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vendredi 18 septembre 2026

Des machines plutôt que des hommes – Chronique du 19 septembre

Bonjour-bonjour

 

Bien qu’on soit habitués à l’inverse, il arrive parfois que des idées politiques fassent progresser une réflexion sur la société. Ainsi de cette proposition (lue ici) d’Éric Zemmour qui voudrait remplacer les immigrés renvoyés dans leurs pays par de robots. 

Se peut-il qu’on haïsse les hommes à ce point qu’on préfère vivre en compagnie de machines plutôt que de les rencontrer dans notre environnement ?

C’est sur ce point que je méditais hier, alors que faisant mes courses à Carrefour, je me suis trouvé « nez-à-nez » (sic) avec un robot nettoyant les allées du magasin.

 


 

Pudu CC1 – Robot nettoyeur de sol

 

Certes je ne suis pas habitué à nouer une conversation avec les agents d’entretien. Mais la possibilité de le faire est toujours à l’horizon, et je me sens rassuré de les voir : ils me confirment que je suis bien dans un environnement humain et non dans un univers robotisé.

Or c’est précisément cela que monsieur Zemmour annonce : mieux vaut des machines que des hommes – mieux vaut plus d’hommes du tout que des migrants, autrement dit des gens issus d’autres cultures que la mienne. Cette mise à l’écart de l’humanité qui est la signature de la haine de l’homme moderne. Autrefois – du temps des nazis par exemple – on cherchait simplement à éliminer certaines catégories d’êtres humains, et on s’arrêtait là. Les Nazis, justement ne se sont jamais demandés ce qu’il faudrait pour remplacer les juifs : il allait de soi, non pas que les Aryens fassent tout le travail, mais il y ait des races subalternes qui prendraient la relève. 

Monsieur Zemmour a-t-il songé qu’avec sa logique on arriverait un jour à avoir une race de seigneurs dépourvus de serviteurs humains ? Des maitres sans esclaves, cela a-t-il un sens ?

lundi 24 août 2026

La guerre des robots : rêve ou cauchemar ? – Chronique du 25 aout

 

Droid TW-12.7. (DevDroid et Rovertech)

 

Bonjour-bonjour

 

Le guerre russo-ukrainienne est entrain de tout chambouler : non seulement avec l’usage performant de drone-à-cent sous, mais encore avec le rôle joué par des robots-tueurs sur le terrain.

- En témoigne cette information : « Les troupes ukrainiennes ont envoyé un véhicule terrestre armé sans pilote /le Droid TW-12.7/ sur le terrain pour attaquer une position tenue par les Russes, sans envoyer de soldats à portée de tir. Ce robot est parvenu à tuer 20 soldats russes » (Lu ici)

- Info aussitôt complétée par celle-ci : « Piloté par l’IA, un drone russe a choisi de lui-même sa cible, faisant trois morts » L’article cité poursuit : « En Ukraine, un drone russe avait été programmé par des opérateurs humains pour se diriger vers une station-service en Ukraine. Mais une fois à proximité de celle-ci, il a choisi lui-même sa cible exacte » (Lu ici)

 

- Rêve ou cauchemar ? Car enfin, voici une guerre où ce ne sont plus les hommes qui s’affrontent, mais des machines : bientôt les robots « tueront » seulement d’autres robots.

Oui-da, rêvez bonnes gens. Car la guerre c’est toujours la destruction de « l’Autre », ce mystérieux ennemi qui vit de l’autre côté de la frontière, celui qu’on hait et qu’on voudrait voir totalement disparaitre grâce à une miraculeuse « solution finale ». 

Les robots pourront toujours agir seuls, leur mission sera quand même de tuer quand bien même ça ne ferait pas bouger le front.

Je ne suis pas seulement pessimiste, je suis lucide. Je pense que derrière chaque robot il y a un homme qui l’a missionné pour provoquer le mort d’un autre homme.

Vous ne me croyez pas ? Alors imaginez que les nazis aient eu à leur disposition de telles machines capables de tuer des millions de personnes sans avoir à bouger : qu’en auraient-ils fait ? Bon. Et maintenant demandez-vous : sommes-nous si différents des criminels du 3ème Reich ?

dimanche 14 juin 2026

Le droit à la haine – Chronique du 15 juin (2)

 

N.B. Un autre post est publié ce jour – voir ci-après

 

 

Bonjour-bonjour

 

 

Je publiai récemment (ici) un texte consacré à « la prière du para » qui demande à Dieu des ennemis à détruire. Je voyais en cette prière un signe fort abstrait du goût pour la violence et le massacre mutuel des hommes.

Or voici que l’actualité met au premier plan un exemple beaucoup plus concret en la personne d'un nouveau partisan de l’extrême-droite italienne, le général Roberto Vannacci, 57 ans, qui vient de fonder son mouvement à la droite de la Ligue du Nord. 

 


L’ex-général Roberto Vannacci, 

 

Dans un essai raciste et homophobe, Roberto Vannacci s’insurge contre « les règles douteuses d’inclusion et de tolérance imposées par les minorités », et il revendique « le droit à la haine ».

L’époque qui a porté Donald Trump au pouvoir nous a habitués à entendre n’importe quoi. Mais le droit à la haine, ça c’est quand même nouveau.

On ne se laissera pas distraire par les interrogations que soulève un tel droit : on admettra qu’il s’agit d’abord d’une tolérance qui est argumentée par un refus d’admettre dans la société – voire même dans le genre humains – des communautés telle qu’en forment par exemple les gays. - Ou les juifs ce dont on aurait un exemple historique avec l’antisémitisme nazi.

On le voit : le pire n’est pas la haine, mais les raisons par lesquelles on la justifie. Car l’amoureux trahi peut bien haïr la femme qui l’a trompé et refuser de lui pardonner. C’est un fait d’ordre purement privé et on le laissera ruminer sa vengeance : cela ne nous concerne pas. En revanche s’il trouve là une raison pour condamner toutes les femmes comme étant des êtres inférieurs dans l’espèce humaine, là il y a danger de décivilisation (au sens macronien du terme).

On ne peut pas aimer tout le monde, dit la sagesse populaire : ce serait de toute façon une utopie. Mais donner une place à la haine, si peu que ce soit, et c’est le fameux « vivre ensemble » qui se trouve ruiné.

vendredi 12 décembre 2025

Petit manuel de la haine ordinaire – Chronique du 13 décembre

Bonjour-bonjour

 

Ah!… Noël!... Noël avec l’amour du Petit Jésus pour les humains. Noël avec les flots d’empathie qui jaillissent de nos cœurs et qui inondent nos voisins, nos amis, nos parents – la Terre entière ! Et les rires des petits-enfants ; et les cadeaux…

 


Stop ! Vous ne croyez pas que ça suffit avec toute cette guimauve ? Renseignez-vous : même en ce moment la haine continue d’irriguer nos réseaux, chacun y cherchant des résonances pour justifier sa détestation des autres. Telle qui a cru possible d’injurier des féministes se trouve à son tour l’objet d’injures et de menaces anonymes.

- On va croire que l’anonymat est ici le moteur de la masse : on y trouverait un abri sûr pour être injurieux sans paraitre. C’est vrai, mais l’essentiel n’est pas là : il s’agit surtout de faire masse, de constituer un troupeau compact, tel qu’on puisse oublier qu’il y a des gens en dehors. La haine doit être unanime.

Mais la condition pour arriver à cela, c’est aussi d’avoir un objet reconnu comme haïssable.  Par exemple, une femme voilée ; ou un homme obèse ; ou encore un noir, un arabe, un homo… Que sais-je ? Pour haïr confortablement il faut haïr quelqu’un que l’opinion publique désigne comme détestable ; quelqu’un qu’il est légitime de mépriser. Rappelez-vous la stupéfaction de ceux qui humilient les « pédés » quand vous leur faites honte de leur comportement :

- « Si on ne peut pas se moquer des fiottes, alors on ne peut plus rien dire !? »

lundi 27 janvier 2025

Auschwitz : lutter contre la haine – Chronique du 28 janvier

Bonjour-bonjour

 

On n’en finit pas d’épiloguer à chaque anniversaire d’Auschwitz sur la shoah, son l’inhumanité, et sur les horreurs que les hommes font aux hommes. Et il faut bien le constater : ça n’avance pas ! A peine éradiqués ici, les crimes contre l’humanité renaissent là ; on met en place des tribunaux internationaux, des sanctions et des peines : rien n’y fait.

- Peut-être faudrait-il prendre le problème par un autre bout : au lieu de regarder ces massacres horribles comme des exceptions, considérons-les comme des faits ordinaires habituellement réservés aux conflits de voisinage et ici démultipliés à l’échelle d’un pays. La shoah, la déportation massive de tout un peuple comme Trump le propose aujourd’hui pour les gazaouis, tout cela est strictement la même chose que cette maman qui vient de faire mourir d’inanition sa fille (après l’avoir faite souffrir de toute sorte de façons).

- Hannah Arendt a fait scandale au procès d’Eichmann en parlant à son propos de « la banalité du mal » : si nous reprenons aujourd’hui sa formule, ce n’est pas pour dire que nous sommes tous des bourreaux nazis en puissance ; mais simplement que toutes ces cruautés, cet acharnement à faire souffrir et périr nos semblables ne vient pas d’une perversion particulière. C’est un dérivé de la haine.

L’élément essentiel ici, ce n’est donc pas un contexte politique ou culturel particulier : c’est cette passion basique que chacun porte en germe dans son cœur – la haine. C’est elle dont le développement transforme un petit monsieur tout gentil en fonctionnaire implacablement acharné à la perte de femmes et d’enfants. C’est elle que le dictateur de 1984, le roman dystopique de George Orwell, cultive avec son « quart d’heure de la haine ». C’est elle que vous ressentirez si on vous livre le criminel qui a assassiné votre femme et vos enfants – à moins que ce ne soit votre voisin qui vous gêne avec ses bruits envahissants.

La chose n’est pas simple : en dehors de l’effort que suppose l’éradication de certaines de nos passions, n’y a-t-il pas des cas où la haine parait non seulement justifiée, mais encore nécessaire ? Peut-on livrer une guerre « juste » sans éprouver ce ressort qui mobilise les forces ? Où faire passer la ligne rouge qui sépare la haine juste de la criminelle ? La corde qui a pendu les dignitaires nazis à Nuremberg valait-elle mieux que la chambre à gaz ?

lundi 20 mai 2024

L’homophobie est-elle une opinion ? – Chronique du 21 mai

Bonjour-bonjour

 

Consultant pour Prime Video, l’ancien footballeur Jimmy Briand a défendu l’attaquant nantais Mostafa Mohamed qui a refusé de paraitre sur le terrain en portant le badge « Homophobie-Football » barré : 

 


Jimmy Briand a commenté ainsi son absence de l’équipe avant le début de la rencontre opposant l’AS Monaco à Nantes dimanche : « Il faut respecter. Chacun a le droit d'avoir ses convictions. C'est ça aussi le respect, c'est de respecter les gens qui ont d'autres convictions ». (Lire ici)

Traduction : il faut respecter les homophobes, parce que ce sont des gens qui ont simplement « d’autres convictions » : ils ne doivent pas traduire leurs convictions homophobes en agressions interdites par la loi ; en revanche leurs opinions homophobes sont protégées par le droit de chacun à la liberté d’opinion. Vous considérez que l’homosexualité est un comportement comme un autre : c’est votre droit ; lui ne le supporte pas, c’est aussi son droit. On ne saurait être plus clair.

 

Tout ça n’a rien de très nouveau : à la suite de la guerre contre le Hamas on a retrouvé ce discours aux Etats-Unis dans la crise des universités, où ceux qui réclament la disparition de l’État d’Israël sont considérés comme protégés par la liberté d’expression ; et bien avant lors de la criminalisation des opinons antisémites. C’est en 1946 que Sartre a publié dans son petit opuscule « Réflexions sur la question juive » une célèbre analyse où il démontre que l’antisémitisme est déjà un crime même quand il n’existe encore qu'en paroles. Car ces paroles sont des appels à la haine, à la violence - et pour finir au meurtre.

- Refuser de distinguer les opinions, qui ne sont que des façons de juger le monde, de celles qui appellent au meurtre de certaines personnes, ce n’est donc pas très nouveau. Mais qu'il faille encore en 2024 protéger des hommes et des femmes contre ces crises de haines est plus qu’inquiétant : on n’en finira jamais donc avec la haine ?

mercredi 1 novembre 2023

La pathologie de la vengeance – Chronique du 2 novembre

Bonjour-bonjour

 

Rien ne justifie ce qui se passe en ce moment à Gaza, mais ça ne veut pas dire qu’on ne puisse tenter de l’expliquer. Car entre les massacres du 7 octobre et ceux perpétrés par l’armée israélienne, il n’y a que l’origine géographique et ethnique qui diffère : d’un côté les arabes ; de l’autre, les israéliens.

J’entends déjà les cris d’indignations : on ne peut renvoyer dos à dos l’agresseur et l’agressé ; l’inqualifiable des décapiteurs de nourrissons et les malheurs inévitables d’une guerre dont on ne voulait pas. Mais ce n’est pas à ce genre d’arithmétique de l’horreur que je pense ici : il s’agit de la dose de haine et de vengeance inclue dans ces opérations qui ne laissent aucune chance de survie à des civils pris au piège d’un conflit qu’ils n’ont pas vu venir. Et là, les teufeurs de la rave party sont à mettre sur le même plan que les habitants de Gaza.

Que veut dire cela ? Que l’atrocité de leur mort illustre une cause bien connue : la vengeance. Au-delà de la lutte, il faut faire payer l’adversaire : les souffrances infligées doivent être à la hauteur des celles qui ont été subies depuis des dizaines d’années. Et ça vaut bien sûr pour les palestiniens, mais aussi pour celles que subissent les israéliens qui cumulent les effets du terrorisme. Mais – et c’est là que les choses se corsent – quand sera-t-on suffisamment vengés ? A quel moment la haine sera-t-elle épuisée ?

S’il y a une pathologie de la vengeance, comme l’indique notre titre, c’est bien celle d’un cerveau qui se détraque et se met à produire de la violence à partir de lui-même ; un violence auto-centrée.

Alors, qu’on légitime, justifie, sanctifie même tous ces massacres tant qu’on voudra. Moi je demande seulement qu’on me prouve qu’il n’y a pas dans tout cela une once de jouissance. Pas de jouissance à perdre son temps à décapiter des enfants ; pas de jouissance à voir exploser des immeubles dont on sait qu’il abritent des femmes des enfants et des vieillards.

dimanche 29 octobre 2023

Tournez le dos à la multitude – Chronique du 30 octobre

Bonjour-bonjour

 

Qu’est-ce qui est pire que la haine ? La foule – ou plus exactement : la haine venue de la foule

--> On voit en ce moment sur Internet des images d’étudiants arabes israéliens enfermés dans leur université face à une foule criant « mort aux Arabes »

Cette scène s’est déroulée sur le campus d’une université privée de Netanya, dans la soirée du samedi 28 octobre. Et plus précisément devant une résidence qui appartient à l’établissement où des centaines d’habitants juifs de Netanya, au nord de Tel-Aviv, auraient « tenté de s’introduire par effraction dans le dortoir » d’une université de la ville, pour lyncher des étudiants arabes. (Lire ici)

 

On sait depuis longtemps que la foule constitue une masse guidée plus par ses passions que la raison. Elle est capable des pires débordements, comme l’a analysé Gustave Le Bon à la fin du 19ème siècle. Mais on connait moins la réflexion d’Antoine Sabatier de Castres publiées en 1794 – on la lira en note ci-dessous.

Si je donne ce texte aujourd’hui, c’est pour répondre à une question très pertinente que pourtant on ne pose guère : se guider sur les réseaux sociaux pour penser l’actualité, est-ce participer à une foule ? A première vue, non : alors que la foule est comme un vol d’étourneau fait d’une multitude d’individus qui, serrés les uns contre les autres, bougent comme s’ils étaient poussés par elle, on imagine plutôt l’internaute dans la solitude de sa chambre, caché par son écran et en tout cas couvert par l’anonymat d’un pseudo. Pourtant relisez le texte de Sabatier de Castres : le premier caractère des individus dans une foule est de se conduire par imitation. Or qu’est-ce qui caractérise les « followers » ? N’est-ce pas justement qu’ils suivent les autres, et que le grand nombre remplace chez eux le raisonnement quand il s’agit de décider quoi faire.

Il y a mieux – ou pire. Lisez encore Sabatier de Castres : « Quand tous marchent vers l'erreur nul ne parait y marcher » : comment mieux expliquer la force du complotisme et celle des « fakenews » ?

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Annexe

« L'erreur fut et sera toujours le partage du très-grand nombre. Peu d'homme agissent par leur volonté et pensent d'après eux-mêmes. Presque tous se conduisent par imitation ; l'exemple est leur premier maître, et l'habitude, leur raison ; ils regardent sans voir, entendent sans écouter, et ne suivent d'autre guide que la multitude qui les précède ou les environne. Quand tous marchent vers l'erreur nul ne parait y marcher ; il n'y a que celui qui sort de la foule et qui s'arrête qui aperçoive le mouvement insensé des autres. On l'a dit ; mais c'est ici le lieu de le répéter : Voulez-vous voir la vérité ? Tournez le dos à la multitude. »

Antoine Sabatier de Castres – Pensées et observations morales et politiques – Ed de Vienne 1794 Livre I Ch.1 p.16

dimanche 4 juin 2023

Violence : quand la bêtise ne suffit plus – Chronique du 5 juin

Bonjour-bonjour

 

La nouvelle des violences subies par un enfant de 8 ans, malade du cancer et ses parents au stade d’Ajaccio durant le match entre l’équipe locale et celle de Marseille a figé d’effroi : comment une telle abomination a-t-elle pu être commise ? Ce pauvre enfant dont les parents pensaient réaliser le rêve de voir jouer l’OM a été violenté dépouillé de son maillot qui a été brûlé avec celui de son père : « Voilà on vous a brûlés, fils de pute », ont déclaré les supporters (notons que les responsables corses se sont empressés de dédouaner leurs supporters : « ce sont des hooligans » : qu’est-ce que ça change ?).

C’est le maire d’Ajaccio qui a eu le mot : « Devant cette abomination les mots manquent : même la plus basse bêtise ne suffit plus ».

On aimerait le croire pourtant : la bêtise signifiant un manque d’intelligence, on aimerait supposer que celle-ci suffirait – si elle était présente – à arrêter ces actes inhumains. Seulement voilà : de toute façon ça ne suffirait pas, car il y a autre chose à la base de cette violence.

Alors, quoi ? La haine ? Oui, bien sûr, la haine, cette passion sans doute liée au centres des émotions du cerveau, et qui s’imposerait en écartant le contrôle du néocortex, pourrait suffire à enflammer une telle barbarie. 

--> Seulement on est pris d’un doute : ce fameux cortex, est-il vraiment innocent ? N’est-il pas enrôlé au service des émotions violentes, non seulement pour calculer la méthode la plus efficace pour détruire et faire souffrir, mais aussi – pire encore ! – pour la justifier ?

Relisez le passage ci-dessus : les supporters ont violenté le père et le fils qui portent des maillots de l’OM. Ils les ont arrachés et les font brûler. Et que disent-ils ? « Voilà on vous a brûlés, fils de pute » Autrement dit les maillots et ceux qui les portent ne font qu’un : ce sont des objets haïssables dont on peut se défaire de la façon qu’on voudra : ces malheureux ont eu beaucoup de chance, car pour leurs bourreaux ils n’étaient plus que des objets qu’aucun droit, aucun respect, aucune valeur ne pouvait protéger.

 

Alors, je disais plus haut : supporter ou hooligans, quelle différence ? Ne suffit-il pas d’être un homme pourvu d’un cerveau laissé en friche – ou pire, endoctriné – pour fonctionner comme cela ? Nous autres gens ordinaires, nous n’avons pas l’excuse d’être supporter de quoique ce soit, ni fanatique de quelque cause que ce soit : nous risquons pourtant nous aussi de ne voir dans l’autre qu’un objet détestable à détruire absolument.

vendredi 13 janvier 2023

Y a-t-il un droit à la haine ? – Chronique du 14 janvier

Bonjour-bonjour

 

Le harcèlement à l’école revient dans l’actualité avec le dramatique suicide du jeune Lucas, un garçon de 13 ans, harcelé par ses camarades pour son homosexualité.

Ce cas ayant été connu et traité avant son issue fatale, on reste dans l’incompréhension devant l’impuissance des mesures éducatives prises en vue de faire comprendre que le harcèlement est un mal et qu’il n’est pas permis de s’y livrer. Malgré les mesures pour y parer, le harcèlement est devenu un fléau dans les écoles ; on se demande alors si ces échecs répétés ne montrent pas que seule la répression a une chance de réussir – à condition qu’elle soit possible dans un domaine où la furtivité est la règle. C’est que la haine qui s’exprime de façon détournée dans ce comportement est ressentie comme un droit.

Pour parler comme Spinoza, le mal ou l’imperfection que nous décelons en autrui ne nous donnerait-il pas un droit à nous en moquer ou à le haïr ? Car, comme le dit Spinoza, haïr quelqu’un, c’est être « attristé » par la blessure que nous inflige son existence ou son comportement. 


Y aurait-il donc un droit à la haine ?


On vient de le dire : pour Spinoza, haïr quelqu’un, c’est imaginer que cette personne est la cause de nos tristesses. Donc si je me moque d’une personne, c’est que je cherche à la tourner en dérision, à la blesser et à lui renvoyer la tristesse qu’elle me cause. J'ai le droit à faire souffrir l'autre parce que c'est lui qui a commencé.

- Donc, oui, je peux haïr et chercher à blesser celui qui me fait du mal à condition :

            * qu’il en soit responsable : je me moquerais à tort de quelqu’un qui a une disgrâce physique, parce qu’un nez tordu ou des yeux qui louchent ne dépendent pas d’une décision du malheureux qui en est affecté. 

            * qu’il s’agisse bien d’un mal – car peut-être nous trompons-nous en le croyant, le mal étant souvent une vision incomplète d’un bien. 

--> Mais, même si une personne était responsable d’un mal authentique, il ne s’agirait pourtant pas de la haïr : ici, la devise de Spinoza est : « Ne pas se moquer, ne pas se lamenter, ne pas détester, mais comprendre. » (Traité politique). Plutôt que de haïr mieux vaut aider la personne à se corriger. (Cf. le Court Traité, II ch.9 - Lire en annexe) 

Le problème posé par le harcèlement est la bonne conscience des coupables, qui justement ne se sentent absolument pas coupables : les harceleurs se sentent justifiés à faire souffrir le jeune Lucas : n’était-il pas homosexuel ? Un « pédé », dont l'existence même est un délit et qu’on a le droit de détester et de harceler faute de pouvoir le dénoncer à la police.

Hélas ! Ici la pédagogie spinoziste risque bien d’échouer : ces harceleurs trouvent un plaisir à faire souffrir et rien de rationnel ne pourra les en dissuader. Restent deux choses : ou bien l’éducation morale ; ou bien la répression.

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De la raillerie et de la plaisanterie

- La raillerie et la plaisanterie naissent d'une fausse opinion et manifestent une imperfection soit dans le railleur, soit dans le raillé. Elles reposent sur une fausse opinion, parce qu’on suppose que celui dont on se moque est la première cause de ses actions et qu'elles ne dépendent pas (comme les autres choses) de la nature de Dieu d’une manière nécessaire. Elles supposent une imperfection dans le moqueur, car de deux choses l'une : ou la chose dont il se moque mérite la raillerie, ou elle ne la mérite pas ; si elle ne la mérite pas, c'est évidemment un travers de railler ce qui n'est pas à railler ; si elle la mérite, c'est donc que le railleur reconnaît dans sa victime une imperfection quelconque ; mais alors ce n'est pas par la raillerie, mais par de bons conseils, qu’on doit chercher à le corriger. (C.T. II, ch. 9)

lundi 6 décembre 2021

Quand ils sont venus les chercher je n’ai rien dit – Chronique du 7 décembre

Bonjour-bonjour

 

Avons-nous le droit de nous réjouir de ce qui devrait nous désoler ? Certainement pas, mais avouez qu’il y a parfois des circonstances atténuantes : qui sème la haine récoltera la violence

Ainsi de ce militant zemmourien, identitaire (« Génération Z ») et noir – 

 


 À Villepinte, « le noir » derrière Éric Zemmour, c’est lui. Ce qui lui a valu un flot d’insultes et de menaces que nous nous abstiendrons de reproduire mais qui sont largement détaillées un peu partout.

Scandale et étonnement de Tanguy David (c’est son nom) : à juste titre ! Un homme est un homme, un citoyen français est égal à tout autre citoyen indépendamment de sa couleur de peau ou de sa religion.

- Alors avec ça Tanguy David, militant de Génération Z, peut quand même militer pour qu’on refuse les regroupements familiaux, suspende les allocations familiales aux étrangers, et supprime l’aide médicale d’État qui leur est accordée – c’était selon Zemmour une « véritable pompe aspirante pour l’immigration ». Bref : on peut militer pour tout ça et ne pas être xénophobe : l’amour de la France peut gagner des cœurs nés ailleurs... Mais peut-on soutenir Éric Zemmour au point d’être juste derrière lui lorsqu’il prend la parole devant 12000 militants et en même temps ignorer qu’il couvre les agissements racistes et criminels de ceux-là mêmes dont on va être la victime en tant qu’homme à la peau noire ? (1)

En vérité on le sait : la haine n’a pas de limites et tous les régimes totalitaires l’ont démontré : personne n’est à l’abri d’un régime qui l’insuffle.

- Il faut aujourd’hui plus que jamais relire Martin Niemöller (2)

« Quand /les nazis/ sont venus chercher les communistes, je n’ai rien dit, je n’étais pas communiste.

Quand ils ont enfermé les sociaux-démocrates, je n’ai rien dit, je n’étais pas social-démocrate.

Quand ils sont venus chercher les syndicalistes, je n’ai rien dit, je n’étais pas syndicaliste.

Quand ils sont venus me chercher, il ne restait plus personne pour protester. » 

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(1) Le groupuscule « Zouaves Paris » a revendiqué lundi, dans une vidéo, les violences commises à l’égard de militants antiracistes lors du meeting d’Éric Zemmour à Villepinte. Non seulement le candidat n’a pas condamné les violences, mais des responsables de la sécurité ont remercié leurs auteurs. (Lire ici)

(2) Citation du pasteur Martin Niemöller (1892–1984) sur la lâcheté des intellectuels allemands au moment de l'accession des nazis au pouvoir et des purges qui ont alors visé leurs ennemis, un groupe après l'autre. (Lire ici)

jeudi 1 octobre 2020

Oui, ils vont voter Zemmour ! – Chronique du 2 octobre

Bonjour-bonjour

 

"Les jeunes issus de l'immigration [...] sont tous des voleurs, ils sont tous des assassins, ils sont tous des violeurs." Propos d’Éric Zemmour, le 30 septembre, sur le plateau de CNews – propos contre lesquels la LICRA vient de déposer plainte.

« Ce mercredi, sur le plateau de CNews, l'éditorialiste Eric Zemmour a associé les mineurs issus de l'immigration aux termes "violeurs", "assassins" et "voleurs". Ce jeudi, après la polémique, la présentatrice et la chaîne CNews ont indiqué qu'ils se désolidarisaient des propos tenus par le polémiste. » (Lire ici)

 

Alors, voilà que la chaine CNews, qui a installé Éric Zemmour dans son fauteuil d’éditorialiste politique de l’émission « Face à l’info » ; qui n’a pas coupé ses propos jugés indignes au montage – oui, voilà que d’un coup les présentateurs et employeurs du polémiste s’effarent de ce qu’ils ont entendu…

 

Faut-il s’en étonner ? Alors que de telles situations reviennent régulièrement, qu’Éric Zemmour a été condamné un nombre significatif de fois pour incitation à la haine raciale, fait que CNews ne peut ignorer, la chaine d’info lui a toujours renouvelé sa confiance et l’a conservé avec les mêmes fonctions. On a aussi observé que des publicités sont diffusées juste avant et après l’édito de Zemmour, preuve que les annonceurs sont prêt à payer pour que leur marque bénéficie de l’audience du polémiste.

Donc :

1° Ce qui intéresse les propriétaires de la chaine, c’est l’argent. Ils en gagnent en vendant de l’info ; s’ils peuvent en gagner plus en vendant des émotions bien saignantes, ils le font ; et s’ils en encaissent encore plus avec de la haine et du racisme : bingo ! Après, que Zemmour soit condamné à payer des amendes : la belle affaire ! La chaine payera, parce que le procès fera du buzz, qui coûte bien moins cher que la publicité véritable.

2° Mais surtout, si Zemmour rapporte de l’argent avec les pubs, c’est bien parce qu’il est suivi et recherché par un public assez large. Devons-nous croire que les gens regardent son édito pour savoir jusqu’où il peut aller ? Pour s’indigner que de telles horreurs puissent être diffusées sans même tomber sous le coup de la loi – en France !

Nous ne sommes bien entendu pas assez naïfs pour croire cela. Le public d’Éric Zemmour, voilà le véritable scandale, c’est lui qui un jour portera Zemmour – ou un des siens – au pouvoir, exactement comme il va y avoir des américains pour reconduire Trump à la Maison Blanche

 

- Zemmour ? Ils l’aiment !

lundi 7 septembre 2020

La haine : vous en reprendrez bien un peu ? – Chronique du 8 septembre

Bonjour-bonjour

 

Ça ne va pas durer longtemps comme ça ! Je veux dire : ces surenchères dans l’effroi, dans la peur, dans la haine… Entre notre ministre de l’intérieur et la cheffe du parti d’extrême droite, on y va tout droit ! 

Oui, on y va – mais où ? Car il ne s’agit pas d’avoir peur du virus ; et non plus du chômage : ça fait longtemps qu’on n’a pas besoin de nous flanquer la trouille avec ça. Non, ce sont les voyous qu’il faut redouter, en particulier ceux qui brutalisent les pauvres gens, ou qui montrent à tous leur kalach’ histoire de faire voir qu’ils en ont une grosse. Des sauvages qui ensauvagent la société ! Mais la société va leur répondre ! Oui, mais comment ?

Eh bien on pourrait essayer ce qui se fait en Corée : un site internet qui vous donne le nom, l’adresse, le numéro de téléphone des délinquants sexuels, où qu’ils soient et quoiqu’il en soit de leur procès en cours où déjà condamnés. Alors, certes il y a eu quelques suicides de malheureux innocents injustement accusés et qui n’ont pu faire entendre leur voix. Mais il s’agit sans doute pour les amateurs de ce site d’inconvénients mineurs par rapport aux avantages fournis.

Oui, au fait quels avantages ? Déjà savoir si dans mon quartier il n’y aurait pas quelques pédophiles dont je pourrais me méfier, que je pourrais inquiéter histoire de le faire partir, en mobilisant les milices nocturnes d’auto-défense. (Oui, je n’en ai pas eu le temps d'en parler, mais il faut dire qu’avant toute autre réaction, ces appels à la trouille vont susciter des patrouilles de citoyens qui s’auto-missionnent pour faire la surveillance du quartier – voire même des pâturages où sont ignoblement massacrés de pauvres chevaux). 

Les coréens ont inventé le pilori numérique, un truc qui permet d’invectiver ceux qui nous paraissent dangereux, et de mobiliser contre eux la haine la plus incontrôlée. Incontrôlée bien sûr parce que pour certains aucune garantie de leur culpabilité n’existe ; et que de toute façon le châtiment pénal n’appartient qu’à la justice – et enfin, que la haine est inextinguible. Quand donc serez-vous assez vengé ?

La haine : vous en reprendrez bien un peu ?

jeudi 4 juin 2020

Pourquoi tant de haine ? – Chronique du 5 juin

Bonjour-bonjour

Lorsque, comme moi, on chronique les évènements de l’actualité, on se demande parfois si on a été équitable dans le choix des sujets qui ont retenu notre attention. Ainsi de la mort terrible de Georges Floyd, mort étouffé après 8 minutes d’agonie : une telle cruauté est sidérante : elle mérite sans doute qu’on y insiste.
Je me rappelle que Miles Davis avait répondu à un journaliste que son rêve était d’étrangler un blanc – mais que ça devrait durer 2 heures. Plusieurs années après, interrogé sur cette réponse, il avait répondu : « C’est toujours mon rêve, mais maintenant il faudrait que ça dure une semaine ! 
Oui, pourquoi tant de haine ?
Lorsque j’avais abordé le sujet de la haine des américains blancs à l’encontre les afro-américains (le 1er juin), j’avais souligné qu’elle était en dehors de l’histoire dans la mesure où elle restait inchangée : les siècles passent mais la violence raciale reste. 
Aujourd’hui, je reviens sur cette hostilité, non pas sous l’angle de la durée, mais sous celui de l’intensité. On l’a vu à partir de l’exemple tragique de Georges Floyd : il a fallu bien de la cruauté à Derek Chauvin pour donner au malheureux qui agonisait sous son genou le filet d’air juste suffisant pour prolonger durant 8 minutes sa vie, c’est-à-dire ses souffrances. 
On peut croire que ce policier, comme Miles Davis, aurait aimé faire durer indéfiniment ce supplice. A supposer que la haine soit comme l’amour quelque chose qui s’accumule, se conserve pour se déverser au moment voulu, aura-t-on un jour fini de déverser sa haine ? A moins que la haine soit inépuisable, qu’elle soit comme l’amour une expérience de l’infini : quand on aime, c’est pour toujours ; quand on hait, c’est à jamais.
Or les hommes étant mortels, ils n’ont pas accès à l’absolu, mais seulement au sentiment (illusoire) de l’atteindre un jour. Cette illusion, c’est le désir qui la donne : la force de mon désir me donne l'impression de posséder une force incroyable et infinie, qui ne doit jamais s’épuiser. La haine puise sa force à la même source que l’amour : elle est une pulsion qui demande à être assouvie – cette fois dans la souffrance, l’humiliation et les épreuves infligées à autrui. La haine n’est pas seulement une expérience de l’absolu ; elle est aussi objectivée, c’est à dire vécue comme un état de l’organisme, comme le faisaient comprendre les loustics de banlieue lorsqu’ils disaient : « J’ai la haine », 

Encore faut-il avoir devant soi un « autrui » susceptible de porter cette haine ; quelqu’un que nous puissions haïr sans nous forcer ; et si possible quelqu’un que nous puissions haïr sans subir l’entrave de la mauvaise conscience.
- Georges Floyd était haïssable pour Derek Chauvin, parce qu’il était noir. Bien sûr, c’est plus compliqué que cela (1) ; bien sûr tous les blancs ne haïssent pas forcément les noirs ; bien sûr les noirs eux aussi haïssent et pas forcément les blancs. Mais je pose comme hypothèse que chacun d’entre nous hait quelqu’un d’autre, sans autre raison que de permettre à sa haine de s’exprimer. Comme le disait Freud, la pulsion ignore autrui, elle ne connait que des objets susceptibles de permettre sa décharge.
- Dans la pratique, ce qui caractérise la haine c’est la bonne conscience avec laquelle elle s’exprime. Oh, bien sûr en général on déteste haïr, on se confesse et on fait pénitence pour ce péché. Mais il y a toujours un reliquat ; des gens, des situations pour lesquelles nous éprouvons de la haine sans aucune honte ni aucune limite. Allez faire comprendre à certains qu’ils n'ont pas le droit de haïr les homosexuels ; qu’il ne faut pas humilier les gens de couleur en poussant sur leur passage des cris de singe ; que les incivilités (par exemple envers les femmes) ne sont pas admissibles. 
On dira que ce sont des gens qui sont nés dans certains milieux ; dont l’éducation s’est faite autour de la répulsion avant même qu’ils aient l’âge de réfléchir à ce qu’ils faisaient. Bien – Alors, et nous ? Oui, nous les « gens bien », nous qui sommes respectueux des autres, nous qui allons marcher dans les manifs pour les droits des sans-droit. Supposez qu’on nous donne Donald Trump, pieds et poings liées à notre entière disposition : combien de temps nous faudra-t-il pour l’étrangler ?
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(1) Cf. notre post du 1er juin

jeudi 21 février 2019

PROJET DE LOI POUR LUTTER CONTRE LA HAINE SUR INTERNET

Le gouvernement l'a promis, Emmanuel Macron l'a officialisé. Lors de son discours au dîner annuel du Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif), le président de la République a annoncé qu'un projet de loi pour lutter contre la haine sur internet sera déposé «dès le mois de mai» par la députée LREM Laëtitia Avia.
Ce projet contiendrait l’obligation faite aux réseaux sociaux, qui ont une «responsabilité particulière» comme Facebook, Twitter, YouTube mais aussi Webedia, de supprimer rapidement les contenus haineux qui circulent sur leurs plateformes ; ainsi que «la fixation d'un délai maximal pour le retrait des contenus haineux». Selon le rapport ce délai pourrait être de 24 heures «s'il est entouré des garanties juridiques appropriées» (Lire ici)

Je ne reprends pas les autres propositions également faites pour lutter par la loi contre le cyberharcèlement (et pas seulement antisémite) ; il m’importe déjà de remarquer que la haine est au centre des préoccupations, la haine contre les juifs, mais aussi contre les femmes, contre les élites, contre les dirigeants politiques, contre les banquiers… Bref, la haine - qu'elle soit en jaune ou de toute autre couleur,  celle des ronds-points qui nous ont imposé leur volonté et ont méprisé et menacé ceux qui ne partageaient pas leur engagement.
« La haine en jaune » ; en écrivant cette formule, j’ai conscience de tromper mes lecteurs : nous n’avons que trop tendance à croire que les haineux ce sont d’abord les autres et que si jamais il nous arrive de haïr, c’est en réponse à une agression, parce que la haine, la bonne haine ne doit être que défensive et jamais primitive. Demandons-nous si au contraire la haine ne serait pas en chacun de nous cette forme de violence contenue ou pas, psychique ou physique, qui germe spontanément et – surtout – qui cherche à se déverser à l’extérieur. La haine de jouissance, qui n’a d’autre justification justement que de faire plaisir à celui qui l’éprouve et donc qui agit poussé par elle. Sans reprendre la thèse de la victime expiatoire, je me contenterai de demander si l’antisémite n’est pas celui qui recherche les juifs au lieu de les éviter pour avoir l’occasion de les haïr encore plus fort et de leur manifester cette haine en toute liberté. Idem, bien sûr pour les racistes quel qu’ils soient, les islamophobes, les homophobes etc... (1)
Kant écrivait ceci, il y a plus de 3 siècles : « L’homme a une inclination à s’associer, parce que dans un tel état il se sent plus qu’homme, c’est à dire qu’il sent le développement de ses dispositions naturelles » Mais « il trouve en même temps en lui-même l’insociabilité qui fait qu’il veut tout régler à sa guise et il s’attend surtout à provoquer une opposition des autres ». (Idée d’une histoire universelle d’un point de vue cosmopolitique)
Comment décrire mieux ce qui se passe en ce moment ? (2)
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(1) Aujourd’hui le manifestant qui a injurié Alain Finkielkraut de « Sioniste de merde » se défend d’antisémitisme en jurant qu’il a agi poussé par des motifs politiques : antisioniste mais pas antisémite. Bien entendu ça fait une grosse différence, mais pour nous, pas du tout : en tout, les cas les images nous ont montré un homme, l’écume de la haine aux lèvres qui aurait pu, on l’imagine molester avec plaisir son ennemi.

(2) On pourrait supposer que les mêmes observations pourraient être faites à propos les forces de l’ordre, qui se défendent de tout haine primaire pour soutenir qu’ils n’agissent que poussé par la nécessite de se défendre – haine défensive ?