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samedi 9 mai 2026

La surprise musicale – Chronique du 10 mai

Bonjour-bonjour

 

Le développement des performances humaines est une obsession de nos coach adeptes des compétitions de tout calibre. 

Pourquoi pas ? Toutefois lorsque ces activités de développement en viennent à dénaturer les moments les plus charmants de la vie, on ne peut s’empêcher de protester. Ainsi de cette évaluation du plaisir musical destitué de ses moments d’émotion exceptionnels pour devenir une occasion de booster le développement cérébral : « La musique stimule tout un tas de neurones. On devient donc plus efficace, on est plus performant, que ça soit dans des taches cognitives ou dans des activités sociales de collaboration avec les autres. » Et c’est signé Emmanuel Bigand, musicien et professeur de psychologie cognitive (Lire ici)

 

 

Vu ici

 

- Cette observation bien que marquée par l’esprit de profit de notre époque n’en reste pas moins liée à une observation venue de très loin, puisqu’on en trouve une trace chez Platon pour qui la musique a une influence sur l’âme (lire ici). 

Il y a une autre observation qu’il convient de faire : la musique nous saisit et nous surprend par des émotions qu’elle soulève alors même qu’on ne s’y attendait pas. On trouve dans la Montagne magique de Thomas Mann un passage où un personnage du roman entend depuis le balcon où il prend le frais une musique échappée d’un appartement voisin : ses émotions surgissent alors, sans rapport avec la situation présente, mais extrêmement prégnantes. 

L’émotion musicale arrive sans prévenir et elle surprend l’être au plus profond de lui-même sans qu’il n’y puisse rien.

La musique noue avec notre cerveau des liens dont la profondeur exclue la manipulation. Les neurones dont nous parle le spécialiste de psychologie cognitive sont stimulés, certes, mais que savons-nous de l’effet produit ?

lundi 30 octobre 2023

Gai-gai, enterrons-nous ! – Chronique du 31 octobre

Bonjour-bonjour


En ce jour d'Halloween le souci des cimetières nous prend et l'actualité suit.

La nouvelle vient du Japon : les vieux de plus de 75 ans qui auront accepté de rendre leur permis de conduire – entendez qu’ils auront renoncé à conduire leur voiture – auront une réduction de 15% sur leurs frais d’obsèques. Ils auront aussi (et surtout) la gratuité dans les trains. 

- Pour aller au cimetière ?

- Pas d’ironie facile je vous prie : l’augmentation du nombre d’accidents provoqués par des conducteurs âgés fait question au Japon, pays où la population est vieillissante et qui doit trouver des solutions acceptables par tous, sans contrainte mais avec des incitations.

- Quand même : faire miroiter des réductions sur mon enterrement, ça ne me parait pas très stimulant : après tout, ce sont les héritiers qui sont concernés, pas le défunt. 

- Mais les billets gratuits pour prendre le train, ça ne vous parait pas une bonne raison de renoncer à la voiture ?

- Bof ! Je hais les trains, il faut se rendre à la gare – et sans voiture s’il-vous-plait ! Et puis pendant le voyage, il faut supporter les enfants qui crient, qui courent et qui vomissent partout. 

Non vraiment : mon permis, je le garderai jusqu’à ce qu’on me le retire.

- Vous ne voyez donc aucune raison pour faire ce geste-citoyen ?

- Si, peut-être… Pour les obsèques, le prix ne m’intéresse pas, par contre l’organisation de la cérémonie pourrait me convaincre.

- Par exemple ?

- Hé bien voyez-vous, j’aimerais qu'on me garantisse qu’un quatuor à cordes viendra jouer un opus de Beethoven. Par exemple un quatuor de la série « Razoumovski » : joyeux et revigorant ça serait excellent pour mon enterrement.

Garantissez-moi par contrat qu’on jouera à mon enterrement un œuvre de Beethoven - ou à la rigueur de Haydn, et je renonce à ma bagnole.

samedi 25 mars 2023

Tout finit par des chansons – Chronique du 25mars

Bonjour-bonjour

 

Je lis cet article qui s’interesse aux « chanteurs de manifs », ceux qui réclament la satisfaction de leurs revendications (ou encore l’inévitable « démission de Macron »), en pastichant le répertoire de Johnny Halliday ou les tubes de J-J Goldmann. S’agit-il d’un folklore, d’une habitude prise simplement pour « prendre la lumière » en attirant les caméras de la télé ?

On aurait tendance à le croire, mais on aurait tort. 

- Tort parce que depuis le 18ème siècle Beaumarchais a pointé ce fait : « En France, tout finit par des chansons » (1) même lorsqu’il s’agit d’agitation populaire. C’est ce que Chamfort exprimait lui aussi : « Le gouvernement de France est une monarchie absolue tempérée par des chansons. La chanson politique a toujours été un sport national. Souvent très bien tolérée, elle permet, par son effet cathartique de faire passer dans un sourire ce qui semblerait insupportable si l'on n'avait plus le droit de critiquer. »

On dira que la situation politique d’aujourd’hui n’a rien à voir avec ce qu’elle était à l’époque de Beaumarchais. Certes. Mais, même si la censure n’existe plus de nos jours, la chanson politique et revendicatrice reste un moyen de garder le sourire – elle aurait même comme l’avance Chamfort, un effet cathartique.

Autre chose : cette continuité de chansons entre le 18ème siècle et aujourd’hui souligne la parenté de nos manifestants avec les sans-culottes de la Révolution. C’est même un leitmotiv des manifestant depuis les Gilets-jaunes : la revendication de la souveraineté populaire, brocardée par Emmanuel Macron qui oppose la foule au peuple, est bien raccord avec les idées de 89.

Seuls les manifestants de 68 n’ont pas recherché cette filiation : il est vrai qu’on cherchait à l’époque à s’inscrire dans une trajectoire marxiste.

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(1) Voir la dernière réplique du Mariage de Figaro - et aussi :  « Or, Messieurs, la Co-omédie Que l'on juge en cet instant, Sauf erreur, nous en pein-eint la vie du bon peuple qui l'entend. Qu'on l'opprime, il peste, il crie ; Il s'agite en cent fa-açons ; Tout finit par des chansons... »

Beaumarchais, Le Mariage de Figaro, V, 19 (1784) (C’est aussi une chanson à écouter ici)