Bonjour-bonjour
La lamentation devant déclin de la lecture est un poncif qui ne date pas d’hier : pour ne s’en tenir qu’à mon expérience vécue durant ma jeunesse, la protestation devant le progrès de la bande dessinée était déjà pour beaucoup l’indice de la décadence de notre civilisation. – Aujourd’hui, la même bande dessinée prend en charge le développement pédagogique de questions d’histoire ou de science.
Pourtant l’invasion des écrans semble avoir sonné la mort définitive de la lecture : qu’en est-il réellement ?
- Voici les observations d’Arthur De Grave et de Diana Filippova (dans une étude menée pour la Fondation Jean-Jaurès – à lire ici) : « Notre quotidien baigne plus que jamais dans l’écrit, mais si la lecture reste une occupation importante, notre façon de lire a profondément changé la donne /…/ Nous n'avons pas affaire à un déclin de la lecture en général, mais à une transformation profonde de notre rapport à l’écrit ».
Selon eux, ce qui a disparu, c’est « la « lecture profonde », pratique qui se distingue du décodage des mots et des phrases, et qui nous permet de vraiment saisir le sens d’un texte, repérer une contradiction, ou encore se mettre dans la peau d’un personnage. » Avant d’ajouter : « La pratique de la lecture profonde demande du temps et une certaine qualité d’attention, autant de ressources devenues fort rares. »
Résultat : « Il y a tout un ensemble d’opérations mentales qui sont difficiles voire impossible sans passer par l’écrit, que ce soit la division ou le syllogisme. L’écrit nous permet d’externaliser notre mémoire et d’extraire notre pensée du flux pour la projeter sur une page, débloquant nos facultés d’inférence ou de raisonnement analogique. »
- Et pour finir cette conclusion : « Lire, c’est s’affirmer comme sujet pensant autonome. »
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Il fut un temps où la langue française était valorisée comme langue universelle de la science pour sa construction logique. Diderot écrira là-dessus sa Lettre sur les sourds et muets qui interroge sur l’ordre des mots dans la phrase, supposé porter la pensée. Et de conclure : « Qu’il faut parler français dans la société et dans les écoles de philosophie ; et grec, latin, anglais, dans les chaires et sur les théâtres » (Diderot – Lettre sur les sourds et muets)
On dira que Diderot va bien au-delà de nos conclusions actuelles. Pourtant en sommes-nous si éloignés ? Bien sûr on ne croit plus aux vertus d’une langue particulière. Néanmoins on le constate encore aujourd’hui : la structure des phrases, les concepts définis et répertoriés s’il le faut par l’ouvrage lui-même, sont indispensables pour que la pensée puisse comprendre et sache reconstruire le contenu d’un texte. C’est cela qui ne sera jamais réductible à une série d’images, même si celles-ci peuvent être une introduction pédagogiquement séduisante. Pour qui veut comprendre, il y a un moment inévitable où l’effort intellectuel est indispensable.









