jeudi 31 mai 2018

SNCF : LE DÉBAT AU SÉNAT MARQUÉ PAR UN COUP D’ÉCLAT DES COMMUNISTES



 Au sénat, lors de lors du débat sur la réforme de la SNCF

Les sénateurs communistes arrivant en séance, gilets orange sur les épaules, slogans contre la réforme ferroviaire sur des pancartes, ont marqué par ce coup d’éclat de début de l'examen au Sénat du texte sur la réforme de la SNCF. (Lu ici)

Regardez bien cette photo. Oui, vos yeux ne vous trompent pas : ce sont bien des sénateurs déguisés en manifestants de rue qui brandissent leurs pancartes. Mais qu’est-ce qui les prend ? Eux, les sénateurs, des gens respectables qu’on imagine sommeillant dans les confortables fauteuils pendant la séance, les voilà entrain de faire les zozos comme des gamins insolents ?
Observons quand même que cette attitude leur a peut-être été suggérée par l’exemple de François Ruffin, montant à la tribune de l’Assemblée avec son maillot de foot lors de la séance du 7 décembre dernier : 



Mais que ces protestataires se méfient : leur attitude ne peut avoir d’efficacité que si elle confirme la bienséance habituellement affichée dans ces lieux. Car c’est l’écart entre cette attitude attendue par tous et ces défroques de carnaval qui fait tâche et qui marque les esprits. A trop vouloir étonner on n’étonne plus du tout… à moins d’avoir quelque chose d’étonnant à dire.
Mais là c’est un peu plus compliqué à faire.

LE JOURNALISTE RUSSE ARKADI BABTCHENKO EST RÉAPPARU BIEN VIVANT

La police ukrainienne avait annoncé, mardi, que le journaliste, critique virulent du président russe, avait été tué par balle à Kiev. Il est apparu, mercredi, devant la presse.
L’Ukraine annonce avoir mis en scène l’assassinat du journaliste russe Arkadi Babtchenko, bien vivant : le procureur général ukrainien et les chefs des services de sécurité (SBU) ont fait savoir que cette annonce était l’un des éléments d’une opération spéciale destinée à tromper l’exécutant et le commanditaire du meurtre, qui, lui, avait été bel et bien planifié.
« Nous devions faire croire aux représentants des services spéciaux russes que l’assassin avait rempli sa mission », a aussi expliqué le député Anton Guerachtchenko, conseiller auprès du ministère de l’intérieur. « Sherlock Holmes a utilisé avec succès la méthode de la mise en scène de sa propre mort pour élucider efficacement des crimes compliqués », a-t-il ajouté. (lire ici).
o-o-o
Là on croit rêver : qu’est-ce que c’est que cette mise en scène cautionnée voire même organisée par le pouvoir judicaire lui-même ? La vérité qui apparaît à présent n’est pas très belle à voir, et la cause des journalistes menacés par le pouvoir russe n’en sort pas raffermie.
Jusqu’à présent j’imaginais que ces manipulations se déroulaient en secret, et que si jamais la vérité transparaissait elle était démentie aussitôt.  On aurait fait courir le bruit de la disparition inquiétante du journaliste et en secret on aurait diffusé l’information qu’il avait été assassiné par des espions russes. La manœuvre n’est pas nouvelle, puisque Sherlock Holmes l’avait employée – mais de manière fictionnelle, alors que dans la réalité le roi Hassan 2 dont l’avion venait d’être mitraillé a fait dire par le pilote que le roi avait été atteint et qu’il était mort (1).
La vérité est elle-même un élément de l’action politique : elle ne doit donc être utilisée qu’à bon escient. Nul doute que la sécurité des journalistes dans les pays de l’est ne pâtisse un jour de cette transparence.
--------------------------

(1) Selon une autre version relatée par Gilles Perrault dans son livre Notre ami le roi, Dlimi contacta le général Oufkir en lui annonçant que le roi, grièvement blessé, était à sa merci dans une maison proche de l'ambassade du Liban à Rabat, Oufkir s'y rendit aussitôt et fut abattu par Dlimi et Moulay Hafid Alaoui, le cadavre fut ensuite transporté à Skhirat (Lire ici)

mercredi 30 mai 2018

« NON À LA RACAILLE, OUI À LA MITRAILLE ! »

A l'ouverture de son procès, Stéphane Turk, ce bijoutier qui avait tué en 2013 l'un des deux hommes qui venaient de le cambrioler, a de nouveau plaidé la légitime défense. A l'époque des faits, cette histoire avait eu un fort retentissement.
Un millier de personnes avaient même manifesté à Nice, en présence du maire Christian Estrosi et du député Eric Ciotti, à l'époque président du conseil général. Sous les fenêtres du tribunal, des manifestants scandaient : "Non à la racaille, oui à la mitraille!", et exigeait la démission de la garde des Sceaux de l'époque, Christiane Taubira. (Lu ici)
La mitraille ou le kärcher ?
Depuis que le futur Président Sarkozy promettait de dégommer la racaille de banlieue au kärsher, bien du temps a passé. Et pourtant le même slogan se fait entendre : il y a des français qui considèrent que la loi du far-west devrait toujours s’appliquer : le jugement populaire est  « la corde pour les bandits »


Des photos de lynchages de Noirs aux États-Unis exposées à Arles en 2009

On frissonne n’est-ce pas ? Et pourtant les mots ne sont pas innocents : il n’y a pas loin de la mitraille de mot à la mitraille de kalach’. L’émotion dont nous parlons depuis quelques jours reste aux commandes : la colère contre tel ou tel homme jugé responsable d’un malheur, ou de la communauté à la quelle il appartient est seule juge du sort qui doit lui être réservé. La justice populaire parle et là où elle passe, les accusés trépassent.
Reste à dire quel est le principe qui agit derrière tout cela ? Sans faire de profondes analyses, on peut déjà considérer que les foules ont des jugements sommaires mais tranchés : il y a des groupes, des communautés avec les quels on ne veut pas vivre. Qu’on les rejette si on peut loin de nous, ou qu’on les supprimer si c’est plus facile, qu’importe ?
Rappelons que Hitler a d’abord songé à déporter les juifs à Madagascar avant de considérer que les tuer tous était plus radical.

Et nous ? La mitraille n’est-elle pas plus définitive que le kärcher ?

mardi 29 mai 2018

MIGRANTS : "LES FRANÇAIS SONT SUR UNE ATTENTE DE FERMETÉ PLUTÔT QUE D'HUMANITÉ"

« Par le passé, l’idée de se dire qu’il pourrait y avoir du regroupement familial, des cas nécessitant une intervention médicale particulière de la part de la France, appelait à un regard beaucoup plus ouvert de la part des Français. Aujourd’hui, c’est bien moins le cas… On peut voir d’ailleurs que les drames des migrants (...) avec les conséquences physiques qui peuvent en résulter, voire la mort pour un certain nombre d’entre eux, ne suscitent pas aujourd’hui d’émotion manifeste dans la société française et même pour une partie de l’électorat qui se situe à gauche sur l’échiquier politique. »
(Jean-Daniel Lévy, directeur du département politique et opinion chez Harris Interactive)

De l’émotion encore de l’émotion – toujours de l’émotion !

La réalité est brutale, elle n’a pas d’états d’âme. De même que les adeptes de la manifestation de masse s’épuisent à appeler à des rassemblements de rue gigantesques sans être écoutés, de même ceux qui soutiennent les actions humanitaires sont en échec.
Pourquoi donc ?
Personnellement je n’y vois pas un échec imputable aux valeurs, mais la preuve que désormais toute action politique doit être soutenue par de l’émotion sans quoi elle s’étiole et disparaît.
Le pouvoir l’a bien compris lorsqu’il s’efforce d’éviter l’affrontement directe entre force de l’ordre et manifestants : on n'a pas oublié le cas du malheureux Rémi Fraisse dont la mort lors de la manifestation contre le barrage de Sirvens a soulevé une vague émotionnelle qui a été jugée responsable de l’abandon du projet. D’ailleurs les organisateurs des manifestations jouent cyniquement de cette carte : qu’on voit l’usage de la blessure d’un manifestant zadiste dont la main a été arrachée par une grenade.
Oui, mais les migrants, eux dont la vie est menacée, eux qui ont tellement souffert en Libye qu’ils préfèrent se jeter à la mer au risque de s’y noyer lorsque les garde côtes libyens s’approchent de leur zodiac, ne sont-ils pas émouvants ? Peut-être… Encore faut-il la présence d’une caméra et de quelqu’un qui sache bien s’en servir pour capter l’agonie d’un pauvre homme ou les vagissements d’un nourrisson qui vient d’y naitre.
Est-il si loin le temps où l’image de ce petit enfant syrien mort noyé sur une plage bouleversait les consciences ?


Alan Kurdi, l’enfant mort noyé sur une plage de Turquie (Lire ici)


Hélas ! L’émotion est peut-être forte, mais sa durée elle est bien courte.

lundi 28 mai 2018

MAMOUDOU GASSAMA, LE « SPIDERMAN » QUI A SAUVÉ UN ENFANT À PARIS, EST UN MALIEN SANS-PAPIER.

De l’émotion encore de l’émotion – toujours de l’émotion !


Le jeune homme qui a sauvé un petit garçon d’une terrible chute s’est confié au Parisien. « Je l’ai fait parce que c’était un enfant, nous a-t-il dit. J’aime beaucoup les enfants. » Lu ici
Il a été reçu lundi matin par Emmanuel Macron.
Déjà, pour attester que nous sommes là en présence d’un effet émotionnel, il n’y a qu’à remarquer qu’on ne parle pas du tout de l’homme qui est à droite sur la photo, celui qui tient l’enfant : pourquoi n’est-il pas considéré comme « co-sauveur » du petit, alors qu’il le tient fermement et que même sans l’homme araignée il aurait pu le mettre hors de danger ? Il nous faut un héros et celui qui a escaladé la façade doit aussi être parvenu tout seul au but.
Un héros donc pour le quel les larmes de l’émotion coulent encore. D’ailleurs comme de juste il n’y a pas de héros sans anti-héros : c’est le père qui va jouer ce rôle ; ce salaud a laissé le petit tout seul – pour faire quoi ? Pour faire des courses ? Pas seulement, car sur le chemin du retour, au lieu de se précipiter chez lui et arrêter son enfant qui escalade le balcon, il va jouer au Pokémon Go, prouvant par là son immaturité.

Bref : allons à l’essentiel : tout ce que fait un Président est politique : quel sens donner donc à cette réception à l’Elysée d’un pauvre migrant sans papier ? S’agit-il de profiter de l’émotion positive engendrée par cet exploit pour « poser sur la photo » à côté du héros ? Ou bien de montrer qu’on peut être à la fois Jupiter et soucieux de la vie de chaque français ?
Peut-être mais c’est bien court de vue. Car monsieur Macron l’a dit en présence de Mamoudou Massama, c’est l’acte exemplaire qu’il retient ; il faut se rappeler de son appel à l’héroïsme susceptible de donner un horizon de transcendance à la vie sociale. Oui, nous avons besoin de « héros français » eux seuls sauront nous donner l’élan pour partir chaque matin à la conquête de nouvelles frontières, pour apporter ce surplus d’énergie sans le quel notre société restera croupissante et geignarde.

Et qu’importe que ces héros soient des rockers ou des maliens sans-papier ?