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mardi 7 octobre 2025

Qu’est-ce qu’il y a après le virage ? – Chronique du 8 octobre

Bonjour-bonjour

 

Les médias internationaux ont, pour parler de la situation politique française, tous le même mot : le chaos. Ce mot évoque un désordre tel qu’aucune prévision ne peut être faite. Sur un terrain chamboulé par un séisme quelconque, chaque parcelle ne m’apprend rien de ce que je vais trouver un peu plus loin. Quand, remontant de la mer vers la terre, le sable de la plage devient de plus en plus grossier, je peux légitimement m’attendre à trouver des cailloux, puis de la terre, puis des prairies - ici rien ne me permet de deviner ce qui va se présenter. On dirait de la même façon que les politiciens actuels naviguent en plein brouillard ou encore qu’ils ne peuvent deviner ce qu’il y a après le virage.

 


Cette métaphore du virage me plait bien : que va-t-il arriver demain ? Une dissolution ? Une démission ? Ou « seulement » un virage à gauche avec suspension de la réforme des retraites ? Qui le sait ? La politique est affaire de prévision, on doit pouvoir juger que tel évènement, compte tenu du contexte, aura telle ou telle probabilité d’arriver et on peut se préparer à une réaction appropriée. Ici, rien de tel.

- Mais le chaos évoqué comporte un élément de plus. Ce n’est pas la même chose de dire « On navigue en plein brouillard » et « C’est le chaos » : dans le premier cas le monde normal existe toujours il est simplement pour le moment invisible. Dans le second c’est le monde en lui-même qui est bouleversé : son évolution est imprévisible parce qu’aucune loi ne peut s’appliquer à lui.

- Est-ce le cas ? Elisabeth Borne a semé le doute en disant que selon elle on pourrait suspendre la réforme des retraites et donc ouvrir à un gouvernement de cohabitation avec la gauche : ce ne serait pas un bouleversement total, puisqu’au cours de la récente histoire on a eu la cohabitation Chirac/Jospin. Par contre la dissolution ou la démission du Président ouvrirait sur un virage beaucoup plus radical : une présidence et/ou une chambre résolument acquise au RN. Là encore ce ne serait pas le chaos, puisqu’on devine ce que la France deviendrait : au mieux l’Italie de Giorgia Meloni.

En fait l’imprévisibilité vient de ce qu’on ne sait de quel côté va pencher la balance : vers la gauche, vers la droite, ou vers le populisme ?

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N.B. Il existe un poème de Fernando Pessoa consacré à ce virage. Le voici : 

Peut-être, au-delà du tournant de la route

y a-t-il un gouffre, et peut-être un château fort,

Et peut-être tout bonnement la continuation de la route.

je n’en sais rien et je ne pose pas de questions.

Tant que je marche sur la route avant le tournant,

je me contente de regarder la route avant le tournant,

puisque je ne peux voir que la route avant le tournant.

Je n’en serais pas plus avancé si je regardais de l’autre côté

Et de celui que je ne vois pas.

N’ayons cure que du lieu où nous sommes.

Il est assez de beauté dans le fait d’être ici et nulle part ailleurs.

S’il y a quelqu’un au-delà du tournant de la route,

Ceux qui s’inquiètent de ce qu’il y a par-delà le tournant de la route,

C’est cela qui pour eux est la route.

Si nous devons y parvenir, en y parvenant nous saurons.

Pour l’instant nous savons seulement que nous n’y sommes pas.

Il n’est ici que la route avant le tournant, et avant le tournant

Il y a la route sans aucun tournant.

(Fernando Pessoa)

mercredi 20 novembre 2024

Ose penser ! – Chronique du 21 novembre

Bonjour-bonjour

 

Une émission de France culture aborde un phénomène largement méconnu : celui de l’incertitude devant l’avenir politique. Il faut dire que nous sommes envahis par des spécialistes qui ont la rhétorique nécessaire pour nous persuader qu’ils maitrisent la situation avec suffisamment de certitude pour en prédire l’évolution. Mais en réalité on reconnait les philosophes au fait qu’ils acceptent d’affronter l’incertitude où nous sommes devant cette évolution.

- Selon l’auteur de l’émission, le philosophe pensant l’avenir politique doit affronter l’incertitude de la pensée. Ainsi du philosophe Claude Lefort, qui s’oppose au surplomb des idées : "Il y a une distance (...), entre une philosophie politique de la raison, qui essayait de faire plier les événements aux catégories de la raison qu’ils avaient inventées par avance (...), et le travail de Lefort, c’est-à-dire qu’écrire à l’épreuve du politique, ça veut dire risquer constamment sa parole, l’engagement de sa parole, au contact d’événements qui ne cessent de nous déloger de nos certitudes politiques."

On retrouve cette exclamation de Kant (dans son article « Qu’est-ce que les lumières ») « Sapere aude ! », qu’on traduit par « Ose penser ! ». On songe assez platement qu’il s’agit simplement de dire qu’en mettant sa raison au service de sujets politiques on court de risque de déplaire au Prince. Certes – mais plus fortement, il s’agit aussi de sujets pour les quels on doit, en tant qu’individus prendre la responsabilité d’une conclusion que le recours à la raison ne suffit pas à confirmer. En démontrant un théorème je ne prends aucune responsabilité, parce que n'importe qui faisant la même démarche arriverait au même résultat. Mais en prévoyant l’évolution d’un régime précis, existant dans un pays donné, vers une démocratie ou au contraire vers le despotisme, je prends le risque de me tromper, erreur qu’on ne peut absolument éviter parce qu’aucun modèle ne vient diriger la pensée. Même la science n’échappe pas à cette incertitude : l’évolution du climat qui n’obéit pas tout à fait aux prévisions pâtit du fait qu’il n’y a pas d’autres planètes où les phénomènes climatiques de la Terre seraient testables.

J’aimerais aussi que cette incertitude devant l’avenir résulte simplement du fait que l’avenir n’est pas connaissable parce qu’il n’est pas encore écrit. 

Et si penser l’avenir c’était aussi (tenter de) le créer ? On sait bien que ça ne suffit pas, mais on voudrait quand même que ce soit un tout petit peu possible.

lundi 16 septembre 2024

Ça va faire BOUM !!!! – Chronique du 17 septembre

Bonjour-bonjour

 

Une image vaut parfois mieux qu’un long discours. En voici une qui devrait décrire de façon figurée la vie politique française pour les mois à venir :

 


- Pour ceux qui le souhaitent, cette image peut être expliquée : le Rassemblement National s’organise pour faire sauter le gouvernement au moment qu’il aura choisi, provoquant une nouvelle dissolution qui lui permettra de se retrouver devant les électeurs au moment qu’il aura voulu, sur les thèmes qu’il aura pris soin, longtemps en amont, de mettre sur le devant de la scène.

- Elle peut aussi être commentée : alors que le Président avait semble-t-il finement joué avec la dissolution en juin lui permettant de ravir l’initiative aux partis qui voulaient mettre le gouvernement par terre lors du vote du budget en octobre, le voici confronté, cette fois de manière inéluctable, aux manœuvres de l’extrême-droite.

On souligne la brutalisation de la vie politique qui charrie les pires insultes et les fausses nouvelles à foison. Et si ces immondices cachaient quelque chose de beaucoup plus subtile, telle une partie d’échec ? On dit que le joueur d’échec doit prévoir les cinq coups qui vont suivre : nul doute que le Président savait que cette menace nucléaire pesait sur l’après-élection. Mais ce n’était qu’un scénario parmi bien d’autres.

Alors, maintenant que même nous, citoyens de base, pouvons prévoir cette future dissolution qui donc va nous annoncer les quelques coups suivant ? Je veux dire : « Suivant la démission du Président »

samedi 24 juin 2023

Valeur prophétiques de la série les Simpson – Chronique du 25 juin (a)

Bonjour-bonjour

 

Les scénaristes des Simpsons comptent déjà des prédictions troublantes à leur actif, en 2000, il avait imaginé l’élection de Donald Trump, en 1998, l’invasion de l’Ukraine, et en 2000 l’arrivée de Kamala Harris (sous les traits de Lisa Simpson) à la Maison Blanche.

Dans l’épisode de la Saison 17, épisode 10 ( = 2006) on peut voir Homer Simpson dans un petit sous-marin personnel, explorer une épave de navire coupée en deux, comme le Titanic. Mais sur le chemin du retour, l’engin s’égare et reste coincé sous une voûte rocheuse. La réserve d’oxygène baisse. Homer tombe alors dans le coma mais il se réveille sain et sauf à l’hôpital.


 

Les Simpson de Matt Groening


Bref : si vous voulez connaitre l’avenir, laissez de côté Nostradamus et voyez les Simpson. 

Bien sûr il vous faudra choisir la prévision qui risque le plus de se réaliser, et ça, ce n’est pas très facile. Mais on est quand même obligé de se mouiller. 

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PS - Pour ne pas trop désespérer, notez que Ocean Gate, propriétaire du sous-marin perdu annonce avoir déjà loué toutes les places pour plonger sur l'épave du sous-marin disparu.

jeudi 22 juin 2023

L’erreur est humaine – Chronique du 23 juin

Bonjour-bonjour

 

On avait eu un aperçu des approximations dans l’évaluation des montants des retraites concernées par le plancher à 1200€. On s’était dit que c’était la faute du seul ministre du travail – excusez du peu ! – qui avait fait flamber ce chiffre en réalité très restreint.

Mais ce n’était là qu’un avant-goût de ce qui allait suivre : on apprend en effet aujourd’hui que le COR (= Conseil d’Orientation des Retraites) retourne complètement son évaluation du déficit des caisses de retraites, qui, jugée mineure en février est aujourd’hui considérée comme conséquente (= plus de 8 milliard d’euros). Une telle erreur qui a joué un rôle majeur dans le conflit (les syndicats jugeant que la réforme-Macron était injustifiée compte tenu de ces prévisions) était de surcroit une récidive, la même dérive s’étant déjà produite en 2017  au point que même Bruno Lemaire dit aujourd’hui prendre les prévisions du COR avec prudence. 

Qui donc est responsable ? Comme il est impossible de croire que des erreurs pareilles ne viennent que de l’incompétence des fonctionnaires, on doit avoir un décalage dans les critères pris en compte : on ne parle pas de la même chose en février et aujourd’hui. Mais alors, comment ne pas s’en être aperçu ? Et s’il s’en était aperçu, pourquoi le gouvernement n’aurait-il pas mis en cause dès février ces prévisions qui lui étaient défavorables et qu’il pouvait juger erronées ?

Imaginez que le comptes de la France soient tous aussi corrompus ; que le reste à dépenser de juillet soit égal à zéro, parce que les gros ordinateurs de Bercy avaient buggé ? Et que du coup, les fonctionnaires ne pourraient plus être payées, la dette non remboursée, la sécu en faillite ?

Aujourd’hui, tout passe par l’argent. On n’en était pas là au 17ème siècle : la question était : faut-il admettre la doctrine de la prédestination ? Et pour répondre c’était une question de conviction : le plus on était puissant, le plus on était convaincant.

Avouez que si la réponse est facile c’est parce que la vérification est difficile.

dimanche 15 janvier 2023

Dites-moi, madame Irma... – Chronique du 16 janvier

Bonjour-bonjour

 

Souvenez-vous : nous sommes en 2015 ou 2018, peu importe : sur les plateaux télé toute sorte d’intervenants soulèvent l’enthousiasme en déclarant le France inapte à la gestion finances publiques, insistant sur le fait que de nombreux pays européens font mieux qu’elle en matière de service public avec beaucoup moins d’argent. 

- Aujourd’hui même le Président pourtant élu en 2018 avec un programme de suppression de postes de fonctionnaires, se félicite de la réouverture des sous-préfectures ou de la création des « Maisons France Services » (1). Les spécialistes expliquent imperturbablement que la demande en faveur de plus de services de proximité, provient certes de la ruralité, mais aussi des périurbains. Et tout cela parait maintenant aussi normal que l’inverse qui avait été prévu il y a quelques années.

… Bien sûr, les Gilets-jaunes sont passés par là, mais bizarrement personne ne les avait vu venir.

 

Et aujourd’hui ? Alors que depuis plusieurs mois nous sommes avertis de nous préparer à une pénurie de courant électrique – au point que les écolos triomphent en disant que la filière nucléaire est à bout de souffle et que donc il s’agit de passer au renouvelable – voici l’info qui se glisse sans tambour ni trompettes dans mon journal : « À la centrale nucléaire de Cruas-Meysse, un réacteur arrêté à cause de la faible demande d'électricité. Fin décembre, un réacteur de la centrale nucléaire du Tricastin dans la Drôme avait aussi été arrêté pendant plus de 15 jours pour les mêmes raisons. »

… Le philosophe soupire en refermant son journal : puisque la prévision de l’avenir ne débouche que sur des âneries, quel besoin auvons-nous de lire des informations qui ne sont fiable qu’à la condition de se borner à décrire ce que chacun peut voir en se mettant à sa fenêtre ? 

 

- Les statisticiens auraient-ils un socle plus solide avec leurs chiffres ? Consultés sur le mouvement anti-réforme des retraites, ils soupirent : le chiffre disponible dès aujourd’hui est celui du soutien de l’opinion au mouvement de grève, mais on sait que les mouvements les plus durs dans le passé, comme celui de 1995, ont commencé avec un taux d’assentiment très bas. 

… Alors, bien sûr on y verra plus claire après le 19….

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(1) Situées à moins de 30 minutes de chez vous, ces établissements vous offrent des guichets uniques de proximité vous assurant de la présence et de l’aide d'agents de la fonction publique pour faciliter vos démarches (voir ici)

jeudi 15 septembre 2022

L’art de la décision : mettre du futur dans le présent – Chronique du 16 septembre

Bonjour-bonjour

 

Alors que la France parait disposée à rouvrir des négociations avec l’Australie pour la fourniture de 4 sous-marins conventionnels, les jumbo-jets A380 sont peu à peu remis en service par les compagnies aériennes qui les avait pourtant écartés il y peu.

On pourra aussi ajouter à cette liste le sort des contrats gaziers entre la Russie et l’Allemagne, et la construction du gazoduc Nord Stream 2 fermé à peine achevé. 

On a fait grief à Angela Merkel d’avoir mis son pays sous la dépendance énergétique des Russes : mais sa décision a-t-elle été plus irrationnelle que celle du ministre Australien rompant avec la France ou de l’Avionneur estimant qu’il n’y avait plus de place dans le ciel pour l’A 380 ? Ces retournements de décisions sont bien sûr tout sauf des incohérences : il s’agit de nouvelles situations, imprévisibles lors des décisions initiales, et devenues vitales aujourd’hui

o-o-o

L’art de gouverner qu’il s’agisse de politique ou d’entreprises, est l’art de voir loin : on ne décide pas pour le lendemain mais pour le sur-lendemain ou le sur-sur-lendemain. Choisir une flotte aérienne qui coute des milliards, ça ne peut pas être destiné seulement à l’année qui vient. Choisir un fournisseur de sous-marin c’est parce qu'on est certain d'être livré dans les 10-15 ans à venir. Mais dans tous les cas, c’est aussi dans le présent que la décision doit être prise – elle doit donc être valide dès aujourd’hui. 

Le Gaz Russe devait être utilisé dès maintenant tout en offrant une bonne garantie d’approvisionnement pour l’avenir à 50 ans ; les Jumbo-jets doivent de même être opérationnels dès à présent et promettre une bonne opérabilité dans les 20 ans à venir. Quant aux sous-marins, il fallait une pleine confiance dans le fournisseur pour tabler sur la livraison à date convenue. Ce qui a fait défaut avec les américains et les anglais, et qui justifie qu’on revienne vers les français. (Lire ici)

samedi 20 août 2022

L’effet papillon – Chronique du 21 août

Bonjour-bonjour

 

« L’imprévu était-il imprévisible ? » : c’est ce sujet de dissertation qu’on a soumis il y a quelques années aux candidats du bac pour l’épreuve de philo (voir le corrigé ici). Et c’est avec cette question qu’on serait tenté d’accueillir les invectives qui tombent sur les prévisionnistes météo après le terrible orage qui a dévasté une partie de la Corse, qui n’était alors qu’en alors en alerte jaune. 

On reproche en effet à Météo-France de ne pas avoir su prévoir ce qui pourtant devait être pour elle prévisible. Et c’est là que la question se pose : un tel orage était-il prévisible, compte tenu des phénomènes atmosphériques observables quelques heures avant ?

 

Orage corse – Voir ici

 

- Alors certes, quand on voit des images comme celles-là, on se dit qu’en ayant les moyens de les visualiser 2 heures à l’avance on pouvait lancer une alerte utile.

Seulement voilà : non seulement ces nuages n’existaient pas 2 heures avant, mais encore les causes qui devaient les fabriquer n’existaient peut-être pas elles non plus. Et c’est ça qu’on refuse : en bons déterministes (1) nous croyons que les causes des phénomènes sont impliquées les unes par les autres, chacune provoquant des effets qui étaient contenus à l’avance dans ses flancs. C’est qu’en effet ils ne viennent pas de rien du tout, ces nuages. Ils résultent de la réunion de phénomènes qui leur préexistaient. Dès lors qu’on pouvait les connaitre, on devait prévoir leurs effets.

- Sauf que leur devenir était potentiellement multiple et que devant toutes ces possibilités, la science ne peut être « déterministe » que de façon statistique et établissant des scénarios des différentes possibilités : or parmi ceux qui prévoyaient la venue de cet orage, il n’y en avait que 10% prévoyant qu’il se déclarerait avec cette intensité et en cet endroit.

- Quand même, vous n’allez pas nous dire qu’un pareil orage arrive sans prévenir d’une façon ou d’une autre. Un orage gigantesque, ça veut dire du tonnerre entendu de loin !

- Voilà un autre préjugé. A l’époque de Descartes on croyait encore que les phénomènes étaient provoqués par des causes aussi importantes qu’eux. Il doit y avoir autant d’être dans la cause que dans l’effet disait-on alors. Seulement nous avons appris que les causes peuvent être minimes, du moins comparées à leurs effets et que des phénomènes infimes, agrégés les uns aux autre de façon aléatoire peuvent entrainer des effets cataclysmiques. C’est à cela que fait référence l’effet papillon. (2) 

- A oui ? Le hasard et l’effet papillon ? C’est pour nous apprendre ça qu’on paye les prévisionnistes météo et qu'on leur offre des ordis plus puissant que ceux de la NASA ?

- Il y a peut-être une limite infranchissable à ce que peut prévoir la science. C’est là qu’on touche à la question du chaos déterministe… mais justement, c’est là une autre question. (Voir ici)

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(1) « Il faut admettre comme un axiome expérimental que chez les êtres vivants aussi bien que dans les corps bruts les conditions d’existence de tout phénomène sont déterminées d’une manière absolue. » Tel est le déterminisme défini ici par Claude Bernard (A lire dans cet art. Wiki)

(2) « Prédictibilité : le battement d'ailes d'un papillon au Brésil pourrait provoquer une tornade au Texas » Il s’agit d’une théorie qui distingue entre le déterminé et le déterminable : à lire ici

lundi 11 avril 2022

Les partis ? Tous partis ! - Chronique du 12 mars

Bonjour-bonjour

« T’as pas cent balles ? » Cette question on l’a entendue hier prononcée avec angoisse par quelques-uns des candidats déchus de l’élection présidentielle : ayant recueillis moins de 5% des voix, les voilà obligés de payer de leur poche leurs frais de campagne.

 

Ci-dessus, Valérie Pécresse appelle aux dons : "Je suis endettée personnellement à hauteur de 5 millions d'euros" (Voir ici). 

 

On ironisera : Valérie Pécresse en faillite ? On n’est pas prêts à lui confier les clés de Bercy ! Mais la vérité, c’est qu’aucun parti n’est épargné 

- Il fut un temps où on était communiste de père en fils ; où, vieil abonné du Figaro, on avait été toute sa vie du parti conservateur. Mais aujourd’hui, vous pouvez être le matin socialiste, l’après-midi centriste – mais le soir après le pastis, mélanchonniste.

Beaucoup d’électeurs l’ont dit lors de récents sondages : ils se sont déterminés à voter pour un candidat la veille du scrutin, voire même dans l’isoloir.

Oui, imaginez : vous collectez les 12 bulletins présents et, entré dans l’isoloir, vous vous dites : « Au fait le quel vais-je mettre dans l’enveloppe ? » Comment est-ce possible ? Sommes-nous devenus à ce point indifférents à la politique que nous jouions un vote à pile ou face ? Sûrement pas. Mais peut-être notre orientation politique varie-t-elle selon les inclinations, les émotions, les passions qui nous envahissent ? Un attentat islamiste, et je vote pour le fielleux qui promet, une fois élu, de jeter tous les musulmans à la mer ; si c’est une mère de famille qui pleure de faim avec ses trois enfants devant l’Armée du salut, me voilà soutien de l’Abbé Pierre ; le chômage augmente ? Vite, je choisis le libéral de service (Emmanuel ! Au secours !)

Le choix politique ne s’effectue plus qu’à court terme et avec lui l’élection Présidentielle relève du concours de beauté. Plus aucune visibilité : les résultats escomptés s’inversent au cours des sondages et celui qui rit le matin, l’après-midi pleurera.

 

Les sociétés démocratiques comme la nôtre deviennent impossibles à gouverner, mais ce n’est pas grave : en cas de défaillance des hommes, la nature reprend ses droits et c’est elle alors qui pilote le pays, le laissant dériver vers les gouffres pour qu’au dernier moment les matelots reprennent la barre. Et quand ils sont trop occupés à se chamailler pour le faire ? Qu’importe : ça fera un pays libre et indépendant de moins, mais ce qui compte pour notre Mère-Nature, c’est le global, c’est l’espèce : croyez-vous que l’humanité disparaitrait si la France, pays libre et de haute culture venait à disparaitre ?

lundi 14 mars 2022

L’effet papillon – Chronique du 15 mars

Bonjour-bonjour

 

Le pétrole enfin à la baisse ! Comment cette bonne nouvelle est-elle possible ? L’OPEP aurait-elle décidé d’augmenter significativement sa production ? – Certainement pas.

Aurait-on levé l’embargo sur le pétrole iranien ? – Que nenni.

L’information vient de plus loin : il s’agit du confinement de Shenzen faisant suite à une nouvelle flambée du variant Omicron. « Le confinement de l'agglomération chinoise, surnommée la "Silicon Valley of China" pour son rôle essentiel dans les nouvelles technologies, contribue paradoxalement à l'apaisement des tarifs pétroliers dans la mesure où ces nouvelles restrictions pourraient freiner la demande énergétique chinoise. » apprend-on de cette source bien informée. 

Autrement dit, parce que l’épidémie flambe dans une ville de Chine, nous allons payer moins cher le carburant à la pompe du Leclerc. Bientôt il suffira qu’un tremblement de terre ou une irruption volcanique ait lieu quelque part là où l’on extrait – par exemple – des terres rares et voilà que tout un pan de l’économie mondiale va s’effondrer.

Il s’agit bien de « l’effet papillon », du nom de ce phénomène caractérisé par l’écart énorme entre une cause minime et son effet gigantesque (1). On dira que le confinement de 18 millions de personnes, même en Chine, ce n’est pas minime. Mais néanmoins il s’agit-là d’un phénomène qui a lieu dans un secteur éloigné des prix pétroliers.


C’est justement là qu’est le problème : il n’y a semble-t-il plus aujourd’hui de secteur isolé – tous sont intriqués les uns avec les autres du fait de la mondialisation de l'économie et de la démultiplication des besoins technologiques. Du temps des cathédrales on se contentait de bœufs pour déplacer les pierres venues de la carrière voisine et du bois des forêts avoisinantes pour la charpente ; du coup on était à peu près sûr de pouvoir terminer Notre-Dame de Paris. Ça prenait un siècle, mais on avait confiance : on irait jusqu’au bout. 

Aujourd’hui, du fait de la diversité des sources d’approvisionnement, leur cohésion  mondiale est beaucoup plus incertaine, surtout si on ajoute à cela les troubles politiques entrainant embargo ici et destruction là. 

Or, justement l’un des ressort de l’économie est la confiance dans l’avenir. Je ne prête si je suis sûr de récupérer mon argent : sinon je fais monter les intérêts – ou alors je m'abstiens, à moins que je préfère investir là où l’avenir politique est garanti : d’où la prédilection des capitaux pour les dictatures bien fermes. Faute de pouvoir éliminer les obstacles, on tâche les prévoir et d’en tenir compte dans les réalisations.

Mais quand les mutations aléatoires d’un virus s’en mêlent c’est la panique à Wall Street.

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(1) L’« effet papillon » est une théorie météorologique selon laquelle un battement d'ailes de papillon au Brésil peut provoquer une tempête au Texas (voir ici)

mercredi 4 août 2021

Météo France avait raison à 10% – Chronique du 5 aout

Bonjour-bonjour

 

Un été pourri, voilà ce qu’on nous réserve cette année. Et météo France, vous croyez qu’ils nous auraient prévenus ? Mais non ! Fin avril ils nous servaient la prévision d’un été chaud et sec ; sinon, pourquoi on serait aujourd’hui à Plougastel ?

 


Été 2015 : un apéro à Plougastel

 

Alors, voilà que maintenant on nous dit « qu'un scénario plus chaud que les normales saisonnières avait 50% de chance de survenir, une météo proche de la normale 40%, mais aussi un scénario plus froid 10%. » (lu ici). Ils n’ont donc tort qu’à 90% - on devrait se contenter de ça ! 

Météo France nous explique patiemment, comme si on était des nuls que "le scénario le plus probable ne se réalise pas systématiquement", et "le moins probable peut se réaliser".

Oui sauf qu’avoir chaud à 50% et froid à 10%ça nous laisse de marbre : nous ce qu’on veut, c’est savoir ce qu’on va mettre dans la valise ; des maillots ou des cirés ?

Conscient de l’insuffisance de ces explications, les prévisionnistes de Météo France précisent : « /pour les prévisions saisonnières/ on ne peut pas faire de prévisions déterministes comme on le fait à courte échéance, c'est simplement les probabilités de différents scénarios ». Il y a donc deux sortes de prévisions : les déterministes et les probabilistes. Pour les premières l’évolution de la situation résulte de facteurs déjà présents : le conflit entre des masses d’air conduit à des orages c’est une certitude – simplement leur occurrence ici où là-bas, 10 km plus loin, n’est que conjoncturelle. 

Pour les secondes, on n’a pas de données semblables, on ne peut que se référer à ce qui arrive habituellement, comme le froid en hiver et la chaleur en été. 

Vous en voulez des prévisions saisonnières ? En voici une : « Noël au balcon, Pâques au tisons » : c’est elle aussi une probabilité statistique ; mais elle coûte beaucoup moins cher parce qu’elle n’a pas besoin de satellites ni de super-ordinateurs pour être fabriquée.

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P.S. Ajoutons qu'on peut espérer que les prévisions "probabilistes" deviendront un jour des prévisions "déterministes". Pour cela il faudra simplement que la connaissance des mécanismes du climat soient plus finement connus. Sauf si ces mécanismes entrainent une indétermination structurelle, comme avec ces situations qui produisent du chaos déterministe (plus connu sous le nom "d'effet papillon").

L'avenir n'est peut-être pas écrit...


 

mercredi 10 février 2021

Évolution de l’épidémie : prévision ou prédiction ? – Chronique du 11 février

Bonjour-bonjour

 

Depuis la décision du Président Macron de ne pas reconfiner les français et cela contre l’avis de certains membres du comité scientifique on a célébré le retour des décisions politiques qui auraient pris le pas sur l’avis des scientifiques.

Qui a raison ? Faute de savoir comment arbitrer ce match savant contre politique, pourrions-nous mieux comprendre pourquoi il peut avoir lieu ?

 

Depuis un an maintenant la science par l’intermédiaire de la médecine est sur le devant de la scène. On lui demande d’agir avec efficacité contre l’épidémie et de nous dire avec exactitude le cours futur de son évolution. Bref : grâce à leur science les médecins doivent prévoir l’avenir faute de quoi ils perdront aux yeux de la nation leur qualité de spécialistes scientifiques.

On connait la suite : devant le galimatias qu’ont constitué les controverses scientifiques incapables d’expliquer unanimement la progression de la maladie dont nous sommes affligés, nous nous sommes tournés vers des influenceurs d’opinion, certes incapables de prévoir l’avenir mais qui prétendent avec toute l’autorité imaginable pouvoir le prédire.

D’un côté la science pour laquelle le passé et l’avenir sont tous deux produits par le déploiement des mêmes lois, et donc identiquement connaissables. De l’autre, les affirmations qui puisent leur conviction dans les désirs et l’imagination. Les premiers prévoient l’avenir ; les seconds le prédisent.

On veut croire que le match est fini avant de commencer et que la science l’emporte sur l’opinion. Mais c’est oublier une chose : pour gagner la science doit avoir la même force de conviction que l’opinion. Or, quand on voit des scientifiques les plus honnêtes déclarer qu’on ne sait pas tout et que certaines connaissances sont encore hypothétiques et en attente de vérification, alors on peut être tenté de se tourner vers les charlatans qui exploitent la crédulité du public – car le public, vous et moi, sommes souvent plus intéressés par la certitude que par sa vérification.

Car il y a une incertitude savante, fondée sur la démarche scientifique elle-même. Et c’est celle-ci qui engage le politique, en tant qu’il est un décideur, à faire des choix sans y être déterminé par l'exactitude scientifique. Et c’est là que nous retrouvons l’origine de la décision de ne pas reconfiner le pays : cette décision s’est insinuée dans l’infime espace d’incertitude laissé par les épidémiologistes dans l’appréciation du cours des contaminations à venir.

On dit que « gouverner c’est choisir » ; il n’est pas sûr que le politique ait toujours le choix : entre la santé et la maladie, on ne choisit pas, on suit mécaniquement la voie qui mène à la santé. En revanche quand la certitude du résultat n’existe pas, le choix réapparait. 

On va croire qu’on ne gouverne jamais aussi bien qu’en tirant à pile ou face. Ce ne serait vrai que s’il n’y avait pas mille degrés de probabilités intercalés entre la certitude scientifique et la prédiction délirante.