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dimanche 5 avril 2026

Tous en selle – Chronique du 6 avril

Bonjour-bonjour

 

Pour garder la fraicheur des balades en bicyclette de notre jeunesse, celle que la chanson d’Yves Montand nous faisait revivre en 68, quoi de mieux que de la retrouver dans l’actualité ?

Nous voici à l’arrivée du Tour des Flandres, où Tadej Pogacar (1er de la course homme) a retrouvé Pauline Ferrand-Prévot (2ème de la course femme). Après s’être racontés leurs courses respectives les voici partis en balade... sur un seul et même vélo : assis sur la selle et chargé du pédalage, le champion du monde a emmené la championne olympique de VTT, posée sur le cadre. (Vu ici)

 


 

Après le podium du Tour des Flandres, Tadej Pogacar (1er de la course homme) a offert une petite balade à Pauline Ferrand-Prévot (2ème de la course femme)

 

o-o-o

 

… Bon, direz-vous voilà le philosophe de service qui déraille : 

- Il se met à baver de contentement pour une image fabriquée pour les fans de champions. Il est temps de lui trouver un Ehpad.

Oui… Mais vous n’empêcherez pas cette image de rappeler aux vieux le temps où pour séduire les filles le vélo était un atout. A l’époque, pas de voiture, pas de mobylette, rien que les propositions de promenades à deux … en deux-roues, sur le même engin, un peu comme le Prince charmant avec la Belle qu’il enlevait sur la croupe de son cheval.

- Voir un fougueux destrier à la place d’un biclou, c’est quand même la preuve d’un cerveau très fatigué.

- Mais non jeune homme. La mémoire passe son temps à retenir des souvenirs et à les éliminer faute d’intérêt - pour ne conserver que ceux qui sont encore un peu chauds. Quoi de plus normal que de retrouver les émois de la jeunesse ? Et si Pogacar revivait avec Pauline Ferrand-Prévot un épisode de sa récente jeunesse, même pour une photo posée pour une pub, qu’est-ce que vous auriez à y redire ?

- Je trouve le sujet un peut trop frivole pour votre Blog.

- Et quoi d’autre ? Vous voudriez qu’on vous parle des bombes qui écrasent les humains plutôt que d’une ballade en vélo ?

dimanche 8 février 2026

La belle braguette – Chronique du 8 février


 Bonjour-bonjour


Lu ceci : « L’Agence mondiale antidopage va examiner des soupçons d’injections d’acide hyaluronique dans les parties génitales masculines pour améliorer les performances des sauteurs à ski. »

Étonnant, non ? Lisons la suite : « En janvier, une enquête du quotidien allemand Bild avait révélé l’existence de techniques d’agrandissement temporaire du pénis pour obtenir un avantage aérodynamique. Certains athlètes s’injecteraient de l’acide hyaluronique dans le pénis afin de faire gonfler cette partie de leur anatomie. Le but ? Changer les mesures de leur combinaison et en obtenir une plus grande. Au moment du vol, avec plus de prise au vent, ils atterriraient ainsi plus loin. » (Lu ici)



Avouez que vous n’y aviez pas pensé ! Non pas faute de connaitre la technique du saut à ski, mais bien parce qu’agrandir le pénis il semblait que ça ait à voir avec un avantage au niveau des performances sexuelles et rien du tout avec l’amélioration de la silhouette.

Sauf que … si vous en avez une qui fait 20 centimètres (rêvons un peu) non seulement vous seriez bien gaulé, mais vous pourriez aussi tirer parti du fait que ça doit se voir.

--> Mettez-vous au saut à ski – ou alors lancez la mode de la belle braguette. Et ça ne serait pas nouveau : 


 

Pieter Brueghel l'Ancien, La danse de la mariée en plein air (détail), vers 1566.

 

Je sens que nos stylistes ne vont pas tarder à s’emparer de « l’affaire »

 

mardi 5 août 2025

Le corps, une machine bien docile – Chronique du 6 aout

Bonjour-bonjour

 

Aujourd’hui, cher(e)s ami(e)s je vous propose de relire l’actualité à la lumière de nos Grands Classiques.

Ainsi de la polémique autour de la maigreur des grandes championnes cyclistes à la quelle Pauline Ferrand-Prévôt a répondu dans une interview (lire ici).

Il s’agissait d’informer les jeunes du risque que faisait prendre à leur santé et leur avenir les régimes d’extrêmes maigreur imposés par certains coachs sportifs.

Dans sa réponse, Pauline Ferrand-Prévôt souligne que si, effectivement, elle a perdu du poids en préparant le Tour de France, ce n’était que circonstantiellement, pour grimper le col de la Madeleine. Par contre, s’agissant de préparer (et de gagner) Paris-Roubaix, elle était « beaucoup plus lourde parce que /dit-elle/ je savais que j'avais besoin d'être plus lourde pour avoir de la puissance sur les plats. »

Ainsi le corps de ces sportives est un instrument qui peut être modifié à volonté, comme un matériel qu’on adapte selon les besoins : un peu plus de muscle ici, un peu moins de gras là.

 

- Ça ne vous rappelle rien ? Mais si ! Rappelez-vous : 

« TOINETTE - Que diantre faites-vous de ce bras-là ?

ARGAN - Comment ?

TOINETTE - Voilà un bras que je me ferais couper tout à l'heure, si j'étais que de vous.

ARGAN - Et pourquoi ?

TOINETTE - Ne voyez-vous pas qu'il tire à soi toute la nourriture, et qu'il empêche ce côté-là de profiter ?

ARGAN - Oui ; mais j'ai besoin de mon bras.

TOINETTE - Vous avez là aussi un œil droit que je me ferais crever, si j'étais à votre place.

ARGAN - Crever un œil ?

TOINETTE - Ne voyez-vous pas qu'il incommode l'autre, et lui dérobe sa nourriture ? Croyez-moi, faites-vous-le crever au plus tôt : vous en verrez plus clair de l’œil gauche. »

 

- Voilà, vous y êtes : ça vient de vos années-lycées et il s’agit de la tirade de Toinette dans le Malade imaginaire (acte3, scène10) de Molière.

Seulement, alors que Molière tirait de cette manipulation du corps d’Argan un effet comique venu du ridicule d’une telle prétention à considérer son corps comme un instrument qu’on adapte selon les besoins, voyez qu’aujourd’hui on prend ça très au sérieux ; c’est même le comble de l’efficacité.

« Pilote de F1, faites-vous couper les jambes : c’est de l’encombrement inutile »

 

 

- Ça fout les miquettes…

samedi 2 août 2025

Les femmes accèdent à l’homo « potens » – Chronique du 3 aout

Bonjour-bonjour

 

Que faire un 2 aout quand on reste chez soi au lieu d’aller croupir dans les bouchons de la vallée du Rhône ? Se mettre devant sa télé et regarder cette l’étape du Tour de France qui arrive au sommet du col de la Madeleine – étape qu’on a vue il y a une semaine, sauf qu’alors c’étaient des hommes sur les vélos alors qu’hier c’étaient des femmes. 

- Occasion de constater que les images de ces coureuses cycliste ne différaient guère des images venues une semaine avant avec des hommes : même vision de l’énergie dans la grimpée des cols, même apparence de projectile profilé pour la vitesse, dans la descente ; même manifestation de la gloire au passage victorieux de la ligne d’arrivée.

 


 Pauline Ferrand-Prévot à l'arrivée au col de la Madeleine


Le 21ème siècle a vu l’épanouissement des sports jusqu’ici réservés aux hommes, tels que certains sports d’équipe comme le football et le rugby ; mais aussi le sport cycliste. C’est l’occasion de le constater : il y a des sports genrés et des sports non-genrés. Les sports genrés nous montrent qu’avec exactement les même règles sportives la pratique des hommes et des femmes diffèrent. Par exemple, il n’y a aucun doute quant au sexe des joueurs de rugby quand c’est un gros quintal de muscle qui percute un autre quintal dressé devant lui, et quand c’est une femme (80 kilos quand même ! – voir ici). C’est le même sport mais ce n’est pas le même spectacle.

Certains papy-bougons voudront en conclure qu’il y a des sports réservés aux hommes et d’autres ouverts aux femmes : « Du basket, pourquoi pas ? – mais du rugby non ! » Mais ce ne sont que des radotages de vieillards moisis. La vérité c’est qu’il y a de la place pour plusieurs manières de faire vivre ces règles qu’on a pourtant crues valables uniquement pour la force physique – domaine où la nature a tracé une ligne de démarcation entre les hommes et les femmes. Autant le dire : aujourd’hui, même si la différence hommes-femmes est restée dans l’effort physique (la production de watts pour parler comme les spécialistes du cyclisme), elle n’a plus du tout la même valeur. Il fut un temps où conduire un 38 tonnes demandait du biceps ; aujourd’hui il y a des femmes camionneuse (sic), même si ça déplait à certains.

 

Je ne sais pas si quelqu’un a fait une analyse sérieuse des femmes-de-pouvoir comparées aux hommes-de-pouvoir. Dans la meute animale, les femelles « alpha » se distinguent des autres par le fait qu’elles forment couple avec un mâle « alpha ». On a longtemps cru qu’il en allait de même chez les humains : les femmes qui atteignaient au pouvoir ne pouvaient le faire que soutenues par l’autorité du mâle, comme Catherine de Médicis, reine de France par la grâce de son mariage avec le futur Henri II. 

En tout cas après s’être emparées du pouvoir symbolique les voici que les femmes font main basse sur toutes les gloires que les hommes croyaient leur être réservées.

 

- Voilà sans doute la tendance qui définit le mieux l’espèce humaine : l’être humain est un « homo potens ». 

- Maintenant que les femmes ont investi ce domaine dans toutes ses dimensions, on se demande ce qu’elles vont y apporter de nouveau. – La sagesse ?

jeudi 24 juillet 2025

Quand ze serai grand, ze serai in héros – Chronique du 25 juin

Bonjour-bonjour

 

Kévin Vauquelin : vous connaissez ? Non ?

Regardez :

 

 


 

Le voilà : vous ne connaissez que lui ! Lui, le petit français qui découvre le Tour de France ; qui à chaque étape est l’objet des sollicitudes des présentateurs, savoir s’il n’a pas trop de difficultés avec tous ces obstacles qu’il découvre – vu que c’est son premier Tour de France. On a même délégué un reporter en moto qui le suit tout au long de l’étape, et à qui on demande de temps en temps où en est Kévin Vauquelin. Hier par exemple pour l’arrivée en altitude au col de la Loze, on se demandait s’il n’allait pas prendre froid… 

Côté résultat Kévin étonne par sa maturité mentale, toujours à gérer ses efforts sans jamais se décourager même quand il est lâché dans les cols. D’ailleurs, il ne perd pas des places au classement général : il « glisse » comme hier de la 6ème à la 7ème place. 

Bref : pour un débutant, c’est un débutant remarquable…

Notez que cette sollicitude n’est pas nouvelle ; elle se manifeste même couramment pour un coureur français alors que la France n’a plus depuis des décennies quelqu’un qui puisse réellement performer dans le Tour. 

/ A noter, une analogie remarquable "Pour un français, le Tour de France est au sport cycliste ce que la chanson est au concours de l'Eurovision/

Mais au jourd’hui il y a quelque chose de maternel dans l’attention portée à ce coureur. D’abord on souligne sa jeunesse : 24 ans ! Il a tout l’avenir devant lui et une marge de progression supposée prometteuse. Ensuite il a tout à apprendre sur le Tour de France et il ne cache pas qu’il est là pour apprendre justement. Cette humilité associée à cette positivité en fait un héros en puissance.

--> Voilà l’originalité de ce coureur : il se sait héros, mais pour demain.

Alors que Siegfried, le personnage wagnérien est un héros qui ne le sait pas, Kévin se donne comme programme de le devenir.

- Qu’est-ce que tu feras quand tu seras grand, mon petit Kévin ?

- Quand ze serai grand, ze serai un héros !

vendredi 11 avril 2025

Histoire de Sébastien Chabal – Chronique du 15 avril

Bonjour-bonjour

 

Sébastien Chabal, la star du rugby, aujourd'hui âgé de 47 ans, dit ne se souvenir d'aucun de ses matchs, et pas plus de la naissance de sa fille. Celui qu’on a surnommé « l’anesthésiste » pour ses placages définitifs est aujourd’hui en panne de mémoire. En cause, les multiples chocs reçus sur le terrain tout au long de sa carrière. (Lire ici)

Comme d'autres sports de contact, le rugby fait face à une recrudescence des commotions cérébrales. Il semblerait que la stature toujours plus importante de ces hommes-montagnes soit en cause : plus le joueur est costaud, plus il court vite, plus le risque de commotions cérébrales va être élevé.

Les autorités scientifiques expliquent : « Il y a dans notre cerveau ce qu'on appelle des axones. Ce sont comme des petits fils électriques qui connectent les neurones entre eux. Lorsque le cerveau reçoit une violente secousse, ces axones, qui sont très fragiles, peuvent s’abîmer, ce qui va perturber un peu son architecture. Et lorsque cela survient de manière répétée au cours du temps, cela peut causer des dysfonctionnements, avec des conséquences graves sur le long terme ». Avant de conclure : « Et le cerveau de Sébastien Chabal, c'est le même que le vôtre ou le mien. »

 

Voilà : alors qu’on croyait que rien dans ces colosses ne pouvait reressembler à nos chétives carcasses, on découvre que leur boite crânienne – avec tout ce qu’il y a en-dessous – n’était pas plus robuste que la nôtre. Lorsqu’ils rentrent tête baissée dans la ligne de défense de l’équipe adverse, leur cerveau encaisse le choc sans avoir plus de résistances que celui de l’homme moyen.

Quelle protection imaginer ? Un nouveau casque ? Oui, peut-être. A condition que, comme celui-ci il supprime quelques résistances dans le corps des adversaires.




mardi 13 août 2024

Comment « faire société » ? – Chronique du 14 aout

Bonjour-bonjour

 

En Grande-Bretagne, les récentes émeutes qui ont visé les musulmans ont été vécues comme une menace mortelle pour un pays qui a misé sur le communautarisme en espérant établir ainsi les conditions d’une cohabitation pacifique entre les différentes communautés qui composent le pays.

C'est en effet une remise en cause du projet politique de préserver les communautés dans leur statut particulier, impliquant que le poids du collectif ne s’impose jamais à l’individualité.

 

Comme on le sait, en France « pour faire société » on a choisi l’assimilation qui est « le seule mode d’intégration, le seul conforme aux traditions historiques, à ses valeurs, à sa nature » selon Alain Peyrefitte qui ajoute : « En France c’est le citoyen qui est la mesure de toute chose, c’est lui qui détermine la pleine appartenance de l’individu à la seule communauté reconnue, c’est à dire la communauté nationale. »

 

L’échec du multiculturalisme britannique a été dénoncé, il y a longtemps déjà, par David Cameron : « La société britannique est une société où l’on ne partage plus rien qui puisse être une valeur rassemblant le pays. » Les communautés évoluent côte à côte dans l’indifférence et finissent face à face dans le conflit. C’est une société où la tolérance finit par tolérer l’intolérable

 

Seulement, le projet d’assimilation à la française n’a pas réussi non plus.

En France on dénonce l’échec de l’assimilation en raison de la persistance de l’injustice et des inégalités qui maintiennent dans la pauvreté des communautés perçues comme ne pouvant pas faire partie de la nation française en raison de leurs valeurs.

 

 

C’est ainsi que l’impératif « faire société » est devenu le marqueur de la crise sociale que nous traversons. Dès que les fondamentaux sociaux deviennent des impératifs imposés de l’extérieur, on peut être sûr que les mécanismes normaux ne fonctionnent plus, les ressorts qui nous conduisaient à faire spontanément ce qui est aujourd’hui imposé sont cassés.

Inutile donc de vouloir refaire volontairement ce qui s’est passé lors des grands vagues migratoires du début du 20ème siècle. Cherchons autre chose qui puisse soutenir une communauté.  

… N’avons-nous pas récemment observé quelque chose comme cela ?

 


 

Qui ne saute pas n’est pas français !

samedi 10 août 2024

Spinoza et la fête olympique – Chronique du 11 aout

Bonjour-bonjour

 

Les jeux (Olympiques) sont faits… mais la fête n’est pas finie ! C’est du moins ce que semble espérer le public français pour autant qu’on soit capable de décrypter son comportement et son jugement sur les réseaux sociaux.

D’où l’idée venue de l’Élysée que le 15 septembre on pourrait remettre ça en faisant défiler les athlètes sur les Champs-Élysées comme au temps de la fête du football post coupe du monde.

Est-ce une bonne idée ou bien un calcul bassement politicien au terme duquel le pouvoir aura glané les lauriers des champions – moisson du reste très vite fanée ?

- On avait dit en 98 que c’était l’avènement de la France black-blanc-beurre : on a vu ce qu'il en est et on a des raisons de croire que l’optimisme et la fierté d’être français qui règne aujourd’hui durera aussi peu de temps.

Faut-il admettre comme une évidence ce bilan au pessimisme anticipé ?

Bien sûr les émotions des compétitions sportives vont s’estomper ; mais est-ce pour autant que leur effet disparaitra ? On peut croire que l’effort de surmonter les obstacles n’est pas inutile et que la joie de le faire peut bien s’estomper, ce n’est pas pour autant qu’on va retomber au niveau antérieur.

 C’est ce que nous pouvons comprendre en lisant l’Éthique de Spinoza, quand il détaille les effets des passions (la philosophie de l’époque utilisait le terme de passion là où nous parlons plutôt d’émotion) (Voir le cours de Gilles Deleuze Sur Spinoza ici - et un extrait sur les passions ici)


- Car cette fierté se nourrit des émotions positives qui se dégagent des tribulations de nos sportifs. Tout comme les passions joyeuses de Spinoza, ce qui nous arrive aujourd’hui mérite d’être considéré avec attention. 

Car la joie qu'on observe aujourd'hui est certes un élan bref - mais qui peut accompagner un effet durable. Les passions joyeuses en augmentant notre puissance d’agir nous permettent de nous élever au-dessus des passions, non pas qu’elles soient détruites, mais réduites à une région étroite de notre être.

Écoutons Spinoza : on ne détruit pas les passions, mais on peut prendre appui sur elles pour nous élever. C’est cela que Deleuze découvre dans son célèbre cours sur Spinoza (en ligne ici).

Il serait bien de ne pas l’oublier, pour une fois que la philosophie peut utilement conseiller la pensée politique.

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N.B. Reste la question de savoir si les exploits des athlètes français a quelque chose à voir avec nos propres exploits. Mais ça, c'est une autre histoire

jeudi 8 août 2024

Religion du sport – Chronique du 9 aout

Bonjour-bonjour

 

Un petit coup d’œil généalogique sur l’Olympisme. On sait combien la référence à la Grèce ancienne, conçue comme le berceau de "la Civilisation" par le 19ème siècle, a été décisive. Qu’avons-nous conservé de cette lointaine époque ? Et qu’avons-nous oublié ?


1 - Déjà, n’oublions pas que la référence à la pacification et à l’universalisme humain n'est pas vraiment une valeur grecque. En effet, les grecs ne retenaient pour ces jeux que les citoyens des cités grecques à l’exclusion des cités barbares ainsi que des femmes et des esclaves qui n’étaient pas citoyens. D'ailleurs, la pause dans les combats durant les jeux faisait référence à l’impunité garantie aux combattants traversant des Cités ennemies pour se rendre aux jeux. Comme il vient d'être signalé, la paix n’était surement pas une valeur, la guerre seule permettant de mettre les héros en valeur dans ces sociétés édifiées sur un modèle militaire.


2 - Chez les grecs, la religion était essentielle pour ces jeux, qui en étaient une forme de célébration, ainsi que le rapportent de nombreux exemple, tels que chez Homère lorsqu’Achille fait organiser des jeux funéraires en l’honneur de son bien aimé Patrocle mort au combat.

Quant aux Dieux on sait quel rôle ils jouaient durant les conflits.


3 – L’originalité des Jeux antiques était le caractère absolument non lucratif de la victoire. Le vainqueur était couronné de laurier et tel était sa récompense, jugée pourtant déjà abusive par certains, tel Euripide qui fait dire à un de ses personnages (dans un fragment d’« Autolycos ») qu’on ferait mieux de couronner de lauriers les sages plutôt que les athlètes qui jouissent d’avantages excessifs : « Parmi les milliers de fléaux qui existent en Grèce, il n’en est de pire que la race des athlètes. »

 

Deux caractères de ces jeux imités de l’antiquité subsistent :

- Le caractère désintéressé des athlètes antiques motivés par la seule gloire a été présent dès les débuts avec l’amateurisme voulu par Pierre de Coubertin (qui ne consistait pas dans le caractère secondaire de la préparation des athlètes mais dans le fait que leur activité sportive ne générait pas de profit.) C’était une vue plutôt aristocratique, où le fait de gagner de l’argent dérogeait à l’esprit voulu pour ces compétitions sportives. A noter que cette obligation a été supprimée en 1972 avec cette nouvelle mouture du serment olympique : « « Au nom de tous les concurrents, je promets que nous prendrons part à ces Jeux Olympiques en respectant et suivant les règles qui les régissent, en nous engageant pour un sport sans dopage et sans drogues, dans un esprit de sportivité, pour la gloire du sport et l'honneur de nos équipes. » 

- La gloire reste bien recherchée mais elle n’est plus seulement individuelle car elle s’étend à l’équipe. Mais aujourd’hui cela va bien plus loin, avec une résurgence du nationalisme où le public voit dans la victoire de ses champions une preuve de la valeur de la Patrie. La spontanéité du chant patriotique entonné dans les tribunes en serait une preuve suffisante alors même que d’autres marqueurs de nationalisme (les écharpes tricolores, et plus décalé mais également significatif les caricatures de français coq au béret basque/baguette de pain/chopine de vin) sont déjà bien présents.

lundi 5 août 2024

Une France bi-polaire – Chronique du 6 aout

Bonjour-bonjour

 

Un pays qui pousse ses compétiteurs pour aller de l’avant. Un pays qui exulte même quand les résultats des joueurs n’est pas tout à fait au niveau escompté. Un pays qui entonne la Marseillaise à chaque occasion pour stimuler les sportifs…

Mais aussi un pays qui ronchonne à tout moment parce que les services publics n’ont pas le rendement attendu ; un pays qui attend des politiques qu’ils résolvent leurs problèmes, à commencer par ceux de fin de mois ; et puis un peuple qui, revêtu d’un Gilet-jaune, chante la Marseillaise devant un cordon des CRS pour s’attribuer la légitimité démocratique et la refuser aux forces de l’ordre.

o-o-o

Oui, mes cher(e)s ami(e)s, voilà deux portraits contrastés du même pays –  le nôtre – saisi à quelque mois (voire à quelques jours) d’écart. S’il existait une psychiatrie des peuples on dirait bien que ce peuple (notre peuple) est bi-polaire, autrement dit qu’il souffre d’une « maladie mentale sévère qui se caractérisent par une alternance exagérée de périodes dépressives et maniaques chez l’être humain. » (Lu ici)

Certains protesteront : en réalité ces alternances sont des adaptation à des situations contrastées : à une période heureuse, comme celle-ci, s’oppose la crise avec un gouvernement d’incapables. Si l’on voulait caractériser ce qui arrive aujourd’hui, disons que c’est simplement une « euthymie » bien adaptée à ces Jeux, en contraste avec l’angoisse liée à une crise politique grave – et d’ailleurs simplement endormie.

- Et c’est vrai. Sauf que dans la période actuelle, on pourrait aussi bien déprimer : « Combien ça coûte ? Et puis tous ces policiers mobilisés à Paris au lieu d’aller courir après les voleurs, on n’aurait pas mieux à en faire ? Quand on voit toute cette racaille de sportif venus du sud, on se demande où donc est reléguée notre civilisation… »

Hé bien non : ce n’est pas ce qui se passe. Voyez hier le public qui acclame la gymnaste américaine alors même qu’elle a manqué la médaille d’or. Qu’est-ce qui fait chanter de joie le public ? La performance ? Oui, mais pas seulement : c’est la grâce de la sportive.

Et c’est cela la magie du sport – raison de penser que ce qui nous chagrine ce n’est pas une humeur pathologique, c’est la déception de ne pas avoir les mêmes personne à la tête de l’État :

 

Dessin de Plantu

jeudi 1 août 2024

Français et fier de l’être – Chronique du 2 aout

Bonjour-bonjour

 

Vous avez remarqué ? Les français sont heureux ! Oui, heu-reux : plus de grognons du pouvoir-d’achat, plus de colériques, plus de « y-qu’à/faut-qu’on », mais des gens enthousiastes qui se réunissent devant leurs télés pour soutenir et acclamer leurs compétiteurs. Et pardessus le marché, la Marseillaise qui éclate à tout bout de champ.

Le français sont enfin fiers d’être français : voilà qui doit réjouir notre Président !

 

Bon. Pour déjouer cet optimisme, faisons le grognon :

- Alors, comme ça, plus de problème de fin de mois, plus de revendications insatisfaites ? Vous êtes donc content avec la retraite à 64 ans et les alloc’ chômage qui fondent comme neige au soleil ?

Et qu’est-ce que vous avez en échange ? Un champion de natation « Léon Marchand… de rêve » ; et puis aujourd’hui, bonheur sans égal, l’arrivée de Teddy Riner, le bon géant qui nous soutient depuis de nombreuses olympiades.

C’est donc ça que nous voulons ; et c’est donc ça que nos dirigeants doivent nous donner. 

Et ça n’est pas nouveau : les romains déjà selon Juvénal réclamaient à leurs Dieux « Du pain et des jeux (du cirque) » Propos que Juvénal attribue au peuple et dont il dénonce la bassesse : comment ose-t-on tourmenter les Dieux de désirs aussi vulgaires ? Juvénal n’y va pas par quatre chemins : « Croyez-moi, laissons aux dieux le soin de nos vrais intérêts : nous demandons ce qui plaît ; ils donneront ce qu'il faut ».

Jolie leçon de philosophie politique : tant qu’à solliciter les Dieux, laissons-les choisir ce qui est réellement bon pour nous.

Compris ? Sauf qu’aujourd’hui nos Dieux n’arrêtent pas de hanter les vestiaires pour faire de accolades à nos champions et de les recevoir à l’Élysée pour leur servir le champagne.

C'est donc ça, la démocratie ?

dimanche 23 juin 2024

Une nouvelle statue dévoilée hier à Paris – Chronique du 24 juin

Bonjour-bonjour

 

Voyez cette statue inaugurée hier à Paris :

 


Lisons l’information :

« Cette œuvre de l'artiste américaine Alison Saar, offerte par la Fondation olympique pour la Culture et le patrimoine à Paris, célèbre les valeurs de l'olympisme (…).

Cette sculpture symbole des JO dévoilée à Paris constitue une ode au multiculturalisme est composée de bronze et d’une roche volcanique résistant aux intempéries et aux polluants environnementaux, comprend une grande figure féminine assise qui tient des rameaux d’olivier dans une main et une flamme dorée dans l’autre ainsi que six sièges, disposés en cercle, venant d’Afrique de l’Ouest, d’Amérique centrale, de France, de Chine et d’Europe. L’un d’eux est aussi un siège antique symbolisant l’origine des JO (siège curule à droite). » (Lu ici)

 

Voilà donc cette personnalisation pour évoquer cette multitude de symboles olympiques dont certains sont un peu pesants tant ils sont rappelés année après année, jeux après jeux. Peut-elle encore nous étonner ? 

Oui, certainement : symboliser par une figure féminine les jeux olympiques, dont l’origine grecque antique est sans cesse mise en avant pour rappeler que la paix était alors la condition de la célébration de ces exploits humains, est proprement stupéfiant. Je crois que si un grec de l’Antiquité était ressuscité aujourd’hui, il pourrait peut-être comprendre cette évocation mais sûrement pas la présence d’une femme dans ce groupe statuaire. Rappelons-nous que les femmes étaient alors maîtresse de l’espace domestique et que si leur pouvoir y était sans conteste, ce n’était pas le cas dans l’espace public, celui qui s’étendait à l’extérieur du domaine. Au point qu’on peut en effet s’étonner de ce choix – sauf à y voir le rappel que le progrès est aujourd’hui symbolisé par cette mise à égalité des hommes et des femmes, y compris dans la célébration des exploits sportifs.

L’émancipation féminine passe donc par le fait que les femmes usent de leur corps pour la pratique du sport et non comme objet de convoitise masculine.

jeudi 14 mars 2024

Faites l’amour, pas la guerre en Ukraine ! – Chronique du 15 mars

Bonjour-bonjour

 

Hier, j’oscillait entre la déprime dûe à l’annonce du déficit des comptes publics et des sacrifices qu’ils impliquent : « Avec ça Marine va forcément être élue en 2027. Et en plus, je ne sais même pas dans quel pays je pourrais demander l’asile politique… » ; et puis, l’instant d’après je n’y pensais même plus, m’imaginant pris sous les bombes russes pendant que mes enfants partaient à l’assaut de l’armée de Poutine baïonnette au canon.

Anxiété, angoisse – Xanax-Rivotril-Deroxat : j’étais encore plus angoissé, ne sachant quel médoc choisir pour supporter l’actualité.

 

Et puis voilà ce que j’apprends (voir ici) : la Mairie de Paris lance un concours pour imaginer l’emballage des pochettes de préservatifs qui seront distribuées cet été dans les structures de santé et mettant en évidence le rôle de la municipalité dans le lutte contre le sida et en faveurs des J.O. 

« À l’occasion des Jeux olympiques et paralympiques de Paris 2024, la municipalité souhaite revoir les visuels des 150 000 préservatifs distribués chaque année dans les structures santé, sociales, jeunesse et auprès de nombreuses associations parisiennes. » précise l'article cité tout en montrant les anciens modèles : 


 

« Faisons de Paris le ville de l’amour sans sida »

 

Je vais donc m’occuper l’esprit en faisant le concours proposé (clôture le 4 avril). 

--> Pourquoi pas faire figurer sur l’emballage un pictogramme, dans le style du kama-sutra évoquant, la chose façon J.O. ?


 

Voici quelques exemples : d’abord (à gauche) l’accouplement artistique évoquant le patinage artistique ; ensuite (au centre) la lutte érotico-gymnique sur le modèle de la lutte gréco-romaine. Et, enfin à droite, laissant tomber les faux semblants, l’épreuve olympique de copulation mixte jugée sur sa valeur athlétique.

Ouf ! Je me sens déjà mieux.

dimanche 25 février 2024

Seule la victoire est belle – Chronique du 26 février

Bonjour-bonjour

 

Ah !... Mes amis, hier j’ai passé une mauvaise après-midi : j’ai regardé à la télé le match de rugby des 6 nations opposant la France à l’Italie. 

On pensera que je suis un supporter déçu de voir la France rester sur un match nul devant une équipe d’Italie qu’elle a battue tant de fois, et cela sur le terrain national.

- Oui, c’est vrai – mais pas seulement : je ne suis pas un grand amateur de sport à la télé, mais le rugby est un sport particulièrement spectaculaire qui peut plaire à un béotien comme moi. Voir ces énormes machines humaines se percuter tête en avant et après ça dévaler tout le terrain en slalomant entre d’autres montagnes de muscles, ça a quelque chose de réjouissant. Au lieu de ça, hier j’ai vu un combat de tranchées, où le plus lourd est en même temps le plus fort : drôle de performance…

Mais de tout cela je ne vous parlerais pas s’il n’y avait eu ces minuscules secondes de fin de match, quand l’Italie a manqué son pénalty perdant du coup l’occasion de gagner sur le terrain des français.

 


Car, voilà : le ballon légèrement trop à droite heurte le poteau et rebondit en dehors du but. Il aurait pu rentrer dedans si seulement il avait rebondi sur le poteau (arrondi, rappelons-le) vers la gauche, c’est-à-dire vers la victoire.

Qui a décidé de l’échec de l’Italie ? La maladresse d’un joueur ? Celui-ci s’est, il est vrai, excusé : on peut lire dans le Figaro d’aujourd’hui que Paolo Garbisi, le buteur malheureux, a soupiré « Je m'excuse auprès de toute l’Italie ». Mais moi, je dis : c’est le hasard qui en a décidé – si toute fois il peut décider de quoique ce soit. 

En vérité, personne n’a décidé du résultat, car cela signifierait qu’une intention peut obtenir un résultat aussi incertain. Il en va de ce tir au but comme de ces coups du tennis quand la balle vient d’écraser à quelques millimètres de la ligne de fond de court – donnant le point ou le refusant selon le coté où elle a touché le sol.

Supposez que l’Italie ait réussi son pénalty, qu’aurait-on entendu ? « Historique ! Le match du siècle ! » et puis « La France touche le fond », « Galtier menacé – Dupont, reviens ! » : tout ça pour 3 millimètres de mieux. La vérité c’est qu’on ne veut pas voir la vérité : la victoire n’est pas dans la nature des équipes, pas plus que dans celle des peuples qui s’identifient à elles. Je ne parle pas de la victoire en général, mais de certains de ses facteurs qui échappent à la volonté des joueurs. Dans ce cas, elle est aléatoire, inexplicable sauf de façon statistique, et encore. Peut-on reprocher à un joueur de ne pas avoir eu de chance ? 

Les sportifs africains sont plus sages que nous : lors des match de foot, ils s’efforcent de contrer les manœuvres des marabouts qui fétichent leurs joueurs.

vendredi 10 novembre 2023

Le foot : le bonheur pour pas cher – Chronique du 11 novembre

Bonjour-bonjour

 De quoi parle-t-on à Reims en ce 11 novembre ?

De la commémoration de la guerre 14-18 ? De la marche contre l’antisémitisme ? Des bombardements d'Israël sur Gaza ? De la guerre qui se déroule depuis bientôt trois ans en Ukraine ? De l’inondation du Pas-de-Calais ? Du projet d’élargissement de l’Europe à 30 ?

- Vous n’y êtes pas du tout. Le premier titre offert par Googlenews est celui-ci : Où se garer pour le match Reims-PSG ce samedi 11 novembre ?

 

En même temps que la proximité avec les lecteurs s’affirme, les gestionnaires d’info le savent : ce que cherchent les lecteurs, c’est ce qui se passe dans leur jardin, ce qui stimule leurs émotions. Cela valorise les épreuves sportives, qui donnent au gens le sentiment d’être victorieux en même temps que leurs compétiteurs, et aussi de trouver ça à leur porte. C’est ce qui se passe ici avec ce match dont j’entendrai les clameurs si j’ouvre ma fenêtre : quel autre évènement peut rivaliser avec cela ?

On peut néanmoins se gourmander d’être si dépendant des émotions faciles :  après tout le foot n’est qu’un jeu, et si d’aventure l’équipe locale était battue, la vie des rémois n’en serait pas pour autant bouleversée. 

- C’est vrai, n’empêche que ça existe et que ça nous informe de ce que nous sommes et de ce qui nous encourage à vivre. Lorsqu’on a tout le nécessaire pour vivre selon les normes locales (un logement, des vêtements, de la nourriture, une voiture, un travail, un(e) compagn(e)on, des enfants, etc.) il reste peut-être le plus essentiel : quelque chose pour jouir.

Bien sûr, on n’a pas besoin pour cela de plaisirs superflu et extranaturels : le simple abus des satisfactions habituelles suffit. On peut, pour reprendre le mot d’Horace, devenir « des pourceaux d’Épicure »

Certes. Mais le foot est moins toxique pour la santé. Et il est moins cher.

lundi 16 octobre 2023

Capitaine courageux – Chronique du 16 octobre (2)

Bonjour-bonjour

 

28 à 29 : malgré son courage, Antoine Dupont, le capitaine de l’équipe de France de rugby n’a pu qualifier son équipe pour les demi-finales.

Pourtant il avait montré son engagement, allant jusqu’à se faire reboulonner la pommette fêlée, et porter un casque disgracieux.


 

Tant de dévouement pour en arriver là…

 

- STOP : la défaite peut aussi apporter sa gloire, en montrant combien ces joueurs français sont héroïques.

Car ne l’oublions pas : les héros sont des gens qui affrontent l’adversité alors même qu’ils ne peuvent espérer vaincre et qu’ils le savent. Leur mort est héroïque justement parce qu’ils ne reculent pas devant la force qui les écrase.

Alors ce sont les commentateurs qui nous ont conduit au désespoir en nous faisant croire que les Springboks étaient dans les choux, et que « nos bleus » allaient les bouffer – ce qu’ils on bien failli faire, mais qu’ils n’ont pas fait. Si ces pseudo-spécialistes avaient été un peu à plus objectifs, ils nous auraient préparés à observer la bravoure dans la défaite de nos combattants de l’ovalie.

« Seule la victoire est belle » dit-on. Mais il faut ajouter que la défaite peut elle aussi être glorieuse.

mercredi 19 juillet 2023

Y a un truc ! – Chronique du 20 juillet


 


Jonas Vingegaard

 

Bonjour-bonjour

 

Si j’avais eu l’occasion de rédiger cette chronique il y a 3 jours, j’aurais pointé la méfiance des suiveurs du Tour de France devant les performances de Jonas Vingegaard et de Tadej Pogacar qui ont depuis le début de l’épreuve semé loin derrière eux les autres coureurs : ne faut-il pas suspecter l’usage de substances illicites pour expliquer un tel différentiel ?

Aujourd’hui, et après ses défaillances, Pogacar n’est plus suspecté : son échec signe l’honnêteté de ses performances – par contre, les chronos « stratosphériques » de Vingegaard laissent planer un doute sur un éventuel dopage.

 

- Banalités qui accompagnent le Tour depuis plus de 20 ans ? Oui, mais quand même : tant qu’on y est, revenons à un cas célèbre, celui de Lance Armstrong. Celui-ci dont on sait qu’il était dopé jusqu’à la moelle et alors que des journalistes de Libé dénonçaient un système de tricherie organisé se contentait de déclarer : « Les français n’aiment pas ceux qui gagnent ».

C’est qu’en effet, pourquoi incriminer Vingegaard ? Simplement parce qu’il gagne ? Et Pogacar : suffit-il qu’il soit battu pour que la propreté de ses performances soit assurée ? Tout se passe comme si gagner était anormal au point qu’il faille faire appel à des auxiliaires interdits pour justifier la victoire : dopage du coureur ou moteur auxiliaire dans le vélo (1) 

La question est en effet celle-ci : pourquoi n’arrivons-nous pas à croire que ce soit de façon naturelle que des hommes en surclassent d’autres à ce point ? Faut-il croire à une "normalité" humaine dont toute la liberté serait de s’effondrer et non de surclasser ? Même quand une telle chose n’est pas possible, comme avec les champions de tennis qui dominent les tournois pendant près de 20 ans, réalisant sous nos yeux des coups incroyables, le vocabulaire utilisé pour les décrire laisse encore supposer qu’ils ne sont plus tout à fait humains, devenus des géants, des génies, des dieux – ou simplement des murs, voire même simplement des marteaux.

 

- Un philosophe à 4 sous conclurait que l’infériorité est une expérience humaine alors que la supériorité ne l’est pas. Ça ne va pas loin, mais ce n’est peut-être pas faux ?

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(1) Je cite ce procédé simplement parce qu’il me fait tordre de rire : il y a pourtant effectivement des cas de « dopage technologique » tel qu’une assistance électrique si miniaturisée qu’il faille passer le vélo aux rayons X pour la déceler – et pourtant assez efficace pour contribuer à la victoire. Si ça me fait rire c’est que je n’arrive pas à y croire : j’ai toujours l’impression d’avoir à faire à un gag dans un film à gros rire.