samedi 29 août 2026

A table avec Emmanuel Kant – Chronique du 30 aout

Bonjour-bonjour

 

« Ne mangez pas seul, c'est mauvais pour votre cerveau » titre cet article découvert ce matin sur le Net.

En effet, des « chercheurs » (nom donné à des gens payés pour effectuer des travaux à portée scientifique) le constatent : la meilleure façon de prendre soin de son cerveau se trouve autour de la table lors des repas. Ce qui importe alors n’est pas ce que nous mangeons mais le fait de manger entouré de plusieurs convives.



(Les festins BNF)


« En 2025, des chercheurs japonais ont découvert que les personnes qui mangent régulièrement seules présentent un volume cérébral réduit dans des régions associées aux fonctions cognitives, notamment le lobe temporal médial et l'hippocampe. » peut-on dans l'article cité, qui ajoute : « Le plaisir et les liens sociaux procurés par les dîners partagés pourraient également apaiser le stress, lui-même associé au risque de déclin cognitif chez les personnes âgées. Les conversations lors des repas stimulent notre matière grise, ce qui maintient le cerveau actif jusqu'à un âge avancé. »

C’est alors qu’on pense à un point de la doctrine kantienne concernant la table – non pas celle des catégories, mais bien celle du souper. (Concernant la table des catégories les petits curieux pourront cliquer ici). Pour Kant en effet, le fait de manger est une façon d’être solidaire des autres durant un temps suffisant pour avoir avec eux une conversation agréable et enrichissante. Il y a deux principes à ne pas oublier : d’abord éviter d’être affamé pour passer à table : la goinfrerie n’est pas compatible avec un exercice satisfaisant de la pensée. Ensuite être avec des convives de bonne éducation : le repas annuel des chasseurs de lapins ne promet rien de ce genre.

La science contemporaine ne se borne pas à enquêter et à convenir que Kant avait raison ; elle donne aussi des mesures objectives : ceux qui font plusieurs diners ensemble chaque semaine ont un cerveau plus gros que celui des autres. Maintenant elle ne dit rien des clubs où on se retrouve pour picoler ensemble ? Ou des débauchés qui se retrouvent pour des parties fines mensuelles ? Kant n’en a pas parlé, mais j’imagine qu’à condition que ce soit avec des gens qui savent exprimer de leur ressenti, ça pourrait matcher.

vendredi 28 août 2026

Népal : on ne commande à la Nature… - Chronique du 29 aout

Bonjour-bonjour

 

Une vague immense plus haute que les immeubles qu’elle submerge et emporte avec elle : il s’agit de la coulée de boue du Népal. On n’avait pas vu de telles images depuis le tsunami de 2004 en Thaïlande, et aujourd’hui les hommes ne peuvent que venir après coup pour contempler le spectacle et sauver ceux qui peuvent encore l’être.

 

 

Revient alors à l’esprit la phrase de Bacon : « On ne commande à la nature qu’en lui obéissant », ce qui signifie que nos prétentions à extirper de la nature grâce à nos technologies ce qu’elle ne consent jamais à donner, ne fait que déclencher des catastrophes prévisibles selon les lois naturelles bien connues.

Déjà les stoïciens avaient dit qu’on ne pouvait contrer ces lois sans détraquer la nature. Pourtant ces catastrophes, elles aussi, sont naturelles. Rien d’illogique à ce qu’un glacier fonde et puis se rompe. Rien d’illogique qu’il se déverse alors dans des vallées en contrebas. Mais alors, tout à fait illogique que des hommes se soient installés là et qu’ils aient construits de barrages.

Stop ! C’est tout à fait logique, au contraire ; seulement il s’agit d’une autre logique, celle des hommes cherchant à obtenir de meilleures conditions de vie. Ils construisent des barrages ? Quoi de plus naturel ? Les castors en construisent bien eux aussi. S’il y a une contradiction, on peut s’attendre à ce que la nature fasse le bilan des « pour » et des « contre » - comme au Népal mercredi dernier.

Reste un dernier point : on peut s’attendre à ce que les hommes parviennent à anticiper ces catastrophes grâce à la puissance de calcul de leurs machines. Mettez l’IA sur la question ; demandez-lui combien va coûter à la planète en termes de CO2 la construction du parc d’attraction saoudien dans la région parisienne.

jeudi 27 août 2026

Le jugement de Salomon – Chronique du 28 aout

Bonjour-bonjour

 

Dans la Bible (Livre des rois, 3,16-28) Salomon devant départager deux femmes qui se dispute la possession d’un enfant, demande une épée et déclare : « Partagez l'enfant vivant en deux et donnez une moitié à la première et l'autre moitié à la seconde » - suscitant la réaction d’une des femmes : « Je préfère renoncer à l'enfant plutôt que de le voir mourir ».

 


Sanctuaire de Frauenberg

 

Le célèbre jugement de Salomon est alors : « Donnez lui l'enfant, c'est elle la mère ! » = La filiation s’établit alors sur la base de l’affectivité quasi instinctive qui attache une mère à son enfant.

Mais il arrive de nos jours, que le problème soit un peu plus compliqué. Voyez cette histoire qui vient d’arriver en Australie : « Une femme vient de donner le jour à des jumeaux issus pour l’un d’une GPA, et pour l’autre d’une fécondation naturelle. Il a fallu une analyse d’ADN pour savoir à qui revenait chaque bambin. » (Lu ici)

- Supposez que Salomon ait voulu appliquer sa méthode : certes il ne s’agit plus cette fois d’identifier la mère, mais le père ; reste que s’il l’avait fallu l’identification ADN aurait tranché de façon décisive dans le cas qui fut alors soumis à Salomon. Après tout, si l’enfant qu'il a attribué à la femme compatissante a sans doute été élevé avec amour, rien ne prouve que la véritable mère ne fût pas celle-là qui le laissait mourir. Seul le test ADN aurait pu trancher.

 

 

La leçon de notre histoire est que nous avons gagné en certitude scientifique, mais en revanche nous avons perdu en sens. Car que vaut une mère qui n’éprouve aucun sentiment pour son enfant ? Et si elle l’abandonne, la véritable mère ne sera-t-elle pas plutôt la femme aimante que l’accueille dans son foyer ? Lorsque les tribunaux, se substituant à Salomon, donnent la priorité à la mère biologique, on ressent comme une injustice la brutale rupture de ce lien d’amour qui avait été tissé. 

N’est-ce pas la preuve que c’est Salomon qui avait raison ?

mercredi 26 août 2026

Et un high five pour Sophie ! – Chronique du 27 aout

Bonjour-bonjour

 

Sophie Adenot effectuera une troisième sortie dans l'espace, à l'extérieur de la Station spatiale internationale (ISS), le 1er septembre, indique aujourd’hui la Nasa sur son site internet. Cette sortie aura pour but de "remplacer un dispositif d'aide à la navigation et effectuer diverses tâches de maintenance liées aux opérations de la station" et elle doit durer plus de six heures.

Décidément la NASA ne peut plus se passer de notre française, vu qu’elle vient de remplacer une antenne après deux sorties, réussies au point qu’elle a claqué un « high five » avec son collègue américain

Un high five

 

Le président de la République, Emmanuel Macron, a qualifié sa première sortie de « fierté française », voyant en elle « le visage de tous les possibles ».

Tiens, puisqu’on en parle : et vous, vous l’avez ce matin le « visage de tous les possibles » ?

Un coup d’œil dans la glace, et le doute n’est pas permis : non, décidément votre visage avec ses poches sous les yeux et ces joues qui pendent lamentablement, ça ne colle pas avec l'idée de performance tous azimuts.. Sauf que le Président utilise ici un sens imagé. « Visage : apparence, aspect que prend ou présente une chose ; image », nous dit le CNRTL. En vous voyant on pense que vous êtes prof de physique ou bien videur de boite de nuit, ou boucher, ou encore boulanger ? 

 

Un boucher ?

 

Ou encore un boulanger ?

 

Non, bien sûr : le visage de « tous les possibles » veut donc dire non pas que votre figure donne une idée de ce que vous faites dans la vie, mais plutôt donne à penser que vous avez la force et l’intelligence pour tout entreprendre, rien ne serait trop difficile ni trop dur pour vous. 

Notez que vous avez peut-être été comme cela - mais c’était avant de vous être déterminé à un choix donné. Après, c’est trop tard. Qui vous dit que ces messieurs dont la photo apparait ci-dessus n’avaient pas eux aussi le visage de tous les possibles avant de devenir boucher ou boulanger ? Et d’ailleurs, n’est-ce pas là le sens de la crise de l’adolescence, lorsque le jeune se demande ce qu’il va choisir. Car n’est-ce pas justement cette abondance qui fait problème ?

Trop de choix tue le choix.

mardi 25 août 2026

Ramollo le mosquito– Chronique du 26 aout

Bonjour-bonjour

 

Canicule = plus de moustiques, bouzillés par la chaleur. Bon débarras !

Sauf qu’avant de disparaitre ils ont pris la précaution de pondre des œufs qui ont vaillamment résisté en attendant le retour la pluie.

Pour limiter l’invasion des moustiques on a inventé des pièges dans les quels c’est le moustique lui-même qui en fait office. Il s’agit de la technique dite « de l’insecte stérile » ainsi décrite : « La technique de l’insecte stérile (TIS) repose sur la libération d’insectes mâles rendus stériles par irradiation. » Ainsi traités, les mâles qui s’accouplent avec les femelles ne peuvent plus les féconder. (Lire ici)

Tout irait pour le mieux si ces moustiques irradiés avaient toujours le même empressement auprès de leurs femelles. Sauf que « L'irradiation des mâles pour les stériliser n'est pas sans effet sur eux. Ils peuvent s'en trouver affaiblis. Ils peuvent alors ne pas être assez forts pour entrer en compétition avec les mâles sauvages. » (Art. cité)

 


On se dit alors que ces petites bêtes vivent comme nous animées par des pulsions vitales : la pulsion sexuelle est sans doute amoindrie par le traitement, ce qui affecte tout l’élan vital.

Oui, mais pas seulement. Les chercheurs ont aussi trouvé que ces moustiques d’élevage ont vécu dans un environnement privilégié, avec tout ce qu’il faut pour faire le bonheur d’un moustique. Dès lors ils n’ont plus la même pugnacité pour copuler – peut-être même n’en éprouvent-il pas le besoin. Tout se passe alors comme si la procréation répondait à l’angoisse de la survie : menacé, l’individu cherche à transmettre le vie dont il risque d’être privé.

- On me dira que prêter au moustique des angoisses existentielles c’est galéger. Certes. Reste que ça ressemble fortement à ça.

lundi 24 août 2026

La guerre des robots : rêve ou cauchemar ? – Chronique du 25 aout

 

Droid TW-12.7. (DevDroid et Rovertech)

 

Bonjour-bonjour

 

Le guerre russo-ukrainienne est entrain de tout chambouler : non seulement avec l’usage performant de drone-à-cent sous, mais encore avec le rôle joué par des robots-tueurs sur le terrain.

- En témoigne cette information : « Les troupes ukrainiennes ont envoyé un véhicule terrestre armé sans pilote /le Droid TW-12.7/ sur le terrain pour attaquer une position tenue par les Russes, sans envoyer de soldats à portée de tir. Ce robot est parvenu à tuer 20 soldats russes » (Lu ici)

- Info aussitôt complétée par celle-ci : « Piloté par l’IA, un drone russe a choisi de lui-même sa cible, faisant trois morts » L’article cité poursuit : « En Ukraine, un drone russe avait été programmé par des opérateurs humains pour se diriger vers une station-service en Ukraine. Mais une fois à proximité de celle-ci, il a choisi lui-même sa cible exacte » (Lu ici)

 

- Rêve ou cauchemar ? Car enfin, voici une guerre où ce ne sont plus les hommes qui s’affrontent, mais des machines : bientôt les robots « tueront » seulement d’autres robots.

Oui-da, rêvez bonnes gens. Car la guerre c’est toujours la destruction de « l’Autre », ce mystérieux ennemi qui vit de l’autre côté de la frontière, celui qu’on hait et qu’on voudrait voir totalement disparaitre grâce à une miraculeuse « solution finale ». 

Les robots pourront toujours agir seuls, leur mission sera quand même de tuer quand bien même ça ne ferait pas bouger le front.

Je ne suis pas seulement pessimiste, je suis lucide. Je pense que derrière chaque robot il y a un homme qui l’a missionné pour provoquer le mort d’un autre homme.

Vous ne me croyez pas ? Alors imaginez que les nazis aient eu à leur disposition de telles machines capables de tuer des millions de personnes sans avoir à bouger : qu’en auraient-ils fait ? Bon. Et maintenant demandez-vous : sommes-nous si différents des criminels du 3ème Reich ?

dimanche 23 août 2026

L'avenir : combien ça coûte ? – Chronique du 14 aout

Bonjour-bonjour

 

Depuis plusieurs décennies la question de la fécondité des populations est interrogée : il était alors fréquent de coupler ces études avec celles de la pauvreté : paradoxalement les pays les plus pauvres était ceux où les femmes étaient les plus fécondes, mettant au monde toujours plus de bouches à nourrir. On découvre avec cet article que ce paradoxe est désormais révolu : les pays les plus pauvres ont eux aussi un taux de dénatalité très élevé ; ainsi des pays de l’Afrique subsaharienne. 

Les analyses de cette situation soulignent l’importance du facteur économique dans la natalité : partout et en particulier en Chine, le coût du troisième enfant (celui qui assure le renouvellement des générations) est pointé comme déterminant. On y ajoute habituellement le taux d’éducation des femmes qui privilégieraient alors leur carrière à la maternité.

Mais d’une manière comme de l’autre, ce sont les conditions de vie actuelles qui conditionnent l’avenir de l’humanité. Autrefois on vivait mieux avec de nombreux enfants exploités comme force travail d’appoint ; aujourd’hui, c’est l’inverse – le machinisme étant venu concurrencer ces petits bras frêles dans l’usine comme dans les champs.

 

Si l’on veut prendre encore un peu plus de hauteur, on se dit que la dénatalité suit exactement le même parcours que la transition écologique : il nous appartient d’investir aujourd’hui non pas pour nous, mais pour l’avenir. Pas évident, en effet…

--> Sauf que des quantités de gens se demandent pourquoi ils sont sur terre, quelle est la mission qui donne un sens à leur vie. La réponse est toute trouvée : « Tu es là pour que demain il y ait encore des hommes. »

Si tu refuses, alors c’est que tu penses que les hommes sont des bons à rien. Mais alors ta mission, c’est bien de ne rien faire – comme aujourd’hui, mais avec un engagement militant en plus.