vendredi 6 février 2026

Jeffrey Epstein : une affaire sensible – Chronique du 7 février


Bonjour-bonjour

 

Si vous vous étonnez que l’« affaire Epstein » mobilise les médias au point qu’on ne parle plus que de ça, observez dans combien de domaines différents elle soulève des indignations. Argent, sexe, détournement du droit, corruption : l’affaire Epstein est un symptôme polymorphe du fondement – des bas-fonds – de nos sociétés. De Jean-Paul 2 à nos chefs d’État, tous ont posé avec lui pour une photo.


Avouez qu’il y a de quoi philosopher ! Mais avant de m’y risquer, je voudrais relever un fait assez notable : Jeffrey Epstein avait pour passion de collectionner les relations pour constituer un réseau de connaissances le plus gigantesque possible. C’est d’ailleurs la raison de la montagne de noms cités dans les documents récemment rendus publics.

Nous avons là une passion qui est sans doute assez répandue : aimer regrouper autour de soi un maximum de personnes susceptibles de former un groupe dont nous serions le centre. N’est-ce pas là la définition même d’Éros, cette pulsion fondamentale reconnue par Freud dans le dernier stade de sa théorie ? Fonder une famille, puis un clan, puis une nation : Epstein aurait mis en œuvre cette pulsion de vie à laquelle nous sommes tous attachés.

- Mais alors : de même qu’Éros s’oppose à Thanatos - cette pulsion « de mort » qui cherche à détruire ces vastes ensembles, il aurait quelque part un « anti-Epstein » acharné à détruire ces regroupements, par des propos clivants puis des actions destructrices ?  

jeudi 5 février 2026

La bonne mine – Chronique du 6 février

Bonjour-bonjour

 

Quand le visiteur se penche sur le malade au creux de son lit d’hôpital s’exclame : « Mais tu as bonne mine ! » –  à supposer qu’il soit sincère – le malade comprend que son visage porte des signes de santé : traits détendus, teint rose, regard franc.

Bien. Mais pourquoi le médecin ne se contente-t-il pas de tels signes ? Y aurait-il des pathologies si discrètes qu’elles progressent sans affecter l’aspect du visage ?

Sans doute – Mais alors pourquoi croit-on si aisément que le visage soit le « miroir du corps » comme on le dit « miroir de l’âme » ? A-t-il donc un privilège qui lui permette d’exprimer ainsi notre intériorité ? 

Occasion de rappeler que l’être humain est supposé constitué de la réunion de deux principes, l’un matériel : le corps ; et l’autre spirituel. Interface entre les deux : le visage et plus particulièrement le regard. Ainsi « la bonne mine » serait l’exposition de cette réunion d’un corps et d’une âme – ou pour le dire de façon usuelle : « un esprit sain dans un corps sain » qui n’est autre que la formule de la bonne santé.

- Certains diront : « Moi, je ne veux pas fouiller dans le tréfond de l’être. Je le prends tel qu’il apparait c’est-à-dire comme un tout » Très bien ; reste qu’il dispose d’une surface dont il faudra tenir compte pour savoir ce qui se passe à l’intérieur.

Et au fond l’essentiel est là : sans faire de métaphysique, celui qui pronostique ma santé grâce à l’aspect de mon visage croit fermement que l’apparence n’est pas trompeuse.

Ou, pour parler comme Hegel que « l’apparence est un moment de l’essence ».

Cette croyance n’est pas si aventureuse que cela : d’autres lisent le destin dans les lignes de la main ou dans la forme du crane.

dimanche 18 janvier 2026

Trump, le nouveau Père Ubu – Chronique du 18 janvier

Bonjour-bonjour

 

L’entêtement de Donald Trump devient pathétique : s’il n’obtient pas la possession du Groenland, il sabordera l’OTAN et détruira ses anciens alliés. 

On tremble car, même si nous autres européens nous le voulions nous ne pourrions pas lui donner satisfaction. C’est que le Groenland appartient aux Groenlandais

Bizarre ? Pas tant que ça. Récapitulons : le Groenland est un territoire constitutif du Danemark qui lui a accordé l’autonomie territoriale et l’autogouvernance. A ce titre, ce sont aux groenlandais et non aux danois de décider s’il est possible de vendre ce territoire aux USA. Mais voilà : les groenlandais cherchent principalement à consolider leur autonomie politique et territoriale – et surtout pas à se trouver un nouveau seigneur

- Au fond, Donald Trump est comme le Père Ubu. Celui-ci, après avoir par traitrise renversé Roi de Pologne pour s'emparer de son trône, devient un despote en guerre contre le peuple – en découvrant avec dépit « qu’il y a des polonais en Pologne », tout comme il y a des groenlandais au Groenland. 

Mais le rapprochement ne s’arrête pas là. Bien décidé à imposer son pouvoir, Ubu taxe les habitants avec un impôt de 10% sur tout ce qui existe dans le pays. 

Suite aux révoltes suscitées par cet abus, le voilà contraint à partir en guerre, monté sur son « cheval à phynances », pour encaisser l’impôt et décerveler tous ceux qui lui résistent. Après bien des péripéties, Ubu reviendra en France pour se faire nommer « Maître des finances à Paris ».

- Plus fort que le Père Ubu, Trump n’a même pas besoin de venir à Paris pour nous faire les poches : signer des décrets dans le bureau ovale lui suffit

 

Pour conclure : si Alfred Jarry a mobilisé les Russes en Ukraine pour arrêter Ubu, aujourd’hui ce sont les descendants des esquimaux qui vont résister à l'invasion.

Adaptant le slogan MAGA à leurs besoins, les voici qui crient :

Make America Go Away

vendredi 16 janvier 2026

La puissance du poil – Chronique « genrée » du 17 janvier

Bonjour-bonjour

 

Je viens de visionner un spectacle de ballet monté par le Capitole de Toulouse en octobre 2024. Il s’agit de Sémiramis & Don Juan – Ballet de Gluck donné à l’Opéra national du Capitole (Octobre 2024)

- Oui, je sais : ça fait un peu tard, mais enfin pourquoi pas ? Car si je vous en parle c’est pour pointer un détail physique des danseurs, tous présentés à la mode de Béjart torses nus et soigneusement épilés – à l’exception des aisselles.

Je sais bien que parler de poils n’a jamais été reçu comme acceptable : déjà du temps de Platon, Socrate était scandalisé en imaginant que « des choses ignobles, telles que « poil, boue, ordure, enfin tout ce que tu voudras de plus abject et de plus vil, puissent être dotées d’une essence qui en ferait une réalité appartenant au monde de l'intelligible et qui auraient possédé la perfection éternelle et la réalité absolue. » Platon – Parménide (130c).

Si je cite cette référence, c’est qu’elle souligne l’ambiguïté du poil dans nos sociétés : à la fois vulgaire et malpropre, l’homme doit se raser pour être convenable ; mais ces mêmes poils, taillés en moustache et en barbe sont un signe de virilité et de la noblesse. C’est qu’ils sont le privilège des hommes – les quelques femmes porteuses de barbe étant classées dans le genre des monstres de foire.

Les danseurs du ballet du Capitole arborent donc une contradiction : certes leurs torses épilés signalent le caractère raffiné de leur personnage. Mais la touffe de poils conservée dans le creux de leurs aisselles apparait à l’état brut, sans aucun raffinement ; c’est qu’elle évoque quelque chose de sauvage, sorte de résurgence de la nature qui fait craquer le vernis culturel de la peau glabre. 

Cette image d’une force qui, tel un geyser, surgit brusquement en faisant craquer la surface lisse du corps donne une image saisissante de la puissance contenue dans la musculature de ces danseurs.

C’est sans doute avec ce message que la barbe de 3-jours a été choisie comme ornement valorisant par les hommes ?

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P.S. Ce contraste entre la nature et la culture apparait aussi avec ces pubis épilés qui laissent néanmoins surgir la pilosité naturelle dans des replis managés en cet endroit par la nature – chez les dames, cela va de soi.

jeudi 15 janvier 2026

Êtes-vous cultivé ? – Chronique du 16 janvier

Bonjour-bonjour

 

Quand j’entends le mot culture, je cours me cacher. Car c’est l’occasion de prendre des mauvais coups, soit comme assassin de la civilisation, soit au contraire comme adepte d’un élitisme prétentieux.

Dans les deux cas on oublie que la culture est soumise à trois variables :

« Il existe, dans la société, plusieurs régimes légitimes de culture. 

* Certains, ceux des professionnels, reposent sur la contemplation artistique, 

* d’autres sur l’hédonisme et le plaisir, 

* d’autres encore sur l’intérêt relationnel et la dimension sociale de la pratique. (Lu ici

Traiter cette dernière forme de culture comme secondaire ou « non culturels » revient à nier la diversité des expériences esthétiques qui structurent aujourd’hui les usages culturels réels. 

Prenez les Festivals : 

* les uns sont destinés aux amoureux d’opéras, tels ceux de Wagner qui se retrouvent chaque été au Festival de Bayreuth : pour eux l’extase du souffle wagnérien est l’expression la plus pure de LA Culture.

* Pour d’autres le Festival est l’occasion de se rencontrer entre festivaliers comme à Avignon par exemple. Ça crée une solidarité entre initiés.

* Mais le plus gros des festivaliers se retrouvent dans grands concerts de variété qui rassemblent des dizaines, voire des centaines de milliers de passionnés qui vont danser pendant 3 jours sans s’arrêter. On ne parlera pas d’élites à leur propos, mais ils constituent exactement la même solidarité que les gens de Bayreuth ou d’Avignon.

 

La conclusion est selon moi qu’il est vain de chercher un concept commun à mettre sous le vocable « culture ». Il s’agit d’un phénomène social qui remonte sans doute à une lointaine préhistoire des sociétés humaines et dont la signification est de vivre ensemble un certain divertissement.

mercredi 14 janvier 2026

Savez-vous où est Nuuk ? – Chronique du 15 janvier

Bonjour-bonjour

 

Alors, ça y est ? Le conseil de défense de l’Élysée d’hier a décidé d’envoyer un contingent français au Groenland, histoire de montrer aux Yankees que la Vieille Europe est encore là.

Lafayette, les voici !

Moi qui ne suis pas belliqueux pour un sou, je me délecte malgré moi d’imaginer un affrontement de soldats vêtus comme au 19ème siècle, avec des fusils longs comme le bras, qui se tirent dessus cachés dans l’embrasure d’une maison abandonnée – sauf qu’ici on aurait un igloo ébréché.

Ça aurait de l’allure ne croyez-vous pas ? – Mais hélas ! rien de tout ça ne risque d’arriver : l’immensité glacée du Groenland ne verra sûrement pas d’empoignades héroïques entre soldats vêtus de peaux de phoques. A notre époque, tout se passe par machines interposées, drones ou robots montés sur des skis – sans parler de missiles hypersoniques.

- Mais là encore, il n’y a que du rêve. La réalité est que les Américains n’ont sûrement pas besoin d’envahir quoique ce soit : ils n’ont qu’à décréter que leur volonté vaut titre de possession. Qui donc viendrait les déloger le jour où ils investiront Nuuk ?

- Quoi ? Vous ne savez-pas ce qu’est « Nuuk » ? Sachez donc que c’est la capitale du Groenland. Et que le temps que vous trouviez où ça se situe, les Américains en seront déjà repartis.

mardi 13 janvier 2026

L’œil, miroir de l’âme – Chronique du 14 janvier

Bonjour-bonjour

 

En Iran, de nombreux manifestants sont victimes de tirs de la police ayant pour effet de les éborgner. En France, on se rappelle du « Gilet-Jaune » Jérôme Rodrigues qui avait perdu un œil lors d’une manifestation en janvier 2019. Il n’avait pas été le seul mais à l’époque on avait conclu qu’il s’agissait d’une brutalité policière parmi d’autres. 

Mais voilà qu’on observe que la République islamique d'Iran a une tradition de blessures oculaires : « Autrefois rare, ciblé et assumé, l'aveuglement est aujourd'hui diffus, nié par les autorités, produit par des armes dites « non létales » et rarement sanctionné. La fonction politique demeure pourtant comparable : neutraliser sans tuer, marquer les corps pour dissuader, empêcher toute réémergence de la contestation. » (Voir ici).

L’article cité évoque aussi la fonction symbolique du regard considéré comme une manifestation de la puissance de l’individu. L’aveugler c’est l’en priver : « On associe explicitement la perte de la vue à la disqualification du pouvoir et à la fin de toute prétention souveraine. » (Art. cité)

Tout cela nous rappelle que le regard porte avec lui plus que la fonction visuelle. Il est chez nous considéré comme la « fenêtre de l’âme » tant son expression nous livre l’intime de l’être. Les yeux ouvrent sur la profondeur de la personne, et l’en priver c’est anéantir non seulement son expression, mais aussi sa puissance – on se rappelle le rôle que Sartre fait jouer au regard dans le pouvoir d’aliénation qu’Autrui exerce sur nous (exemple de la honte)

Rappelons-nous aussi du mythe d’Œdipe. Celui-ci ayant découvert l’horreur du crime qu’il vient de commettre, se crève les yeux pour éviter que son regard ne souille ce sur quoi il pourrait se porter. Pour les grecs, le regard est bien la réalité même de l’être.