dimanche 8 mars 2026

Les cons, ça ose tout – Chronique du 9 mars

Bonjour-bonjour

 

Il arrive parfois que des répliques de films-cultes viennent tourner dans notre mémoire à l’occasion d’évènements d’actualité.  C’est le cas depuis que Donald Trump est revenu aux affaires avec ses répliques sidérantes et ses décisions qu’on considérait comme inimaginables – Voyez plutôt :



Les cons, ça ose tout… Si la formule vous déplait, mettrez l’interjection de côté, et gardez l’idée : il y a des « gens » qui osent tout, alors que le bon sens et la prévision des conséquences – ou simplement l’esprit de sérieux – rendent inimaginables de telles entreprises. Comment, par quelles voies peut-on imaginer créer une milice afin de pourchasser des migrants, ou lancer une opération aéronavale pour capturer Nicolas Maduro dans son palais et le mettre en prison à New-York – et à présent écraser Téhéran sous un tapis de bombes sans qu’on sache très clairement pourquoi ?

 

Une autre question revient obstinément : pourquoi avoir mobilisé le qualificatif de « con » à propos des décisions mortifères de Donald Trump ? N’est-ce pas un peu familier ? Ou simplement insuffisant ?

- Oui, peut-être. Mais je m’appuie ici sur les paroles d’une chanson posthume de Georges Brassens « Quand les cons sont braves ». Car on y rencontre ces paroles : « Si le sieur Z était un jobastre sans grade, »/ »Il laisserait en paix ses pauvres camarades./Mais il est général, va-t-en-guerre, matamore. / Dès qu'il s'en mêle, on compte les morts. »

Les « braves cons » sont « des gens qui n’emmerdent personne ». La catastrophe, c’est quand ils ont du pouvoir : là, on compte, les morts.

Et, du pouvoir, Donald Trump en a.

samedi 7 mars 2026

Journée internationale des droits des femmes – Chronique du 8 mars

Bonjour-bonjour

 

Certains considèrent que « la Journée internationale des droits des femmes » est devenue superflue compte tenue de la quantité de lois et organismes instituant ces droits dans certains pays dont la France. Pourtant, ces mêmes organismes précisent dès leur préambule qu’il s’agit de droit sans cesse remis en cause et qui demandent la vigilance des États. Pour mémoire les droits reproductifs (incluant l’avortement) sont partout menacés voire supprimés comme aux Etats-Unis.

Mais il y a pire. Je veux parler du scandale de l’homme d’affaire américain Jeffrey Epstein qui a livré des très jeunes femmes aux abus sexuels d’hommes de pouvoir en échange de leur influence.

 

Considérer des femmes comme une marchandise pour des échanges entre hommes apparait comme la négation des femmes, déchues de leur personnalité pour devenir des choses qu’on achète et qu’on vend – l’île des Caraïbes où vivait Epstein était devenue un véritable marché aux esclaves – aggravés du fait qu’on y négociait aussi des enfants : le jet privé d’Epstein était d'ailleurs surnommé le « Lolita Express » par les habitants de Saint-James.

 

Il y a plus. Rappelons que l’ethnologue Claude Lévi-Strauss a élaboré une théorie de la parenté, issue de la préhistoire, au terme de laquelle les liens matrimoniaux entre groupes humains s’effectuaient en échangeant des femmes d’un groupe à l’autre, ce qui avait l’avantage d’éviter la consanguinité.

--> Considérer les femmes comme des choses, cela n’est donc pas nouveau et cela n’implique aucun jugement. Car ne l’oublions pas le message de l’ethnologue : nous ne devons pas porter de jugement de valeur sur les sociétés d’autrefois, sachant que leurs coutumes étaient indispensables pour l’existences de leurs sociétés. 

Reste que Lévi-Strauss fait de l’échange des femmes la matrice de la cohésion sociale.

vendredi 6 mars 2026

Les petits bonheurs – Chronique du 7 mars

Bonjour-bonjour

 

Mon article du jour est destiné aux déprimeurs, ceux qui subissent une baisse de moral passagère à ne pas confondre avec le trouble psychique bien connu.

Ici, pas question de recourir aux soins d’un professionnel, mais simplement des techniques psychologiques qui ciblent la déprime et peuvent ainsi aider à retrouver un peu d’élan dans ces moments de creux.

Je vous laisserai lire l’article en question qui décrit cinq techniques pour éliminer cinq formes de dépressions : je me contenterai de pointer un fait très simple qui souvent passe inaperçu. Il s’agit de constater que ces pertes de moral sont souvent sensibles aux remèdes les plus simples – on dirait même les plus légers. Pour soigner ces victimes de la déprime passagère il suffit parfois de pratiquer le bon sens populaire, mais adapté à des situations de périmètre réduit sensible à des micro-persuasions (cf. article cité). Parfois les victimes professent elles-mêmes ces méthodes, comme ces personnes en perte de moral, qui mangent leur petit chocolat avec leur café en disant : « C’est mon petit-bonheur ». 


 


Alors, c’est vrai, il n’y a pas de petit bonheur, mais il y a des occasions minuscules de se sentir heureux, qui peuvent réactiver le « circuit de la récompense » dont on parlait récemment.

On retrouve la même situation dans les autres occasions évoquées dans cet article : à chaque fois il faut rallumer dans le cerveau l’attente du plaisir qui est nécessaire à l’apparition du plaisir proprement dit. Je ne serai heureux que si je m’attends à l’être : un peu comme la perception des saveurs suppose le souvenir de celles-ci, comme l’a montré la rééducation post-covid.

Comme le disait Johnny : « Donnez-moi l’envie d’avoir envie » - Fastoche.

jeudi 5 mars 2026

Dieu ! Que la guerre est jolie – Chronique du 6 mars

Bonjour, bonjour

 

C’était hier à la télé, un reportage filmé à Tel-Aviv où des jeunes (20-30 ans) dansaient de joie dans la rue, éclatant de bonheur et disant : « Je déteste la guerre ». Il fallait entendre « Sauf celle-ci, contre l’Iran ».

Alors, on était bien loin de la complainte de Guillaume Apollinaire chantant en 1915 dans ses poèmes à Lou : « Ah Dieu ! que la guerre est jolie » lors de cette drôle de guerre où l’artilleur était encore loin du front. Pour les jeunes israéliens la guerre est là, mais c’est leur guerre celle qui va les débarrasser de leurs ennemis. Et là, nulle pose dans le carnage, devenu un tableau réjouissant, au point d’apporter à ceux qui ne l’ont jamais vécue une première expérience du bonheur.

On croit qu’on peut parler « de la guerre » de façon absolue, comme si un tel concept pouvait en réunir tous les aspects. C’est faux. En réalité il y a des guerres, la mienne et celles des autres, celles faites contre moi et celles faites contre les autres. Inutile de multiplier les exemples, on a compris qu’on ne maudit la guerre que lorsqu’elle n’a rien à nous apporter, comme ce pauvre enfant qui tend le poing sur la stèle du monument aux morts.

 


Ce pauvre orphelin avait déjà tout perdu ; les jeunes de Tel-Aviv ont encore quelque chose à gagner : un monde sans ayatollahs.

mercredi 4 mars 2026

Tas de cailloux et chair à canon – Chronique du 5 mars

Bonjour-bonjour

 

Regardez cette photo :

 


Pourriez-vous dire où elle a été prise ? A Beyrouth? A Teheran? A Jerusalem?

Comme identifier ces ruines, amoncellement de débris, carcasses d’immeubles ? Seul l’homme qui porte un croissant rouge dans le dos donne à penser que nous sommes au Moyen-Orient. 

La mort en frappant cette ville l’a rendue anonyme, ses immeubles sans doute originaux et différents de ce qu’on peut voir ailleurs sont devenus des moellons identiques d’un bout du monde à l’autre. Pire encore : que ce soit Einstein ou le cantonnier du coin qui habite cet immeuble, rien de les différencie plus maintenant.

La destruction et la mort efface l’originalité de la vie, elle rabaisse tout ce qui a été construit et qui dépasse le niveau naturel. Pour elle, rien ne peut subsister qui ne réponde pas aux lois de la nature : un missile sur un immeuble, et c’est l’entropie qui passe…

L’entropie : le mot est lâché – les hommes depuis qu’ils existent ont cherché à se distinguer du monde qui les entoure. Créations d’habitats, vêtements et ornements, tout doit les arracher à la confusion avec la nature. Et voilà qu’à présent ils passent le temps qu’il leur reste à détruire tout cela chez leurs ennemis et à les transformer en choses. 

 

En transformant les palais en tas de cailloux et les hommes en chair à canons, la guerre fait subir aux ennemis l’humiliation suprême – sorte de profanation de la vie. Mais en même temps elle permet de reconstruire et on voit combien la transformation de la bande de Gaza en Riviera moyen-orientale a excité ceux qui avaient la puissance de la détruire.

Ne l’auraient-ils pas fait rien que pour ça ?

mardi 3 mars 2026

Y a-t-il un chef quelque part ? – Chronique du 4 mars

Bonjour-bonjour

 

Selon certaines informations, en Iran la succession de Ali Khamenei tourne au casse-tête : après avoir pensé à Reza Pahlavi, le fils du Shah destitué – que voici :

  


Les gardiens de la Révolution seraient prêts à assumer le pouvoir – après avoir renoncé à l’arme atomique. Il faut dire qu’ils proposent comme chef celui des massacres de foule de janvier 2026…. (Sur tout cela voir ici)

Bref, notons que le poste de chef de l’État Iranien est embrassant : soit il n’y a personne pour l’occuper, soit il y a trop de candidats. Et peut-être faut-il voir cette situation comme révélatrice d’une situation très générale et trop négligée : c’est que personne, absolument personne, n’est qualifié pour prendre le poste de Président de la République, ou quelque titre approchant.

Beaucoup ont tranché le problème en considérant que certains États valident constitutionnellement une situation qui légitime l’accès à ce pouvoir. Comme être issu d’une famille illustre, descendant d’un chef précédent, comme le fils du Shah, ou avoir été adoubé par le passage par une école prestigieuse, comme l’ENA (aujourd’hui INSP) – ou, pour le moins, appartenir à un parti déterminant pour l’accès au pouvoir.

On dira que ce poste n’existe pas pour les démocraties véritablement représentatives : le Président ne fait que porter la voix des députés dont la parole n’est que la somme de celle de chaque représentant élu. Certes. Mais on se rappelle la question de Harry Kissinger, demandant : « Quel est le numéro de téléphone du président de l’Europe ? »

Et c’est vrai : en politique il faut négocier, affirmer ensemble, agir en commun. Et pour cela un seul, et non la multitude, sera nécessaire.

lundi 2 mars 2026

Le canard sans tête – Chronique du 3 mars

Bonjour-bonjour

 

Est-ce qu’on détruit une dictature en tuant le dictateur ? Ou bien ne risque-t-on on pas de voir ce régime, privé de son dirigeant autocrate, continuer comme avant, un peu comme le canard à qui on a coupé la tête et qui part en courant.

Donald Trump a prétendu abolir la dictature lorsqu’il a enlevé Maduro et tué Ali Khamenei. Si le Venezuela semble mieux respirer depuis l’enlèvement du dictateur, rien ne dit que le régime autoritaire et corrompu qu’il avait mis en place ait réellement disparu. Quant au pouvoir des mollahs en Iran, rien n’est fait encore. 

 

Si nous réfléchissons un peu nous arrivons à cette question : la dictature est-elle le fait du dictateur ou bien au contraire, n’est-elle pas antérieure à lui ? Le bon sens est de dire que c’est la première hypothèse qui est vraie : un général d’armée s’empare du pouvoir et s’y maintient grâce à ses troupes : alors, sa disparition peut permettre au pays de retrouver la démocratie.

Mais il se peut que la dictature soit d’abord l’effet d’un parti qui s’est construit peu à peu contre un occupant étranger, et qui s’empare du pouvoir après l’avoir chassé. Alors, pas d’opposition, rien qu’une force issue du pays et qui en libère la puissance – imaginez la France-Libre du général de Gaulle en 1946 qui aurait choisi de rester au pouvoir et de gouverner la France sans élections démocratiques.

Il se pourrait que l’Iran fasse partie de ce genre d’État ; quoiqu’on y fasse la Nation iranienne restera farouchement revendiquée par le pouvoir politique : quand bien même ce serait un parti corrompu il serait toujours préféré à une démocratie importée avec la marque de l’étranger.