jeudi 19 février 2026

Un monde où les fous font des petits – Chronique du 20 février

Bonjour-bonjour

 

Réuni à Washington, le Conseil de Paix lancé par Donald Trump a présenté une feuille de route détaillée pour la reconstruction du territoire palestinien. Outre ce plan de reconstruction (encore à imaginer), la FIFA et Donald Trump annoncent un fonds de 75 millions de dollars pour relancer le football à Gaza.

- Rappelons que le « conseil de la paix » aurait pour vocation d’être une alternative au Conseil de sécurité des Nations unies – dans lequel seul le Président des USA disposerait du droit de veto. On sait aussi que les pays désireux d’y adhérer auraient à acquitter un droit d’entrée d’un milliard de dollars.

Je donne tous ces détails pour prouver que nous avons affaire à un plan mûrement réfléchi et destiné à exister au-delà de l’actuel mandat du Président. Pourtant tout dans ce programme porte la marque de l’infantilisme trumpien – y compris la mise en avant dans le plan de reconstruction du territoire où des millions de gens meurent de faim et de maladie de… terrains de football.

 


Qu’est-ce que montre un tel projet ?  Un cynisme inimaginable ? Une pathologie d’un psychisme bloqué à un stade infantile ? Certes. Mais aussi la facilité avec laquelle on peut manipuler des personnalités comme celle de Donald Trump.

On rit à l’histoire du « roi nu » (« Les habits neuf de l’Empereur », conte d’Andersen - Voir ici) qui est tellement naïf qu’il croit qu’on l’habille de vêtements que seules les personnes sottes ne pourraient pas voir – alors que justement on le fait défiler dans les rues complètement nu où tout le monde fait semblant de le voir habillé – jusqu’à ce qu’un enfant crie « Le roi est nu ».

- Ça fait rire… jusqu’à ce qu’on réalise que c’est la réalité effective du pouvoir dans le pays le plus puissant du monde. La puissance de l’argent suffirait-elle donc à nous rendre nous aussi, comme les sujets du Roi-nu, naïfs et obséquieux ?

On me dira que les sondages et le résultat des élections partielles aux Etats-Unis montrent que le socle électoral de Trump se fragilise et que son image devient détestable. J’en prends acte avec satisfaction. Mais je note cependant qu’il nous faut recourir à des sondages pour nous persuader de cette baisse, alors que la simple consultation de nos convictions devrait nous suffire pour croire que dans aucun pays aucun dictateur ne pourrait gagner en popularité avec un tel tableau clinique. Ce qui, hélas, n’est pas le cas.

mercredi 18 février 2026

Le beurre et l’argent du beurre – Chronique du 19 février

Bonjour-bonjour

 

Nous n’avons plus de mythes pour deviner l’avenir à partir d’une histoire venue du passé, mais nous avons les séries TV devenues légendaires, qui pourraient tenir ce rôle. Ainsi de la série Dallas qui fit fureur sur nos écrans TV dans les années 1980.

 


Et que nous révélait cette histoire ? Que le méchant-très-méchant JR nous fait penser aujourd’hui au brutal et cynique Donald Trump – actuel Président des USA. Mais surtout que le dénommé JR avait pour adversaire l’obstiné et benêt Cliff Barns, son beau-frère, qu'il bernait et ridiculisait à longueur d’épisodes.

--> Et donc nous devons à notre tour nous interroger : si JR c’est Trump, qui donc est l’incarnation actuelle de Cliff Barns ?

Et c’est là qu’il faut avoir un peu de discernement. Il se peut en effet qu’on ne trouve pas de correspondance terme à terme entre le réel et l’imaginaire, pas de copié-collé pour décoder le monde d’aujourd’hui. En revanche l’idée que la méchanceté brutale ait besoin d’avoir en face d’elle une naïveté bornée pour s’exercer – ça pourrait bien marcher. Et du coup, ce serait le peuple américain qui, collectivement, jouerait le rôle de ce personnage ridicule. Et c’est ainsi qu’existeraient des gens pour élire celui qui pourrait leur faire croire qu’ils auraient les bénéfices sans avoir à payer pour obtenir. Ceux qui croiraient qu’on peut avoir « le beurre et l’argent du beurre » – expression que chez nous, le gouvernement de gauche utilisait déjà en 1982 pour dire que le passage aux 35 heures ne pourrait se faire avec compensation intégrale du salaire – ce que la CGT combattit victorieusement (lire ici).

Vous voyez que nous aussi nous avons eu nos JR – et donc que nous aussi nous avons été Cliff Barns. 

--> Ce dernier va-t-il se réveiller en 2027 ?

mardi 17 février 2026

Carême entre pénitence et spiritualité – Chronique du 18 février

Bonjour-bonjour

 

Le pape Léon XIV a profité de la période de carême qui s’ouvre aujourd’hui pour inviter concrètement à s'abstenir de « paroles qui heurtent et blessent le prochain ». Inutile de préciser je pense que sont visés les « torrents de haine et d’insultes » qui déferlent couramment sur les réseaux sociaux. Et en effet je ne vois pas comment l’ouverture spirituelle à Jésus serait possible si dans le même temps les pires pensées nous venaient à propos de notre prochain. Le risque serait alors de se laisser aller aux passions excitées par la résonance des désirs haineux venus de l’horizon médiatique et anonyme des sites de partage. 

Que le Pape vise ces dérives via Internet, soit. Mais, le carême étant un moment de maitrise de soi, ne devrait-il pas aussi viser les instruments qui nécessairement nous replient sur ce bouillonnement – je veux dire les écrans ? Et là ce serait facile. Il suffirait de dire : « Durant la période du carême on ne s’abstiendra pas seulement de jeuner les mercredis et vendredi. On évitera également d’utiliser des appareils comportant des écrans – smartphones en particulier »

Calquée sur les préceptes concernant la sexualité, l’idée n’est pas que l’usage des écrans soit impur, mais « qu’elle participe des biens terrestres légitimes auxquels on peut renoncer temporairement pour se tourner davantage vers Dieu. » Pour finir il faudrait bien sûr « transformer le moment de plaisir lié à l’écran en prière »

 

 

Vu ici

 

Voilà, tout est dit.

Y plus qu’à faire.

lundi 16 février 2026

Le PDG virtuel - Chronique du 17 février

Bonjour-bonjour

 

Chez Stellantis les managers ont un moral d’acier. Ils disposent en effet d’un robot gigantesque qui peut à lui tout seul gérer des entrepôts immenses, divisant le temps de travail par 280 selon le constructeur.

Certes une question demeure en suspens : qu’advient-il des 280 heures de travail humain ? Stellantis n’aborde pas ce sujet dans sa communication. « Cette automatisation s’inscrit-elle dans une logique plus large de réduction des effectifs ? Au vu de la situation financière actuelle du groupe, nous tenterons de pencher plutôt vers la seconde proposition… » peut-on lire ici.

- On se dit alors que les révolutions ne sont pas toujours aussi fréquentes qu’on croit. Car les machines qui mettent des ouvriers aux chômage, on connait bien : l’exemple des canuts lyonnais du 19ème siècle n’a pas été oublié.

Mais alors, qu’en est-il de la révolution opérée par l’IA ? S’agit-il d’un nouveau développement de cette mise en concurrence entre l’homme et la machine, ou bien la nature même de cette innovation introduit-elle quelque chose de nouveau ?

Qui saura le dire ? On pourra du moins observer que la principale nouveauté consiste en ce que c’est au plus haut niveau de la hiérarchie des entreprises que la machine remplace l’homme. A quand le PDG-robot ?

Ne haussez pas les épaules, et voyez plutôt ceci :

 


Mme Tang Yu, PDG du chinois NetDragon Websoft et de ses 6000 employés, est le premier robot à être nommé à la tête d’une société. Disponible H24, elle ne touche aucun salaire. NetDragon Websoft (ici)

 

Oui, vous avez bien lu : Madame Wang manage 6000 employés et elle ne touche aucun salaire.

C’est là que la machine représente un véritable danger pour les hommes.

dimanche 15 février 2026

Restons polis – Chronique du 16 février

Bonjour-bonjour

 

Lu ce matin (ici) :

Mike Waltz, l’ambassadeur des États-Unis, défendait la vision de l’ONU de Donald Trump lorsque Kaja Kallas (cheffe de la diplomatie européenne) a levé les yeux au ciel en soupirant. 

- Elle a publié sa réaction par cette série de photos (ci-dessous) qu’elle commente elle-même : Me trying to stay polite while an American explains Europe to Europeans

 



Devant cette charmante réaction toute diplomatique je constate que le langage de la diplomatie vient tout à coup de s’enrichir : il enregistre à présent les expressions, mimiques, grimaces etc. qui s’introduisent dans le discours sans jamais laisser de traces verbales.

- Autant dire que l’échange diplomatique doit à présent tenir compte de l’image enregistrée et diffusée simultanément.

Il y a un inconvénient toutefois : celui de ne pas pouvoir maitriser totalement les émotions qui se dessinent sur le visage : n’y aurait-il pas quelque chose qu’on voudrait dissimuler ?

Moyennant quoi il faudrait venir négocier avec un masque blanc :

 

 

Drôle de progrès !

samedi 14 février 2026

L’amour : derrière la partenaire enfiévrée, la bobonne – Chronique du 15 février

Bonjour-bonjour

 

Une fois passée la saint-Valentin on se retourne et on se pose la question : « Pourquoi elle (lui) et pas un(e) autre ? » Car outre la promesse « d'amour-toujours » cet amour de Valentin est aussi promesse d’exclusivité.

Comment cela s’explique-t-il ? On connait l’explication donnée par Stendhal dans sa fameuse « cristallisation » : « Ce que j'appelle cristallisation, c'est l'opération de l'esprit, qui tire de tout ce qui se présente la découverte que l'objet aimé a de nouvelles perfections. »

Sauf que la description qui suit est plus une illustration qu’une véritable explication.

Pour aller plus loin il faut lire cette étude venue du Japon. « En 2025, des chercheurs de Kyoto étudient le cerveau amoureux de 47 hommes en couple réagissant à leur partenaire, une amie et un ami.

Les résultats montrent un noyau accumbens spécifique au partenaire en début de relation, dont la représentation se rapproche progressivement de celle d’un lien amical. »

« Noyaux acumbens ? C’est quoi ? » 

 

 

 

Voir ici


« Au sein du cerveau, le noyau accumbens participe au "circuit de la récompense", ce qui veut dire qu'il est activé lorsque le sujet attend une récompense. Dans ce cas, il reçoit des signaux dopaminergiques activateurs (la sérotonine est plutôt inhibitrice). » Dans le cas de l’amour, « une région cérébrale liée à la récompense appelée le noyau accumbens montrait des modèles d'activité clairement différenciés pour un partenaire par rapport à un ami de sexe opposé. » Bref, l’être aimé a la faculté par sa simple représentation de mettre le cerveau en attente de récompense spécifique. 

Mais la recherche japonaise va plus loin : l’amour de Saint-Valentin s’étiole et il n’est pas sûr que la prochaine soit célébrée avec le (la) même partenaire. Comment expliquer cela ? 

- Là encore la physiologie du cerveau joue son rôle : « Dans les relations plus longues, cette distinction neuronale est devenue moins prononcée. Ce changement peut refléter un passage de l'amour passionné caractéristique des relations en début de parcours vers une forme d'amour plus stable et compagnon qui partage des caractéristiques avec une amitié profonde".

Ainsi donc : lorsque l’amour décline tout n’est pas fini : derrière le (la) partenaire enfiévrant(e) le couple se profile : « Plus la relation durait, moins le noyau accumbens distinguait le partenaire de l'amie. Ce lien persistait après prise en compte des scores d'intimité, de passion et d'engagement. » Désespérant ? Pas du tout – du moins pour les japonais : « Pour les chercheurs, il s'agit d'un basculement biologique, non d'une perte de sentiment. »

 

On devine la question : est-il possible de réactiver l’action du noyau accumbens ? Car on voudrait que les amoureux des contes de fées ne soient pas obligés de mourir comme Roméo et Juliette pour éviter de former une famille faisant des enfants chaque année.

- Mais là, la science nous lâche. Plus d’études de stimulation, tout juste une observation : la musique stimule la production de dopamine. Comme si pour conserver la spécificité de la passion il suffisait de faire apparaitre le(la) bien-aimé(e) sur un fond de marche nuptiale.

…Après tout, on pourrait essayer ?

vendredi 13 février 2026

La culture du renoncement – Chronique du 14 février

Bonjour-bonjour

 

Entendu hier sur un plateau télé, un responsable de la sécurité qui, parlant des chutes de neige, employait le terme « culture » alternativement à propos de la culture du risque, puis de la culture du renoncement. Sachant que le mot cultureainsi employé désigne « Ensemble des pratiques, connaissances, traditions et normes d’un domaine ou d’une communauté donnée. » on comprend que la « culture du risque » consiste à savoir prendre des risques tout en sachant se conformer à des normes usuelles, lesquelles conduisent à la culture du renoncement.

Ainsi l’un limite l’autre : en ski on est libre de prendre des risques, mais on doit rester responsable des accidents qui mettent en danger notre vie et celle des autres. A quoi répond l’attitude du renoncement.

- Toutefois, la « culture du renoncement » met en jeu également une attitude morale : celle de l’abandon du projet. C’est « l’action de se priver de toute satisfaction personnelle ou égoïste, de s'oublier soi-même. »  Les risques encourus par l’individu doivent ainsi définis selon les risques encourus par la société toute entière. (Voir ici)

Soit. Mais c’est aussi une notion de renoncement aux désirs de l’individu, comme de partir ski aux pieds pour faire sa trace dans un champ de neige immaculé. Renoncer suppose un désir qui recule selon l’évaluation du risque dans des circonstances particulières – mais ce désir est soutenu par l’habitude instillée de partout dans la société de consommation, qui nous dit « Il suffit de désirer pour acheter ».

Car voilà le mystère : renoncer ne s’oppose pas à désirer mais à consommer. Si vous venez d’arriver dans la station où vous avez loué une semaine de ski, vous n’êtes pas là pour ronger votre frein en station, mais pour dévaler les pentes. C’est ça qu’on vous a appris, en même temps qu’on vous agitait la carotte du travail sans autres limites que celles des forces mobilisables pour … acheter de quoi consommer.

Oui, vous avez acheté de la neige skiable éventuellement artificielle, mais surement pas des champs de neige capables traitreusement de vous ensevelir.

« Sachez renoncer ! » - qui donc, à part les écolos « punitifs » vous diraient cela aujourd’hui ?