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mercredi 1 juillet 2026

La souffrance et la jouissance – Chronique du 2 juillet

Bonjour-bonjour

 

Il fut un temps où la sexualité n’existait pas et les animaux se reproduisaient en lançant des stolons qui donnaient naissance à des clones. N’ayant ni bouche ni organes, ils absorbaient les nutriments présents ans l’eau où ils subsistaient. L’évolution n’avait pas de prise sur cette époque, et voici pourquoi : « Dans les eaux riches de l'Édiacarien, la vie était paisible. Sans prédateurs ni concurrents, les animaux n'avaient aucun besoin de changer. Les chercheurs ont montré que la reproduction asexuée limitait la compétition entre les individus, car les clones connectés par les stolons partageaient les ressources. Résultat : l'évolution stagnait. » Tel est le commentaire qu’on peut lire dans cet article.

Cette situation ne correspond-elle pas à l’idée qu’on se fait du paradis originel ? Dans le Jardin d’Eden, Adam et Eve n’avaient pas besoin de travailler pour vivre, se contentant de récolter ce que la Nature mettait à portée de leurs mains : on les représente comme vivant sans connaitre le besoin.

- Mais qu’en outre ils n’avaient pas de sexualité et donc pas de désirs, voilà ce qui apparait maintenant. Et en effet, Adam a-t-il désiré Eve ? Nullement, puisqu’à cette époque la reproduction sexuée n’existait pas ; ils vivaient paisiblement côte à côte et s’ils ont eu des petits ce sont des êtres qui n’ont jamais cherché à prendre leur place, chacun prospérant selon les lois pacifiques de la nature.

Quelle contrepartie à cette situation ? L’évolution n’existait pas non plus, faute de compétition pour la vie. Ce n’est donc que lorsque certains individus ont migré vers des eaux moins profondes subissant marées, tempêtes et variations de températures que les besoins de changement ont fait apparaitre la reproduction sexuée.

 

Et voilà comment la science vient confirmer ce que l’on sait depuis Platon : le désir apparait lorsque la privation fait surgir le besoin de complétude. Pas de souffrance ? Alors pas de désir et donc pas de jouissance. Voilà le cercle dans le quel nous sommes enfermés depuis la fin de l'Édiacarien, il y a 574 millions d'années

samedi 9 mai 2026

La surprise musicale – Chronique du 10 mai

Bonjour-bonjour

 

Le développement des performances humaines est une obsession de nos coach adeptes des compétitions de tout calibre. 

Pourquoi pas ? Toutefois lorsque ces activités de développement en viennent à dénaturer les moments les plus charmants de la vie, on ne peut s’empêcher de protester. Ainsi de cette évaluation du plaisir musical destitué de ses moments d’émotion exceptionnels pour devenir une occasion de booster le développement cérébral : « La musique stimule tout un tas de neurones. On devient donc plus efficace, on est plus performant, que ça soit dans des taches cognitives ou dans des activités sociales de collaboration avec les autres. » Et c’est signé Emmanuel Bigand, musicien et professeur de psychologie cognitive (Lire ici)

 

 

Vu ici

 

- Cette observation bien que marquée par l’esprit de profit de notre époque n’en reste pas moins liée à une observation venue de très loin, puisqu’on en trouve une trace chez Platon pour qui la musique a une influence sur l’âme (lire ici). 

Il y a une autre observation qu’il convient de faire : la musique nous saisit et nous surprend par des émotions qu’elle soulève alors même qu’on ne s’y attendait pas. On trouve dans la Montagne magique de Thomas Mann un passage où un personnage du roman entend depuis le balcon où il prend le frais une musique échappée d’un appartement voisin : ses émotions surgissent alors, sans rapport avec la situation présente, mais extrêmement prégnantes. 

L’émotion musicale arrive sans prévenir et elle surprend l’être au plus profond de lui-même sans qu’il n’y puisse rien.

La musique noue avec notre cerveau des liens dont la profondeur exclue la manipulation. Les neurones dont nous parle le spécialiste de psychologie cognitive sont stimulés, certes, mais que savons-nous de l’effet produit ?

vendredi 16 janvier 2026

La puissance du poil – Chronique « genrée » du 17 janvier

Bonjour-bonjour

 

Je viens de visionner un spectacle de ballet monté par le Capitole de Toulouse en octobre 2024. Il s’agit de Sémiramis & Don Juan – Ballet de Gluck donné à l’Opéra national du Capitole (Octobre 2024)

- Oui, je sais : ça fait un peu tard, mais enfin pourquoi pas ? Car si je vous en parle c’est pour pointer un détail physique des danseurs, tous présentés à la mode de Béjart torses nus et soigneusement épilés – à l’exception des aisselles.

Je sais bien que parler de poils n’a jamais été reçu comme acceptable : déjà du temps de Platon, Socrate était scandalisé en imaginant que « des choses ignobles, telles que « poil, boue, ordure, enfin tout ce que tu voudras de plus abject et de plus vil, puissent être dotées d’une essence qui en ferait une réalité appartenant au monde de l'intelligible et qui auraient possédé la perfection éternelle et la réalité absolue. » Platon – Parménide (130c).

Si je cite cette référence, c’est qu’elle souligne l’ambiguïté du poil dans nos sociétés : à la fois vulgaire et malpropre, l’homme doit se raser pour être convenable ; mais ces mêmes poils, taillés en moustache et en barbe sont un signe de virilité et de la noblesse. C’est qu’ils sont le privilège des hommes – les quelques femmes porteuses de barbe étant classées dans le genre des monstres de foire.

Les danseurs du ballet du Capitole arborent donc une contradiction : certes leurs torses épilés signalent le caractère raffiné de leur personnage. Mais la touffe de poils conservée dans le creux de leurs aisselles apparait à l’état brut, sans aucun raffinement ; c’est qu’elle évoque quelque chose de sauvage, sorte de résurgence de la nature qui fait craquer le vernis culturel de la peau glabre. 

Cette image d’une force qui, tel un geyser, surgit brusquement en faisant craquer la surface lisse du corps donne une image saisissante de la puissance contenue dans la musculature de ces danseurs.

C’est sans doute avec ce message que la barbe de 3-jours a été choisie comme ornement valorisant par les hommes ?

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P.S. Ce contraste entre la nature et la culture apparait aussi avec ces pubis épilés qui laissent néanmoins surgir la pilosité naturelle dans des replis managés en cet endroit par la nature – chez les dames, cela va de soi.

lundi 17 novembre 2025

Les hommes préfèrent être moches – mais ils n’aiment que les belles – Chronique du 18 novembre

Bonjour-bonjour

 

Une enquête menée auprès de plus de 1200 américains demandait aux participants de choisir entre posséder eux-mêmes un trait de caractère ou le voir incarné par leur conjoint. (Lire ici)

Selon Bill von Hippel, consultant au cabinet de conseil australien Research with Impact et coauteur de l'étude, « Les hommes sont tout à fait prêts à sacrifier leur propre attractivité pour avoir un partenaire très séduisant, tandis que les femmes font exactement le contraire »

Globalement, la gent féminine se veut attirante et intelligente, tandis que ses homologues masculins se rêvent riches, au bras d'une amoureuse plus jolie qu'eux. »

Plus précisément, « les femmes désirent être belles, un score qui chute de 32% chez les hommes, qui préfèrent être drôles. »

Là est le point : les hommes se moquent d’être moches à condition d’être attirant intellectuellement. Car la question de la beauté des hommes n’est pas nouvelle en philosophie : elle a été soulevée en particulier à propos de Socrate (dans le Banquet de Platon, lors du discours d’Alcibiade 215 a-d

 


Buste en marbre d'origine romaine représentant Socrate (1er siècle) 


Comme on le voit la tradition a conservé le souvenir de Socrate comme d’un homme laid dont toute la beauté était intérieure – entendez dans l’âme. C’est même la laideur qui en exagérant l’écart entre l’apparence physique et la réalité spirituelle montre le mieux que les hommes veulent briller plus par l’esprit que par l’apparence. Du reste, le thème de la laideur du philosophe est resté sensible : il est revenu avec Jean-Paul Sartre qu'on a jugé très laid.

Il ne faudrait pas pousser trop cet écart : le sondage montre que les homme, s’ils ne veulent pas de la beauté pour eux-mêmes, la veulent pour leur compagne. Pour reprendre notre titre, si les hommes préfèrent être moches, en revanche ils n’aiment que les belles : voilà qui n’est pas tout à fait platonicien.

dimanche 2 novembre 2025

Pédopornographie : chez Platon déjà... - Chronique du 3 novembre

Bonjour-bonjour

 

« Elle fait la taille d'une petite fille d'un an. Très réaliste par ses traits, mais aussi son corps, pourvu de tous les attributs physiques. Cette poupée était vendue /par Shein/ il y a encore quelques jours sur son site et présentée comme un jouet sexuel. Pas de doute pour la répression des fraudes qui dénoncent dans un communiqué le caractère pédopornographique /donc criminel/ » (Communiqué lu ici)

Cette information est accompagnée de l’image d’une poupée en effet vendue par correspondance et supposée assouvir les fantasmes de pédocriminels

 


Bien sûr on reste stupéfait devant cette horreur : comment a-t-on pu fabriquer et mettre en vente ce qui évoque (et permet la reproduction) d’un crime abominable ?

Mais je suis coincé par une idée douloureuse : les responsables de l’implantation des magasins Shein-France le répètent à qui veut les entendre : le concept de cette plateforme est de mette en fabrication puis en vente uniquement ce que leurs clients potentiels réclament. Il y a donc eu des gens, assez nombreux pour être entendus et constituer un espoir de profit, pour demander qu’on leur fournisse cet objet correspondant (on le suppose) à leurs fantasmes.

Ça ne disculpe pas le magasin, mais ça éclaire d’un jour plus vif la situation.

 

- J’irai plus loin. Si notre indignation est massive elle ne peut s’affranchir d’affronter la situation où un adulte profite en toute légalité d’un adolescent prépubère pour satisfaire sa libido. Il s’agit de la relation pédérastique pratiquée dans la Grèce ancienne et scientifiquement décrite dans ce dictionnaire en ligne. On y voit comment les érastes (hommes à la recherche de jeunes garçons à séduire) parviennent à approcher et à enlever l’éromène qu’il convoitent. Ceux-ci ne sont certes pas des petits enfants mais des pré-adolescents (reconnaissables par le fait qu’ils sont imberbes) avec qui la relation sexuelle est très explicitement impliquée. Tous les profs de philo, qui ont fait lire à leurs élèves le Banquet de Platon (discours de Pausanias) ont rencontré le problème d’avoir à expliquer pourquoi le professeur est censé avoir des relations sexuelles avec ses jeunes élèves.

vendredi 31 octobre 2025

Savoir sans comprendre – Chronique du 1er novembre

 


 

Bonjour-bonjour

 

Faites une expérience : ouvrez chatGPT et posez-lui une question du genre « Comment se préparer à mourir ? » - après tout on est le 1er novembre, non ?

- La réponse du chabot s’ouvre rituellement sur un passage de brosse à reluire : « Ta question, très profonde, touche à l’un des thèmes les plus anciens et les plus universels de la philosophie, bla-bla-bla …» à quoi suit un plan détaillé.

- Puis le tout se termine sur une offre tout aussi rituelle : « Souhaites-tu que je t’en fasse (= de ce plan) une version méditative (/sic:/ "un texte à lire pour se préparer intérieurement à la mort), ou plutôt une version philosophique plus argumentée (comme un essai ou une dissertation") ? » :

- Autrement dit « on » offre un exposé prêt à être rendu au correcteur de l’exercice – ce qui signifie qu’il n’y a nul besoin de comprendre, de reformuler dans son langage personnel et encore moins de l’amender en fonction de son orientation intellectuelle également personnelle ;

- Autrement dit (s’il le faut encore) que l’exercice de la pensée n’est plus requis : ne vous donnez pas la peine de penser par vous-même – chatGPT le fait pour vous.

 

… Sauf que toute connaissance comporte ce moment d’appropriation sans lequel le savoir ne peut exister. Les sages d’autre fois l’ont mainte fois rappelé : Platon dans le Phèdre, avec son Pharaon qui fulmine contre l’écriture qui permet de stocker le savoir sans le comprendre ; et puis Rabelais avec Gargantua et son proverbe « Science sans conscience n’est que ruine de l’âme » qui veut une évaluation de la science plutôt que l’érudition stérile des « sorbonagres ». Et puis enfin Alain qui médite « Savoir, c’est savoir qu’on sait ».

 

--> Alors, ChatGPT, qu’est-ce que tu réponds ? Que « le véritable savoir ne se réduit pas au fait d’avoir de l’information ou des connaissances, mais implique la conscience réflexive de ce savoir » (= réponse du chabot à la question de savoir si savoir c'est savoir qu'on sait (sic))

- Bien mon ami – et près ça, qu’est-ce que tu fais ? Tu te tires une balle dans le disque dur ? 

- Pas du tout ! Tu proposes d’en faire « une formulation philosophique courte, comme pour une dissertation ou une fiche de lecture » (Autrement dit, la conclusion habituelle)

Faux jeton !

lundi 28 juillet 2025

La « dark » romance – Chronique du. 29 juillet

Bonjour-bonjour

 

Il faut parfois regarder au loin pour savoir ce qui se passe près de chez nous. Ainsi de cette information concernant la lecture des ados en Nouvelle Calédonie, qui a toute les chances de documenter également ce qui se passe ici.

--> Il s’agit de cette branche de la littérature qu’on appelle la « dark romance ».

 

De quoi s’agit-il ?

« Dans ces romans très sombres et très "hot", le schéma est souvent le même. Les deux personnages se détestent, l'homme maltraite la jeune fille, qui tombe quand même amoureuse de lui. » (Lu ici) Faut-il le dire : les notions de consentement et de respect de l’autre sont absentes, mais malgré cela, les jeunes filles lisent avec intérêt ce genre de littérature.

D’ailleurs on lit ceci dans l’article cité : « Élève au lycée Lapérouse, Sarah* est adepte de "dark romance". Ce qui lui plaît avant tout dans ce style littéraire, ce sont "les histoires". "Elles sont intéressantes et elles sont longues." Que pense-t-elle des scènes de violence, de maltraitance ? "En vrai, ça va, nuance la jeune fille, qui estime savoir distinguer la réalité de la fiction. Mais il y a beaucoup de choses que je n'aime pas non plus." »

On connait la chanson, on l’a entonnée dès notre jeune temps au contact de la pornographie : on sait « faire le tri » comme si on fermait les yeux là où ça dégénérait.  

Là-dessus, relisons ce passage de Platon (République, IV, 439 e-440 d) « Léontios, fils d’Aglaïôn, remontait du Pirée, le long du mur du Nord, à l’extérieur ; il s’aperçut que des cadavres gisaient près de chez l’exécuteur public : à la fois il désirait regarder, et, à la fois, au contraire, il était indigné, et se détournait. Pendant un certain temps il aurait lutté et se serait couvert le visage ; mais décidément dominé par le désir, il aurait ouvert grand les yeux et, courant vers les cadavres : « Voici pour vous, dit-il, génies du mal, rassasiez-vous de ce beau spectacle ! ».

Voilà l’histoire : il y a un plaisir du mal, qu’on nomme plaisir de la transgression, mais qui existerait sans doute également là où aucun interdit n’existe. C’est un plaisir « pur » (si l’on peut dire) qui n’a besoin d’aucune justification, sauf celle de la jouissance.

--> Après, il y a à expliquer aux jeunes qu’entre le fantasme et la réalité, il y a une petite différence. Mais là, on rencontre une difficulté d’ordre tout à fait générale.

mercredi 2 avril 2025

Donald Trump soumis à son hubris ? – Chronique du 3 avril

Bonjour-bonjour

 

Quand vous lisez (ici) que le CEO de Lehman Brothers ou encore de Vivendi Universal ont entrainé par leur hubris déraisonnable la faillite de leur entreprise, vous avez peut-être écarquillé les yeux : CEO : c’est quoi ? Hubris – Quésaco ?


Après avoir consulté les sites bien informés, vous avez trouvé la traduction «  CEO : Chief Executive Officer (=PDG) » et vous vous êtes senti rassuré. Pourtant arrivé à la notion d’hubris, ça n’a pas été la même chanson. A la question : « Pourquoi certains CEO paient trop cher certaines acquisitions », Richard Roll, professeur de finance, après avoir épuisé toutes les explications habituelles, finit par conclure qu’une partie du surcoût peut être imputée à l’égo du dirigeant et à la perte, par celui-ci, du sens de la mesure : c’est ce que Roll nomme l’hypothèse d’hubris. (Art. cité)

- Et c’est là que ça se complique, car il faut définir ce que signifie ce mot grec « hubris ».

Lisons encore l’article cité : « Ce terme fait moins référence à un concept qu’à un ensemble de mythes mettant en scène l’arrogance et l’insolence funestes de l’homme face aux dieux ». 

Et de citer trois sources :

- Le mythe d’Icare selon lequel ce fils de Dédale, méprisant les conseils de son père, vole trop près du soleil pour finir dans la mer. On pense également à Phaéton, qui, tenant à conduire le char du dieu Soleil à la place de son père Apollon, met le feu aux nuages.

- Pour Platon : « Quand déraisonnablement, un désir nous entraîne vers les plaisirs et nous gouverne, ce gouvernement reçoit le nom d’hybris ». (Phèdre)

- Et Aristote de préciser « La cause du plaisir ainsi ressenti par l’individu faisant preuve d’hybris est qu’il se considère lui-même très supérieur aux autres lorsqu’il les maltraite. »

 

L’avantage de ce détour est de fixer les moments essentiels du concept dans un cadre très précis : d’abord, l’hubris est synonyme d’excès. La raison qui connait le cadre à ne pas dépasser est mise hors circuit par le désir et la recherche de plaisir qui lui est associée. Chez les grecs, les cadres en question sont établis par les Dieux et vouloir les outrepasser est un crime qu’ils châtient sévèrement.

Mais chez nous pour qui les dieux grecs n’existent pas ? 

-Écoutez Kant : le désir a la faculté de nous faire croire à la possibilité d’atteindre un but inaccessible. Les dérives les plus invraisemblables deviennent le chemin que des gens guidés par leurs chimères vont emprunter pour peu qu’ils en aient le pouvoir.

- Mais là ne s’arrête pas la faute caractérisée par l’hubris. Comme Aristote le souligne, le plaisir est le but ultime de la démarche désirante. Or être gouverné par la recherche de plaisir est source des pires crimes, car le plaisir de s'éprouver supérieur aux autres implique de les considérer comme des objets purement et simplement.

 

L’hubris est non seulement déraisonnable, elle est aussi immorale. Ce que vérifie l’exemple cité pour commencer de Donald Trump

dimanche 5 janvier 2025

L’IA, entre orthèse et prothèse – Chronique du 6 janvier

Bonjour-bonjour

 

Lu ce matin cet article qui met en jeu le rôle de l’IA dans l’enseignement supérieur qui ferait selon les auteurs écho à des débats millénaires sur notre rapport aux outils cognitifs.

Millénaire, en effet puisque l’article en question mobilise le Phèdre de Platon, le dialogue où les bienfaits de l’écriture sont mis en cause .

« Dans le Phèdre de Platon, le roi Thamous mettait en garde Theuth, le dieu égyptien de la science, contre les dangers de l’écriture, craignant qu’elle ne conduise à une atrophie de la mémoire et à une illusion du savoir. » dit l’article citant le passage en question. Pour confirmer cette affirmation, l’article poursuit : « Deux millénaires et demi plus tard, alors que l’intelligence artificielle générative bouleverse nos pratiques éducatives, cette mise en garde résonne avec une actualité saisissante /…/ : ne voyons-nous pas aujourd’hui les étudiants recopier des données générées par la machine et dont ils ne possèdent pas le sens ? »

- « Pourtant, /poursuit l’article en question/ les données empiriques récentes suggèrent une voie médiane entre technophilie béate et technophobie systématique : celle de l’intelligence artificielle (IA) comme orthèse cognitive et non comme prothèse de substitution. » 

Orthèse/prothèse : que signifie cette distinction ? Wiki nous renseigne : « Une orthèse est un appareillage qui compense une fonction absente ou déficitaire, assiste une structure articulaire ou musculaire, stabilise un segment corporel pendant une phase de réadaptation ou de repos. Elle diffère donc de la prothèse, qui remplace un élément manquant. »

- Là, je commence à piger : si j’utilise les production de l’IA comme une prothèse se substituant à mes propres production, je vais m’appauvrir et perdre progressivement ces capacités devenues inutilisées. Par contre, si je les utilise comme orthèse, qui soutien ces mêmes facultés pour progresser alors je vais les mettre en œuvre là où je ne l’aurais pas pu sans cet appui.

On peut vérifier que le propos du Pharaon de Platon dit exactement la même chose ; mais il passe à côté de l’écriture comme « orthèse cognitive » - faute de recul ? Sans doute pas : n’oublions pas que Platon est hostile à la diffusion du savoir pour tous, étant partisan d’un ésotérisme rigoureux. Quand bien même un apprentissage raisonné de l’écriture et de ses bons usages serait possible, j’imagine que Platon ne permettrait pas à n’importe qui d’apprendre à lire et à écrire.

dimanche 10 novembre 2024

Dans quel sens va l’histoire ? – Chronique du 11 novembre

Bonjour-bonjour

 

 

Le 11 novembre 1918, les soldats sortis vivants des tranchées ont crié « Cette guerre, c’est la Der des Der ! » Ils ont cru maitriser la marche de l’histoire - qui n’a pas demandé plus de 20 ans pour les démentir. 

En 1990, la chute de l’Empire soviétique a fait croire qu’on venait d’enterrer le totalitarisme. Après la chute du régime soviétique, Francis Fukuyama, politologue américain publia en effet un livre qui fit beaucoup de bruit. Il s’agissait « La fin de l’histoire et le dernier homme » dans lequel il soutenait que la dislocation du bloc soviétique marquait la dernière étape de l’histoire. Plus précisément « la fin de l'Histoire ne signifie pas, selon lui, l'absence de conflits, mais plutôt la suprématie absolue et définitive de l'idéal de la démocratie libérale, lequel ne constituerait pas seulement l'horizon indépassable de notre temps mais se réaliserait effectivement. » (Art. wikipédia)

Et pourtant…

Les récentes élections américaines ont plongé les démocrates dans un profond désarroi. Certes on sait que, ce qu’un vote a fait, un autre peut le défaire. Mais on ne peut manquer d’être frappé par ce mouvement général qui, à travers le monde entier, pousse nombre de démocraties historiques (celle des Etats-Unis date de 1787) à renoncer aux libertés civiles (telle l’IVG) pour aller vers plus d’autorité, allant jusqu’à l’illibéralisme, voire même la dictature pure et simple.

30 ans plus tard on ne parle plus que des autocrates, des tyrans, des gouvernants illibéraux. 

Pour quelle raison ce mouvement s’est-il inversé ? L’histoire revient-elle sur ses pas par un mouvement de balancier qui la ramène vers ses positions passées ? Ou bien faut-il avouer notre myopie qui nous condamne à voir la marche de l’histoire sur des périodes de quelques dizaines d’années où elle est insignifiante ?

Cette dernière hypothèse nous invite à suspendre notre réponse, car – ou bien c’est en effet un vaste mouvement de balancier et alors l’histoire ne peut signifier qu’existe une marche en avant, mais seulement enregistrer nos efforts pour juguler les malheurs dont notre espèce est affligée et qui renaissent périodiquement ; ou bien la responsable c’est notre ignorance totale, masquée par notre arrogance à vouloir connaître ce qui nous reste inaccessible.

Une autre réponse reste pourtant possible et cela depuis l’antiquité : c’est Platon qui nous l’explique. Chez lui, la démocratie marque non pas la fin de l’histoire, mais son avant-dernière étape. Et cette évolution n’est pas celle d’un progrès mais celle d’une chute, car le peuple étant incapable de se gouverner lui-même, il doit remettre son destin entre les mains d’individus qui ne sont pas plus savants que lui, qu’il nommait les "démagogues" et que nous nommons aujourd’hui les "populistes" (lire ici). 

- Et pour Platon, la dernière étape de l'histoire quelle est-elle ?

Pour lui, la démocratie (avant-dernière étape) met en place la tyrannie qui signifie l’écrasement du peuple par un pouvoir non seulement absolu, mais surtout illégitime. C’est sous ce double aspect qu’il revient aujourd’hui encore au premier plan : « /les grecs/ donnaient indifféremment /le nom de tyrans/ aux bons et aux mauvais princes dont l’autorité n’était pas légitime. » disait Rousseau. C’est ainsi que les américains sont prêts à renoncer à quelques-unes de leur libertés, à condition d’avoir le pouvoir d’achat promis.

mardi 6 août 2024

Qu’est-ce que l’homme ? – Chronique du 7 aout

Bonjour-bonjour

 

L’interrogation sur soi-même est le propre des questions métaphysiques – telles que proposées par Kant : « Que puis-je connaître ? », « Que dois-je faire ? », « Que m'est-il permis d'espérer ? », et pour finir : « Qu'est-ce que l'homme ? »

 

- Ainsi donc savoir ce que c’est qu'est l'être humain est le propre de la philosophie. Reste pourtant que cette interrogation a été reprise par la science sur la base de ses propres recherches : la paléontologie dont c’est la tâche principale cherche à établir la frontière qui sépare l’humanité des l’animalité : où passe-t-elle dans le cours de l’évolution ?

 

- Abordant la question du passage de l’animalité à l’humanité, la revue New Scientist rappelle l’originalité de la question « Qu’est-ce que l’homme ? » et écrit dans ce récent article :

« L’évolution est un processus continu, et la propension à diviser la vie en genres et en espèces bien distincts est moins un reflet de la réalité qu’une idiosyncrasie humaine parmi tant d’autres. » Autrement dit trouver la frontière qui sépare les humains des animaux est justement une particularité propre aux humains, perdant ainsi toute objectivité.

Cet illusion anthropomorphique était déjà dénoncée du temps de Platon qui, évoquant la prétention des humains à être exceptionnels par rapport aux autres animaux, ironisait : « Les grues ne diraient-elles pas de même si elles prétendaient se définir ? »

 

- En fait, conclut le journal, « l’endroit où nous situerons la ligne de démarcation entre « nous » et « eux » ne sera pas seulement dictée par la biologie : c’est aussi une question philosophique ». Il faut non seulement trouver une différence entre l’ensemble des animaux et les humains, mais il faut encore que cette différence soit significative.

C’est ainsi que, lorsque des philosophes de l’antiquité prétendaient que l'homme est un bipède sans plume, Diogène le Cynique répondait qu'alors un poulet plumé était lui-aussi un homme :

 


Mais alors, quel critère supplémentaire faut-il pour séparer les hommes des poulets déplumés ?

samedi 3 août 2024

Le cri de vidange – Chronique du 4 aout

Bonjour-bonjour

 

Vous êtes peut-être comme moi, chers amis, horripilés par les cris poussés à tout moment par les sportifs des J.O. – généralement pour saluer une victoire.

 



Pourquoi ce débordement sans raison apparente ? Le cri est souvent associé à des sensations de douleur ou des manifestations d’émotions : « Chaque tourment possède son cri, la santé seule se tait. » disait Erik Gustaf Geijer

- Ici, rien de semblable, une seule raison parait capable de justifier cette débauche vocale : l’évacuation d’un surplus d’énergie, comme si le sportif qui crie à la fin de son effort devait en quelque sorte « vidanger » ses forces superflues.

Dans ce cas, le cri serait dépourvu de signification, ce qui le ramènerait à sa nature première animale. Occasion de rejouer les débuts de l’humanité, lorsque les premiers hommes dépourvus de langage et incapables de formuler une pensée, trouvaient dans une sorte de "cri primal" un moyen d’expression.

Le cri serait alors dépourvu de signification tout juste exutoire d’émotions ou de souffrances, comme avec le fameux « cri de Tarzan » :

 


Gotlib : « Le premier cri de Tarzan »

 

 Mais, laissons ces gaudrioles de côté : c’est avec Platon et Aristote que le cri apparait comme étant inapte à l’action politique et devant rester cantonné au monde animal « Le cri se voit repoussé dans une sphère de relégation aux côtés du barbare, du sauvage, de la folie et de l’animal. » (Pierre-Henri ORTIZ, dans cet article à lire ici)

L’opposition entre la parole et le cri relègue donc celui-ci hors de la sphère humaine : l’homme qui crie renonce à son humanité et régresse à sa nature animale, soit en révélant ce qu’il était à l’origine, soit en criant les mots qu’il profère.

C'est en effet cette seconde situation qui domine dans le discours politique : 


vendredi 12 avril 2024

Le violeur à la trottinette : il a tout pour plaire – Chronique du 13 avril

Bonjour-bonjour

 

Voici un fait divers qui va nous reposer les neurones qui sont proches du court-circuit en raison de l’actualité mortifère de ces jours-ci.

Il s’agit du violeur en série de Grenoble, identifié grâce à son ADN et dont l’originalité est de se déplacer en trottinette électrique. Ce qui lui vaut le surnom de « violeur à la trottinette » qui n’est pas sans rappeler la Bande à Bonnot, jadis nommée « Les bandits en auto » en raison des puissantes voitures qu’ils utilisaient pour commettre leurs hold-ups, à une époque où les agents de police ne se déplaçaient qu’en vélo.

 

 

Vu ici

 

Mais l’essentiel n’est pas là. A Grenoble, tout le monde se dit surpris. Certains de ses amis ont dit « Oh, mais on le connaît ! C’est vraiment un mec lambda, proche de sa mère, de sa sœur. Il a une copine, ça nous a extrêmement choqués, elle est très amoureuse de lui, ça faisait longtemps qu’ils étaient ensemble ». Un commerçant qui connaît bien Milan (= le violeur présumé) et toute sa famille a surenchéri : « C’était un sacré travailleur, beau gosse en plus ! Donc bon, on se dit qu’il n’avait pas de raison à faire des choses de ce genre… ». (Lu ici)

Alors, on est habitué à l’extrême normalité de certains agresseurs et assassins : c’est même une caractéristique bien connue des pervers que de se fondre dans la masse des « gens normaux ». Mais ici, on souligne le fait que ce jeune homme « n’avait pas besoin de violer » pour calmer sa libido. Beau gosse, bien intégré et apparemment bien dans sa peau, il avait tout pour plaire et s’il avait eu besoin de changer de partenaire il n’aurait sans doute pas eu beaucoup de mal pour la trouver.

Seulement voilà - le violeur à la trottinette avait besoin d’autre chose : il avait besoin de violer, ce qui montre que c’est une bévue de croire que ces gens sont des frustrés en panne de partenaire. 


Allons plus loin : inutile de réfléchir bien longtemps pour constater que le viol n’est que le passage à la limite du rapport sexuel. C’est qu’en effet le coït traite le/la partenaire comme un objet et cela non seulement dans l’espèce humaine, mais aussi chez nombre d’animaux.


 

Cliché Gérard David

 

... Seulement voilà : le propre de la civilisation est de dépasser la nature et comme le disait Platon, si un seul déroge à cette règle on devra l’éliminer impitoyablement. C’est ainsi que, dans le Protagoras (321c), Zeus s’adresse en ces termes à Hermès :  « Établis en outre en mon nom cette loi que tout homme incapable de pudeur et de justice sera exterminé comme un fléau de la société ».

mardi 20 février 2024

La France de CNews – Chronique du 21 février

Bonjour-bonjour,

 

Ce matin, je lis ceci  (à propos de la chaine Cnews) : « En considérant que l'Arcom (Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique) doit demander à CNews de respecter le pluralisme, le Conseil d'Etat contraint le gendarme de l'audiovisuel à revoir le contrôle de cette obligation, jusqu'ici limitée aux personnalités politiques. La définition du nouveau cadre pose de nombreuses questions. » (Lu ici)

- Les intéressés protestent : leurs chroniqueurs ne sont pas soumis à ce contrôle, puisqu’ils sont libres et indépendants, couverts par la liberté sans laquelle ils ne peuvent plus exercer leur profession.

 

Deux observations :

- D’abord, la distinction classique entre information et opinion. Si ce premier terme fait intervenir les faits et leur mise en évidence, le second met en avant un courant de pensée.

Cette distinction classique remonte à Platon, du moins pour ce qui est de l’opinion, considérée comme une manière subjective de comprendre les faits. L’opinion est alors opposée aux démonstrations scientifiques, universellement valables. 

Le rôle de l’opinion consiste à donner la parole à la subjectivité : C’est mon avis et je le partage disait Monsieur Prudhomme, le personnage créé par Henry Monnier.

De nos jours – et sur CNews en particulier – les énoncés d’opinion par les journalistes ou les chroniqueurs sont présentés comme essentiellement démocratiques puisque la liberté individuelle est à leur source.

- Pour éviter de confondre la vérité et l’opinion, tout en préservant la liberté rappelée ci-dessus, la règle est celle du pluralisme d'opinion : « le respect du pluralisme est une des conditions de la démocratie » dit le Conseil constitutionnel en 1986. 

--> Si même les nationalistes ont le droit de faire valoir leur opinion, c’est bien parce que l’on peut aussi donner les arguments du contraire. Donc CNews a le droit de nous faire savoir quelle est sa conception de la France à condition de respecter ce principe de pluralité. Sinon on devra admettre que cette chaine n’est plus une chaine d’information, mais d’opinion (à supposer que cette catégorie existe)

Quant à moi, le mal ne réside pas tant dans cette liberté laissée à certains de faire croire de façon mensongère que leur opinion est la vérité. Par contre je mesure avec tristesse le succès de cette chaine qui grimpe dans les sondages : la France de CNews existe et ce n’est pas en supprimant cette chaine qu’on supprimerait ceux qui absorbent avec avidité ses opinons.

lundi 12 février 2024

Le droit du sol un crypto-nationalisme ? – Chronique du 13 février

Bonjour-bonjour

 

En parlant du « droit du sol » on se réfère aujourd’hui à cette technique juridique qui permet de créer des citoyens français à partir d’enfants nés de parents étrangers. On a deux attitudes différentes face à cette pratique : soit on la refuse parce qu’on ne devrait pas toucher à un droit fondamental de la République ; soit on voit en elle une manipulation bien pratique permettant en cas de conflit de produire de nouveaux citoyens-soldats prêt être enrôlés par l’armée.

Entre droit fondamental et trafic cynique, on aimerait choisir.

 

Le sol dont nous parlons aujourd’hui a une signification « botanique » : il désignerait le lieu où se nourrissent et se développent nos racines ; métaphoriquement il constitue ce principe génétique qui transmet par le lieu de naissance l’appartenance à la Patrie ; ainsi les étrangers seraient bannis de notre nationalité puisque nés ailleurs. Mais cet enracinement peut-il rester actif pour les enfants nés sur le sol de la Patrie, quoiqu’issus de parents étrangers ? On aura reconnu la question posée plus haut : nous n’avons guère progressé…

 

- C’est que nous n’avons pas évoqué la source de cette vision de la nature politique des hommes. Il faut pour cela revenir à l’Antiquité et au mythe des autochtones. Issu d’Hésiode et repris par Platon, il évoque l’origine de la Cité d’Athènes issue d’un Héros né du sol c’est-à-dire poussant comme une plante. « Les premiers Athéniens sont nés directement de la terre qui constitue le sol athénien, qui les nourrit et qui continue aujourd'hui de les loger, comme une mère bienveillante et protectrice » dit en substance Platon dans le Ménéxène (Cf. le texte en annexe). Ainsi tous les athéniens sont frères parce qu’issus d’ancêtres né de la même mère, à savoir le sol de la patrie. Ensuite ils ne sont pas issus d’étrangers puisque directement enfantés dans et par la Cité. Enfin – et surtout – ces autochtones n’ont existé qu’à l’origine des temps, mais leur nature se transmets depuis de parents bien nés à enfants citoyens.

 

On comprend pourquoi le « droit du sol » constitue un principe sensible de nos lois fondamentales : loin de renvoyer simplement à un petite manipulation de l’État-civil, il institue une véritable essence politique des hommes devenus ainsi des citoyens.

Robespierre disait « On n’emporte pas la Patrie à la semelle de ses souliers » : c’est que la terre, source de vie, est bien ce à quoi nous devons notre origine, et si le Moyen-âge atteste que l’attachement au sol désignait le servage par lequel le paysan était soumis à un travail contraint sur la terre de son Seigneur, l'autochtonie fut d’abord un principe d’égalité pour tous ceux qui sont nés sur le même sol. Ce droit permet de tracer une frontière étanche entre le citoyen et l’étranger – raison pour laquelle il est devenu incompréhensible dans les sociétés où le métissage est la règle.


- Maintenant, à vous chers amis de dire si cette essence politique vous parait véritable ou s’il ne s’agit que d’une idéologie nationaliste.

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(1) « Le premier avantage de leur naissance est de n'être pas étrangers. Le sort ne les a pas jetés dans un pays dont ils ne sont pas. Non, ils sont autochtones, ils habitent et ils vivent dans leur véritable patrie, ils sont nourris par la terre qu'ils habitent, non pas en marâtre, comme d'autres, mais avec les soins [237c] d'une mère. Et, maintenant qu'ils ne sont plus, ils reposent dans le sein de celle qui les engendra, les reçut dans ses bras à leur naissance et les nourrit. C'est donc à elle, à cette mère, que nous devons nos premiers hommages : ce sera louer la noble origine de ces guerriers. » Platon – Ménéxène 237b-c

lundi 2 octobre 2023

Le faux nombril des chinoises – Chronique du 3 octobre

Bonjour-bonjour

 

Un passionnant article dans Philosophie magazine de ce mois nous invite à la réflexion sur… le nombril, en nous révélant cette mode aux … faux nombrils arborés par les jeunes chinoises.

 

Faux nombrils : qu’est-ce donc ? 

Voyons à quoi ça ressemble : 

 


Et puis lisons : « Semblables aux tatouages ​​​​éphémères, ces petites bandes adhésives sont placées au milieu du ventre, quelques centimètres au-dessus du vrai nombril, qui est lui-même dissimulé sous un pantalon ou une jupe taille haute. Cette combine permettrait de créer l’illusion d’une silhouette affinée et allongée, deux critères de beauté toujours aussi prépondérants dans le pays. Les proportions corporelles seraient ainsi plus « flatteuses » aux yeux de celles, nombreuses, qui s’y adonnent. » (Lu ici)

 

Maintenant, venons-en à l’analyse de cette tendance à montrer (en apparence) tout en cachant (en réalité) son nombril : que signifie donc pour nous cette partie de notre anatomie ?

« Le nombril évoque une région inconnue, inconnaissable de nous-même, un abîme sur lequel nous reposons sans jamais pouvoir le regarder de front, une faille insaisissable … qui est, dira Derrida, le signe que quelque chose en nous demeure « impénétrable, insondable, inexplorable, inanalysable ». (Réf. citée)

 

- Voilà le tout : alors que les zones de notre corps qui attirent notre attention – zones érogènes mais aussi ouvertures simplement fonctionnelles (nez, oreilles) – sont facilement explorées, le nombril est une pseudo-ouverture, un cul-de-sac, qu’à défaut de pouvoir explorer, nous devons interpréter. Les psychanalystes en font des tonnes sur « ce trou que l’ombilic suture » et on n’y ferait pas vraiment attention si en faisant cela on ne reprenait un mythe célèbre de Platon, lorsque, racontant l’origine de l’humanité, il la concevait peuplées d’être découpés verticalement en deux et dont la faille béante était réparée par la suture du nombril. (Lire ici)

 

Les faux nombrils matérialiseraient donc une tendance paradoxale qui consisterait à montrer tout en cachant ce point si intime de l’être : n’est-ce pas là la définition même de l’illusion ?

Il s’agirait de faire croire qu’on se révèle, comme avec les crop-tops, mais de façon à prendre les voyeurs à leur propre piège : « Tu veux me mater ? Alors, vas-y ; tu ne verras rien de la réalité – mais seulement ton propre fantasme »

Mais on l’a vu plus haut : pour les jeunes chinoises les faux nombrils n’auraient pas cette volonté pour origine ; il s’agirait d’une autre illusion : faire croire qu’elles sont plus grandes qu’en réalité avec ce faux nombril plus haut que le vrai.

Comme quoi une illusion peut en cacher une autre.