lundi 30 mars 2026

L’esprit mal tourné – Chronique du 31 mars

Bonjour-bonjour

 

La polémique de trop lue ce matin :

« Monsieur Bagayoko, maire de Saint-Denis victime de racisme sur CNews »

Le psychologue Jean Doridot y avait osé un comparatif nauséabond entre le comportement de monsieur Bagayoko l’élu LFI et les grandes singes. « Maintenant, c’est important de rappeler que /.../ nous sommes des mammifères sociaux de la famille des grands singes. Et par conséquent, dans toute collectivité, dans toute tribu – nos ancêtres chasseurs-cueilleurs vivaient en tribus – il y a un chef qui a pour mission d’installer son autorité », avait lâché le psychologue » Lire ici

o-o-o

Autrement dit, il y a des similitudes entre les familles de grands singes et une tribu dont le chef serait monsieur Bagayoko – là, ça ne passe pas. Car y a-t-il un marqueur du racisme plus fort que de comparer des hommes à des singes ?

--> Et c’est là que la riposte apparait : « Qui donc a dit de monsieur Bagayoko qu’il ressemblait à un singe ? Personne sauf à avoir l’esprit fort mal tourné ». Nous aurions fait preuve de préjugé et complètement mal interprété ces propos. La faute change de camp : c’est nous qui avons créé la faute pour accuser des innocents.

- On se trouve pris dans le piège qui consiste à montrer que le sens de ce discours résulte d’obsessions qui seraient les nôtres. A comparer au vieux procédé consistant faire des allusions obscènes provoquant des réactions indignées pour les dénoncer en disant : « Tu as l’esprit mal tourné ! » - Alors que bien sûr c’est ce sens allusif qui serait la véritable raison du propos.

Qui donc en effet parle des humains comme faisant partie de la famille des « Grands singes » ? Et pourquoi en parler, si ce n’est pour éveiller dans l’esprit qu’un homme à la peau noire est justement apparenté aux singes ?

Si c’est ça « avoir l’esprit mal tourné » alors que devra-t-on tolérer demain quand on aura des images du maire de Saint-Denis comme celle-là :




dimanche 29 mars 2026

Les soldes de l’armée américaine – Chronique du 30 mars

Bonjour-bonjour,

 

Ce matin Téhéran affirme avoir détruit un avion radar américain AWACS de 500 millions de dollars.

 


Si sa perte est confirmée, elle créerait un trou dans la surveillance radar et la coordination des avions alliés dans la zone. » (Lire ici)

Voilà un « trou dans la raquette » qui n’avait pas été prévu et une perte abyssale dans les fiances américaines. L’Oncle Sam doit être entrain de ruminer son dépit, seul, caché dans la Maison Blanche.

 

Quoique…

On peut lire également que « l’appareil était arrivé en bout de course. Et sa succession fait d’ailleurs l’objet d’un débat aux États-Unis : certains militent pour un avion plus moderne, d’autres pour l’utilisation de satellites, ce qui ralentit le programme. ». Voilà la vérité : l’armée américaine est entrain de liquider ses stocks de matériel périmé qui encombrent ses entrepôts et ralentissent la production. La guerre d’Iran, c’est un peu comme les soldes de fin de saison.

Autrement dit, l’Iran fait gratuitement le ménage en dégageant le matériel obsolète.

 

Voilà une autre perspective sur la guerre et sur l’usage de l'argent qui y est fait. On se lamente en voyant tout ce matériel qui part en fumé, on compte le nombre d’écoles et de subventions aux pauvres dont l’équivalent financier sont gaspillés avec ces destructions. Comme si à chaque fois qu’un missile Tomawak explosait c’était une école qui fermait. Hugo en aurait fait une maladie….

Oui, on se lamente et on à tort. Non pas sur le plan des principes et Victor aurait encore raison aujourd’hui de saluer en chaque école qu’on ouvre une prison qu’on ferme. Mais tort quand même parce que le budget des armées fait partie du budget de la Nation et que ses pertes sont aussi l’occasion de profit. En Amérique il existe des fabriques qui créent des missiles et des avions F-35 – et des ouvrier américains qui gagnent ainsi leur vie et celle de leur famille américaine. 

- Dommage qu’ils ne soient pas plutôt instituteurs ou assistantes sociales direz-vous. 

D’accord : mais c’est comme ça.

samedi 28 mars 2026

Devenez terroriste– Chronique du 29 mars

Bonjour-bonjour

 

Lu ceci : « Un attentat à l’engin explosif a été déjoué à Paris samedi devant la Bank of America

Les faits se sont déroulés vers 3 h 30, rue La Boétie, devant les locaux de l’établissement bancaire. Des policiers y ont interpellé un homme qui venait de déposer un engin explosif artisanal. »

Artisanal ? Expliquons : « L’engin explosif était composé d’un bidon transparent de cinq litres de liquide, probablement un hydrocarbure, et d’un système de mise à feu. La charge était composée d’un pétard d’environ 650 g de poudre explosive. »

Pas d’attentat artisanal sans un « artisan ». De qui s’agit-il ? « L’homme interpellé sur les lieux a expliqué, selon une source policière, avoir été déposé sur place en voiture par un homme. Il a affirmé avoir été recruté via l’application Snapchat pour réaliser cette opération moyennant la somme de 600 euros »

Voilà la véritable information. A supposer que ce soit vrai, voici un homme qui a été recruté comme « terroriste » pour commettre un attentat sur la base d’un appel téléphonique avec rétribution de 600 €. Ni engagement idéologique, ni allégeance à qui que ce soit, ni entrainement technique : le résultat se lit dans l’article. En gros la bombe était un pétard scotché sur un bidon d’essence mis à feu à l’aide d’un briquet au moment où la police patrouillait.

 

 

Comment interpréter un tel amateurisme ? Une telle indifférence à l’égard du résultat ne peut s’expliquer seulement à partir du manque de motivation du commanditaire : il doit savoir qu’un attentat déjoué porte préjudice à la cause défendue, ne serait-ce que par le discrédit résultant de l’impuissance à commettre l’acte voulu.

Alors ? Je ne vois qu’une explication : les réseaux sociaux donnent une image de la réalité totalement faussée, où les impressions les plus extravagantes deviennent réalité, simplement par l’effet d’un désir. Il doit y être aussi facile de détruire un ennemi que de le traiter de sous-ordure : il suffit d’en avoir envie.

vendredi 27 mars 2026

Le beau langage – Chronique du 28 mars

Bonjour-bonjour

 

« Espèce de c***ard ! Fils de p***! Va te faire enc***er. »

Vous connaissez tous ces insultes et ces mots si grossiers qu’on refuse de les écrire in extenso pour éviter de leur donner une existence objective. La raison en est que, la plupart du temps, on les considère comme des marqueurs de violence verbale, à moins qu’on refuse de rendre évidente la classe sociale qu’ils révèlent.

Or, voici qu’un article met à mal cette analyse : « En comparant la fluidité verbale classique et la capacité à citer des insultes, (les travaux de Kristin et Timothy Jay publiés dans Language Sciences en 2015 ) ont mis en évidence un lien positif direct: les personnes dont le vocabulaire est le plus riche sont aussi celles qui connaissent et utilisent le plus de mots tabous. »

--> Autrement dit, quand j’entends une personne employer ces mots orduriers, je dois me dire qu’il s’agit d’une personne fort cultivée.

Pour ceux qui n’auraient pas bien compris, le même article ajoute : « La maîtrise des jurons n'est donc pas un simple raccourci de langage ou une marque de pauvreté intellectuelle, mais peut témoigner d'un certain sens de la nuance. » Et toc ! Et de conclure : « Utiliser le bon mot grossier au bon moment pour changer l'atmosphère émotionnelle d'une pièce demande une excellente compréhension du contexte social et une grande agilité lexicale. »

- Bref : avoir été élevé dans une cour de ferme au milieu des gorets peut certes limiter votre vocabulaire mais sûrement pas vous permettre d’utiliser le bon mot au bon moment.

 

Si vous n’êtes pas convaincu, écoutez bien les personnes grossières qui se contentent de traiter leurs semblables de tous les noms. Vous ne serez pas surpris d’entendre tout le temps revenir les mêmes insultes, et du coup vous noterez qu’elles ne tiennent aucun compte de la situation ni des personnes concernées.

Par exemple si vous évoquez le monde dans lequel vous imaginez votre adversaire ou les situations dans lesquelles il va devoir subir les pires tourments, soyez bien attentifs :la plupart sont voués à « se faire f*** »  – en particulier chez les Grecs. 

Quel manque d’imagination ! Sachez que certains, plus humoristes que les autres, vont lui conseiller « d’aller se faire cuire le c*** » évoquant par-là les tourments infligés aux Damnés dans les Enfers de Dante.

 


Fra Angelico

 

La voilà la culture !

jeudi 26 mars 2026

Loana : l’enfer c’est quand les autres ne sont plus là – Chronique du 27 mars

Bonjour-bonjour

 

Pauvre emblème de la téléréalité, la starlette Loana, élue vainqueur en 2001 dans la première émission de ce genre en France vient de mourir sous la lumière des échos de ses aventures diffusées régulièrement dans les médias.

Toute son existence aura été irriguée par ces éclats de lumière alternant les périodes où, rendue à son anonymat elle succombait à l’indifférence : successivement styliste, mannequin, exploitante commerciale, chanteuse, ses entreprises tombent rapidement dans l’oubli. « Je suis Loana du Loft » disait-elle pour réactiver le souvenir et donc l’existence à laquelle elle pouvait faire référence.

Sans faire appel aux crises psychiatriques dont elle fut victime, son histoire nous rappelle que les médias ne font qu’activer la force de la renommée soutenue par la diffusion de son intimité : rien d’elle n’était ignoré, du moins c’est ce qu’on disait – après tout elle était « née » dans une émission où les caméras permettaient à tous de voir les concurrents dans leur vie intime 24 heures sur 24 ; et sa célébrité vint d’un rapport sexuel filmé dans son intégralité.

- Les philosophes ont médité sur l’existence issue de ce que les autres ont vu ou pensé de nous. Sartre en fera des romans : « l’enfer c’est les autres », et Loana le confirme à ses dépens : le pire c’est encore quand ils de détourent de vous.

Mieux vaut être une image qu’une personne réelle, parce que l’image existe pour les autres, alors que la personne réelle existe pour elle-même. 

mercredi 25 mars 2026

Le Bon plaisir – Chronique du 26 mars

Bonjour-bonjour

 

Ceci est une photo montrant un jeune lynx pardelle (= Lynx endémique de la péninsule Ibérique) en train de jouer avec sa proie, à Torre de Juan Abad, en Espagne. (voir ici)

 


A l’époque où nous désespérons de voir l’humanité abandonner la brutalité et la violence aussi bien avec les humains qu’avec le milieu naturel, la nature nous suggère que cette violence est la source de joie et de plaisir dont les espèces prédatrices font ouvertement usage. Car ce jeune lynx au lieu de tuer et dévorer dans l’instant de la capture ce petit rongeur se plait à mimer le moment de sa prise. Ce n’est pas seulement un repas qu’il vient d’attraper : c’est un moment de joie, lorsque l’instinct du chasseur se trouve satisfait dans le moment de la conquête.

Je ne connais que Nietzsche pour avoir dit quelque chose d’essentiel là-dessus : du temps des romains, le dédommagement de la victime se faisait en livrant le coupable au bon plaisir de la victime qui est libre alors de lui infliger tous les tourments qu’il aura plaisir à lui faire subir : ce dernier étant justement le dédommagement que nous pouvons attendre de l’existence lorsqu’elle a été lésée. Et le Tourmenteur pourra dire à sa victime : « Tu souffres parce que tel est mon bon plaisir »

Qu’est-ce qui exprime le mieux la nature humaine ? Ce qui ne s’exprime que chez quelques rares individus admirés comme héros, ou dans la totalité de la population dont cette cruauté serait la nature générique ?

mardi 24 mars 2026

L’histoire est-elle tragique ? – Chronique du 25 mars

Bonjour-bonjour

 

Suite à Hegel, Nietzche ou Camus les philosophes ont décrit l’histoire comme ce qui confronte les hommes à leur liberté face a des forces qui les dépassent. Dans ce cadre le cynisme du Président américain (« Donnez-moi des dollars et je vous donne la paix ») n’est qu’une formulation parmi d’autres, ni pire ni bien sûr meilleure de ce que nous pouvons faire de notre avenir. Devons-nous y voir un affront à la nature humaine, ou bien le constat qu’il n’y a pas de place particulière pour les hommes dans la nature ?


Cette hypothèse, qui interroge les hommes en les mesurant à l'Humanité nous propose trois possibilités :

- soit effectivement l’Humanité porte en elle des valeurs éthiques qu’elle a mission de réaliser dans l’existence et sans lesquelles elle n’a plus de sens.

- mais cette « présence en creux » peut signifier illusion idéologique (par exemple religieuse) qui fait de l’âme humaine cette étincelle venue du feu divin imaginé couvant sous l’épaisse couche du péché

Comment ! Devons-nous croire que les ridicules fanfaronnades du Président américain valent autant que le dévouement des associations humanitaires ? 



Que comme le croyait Kierkegaard, devant Dieu, l’Humanité (à supposer que soit sortie de ses mains) n’a rien dont elle puisse tirer la fierté ?

--> Notre fierté serait alors de reconnaitre que nous ne vallons pas mieux que le Président américain. 

- A moins de repousser ce nihilisme comme une épouvantable corruption de la pensée.