lundi 29 juin 2026

L’humain n’est plus qu’une hypothèse – Chronique du 30 juin

Bonjour-bonjour

 

Trouvé ceci ce matin dans les Google-news : « Sur Amazon, l’écrivain Julien Blanc-Gras découvre un livre signé de son nom mais écrit par l’IA »

Ce titre est ainsi complété : « L’ouvrage, commercialisé depuis mars pour environ 17 euros, s’intitule Guide complet d’aventure : le manuel de survie du voyageur moderne. /…/ En effet, je suis un écrivain qui voyage. Le problème, c’est que je n’ai jamais écrit ce livre », témoigne l’auteur, ajoutant : « Rien ne prouve que je ne sois pas moi-même un robot. Aujourd’hui l’humain n’est plus qu’une hypothèse. »

Belle formule, ne croyez-vous pas ? Et tragique à la fois, car on la trouve déjà sous la plume de Bergson, lorsqu’il met au défi ses auditeurs de vérifier qu’il soit bien une conscience qui parle. À son l’époque, cela passait pour une utopie ; aujourd’hui, c’est une réalité et ça nous fait très peur.

Car c’est un peu partout que le doute s’est insinué avec ces « deepfake », enregistrements vidéo ou audio réalisés ou modifiés grâce à l'intelligence artificielle. Nous voici dans un monde d’incertitude dont nous ne sortons que par oubli ou insouciance : quand nous arrêtons de nous demander si cette voix familière qui nous parle au téléphone est bien celle de notre ami, ou si cette vidéo d’info n’est pas une création pure et simple d’un logiciel. Et les livres que nous achetons ? Ont-ils été créés par un auteur humain ? 

--> Quelle est donc la trace substantielle laissée par l’homme ? Comme vérifier qu’il ne s’agisse pas d’un robot ?

Jusqu’à présent la preuve se résume, pour parler comme Julien Blanc-Gras, à « l’insondable nullité » des ouvrages ainsi générés. Alors, c’est vrai : ces productions de l’IA sont l’occasion pour les humain de se rengorger dans leur orgueil. Mais demain ? Lorsque la notion de copie aura été sublimée par celle de création ? Lorsque la machine fera des poèmes aussi beaux que ceux de Victor Hugo ou de Baudelaire ? Lorsque des soi-disant inédits de Rimbaud seront lancés sur le marché et que les plus grand spécialistes les applaudiront comme d’authentiques découvertes : nous vivrons dans un monde où tout sera hypothétique et nous n’aurons plus qu’à relire Descartes où, par hypothèse il n’y aurait plus de Dieu pour nous garantir des fakenews.

Un monde sans transcendance.

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