jeudi 4 juin 2026

Fan un jour, fan toujours – Chronique du 5 juin

Bonjour-bonjour

 

Je m’étonnais de la fidélité du public de Patrick Bruel qui, malgré les accusations ignominieuses qui pleuvent sur leur idole, continuait à l’applaudir comme si de rien n’était.

Cet intéressant article détaille les mécanismes qui permettent de comprendre la relation si forte qui unit des fans à un artiste. Vous allez le voir, Stendhal n’est pas loin.

- A la suite d’une enquête approfondie Gabriel Segré (l’auteur de l’article en question) nous montre que toutes les caractéristiques de l’amour-passion sont réunies dans l’attachement extraordinaire qui unit ces admirateurs à leur vedette aimée. Pour le spectateur ordinaire, le chanteur est celui qui peut passionner le temps d’une chanson et puis on passe à autre chose. Pour le fan on ne passe jamais à autre chose, parce ce chanteur est celui à qui on appartient, à qui on est relié intimement, celui dont l’admiration ne suffira jamais à décrire l’extase qu'il provoque.

Et c’est alors qu’on se dit : « Bon sang! Mais c’est bien sûr ! On est dans un épisode de cristallisation stendhalienne ! »

Pour Stendhal il s’agit de décrire l’admiration suscitée par l’amour pour l’être aimé, qui le pare de merveilleux scintillements – comparable à ceux du givre sur la branche d’un arbuste (« Au moment où vous commencez à vous occuper d'une femme, vous ne la voyez plus telle qu'elle est réellement, mais telle qu'il vous convient qu'elle soit. Vous comparez les illusions favorables que produit ce commencement d'intérêt à ces jolis diamants qui cachent la branche de charmille effeuillée par l'hiver, et qui ne sont aperçus, remarquez-le bien, que par l'œil de ce jeune homme qui commence à aimer. ») A cette admiration s’ajoute l’invention de qualités imaginaires qui sont d’autant plus fortes que la distance entre l’amoureux et l’objet de son amour est grande.

 

--> Le fan est donc amoureux de son idole dont l’éloignement assure l’éclat. Dont acte. Mais que se passe-t-il lorsque cette idole, brisant tous les tabous se révèle être une abominable fripouille qui abuse de son pouvoir et souille ses groupies de ses perversions ?

 

Cette trahison – si elle est admise – entraine une perte considérable pour les fans. Avec Patrick Bruel, c’est leur raison d’être et de vivre qui disparait. On comprend alors que le chanteur continue « d’avoir des admirateurs dont la volonté farouche ne peut se rencontrer que chez eux, qui protègent cette vedette et qui vont lutter contre sa condamnation, sa mise au ban, sa déchéance, son oubli ou sa disparition. » (Art. cité)

On méprise facilement les fans pour la médiocrité de l’objet de leur attachement. Mais oserez-vous regarder avec objectivité celui ou celle dont vous avez été éperdument amoureux ?

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