lundi 7 septembre 2026

De qui Ulrich Siegmund est-il le nom ? – Chronique du 8 septembre

Bonjour-bonjour

 

Le grand retour des idéologies : c’est fait ! Le 21ème siècle n’aura pas supporté très longtemps la fin de ces systèmes de pensée qui habillent le présent des couleurs chatoyantes du passé tout en nous promettant un avenir radieux. Aujourd’hui : une Allemagne faite de traditions et de pureté culturelle, de yodels et de fêtes de la bière.



La question n’est bien entendu pas de savoir ce que, culturellement, les Allemands préfèrent, mais comment vont-ils vivre quand le pouvoir imposera de ne rien tolérer d’autre. Ulrich Siegmund est sûrement un petit gars bien sympathique, mais il ne veut rien voir qui dépasse hors de la culture dite germanique, et surtout pas ce qui atteste du respect d’autres traditions et d’autres cultures. Si chez nous le port du voile islamique fait débat, dans l’AfD (Alternative pour l’Allemagne, le parti d’extrême droite qui porte Siegmund aux portes du pouvoir) on a depuis longtemps résolu le problème : pour celles qui veulent le porter, c’est : Dehors !

- Comment faire entendre un tel discours dans une Allemagne qui a vécu le drame hitlérien ? Ulrich Siegmund est-il un petit Hitler qui est en train de grandir ? 

--> La question est peut-être mal posée. On devrait se demander : « Comment réintégrer Hitler à l’histoire de la nation et du peuple allemand, et donc « comment le sortir du ghetto de la monstruosité sans pareil ? »

- Et là, on a des embryons de réponse. Comme celle qui affirme que le peuple allemand a réalisé de grandes choses du temps des nazis, que l’obsession antisémite de Hitler a été une erreur, et que c’est elle justement qui lui a fait perdre la guerre. La grandeur du parti nazi est d’avoir su faire triompher l’Allemagne malgré l’antisémitisme hitlérien.

- Bien entendu tout cela est déjà connu – chez nous la réhabilitation de Pétain est un refrain que bien des gens nous fredonnent depuis longtemps. Mais attendez le cran suivant : par exemple le culte du chef au quel les cours d’histoire auront redonné toute la brillance.

Il faudrait aujourd’hui inverser la formule habituelle : non pas « De qui le nouveau président est-il le nom ? » Mais bien « Qui va réincarner le Maréchal ?  »


Pour mémoire, quand Alain Badiou a lancé cette formule qui devait faire florès, « De qui Nicolas Sarkozy est-il le nom ? », la réponse était Philippe Pétain.

dimanche 6 septembre 2026

Mon nom est Bardella – Jordan Bardella. – Chronique du 7 septembre

Bonjour-bonjour

 

Décidément il y a des sujets qui s’invitent dans l’actualité et qu’on n’attendait pas. Ainsi de la vie sentimentale de Jordan Bardella – ou plutôt de son attirance pour le faste dont est entouré sa dulcinée.

Jordan Bardella est pointé du doigt aussi bien par l’opposition que par son propre parti, pour son train de vie aux côtés de la princesse Maria Carolina : “Le luxe c’est son point faible” dit-on au sein du RN. « Jordan Bardella n’est plus aussi populaire qu’avant. En cause : son train de vie, jugé trop luxueux. », nous apprennent les Instituts de sondages (Lu ici)

Intéressant tout de même : on ne le critique pas pour avoir donné son cœur à une ci-devant aristocrate, mais bien pour partager son train de vie au point qu’on l’imagine en smoking blanc, œillet rouge à la boutonnière sirotant son Martini au bar d’un palace : un vrai James Bond.

Tout se passe comme si on ne pouvait être l’ami des riches et des pauvres en même temps : « Il faut choisir ton camp, camarade ». L’ennui avec le suffrage universel, c’est que les pauvres sont beaucoup plus nombreux que les riches et donc qu’ils détiennent le pouvoir de faire et de défaire les majorités. Quand on aspire au pouvoir, il faut plaire aux pauvres, c’est indispensable.

Et puis il y a Marine Le Pen. Riche – très riche – héritière, elle a su masquer le chiffre de son compte en banque. Mais elle souffre de la comparaison, imposée par son jeune co-listier, avec la fringante Marie-Caroline :


 

Cette cruelle comparaison peut jouer en la défaveur de Jordan Bardella à qui on reprocherait un choix pourtant évident. Question : les français veulent-ils une grand-mère défraîchie ou bien un jeune mâle capable de séduire une jeune beauté sexy et riche ?

De toute façon ne vous trompez pas : c’est sur ce genre de réflexion que la vie politique de la France va se décider.

samedi 5 septembre 2026

Au-delà du principe de Peter – Chronique du 6 septembre

Bonjour-bonjour

 

Vous connaissez le Principe de Peter ? Non ? Le voici : « Dans une hiérarchie, tout employé a tendance à s'élever à son niveau d'incompétence, avec pour corollaire qu’avec le temps, tout poste sera occupé par un employé incapable d'en assumer la responsabilité. /…/ la majorité du travail est effectuée par des salariés n'ayant pas encore atteint leur seuil d'incompétence ». (Voir ici)

Lumineux. Seulement voilà : dans le gouvernement Trump, beaucoup de ministres ont dépassé et de bien loin leur seuil d’incompétence. A commencer par Robert Francis Kennedy Jr. ministre de la santé et anti-vax, qui est bien connu pour préconiser des tisanes pour lutter contre les maladies contagieuses. Ou Pete Hegseth, ministre de la guerre après avoir été animateur de télévision, qui vire en ce moment les plus haut-gradés du Pentagone. Et bien d’autres encore qui ont tous la caractéristique d’avoir été propulsés bien au-delà de leur seuil d’incompétence par la grâce du Président. 

Stupeur ! Nous voilà comme le physicien qui découvrirait d’un seul coup qu’il existe des corps qui se déplacent à une vitesses supérieure à celle de la lumière. Au-delà du principe de Peter, on a des hommes qui, au lieu de pantoufler tranquillement ont le pouvoir de faire exécuter leurs lubies prises pour des vérités ; mais qui devraient être incapables de se maintenir à leur poste sans être menacés par une révolte de leurs administrés.

--> Comment ces hommes ont-ils pu parvenir à un échelon de responsabilité bien au-delà de leur capacités – et surtout : comment font-ils pour s’y maintenir ?

La réponse est toute simple : c’est par le pouvoir énorme dont dispose le Président américain qui les propulse et les protège : « Ils font un travail formidable » répète à l’envie Donald Trump. Quant au résultat tantôt il est passé aux oubliettes comme le chiffre affolant d’enfants atteints de rougeole faute d’avoir été vaccinés ; où le coût incroyable de la guerre contre l’Iran déclenchée par le Président et soutenue par son ministre ; tantôt il est pleinement assumé comme les brutalités de l’ICE, police anti-immigration. 

Bref : pour se maintenir à ces hauteurs stratosphériques, tous ces hommes et ces femmes reposent sur le pouvoir conféré au Président par les électeurs américains. Ce sont eux qui acceptent d’oublier l’échec des lubies présidentielles face à la réalité ; mais y a-t-il là de quoi s’étonner ? Oui, bien sûr, diriger un office dans un domaine qu’on ne maitrise pas, voilà qui dérange. Mais pas si on est MAGA ; et encore plus si on est évangéliste : on croit, dur comme fer, que Dieu protège Donald Trump – comme lors de l’attentat de Pennsylvanie quand un tir qui aurait pu le tuer lui égratigne seulement l’oreille.

On se dit que le réel ne meurt jamais et qu’il va un jour ou l’autre présenter l’addition en termes d’échec et de ruine. Ce jour là on ne voudrait pas être américain ; mais en attendant…

Occupons-nous de la France et vérifions qu’il n’y a pas chez nous aussi des ultra-incompétents.

... Tiens par exemple, en France le Président du RN a promis hier à Nigel Farage que les migrants interceptés dans la Manche seront ramenés en France, pour être « reconduits vers leur pays d’origine ». En voilà un qui promet ! 

vendredi 4 septembre 2026

En retard d’une guerre – Chronique du 5 septembre

Bonjour-bonjour

 

Un article de Reporterre (à lire ici) revient sur l’œuvre d’Ivan Illich dont on célèbre ces jours-ci le centenaire de la naissance. Occasion de le vérifier : depuis les années 1970 les errements économiques et sociaux dûs au développement de la puissance technique liée à la recherche de profit sont connus et anticipés. On pense principalement à René Dumont et à son célèbre verre d’eau. Ivan Illich est aussi un de ces visionnaire dont l’œuvre entière nous interdit de dire : « On ne savait pas ». 

Illich ne se borne pas à dénoncer le pillage des ressources de la planète. Il analyse plus particulièrement comment la croissance qui parait servir de barrière contre l’appauvrissement est en réalité source de la concentration des capitaux entre toujours moins de détenteurs de la véritable puissance : celle de l’argent. Cette « société d’abondance » dit Ivan Illich est à l’origine de la « pauvreté moderne », façon de souligner combien elle est dure pour les classes pauvres et moyennes, rendues otages de l’argent. On voit par exemple comment la possession d’une voiture au lieu d’être comme autrefois signe de richesse accompagne aujourd’hui la dépendance vis-à-vis des ressources du travail.

Mais Ivan Illich est plus qu’un lanceur d’alerte : il pointe aussi la réponse à ces catastrophes annoncées : pour que les rapports sociaux soient placés sous le signe de l’équité, il faut qu’une société limite d’elle-même la consommation d’énergie de ses plus puissants citoyens. C’est cet appel à un sursaut démocratique qui retentit aujourd’hui en pure perte. Les français sont exactement comme en 1939 : en retard d’une guerre. Pour eux ce qui importe, c’est la croissance – alors que ce qui importe prioritairement c’est la répartition des biens. On a cru qu’il n’était pas besoin de changer la répartition du gâteau pour calmer la faim des plus pauvres : il suffirait d’en augmenter la taille. On voit bien que ça ne résout rien.



jeudi 3 septembre 2026

Après le beau temps, la pluie – Chronique du 4 septembre

Bonjour-bonjour

 

« Sophie Adenot de nouveau dans l'espace » annonce la presse : il s’agit de la sortie dans l’espace de notre astronaute nationale qui ne cesse d’émerveiller les français ravis d’avoir enfin une bonne nouvelle. Le Président Macron a d’ailleurs mentionné cette fierté française reconnaissant en elle « le visage de tous les possibles »

Et c’est vrai que ces temps-ci les bonnes nouvelles, celles qui nous offrent un peu de rêve – ou du moins un peu d’avenir agréable – sont rares. Cet état collectif semi-dépressif a été repéré et attribué à un été ravageur source d’« éco-anxiété » mot nouveau forgé tout exprès pour qualifier l’abattement moral de nos concitoyens.

La solution ? Entreprendre des travaux pour lutter contre le réchauffement, ou du moins pour en pallier les effets ? Oui, bien sûr. Mais le plus rapide et le plus simple est d’opérer une conversion informationnelle : ne plus parler que des bonnes nouvelles et en particulier en ce qui concerne le climat. 

Ainsi de cette publication qui nous informe que « Après un week-end encore marqué par de fortes chaleurs, parfois proches de 35 à 39°C dans le sud-ouest, l’ambiance va radicalement changer en début de semaine prochaine. » Nous retrouverons ainsi de l’air plus frais et pour nous en persuader on publie la carte des températures comparées entre le 6 et le 9 septembre :

 

Alors que les autres en sont à annoncer un nouveau pic de chaleur, voici qu’on enjambe la canicule pour parler du retour de la fraicheur. 

 

- C’est malin, ça. Pourquoi ne pas en faire autant avec la dette. Imaginez que vous lisiez dans votre journal ceci : « Les spécialistes prévoient qu’après une grave crise de l’endettement un sursaut va se dessiner. Les instituts de sondages le disent : les français sont en passe d’accepter les mesures d’austérité envisagées par le FMI au terme des quelles un retour à la croissance se profile ». Pas mal, non ? 

Et alors, pourquoi ne pas envisager aussi l’élection du futur Président ? Non pas celui de 2027, mais celui de 2032 ? « Les analystes pensent que l’élection de l’extrême droite en 2027 aura un effet favorable sur l’élection de 2032. Après avoir constaté que les mesures hostiles aux musulmans imposées par le gouvernement dirigé par monsieur Bardella pourrissent le climat social, les français s’apprêteraient à élire en 2032 un nouveau président sur un programme favorable au retour à la tolérance et à l’égalité des chances entre les musulmans et le reste de la France. » Et hop ! Voilà le travail…

 

- Vous êtes tout rabougri, tout chiffonné par une actualité misérable ? Levez le nez, regardez plus loin : un jour, le soleil se lèvera de nouveau sur l’horizon. Un avenir radieux nous est promis.

mercredi 2 septembre 2026

Ne croyez pas ce qu’on vous montre – Chronique du 3 septembre

Bonjour-bonjour

 

Il est des bouleversements qui arrivent tonitruants et qui nous montrent que le monde a changé : comme ces images et ces séquences filmées par des smartphones dans les rues lors de violences policières comme la vidéo montrant un policier étranglant Georges Floyd. Plus généralement, chacun d’entre nous est devenu un photographe d’actualité qui, grâce à son smartphone, peut remplacer les grands reporters dont les images restent encore dans nos mémoires.

- Et dans le même temps, les fausses images générées par l’IA pullulent au point que ces avancées en matière de révélation des abus commis se trouvent contrebalancées par des publications opposées. Je donne ici un exemple fantaisiste : une bataille de polochon entre Trump et Biden :

 

 

Ça ressemble à une plaisanterie potache ; mais c’est beaucoup plus grave : la manipulation de l’opinion devient totale au point que la notion de preuve portée par l’image est récusée. Ne croyez surtout pas ce qu’on vous montre, quel qu’en soit le contenu. Le pouvoir qui serait menacé par des fautes graves attestées par des photos se contentera de publier de fausses images qui prouvent le contraire et il n’aura même pas besoin de censurer. Par exemple la photo de François Hollande quittant l’Élysée nuitamment en scooter pour rejoindre sa blonde serait aujourd’hui suspectée d’être un « deepfake ».

- Les photos de reportages étaient jusqu’à présent considérées comme faisant partie de la réalité ; prises à la source de l’évènement elles en portaient la force et devenaient des documents dont l’historien du futur pourrait faire usage. Désormais il faudra pour les prendre en compte faire une véritable enquête d’authenticité.

mardi 1 septembre 2026

En Ukraine, c’est l’IA qui fait la guerre – Chronique du 2 septembre

Bonjour-bonjour

 

J’écrivais récemment un article intitulé « La guerre des robots » à propos de robots-tueurs observés sur le front d’Ukraine où ces armes autonomes participent aux combats sans que des hommes ne s’exposent. Et j’imaginais naïvement le moment où des robots se combattraient les uns les autres, renvoyant la guerre traditionnelle où des hommes tuent d’autres hommes aux oubliettes de l’histoire. Mais c’était sans compter avec la tournure prise par cette guerre depuis de nombreux mois. Il s’agit à présent de tuer et de terroriser les civils afin qu’ils pèsent sur les décisions de leurs dirigeants pour les conduire vers une capitulation.

Or, voici ce que je lis ce matin : « L’attaque survenue le 6 juillet dernier à Zaporijia, en Ukraine, au cours de laquelle trois civils ont perdu la vie, illustre le franchissement d’un seuil opérationnel : l’utilisation d’armes à autonomie décisionnelle complète en zone urbaine. /…/

Il s’agit de drones qui intègrent un module informatique Nvidia Jetson Orin et ne possèdent aucune antenne de transmission. Programmé pour naviguer de manière autonome et identifier des infrastructures comme des cuves de propane, via la reconnaissance d’images, le drone a procédé lui-même à la reconnaissance et au verrouillage de sa cible. »

L’article conclut : « Non seulement les armes autonomes arrivent dans les conflits, mais en plus elles commencent à cibler des civils ». 

 

Certes cette information ne devrait surprendre personne : on sait depuis longtemps que des recherches dans ce domaine sont opérées par l’industrie spécialisée (on parle ici de la fabrique d’arme kalachnikov en Russie). Mais quand même, à présent les robots ne sont plus dirigés vers d’autres robots, mais vers les hommes et les femmes de la rue, des gens comme vous et moi sans défense devant cette guerre.

- Mais qu’importe dira-t-on de savoir qui les tue ? Ils sont morts et voilà tout.

Les naïfs comme moi vont se cabrer : la guerre c’est un combat au cours duquel l’attaquant choisit sa cible ce qui le rend responsable des morts provoqués en face. On a ciblé une école, un hôpital, mais on est obligé de se justifier : par exemple on dit que ce sont en réalité des repaires de terroristes. Voilà qu’à présent ce « choix » est opéré par des modules informatiques logés de ces armes qui n’ont rappelons-le pas de moyen de communication et donc qui œuvrent en totale autonomie. La conséquence est qu’il n’y a plus de responsabilité, plus aucun humain dont on puisse dire que sans lui un massacre n’aurait pas eu lieu.

--> Les tueurs autonomes qui déciment les civils en Ukraine ont supprimé le dernier atome de moralité qui pouvait encore exister dans une guerre.