dimanche 22 mars 2026

Et maintenant, 6 ans sans dessouler – Chronique du 23 mars

Bonjour-bonjour

Regardez un peu cette « Une » de l’Hebdo Hara-kiri en date de juin 1969, pour saluer l’entrée de Georges Pompidou à l’Élysée, suite à son élection à la Présidence.

 


Ça a fait rire, parce que Pompidou n’a pas tenu un septennat entier à la Présidence. Mais en même temps on avait là une vision simplement un peu radicale du mandat présidentiel qu’on pourrait comparer à celui de maire en ce matin d’élection.

Nous autres démocrates rigoureux, nous qui avons été nourris aux diatribes de Robespierre, nous ne pouvons croire que les abus des individus puissent subsister dans le comportement de celui qui a reçu délégation de pouvoir de la part du peuple souverain. Les Principes républicains supposent que le Bien soit la seule mire de l’avenir sur laquelle le chef de l’exécutif puisse régler son action. Et cela, même Donald Trump l’affirme malgré les fantaisies de ses décisions – du moins il le dit : il sait ce qu’il doit faire parce qu’il sait que c’est le « Bien », qu’il le ressent jusque dans ses os.

- Un peu plus cynique, Hara-Kiri conclut : le chef élu a le pouvoir de faire ce qu’il veut même si on voit bien clairement qu’il s’agit-là de sa fantaisie personnelle. Et d’ailleurs, ce pouvoir n’est pas seulement de choisir ce qu’il aime faire, mais de surcroît il peut le définir comme la valeur devant laquelle chacun devra s’incliner.

On croyait que c’était une fiction et que le peuple, ou les mécanismes démocratiques prévus, arrêteraient un tel comportement. Les Gilets-Jaunes français avaient clamé que le peuple reste à tout moment en état de retirer le pouvoir à celui qui en abuse.

Peut-être… ou pas.

En tout cas à la Maison-Blanche, on ne dessaoule pas.

Le concept de chien n’aboie pas - Chronique du 23 mars

Quand je dis « le chien aboie », c’est le chien dans la pensée qui aboie, ce chien assimilé à qui j’impartis mon énergie de sujet ; je répète en court l’action, j’en deviens moi-même l’auteur, l’acteur.

Claudel – Op. Posthume

 

Le chien animal-aboyant aboie-t-il ? Question saugrenue, comme de demander « quelle est la couleur du cheval blanc etc... » ?

Pas tant que ça, si l’on admet qu’« animal-aboyant » est en réalité une définition de dictionnaire. Selon Spinoza si cet « animal » n’aboie pas c’est qu’il s’agit en réalité d’un concept.

Pour transformer des choses réelles en concept, il faut faire une abstraction de leur originalité, de leurs particularités physiques, de ces « grains » de matière sans laquelle elles ne seraient pas. On opère ainsi la réduction à l’indenté d’objets divers moyennant l’élimination de tout ce qui distingue telle occurrence de telle autre. A tel chien – Médor – tel aboiement, qui sera unique et qui disparaitra avec lui ; et à tel autre – Mirza – tel aboiement également unique, etc… : c’est cela qui est éliminé dans le concept de chien animal-aboyant.

--> En sorte que le chien ne peut aboyer, à moins que l’aboiement en général existe lui aussi. Et pourquoi le concept d’aboiement n’existerait pas ? Quelque chose qui me permettrait de classer les différents cris d’animaux, et de distinguer le ouah-ouah du chien du miaou du chat ?

Admettons. Mais alors comment cela va-t-il fonctionner, si l’on suppose qu’il y a une cloison étanche qui sépare l’intellect conceptuel et l’imagination des qualités sensibles ?

Peut-être s’agit-il d’un mécanisme en trois étapes : entre le chien qui aboie derrière le portail et le concept (ce chien, comme tous les chiens aboie), il y aurait le souvenir qui en revient dans ma mémoire et que j’entends en imagination.

- Et en effet, selon Paul Claudel, s’il est vrai de dire que le chien dans la pensée aboie, c’est que je l’imagine. Il s’agit d’un aboiement produit en moi par ma pensée, un peu comme je produis le bleu du ciel quand j’imagine l’été. Quand je pense que le chien aboie, j’opère une véritable action : c’est comme si j’aboyais moi-même. Comme le dit Claudel, cet aboiement peut bien avoir lieu dans mon esprit, silencieusement, il n’existe pas moins réellement par l’intermédiaire de l’énergie que j’injecte dedans.

Et donc, cette énergie se mobilise plus facilement quand elle est stimulée par l’imagination que par la conceptualisation. Par exemple, regardez ceci :



A voir ça, moi, j’entends déjà les gueulements rauques de cet effrayant animal. J’arrive même à sentir son haleine fétide : c’est dire à quel point je mobilise mon « énergie de sujet » – pour fuir à toutes jambes !

samedi 21 mars 2026

Les vacances : mesure de la défiance – Chronique du 22 mars

Bonjour-bonjour

 

Il nous arrive de ne pas avoir de mots pour exprimer notre défiance à l’égard de nos concitoyens. Comment dire le sentiment qui nous avertit de fuir leur présence ? 

Or, voici que je trouve dans la Presse une réponse qui recoupe ma propre intuition. Lisez plutôt : « Invité sur le plateau de Jordan de Luxe, le comédien Patrick Chesnay a été interrogé sur la personnalité avec laquelle il ne souhaiterait pas partir en vacances. Une question simple, à laquelle il a répondu avec une franchise désarmante :« La personnalité avec laquelle je ne pourrais pas partir en vacances ? Valérie Karsenti. /…/, C’est des histoires de mésententes sur des projets où on a travaillé ensemble, on s’entendait pas. »

Si nous écartons les motifs, nous conservons néanmoins les effets : comment mesurer l’inimitié qui nous oppose à quelqu’un sinon en la comparant au désagrément d’être avec une personne durant un séjour commun qui rendrait évidente le déplaisr d’être avec elle ?

- Imaginez : c’est l’heure du petit déjeuné – thé et jus d’orange sous le soleil levant – et voilà, qu’un être humain que nous détestons fait irruption : immédiatement le plaisir espéré disparait. Il ne s’agit pourtant pas d’un nuage qui vient masquer le soleil ni d’un courant d’air frisquet : la nature fait ça sans le vouloir, c’est juste l’effet des lois physiques. Par contre la personne qui nous déplait apparait comme animée par une intention : si elle nous déplait, c’est qu’elle le veut. Ce n’est pas par hasard que son sourire est plein de méfiance , et ses phrases de sous-entendus : sa mauvaise volonté est là, source d’un conflit indéracinable. 

Laissons de côté la solution de ce conflit : ce qui importe d’abord c’est la situation dans laquelle nous aurons l’opportunité de le percevoir.

Et d’abord comprenons pourquoi les vacances sont un moment privilégié pour que se manifeste cette inimitié. Nous pourrions comme le suggère ce petit récit, avoir une tâche commune à effectuer. L’antipathie qui nous oppose à notre associé va certainement jouer, mais contrée par l’obligation professionnelle, nous voici bon gré mal gré, obligés d’oublier le différend pour produire conformément à notre obligation – la quelle va masquer son existence. En vacances, nulle obligation : rien que la bonne volonté.

vendredi 20 mars 2026

Les filles, ça casse tout – Chronique du 21 mars

Interrompu pour raison de santé, Le point du jour reprend ce 21 mars. Espérons que le printemps viendra à point nommé pour stimuler cette renaissance.

 

Bonjour-bonjour 

 

Dans un article récemment publié sur le site « The Conversation France », ce mardi 17 mars Margot Déage, maitresse de conférences à l’université de Grenoble Alpes, revient sur les données concernant les violences sexistes et sexuelles en milieu scolaire, pour constater que " Certains phénomènes apparus récemment tels que les violences sexuelles en particulier dans le monde des jeunes en milieu scolaire ont été surévalués : leur présence massive est en effet attestée bien au-delà de ce qu’on avait cru percevoir. « Autrement dit, conclut Margot Déage, lorsqu’on s’intéresse à l’entièreté du continuum de violences sexuelles, leur ampleur apparaît bien plus importante ». En prendre conscience, et en faire prendre conscience est essentiel. Car cette notion de continuum est au cœur de la prévention contre les violences sexistes et sexuelles. » (Article cité)

Avant de conclure : « Les violences sexuelles n’ont pas besoin des plateformes numériques pour exister » ; interdire celles-ci aux moins de 15 ans ne suffira pas à y mettre fin. C’est en amont qu’il faut agir, en s’attaquant aux normes de genre et aux rapports de pouvoir « qui structurent les interactions adolescentes ».

 

Se trouvent ainsi signalés deux points :

            * Les violences sexuelle doivent être interrogées dans un monde plus vaste que celui qui apparait avec ces enquêtes ;  

            * Les plateformes numériques mise en œuvre aujourd’hui sont secondaires dans la manifestation des violences sexistes, car pour supprimer ces violences, « c’est en amont qu’il faut agir, en s’attaquant aux normes de genre et aux rapports de pouvoir « qui structurent les interactions adolescentes ».

Autrement dit, ces formes prises par ces dominations sexuelles dépendent avant tout de « normes de genre et de rapports de pouvoir /…/  » De plus, ce sont elles qui structurent les interactions adolescentes.

Oui, vous avez bien lu : ce sont des interactions adolescentes qui usent de ces formes de pouvoir – qui ne sont que des moyens parmi d’autres de structurer ces rapports entre adolescents.


--> Sans la violence dominatrice, point de structure des relations. Et il faudrait donc que le garçon domine la fille pour qu’ils puissent de situer l’un par rapport à l’autre ? Et pour cela  la sexualité serait indispensable ? Mais comment la physiologie pourrait-elle contribuer à un tel décalage ?

C’est là qu’il faut interroger à Freud pour qui la fille se découvre en manque de pénis, comme garçon-castré. Et d’ajouter « Les filles, ça casse tout »

mardi 10 mars 2026

Réforme Milei : un modèle pour la France ? – Chronique du 11 mars

Bonjour-bonjour

 

Alors que les élections municipales s'annoncent pour dimanche prochain, on entend de partout le bruit des programmes qui se préparent pour la présidentielle de 2027.

Ceux qui voudront alors exister malgré les difficultés à trouver une recette originale pour relever l’économie du pays, seront peut-être tentés par un virage ultra-libéral de l’économie française. C’est alors que l’aventure de l’Argentine sous la présidence de Javier Milei – l’homme à la tronçonneuse – pourra tenter des néo-candidats.

Devant la réussite au moins provisoire des réformes du Président argentin, la mise en parallèle des situations de l’Argentine et de la France pourrait séduire.

 

 

Comme la France, l’Argentine était « embourbée dans 70 ans d’assistanat. » ; « Le pays était marquée par une domination totale des moyens publics par le parti au pouvoir. », les déficits ont été l’objet de tentatives de réformes, soutenu par un groupe parlementaire faible, furent adoptées sans l’aval du Parlement, afin de réduire rapidement les déficits. (Lu ici)

Bien tendu la comparaison avec la France « post-30 Glorieuse » soulève la méfiance, et les souffrances endurées par le peuple argentin sous la présidence de Javier Milei laisse entendre que si jamais un Président néo-libéral était élu l’Élysée, ses réformes produiraient bien des misères et des pauvretés. Comment cela pourrait-il réussir alors que la moindre restriction de subvention est chez nous saluée par des cris d’égorgement ?

Regardons encore une fois ce qui s’est passé en Argentine. Certes il y eut bien des manifestations, mais les élections venues, Milei a été confirmé dans son poste. C’est que les Argentins se sont dit : « Vu la nullité et la corruption des politiques argentins, élire quelqu’un comme Milei ça ne pourrait pas être pire ».

Chez nous certains se disent aujourd'hui : « Ça, on ne l’a pas encore essayé. Tentons le coup. » Ils pourraient en venir eux aussi à dire : « Tous nuls. Les ultra-libéraux ne pourront pas être pires. »

lundi 9 mars 2026

De hommes et des robots – Chronique du 10 mars

Bonjour-bonjour

 

Lu ce matin deux articles qui tout en étant indépendants l’un de l’autre s’articulent assez bien.

- L’un affirme : Les hommes de la génération Z sont plus misogynes que leurs aînés, sur tous les plans (Lu ici)

- L’autre complète : « Les hommes les plus misogynes sont aussi ceux qui veulent coucher avec des robots » (Ici)

 

Actroid fabriqué par Kokoro Company Ltd.



Certes, tous les jeunes de la « génération Z » n’entrent pas dans la catégorie du « sexisme hostile », celle qui préfèrerait coucher avec un robot plutôt qu’avec une femme. Reste qu’ils prolongent un genre d’homme (décrits dans le premier article) pour lequel les femmes réelles ne sont pas véritablement autosuffisantes ce qui rend la présence d’un homme à leur côté tout à fait indispensable.

- Désespérant ? Oui, mais peut-être pas tout à fait. Car la même enquête révèle également que ceux qui préfèrent ces machines féminoïdes attendent aussi d’elles qu’elles puissent être maltraitées, insultées – avant de recevoir des excuses qui portent la menace de la récidive.

 

Au fond, on aurait une dérive qui déborderait largement le rapport homme-femme. Les machines permettraient en effet d’extérioriser nos perversités sans aucun risque puisque les robots sont des machines qui n’éprouvent pas de sentiments humains.

Cette histoire de robots féminoïde ne servirait qu’à révéler le contenu exact de la misogynie qui ne serait qu’une occasion de manifester des perversions plus profondément enracinées dans la nature humaine – pas uniquement masculine.

dimanche 8 mars 2026

Les cons, ça ose tout – Chronique du 9 mars

Bonjour-bonjour

 

Il arrive parfois que des répliques de films-cultes viennent tourner dans notre mémoire à l’occasion d’évènements d’actualité.  C’est le cas depuis que Donald Trump est revenu aux affaires avec ses répliques sidérantes et ses décisions qu’on considérait comme inimaginables – Voyez plutôt :



Les cons, ça ose tout… Si la formule vous déplait, mettrez l’interjection de côté, et gardez l’idée : il y a des « gens » qui osent tout, alors que le bon sens et la prévision des conséquences – ou simplement l’esprit de sérieux – rendent inimaginables de telles entreprises. Comment, par quelles voies peut-on imaginer créer une milice afin de pourchasser des migrants, ou lancer une opération aéronavale pour capturer Nicolas Maduro dans son palais et le mettre en prison à New-York – et à présent écraser Téhéran sous un tapis de bombes sans qu’on sache très clairement pourquoi ?

 

Une autre question revient obstinément : pourquoi avoir mobilisé le qualificatif de « con » à propos des décisions mortifères de Donald Trump ? N’est-ce pas un peu familier ? Ou simplement insuffisant ?

- Oui, peut-être. Mais je m’appuie ici sur les paroles d’une chanson posthume de Georges Brassens « Quand les cons sont braves ». Car on y rencontre ces paroles : « Si le sieur Z était un jobastre sans grade, »/ »Il laisserait en paix ses pauvres camarades./Mais il est général, va-t-en-guerre, matamore. / Dès qu'il s'en mêle, on compte les morts. »

Les « braves cons » sont « des gens qui n’emmerdent personne ». La catastrophe, c’est quand ils ont du pouvoir : là, on compte, les morts.

Et, du pouvoir, Donald Trump en a.