lundi 18 mai 2026

La guerre informationnelle – Chronique du 19 mai

Bonjour-bonjour

 

La guerre ne se fait plus seulement sur le terrain avec des canons, des chars et des avions. Il en existe une autre beaucoup plus insidieuse, qui s’appelle « guerre informationnelle ». Elle est faite avec des ordinateurs et on l’appelle habituellement « désinformation ».

Hélas ! Tout ceci est largement dépassé et les spécialistes de la question que sont les américains, les chinois et les russes ont mis au point des stratégies qui sont exposée dans cet excellent article. Cette guerre est en réalité un ensemble de dispositifs déjà en action non seulement à destination de l’étranger, mais aussi à l’œuvre à l’intérieur des frontières du pays, dans les débats et dans la communication politique. C’est ainsi que, par exemple, les incohérences des propos de Donald Trump ne sont nullement l’effet d’un cerveau ramolli, mais bien une technique de prise de pouvoir sur l’ensemble des cerveaux.

Plus généralement, les mêmes personnes peuvent, selon le sujet, selon l’heure, selon la plateforme, tenir des positions incompatibles sans en éprouver la contradiction. Or, voilà l’essentiel : cet état superposé de croyances n’a rien d’une pathologie, c’est au contraire une caractéristique de nos « sociétés Schrödinger » contemporaines. Or pour l’ennemi, c’est là que se loge la faille exploitable, car des états d’opinion consubstantiellement contradictoires mettent en péril la cohérence globale du système

 

Mais ceci n’est encore rien. Voyons la suite.

La cible de ces techniques c’est le cerveau humain ainsi que ses procédés cognitifs. 

L’article cité détaille les méthodes des différentes techniques, précisant ainsi que « l’école « américaine », prend pour cible neurologique le système limbique : elle joue sur l’émotion, l’indignation, la peur, la colère — parfois même aussi un spectre plus large comme Facebook le propose depuis 2016 avec ses sept réactions : « j’aime », « j’adore », « haha », « wow », « solidaire », « triste » et « en colère » — appuyées par un mécanisme d’activation émotionnelle en temps réel de l’algorithme. » (Art. cité)

Pas mal, n’est-ce pas ? Mais les chinois ne sont pas en reste. « La cible neurologique principale de l’école chinoise est le cortex préfrontal : l’attention, la concentration, la capacité de jugement. Elle vise principalement les jeunes générations pour engendrer une dégradation cognitive : l’affaiblissement progressif de la capacité d’attention et de jugement de l’adversaire. »

Et les russes ? « Leur cible est à la fois le cadre de référence logique et le système limbique. Sa temporalité est le moyen terme. Son mécanisme est la contamination des prémisses, théorisée par Vladimir Alexandrovitch Lefebvre il y a soixante ans, couplée à la saturation informationnelle contemporaine à la Vladislav Sourkov. La particularité de la doctrine russe est qu’elle ne cherche pas à faire adopter à son adversaire ses conclusions mais à le faire raisonner à partir de prémisses qu’elle a posées. »

Le but de cette guerre, est de faire advenir une paralysie cognitive.

 

Bref, vous l’aurez compris : « le champ de bataille de ces guerres-là, leur territoire, c’est le cerveau humain ». Nous sommes passés de la balistique à la contamination, de l’opération chirurgicale à la pollution de l’atmosphère. L’adversaire ne cherche plus à nous faire prendre la mauvaise décision mais à rendre toute décision impossible. « L’objectif n’est pas un changement de croyance mais de déchirer le tissu même de la croyance, de rendre la vérité indifférente. »

dimanche 17 mai 2026

Un salon dédié à la new romance – Chronique du 18 mars

Bonjour-bonjour

 

Un salon du livre à Reims ? Est-ce possible ?

Oui, ce sera en septembre dans le village voisin de Taissy. Mais… Il s’agit d’une manifestation dédiée à la New Romance, ouvert également à ses multiples variétés. (Voir ici)

Un tel salon fait date car ce genre de littérature connait en France un véritable engouement en occupant 10% du marché du livre.

- 10% ! Dans une période où on lit de moins en moins, il est bon d’apprendre qu’un genre de littérature progresse régulièrement.

Toutefois l’attribution à la New romance de la mention « littérature » fait problème. En effet, la New romance se focalise principalement sur l'amour dit romantique, chaste et les émotions positives qu'il génère. (Art. Wiki)

Connue en France par la collection Harlequin ces livres sont littéralement fabriqués suivant des « guide d’écriture » obligeant les auteurs à se soumettre à des règles strictes :  « les romances récompensent les « gentils » et sanctionnent les « méchants ». De même, un couple qui met tout en œuvre pour bâtir une relation et qui croit en elle est a priori récompensé par l'amour inconditionnel ». Ils bénéficient d'une ample diffusion, mais il n'existe qu'un seul tirage par titre. « Ils restent dans les rayonnages des magasins et supermarchés pendant un mois, après quoi d'autres titres prennent la place des invendus qui sont alors détruits, et très rarement réédité. » (Art. cité)

- Mais alors, pourquoi ce succès ? 

- On nous explique que « la New Romance a pour objet de raconter une histoire d'amour, avec un ancrage contemporain, une fin heureuse et des scènes de sexe explicites si cela est nécessaire à l'histoire et si l'auteur le souhaite. » (Id.)

Voilà donc ce qu’attend le public et ce pour quoi il achète ces livres ? Pour avoir une histoire qui apporte une satisfaction émotionnelle et qui se termine de façon heureuse ? 

- Sans doute et ce n’est probablement pas nouveau : le genre remonte au moins à Jane Austin et à son livre Orgueil et préjugés (1813).

La nouveauté viendrait plutôt du public qui lit ces livres de façon décomplexée, oubliant le discrédit qui frappe ces « romans à l’eau de rose » : du moins c’est ce qu’on peut croire en visitant le rayon qui leur est consacré dans les librairies et qui ne cesse de s’étendre.

Émotion positive et optimisme : voilà donc ce qui nous manque et qu’on recherche avec ces livres.

samedi 16 mai 2026

Patriiiiiick ! – Chronique du 17 mai

Bonjour-bonjour

 

Moi, ce qui me surprend dans l’affaire des dénonciations pour viol qui touchent Patrick Bruel, c’est qu’à l’époque où cette affaire s’est déclenchée (Flavie Flament situe le viol dont elle a été victime en 1990) nous étions en plein démarrage de la « bruelmania » quand, à ses concerts, une foule de petites collégiennes excitées se battaient pour pouvoir l’approcher. 

 


J’imaginais alors qu’il ne pouvait sortir qu’accompagné de garde du corps chargés de le protéger des agressions sexuelles venues de ces jeunes femmes. Et donc c’est pendant cette période que le chanteur aurait violenté des femmes pour abuser d’elles ? Quel besoin avait-il d’exercer cette violence alors qu’à sa porte une cohorte féminine n’attendait qu’une chose : c’est de lui offrir ce qu’il arrachait par la force à d’autres ?

Certains feront de ces réflexions un preuve à décharge ; pour ma part je fais comme si ce paradoxe était au contraire réel, et je m’interroge : « Le viol est pour certains un besoin spécifique qui n’émane pas nécessairement de la frustration sexuelle, mais d’un goût pour la contrainte infligée à autrui. Quel est donc ce besoin étrange ? »

Le cas de Patrick Bruel, comme celui de Gérard Depardieu, nous interpelle : il s’agit de gens tout à fait semblables à ce que nous sommes, avec en plus des facilités qui devraient les protéger de la tentation d’agresser sexuellement des femmes. Et pourtant le fait est là : faut-il y voir comme certains groupes féministes le font croire (en particulier suite à l’affaire Pélicot) que le viol est une affaire propre au genre masculin, que tout homme, même le plus banal, a au fond de son cœur un tel désir ?

Même en évitant de tels excès d’interprétation les explications sont trop nombreuses pour être évoquées ici. En consultant GPT sur le sujet j’ai recensé six cas différents : chacun jugera en son âme et conscience. Pour ma part, reprenant la dernière typologie du psychisme proposée par Freud, je vois dans ce comportement un dévoiement de la libido qui serait animée par Thanatos au lieu de l’être par Éros. 

Et pourquoi pas ? Ça parait logique

vendredi 15 mai 2026

L’homo ebrietas – Chronique du 16 mai (2)

 

(Ce post succède à un précédent qui vient 

d’être mis en ligne juste en bas de cette page)

Bonjour-bonjour

 

Entendu hier à la radio, au cours d’une enquête sur les ravages du narcotrafic, suite à la fusillade de Nantes.

Une dame est interviewée. On lui demande comment elle réagit à la tuerie qui vient d’avoir lieu dans son immeuble.

Sa réponse détaille les changements survenus depuis 10 ans en termes d’insécurité, la tristesse de voir des enfants victimes innocentes et les mamans qui n’osent plus les laisser sortir en bas de l’immeuble.

Elle ajoute : « Je voudrais poser une question que personne ne pose : pourquoi y a-t-il tant de gens qui se droguent ? »

Le journaliste retourne la question au spécialiste de la drogue qui est en plateau. Sa réponse est immédiate : « La consommation de drogue est fonction de sa disponibilité sur le marché. Depuis quelques années la cocaïne est plus abondante et moins chère, raison pour la quelle elle est devenue la première consommée, avant le cannabis »

 

Cette réponse est à la fois décevante et terrible.

- Décevante parce qu’elle nous dit que la question ne se pose pas : la consommation de drogue serait sans doute un besoin inné, lié à des pulsions immémoriales, de telle sorte que sa consommation aurait toujours été recherchée, même du temps où on ne savait pas la produire. C’est ainsi qu’on suppose qu’il existe une fermentation spontanée des fruits tels que le raisin, qui, produisant un « proto-vin », a permis aux lointains chasseurs-cueilleurs de se saouler lorsqu’ils pouvaient récolter de telles vendanges.

Rechercher l’ivresse serait une caractéristique de notre nature. L’homme est un homo ebrietas.

- Et puis cette réponse est aussi terrible, car elle pourrait signifier que le vie est devenue tellement insupportable qu’il nous faudrait pour continuer d’y vivre altérer notre perception de la réalité. 

Comme nous avons des facilités matérielles qui nous assurent confort et sécurité, il faut admettre que c’est le sens même de cette vie qui vient à manquer. Les esclaves romains souffraient ce que souffrent tous les esclaves, mais ils savaient que le Messie était venu et qu’après leur mort il serait là pour les prendre dans ses bras.

Et si c’était la perte de cela qui nous rendait cette vie tellement insupportable ?

Les USA dans le piège de Thucydide – Chronique du 16 mai (1)

Bonjour-bonjour

 

« La Chine et les États-Unis peuvent-ils surmonter le piège de Thucydide et créer un nouveau paradigme dans les relations entre grandes puissances ?» a déclaré Xi Jinping à l’issue du voyage de Donald Trump en Chine. (Lire ici)

On apprend ainsi que le président chinois est féru de polémologie américaine, science dont il reprend la théorie du « piège de Thucydide » qu’il évoque à propos de la lutte entamée entre la Chine, puissance « montante », et les Etats-Unis, jugés par les chinois comme une puissance « déclinante ».

Précisons que ce concept a été énoncé aux Etats-Unis en 2012 et qu’il est formulé de la façon suivante à l’imitation des propos de Thucydide : « Thucydide jugeait exemplaire la guerre du Péloponnèse parce que pensait-il, si les circonstances se reproduisent, les hommes se conduisent de même manière... »

Saluons la clairvoyance de Thucydide qui formulait cette idée à la fin du 5ème siècle avant J-C, évoquant alors la rivalité entre Athènes et Sparte – idée suffisamment pertinente et générale pour rester d’actualité de nos jours. Ajoutons que si l’avertissement de Thucydide évoque un piège, c’est parce que la guerre du Péloponnèse fut une guerre longue et ruineuse. Ce que l’on observe en effet avec les destructions matérielles sur le sol iranien auxquelles s’ajoutent de désastre économique lié au blocage du détroit d’Ormuz.

- Car voilà l’idée qui s’impose à nous : cet avertissement devrait servir non seulement pour juger les relations américano-chinoises, mais aussi pour la guerre entre les USA et l’Iran. Si Israël poursuit avec cette guerre la destruction d’un ennemi qui a juré sa perte, les américains ont pour but d’empêcher l’Iran de devenir dans l’avenir une puissance nucléaire – ce vers quoi ils avancent de jour en jour. L’argument des américains pour expliquer leur attaque soudaine de l’Iran : « il est hors de question qu’un pays gouverné comme l’Iran puisse détenir l’arme nucléaire ». C’est bien la crainte de l’éventuelle puissance de l’Iran qui a déclenché l’attaque des bombardiers américains.

La guerre est apparue alors comme la seule prévention possible avec les aléas et les pertes que l’on connait. On dira que l’alternative à la guerre n’existe pas et qu’elle est la seule issue possible. Soit. Mais rappelons la formule célèbre de Carl von Clausewitz (1832) : « La guerre est la continuation de la politique par d'autres moyens. » : a-t-on épuisé toutes les ressources de la négociation avant d’en venir où nous en sommes aujourd’hui ? 

Autrement dit, c’est en 2015, lorsque Trump a retiré les Etats-Unis des accords de Vienne qu’il fallait penser au piège de Thucydide.

jeudi 14 mai 2026

Maintenant, Ikea tient dans la poche – Chronique du 15 mai

Bonjour-bonjour

 

Je ne sais pas si vous êtes comme moi, mais j’ai horreur du labyrinthe imposé par les magasins Ikéa ; entendez le parcours fléché et sans échappatoire qu’ils vous imposent pour aller de l’escalator d’entrée jusqu’aux caisses de sorties.

Je ne suis pas le seul à avoir protesté, en témoigne ce « plan » trouve sur le net :

 

 

J’avais pour l’occasion détaillé mes griefs, on les trouvera ici.

En tout cas, on se réjouira d’apprendre que ces pièges à consommateurs sont en fin de règne parce que « IKEA vient d’annoncer la fermeture de son immense magasin de Borlänge, en Suède, un site de 32 000 m², remplacé par un espace de seulement 5 000 m² en centre-ville. Le groupe développe désormais un nouveau concept baptisé "IKEA Compact". » (lire ici)

Oui, Ikea devient « compact », entendez qu’il affiche une surface minuscule qui le rend compatible avec une implantation en centre-ville. Je me plais à imaginer qu’en entrant dans le magasin on doit apercevoir la porte de sortie…

- Mais en même temps on doit rester conscient qu’Ikea ne renonce pas à ses labyrinthes par loyauté, soucieux de montrer à ses clients qu’il est là pour les servir et non pour les pousser à des achats inutiles. Lisez plutôt : « Le géant suédois IKEA réduit la taille de certains de ses magasins pour s’adapter à l’évolution des habitudes de consommation. Derrière ce changement stratégique, c’est tout le commerce physique qui tente de se réinventer face à la montée du e-commerce. » (Art. cité)

- Voilà : il s’agit pour lui de rivaliser avec les achats en lignes qui eux se font en trois clics, sans détour par la banlieues et par des kilomètres d’allées commerciales.

Le commerce selon Ikea se fait toujours selon la loi du profit, qui n’intègre l’intérêt du client que dans la mesure où il est aussi source de gros bénéfices.

Pessimisme ? Non, lucidité, voilà tout.

mercredi 13 mai 2026

Le remplacement des vitraux de Notre-Dame déchire la France ! – Chronique du 14 mai

Bonjour-bonjour

 

Alors que les échafaudages sont déjà posés en vue de procéder au remplacement des vitraux de Viollet-le-Duc par ceux de Claire Tabouret commandés par Emmanuel Macron, les défenseurs du patrimoine continuent de se battre en justice pour tenter d’arrêter le projet.

On lira ici les tenants et les aboutissants de cette affaire, mais compte tenu de l’émoi causé en France et dans le monde par l’incendie puis la restauration de la cathédrale, il ne me semble pas superflu de proposer à mes lecteurs de se prononcer sur ce remplacement : un sacrilège lié à un diktat présidentiel ou bien une évolution légitimée par la continuité historique de ce monument voulu dès le départ comme une bible en image ? 


- Voici donc les vitraux « originaux » - entendez ceux dessinés et mis en place par Viollet-le-Duc et sauvés intacts de l’incendie

 



- Et puis voici le projet conçu et réalisé par Claire Tabouret, dont les vitraux apparaîtront sur le bas-côté sud de la cathédrale. « Chacune de ces baies représente un verset de la Bible consacré à la Pentecôte, la « descente de l’Esprit saint », un thème imposé par l’archevêché de Paris. » 


 

Projet de Claire Tabouret (détail)

 

Le choix aurait mérité une consultation référendaire, ne croyez-vous pas ?