jeudi 1 octobre 2026

Affaire Bardella : la question de l’avatar – Chronique du 2 octobre

Bonjour-bonjour

 

L’affaire Jordan Bardella, du nom du jeune président du RN accusé d’avoir entretenu il y a plus de dix ans une correspondance où il manifestait ses engagements antisémites, en est au stade de la vérification de preuves. Car la charge de la preuve est du côté de l’accusateur, Médiapart en l’occurrence, qui établit, grâce aux archives de Meta, que ces mails ont bien été émis depuis une boite appartenant au jeune Jordan.

La défense consiste alors à nier la robustesse de cette preuve : « Qui prouve que c’est bien Jordan Bardella et non un individu inconnu et mal intentionné qui a envoyé ces messages ? »

- Autrement dit, il y a douze ans un individu s’est fait passer par le jeune Jordan, alors strictement inconnu et qui en était alors au stade de l’apprentissage (comme il le décrit lui-même dans son autobiographie), qui aurait réussi à utiliser ce moyen de communication pour nuire le moment venu au futur Président du Rassemblement national. On imagine alors qu’existe un avatar créé de toute pièce pour simuler des agissements imaginaires.

Les soutien de monsieur Bardella triomphent alors : « Puisque ça a pu être totalement inventé, alors c’est sûr : ça ne prouve rien » 

Et ce serait vrai sauf dans une démarche judicaire qui distingue entre vérité et preuve : la preuve juridique ne se confond pas nécessairement avec la vérité absolue dans la mesure où le juge ne dispose généralement pas d'un accès direct à « ce qui s'est réellement passé » - et notons que c’est bien le cas ici. Il doit reconstruire les faits à partir d'éléments soumis au débat judiciaire, qui fonctionne sur la distinction vérité/preuve : « La vérité est ce qui s'est réellement passé ; la preuve est ce qui permet juridiquement d'établir que cela s'est passé. » (Source GPT)

Autrement dit c’est cette reconstruction qui peut et doit être faite. Les défenseurs du RN veulent autre chose : qu’on ait la preuve matérielle « directe », en quelque sorte un enregistrement infalsifiable son/image de Jordan Bardella âgé de 17 ans et proférant ses atrocités antisémites.

Bien sûr on n’aura jamais accès à de tels documents, mais seulement à leur décalque. Le RN aura alors toujours le pouvoir de refuser d’accepter de telles archives ; sauf qu’il aura du mal faire admettre que la démarche établissant leur existence n’a pas lieu d’être.