mercredi 29 juillet 2026

Faites-vous pipi dans la piscine ? – Chronique du 30 juillet

Bonjour-bonjour

 

Vous vous plaignez régulièrement d’avoir une irritation des yeux après vous être baigné dans la piscine municipale, et vous incriminez les produits chimiques ajoutés à l’eau ? Apprenez donc ce que ces analyses révèlent : c’est la présence de chloramine qui vous irrite, et cette substance résulte d’une interaction entre le chlore effectivement ajouté à l’eau du bain et le … pipi des baigneurs.

Car voici le constat fait par les chercheurs : compte tenu de la foule qui se presse pour plonger dans l’eau, il est impossible que personne ne se soit retenu d’uriner

 


« Une étude canadienne menée en 2017 par l’université de l’Alberta révèle qu’une piscine de taille moyenne, comme la piscine municipale ou le bassin du camping, pourrait contenir jusqu’à 75 litres d’urine. » (Lu ici)

Ça vous dégoute ? Peut-être mais sachez que le philosophe va chercher du sens même dans cet endroit malsain. Qu’en dira-t-il ?

--> Une personne qui urine dans une piscine entouré de baigneurs, n’a probablement pas bonne conscience : néanmoins cela ne le retient pas – pourquoi ?

- Question naïve tant la réponse est évidente : parce que personne ne le sait. Supposez que son urine réagisse avec l’eau et la teinte d’une couleur vert fluo bien visible : soyez sûr que personne ne ferait pipi dans l’eau. Il en va de même pour toute conduite moralement condamnable : on ne s’en abstient pas dès lors qu’on est sûr de son impunité. Platon avait évoqué cette question avec le récit de l’anneau de Gygès (République, livre 2) : « Il s'agit de l'histoire de Gygès, un berger qui, à la suite d'un violent orage, découvre dans le sol un anneau. Lorsqu'il est passé au doigt et que son chaton est tourné, il rend invisible son porteur. Gygès utilise ce pouvoir pour séduire la reine, complote avec elle et assassine le roi pour s'emparer du pouvoir. » (Lire ici) Seule la transparence et la crainte de la punition peut garantir le respect des lois.

Alors, si vous aussi vous faites discrètement pipi dans la piscine alors même que vous êtes environné de baigneurs, réfléchissez-y : vous vous rangez parmi les détrousseurs et les assassins qui vous attendent au coin de la rue obscure.

mardi 28 juillet 2026

Adieu, la bande FM ! – Chronique du 29 juillet

Bonjour-bonjour

 

Ce matin vous avez sursauté : impossible de capter France-Musique sur votre poste de radio habituel. De quoi s’agit-il donc ?

 


Voici la réponse : « Depuis mercredi 22 juillet 2026, les changements de fréquences FM du réseau Radio France occasionnent des tracas à certains auditeurs. La fréquence de France-Musique (98.5) est désormais allouée à France Info. » (lu ici

--> Bien sûr vous retrouverez votre station favorite à condition de vous équiper d’un poste DAB+ – autrement dit numérique.

- Vous réalisez tout à coup : toutes les radios de la maison – plus celle de la voiture – vont devenir muettes ! Et ce n’est pas seulement les frais de rééquipement qui vous chagrinent : c’est aussi de voir disparaitre cette radio FM qui, associée aux chaines Hi-Fi dont les puissantes basses traversaient les murs, accompagnait le ménage du samedi matin de ses joies innombrables. C’était l’époque où, justement, la bande FM s’installait ; on était dans les années 70 et on disait « Adieu » à la TSF, alias « modulation d’amplitude » : finies ses incertitudes avec cette captation erratique, finis les grésillement – renvoyés l’époque du poste à galène !

Oui, tout cela c’était la joie que le progrès nous apportait dans les années 70. Mais nous voici dans les années « 20 », et nous devons dire adieu à tout cela – mais avons-nous le même enthousiasme qu’avec la venue du numérique ? J’en connais qui vont seulement ronchonner de devoir se rééquiper.

lundi 27 juillet 2026

Haruki Murakami n’est pas un robot – Chronique du 28 juillet

Bonjour-bonjour

 

Je reviens sur l’épineuse question du dépistage des robots dans la genèse d’œuvres littéraires ou artistiques. On sait en effet combien les romans sont scrutés à la loupe pour savoir si leur auteur déclaré est bien d’origine humaine, autrement dit si une IA générative n’aurait pas par hasard présidé à leur création. Certains ont joué le jeu en avouant que tel ou tel chapitre avait été écrit avec cette assistance – et on doit avouer qu’on ne l’aurait pas deviné.

Pourtant certains auteurs l’affirment : l’IA ne fonctionne pas du tout comme leur propre cerveau au moment d’écrire : c’est ce que souligne Haruki Murakami : « L'IA prend en compte tout ce qui s'est passé jusqu'à présent et établit des analogies » ; en revanche le rôle d'un romancier consiste « à faire surgir quelque chose de nouveau qui vous traverse soudainement l'esprit ». (Lire ici)

Autrement dit, la machine combine selon des règles connues des éléments déjà énoncés, alors que l’intelligence humaine invente de toute pièce des énoncés nouveaux. Là où le robot récite, l’homme invente.

Deux objections :

            * D’abord pouvons-nous faire la différence entre du recyclé et du neuf ? Si notre connaissance n’est pas encyclopédique, il se peut que les IA nous trompent en rafraichissant des énoncés déjà produits par d’autres alors que nous les croyons sortis de cerveaux humains : on l’a vu avec la thèse bidonnée d’Etienne Klein qu’il est possible de faire passer pour du « tout neuf » ce qui a été pompé ailleurs, et le jury de thèse n’y a vu que du feu.

            * Ensuite il se pourrait que notre propre cerveau « oublie » qu’il récolte le fruit d’une source contenue dans sa mémoire alors nous dorlotons cette création comme si c’était une véritable invention.

C’est là que la déclaration de Murakami prête à la critique : comment sait-il qu’il vient d’inventer ce qu’il a écrit ? Nous-mêmes qui sommes ses lecteurs en lisant ses livres les plus récents nous nous disons « Tiens ! Il se répète » (1)

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(1) Je pense en particulier à la Cité aux murs incertains.

dimanche 26 juillet 2026

Homme/cochon : un seul et même cœur – Chronique du 27 juillet

Bonjour-bonjour

 

On apprend aujourd’hui qu’un homme a survécu deux mois avec un cœur de cochon greffé dans sa poitrine – et qu’il vivrait sans doute encore aujourd’hui si on avait pu déceler la présence d'un virus porcin dissimulé dans l’organe, un agent infectieux discret passé inaperçu lors des contrôles préalables (Lire ici).

On rigole un peu : « Oui, on sait que les hommes sont tous des cochons ce n’est pas étonnant que leur cœurs battent à l’unisson… » Mais on passe alors à côté de l’essentiel : le vérité c’est qu’on arrive en reprogrammant le capital génétique du porc à lui faire produire un cœur compatible avec les besoins de l’homme. Finies les rêveries sur le cœur siège des émotions, détenteur de la nature de l’animal. Le cœur est une pompe et pour l’obtenir il suffit d’avoir le code génétique : la nature fait le reste. Et ça, on sait le faire depuis qu’on sait fabriquer un tel code et l’introduire dans une cellule. 

C’est le triomphe de l’animal-machine, loin des rêveries romantiques des adeptes du vitalisme : tout ce qui fait la surprenante autonomie des organismes répond à un déterminisme qui se laisse déchiffrer avec le code génétique.

 

- Fini le mystère de la nature ? Pas tout à fait. L’animal, quel qu’il soit possède une partie génétiquement déterminée qui est transmissible par la reproduction ; mais il est aussi l’expression de son environnement de sorte que chaque individu diffère de ses congénères pour autant que son environnement diffère également. Et ça, c’est modulable à l’infini.

 

Mais si le premier mécanisme peut servir à distinguer les spécimens d’espèces différentes, le second peut servir à les rapprocher malgré tout.

C’est ainsi que des exemplaires d’espèces différentes, pour autant qu’ils soient soumis aux mêmes penchants, peuvent se ressembler, comme le cochon qui jouit de se rouler dans la fange et l’homme qui se vautre dans la débauche.







samedi 25 juillet 2026

Un cercueil plein d’argent – Chronique du 26 juillet

Bonjour-bonjour

 

Si les informations sont exactes (voir article cité), les soldats russes sont mercenaires dans leur propre pays.

Voyez les chiffres : 

- Un soldat déployé au front perçoit au minimum 195 000 roubles par mois (environ 2 150 euros), quand le salaire minimum en Russie atteint seulement 27 000 roubles (294 euros).

- En cas de blessure grave ou de décès, la famille du soldat peut percevoir en moyenne 15,2 millions de roubles, soit près de 168 000 euros, une somme qu'un ouvrier russe ne gagnerait jamais en toute une carrière.

Les Russes ont même donné un nom à cette compensation : le grobovïe, littéralement « l'argent-cercueil»




 

Cette information nous laisserait indifférent si nous n’avions pas en la lisant un petit sursaut : la défense de la patrie n’est-elle pas un devoir que chaque citoyen doit accomplir lorsqu’on le lui demande ? Ne doit-il pas donner sa vie et non la vendre ?

Tel est précisément le sujet de la Marseillaise qui appelle les patriotes au combat et au sacrifice : la France est comme un père qui nous protège mais que nous devons aussi protéger. C’est en effet cette filiation qui fait de la « patrie » l’équivalent d’un père pour le citoyen-soldat et qui lui impose ce sacrifice. Qui donc refuserait de prendre les armes pour défendre son père devenu incapable de le faire lui-même ? Disant ceci, c’est au Cid que l’on pense :  Rodrigue défie le comte pour protéger don Diègue, son père.

Pourquoi les russes ne reconnaissent-ils pas cette obligation ? Pourquoi la mobilisation générale ne les appelle-t-elle pas au combat ?

Il n’y a que deux réponses possibles : ou bien ce combat n’est pas reconnu comme un affrontement où le destin de la Russie est mis en jeu ; ou bien, malgré que ce soit le cas, la fibre du patriotisme a dépéri dans la conscience des russes.

Je veux croire que ce soit la première hypothèse qui soit la bonne. Mais alors c’est au pouvoir de s’interroger : le jour où la patrie sera en danger, ne risque-t-il pas de voir les jeunes hommes réclamer le « grobovïe » ?

vendredi 24 juillet 2026

Allez les champions ! - Chronique du 25 juillet



Bonjour-bonjour

 

Hier à l’Alpe d’Huez les coureurs du Tour de France se sont hissés vers le col dans un capharnaüm indescriptible de gens qui les interpellaient, les pressaient, couraient pour rester à leur côté - bébé sur le dos quand ce n’était pas un chien affolé en laisse. On ne connait pas un sport où les compétiteurs sont ainsi au contact de leur public : même pour les matchs de football où les supporters interviennent tout le temps, on a choisi de séparer soigneusement les uns des autres. Il arrive souvent que les spectateurs du Tour de France soient comme une foule qui fait obstacle à l’avancée du coureur qui doit la fendre en espérant qu’elle s’écarte à son passage. Et ceci dure jusqu’à ce que des barrières séparent à nouveau les uns des autres, rendant ainsi la course au seul affrontement entre coureurs.

 

J’ai l’air de regretter que ces barrières ne soient pas installées partout. Après tout il faudrait demander aux coureurs eux-mêmes ce qu’ils pensent de cette situation. Que le public ne soit pas seulement spectateur mais devienne aussi acteur de la compétition peut donner un peu plus d’énergie aux coureurs. Il y a certes des énergumènes qui gesticulent dangereusement au contact des coureurs ; et puis ceux qui en profitent pour enfiler un déguisement de mardi-gras. Mais dans tous les cas ils contribuent sans doute à une surproduction d’adrénaline qui va les soutenir dans leur effort.

jeudi 23 juillet 2026

La bactérie mangeuse d’uranium – Chronique du 24 juillet

Bonjour-bonjour

 

Et si l’avenir nous promettait une solution-miracle à nos problèmes de stockage de déchets d'uranium ? Si désormais l’argument employé contre les centrales nucléaires n’avait plus d’objet ?

- C’est une possibilité à laquelle nous pouvons rêver en lisant cette information : « En Saxe, en Allemagne, et plus précisément la mine d’uranium de Wismut GmbH Schlema-Alberoda, on a découvert des micro-organismes déployés comme de véritables petites équipes de nettoyage, capables de piéger l’uranium et de le figer dans une forme stable et bien moins problématique. » 

 On se propose bien sûr d’utiliser ces bactéries pour dépolluer des sites contaminés par la radioactivité.

 

La nature nous offrirait donc des bactéries capables de dépolluer un site nucléaire sans aucune intervention de notre part, en oubliant les tunnels à creuser, les murs de plomb et les portes en acier. Comme si, à tout poison, la nature offrait spontanément un contre-poison. On sait déjà combien la découverte des antibiotiques vérifie ce principe : les bactéries tueuses d’hommes sont naturelles, et les champignons tueurs de bactéries le sont également.

 

- Généralisons : à quand la découverte de bactéries mangeuses de CO2 ? On le sait : le COest un nutriment indispensable à la photosynthèse des plantes : pourquoi n’y aurait-il pas quelque part – par exemple en Amazonie – des microbes gloutons qui avaleraient pour leur plus grand bien des tonnes et des tonnes de ces gaz mortifère pour nous ?

Et quand bien même la Nature ne les aurait pas produits, qu’est-ce qui nous empêche d’en inventer et de les bricoler avec notre génie génétique, nos ciseaux CRISPR ?