques : on pourrait le reprendre aujourd’hui tant des sommes inimaginables sont investies dans des projets dont l’intérêt pour les hommes est sans rapport avec leur montant. Ainsi de lancement de la fusée SLS, le lanceur du programme Artemis.


- Si je m’intéresse à ce projet, c’est que chaque lanceur – non réutilisable – coute la somme de 2 milliards de dollars.On comparera cette somme à celle des programmes humanitaires, mais aussi au cout des recherches sur la fusion nucléaire visant à atténuer le dérèglement climatique promulgué aux Etats-Unis (« Inflation Reduction Act ») accorde ainsi 280 millions de dollars au programme national de développement de la fusion nucléaire. (Lire ici)

 


Que dira le philosophe devant cette gabegie ? Va-t-il relativiser en disant que de tels projets sont sans comparaison avec d’autres financements ? Que l’intérêt de conquête spatiale est sans commune mesure avec son coût ? Qu’on ne peut pas comparer ces investissements sans prendre en considération les sommes indispensables pour lancer de tels projets, qui varient justement selon les technologies à mobiliser ?


Oui… mais la tradition sans laquelle la philosophie serait bien fragile nous enseigne aussi que les hommes sont démunis devant les ressources dont ils disposent : savent-ils en profiter avec prudence et parcimonie ? On nous demande aujourd’hui de gérer avec lucidité les sources d’énergie à notre disposition, et même de faire preuve de sobriété en ouvrant le robinet de la salle de bain. Et voilà que des milliardaires financent la conquête spatiale, déversant à plein flot des dollars pour arriver à des résultats dont personne ne peut aujourd’hui garantir que leur succès présentera une quelconque avantage pour l’humanité.

Seulement voilà : l’argent, c’est du pouvoir, non pas sur tout ce qui existe, mais bien sur les hommes. Et comme tout pouvoir il ne connait pas de limites autres que celles que lui imposent ses ressources.

Payer une fusée qui ne servira qu’une fois 2 milliards de dollars, c’est là un exemple d’abus, mais ce n’est qu’un exemple d’un dérèglement partout présent.

C’est l’ébriété et non la sobriété qui est la règle.

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N.B. Ce dérèglement dû à la profusion des biens est aussi constaté dans le monde animal avec les loups qui ravagent les troupeaux de brebis bien au-delà de leurs besoins comme si leur nombre était une invite à tuer sans utilité autre que de prendre du plaisir.

mercredi 17 août 2022

Travaillez donc comme les chinois ! – Chronique du 18 août

 

Bonjour-bonjour

 

Je vous sens un peu languissant ce matin, mes amis. Peut-être la perspective de reprendre le travail bientôt ? Si c’est le cas, alors évitez de lire la presse internationale, sinon vous allez prendre le coup de blues.

 

… Faut-il donc éviter d’en parler ? Cela ne servirait à rien, d’autant que ce qu’on lit est déjà dans la presse française de droite depuis pas mal de temps. Alors, allons-y : « Liz Truss, la prétendante à la succession de Boris Johnson estime que la productivité moindre des Britanniques résulte « en partie d'un état d'esprit et d'une attitude. C'est une question de culture du travail. (…) Ce qu'il faut faire, c'est bosser plus. Ce n'est pas un message populaire ». 

Liz Truss ajoute encore : « C'est une question de culture du travail, en fait. En Chine, c'est très différent, je peux vous l'assurer » (Lu ici)

 

Laissons de côté l’allusion à la quantité de travail consentie par les travailleurs chinois qui, pour nous, correspondent au labeur imposé aux prolétaires du 19ème siècle, si bien décrit par Marx dans Le Capital. Après tout les conditions historiques ont changé depuis et rien ne dit que les 60 heures de travail hebdomadaires seraient utiles de nos jours chez nous. Mais ce qui m’importe dans la déclaration de la future Première britannique, c’est la référence à la « culture du travail » si différente là-bas de ce qu’elle est ici. 

J’en veux pour preuve l’effarement des jeunes étudiants chinois venus terminer leurs études en France, devant le manque de dynamisme de leurs camarades français dès lors qu’il s’agissait d’apprendre et de produire. Et ne croyez pas qu’il s’agisse seulement d’une jeunesse désabusée par le manque de débouchés pour leurs diplômes. Un entrepreneur en travaux publics algérien expliquait il y a quelque temps pourquoi on trouvait sur ses chantiers toujours plus d’ouvriers chinois et moins d’algériens : « Quand vous embauchez des algériens, la première chose qu’ils font c’est de se mettre en grève pour avoir plus de congés. Et quand ils ont été satisfaits, ils se mettent en réunion syndicale pour exiger le respect des heures de poses. Les chinois, non seulement ne font rien de tout ça, mais en plus ils ne quittent leur travail que quand ils ont terminé leur tâche. »

On le voit : la « culture du travail » apporte très peu de stimulations des deux côtés de la méditerranée – preuve que, nous français, ne sommes pas des exceptions.


On dira :

- Et alors ? Si ça se trouve ce sont les européens et les maghrébins qui ont raison. Ils refusent de travailler uniquement pour le profit du patron ? La belle affaire !


Demandons aux conservateurs dont fait partie Liz Truss : 

- Oui les travailleurs ne doivent pas être privés de la juste rémunération qu’ils ont méritée par le surcroît de travail. Nous avons toujours soutenu la formule de Nicola Sarkozy « travaillez plus pour gagner plus ». C’est pour cela que le partage des profits entre travailleurs et actionnaires doit être l’objet de négociations. Mais la quantité de travail, quant à elle, n’est pas négociable parce que c’est le marché qui en décide. Quoiqu’il en soit, c’est avec le travailleur chinois que le travailleur britannique – ou européen – est en compétition. » 

 

Seulement voilà : chez nous, les jeunes travailleurs expliquent que le coup du « travaillez plus, vous pourrez consommer plus », ça ne marche plus. C’est le cas des nouveaux médecins qui refusent les semaines de 60 heures, même si ça leur permet d’avoir des c*** en or massif.

mardi 16 août 2022

La sobriété, une utopie… rationnelle ? – Chronique du 17 août

Bonjour-bonjour

 

Le dérèglement climatique est dans tous les esprits, alliant la crainte de canicules et de sécheresses qui transformeraient la Beauce en Sahara, à la peur des incendies et des inondations.

Cet article, signé par Franck Aggeri, fait le point sur cette question, montrant que la réalité est en effet très inquiétante, puisque rien ne permet d’espérer une quelconque modification des données actuelles. Lisez plutôt : « La consommation de ressources augmente au même rythme que celui du PIB. Le rapport /de l’Agence Environnementale Européenne/ conclut que ce découplage est hautement improbable avec le modèle économique dominant, intensif en besoins matériels. » 

 

--> La conséquence ne se fait pas attendre : selon Frank Aggeri il faut « inventer les manières de consommer moins et mieux. Cela passe à la fois par un travail d’éducation mais également par la production de nouveaux imaginaires où l’achat de produits de seconde main, reconditionnés ou réparés, ou encore la location et le partage ne sont plus dévalorisés mais sont, au contraire, considérés comme des actions positives. »

- Oui, vous avez bien lu : les spécialistes le disent tranquillement : il faut faire à nouveau rêver le peuple, mais cette fois en allant vers la frugalité – alors que la société de consommation allait quant à elle vers plus de destruction (car ne l’oublions pas : consommer, c’est détruire).


Alors, certes, il faut nuancer, car s'il s’agit « de la production d’un récit imaginaire » il doit néanmoins être « de l’ordre du réalisable, auquel est associée une démarche rationnelle visant à en évaluer les conditions et les conséquences plausibles ». Reste que l’Ademe (1) imagine non seulement une frugalité choisie mais également contrainte : réduction de la consommation de viande, limitation forte de la construction neuve et de la mobilité, développement des low-tech. 

Voilà le programme présenté aux générations frugales comme on aime à les appeler : des gens qui prendront du plaisir à ne pas consommer, à refuser la viande et les tout nouveaux bijoux de la higt-tech. 

o-o-o

Je passe sur le flou qui subsiste quant au modèle économique qui pourrait allier la croissance du PIB à la réduction de la consommation, pour me focaliser sur le triturage d’imaginaire qui seul permettra de réaliser ce bouleversement dans les habitudes.  

- Moi, je n’aime pas – mais alors pas du tout – qu’on vienne triturer mon imagination, et je considère comme des ennemis de l’humanité ceux qui se proposent de le faire en toute bonne conscience. Ne s’agit-il pas de procéder à une prise de possession analogue à celle que pratiquent les gourous dans les sectes qu’ils dominent ? Sommes-nous autre chose que ces pauvres disciples qui sont persuadés que l’humanité est sous la coupe des Illuminatis ou de satanistes pédophiles (2) ? 

- Oui, n’est-ce pas, ces mécanismes de décérébrations ne sont pas propres aux sectes, loin de là ; ils sont à l’œuvre partout où une communauté se soude autour de croyances et de symboles communs. Ces dérives ne sont pas accidentelles car on les trouve partout à l’œuvre. Elles ont accompagné le développement de l’humanité – sans doute pour son plus grand bénéfice. Mais aujourd’hui, et cela depuis les temps modernes, en tout cas depuis Descartes, nous avons appris que l’esprit critique devait accompagner toutes nos pensées. Car, il faut « Ne recevoir jamais aucune chose pour vraie, que je ne la connusse être telle » Descartes - Discours de la méthode 

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(1) L’ADEME (ou Ademe) est l'Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie ; elle est un établissement public à caractère industriel et commercial (EPIC) français créé en 1991

(2) Tel est aux Etats-Unis le mouvement Qanon dont les adeptes « sont convaincus qu'une cabale politique satanique et pédophile contrôle secrètement le gouvernement américain. » (Lire ici)