jeudi 2 juillet 2026

Organoïde ? What is it ? – Chronique du 3 juillet

Bonjour-bonjour

 

Ces jours-ci c’est de la recherche scientifique que viennent les nouvelles les plus stimulantes. Ainsi apprend-on que des chercheurs chinois ont trouvé le moyen de greffer un organoïde de cerveau humain sur une puce électronique pour la piloter dans un environnement donné. (Lire ici)

On ne sait devant quoi s’étonner le plus : 

* qu’un "élément" issu d’un cerveau humain soit capable de prendre les commandes d’une machine en dehors de l’être humain proprement dit ; 

* qu’on sache cloner une partie du cerveau ; 

* ou encore qu’on ait des problèmes éthiques tels que l’apparition d’une conscience dans une machine.

 

Procédons par ordre : 

1° D’abord la création d’organoïdes capables de reproduire le fonctionnement d’organes humains, dont le cerveau. « Le processus commence par le prélèvement de cellules humaines, du sang ou de la peau, qui sont reprogrammées en cellules souches pluripotentes. Ces cellules sont ensuite différenciées en neurones qui, placés dans un environnement adapté, forment des réseaux complexes capables d’apprendre et de réagir à des stimuli. » (Art. cité)

Et hop ! Voilà un « microcerveau » entièrement issu d’un tube à essai capable d’évoluer selon les lois de la génétique en cerveau humain (mais vous auriez aussi bien un foie ou un poumon).

 


Étonné ? Attendez la suite.

2° Cet organoïde est connecté à une puce informatique figurant un robot. « Le robot envoie des informations sur son environnement à l’organoïde via des électrodes, qui génère en retour des signaux électriques interprétés comme des commandes de mouvement. Un dialogue permanent entre le vivant et le silicium. » (Art. cité)

Et re-hop ! Vous voilà en possession d’un système capable d’apprentissage qui ne nécessite pour fonctionner que 20 watts au lieu des mégawatts/heures de GPT.

3° Oui, mais : vous voilà aussi avec des problèmes éthiques nouveaux sur les bras. Car il y a ici un dispositif qui risque un jour d’évoluer tout seul vers l’acquisition d’une conscience et d’une sensibilité en raison de cet organoïde – ce qui soulève des questions concrètes : 

* À qui appartiennent ces organes ? 

* Ont-ils un statut juridique, des droits ? 

* Une capacité de sentience ? (« Sentience (du lat. sentiens, ressentant) : pour un être vivant, capacité à ressentir les émotions, la douleur, le bien-être, etc. et à percevoir de façon subjective son environnement et ses expériences de vie. ») (Art. cité)

 

Houlala ! J’ai mal à la tête rien que d’y penser. J’aurais bien besoin d’un troisième cerveau pour résoudre les problèmes soulevés par le deuxième. 

mercredi 1 juillet 2026

La souffrance et la jouissance – Chronique du 2 juillet

Bonjour-bonjour

 

Il fut un temps où la sexualité n’existait pas et les animaux se reproduisaient en lançant des stolons qui donnaient naissance à des clones. N’ayant ni bouche ni organes, ils absorbaient les nutriments présents ans l’eau où ils subsistaient. L’évolution n’avait pas de prise sur cette époque, et voici pourquoi : « Dans les eaux riches de l'Édiacarien, la vie était paisible. Sans prédateurs ni concurrents, les animaux n'avaient aucun besoin de changer. Les chercheurs ont montré que la reproduction asexuée limitait la compétition entre les individus, car les clones connectés par les stolons partageaient les ressources. Résultat : l'évolution stagnait. » Tel est le commentaire qu’on peut lire dans cet article.

Cette situation ne correspond-elle pas à l’idée qu’on se fait du paradis originel ? Dans le Jardin d’Eden, Adam et Eve n’avaient pas besoin de travailler pour vivre, se contentant de récolter ce que la Nature mettait à portée de leurs mains : on les représente comme vivant sans connaitre le besoin.

- Mais qu’en outre ils n’avaient pas de sexualité et donc pas de désirs, voilà ce qui apparait maintenant. Et en effet, Adam a-t-il désiré Eve ? Nullement, puisqu’à cette époque la reproduction sexuée n’existait pas ; ils vivaient paisiblement côte à côte et s’ils ont eu des petits ce sont des êtres qui n’ont jamais cherché à prendre leur place, chacun prospérant selon les lois pacifiques de la nature.

Quelle contrepartie à cette situation ? L’évolution n’existait pas non plus, faute de compétition pour la vie. Ce n’est donc que lorsque certains individus ont migré vers des eaux moins profondes subissant marées, tempêtes et variations de températures que les besoins de changement ont fait apparaitre la reproduction sexuée.

 

Et voilà comment la science vient confirmer ce que l’on sait depuis Platon : le désir apparait lorsque la privation fait surgir le besoin de complétude. Pas de souffrance ? Alors pas de désir et donc pas de jouissance. Voilà le cercle dans le quel nous sommes enfermés depuis la fin de l'Édiacarien, il y a 574 millions d'années

mardi 30 juin 2026

À Reims : clap de fin pour Le Furet du nord – Chronique du 1er juillet

Bonjour-bonjour

 

Lu ce matin ceci : « Le groupe Nosoli a présenté ce mardi matin en CSE et ce midi aux salariés son plan de restructuration. Onze magasins vont fermer, dont le Furet du Nord de Reims. »

… Une librairie qui ferme et c’est un peu de la culture du livre qui disparait. Combien sommes-nous a avoir passé le plus clair de nos loisirs à fureter dans des librairies ? Je veux dire : de librairies indépendantes, des magasins remplis de livres et non des rayons de supermarchés avec des piles de livres en stock : en effet, dans une librairie, s’il y a une pile de livres alors ils sont tous différents, tandisqu'en supermarchés ils sont tous identiques. Une librairie diffuse de la diversité alors que le supermarché ne fait que déballer des cartons de livres envoyés à des fins commerciales par les éditeurs.

 

 

 

Bien sûr une telle profusion n’était pas possible partout : à côté des mastodontes que furent Gibert Jeune et encore récemment Le Furet du nord, il y avait ces petits boutiques des villes moyennes dont les rayons n’étaient pourtant pas identiques à ceux du Super-Leclerc du coin. Ici pas de best-sellers – ou alors par pincées – mais des ouvrages choisis et organisés par le libraire lui-même ; le quel pouvait répondre intelligemment à des questions telles que « C’est l’anniversaire de ma grand-mère ; quel livre pourrais-je lui offrir ? »

Ces librairies qui disparaissent les unes après les autres sont des écosystèmes qui fondent à vue d’œil comme la banquise de l’arctique.

Sauver, les librairies c’est une question d’écologie ; mais en est-il encore temps ?

lundi 29 juin 2026

L’humain n’est plus qu’une hypothèse – Chronique du 30 juin

Bonjour-bonjour

 

Trouvé ceci ce matin dans les Google-news : « Sur Amazon, l’écrivain Julien Blanc-Gras découvre un livre signé de son nom mais écrit par l’IA »

Ce titre est ainsi complété : « L’ouvrage, commercialisé depuis mars pour environ 17 euros, s’intitule Guide complet d’aventure : le manuel de survie du voyageur moderne. /…/ En effet, je suis un écrivain qui voyage. Le problème, c’est que je n’ai jamais écrit ce livre », témoigne l’auteur, ajoutant : « Rien ne prouve que je ne sois pas moi-même un robot. Aujourd’hui l’humain n’est plus qu’une hypothèse. »

Belle formule, ne croyez-vous pas ? Et tragique à la fois, car on la trouve déjà sous la plume de Bergson, lorsqu’il met au défi ses auditeurs de vérifier qu’il soit bien une conscience qui parle. À son l’époque, cela passait pour une utopie ; aujourd’hui, c’est une réalité et ça nous fait très peur.

Car c’est un peu partout que le doute s’est insinué avec ces « deepfake », enregistrements vidéo ou audio réalisés ou modifiés grâce à l'intelligence artificielle. Nous voici dans un monde d’incertitude dont nous ne sortons que par oubli ou insouciance : quand nous arrêtons de nous demander si cette voix familière qui nous parle au téléphone est bien celle de notre ami, ou si cette vidéo d’info n’est pas une création pure et simple d’un logiciel. Et les livres que nous achetons ? Ont-ils été créés par un auteur humain ? 

--> Quelle est donc la trace substantielle laissée par l’homme ? Comme vérifier qu’il ne s’agisse pas d’un robot ?

Jusqu’à présent la preuve se résume, pour parler comme Julien Blanc-Gras, à « l’insondable nullité » des ouvrages ainsi générés. Alors, c’est vrai : ces productions de l’IA sont l’occasion pour les humain de se rengorger dans leur orgueil. Mais demain ? Lorsque la notion de copie aura été sublimée par celle de création ? Lorsque la machine fera des poèmes aussi beaux que ceux de Victor Hugo ou de Baudelaire ? Lorsque des soi-disant inédits de Rimbaud seront lancés sur le marché et que les plus grand spécialistes les applaudiront comme d’authentiques découvertes : nous vivrons dans un monde où tout sera hypothétique et nous n’aurons plus qu’à relire Descartes où, par hypothèse il n’y aurait plus de Dieu pour nous garantir des fakenews.

Un monde sans transcendance.

dimanche 28 juin 2026

Et si l'humain disparaissait ? – Chronique du 29 juin

Bonjour-bonjour



« Si l'humain disparaissait ? », c’est avec ce titre que cet article de Science et Avenir a accroché mon attention. 

Ajoutant « Selon des simulations, une Terre sans humains aurait abrité une plus large diversité d'espèces. Mais si "Sapiens" disparaissait, la Terre retrouverait vite un état sauvage, tout en gardant une trace indélébile de son passage. », il réanime les souvenirs de ce que le confinement du covid avait révélé : les animaux sauvages savent parfaitement si nous sommes présents ou absents de certains milieux, comme les villes, où on a vu des cervidés pénétrer en l’absence des hommes, alors même que rien ne devait les y attirer.

L’idée qui me retient est celle d’un monde où il n’y aurait pas d’hommes : « La Terre manquerait-elle de quelque chose si l’espèce humaine disparaissait ? »

Je ne sais pas répondre avec certitude, sauf qu’il n’y aurait alors plus personne pour nommer les êtres et les choses, ce que selon la Bible Dieu aurait demandé à Adam de faire lors de la création.

--> Si l’on affine la question, on tombe sur la valeur ontologique de la représentation humaine : le cosmos s’est-il agrandi le jour où, par exemple, une sonde spatiale nous a révélé qu’un gigantesque cœur était dessiné sur Pluton ?

 


Si en effet cette découverte a changé quelque chose à l’Univers, alors il faut dire que l’existence d’êtres humains transcende ce qui existe en le rattachant substantiellement à l’existence pour-nous. Dans ce cas l’homme aurait pour effet de révéler ce qui n’existe sans lui que virtuellement. Toutefois il faudrait d’abord admettre qu’un Créateur aurait machiné conjointement les êtres et les choses en liaison les humains.

samedi 27 juin 2026

Etienne Klein et la vérité scientifique – Chronique du 28 juin

Bonjour-bonjour

 

Je reviens sur le scandale qui frappe Etienne Klein après la découverte des plagiats qui émaillent non seulement ses ouvrages de vulgarisation, mais aussi sa thèse de doctorat.

Dans une publication récente, Etienne Klein répond à des questions qui mettent très durement en relief les effets délétères que ses emprunts non référencés ont eu sur le contenu de ses travaux y compris lorsqu’il a présenté sa thèse sur la question de l’unité en physique.

J’ai eu l’occasion de dire il y a quelques jours combien son travail de vulgarisation a été important selon moi, et que de ce point de vue il me paraissait secondaire que ses emprunts n’aient pas été référencés comme ils auraient dû l’être. 

Toutefois il en va autrement avec sa thèse de doctorat. Le doctorant est en effet lancé dans une démarche de recherche personnelle, et s’il s’attribue des découvertes que d’autres ont déjà faites alors on est dans de l’escroquerie pure et simple.


Qu’en est-il ? Bien sûr je n’ai pas la compétence pour en juger. Toutefois lors de la soutenance le jury qui comportait des noms tels que Dominique Lecourt n’a jamais signalé un tel fait qui d’ailleurs aurait été rédhibitoire. Il me semble par contre que l’essentiel est à chercher dans les motifs qui ont poussé le jury a apprécier cette thèse, à savoir qu’elle développe cette idée qui est alors passée pour originale : « La question de l’unité de la physique était un enjeu ontologique au temps des Grecs, c’est-à-dire que la question qu’ils se posaient était de savoir s’il y a une unité de la substance qui forme le cosmos, tandis que chez les Modernes, le problème s’est peu à peu déplacé, est devenu « législatif » au sens où les physiciens ne sont plus en quête d’une substance unique mais de lois qui sont, elles, universelles et totalisantes. »

Là, je dis : si cette idée n’est pas originale mais qu’elle est pompée sur d’autres publication, il y a tromperie. Et c’est peut-être le cas, mais alors que penser de la compétence du jury ? 

Reste que l’idée de cette disjonction entre l’unité de la physique chez les grecs et chez les modernes est essentielle et c’est elle qui compte vraiment pour moi.

Pour conclure, je dirai que l’interview donnée ici est radicale : je n’apprécie pas le sens très relatif de l’intégrité de la création intellectuelle propre à monsieur Klein. Mais ce n’est pas vraiment ce que j’attends de lui. 

En revanche s’il publie de nouveau pour vulgariser la science, j’achèterai son livre.

vendredi 26 juin 2026

Le proverbe chinois du jour – Chronique du 27 juin

Bonjour-bonjour

 

Je dois vous l’avouer, chers amis, ce matin je suis en panne. Oui, en panne d’idées, rien ne m’inspire dans les news du jour, ni la guerre, ni les histoires de canicule, ni les découvertes scientifiques extraordinaires.

Quoique… Il y a bien cette constatation confirmée par de nouvelles recherches paléontologiques, selon lesquelles les chercheurs n'ont encore jamais trouvé d'exemple confirmé d'individu néandertalien ayant un ancêtre sapiens dans son arbre généalogique. Bigre ! Aucune madame Néanderthal n’aurait donc convolé avec un monsieur de l’autre espèce ? Sentait-il mauvais ? Ou plutôt comme le pense Carles Lalueza-Fox, directeur du Natural Sciences Museum de Barcelone « ce biais manifeste reflète probablement un modèle d'acceptation sociale différenciée chez les Néandertaliens. En bref, les premiers humains modernes étaient capables d'accepter des enfants issus de croisements avec des Néandertaliens, mais pas l'inverse, pour une raison ou une autre ». (Lu ici)

J’allais me lancer dans une histoire fantastique d’une jeune fille néandertalienne rentrant à la Grotte familiale après une nuit de folie avec un voisin Cro-Magnon contrainte de détruire le fruit de leur étreinte. Quel drame romantique préhistorique ! Quels discours sur la pureté de la race à imaginer !

Et puis patatras ! J’apprends qu’une curiosité génétique propre aux néanderthaliens rendrait de toute façon infructueuse l’étreinte entre une Neanderthal et un Sapiens.

… Que me reste-t-il pour vous remercier d’avoir suivi jusqu’au bout l’historiez de mes périgrinations infructueuses ?

Recevoir en partage le proverbe chinois du jour :

L'argent

- Il peut acheter une maison / Mais pas un foyer

- Il peut acheter un lit / Mais pas le sommeil

- Il peut acheter une horloge / Mais pas le temps

- Il peut acheter un livre / Mais pas la connaissance

- Il peut acheter une position / Mais pas le respect

- Il peut payer le médecin / Mais pas la santé

- Il peut acheter du sang / Mais pas la vie

- Il peut acheter du sexe / Mais pas l'amour

 

C’est vrai que si vous avez chez vous un stock de banalités dont vous ne savez que faire, présentez-le comme proverbe chinois ça partira tout de suite.

... Mais c'est mieux que rien.

jeudi 25 juin 2026

On peut plus rigoler…. – Chronique du 26 juin

Bonjour-bonjour

 

C’est avec ce dessin placé en une de Charlie Hebdo que l’Hebdomadaire satirique a salué la mort de la mère de Didier Deschamps, soulevant ainsi une vague d’indignation :

 

 

 

On se dit que, si pour réfléchir sur la valeur de l’humour il faut prendre des cas-limites, alors on ne trouvera pas mieux. Donc : faut-il s’indigner ?

- Déjà, voyons ce que les amateurs ont trouvé à dire pour la défense : « Ce dessin n'a pas pour but d'être drôle. Un journal satirique a le droit de publier un dessin qui choque, c'est son but. Le deuil et la liberté de caricaturer ne sont pas incompatibles. Vous insultez encore la DDHC /*Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen/ Je suis Charlie ! » (Un internaute - Publié ici)

L’avantage de cette intervention c’est de déblayer le terrain : finie la justification par le rire. 

--> Non, la satire n’a pas besoin d’être drôle, dès lors qu’elle répond à une liberté revendiquée au nom de la Déclaration des droits de l’homme – la liberté en question étant de caricaturer le deuil.

 Le but de la satire serait donc de choquer et non de faire rire ?

C’est un peu court. On sait que la satire consiste à se moquer des personnages remarqués pour leur importance, pour une attitude, un vice, en les tournant en ridicule.

Donc si satire il y a c’est que la critique est admissible en la circonstance. Certains le refuseront en soulignant le fait que le deuil n’a rien qu’on puisse ridiculiser. Sauf à admettre que ce deuil n’est en réalité qu’un évènement dont le sens est pris dans le contexte de l’idolâtrie pour les joueurs de la Coupe du Monde de Football. 

- Il y aurait donc une justification à ce dessin : il ne s’agit pas de ridiculiser un fils terrassé par la mort  de sa maman, mais mais de montrer par l'importance démesurée accordée à cet évènement qu'il s'agit d'un chef adoré pour cette compétition dont on révèle ainsi la minuscule importance. 

Reste à savoir si le fait qu’on soit choqué puisse être mis au crédit du dessin : selon notre internaute, ce serait même une raison suffisante, s’agissant d’un but présenté comme prioritaire. Mais là, je ne peux pas suivre : vouloir choquer pour choquer, ça relève du comportement infantile de petit garçon qui dit des gros mots rien que pour choquer ses parents.

mercredi 24 juin 2026

L’ère du jetable – Chronique du 25 juin

Bonjour-bonjour

 

Parmi les dangers qui menacent notre environnement et donc aussi nous-mêmes, il en est un dont on a assez peu parlé mais qui a laissé derrière lui une très longue traînée de dévastation. Je veux parler du plastique dont les déchets sous forme de micro-parcelles envahissent tout, depuis les océans jusqu’à notre organisme, provoquant des troubles gravissimes : « Des études montrent qu’on retrouve ces plastiques dans nos poumons, notre foie, notre sang ou le lait maternel. Ils peuvent provoquer des inflammations, maladies du système reproducteur, fibroses, ou encore des problèmes neurologiques et reproductifs. » peut-on lire ici.


- Voilà donc encore une mutation dans nos habitudes exigée par les troubles dévastateurs provoqués par notre industrie : arriver à se passer du plastique.

Seulement voilà : penser qu’on va revenir vers le bois et le fer pour usiner les objets dont nous avons besoins dans la vie courante est une utopie : sauf à revivre dans une époque révolue depuis plusieurs siècles, c’est absolument inconcevable.

Alors, que faire ? On pourrait s’intéresser à cette coutume qui date de plusieurs décennies, je veux parler des objets jetables. Chaque semaine je mets à la poubelle le rasoir tout-plastique utilisé depuis quelques jours seulement. Est-il usé ? Non, sauf bien sûr les lames qui sont ici solidaires du manche au point qu’on ne puisse les changer sans avoir un nouvel objet.

 


 

Il suffirait donc de revenir une cinquantaine d’années en arrière, lorsque la mode du tout-jetable n’était pas née et qu’on devait réutiliser les objets mais aussi leurs emballages – je songe bien sûr à la consigne des bouteilles et des bocaux.

Sachant que les méfaits du plastique ne relèvent pas de sa fabrication mais de son recyclage, on comprend que trouver la solution de ce problème n’est pas insurmontable.

mardi 23 juin 2026

Culture : 1 / Nature : 0 – Chronique du 24 juin

Bonjour-bonjour

 

Une éclaircie d’optimisme dans ce monde de catastrophe : cet article intitulé : « La culture résout en années ce que l’évolution résout en générations ». Suit l’énumération des innovations technologiques qui permettent aux humains de résister aux catastrophes qui impactent l’humanité : « Le chauffage central supprime la pression de sélection liée au froid. Les lentilles de contact neutralisent le désavantage reproductif de la mauvaise vue. Les césariennes ont permis à des mères autrefois condamnées de survivre et d’avoir d’autres enfants ». Ce faisant, les innovations humaines suppriment la pression sélective qui aurait sélectionné certains gènes plutôt que d’autres.

Ce n’est pas une découverte. Sauf qu’à l’origine, avec le darwinisme social en particulier, la doctrine consistait à dire que la protection sociale des plus faibles risquait à terme d’affaiblir le groupe entier en permettant à des individus inaptes à la survie de se maintenir grâce aux protections sociales et de transmettre leurs gènes délétères aux générations suivantes. (Article Wikipédia)

Mais, au lieu de se lamenter en constatant que certaines faiblesses de notre génome sont maintenues dans l’espèce au lieu d’être éliminées, les auteurs posent d’abord la question centrale : « Qu’est-ce qui compte le plus pour l’avenir d’un individu — les gènes avec lesquels il naît, ou le pays dans lequel il vit ? ». Et de constater alors que si l’héritage culturel domine dans la survie des sociétés humaines, alors notre destin dépend de la force et de la capacité d’adaptation de nos institutions collectives — pas de nos gènes individuels.

L’optimisme affiché dans cet article repose donc sur la croyance en la capacité des sociétés à s’adapter aux possibilités offertes par l’évolution technologique.

Par exemple en maintenant en vie des vieux qui autrefois auraient laissé la place aux nouvelles générations qui de nos jours commencent à manquer de ressources.




lundi 22 juin 2026

On vous l’avait bien dit ! – Chronique du 23 juin

Bonjour-bonjour

 

Lu ce matin : « Nous allons énormément parler de climat cette semaine. Les températures redescendront la semaine prochaine et nous n'en parlerons plus. Arrivera la prochaine canicule et on dira à nouveau : 'Nous ne sommes pas prêts'. » (François Gemenne à France 24)

 

Oui, c’est dans notre nature : nous sommes passionnés par cet évènement, mais dès qu’il aura cessé, notre attention nous tournera vers d’autres évènements. Pourtant la question est sérieusement posée : que faire en attendant le retour de la canicule ?

Réponse de monsieur Gemenne : nous décarboner et nous équiper de climatiseurs.

Vous avez bien lu : ce sont ceux qui se trouvent à l’avant-poste de la lutte contre les effets du dérèglement climatique (Jean-Marc Jancovici en tête) qui nous le recommandent : pour lutter contre la chaleur, le mieux c’est la climatisation. 

--> Quand on connait les griefs habituels contre les climatiseurs, on est surpris. L’explication tient en trois points :

- D’abord, la consommation électrique est assurée par la production d’électricité des panneaux photovoltaïques qui lors des canicules fonctionnent à plein fournissant une électricité gratuite et surnuméraire.

- Ensuite les gaz fluorés nocifs pour le climats sont désormais interdits dans toute l’Europe

- Enfin (et là, écoutez bien) : les rejets locaux de chaleur en ville, notamment dans les zones très densément peuplées sont effectivement une nuisance persistante. Mais, selon François Gemenne, « comme nous vivons davantage à l'intérieur que dans la rue, il me semble que les bénéfices en termes de santé publique dépassent largement les inconvénients locaux. » (Art. cité)

 

Oui, vous avez bien lu : il s’agit d’un des auteurs du rapport du GIEC qui nous dit : « Acceptez d’augmenter la température du milieu environnant pour autant que ça n’a pas d’inconvénient pour les autres. »

Avouez que vous auriez bien tort de vous en priver ! Filez chez Darty vous équiper : je suis sûr qu’on va vous proposer des modèles de climatiseurs tout à fait mignons. Peut-être même qu’on en fait aussi pour votre terrasse pour accueillir vos amis pour un apéro brochettes ?



dimanche 21 juin 2026

L’effacement des traces – Chronique du 22 juin

Bonjour-bonjour

 

Définir ce qu’on entend par « liberté » comporte un risque : être trop étroit, comme ceux pour qui la liberté signifie pouvoir rouler en Ferrari tout au long de leur vie, ou trop large, comme lorsqu’on dit « On peut être libre tant qu’on ne nuit pas à la liberté des autres ».

- Une bonne définition de la liberté devrait comporter au moins des critères permettant de la situer dans le monde réel. Ainsi de la définition donnée hier sur France 5 par Gaspard Koenig : « Principe fondamental : « Tu as le droit de faire tout ce que tu peux défaire »

 

- Alors bien sûr, rien d’intuitif ici ; car de quoi parle-t-on quand on dit qu’il s’agit d’un principe « fondamental » ?  S’agit-il d’un principe d’ordre purement pragmatique – selon lequel une action libre serait en même temps maitrisée intellectuellement, comme de savoir remonter le moteur qu’on vient de démonter ? Ou bien de ce qui est permis, qui est d’ordre moral – auquel cas on aurait à penser aux conséquences de notre action ?

Dans ce second cas, l’irréversibilité entre dans le champ de la morale comme la limite à ne pas franchir : la maitrise de l’avenir est alors aussi une condition de nos actes. Comme le disait Hans Jonas, le principe de la vie morale est la responsabilité qu’on endosse par rapport à l’avenir. Agir moralement c’est savoir que nous sommes responsables des conséquences de nos actes. Ici on ajoute : parmi ces conséquences les seules que nous puissions accepter sont celles qui permettent d’effacer ce que nous avons fait.

Car voici le sens ultime de ce principe : nous devons rendre à la nature tout ce que nous avons reçu d’elle, dans un échange d’égal à égal. C’est là que le principe, catésien de maitrise de la nature sort du champ de la morale.

samedi 20 juin 2026

L’insupportable légèreté des valeurs – Chronique du 21 juin

 Bonjour-bonjour

 

On le sait depuis Nietzsche : le nihilisme est  l’achoppement sur le quel trébuche la vie morale des hommes : nous sommes établis en un lieu où nulle transcendance n’est possible, chaque action n’étant soutenue que par son absence d’engagement.

C’est ce que relève cet article intitulé « La pilule philosophique » dont le projet est de nous appeler à surveiller – et à guérir – une dérive pathologique liée à notre époque. 



Ainsi de cette pensée de Nietzsche qu’on désigne par la formule « le dernier des hommes » qui révèle que nous vivons dans un monde sans transcendance (Dieu est mort), qui délite tout fondement possible de la morale, raison pour laquelle nous appelons à réanimer de nouvelles transcendance, quitte à le faire avec des idoles dangereuses. Au pire – ou au mieux ? – sans aucune source, les objets que nous proposent ces pseudo-valeurs ne sont que feu de paille, l’idole du jour remplacée dès demain par une autre qui ne durera pas plus longtemps.

Et tout cela, Nietzche l’a très précisément décrit dans Ainsi parlait Zarathoustra : il s’agit des derniers des hommes.

« Nous avons inventé le bonheur, » – disent les derniers hommes, et ils clignent de l’oeil.

Ils ont abandonné les contrées où il était dur de vivre : car on a besoin de chaleur. On aime encore son voisin et l’on se frotte à lui : car on a besoin de chaleur. Tomber malade et être méfiant passe chez eux pour un péché : on s’avance prudemment. Bien fou qui trébuche encore sur les pierres et sur les hommes ! Un peu de poison de-ci de-là, pour se procurer des rêves agréables ; /…/ On a son petit plaisir pour le jour et son petit plaisir pour la nuit : mais on respecte la santé.

« Nous avons inventé le bonheur, » – disent les derniers hommes, et ils clignent de l’œil. » (Texte cité ici)

Et nous ? Qu’avons-nous pour faire mieux ? Sur quelle fondement établir nos valeurs – du moins celle qui valent encore qu’on se batte pour elles ?

vendredi 19 juin 2026

Marche à l’ombre ! – Chronique du 20 juin

 Bonjour-bonjour

 

40° à l’ombre ; toute une nuit à picoler en dansant frénétiquement : c’est ce qui vous attend demain, jour de la fête de la musique. Tiendrez-vous le coup ?

 


 

On sait que dans certaines villes les maires, se jugeant plus sages que leurs administrés ont carrément retiré à certaines manifestations leur autorisation. 

--> Ailleurs on s’est contenté de rappeler les mesures de prudence : 

- Restez au frais (chez vous ou dans un lieu rafraîchi)

- Buvez de l'eau, sans attendre d'avoir soif. Évitez la consommation d’alcool

- Rafraîchissez-vous le corps plusieurs fois par jour (douche, brumisateurs, etc.)

- Fermez les volets et fenêtres le jour, aérez la nui   

-Privilégiez les activités douces et sans effort

- Prenez des nouvelles de vos proches et des plus fragiles et/ou isolés

- Témoin d’une personne victime d'un malaise ? Appelez le 15 ou le 18 (Lu ici)

Après cela, direz-vous encore que le Gouvernement ne fait rien pour protéger les citoyens ? Qu’il n’a pas su anticiper ? A moins que vous lui reprochiez de se considérer comme ces parents revêches qui envoient leurs enfants au lit « de bonne heure », comme le petit Marcel de la Recherche ?

 

A côté de cela il y a ceux qui vous diront : « Voyez plutôt ce qui se passe au Carnaval de Rio. Dans la chaleur de la ville voilà des gens qui dansent toute la nuit tout en buvant des boissons fortes, genre punch. Croyez-vous qu’ils tombent par terre au petit matin ? Sûrement pas, et ils sont faits comme nous. »

Mes amis, ayez confiance dans la Nature : elle vous a fait comme des gens qui doivent pouvoir faire le fête quelle que soit la température extérieure. Certains protesteront : nous, serions les héritiers de lointaines générations vivant à l’ère glaciaire et qui dansaient autour de leurs menhirs – rien à voir avec le climat actuel. Mais notre héritage génétique remonte à bien plus loin – à une époque où on avait des chaleurs fortes, tout en bougeant frénétiquement au son des tambours.

jeudi 18 juin 2026

La diplomatie du spectacle – Chronique du 19 juin

Bonjour-bonjour

 

« Donald Trump a pris tout le monde de court. Il a signé dès mercredi soir, en plein dîner à Versailles, le protocole de paix avec l’Iran dans lequel Téhéran s’engage à rouvrir immédiatement le détroit d’Ormuz. Dans la foulée, le président iranien l’a également signé à distance. De quoi faire plaisir à l’Élysée. » (Lu ici)

 


- Vous avez vu ? Le protocole de paix avec l’Iran signé par Donald Trump à Versailles l’a été sur un coin de table, probablement entre la poire et le fromage. Après avoir chassé les miettes de pain du repas on met sur la table le document et Trump dégaine l’un de ses stylos « spécial-signature » et appose son paraphe alors qu’il est seul, sans la présence du chef de la diplomatie iranienne.

Et c’est ça qu’on considère comme un glorieux succès de la diplomatie française ? Mais que vaut une signature délivrée dans de telles conditions ? Sans être formaliste, on peut regretter l’absence de rigueur dans le protocole, laissant croire que cet acte hautement symbolique ait été décidé de façon impromptue, comme par fantaisie : « Tiens ! Et si je signais maintenant la paix avec l’Iran ? Ça ferait probablement le buzz – et ça serait bien pour moi ».

C’est que la diplomatie qui est habituée aux secrets des salles de réunions bien closes, fonctionne aujourd’hui avec toutes les portes ouvertes ; avec en outre des amplificateurs pour qu’on entende bien ce que les négociateurs sont censés se murmurer à l’oreille. Il faut avouer que la clarté des débats n’y gagne rien, mais ça a le mérite de mobiliser l’attention du public et – on l’espère – de gagner quelque points de satisfaction dans les sondages. 

Car voilà la vérité : si Trump était assuré de gagner les « midterms » en bradant la bombe à l’Iran, il le ferait.

mercredi 17 juin 2026

Ah !... Le progrès ! – Chronique du 18 juin

Bonjour-bonjour

 

Ah !... Le progrès ! Qui donc n’a pas rêvé d’un monde où plus rien ne serait comme avant, où les voitures voleraient et les téléphones équipés d’un écran, permettraient de voir son interlocuteur. 

- Oui, mais tout ça, c’était avant – dans les années 50-60 quand on imaginait que l’an 2000 serait l’occasion de nouveautés technologiques saisissantes. – Et puis nous voilà en 2026 : certaines de ces nouveautés sont apparues et puis on les a laissées tomber, par désintérêt. Ainsi des images en 3D ; et même dans une certaine mesure du téléphone avec vision existent, certes, mais restent tout à fait facultatif.

On est même revenu sur certaines innovations, délaissant au passage les progrès réalisés ; c’est comme cela qu’on assiste à la réapparition des microsillons, chargés de la nostalgie des 45t de nos ancêtres.

Une autre preuve du rôle joué par cette nostalgie : voici qu’une marque automobile réputée pour son excellence technologique, je veux parler de Porsche, a eu l’idée d’installer un simulateur de boite de vitesse mécanique sur son dernier modèle électrique. Voyez plutôt : « En alternative au mode automatique, les conducteurs peuvent passer d’un rapport virtuel à l’autre à l’aide des palettes du volant sport GT. Les changements de vitesse sont simulés de manière très réaliste : des à-coups perceptibles, un couple de traînée spécifique à chaque rapport – comparable au frein moteur d’un véhicule thermique. » Dans le même temps, « Le son intérieur et extérieur du Porsche Electric Sport Sound s’adapte à la situation de conduite en fonction de la charge et du régime moteur » (Lu ici)

Quiconque a eu l’occasion de voyager dans une voiture électrique a pu apprécier le silence dans l’habitacle, le confort d’une voiture qui accélère sans accoups et la sensation de glissement dans l’espace. Hé bien c’est tout cela qui est supprimé par un renfort technologique qui recrée le bruit, les vibrations et les secousses à l’accélération. Ne vous moquez pas : vous même vous acceptez bien de retrouver les craquements et la bande passante limitée de vos antiques microsillons tout-juste sortis des usines où on les réanime après les avoir détruits autrefois.

On le devine : tout cela nous parle de notre nostalgie, de notre attachement au passé de nos grand-mères. L’odeur de leurs confitures mijotant sur le coin de la cuisinière s’est dissipée, mais on veut la retrouver, même s’il faut, abandonnant la plaque à induction, casser du bois pour la cuisson. 

 

 

Bizarre ? Oui, mais on est fait comme ça.

mardi 16 juin 2026

Quel est l’organe du consentement ? – Chronique du 17 juin

Bonjour-bonjour

 

L’affaire Patrick Bruel oppose très classiquement des femmes qui accusent le chanteur de les avoir violées – et lui qui rétorque qu’elles étaient consentantes. On a fait des tonnes de commentaires sur le sujet du consentement et je ne me risquerai pas à en rajouter. Pourtant, il existe encore un doute : celui d’un retournement de l’appréhension de la situation : est-il possible que dans certains cas un consentement authentique disparaisse et que ne reste que la situation d’un rapport finalement désagréable ?

Le chanteur Dave l’affirme : il a connu des femmes qui lui ont dit ne plus avoir du tout le souvenir d’avoir consenti à l’acte sexuel auquel elles semblaient pourtant avoir été consentantes. Dave ajoute : « Ça m’est arrivé une fois de me trouver dans le lit avec une fille qui avait des phénomènes très clairs qu’ont les femmes quand elles sont excitées, et qui me disait ‘Oui mais ce n’est pas ma tête qui a envie’. » (Lu ici)

Les amateurs de chanson d’autre fois se rappelleront "la servante du grand café" qui refuse les avances d’un jeune Bidasse après lui avoir – du moins le croit-il – répondu favorablement : « Mais les femmes, ça n'a pas d'raison / Quand ça dit oui, ça veut dire non. »

Cette dissociation entre le désir et la raison, pourrait-elle expliquer ce sentiment de viol a posteriori ? Voilà en tout cas une question qui peut interpeller le philosophe (ainsi que le psychologue). Comme je l’ai dit plus haut les débats sur le consentement ont à peu près épuisé la question. Reste à imaginer une situation où la jeune femme qui répond à Dave « ce n’est pas ma tête qui a envie » serait sincère : est-ce que cela changerait quoique ce soit au jugement final ?

lundi 15 juin 2026

De la guerre sainte – Chronique du 16 juin

Bonjour-bonjour

 

La sainteté de la guerre est peut-être toujours présente au fond des conflits qui ensanglantent notre époque : les ukrainiens font-ils autre chose que sauver leur patrie des prétentions russes à l’annihiler en l’intégrant à la Russie ?

Pour évoquer ce sujet on peut provisoirement prendre un peu de champ. Et réfléchir au mal dont la destruction est la justification finale des combattants. Autrement dit, faire la guerre c’est se livrer à un malicide.

- « Malicide » : Un mot nouveau pour justifier la guerre et le meurtre. Signifiant le fait d’« ôter la vie d'un méchant » et plus particulièrement d’un hérétique, il nous découvre un domaine où le Bien et le Mal sont les seuls déterminants des rapports humains. Entendez que le respect de la personne humaine, son inviolabilité, sont subordonnés à la valeur que lui attribue ou lui refuse un système de valeurs enraciné dans une croyance religieuse - ce qui nous ramène à la guerre sainte.

C’est ainsi que Saint Bernard rassure les Templiers, ces croisés permanents : s’ils sont tués au combat, ils gagnent le Paradis car ils meurent pour Dieu ; lorsqu’ils tuent en combattant l’infidèle, ils n’encourent aucun risque pour le salut de leur âme car, ce faisant, ils ne commettent pas un homicide, mais un « malicide ». Pour Dieu l’homme n’a de valeur que dans la mesure où il accepte la mission qui lui est assignée, à savoir chanter Sa gloire. Dès qu’il en déroge, alors Dieu, c'est à dire les hommes missionnés pour œuvrer à sa place, peuvent le supprimer.

Dès qu’on veut sanctifier la guerre il faut donc deux choses :

- des valeurs fondées dans l’absolu ;

- des hommes missionnés pour châtier ceux qui ne les respectent pas

Pour qu’une telle situation soit acquise, il faut donc donner congé aux valeurs humanistes qui accordent cette universalité à l’être humain entendu dans sa plus grande extension, et accepter que les valeurs soient fondées sur une source extérieure à l’humanité, comme l’est un Dieu transcendant qui est, par nature, en dehors d'elle.

dimanche 14 juin 2026

Le droit à la haine – Chronique du 15 juin (2)

 

N.B. Un autre post est publié ce jour – voir ci-après

 

 

Bonjour-bonjour

 

 

Je publiai récemment (ici) un texte consacré à « la prière du para » qui demande à Dieu des ennemis à détruire. Je voyais en cette prière un signe fort abstrait du goût pour la violence et le massacre mutuel des hommes.

Or voici que l’actualité met au premier plan un exemple beaucoup plus concret en la personne d'un nouveau partisan de l’extrême-droite italienne, le général Roberto Vannacci, 57 ans, qui vient de fonder son mouvement à la droite de la Ligue du Nord. 

 


L’ex-général Roberto Vannacci, 

 

Dans un essai raciste et homophobe, Roberto Vannacci s’insurge contre « les règles douteuses d’inclusion et de tolérance imposées par les minorités », et il revendique « le droit à la haine ».

L’époque qui a porté Donald Trump au pouvoir nous a habitués à entendre n’importe quoi. Mais le droit à la haine, ça c’est quand même nouveau.

On ne se laissera pas distraire par les interrogations que soulève un tel droit : on admettra qu’il s’agit d’abord d’une tolérance qui est argumentée par un refus d’admettre dans la société – voire même dans le genre humains – des communautés telle qu’en forment par exemple les gays. - Ou les juifs ce dont on aurait un exemple historique avec l’antisémitisme nazi.

On le voit : le pire n’est pas la haine, mais les raisons par lesquelles on la justifie. Car l’amoureux trahi peut bien haïr la femme qui l’a trompé et refuser de lui pardonner. C’est un fait d’ordre purement privé et on le laissera ruminer sa vengeance : cela ne nous concerne pas. En revanche s’il trouve là une raison pour condamner toutes les femmes comme étant des êtres inférieurs dans l’espèce humaine, là il y a danger de décivilisation (au sens macronien du terme).

On ne peut pas aimer tout le monde, dit la sagesse populaire : ce serait de toute façon une utopie. Mais donner une place à la haine, si peu que ce soit, et c’est le fameux « vivre ensemble » qui se trouve ruiné.