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samedi 27 juin 2026

Etienne Klein et la vérité scientifique – Chronique du 28 juin

Bonjour-bonjour

 

Je reviens sur le scandale qui frappe Etienne Klein après la découverte des plagiats qui émaillent non seulement ses ouvrages de vulgarisation, mais aussi sa thèse de doctorat.

Dans une publication récente, Etienne Klein répond à des questions qui mettent très durement en relief les effets délétères que ses emprunts non référencés ont eu sur le contenu de ses travaux y compris lorsqu’il a présenté sa thèse sur la question de l’unité en physique.

J’ai eu l’occasion de dire il y a quelques jours combien son travail de vulgarisation a été important selon moi, et que de ce point de vue il me paraissait secondaire que ses emprunts n’aient pas été référencés comme ils auraient dû l’être. 

Toutefois il en va autrement avec sa thèse de doctorat. Le doctorant est en effet lancé dans une démarche de recherche personnelle, et s’il s’attribue des découvertes que d’autres ont déjà faites alors on est dans de l’escroquerie pure et simple.


Qu’en est-il ? Bien sûr je n’ai pas la compétence pour en juger. Toutefois lors de la soutenance le jury qui comportait des noms tels que Dominique Lecourt n’a jamais signalé un tel fait qui d’ailleurs aurait été rédhibitoire. Il me semble par contre que l’essentiel est à chercher dans les motifs qui ont poussé le jury a apprécier cette thèse, à savoir qu’elle développe cette idée qui est alors passée pour originale : « La question de l’unité de la physique était un enjeu ontologique au temps des Grecs, c’est-à-dire que la question qu’ils se posaient était de savoir s’il y a une unité de la substance qui forme le cosmos, tandis que chez les Modernes, le problème s’est peu à peu déplacé, est devenu « législatif » au sens où les physiciens ne sont plus en quête d’une substance unique mais de lois qui sont, elles, universelles et totalisantes. »

Là, je dis : si cette idée n’est pas originale mais qu’elle est pompée sur d’autres publication, il y a tromperie. Et c’est peut-être le cas, mais alors que penser de la compétence du jury ? 

Reste que l’idée de cette disjonction entre l’unité de la physique chez les grecs et chez les modernes est essentielle et c’est elle qui compte vraiment pour moi.

Pour conclure, je dirai que l’interview donnée ici est radicale : je n’apprécie pas le sens très relatif de l’intégrité de la création intellectuelle propre à monsieur Klein. Mais ce n’est pas vraiment ce que j’attends de lui. 

En revanche s’il publie de nouveau pour vulgariser la science, j’achèterai son livre.

samedi 21 juin 2025

C’est la vérité-vraie ! – Chronique du 22 juin

Bonjour-bonjour

 

« "La vérité est-elle toujours convaincante ?" C'était l'un des trois sujets du bac de philosophie sur lesquels les lycéens ont planché en début de semaine, ce qui montre à quel point notre sujet préoccupe. » (Lire ici)

Suite à la polémique concernant le chiffre des spectateurs présents à l’investiture de Donald Trump en 2016, la notion de « post-vérité » a été proposée pour qualifier la valeur des évaluations notoirement surévaluées du public. Autrement dit la vérité ne suffit pas à convaincre, il lui faut en outre être associée à des croyances et à des opinions.

--> En 2016, « la post-vérité » a été désignée comme le terme de l'année en 2016, au moment de l'élection de Donald Trump et du Brexit, par le dictionnaire Oxford. En effet, selon Charles Mercier, maître de conférences en histoire contemporaine à l’université de Bordeaux, 2016 est une année "où les faits semblent avoir moins d'importance que les pulsions émotives de l'opinion publique et où la crédibilité du discours repose finalement moins sur l'adéquation à la réalité que sur une correspondance avec les croyances et la méfiance d'une partie de l'opinion envers les élites et les institutions établies."

L’idée de base est que la vérité se définit toujours par la correspondance entre ce que l’on dit et ce qui est – mais à la condition d’admettre que la réalité consiste en une « opinion personnelle, une idéologie, une émotion ou une croyance – et non la réalité des faits. »

Bref, en mettant au premier plan la conviction, la vérité devient un fait psychologique, n’ayant plus aucun rapport à une quelconque valeur ontologique : la vérité ne désigne donc plus le réel, mais la conformité à un sentiment ou à une émotion.

 

Faire de la vérité ce qui en dernière instance est validée par une opinion, ça peut se comprendre. Descartes l’admet lui-même avec ses idées « claires et distinctes » validées par la certitude que Dieu ne peut permettre que je sois trompé par l’évidence. Mais lui au moins il aura essayé de vérifier.

lundi 14 avril 2025

Les petits hommes verts bientôt à la Maison-Blanche ? – Chronique du 15 avril

Bonjour-bonjour

 

Avec Trump à la maison Blanche, ça devait arriver ! Un ovni filmé par la marine américaine relance les spéculations sur la vie extraterrestre.

Sur une vidéo, filmée depuis un navire de la marine, on distingue effectivement un objet se déplaçant à une vitesse impressionnante, largement supérieure à celle des avions de ligne conventionnels (Lu ici).

 

 

Vue d'artiste

 

 Solidement ancré dans l’imaginaire collectif périodiquement accélérées par les médias, les apparitions d'ovnis sont devenues objets d’étude de ce que certains considèrent comme une science : l’ufologie.

Influencés par des facteurs multiples – religieux, culturels, médiatiques – près de 43% des Américains croient en la présence d'ovnis sur Terre, selon un rapport de l'IFOP publié en 2023. Et à l’heure de la post-vérité trumpienne, cette croyance devrait proliférer.

 

- L’article cité conclut avec une modération toute philosophique : « À ce jour, rien ne permet d'affirmer qu'une présence extraterrestre existe quelque part sur Terre »

Moi, philosophe, je serais tenté de conclure comme Socrate « Je suis le plus savant des hommes, parce que je sais que je ne sais rien ».

… Mais quand même : je sais le temps qu’il faudrait à un tel vaisseau, dont la masse serait loin d’être nulle, et venant nécessairement d’une exoplanète, pour franchir les années lumières qui nous séparent d’elle. On dit que ces extra-terrestres viendraient attirés par la curiosité pour les signes de civilisation (fréquences radios, images télescopiques) ; mais a-t-on songé que l'humanité était encore dans les limbes lorsqu’ils auraient fait décoller leurs soucoupes volantes, avec des millions d’années de voyage devant eux ? Et encore à condition de vaincre la masse confinant à l’infini de leurs vaisseaux s’ils approchaient de la vitesse de la lumière ?

- Mais à quoi bon ? La philosophie américaine vient d’accoucher d’une conception de la vérité qui en fait une simple arme dans le combat pour la suprématie exercée sur les autres. 

Et je dis qu’on a là une création philosophique car il s’agit d’inventer une nouvelle variété de concepts capable de résister à la tension d’une contradiction interne, telle que : « La vérité nous donne la force de dire le réel, mais n’a pas de rapport contraignant avec lui »

 

Bref : quelque chose comme une loi de la physique quantique.

jeudi 26 septembre 2024

Avez-vous la foi ? – Chronique du 27 septembre

Bonjour-bonjour

 

Vous allez me croire complètement à sec d’inspiration, mes chers amis, mais oui, je vais vous entretenir encore aujourd’hui d’une péripétie concernant l’affaire de l’Abbé Pierre. 

C’est que l’affaire remue des émotions et des doutes qui ne datent pas d’hier.

Voici de quoi il s’agit : un homme, âgé aujourd’hui de 70 ans répète depuis des dizaines d'années qu’il est le fils caché de l’Abbé qui du reste a toujours nié le fait ; il triomphe aujourd’hui où l’on imagine facilement que des bâtards, l’Abbé a dû en semer plein derrière lui : il ne serait donc pas étonnant qu’il en fasse partie.

- Imaginer un prêtre père d’un enfant, ça fait tâche aujourd’hui, mais autrefois, ça n’étonnait personne. En témoigne cet article du Dictionnaire philosophique où Voltaire définit la foi :« La foi consiste à croire, non ce qui semble vrai, mais ce qui semble faux à notre entendement » 

Là-dessus, il donne l’exemple suivant (cf. art foi du dictionnaire philosophique à lire ici) :

« Pic de la Mirandole rencontre le pape Alexandre VI Borgia, alors que sa fille ( !) est en train d’accoucher.  « Petit Pic, dit le pape, qui crois-tu le père de mon petit-fils ? — Je crois que c’est votre gendre, répondit Pic. — Eh ! comment peux-tu croire cette sottise ? — Je la crois par la foi. — Mais ne sais-tu pas bien qu’un impuissant ne fait point d’enfants ? — La foi consiste, repartit Pic, à croire les choses parce qu’elles sont impossibles ; et de plus, l’honneur de votre maison exige que le fils de Lucrèce ne passe point pour être le fruit d’un inceste. »

L’ironie voltairienne s’exerce ici ; qu’aurait pu dire Voltaire de cet paternité putative de l’Abbé Pierre ? Que, comme du temps d’Alexandre VI, on croit une chose non pas parce qu’elle est vraie, mais parce qu’elle est convenable.

Croire que les haïtiens mangent les chiens et les chats domestiques est tout aussi incroyable que de croire qu’un impuissant soit capable de faire un enfant. Du temps de Voltaire il s’agissait de disculper le Pape du péché d’inceste. Aujourd’hui il faut comprendre que cette « vérité » convient pour permettre à Donald Trump d’être réélu.

--> C’est ça qui devrait paraitre incroyable.

jeudi 29 février 2024

La présomption d’innocence, qu’est-ce que c’est ? – Chronique du 1er mars

Bonjour-bonjour

 

Permettez-moi de revenir aujourd’hui sur l’affaire Judith Godrèche, non pas pour épiloguer sur les gestes dont elle a été victime, mais pour réfléchir sur la « présomption d’innocence », qui a été récemment rappelée à son propos par Rachida Dati (lire ici).

Et c’est vrai que depuis plusieurs années le simple fait de dénoncer les violences sexuelles, sans que la moindre preuve ait été apportée suffit à déclencher l’ostracisme dont sont frappées les personnes incriminées. La dernière en date étant le report sine die de la sortie en salles du film de Jacques Doillon « CE2 ».

 

La présomption d’innocence, qu’est-ce que c’est ? « La présomption d'innocence est un principe de justice : avant qu'une accusation n'apporte la preuve de sa culpabilité, un individu est considéré comme innocent. » nous dit « Vie publique » le site officiel de l’État.

On découvre alors que ce principe est strictement procédural et qu’il énonce le fait que la charge de la preuve repose sur l’accusation. On sait que par ailleurs cette preuve est la plupart du temps impossible à fournir, le consentement de la victime étant dans les affaires de viol invoqué avec succès par la défense.

Bon – Tout ça on le sait. Par contre ce qu’on oublie un peu trop c’est que l’ostracisme dont est frappé l’accusé (ici, l’impossibilité pour Benoît Jacquot ou Jacques Doillon de continuer leur activité) tombe en dehors des obligations faites au nom de cette présomption.

La présomption d’innocence interdit en effet de prononcer des paroles impliquant la culpabilité de l’accusé avant son jugement. Mais les réseaux sociaux n’ont que faire de cette restriction de liberté : pour eux il ne s’agit pas de juger l’accusé, mais de constater son ignominie. On est bien au-delà de l’accusation. On est dans le constat des faits.

 

Reste que confondre des faits et des opinions, ça gène un peu. Voyons ça.

De quoi parlons-nous ? De jugements non fondés au regard de la procédure ? D’accusations portées sans preuves ? Non – On a à faire à des opinions qui consistent à dire : « mon avis est que : … » ; et cet avis, c’est tout ce dont on a besoin, car ici la vérité n’existe pas autrement


« J’ai l’idée que le gouvernement ne fait pas son travail ; je suis sûr que des Illuminatis gouvernent en secret le monde ; etc… » De quelle preuve avez-vous besoin ? C’est mon engagement dans l’affirmation qui fait preuve. Plus je m’engage et plus c’est vrai. D’où le mystérieux rôle des retweets et des followers qui en démultipliant mes paroles leur donne un poids d’autant plus important qu’il est soutenu par le grand nombre. 

dimanche 22 octobre 2023

Une minorité a toujours tort – Chronique du 23 octobre

Bonjour-bonjour

 

Suite à l’opération de police visant à expulser les manifestants de la ZAD qu’espéraient créer les opposants à l’A69, Clément Beaune, Ministre des transports, a déclaré ne pas vouloir d’« un pays où (…) même avec des arguments valables, une minorité imposerait sa loi aux élus et à la majorité élue ». (Lire ici)

Voilà donc définie l’autorité de l’État, comme une force qui impose le silence à tous les opposants, y compris à ceux qui auraient raison. On se croirait revenu en 1633, lorsque Galilée condamné à rétracter sa théorie de l’héliocentrisme, prononçait in petto « Et pourtant, elle tourne »

Refuser d’admettre les arguments de l’opposition, même quand ils sont valables : n’est-ce pas donner dans l’obscurantisme dont on condamne l’existence dans les fanatismes religieux ?

Pire encore : comme il ne s’agit évidemment pas de l’adhésion à un dogme religieux, on ne peut que conclure au fait que l’État, sanctifié par le vote majoritaire, possèderait ce qu’autrefois on n’attribuait qu’aux magistrats : être un maitre de vérité (1).

On voudra peut-être excuser les propos du Ministre, considérant qu’il ne s’agit pas là de sa pensée véritable, mais seulement d’un raccourci, l’idée étant que, puisqu’on ne peut pas satisfaire tout le monde, les intérêts de la majorité l’emportent sur ceux, même valables, de la minorité. Mais d’abord, rien dans le propos rapporté ne signifie une pareille chose, et le contexte invite seulement à y voir l'affirmation que « force doit rester à la loi ».

Dura lex, sed lex….

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(1) Je fais allusion à l’ouvrage de Pierre Vidal-Naquet, Les maitres de vérité. Voici ce qu’en disait J-P Vernant : « Les Maîtres de vérité… sont trois types de personnages que leurs fonctions qualifient, dans le contexte social et culturel de la Grèce archaïque, comme détenteurs d’un privilège inséparable de leur rôle institutionnel. Ces trois personnages sont l’aède, le devin, le roi de justice ; leur commun privilège est de dispenser la « Vérité »

jeudi 27 juillet 2023

De la vérité – Chronique du 28 juillet

Bonjour-bonjour

 

En cette époque de complotisme et des réseaux sociaux qui confondent vérité vérifiée et opinion préférée, l’esprit scientifique devrait être la boussole qui guide nos esprits. Or, comme on le sait il n’en est rien et les travaux des chercheurs sud-coréen sont à cet égard instructifs.

- Voyez plutôt : si l’on en croit cet article, ces chercheurs ont découvert un matériau supraconducteur à température et à pression ambiantes. On mesure l’importance de cette découverte, sauf qu’on attend encore la publication dans des revues scientifiques, qui doit donner tous les éléments pour en vérifier l’exactitude – premier élément. Et aussi pour reproduire ces expériences dans d’autres laboratoires – second élément.

 

--> Pourquoi les vérités du quotidien ne seraient-elles pas soumises aux mêmes critères ?

Un exemple ? Les âneries qu’on a débitées à propos du vaccin contre le covid – supposé transformer nos gènes ou bien nous inoculer un capteur de 5G – sont faciles à vérifier, et au cas où elles ne le seraient pas, leur valeur prédictive ou non peut être constatée : avons-nous des exemple de cas où notre ADN a été modifié par la vaccination ?

Mais il y a aussi d’autres vérités qui, sans être scientifiquement prouvées, peuvent être déterminantes pour notre vie. Supposez qu’un de vos amis vous dise : « J’ai par hasard rencontre ta femme hier : elle était amoureusement enlacée par ton ami Raymond » Ici, on a affaire à ce qu’on appelle une vérité de témoignage : ou bien vous avez une totale confiance en l’ami source de cette observation – et alors, ça va barder ce soir à la maison. Ou bien vous soupçonnez cette source de ne pas être très fiable et vous allez embaucher un détective privé, qui vous fournira des photos du délit (s’il existe) : on suppose alors à tort ou à raison que l’image est le seul témoignage valable.

On l’a compris : les "vérités" qui courent sur les réseaux sont toutes des vérités de témoignages, alors même qu’elles devraient être soit des vérités de démonstration, soit des observations corroborées par de nombreux témoin fiables. Cela, personne ne le cache et il y a même des gens qui se font gloire d’être des « influenceurs »

On en saurait mieux dire. 

dimanche 25 juin 2023

Words, words, words. – Chronique du 26 juin

Bonjour-bonjour

 

La folle randonnée du groupe Wagner a duré une petite journée, plongeant les chaines d’info 24/24 dans l’embarras. N’ayant pas vu venir l’évènement, elles avaient compensé en mettant sur pied à la vitesse de l’éclair des plateau de spécialistes qui ont dû y passer la journée entière (Ah ! Général Trinquant ! Combien d’heures passées à découvrir ce que vous veniez de dire l’instant d’avant…). 

Et puis, après un petit tour de piste, voilà Evgueni Prigogine qui déclare « Finalement nous rentrons dans nos bases. Rien ne s’est passé » Patatras ! Non seulement le programme du lendemain (et même du surlendemain) est par terre mais – comble de l’humiliation – il faut défaire toutes les prévisions annoncées fièrement par les spécialistes comme certaines. 

Que reste-t-il de tout cela ? Pas même des idées : des mots, des phrases, « Words, words, words » comme disait Hamlet en réponse à Polonius qui l’interroge sur la lecture des journaux. 

C’est un signe de sénilité que dénigrer ainsi que je le fais la presse : comme si les journalistes n’avaient pas une responsabilité dans l’information scrupuleuse des citoyens. C’est faux évidemment, mais ce qui me hérisse, c’est la sotte fierté des gens qui se présentent comme détenteurs d’un pouvoir particulier : celui d’estampiller une opinion (la leur en l’occurrence) du sceau de la vérité. « C’est vrai parce que je le pense. »

Pire encore : confondre vérité et certitude, c’est là un défaut très répandu qu’il faut combattre mais qui ne condamne pas forcément l’opinion en question. Par contre, faire du personnage qu’on affecte d’être pour l’écran le critère de la vérité est particulièrement odieux. 

Vous ne voyez pas de qui je veux parler ?


 

Vraiment ?

vendredi 31 mars 2023

Astrologie matière optionnelle au bac – Chronique du 1er avril

Bonjour-bonjour

 

« Pap Ndiaye annonce l’arrivée de l’astrologie comme matière optionnelle au baccalauréat

Le programme sera divisé en 5 branches : histoire de l’astrologie, fonctionnement des astres, thème astral et connaissance de soi, psychologie des signes et enfin numérologie et initiation au tarot.

Selon le ministre de l’Éducation, « l’ajout de cette nouvelle matière est un bon moyen pour les jeunes de se développer personnellement et de favoriser leur bien-être ». (Lire ici)

 

Je sais ce que vous pensez : encore une blague du 1er avril ! À l’heure où les fakenews pullulent, les canulards du 1er avril passeraient presque inaperçus. Tout juste un peu plus « hénaurmes » - mais quoi ? On a désormais la peau si dure, qu’il en faut beaucoup pour nous alerter. Regardez ça : 

 


Amusant, n’est-ce pas ? Pourtant on trouve des alertes très sérieuses sur internet pour nous dire : Attention !!! Ne croyez pas à ces images qui ont été générées par une IA ! Comme s’il fallait nous avertir…

 

Quelle différence entre une fake-new ordinaire et un poisson d’avril ? Le premier est moins amusant, il ne cherche à ridiculiser personne, alors que le poisson d’avril est conçu de telle sorte que la victime de la supercherie donne l’occasion de rire de sa naïveté. Car voilà l’affaire : aujourd’hui ce sont les moins naïfs, les plus méfiants et les plus sceptiques qui croient le plus aux nouvelles extravagantes.

vendredi 2 septembre 2022

Le maitre a dit – Chronique du 3 septembre

Bonjour-bonjour

 

Quelques semaines après qu’il ait été répandu je reviens sur l’étrange canular dont Etienne Klein, le célèbre physicien-philosophe a été responsable.

Pour ceux qui n’auraient pas suivi l’affaire, rappelons qu’Etienne Klein a publié le 31 juillet sur son compte Tweeter le message suivant :

 

L’image était la photo un peu floue… d’une rondelle de chorizo. (Article à lire ici)

La toile a réagi de façon diversifiée : alors que les uns s’esclaffaient, d’autres s’indignaient … mais d’autres encore likaient le message : pour eux une telle image était possible (à 4,2 années-lumière quand même). 

On a dénoncé un « biais cognitif » (1) utilisé pour tromper sciemment un public mal informé mais quand même assez cultivé pour imaginer que le nom d’Etienne Klein, un scientifique respecté (2), suffisait pour en garantir la validité. Monsieur Klein a lui-même tenté de justifier son canular en lui attribuant le rôle de nous alerter sur notre crédulité : durant la covid, des fausses informations venues du milieu scientifique lui-même ont été reconnues pour vraies en raison de leur origine. Si la chloroquine a été vantée comme médicament efficace, pourquoi une tranche de chorizo ne serait-elle pas l’image d’une étoile ? (3) La méfiance est indispensable quand il s’agit de vérité, que celle-ci soit diffusée par les médias scientifiques ou par les réseaux sociaux.

o-o-o

Je remarque que nous suivons ici les précautions préconisées par Descartes dans le Discours de la méthode - où, justement, il a dû combattre les tenants de l’autorité de la philosophie d’Aristote, qui interdisaient des avancés scientifiques nouvelles en contradiction avec les écrits du philosophe grec. 

Toutefois je remarque que l’argument d’autorité ne peut être rejeté systématiquement sous peine de devoir passer son temps à tout vérifier et donc à ne jamais savoir.

La leçon d’Etienne Klein est salutaire mais incomplète. Il faut ajouter que l’autorité de la source peut être admise non comme une preuve mais comme une probabilité provisoire. On pense alors à Popper plutôt qu’à Descartes. (4)

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(1) Un biais cognitif est un schéma de pensée trompeur et faussement logique. Cette forme de pensée permet à l’individu de porter un jugement, ou de prendre une décision rapidement. Les biais cognitifs influencent nos choix, en particulier lorsqu’il faut gérer une quantité d’informations importantes ou que le temps est limité. Il se produit ainsi une forme de dysfonctionnement dans le raisonnement dont la philosophie moderne a toujours appelé à se méfier.

(2) Auteur d’émissions scientifiques quotidiennes (sur France-Culture),

(3) Ajoutons qu'on s’extasie devant les photographies du ciel prises par le télescope James Webb, (auquel Etienne Klein attribue la pseudo-image de l'étoile/chrizo) sans songer qu’il opère en infra-rouge, invisible à œil nu. Les données que le télescope envoie à la terre sont des mesures effectuées dans l’infra-rouge, ultérieurement transformé en image – des images, pas des photos.

(4) Popper a proposé le concept de « verisimilitude » pour désigner le fait qu’aucune vérité scientifique n’est définitive, et qu’elle ne correspond qu’une une approximation, la meilleure possible actuellement, appelée pourtant à être remplacée par une autre ultérieurement.

jeudi 23 juin 2022

Elisabeth Borne : « Personne n’a le monopole des bonnes idées » – Chronique du 24 juin

Bonjour-bonjour

 

De la tolérance et de la modestie au plus haut de l’État ? Cette touche d’optimisme nous vient d’Elisabeth Borne qui assure que « Les bonnes idées peuvent venir de partout » – y compris de l’opposition ? Oui bien sûr sans doute… Quoique... 

Voyons un peu :

« Je suis intimement convaincue que personne n’a la réponse tout seul et on doit dialoguer avec toutes les parties prenantes pour bâtir les bonnes réponses, la situation actuelle nous invite à trouver ce chemin à l’Assemblée nationale. » a déclaré hier madame Borne (lire ici)

… Sauf qu’elle ajoute immédiatement : « Évidemment, si c’est seulement porté par le Rassemblement national, je ne vois pas très bien pourquoi on l’adopterait, mais je pense que le RN pourra être d’accord comme sur le bouclier tarifaire et la revalorisation des pensions. » 

Autrement dit, les bonnes idées peuvent venir de partout mais pas du RN tout de même !

- Sectaire madame Borne? Mais non car on le voit : prise d’un élan de générosité, elle précise qu’elle acceptera que le RN se rallie aux projets du gouvernement. 

Merci madame Borne !

 o-o-o

C’est là qu’on trouve le principe qui guide depuis toujours l’esprit d’unité en politique : « Tous ensemble – derrière moi » 

Jean-Luc Mélenchon, pour ne citer que lui, dit cela à la gauche depuis plus de 10 ans.

Mais ce n'est pas très nouveau : on dit que François 1er affirmait « Mon cousin (= Charles Quint) et moi, nous sommes d’accord : tous les deux nous voulons Milan » : on ne saurait être plus explicite et la situation politique française montre que cette phrase s’accorde bien avec la soif de pouvoir ranimée dans tous les courants politiques.

- Bien sûr on va protester : la Première ministre  parle bien de dialogue et de vérité acquise par synthèse des opinions diverses. Sauf que la gauche a déclaré que le scrutin législatif avait annulé le programme du président nouvellement élu ; et que le Président a rappelé dans sa récente allocution qu’il a été élu sur « un programme très clair » et qu’il s’agit simplement de trouver le moyen de l’appliquer.

Autrement dit, les bonnes idées, pas besoin d’en chercher de nouvelles. On en a déjà trop !

lundi 20 juin 2022

Bye-bye, les premiers de cordée ! – Chronique du 21 juin

Bonjour-bonjour

 

Rappelez-vous : c’était hier et le gouvernement voulait faire passer une réforme impopulaire (on pense aux retraites), ou bien une mesure technique (telle l’obligation du pass vaccinal) ; le maitre mot était alors : faire de la pédagogie. Oui, la pédagogie qui consiste à expliquer à un public supposé ignare des vérités qu’il ne parvient pas encore à comprendre. Bien sûr le second maître-mot d’alors était le mépris. Car dès lors qu’on pense que la décision refusée est objectivement belle et bonne, il ne reste plus qu’à le faire comprendre – par une pédagogie adaptée aux facultés des gens-de-la-rue ; à moins de faire appel aux forces de l’ordre quand ça chahute dans le fond de la classe. 

Et aujourd’hui ? Oui, maintenant que les cancres du dernier rang sont montés à l’assaut de la chaire du prof pour s’emparer de sa férule ? Un combat de rue à l’Assemblée nationale : c’est ça qui nous attend ?

Espérons que non, mais demandons-nous alors par quoi la « pédagogie » qui consiste à faire entrer par la force une vérité supposée supérieure dans les têtes obtuses va être remplacée ? 

Au lieu de laisser à la violence la première place, imaginons d’inverser le procédé : refusons de penser que la vérité est l’expression de la force du plus fort, et disons plutôt qu’elle est ce sur quoi nous sommes tous tombés d’accord, les forts comme les faibles, les majoritaires comme les minoritaires. Autrement dit : oublions la pédagogie et négocions.

 

- Là, je sens mes chers amis qu’il y a un mouvement de recul et de méfiance. « Quoi, c’est donc ça que vous avez trouvé pour faire face à l’embrouille parlementaire ?  Faire comme si on pouvait négocier à propos du virus ou avec le marché de la finance ? Donnez donc le pouvoir à Jojo-le-Gilet-Jaune, ça ira plus vite ! » (1)

Dire que la vérité est ce sur quoi nous sommes tombés d’accord signifie que cette vérité n’est pas celle des données objectives accessibles seulement à la démarche scientifique. Ici, un seul qui sait a raison contre toute une foule qui crie le contraire. Mais ce n’est pas avec ces vérités massives comme du roc qu’on fait de la politique. On ne peut que contourner la montagne ou simplement trouver le passage qui mène au col – or, « Gouverner c’est choisir » disait Mendès-France. Là où il y a du choix, il y a de la politique : faute d’effacer la montagne cherchons le passage qui ne laissera personne sur le bord du chemin. Mais pour cela il faut consulter tout le monde et permettre à chacun de dire s’il accepte la solution proposée.

Au lieu d’imposer le point-de-vue des premiers de cordées, ouvrons la voie qui permettra aux plus faibles de franchir le col. (2)

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(1) Voir ce billet qui date maintenant d’un peu plus d’un an.

(2) Bien sûr il y a un grand danger à admettre que la vérité se signale par le fait du consensus. Sans remonter au temps de Galilée où tout le monde admettait que la terre soit au centre de l'univers, songeons aux stupidités assénées sur les réseaux sociaux par une opinion fière de sa sottise. Que nous soyons d'accord sur une décision ne la rend pas "vraie" pour autant. Encore faut-il qu'elle surmonte l'épreuve du réel : c'est même pour cela qu'elle méritera le nom de "vérité"

dimanche 5 juin 2022

Comme le nez au milieu de la figure – Chronique du 6 juin

Bonjour-bonjour

 

On achète Libé parfois uniquement pour sa « Une » qui résume parfaitement un évènement. Tel celui-ci: 

 

On a caricaturé certains hommes politiques avec un nez qui s’alonge exagérément, faisant penser à celui de Pinocchio : ces sont des menteurs disent ces dessins, et ils cherchent à le cacher, jusqu’à ce qu’ils soient trahis par l’évidence : à leur grande honte leur mensonge se voit alors comme le nez au milieu de la figure

Mais depuis Pinocchio les choses ont bien changé : nous n’avons plus de menteurs honteux, prêts à se repentir en cas de démenti, mais des politiciens orgueilleux qui accusent les autres d’être eux-mêmes des propagateurs de « fake-news ». On a même à présent des théoriciens qui expliquent que la post-vérité est supérieure à la vérité dans la mesure où les faits objectifs sont moins importants que « les facteurs qui modèlent les émotions et les opinions personnelles » (lu ici).

 

- Rappelez-vous : nous sommes en 1972 et des journalistes américains publient des documents secrets du Pentagone montrant la vérité sur la guerre du Viêt-Nam et les manœuvres du pouvoir cherchant à la cacher au public. A l’époque le scandale fut grand, au point qu’Hannah Arendt en tira un livre toujours lu et admiré (1) 

- On croyait à l’époque des « Pentagon papers » que le mensonge devait être caché, qu’il n’avait d’effet que si on pouvait croire et en l’objectivité de son contenu, et en la fiabilité de celui qui le portait. On se souvient du désarroi des citoyens quand, peu de temps après, ils ont su que Nixon leur avait menti à propos du Watergate (le surnom de « Tricky Dicky » lui survécut même). 


Mais nous voilà 50 ans plus tard et la présidence Trump nous a montré que les mensonges les plus éhontés avaient plus de poids que la vérité, au point qu’aujourd’hui on ne distingue même plus entre la communication gouvernementale et la propagande des pays soumis à un tyran.

C’est que la vérité apparait parfois aujourd’hui comme quelque chose de déplaisant : au lieu de l’aimer de façon inconditionnelle, nous souhaitons que le monde soit à l’image de notre désir, et nous la haïssons lorsqu’elle vient briser nos rêves. Celui qui saura nous dire que le monde est bien à l’image de nos chimères n’aura pas de souci à se faire : on trouvera même son nez tout à fait élégant.

o-o-o

On cite parfois Nietzsche sans véritable raison : ici pourtant c’est à lui que revient le mérite d’avoir posé la question : « Pourquoi sommes-nous si désireux de connaitre la vérité ? ». Selon lui, la vérité n’a aucune supériorité par rapports aux autres opinions, et seule sa sécurisante stabilité explique qu’on la recherche. Mais qu’on montre que sa force ne dépend que de l’autorité de celui qui la porte ; et que de plus elle soit mise en concurrence avec les rêves qui nous réconfortent – et la voilà par terre.

Dans 10 jours, c'est l'épreuve de philo du bac.

Parmi les sujets possibles, on pourrait trouver celui-ci : 

« Peut-on préférer l'illusion qui réconforte à la vérité qui dérange? »

--> Je ramasse les copies dans 4 heurs.

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(1) « Du mensonge à la violence » (Agora)

jeudi 19 août 2021

Moins on a de connaissances, plus on a de certitudes. – Chronique du 20 aout

Bonjour-bonjour

 

Faut-il avoir, comme Boris Cyrulnik, un âge canonique et de surcroit s’être fait connaitre par de nombreuses publications pour oser affirmer que l’ignorance est un mal qui – paradoxalement – se traduit par un excès de certitude ? Je ne suis pas loin de le croire tant les « réseaux sociaux » nous ont habitués à courber l’échine devant leurs certitudes assénées à grand coup d’affirmation likées et re-tweetées. On parle beaucoup de la violence de ces échanges et c’est vrai ; mais on devrait aussi remarquer l’absolue certitude dont font état leurs auteurs. 

Je ne doute pas qu’aujourd’hui où seule la force de la conviction compte et où les notions de vérification et de démonstration sont ridiculisées par tous on referait le procès de Socrate, qu’Aristophane lui-même présentait comme une élite prétentieuse. Or, Socrate au cours du procès intenté contre lui par les athéniens récuse cette affirmation puisque, selon lui, il serait le seul à affirmer qu’il ne sait rien et que précisément, c’est cela qui fait de lui un sage. C’est bien cela que pointe aujourd’hui Boris Cyrulnik (1).

 

Oui, je ne doute pas que la haine des élites, popularisée par les Gilets jaunes, et largement entretenue par les susdits réseaux, se serait déchainée contre cet olibrius athénien qui exigeait qu’on lui démontre qu’on affirme la vérité : « Oui, je l’admets : je ne sais rien. Mais toi, l’ami, toi qui sais, dis-moi comment tu peux être certain de ce que tu affirmes – car alors je m’inclinerai devant ton savoir et j’irai le répéter partout. »

Aujourd’hui, vous pouvez tranquillement affirmer que la terre est plate, que le soleil tourne autour d’elle et que les virus sont des inventions des Big Pharma : les opinions les plus cocasses sont révérées parce qu’on cherche en elles un plaisir que la vérité démontrée ne nous apporterait pas nécessairement. 

Cela, c’est bien sûr exact, mais ce n’est pas suffisant : car, ce qu’il faut d’abord admettre selon Cyrulnik, c’est que notre conviction n’est rien d’autre qu’un évitement de l’incertitude où nous serions si nous admettions ne posséder qu’une hypothèse - car alors il faudrait admettre que d’autres hypothèses sont également possibles.

Mais pourquoi refusons-nous cette éventualité ? Y a-t-il là autre chose qu’un peu d’orgueil ?

C’est ce que Boris Cyrulnik nous explique : derrière cette attitude se cache la peur de l’incertitude car pour nous, mieux vaut une croyance même erronée qu’une incertitude qui nous embarrasse. 

« Il faut avoir beaucoup de connaissances et se sentir assez bien dans son âme pour oser envisager plusieurs hypothèses » : tout est dit.

- Mais il est vrai que Pascal l’avait déjà dit (2)

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(1) « L’ignorance provoque un tel état de confusion qu’on s’accroche à n’importe quelle explication afin de se sentir un peu moins embarrassé. C’est pourquoi moins on a de connaissances, plus on a de certitudes.

Il faut avoir beaucoup de connaissances et se sentir assez bien dans son âme pour oser envisager plusieurs hypothèses. » Boris Cyrulnik

(2) « Lorsqu’on ne sait pas la vérité d’une chose, il est bon qu’il y ait une erreur commune qui fixe l’esprit des hommes comme par exemple la lune à qui on attribue le changement des saisons, le progrès des maladies, etc. Car la maladie principale de l’homme est la curiosité inquiète des choses qu’il ne peut savoir et il ne lui est pas si mauvais d’être dans l’erreur que dans cette curiosité inutile. » Pascal – Pensées (Brunschvicg frg. 18)

mercredi 5 mai 2021

Les faits sont complètement démentis par mon opinion – Chronique du 6 mai 2021

Bonjour-bonjour

 

Vu à la télé hier soir Xavier Gorce, le dessinateur de presse viré par le Monde il y a peu et auteur de la série « Les Indégivrables », qui nous montre son pingouin défenseur de fake news :

 


 

Voilà donc les deux règles qui dominent aujourd’hui : 1° L’opinion est la vérité ; 2° Ce qui s’oppose à l’opinion non seulement est faux mais participe aussi aux ruses d’un complot.

- Voyons d’abord la première affirmation : toute vérité coïncide obligatoirement avec l’opinion, qui est je suppose ici une manière d’éprouver une réalité quelconque (1). Si je ressens qu’il fait chaud alors il fait chaud, quoiqu’en dise mon voisin et les bulletins météo qui annoncent le froid sont mensongers. On est ici en plein dans le relativisme tel que Théétète le décrivait sous la plume de Platon : « il me paraît que celui qui sait une chose sent ce qu’il sait et, autant que j’en puis juger en ce moment la science n’est autre chose que la sensation. » (Théétète – 151e). Telle est ma sensation, telles sont les choses: notre Pingouin frileux ne dit pas autre chose.

- Et la réciproque (à savoir que ce qui s’oppose à l’opinion est forcément une tromperie abusive) : il y a quelque temps un jeune cadre du Rassemblement National (il s’agit de Jordan Bardella) était confronté à une journaliste qui l’interviewait à propos d’un texte de loi qu’il critiquait pour un article particulier. La journaliste « Mais cet article n’existe pas dans le texte, monsieur Bardella. » Réponse : « Ça, c’est votre opinion, et ce n’est pas parce que vous êtes journaliste que votre opinion est supérieure à la miennes. »

Xavier Gorce ne doit pas chercher longtemps ses comics stripes de pingouins : les actualités les donnent toute faites.

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(1) "Une opinion est un avis, un jugement personnel que l'on s'est forgé sur une question ou un sujet en discussion qui ne relève pas de la connaissance rationnelle. L'opinion, même si elle est affirmée avec conviction, est un jugement qui n'est pas nécessairement juste." La Toupie

jeudi 18 mars 2021

Tous délibèrent, un seul décide – Chronique du 19 mars

Bonjour-bonjour

 

Je pensais à cet adage alors que des débats incessants venaient critiquer les décisions gouvernementales prises face à l’épidémie de covid. La rumeur dit en effet que ce n’est pas le gouvernement mais le Président seul qui, depuis son bureau, décide souverainement des confinements, couvre-feux, fermetures des commerces, musées, cinés, restos, bistrots etc. A force de dire que ces décisions ne peuvent être le fait que des responsables politiques, on en arrive à les imaginer concentrées entre les mains du plus puissant d’entre eux – le Président, chef de l’exécutif et de la majorité parlementaire.

 

Bref : la démocratie est-elle exclue de l’action sanitaire, dont on rappelle au passage qu’elle est encore aujourd’hui largement du domaine régalien des États ? Le bon sens observe que dans le domaine de l’action, l’urgence de la décision et de la réaction immédiates exclue le délai des consultations. Mais dans notre cas, ce n’est pas ce délai qui est en cause – on prend bien le temps de consulter le comité scientifique et de débattre avec les ministres et les conseillers ; mais le fait de décider à la majorité des voix, serait-ce une légitimation des choix ? Un autre précepte vient à l’esprit : Un seul peut avoir raison contre tous, car la vérité n’est pas affaire de suffrage mais de démonstration et de vérification. L’inanité des réseaux sociaux tient justement à ce qu’ils attribuent la plus grande valeur aux messages re-twittés par le plus grand nombre de followers, comme si une majorité d’imbéciles pouvait avoir raison contre une minorité de savants. Du temps de Galilée, une majorité de fidèles proclamait que le soleil tournait autour de la terre, tandis que Galilée soumis et agenouillé devant le Saint Office murmurait E pur si muove

Le principe de laisser le chef en capacité de décider contre les avis de son conseil n’est pas en soi scandaleux. Par contre ce qui le serait, c’est que cette décision soit soumise à une évaluation politique – par exemple que la décision de ne pas confiner soit prise en fonction des points gagnés dans les sondages, comme s’il ne s’agissait que d’un jeu de pouvoir.

C’est ainsi que les adversaires politiques de l’exécutif pour faire croire qu’ils parlent sous l’autorité scientifique s’affublent de la toge des savants comme le Méchant loup sous la peau de l’agneau, 

 


Il serait désastreux que toutes les décisions prises par l’exécutif pour nous protéger de la maladie soient du même registre.

jeudi 21 janvier 2021

Je sais que je ne sais rien – Chronique du 22 janvier

Devant le tribunal qui l’accuse de prétendre tout savoir et de dogmatiser pour endoctriner la jeunesse, Socrate rétorque qu’il est en effet le plus sage de tous les athéniens, parce qu’alors que ceux-ci on l’arrogance de croire qu’ils savent, lui, Socrate, sait qu’il ne sait rien – et ce savoir n’est pas minuscule. 

 

Bonjour -bonjour

 

« Je sais que je ne sais rien » : comment ne pas se remémorer cette phrase, alors que de partout viennent les déclarations de gens totalement ignorants de ce dont ils parlent, mais qui n’en affirment pas moins avec véhémence savoir comment on aurait dû agir. Que ce soit sous le nom de fakenews ou d’infox, cette morgue irritante est devenue la marque de fabrique de notre époque. Mais ne nous hâtons pas de dénoncer l’influence pernicieuse des « réseaux sociaux » : lorsqu’ils n’existaient pas on avait exactement le même phénomène ; simplement ces affirmations péremptoires avaient lieu au comptoir du « Café du commerce » selon l’expression proverbiale, ça ne concernait qu’une dizaine de personnes – mais c’était la même chose.

Rappelez-vous : 1998, la France joue la coupe du monde de foot et la rumeur fait rage : le sélectionneur Aimé Jacquet n’a pas su constituer l’équipe idéale et le pays va être humilié par les nations concurrentes. Un mois plus tard, la coupe conquise, Aimé Jacquet ironise : « La France comporte 60 millions de sélectionneurs ». Hier à Saclay, Emmanuel Macron fustige l’attitude de l’opinion publique qui critique l’action du gouvernement : « La France est devenue une nation de 66 millions de procureurs. » Se remémorait-il la phrase d’Aimé jacquet ? Peut-être, mais l’essentiel est que désormais via les médias actuels, chacun peut prendre l’attitude du spécialiste et se permettre de juger comme tel. Un exemple de plus pour préciser cette réalité ? Voici les propos de Christine Angot, parlant de l’inceste dont a été victime le beau-fils d’Olivier Duhamel, et dont elle fut elle-même victime : « …des gens sur les réseaux sociaux. Tout d'un coup, tout le monde sait quoi dire et comment dire. Tout un tas de gens m'ont l'air d'avoir su de toute éternité de quoi il était question ! »

On croit relire Platon et on mesure combien cette prétention à décider du vrai et du bien est universelle. Pourquoi pas après tout ? Nous sommes en démocratie et chacun a le droit d’exprimer son opinion. Mais, la vérité n’est pas affaire d’opinion : elle dépend de l’accord entre nos jugements et la réalité sur laquelle on les émet.

Or le problème est que le plus souvent on prend pour vrai, en toute sincérité, ce qui nous parait souhaitable, et non ce qui a été prouvé. Et comment prouver? En faisant comme si l'opinion qui nous vient n'était pas démontrée, comme si on ne savait pas encore ce qu'il fallait penser. 


- En dehors de la preuve aucune vérité ne saurait exister, et on devrait graver en lettres d’or la formule de Bachelard :

« Toute vérité est une erreur redressée »

samedi 12 septembre 2020

La vérité n’est pas ce qui se démontre, mais ce qui s’applaudit – Chronique du 13 septembre

Bonjour-bonjour

 

Un seul peut-il avoir raison contre tous ? Cette question a été un sujet de dissertation autrefois proposé au bac. Occasion pour le candidat de montrer qu’il maitrisait son cours sur « Opinion et vérité », la démonstration rationnelle et scientifique, opposée à la conviction démocratique obtenue par élection majoritaire. Galilée, menacé de la torture par l’Inquisition, abjure sa thèse de l’héliocentrisme en murmurant « E pur si muove ! » : il est bien seul mais rien ne peut faire qu’il n’ait pas raison. Par contre quand il faut choisir une orientation politique, personne en peut se substituer au peuple, et le tyran à lui tout seul ne peut assumer le choix du but à préférer pour orienter l’action politique.

L’histoire est-elle comme une route à sens unique sur laquelle on ne peut pas faire demi-tour ? Ou bien comme une voie à double sens, peut-on refaire le chemin en sens inverse ? C’est bien cette dernière solution qui pourrait être vraie quand on se remémore les débats sur la chloroquine pour la quelle on a dit que les procédures scientifiques ne valaient rien et que l’observation directe, dans un service hospitalier, l’emportait sur tout autre méthode.

On a même fait des sondages d’opinion pour savoir si ce médicament était efficace ou non. Et c’est là que le retournement du rapport opinion-vérité est total. La démonstration rigoureuse et scientifique est fausse, et l’opinion qui tire sa force de la volonté qui s’investit en elle devient la vérité incontestable. Et bien sûr c’est non seulement entre des pseudo-savants que se décident les « vérités » à admettre, mais entre tous ceux qui se mêlent de communiquer par Internet. 

Alors on n’a pas fait complètement demi-tour sur l’autoroute de l’histoire : les sophistes ne draguent plus les jeunes gens sur l’agora, ils balancent leur salade sur les réseaux sociaux. Et au fait : on ne les appelle plus des « sophistes » mais des influenceurs.