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lundi 6 juillet 2026

« Toutes des s***, sauf maman » – Chronique du 7 juillet

Bonjour-bonjour

 

Ça y est, c’est fait : il a avoué. Cédric Jubillar a avoué avoir tué son épouse – et c’était selon ses avocats un « crime passionnel ».

Je voudrais revenir sur cette notion de crime passionnel, oubliée aujourd’hui au profit de féminicide – car ce genre de meurtre, même attribué à la passion, avait le plus souvent des femmes pour victimes.

 


Quand on entendait cette expression (au passé : à part monsieur Jubilar, qui donc aujourd’hui voudrait de cette excuse ?) on savait que le criminel avait tué poussé par la force d’un amour déçu – voire trahi. Le criminel n’avait rien à voir avec le détrousseur de carrefour qui assassine pour voler la bourse de sa victime ; ou le terroriste qui tue l’agent de police. Non, le crime passionnel est le fait de la passion amoureuse, raison pour laquelle on avait plus de commisération pour l’assassin que pour la victime : après tout elle l’avait bien cherché ! Ne doutons pas que monsieur Jubillar compte sur cette indulgence pour voir sa condamnation réduite en appel.

C’est cette indulgence qu’on refuse aujourd’hui en requalifiant ces crimes en féminicides – à savoir : un homicide volontaire dont le mobile est lié au sexe de la victime (notez qu’une femme pourrait également tuer un homme en raison de son sexe – auquel cas on aurait un « hominicide »). L’assassin veut détruire la femme en tant que femme et non en tant qu'amante infidèle. L’excuse la passion, à supposer qu’elle existe, n’est plus acceptée, quand bien même elle constituerait une circonstance atténuante.


- Que penser de cette évolution ? La passion amoureuse est-elle à ce point dévalorisée qu’elle n’apparaisse plus comme un aveuglement source d’irresponsabilité ? Peut-être pas. Mais l’essentiel est qu’elle soit dépassée par l’idée que la haine des femmes peut envahir les hommes au point qu’incapables de la dominer ils en viennent à les supprimer. 

Et c’est là qu’est l’essentiel : quand un amant tue celle qui l’a trahi, il tue telle ou telle femme individuelle. Mais quand il tue cette femme en tant que femme, alors c’est comme s’il avait la volonté de tuer toutes les femmes.

jeudi 20 février 2025

Peut-on imaginer une science sans passion ? – Chronique du 21 février

Bonjour-bonjour

 

Peut-on imaginer une science sans passion ? C’est avec cette interrogation que l’auteur de cet article interpelle ses confrères : ne serait-il pas plus objectif de restaurer le climat subjectif de la recherche, ses élans, ses frustrations, ses échanges amicaux ou non avec les sujets observés et décrits dans l’anthropologie et la sociologie ?

Nous avons là une réflexion qui retrouve les soucis rencontrés par les historiens : faire en sorte de laisser apparent dans l’exposé des recherches le moment où elle a été effectuée afin de délimiter l’influence éventuelle de l'époque où l'étude a été effectuée.

Il est vrai que l’article cité biaise un peu la question : il s’agit pour lui de montrer qu’il ne faut surtout pas chasser les émotions du moment de la recherche parce que c’est elle qui va en faciliter l’avancée : la raison en est que la discipline évoquée est celle de l’ethnographie qui repose sur les révélations obtenues de la part des personnes qui figurent précisément dans l’objet de l’étude. Le contact familier, voire amical avec cette source est essentiel.

Mais si on l’intègre dans la description de l’étude, c’est aussi qu'on cherche à rétablir la condition même de l’exercice de la science expérimentale dont la démarche reste le modèle de toute autre science rigoureuse – à savoir que le lecteur soit en mesure de réeffectuer la totalité de l’observation. Savoir dans quelle condition l’étude a été réalisée ne l’empêche nullement d’être valable.

Penser le contraire c’est imaginer comme en URSS du temps de Staline que le fait pour le savant d’être juif ou payé par l’industrie capitaliste est suffisant pour en dévaloriser le résultat. 

C’est cette passion-là qui est contraire à la science pas celle qui anime le chercheur.

lundi 27 janvier 2025

Auschwitz : lutter contre la haine – Chronique du 28 janvier

Bonjour-bonjour

 

On n’en finit pas d’épiloguer à chaque anniversaire d’Auschwitz sur la shoah, son l’inhumanité, et sur les horreurs que les hommes font aux hommes. Et il faut bien le constater : ça n’avance pas ! A peine éradiqués ici, les crimes contre l’humanité renaissent là ; on met en place des tribunaux internationaux, des sanctions et des peines : rien n’y fait.

- Peut-être faudrait-il prendre le problème par un autre bout : au lieu de regarder ces massacres horribles comme des exceptions, considérons-les comme des faits ordinaires habituellement réservés aux conflits de voisinage et ici démultipliés à l’échelle d’un pays. La shoah, la déportation massive de tout un peuple comme Trump le propose aujourd’hui pour les gazaouis, tout cela est strictement la même chose que cette maman qui vient de faire mourir d’inanition sa fille (après l’avoir faite souffrir de toute sorte de façons).

- Hannah Arendt a fait scandale au procès d’Eichmann en parlant à son propos de « la banalité du mal » : si nous reprenons aujourd’hui sa formule, ce n’est pas pour dire que nous sommes tous des bourreaux nazis en puissance ; mais simplement que toutes ces cruautés, cet acharnement à faire souffrir et périr nos semblables ne vient pas d’une perversion particulière. C’est un dérivé de la haine.

L’élément essentiel ici, ce n’est donc pas un contexte politique ou culturel particulier : c’est cette passion basique que chacun porte en germe dans son cœur – la haine. C’est elle dont le développement transforme un petit monsieur tout gentil en fonctionnaire implacablement acharné à la perte de femmes et d’enfants. C’est elle que le dictateur de 1984, le roman dystopique de George Orwell, cultive avec son « quart d’heure de la haine ». C’est elle que vous ressentirez si on vous livre le criminel qui a assassiné votre femme et vos enfants – à moins que ce ne soit votre voisin qui vous gêne avec ses bruits envahissants.

La chose n’est pas simple : en dehors de l’effort que suppose l’éradication de certaines de nos passions, n’y a-t-il pas des cas où la haine parait non seulement justifiée, mais encore nécessaire ? Peut-on livrer une guerre « juste » sans éprouver ce ressort qui mobilise les forces ? Où faire passer la ligne rouge qui sépare la haine juste de la criminelle ? La corde qui a pendu les dignitaires nazis à Nuremberg valait-elle mieux que la chambre à gaz ?

samedi 10 août 2024

Spinoza et la fête olympique – Chronique du 11 aout

Bonjour-bonjour

 

Les jeux (Olympiques) sont faits… mais la fête n’est pas finie ! C’est du moins ce que semble espérer le public français pour autant qu’on soit capable de décrypter son comportement et son jugement sur les réseaux sociaux.

D’où l’idée venue de l’Élysée que le 15 septembre on pourrait remettre ça en faisant défiler les athlètes sur les Champs-Élysées comme au temps de la fête du football post coupe du monde.

Est-ce une bonne idée ou bien un calcul bassement politicien au terme duquel le pouvoir aura glané les lauriers des champions – moisson du reste très vite fanée ?

- On avait dit en 98 que c’était l’avènement de la France black-blanc-beurre : on a vu ce qu'il en est et on a des raisons de croire que l’optimisme et la fierté d’être français qui règne aujourd’hui durera aussi peu de temps.

Faut-il admettre comme une évidence ce bilan au pessimisme anticipé ?

Bien sûr les émotions des compétitions sportives vont s’estomper ; mais est-ce pour autant que leur effet disparaitra ? On peut croire que l’effort de surmonter les obstacles n’est pas inutile et que la joie de le faire peut bien s’estomper, ce n’est pas pour autant qu’on va retomber au niveau antérieur.

 C’est ce que nous pouvons comprendre en lisant l’Éthique de Spinoza, quand il détaille les effets des passions (la philosophie de l’époque utilisait le terme de passion là où nous parlons plutôt d’émotion) (Voir le cours de Gilles Deleuze Sur Spinoza ici - et un extrait sur les passions ici)


- Car cette fierté se nourrit des émotions positives qui se dégagent des tribulations de nos sportifs. Tout comme les passions joyeuses de Spinoza, ce qui nous arrive aujourd’hui mérite d’être considéré avec attention. 

Car la joie qu'on observe aujourd'hui est certes un élan bref - mais qui peut accompagner un effet durable. Les passions joyeuses en augmentant notre puissance d’agir nous permettent de nous élever au-dessus des passions, non pas qu’elles soient détruites, mais réduites à une région étroite de notre être.

Écoutons Spinoza : on ne détruit pas les passions, mais on peut prendre appui sur elles pour nous élever. C’est cela que Deleuze découvre dans son célèbre cours sur Spinoza (en ligne ici).

Il serait bien de ne pas l’oublier, pour une fois que la philosophie peut utilement conseiller la pensée politique.

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N.B. Reste la question de savoir si les exploits des athlètes français a quelque chose à voir avec nos propres exploits. Mais ça, c'est une autre histoire

dimanche 4 juin 2023

Violence : quand la bêtise ne suffit plus – Chronique du 5 juin

Bonjour-bonjour

 

La nouvelle des violences subies par un enfant de 8 ans, malade du cancer et ses parents au stade d’Ajaccio durant le match entre l’équipe locale et celle de Marseille a figé d’effroi : comment une telle abomination a-t-elle pu être commise ? Ce pauvre enfant dont les parents pensaient réaliser le rêve de voir jouer l’OM a été violenté dépouillé de son maillot qui a été brûlé avec celui de son père : « Voilà on vous a brûlés, fils de pute », ont déclaré les supporters (notons que les responsables corses se sont empressés de dédouaner leurs supporters : « ce sont des hooligans » : qu’est-ce que ça change ?).

C’est le maire d’Ajaccio qui a eu le mot : « Devant cette abomination les mots manquent : même la plus basse bêtise ne suffit plus ».

On aimerait le croire pourtant : la bêtise signifiant un manque d’intelligence, on aimerait supposer que celle-ci suffirait – si elle était présente – à arrêter ces actes inhumains. Seulement voilà : de toute façon ça ne suffirait pas, car il y a autre chose à la base de cette violence.

Alors, quoi ? La haine ? Oui, bien sûr, la haine, cette passion sans doute liée au centres des émotions du cerveau, et qui s’imposerait en écartant le contrôle du néocortex, pourrait suffire à enflammer une telle barbarie. 

--> Seulement on est pris d’un doute : ce fameux cortex, est-il vraiment innocent ? N’est-il pas enrôlé au service des émotions violentes, non seulement pour calculer la méthode la plus efficace pour détruire et faire souffrir, mais aussi – pire encore ! – pour la justifier ?

Relisez le passage ci-dessus : les supporters ont violenté le père et le fils qui portent des maillots de l’OM. Ils les ont arrachés et les font brûler. Et que disent-ils ? « Voilà on vous a brûlés, fils de pute » Autrement dit les maillots et ceux qui les portent ne font qu’un : ce sont des objets haïssables dont on peut se défaire de la façon qu’on voudra : ces malheureux ont eu beaucoup de chance, car pour leurs bourreaux ils n’étaient plus que des objets qu’aucun droit, aucun respect, aucune valeur ne pouvait protéger.

 

Alors, je disais plus haut : supporter ou hooligans, quelle différence ? Ne suffit-il pas d’être un homme pourvu d’un cerveau laissé en friche – ou pire, endoctriné – pour fonctionner comme cela ? Nous autres gens ordinaires, nous n’avons pas l’excuse d’être supporter de quoique ce soit, ni fanatique de quelque cause que ce soit : nous risquons pourtant nous aussi de ne voir dans l’autre qu’un objet détestable à détruire absolument.

dimanche 2 avril 2023

Épistocratie versus populisme - Chronique du 3 mars

Bonjour-bonjour

 

Ça y est, les amis : je viens d’apprendre un mot nouveau ! Il s’agit d’épistocratie, dont le dictionnaire dit qu’il s’agit « d’un système politique qui accorde plus de crédit ou de pouvoir à des personnes ayant une meilleure maîtrise des sujets traités dans la prise de décisions. »

L’épistocratie, aussi appelée épistémocratie, n’est pas sans rappeler la technocratie, mais sans les sous-entendus d’autoritarisme soumis aux techniques d’exploitation de la planète… et des hommes.

Bien entendu l’épistocratie s’oppose au populisme qui est « l'idéologie ou l'attitude de certains mouvements politiques qui se réfèrent au peuple pour l'opposer à l'élite des gouvernants, au grand capital, aux privilégiés ou à toute minorité ayant "accaparé" le pouvoir.

Le terme "populisme" sert aussi à dénoncer les démagogues qui mobilisent le peuple par des promesses électoralistes ou qui flattent ses "bas instincts" comme le nationalisme, la xénophobie, voire le racisme ou qui exacerbent les réflexes sécuritaires. » (Toutes ces définitions venues de la « Toupie » - ici)

 

- Je dis que je découvre le mot, mais je ne dis pas que je découvre « la chose ». Car pour qui a lu Platon, ce terme désigne exactement le type de gouvernement qu’il désirait pour gouverner la Cité. Le Philosophe roi de la République n’est pas autre chose qu’un épistémocrate, ayant tous les pouvoirs en raison de son immense savoir et de la sagesse dont il faisait usage pour gouverner. On trouve face à eux les démagogues qui cultivent les passions populaires pour exciter contre les mesures raisonnables des autres gouvernants.

On sait que le 18ème siècle fut le siècle des lumières sans être pour autant un retour vers l’« épistocratie ». Emmanuel Kant écrira : « la possession du pouvoir corrompt inévitablement le libre jugement de la raison ». En revanche, les rois et les peuples lorsqu'ils gouvernent doivent « laisse[r] parler tout haut » les philosophes, car cela « leur est indispensable pour s'éclairer sur leurs propres affaires » (art. wiki).

Les débats à l’Assemblée nationale ont donné une image peu attrayante de ce que devient la démocratie quand elle est sous la domination des passions. Toutefois il est peu probable que la raison pure saurait faire mieux. J’en veux pour preuve le fait que Kant lui-même, n’ait pas souhaité un gouvernement de philosophe, mais dans lequel ils seraient seulement conseiller.

En démocratie, on ne peut avoir raison contre le peuple, même quand il a tort.

Hélas ! N’avons-nous pas, contre toute prudence, mis un philosophe à l’Elysée ?

lundi 16 janvier 2023

Message aux survivants du « blue monday » - Chronique du 17 janvier

Bonjour-bonjour

 

Nous sommes mardi 17 janvier : si vous me lisez alors c’est que vous ne vous êtes pas suicidé hier, lundi 16, le jour le plus déprimante de l’année (ou pour parler comme les anglo-saxons le « blue monday »).

 

Inutile de revenir sur les raisons qui ont poussé à considérer cette date comme étant la plus favorable à la dépression ; notons simplement qu’on a fait tout ce qu’on pouvait pour qu’il en soit ainsi en concentrant sur le mois de janvier les augmentations des taxes, les interdits – y compris le fameux « janvier sec » (c’est-à-dire sans une goutte d’alcool).

Qui donc nous aidera à nous sortir de cette situation ? 

--> Demandons à Spinoza.

 

Selon Spinoza, nous sommes sujets à des « affections » (ce que certains traduisent par « passion ») qui sont des sentiments qui agissent sur nous en augmentant ou en diminuant la « force d’exister », « la puissance d’agir ». On comprend que ces sentiments (que nous avons baptisés « passions tristes ») font partie de ces affects. « Il s’agit de la crainte, du désespoir, du sentiment d’impuissance (« humilité »), le sentiment d’infériorité (« abjection »), la haine, la honte, le repentir et même la pitié… Pour résumer, rappelons que Spinoza définit la tristesse comme « une passion par laquelle l’âme pousse à une moindre perfection ». (Résumé inspiré de cet article)

Il y a donc des affections qui réduisent nos forces et qui nous attristent. A l'opposé, y aurait-t-il des affection joyeuses ? Oui, à condition d’entendre par-là ces affections actives, qui ont la particularité d’être issues de notre propre personne, lorsque nous parvenons à gouverner nos sentiments à l’aide de la connaissance que nous en avons. Dans ce cas, on ne pâtit pas de nos affects : on agit sur eux, selon les idées « adéquates » que nous en avons, ce qui nous conduit (toujours selon Spinoza) à la sobriété, la chasteté… mais aussi à l’amour, tant que la raison veille. 

Devons-nous donc vivre comme des moines trappistes et nous priver de tout ce qui réjouit habituellement les hommes ? Certes non, et le texte qu’on pourra lire en annexe a justement pour rôle de refuser cette situation.

Car, pour éviter les affects qui réduisent notre force d’exister, il ne faut pas éviter toutes sortes d’occasions où nous les rencontrons, mais nous devons simplement gouverner leur usage : ce qui suppose que nous soyons attentifs à ce qui réjouit les différents parties de notre être. Car l’essentiel est là : notre corps a des besoins variés selon les parties qui le composent : le plaisir à manger gras par exemple peut bien être utile pour certains de nos organes et constituer un poison pour d’autres. D’où l’idée de modération sous la double contrôle de notre intellect : d’une part qu’il sache ce qui est bon pour nous ; d’autre part qu’il sache également à partir de quand cet aliment devient un poison.

Comme le disait Paracelse : « C’est la dose qui fait le poison ».


--> Allez-y, les amis : picolez mais dans la juste mesure de vos facultés organiques. (Pour en être assuré lisez ici le joyeux sermon de l’archevêque de Mayence)

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Annexe :

« Il est d’un homme sage de se refaire et de se recréer en mangeant et buvant de bonnes choses modérément, ainsi qu’en usant des odeurs, de l’agrément des plantes vertes, de la parure, de la musique, des jeux qui exercent le corps, des théâtres, et des autres choses de ce genre dont chacun peut user sans aucun dommage pour autrui. Car le corps humain se compose d’un très grand nombre de parties de nature différente, qui ont continuellement besoin d’une alimentation nouvelle et variée pour que le corps soit également apte à tout ce qui suit de sa nature, et par conséquent pour que l’esprit soit lui aussi partout également apte à comprendre plusieurs choses à la fois. » - Spinoza, Éthique IV, Proposition XLV, Scolie du corollaire II

lundi 28 novembre 2022

L’amour : alchimie ou chimie ? - Chronique du 29 novembre

Bonjour-bonjour

 

L’amour est-il une alchimie qui fusionne deux être jusqu’alors séparés, ou bien est-il l’effet de certaines molécules chimiques sur notre cerveau ?

- Certaines études scientifiques viennent récemment d’étayer cette seconde hypothèse. Voyez plutôt cet article : « Tomber amoureux, c’est tomber sous l’emprise des quatre molécules du coup de foudre qui prennent le contrôle du cerveau (la phényléthylamine, la dopamine, la norépinéphrine et l’adrénaline). Après 18 mois, il y a de moins en moins de molécules du coup de foudre. […] Après quatre ans, c’est fini », selon Normand Voyer, professeur de chimie. »

- Est-cela fin de l’amour ? Peut-être pas, car : « Après la période du coup de foudre, qui peut durer jusqu’à quatre ans, une nouvelle molécule prend le relais : l’ocytocine qui est l’hormone de l’attachement... » (Art. cité). C’est là que selon ce chercheur le couple ou bien se confirmerait ou alors se dissoudrait puisque, la passion disparue, ce serait la rupture et la recherche d’un nouveau coup de foudre.

Selon ces source scientifiques il ne suffit donc pas d’un enfant pour souder un couple, car c’est l’apparition de l’ocytocine (= hormone de l’attachement) qui serait l’origine de cet engagement. Car, quoiqu’il en soit, par « couple » on entend une structure durable ou du moins qui ne se donne aucune limite dans le temps.

 

Devons-nous en rester là ? Les philosophes ne sont pas en reste de pronostics : c’est ainsi qu’Alain Badiou voit dans la première nuit – ou plutôt le premier matin – le moment du serment fondateur du couple : « Je t’aime et c’est pour la vie. » C’est que l’origine de l’amour est le serment qui seul peut faire basculer le monde à un dans un monde-à-deux. Pour plus de détails on lira son essai sur la question (1).

 

--> Chimistes ou philosophes : qui a raison ? À vous de voir : pas plus qu’un psychothérapeute, le philosophe ne cherche à vous influencer. Son rôle est de vous dire : « Voyez quel sens et quelles conséquences ont chacune de ces explications. Et puis après assumez le sens du choix que vous allez faire.»

Comme disait Kant: Sapere aude (Ose penser)

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(1) Alain Badiou – Éloge de l’amour coll. Champ/Essais

vendredi 24 juin 2022

Qu’est-ce qui fait courir les hommes politiques ? – Chronique du 25 juin

Bonjour-bonjour

 

« S'il suit 10 % de mes conseils, il va aller très loin. À 5 %, ce sera juste. Et à 15 %, magistral ! »

De qui parle donc Nicolas Sarkozy ? de Laurent Wauquiez, au cas où vous ne l’auriez pas deviné.

 

Après l’échec des européennes en 2019, Laurent Wauquiez a pris "une retraite de trois ans loin de Paris". Afin de "se refaire une virginité politique", il décidait alors de "se confiner dans sa région", comme l’ont rappelé nos confrères du Point, ce vendredi 24 juin. Une mise au vert qui, à l’époque, avait amusé ses principaux rivaux : "Il est parti la paille au cul et le feu dedans". Son retour au tout premier plan pourrait être la surprise de la rentrée. (Lire ici)

 

- La vie politique est un impitoyable affrontement où les coups bas et les trahisons sont le pain quotidien des politiciens. Il semble que la mise à mort des ennemis soit le seul objectif de leur action et que le dévouement à la cause publique ne soit qu’un des moyens pour y parvenir.

- Mais il faut dire aussi qu’à la différence du monde de l’entreprise, ceux qui tombent du haut de l’échelle peuvent parfaitement se rétablir et après une période de mise à l’écart, reconquérir la première place. En politique on n’est jamais tout à fait mort, et l’importance que possède encore Nicolas Sarkozy est là pour en témoigner.

 

Jamais mort, toujours sur le qui-vive, l’homme politique ne connait ni pause ni retraite. Mais qu’est-ce qui fait courir les hommes politiques ?

Charles Fourier pensait que la passion cabaliste (1) était le ressort indispensable à l’engagement dans la vie politique. Il ne dit pas que l’homme politique doit sacrifier sa vie au bien public, mais qu’il le fera à condition de voir satisfaits ses penchants sensibles les plus intimes. Bien sûr, certains politiciens ont profité de leur pouvoir pour satisfaire leur libido au détriment des certaines jeunes femmes. Mais, outre que Fourier a été un penseur de la cause des femmes (2), il nous dit bien qu’il doit y avoir une concordance entre les activités socialement profitables et les passions qui les soutiennent.

La politique : occasion de satisfaire à la fois l’amour des autres et l’amour de soi.

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(1) Passion cabaliste : goût de l’intrigue. 

Profitons de cette occasion pour souligner l’importance que pourrait avoir aujourd’hui une remise au premier plan de la pensée de Fourier à mi-chemin entre les visions délirantes en des intuitions géniales.

(2) « Les progrès sociaux s’opèrent en raison des progrès des femmes vers la liberté et les décadences d’ordre social /sont/ en raison du décroissement de la liberté des femmes » - Charles Fourier, Théorie des quatre mouvements et des destinées générales - 1808

--> 1808 : notez la date !

dimanche 24 janvier 2021

Est-il la maladie ou le symptôme ? – Chronique du 25 janvier

Bonjour-bonjour

 

Vous l’avez déjà deviné : c’est de l’ex-président Trump que je parle ici : s’il est la maladie, le trumpisme n’existe pas et son séjour à la maison blanche une simple parenthèse qui vient de se refermer ; s’il n’est qu’un symptôme, son départ ne supprimera pas le courant populiste qu’il a incarné et sans lequel il n’aurait jamais tenu quatre ans à la présidence du pays.

 

J’aurai tendance à entrer dans la peau de l’historien hégélien pour trancher ce débat : l’histoire est toujours celle des peuples et l’individu n’est qu’un déclencheur qui fait parti de l’évènementiel. Hegel va un peu plus loin en précisant comment ces deux niveaux sont reliés l’un à l’autre : l’histoire est faite de ces deux sphères ; l’une, celle de la vie humaine qui obéit aux impulsions des passions humaines et qui enregistre les faits qui en sont issus. Et puis il y a celle de l’histoire universelle toute entière gouvernée par la raison, qui enregistre non pas ces évènements mais leurs effets au niveau de l’évolution de l’humanité. Les passions humaines sont ces forces, issues des individus, qui permettent de grands actes et donc de grands bouleversements ; mais elles ne sont que des « ruses de la raison » qui les utilise pour obtenir des avancées impossibles sans elles. « Rien de grand ne s’est accompli dans le monde sans la passion »

Cette conception est à la fois rassurante et accablante. Rassurante parce que nous voilà pourvus d’une clef pour l’analyse de la période que nous venons de vivre et celle qui va venir : aucun hiatus ne peut apparaitre, du moins pour celui qui descend à la profondeur nécessaire pour saisir les liens qui relient ces évènements apparemment disparates. De ce point de vue le trumpisme peut bien être une maladie de la passion, il n’est reste pas moins une étape nécessaire dans la dialectique de l’histoire. Marx n’aurait pas dit autre chose.

Et puis nous sommes accablés, parce que ce qui nous a passionnés et en même temps effrayés durant ces quatre ans devient inessentiel au regard des forces profondes qui s’en sont emparées. De ce point de vue, si Donald Trump n’est qu’un symptôme, il est sans histoire, entendez que ses rodomontades et ses coups de mentons sont exactement les mêmes que ceux de Mussolini … ou de Néron.    

dimanche 31 mai 2020

Le rêve américain – Chronique du 1er juin

Bonjour-bonjour

Georges Floyd : les afro-américains n’en sortent pas de la violence des blancs, de leur mépris, de leur injustice. 150 ans après l’abolition de l’esclavage, les noirs américains ne sont toujours pas devenus des citoyens à part entière, malgré la lutte pour leurs droits civiques. 
Du coup vous avez le sentiment que rien ne change, que les hommes seront toujours ce qu’ils sont aujourd’hui ; qu’ils sont à présent ce qu’ils étaient autrefois ; et autrefois… ce qu’ils ont toujours été. Et vous cherchez des exemples ?
Alors viennent en premier les cas de cruauté, de passions destructrice, l’esclavage, la guerre, les violences faites aux plus faibles… Bref : les passions tristes de Spinoza.
Il faudrait comprendre comment ces passions agissent sur nous, pourquoi elles restent inchangées au cours du temps. Je renvoie au commentaire que Deleuze fait de Spinoza (extrait ici) : les passions tristes sont l’effet sur nous des corps (= des êtres) incompatibles avec nous. A distinguer des passions joyeuses qui sont occasionnées par la coïncidence des êtres, par leur fusion et par les actions qui en découlent.
« Il y a des passions qui augmentent ma puissance d’agir. Ce sont les passions de joie. Il y a des passions qui diminuent ma puissance d’agir. Ce sont les passions de tristesse. » tel est le commentaire de Deleuze : la tristesse on l’a compris n’est pas un affect psychologique, elle est la perception d’un état d’affaiblissement, quand je me sens diminué par une situation, ou par quelqu’un.  Ainsi les évènements actuels nous font comprendre que les américains (du moins les « wasp » : blancs/anglo-saxon/protestant) se sentent dépossédés par les noirs de quelque chose qui les constitue, qui fait partie de leur être – par les noirs et par les minorités ethniques. 
Dépossédés par les noirs ? Mais dépossédés de quoi ? Certains américains l’ont dit (ça a été relayé par la presse) : « Le rêve américain c’était notre rêve, le rêve des fondateurs des États-Unis, et de leurs descendants directs ». Quand on a intégré les anciens esclaves à ce groupe, quand on a voulu en faire un seul peuple, alors ce rêve s’est brisé, car les noirs ont voulu le reprendre à leur compte. Bien sûr les autres groupes ethniques (latinos, jamaïcains etc.) ont fusionné avec les noirs pour réclamer leur intégration au peuple des blancs. Et ça n'a pas marché...
Est-ce bien sûr ? Ne s’agit-il pas simplement de rumeurs alimentées par les complotistes ? Hélas ! Il suffit de regarder les chiffres des morts par le covid’ pour s’en rendre compte : les minorités ethniques sont bien plus touchées que les blancs par le virus, comme si celui-ci effectuait un tri par races. Mais le virus n’est pas raciste : simplement, il frappe les pauvres, les faibles, ceux qui avaient besoin de la protection de l’État et qui ne l’ont pas reçue. Ceux-là ne sont pas les destinataires du « rêve américain ».
Ce n’est pas nouveaux. Mais de temps à autre, les noirs crient à l’injustice, particulièrement quand les policiers assassins de noirs sont acquittés par les jurys blancs (comme à Los Angeles en 1991, tel que rappelé hier). Aujourd’hui, ils demandent que les assassins de Georges Floyd soient condamnés pour ce qu’ils ont fait.