Bonjour-bonjour
Le prix Goncourt 2026 délivré hier à Philippe Jaenada pour L’Inconnue du quai de Javel est garanti 100% fait-main – entendez sans le secours d’une l’IA. La raison pour laquelle on en est sûr, c’est que ce livre a nécessité une enquête longue de plusieurs années concernant l’assassinat non résolu d’une petite femme de rien du tout sur laquelle personne n’a jamais voulu écrire quoique ce soit.
Les faits ? « Le 6 septembre 1949, une jeune femme est retrouvée morte quai de Javel, à Paris, sans sac ni chaussures, avec son pull à l'envers, manifestement rhabillée à la hâte puis déposée là par son assassin » (lu ici) - et c’est à peu près tout ce qu’on en sait. Le rôle de l’auteur a été de créer son roman à partir de ce presque rien qui dit tout – toute l’indifférence et les préjugés qui ont entouré ce « fait divers ». On le voit, si on est certain qu’une IA n’a pas été utilisée, c’est qu’au cas où elle l’aurait été, elle n’aurait trouvé rien à mouliner à partir de ses « data ».
– Est-ce à dire que les romanciers de l’avenir auront à chercher d’autres sujet de roman, celui-ci risquant d’avoir fourni matière à (re)production mécanique ? Mais alors, la création humaine serait-elle condamnée par l’avancée de data-center de plus en plus gourmand, qui digèrent et recrachent de nouveaux essais à la minute même où ils sont publiés ? Impossible de tenir bien longtemps à ce train.
… Mais enfin, pourquoi devraient-on s’interdire de poursuivre une pensée qui a trouvé une porte ouverte dans un livre déjà publié ? Pourquoi par exemple, L’inconnue du Quai de Javel ne serait pas un sujet pour une autre fiction, créée par l’esprit d’un autre auteur ? Et quand bien même le sujet aurait été digéré et recraché par une IA générative est-ce que ça devrait paralyser l’imagination et le génie humain ? Est-ce que ça ne devrait pas tout au contraire le débloquer et lui ouvrir des portes nouvelles – encore et encore ?
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N.B. Je reviens une minute sur le sujet de la capacité de ces programmes à produire du sens intellectuellement valide (sujet que j’avais déjà abordé le 24 octobre dernier à propos du livre de Thélyson Orélien). Je trouve en effet ceci dans un article récent : « Laurent Thirouin [professeur de littérature française du XVIIe siècle] écrit ceci dans le journal La Croix : « Un texte « littéraire » engendré par une IA – ne serait-ce que partiellement – comporte de facto des propositions vides de sens, puisqu’elles ne correspondent pas à la perception humaine, intime, de la vérité par un auteur : « L’énoncé en lui-même n’a d’autre valeur que celle que lui confère son auteur, en en percevant intimement la vérité. »
Comment dire mieux ?








