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samedi 6 juin 2026

I want to thank myself – Chronique du 7 juin

Bonjour-bonjour

 

Hier, je regardais distraitement la cérémonie de remise des prix du Tournoi de Rolland Garros, lorsque mon attention fut attirée par une inscription, floquée sur la veste de Mirra Andreeva : « I want to thank myself ».




Cette formule, sans doute reprise du chanteur Snoop Dogg, a retenu mon attention, d’autant que Mirra Andreeva l’a développée explicitement (cf. ici). Mais plus généralement, cette façon de se tourner vers soi-même, de se remercier comme on remercierait un partenaire fidèle, surprend, alors que l’on ne manque pas de se gourmander lorsqu’on a oublié ou raté quelque chose d’essentiel : « Que je suis bête ! » Tout se passe comme si on était sous la surveillance d’un éducateur sévère qui nous taperait sur les doigts pour nos fautes et qui par ailleurs dirait : « Si je ne dis rien, alors c’est que ça va ».

Cette façon de se diviser entre professeur et élève fait bien sûr penser à la structure de la personnalité psychique selon Freud, entre le Ça, le moi et le surmoi. Voici les termes dans lesquels Freud décrit l’action de ce dernier : « Le surmoi sévère ne perd pas de vue le Moi et, indifférent aux difficultés opposées par le ça et le monde extérieur, lui impose les règles déterminées de son comportement. S'il vient à désobéir au surmoi, il en est puni par de pénibles sentiments d'infériorité et de culpabilité. » (Voir ici) Si la punition est au menu de cette surveillance, nulle récompense en revanche n’est à en attendre.

Et c’est là mon étonnement : pourquoi cette asymétrie me parait-elle si évidente ? Pourquoi le plaisir du succès n’est-il pas pour moi un sujet de fierté ? Pourquoi suis-je si prompt à m’humilier moi-même et si peu enclin à me valoriser ? Question d’éducation, dira-t-on, pour moi boomer issu de l’éducation castratrice et qui avait des comptes à régler avec mon père. Tout cela a dû s’évaporer dans l’éducation moderne : cette auto-humiliation a-t-elle disparu pour autant ? Sans doute pas tout à fait puisque Mirra Andreeva a eu besoin des services d’un psychologue américain pour découvrir qu’elle méritait de s’auto-féliciter. D’où lui venait donc cette intuition de la faute ? 

Et si, justement c’est cette culpabilité-là qui était première, édifiant un rempart pour empêcher l’auto-récompense – alors même que le cerveau est construit sur elle : ne devrions-nous pas dire qu’il y a un conflit originaire entre la nature et la civilisation ?

vendredi 8 mai 2026

Une guerre à cent-balles– Chronique du 9 mai

Bonjour-bonjour


En Ukraine, on fabrique des intercepteurs qui sont des mini-fusée imprimées en 3D pour un prix qui oscille entre 1 000 à 3 000 euros l’unité. Quand on dit « intercepteur » il faut comprendre que ces engins sont capables d’abattre des drones comme le Shahed qui fait cinq fois sa taille en plein vol. « Le voilà, cet intercepteur qui fait l’envie des pays du Golfe. » Depuis leur déploiement, il y a tout juste six mois sur le front ukrainien, ces fusées en plastique ont révolutionné la défense antiaérienne. (Lire ici)

- Autant dire que les nouveaux progrès en matière de guerre ne se font plus en direction de plus de performance, plus de technologie, plus de puissance de feu, mais en direction du coût qui permet d’en sacrifier 99 pour réussir avec le 100ème. Nous sommes désormais dans la logique de la reproduction sexuée où la nature sacrifie des milliers de spermatos alors qu’un seul suffit.

 


Les drones comme leurs intercepteurs attaquent en meute, exactement comme les spermatos : tous sacrifiés sauf un.

 

Pour mener une telle guerre, il faut oublier les stratégies du passé et leur armement terrible pour accepter l’obscur sacrifice des armes en plastoc’ à la redoutable efficacité. 

--> Suivre le modèle de la nature, voilà l’idée de génie. Après tout, les espèces vivantes se reproduisent depuis leur origine comme cela.

mercredi 25 mars 2026

Le Bon plaisir – Chronique du 26 mars

Bonjour-bonjour

 

Ceci est une photo montrant un jeune lynx pardelle (= Lynx endémique de la péninsule Ibérique) en train de jouer avec sa proie, à Torre de Juan Abad, en Espagne. (voir ici)

 


A l’époque où nous désespérons de voir l’humanité abandonner la brutalité et la violence aussi bien avec les humains qu’avec le milieu naturel, la nature nous suggère que cette violence est la source de joie et de plaisir dont les espèces prédatrices font ouvertement usage. Car ce jeune lynx au lieu de tuer et dévorer dans l’instant de la capture ce petit rongeur se plait à mimer le moment de sa prise. Ce n’est pas seulement un repas qu’il vient d’attraper : c’est un moment de joie, lorsque l’instinct du chasseur se trouve satisfait dans le moment de la conquête.

Je ne connais que Nietzsche pour avoir dit quelque chose d’essentiel là-dessus : du temps des romains, le dédommagement de la victime se faisait en livrant le coupable au bon plaisir de la victime qui est libre alors de lui infliger tous les tourments qu’il aura plaisir à lui faire subir : ce dernier étant justement le dédommagement que nous pouvons attendre de l’existence lorsqu’elle a été lésée. Et le Tourmenteur pourra dire à sa victime : « Tu souffres parce que tel est mon bon plaisir »

Qu’est-ce qui exprime le mieux la nature humaine ? Ce qui ne s’exprime que chez quelques rares individus admirés comme héros, ou dans la totalité de la population dont cette cruauté serait la nature générique ?

samedi 1 novembre 2025

Du CO2 à plein poumons – Chronique du 2 novembre

Bonjour-bonjour

 

Certains, soucieux de délivrer la planète de son principal prédateur, s’en réjouiront : la science est catégorique, l'espèce humaine va disparaître.

Evelyne Heyer, professeure d'anthropologie génétique au Muséum national d'histoire naturelle l’a rappelé « C'est la règle de l'évolution : toutes les espèces disparaissent /…/ Dans l'extraordinaire saga des lignées humaines, il y a déjà eu des extinctions, dont la plus récente : l'homme de Néandertal » 

Toutefois, « le moteur de l'évolution reste le hasard » /… et/ l'espèce humaine continuera peut-être d'évoluer au fil des millions d'années à venir, peut être vers une forme évoluée de l'humain. (Lu ici)

--> De fait, il n'y a que deux possibilités : soit une crise majeure où un phénomène extérieure nous extermine dans une fulgurante catastrophe ; soit notre « espèce fine » s'éteindra pour laisser place à d'autres espèces « fines ».

Que penser de cette alternative ? Imaginez-vous qu’en effet, dans quelques temps, de jolis animaux gambaderont dans de belles forêts, et des truites sauteront dans de belles petites rivières, sans qu’aucun produit chimique, aucun bulldozer ne viennent les débusquer ni les empoisonner.

 


- A moins que… Oui, imaginez ce que serait la nouvelle espèce humaine « fine » pour reprendre le terme de l’anthropologue. Cette nouvelle espèce humaine sera mieux adaptée à l’environnement – oui, mais quel environnement ? Celui que nous sommes en train de saccager ? Ou bien un autre, entièrement créé par des artefacts humains ? Imaginez qu’après avoir inventé l’homme augmenté, nous ayons inventé la nature augmentée ? Avec des arbres, des oiseaux, des animaux à quatre pattes dont la caractéristique principale serait leur aptitude à survivre dans une nature définitivement polluée, tirant leur substance d’un air vicié et d’une terre empoisonnée ?

Avec des hommes devenus capables de vivre à condition de respirer du CO2 à plein poumons.

jeudi 21 août 2025

Opération dopamine – Chronique du 22 aout

Bonjour-bonjour

 

Si le bonheur est une notion bien difficile à appréhender, les neurosciences se sont débrouillées pour la remplacer par une autre notion : la « récompense » liée à des situations bien définies et associée à des substances parfaitement connues.

1°) Et d’abord, la nature de la récompense : « En neurosciences, on identifie deux grandes sources de récompense : « La première est liée aux plaisirs dits “hédoniques”, c'est-à-dire la recherche d'une satisfaction facile et immédiate. La deuxième, appelée “eudémonique” résulte d'un sentiment de réalisation personnelle ; on a réussi à se dépasser, on a mené à bien une tâche ardue, on a donné du sens à son action, etc. » (selon le psychiatre David Gourion – lu ici)

Or, des études scientifiques révèlent que ce plaisir différé, lié au travail et à l'effort, est une source de récompense plus intense et plus durable que le plaisir immédiat, et contribue davantage à notre bonheur. » Autrement dit c’est l’effort qui produit cette substance source de bonheur.

2°) La substance donc : il s’agit de la dopamine dont on voit qu’elle est produite essentiellement par notre cerveau : « La dopamine est souvent surnommée « hormone du bonheur », car elle est libérée par notre cerveau lors d’expériences associées au plaisir. Elle a une influence sur le comportement, le bien-être, le désir… Plus notre organisme en produira, plus nous serons motivés et mieux nous nous sentirons.

La dopamine joue notamment un rôle dans l’amour et le plaisir sexuel, tant chez l’homme que chez la femme. » (voir ici)

La question n’est plus alors que de trouver la meilleure façon de diffuser de la dopamine dans notre cerveau et le tour sera joué. 

3°) Or c’est ici que les assurances qui viennent de nous être données plus haut sur la moralité et la haute valorisation des efforts sources de dopamine se révèlent un peu surfaites. On constate en effet que les recettes pour créer de la dopamine sont multiple et pas toujours très « morale ». Il y a bien entendu l’effort physique et les activités socialement valorisées, comme d’écouter de la musique - seulement ça, on peut le faire vautrés sur son canapé. 

 


Et puis on a aussi tout ce qui accompagne la sexualité et qui n’est pas forcément très méritant sauf à envisager l’intérêt de la sexualité pour la reproduction et la survie de l’espèce.

Moralité : si on cherche dans la nature la source de comportements exclusivement vertueux, on risque bien d’être déçus. Car la nature n’a aucune volonté, ni aucune intention. Elle comporte seulement des mécanismes dont certains effets peuvent être statistiquement favorables au développement de la vie. Mais elle n'a rien à opposer au détournement de ces  mécanismes vers des satisfactions strictement individuelles - comme (entre autre) le plaisir sexuel. 

jeudi 27 février 2025

A Tchernobyl, un champignon se nourrit de la radioactivité – Chronique du 28 février

Bonjour-bonjour

 

La découverte que tout le monde espérait sans trop y croire vient de se produire : à Tchernobyl prospère un champignon « radiotrophe » qui se nourrit de la radioactivité et donc qui décontamine le site. Le «Cladosporium sphaerospermum» s'épanouit en absorbant les radiations pour les transformer en énergie métabolique  : si ce champignon est exploitable, il pourrait éviter de coûteuses opérations de décontamination, aujourd'hui réalisées par une main-d'œuvre humaine dans des conditions dangereuses. (Lu ici)

 

- Mais ce n’est pas tout : on apprend incidemment (grâce à Wikipédia) que ce champignon n’est pas seul à posséder cette caractéristique, et que toute une classe de champignons sont également radiotrophes :

 

 


Champignons radiotrophes

 

Ce champignon, capable de capter les rayonnements ionisants et de les transformer en énergie utile à son métabolisme, pourrait donc nous aider à nettoyer les déchets nucléaires : finies les angoisses de ces déchets de nos centrales capables de contaminer la nature des milliers d’années après qu’ils aient été générés par nos centrales. Alléluia ! 

- Attendez, j’ai gardé le meilleur pour la fin. Car la substance grâce à laquelle ces champignons se nourrissent de radioactivité n’est pas si rare que ça : il s’agit de la mélanine, molécule présente également dans notre peau et qui lui permet de bronzer. Et donc : une petite manipulation et hop ! Voilà les humains (africains à la peau noire particulièrement) qui deviennent capables de dégrader la radioactivité et sa nocivité avec.

- Et maintenant, rêvons un peu. Ces champignons auraient gardé intacte une propriété datant des premiers moments de la vie sur terre quand les proto-organismes devaient affronter des conditions extrêmes de chaleur et de radioactivité. Dégradées dans la plupart des cas, mais maintenues actives dans quelques autres, voilà ces capacités, qui nous font pourtant défaut aujourd’hui, susceptibles de revenir à la vie.

Merci la nature !

lundi 20 janvier 2025

Drill, baby, drill. (Fore, mon chou, fore) – Chronique du 21 janvier (1)

 



 

 

Bonjour-bonjour

 

« Drill, Baby, drill » : cette consigne de forer le sol dans le but de découvrir de nouveaux gisements de pétrole est l’injonction que Donald Trump oppose à la politique « verte » de protection de l’environnement. Même les plus protecteurs de la nature parmi ses soutiens pensent qu’il y a ceux qui, de naissance ont le droit de produire et de consommer le pétrole – ce sont les américains – et les autres.

On a là un très remarquable refus de changer de mode de vie : celui qui ne passe même pas par la dénégation. Certes beaucoup des électeurs du 47ème Président des USA croient aux légendes selon lesquelles c’est le changement d’orbite de la terre qui cause le réchauffement climatique, et que les hommes n’en sont pas responsales et encore moins capables d’y faire quelques chose – mais ici, ce sont des gens qui disent : « Je sais bien qu’il ne faudrait pas, mais je n’y peux rien. Je fais partie d’une race de producteurs/consommateurs pétroliers. C’est dans la nature du peuple américain. Il faut l’accepter ».

On aurait le même refrain à propos du port d’armes : « Je dois être armé pour, protéger la Constitution ; tous les américains ont ce devoir » - ou encore : « Nous avons toujours été et nous sommes encore des conquérants d’espaces nouveaux, nous allons annexer le Groenland et le Canada ».

Bref, les américains possèdent un droit naturel qui leur épargne de prendre soin des autres êtres également naturels. Je ne sais pas comment leurs pasteurs se débrouillent avec ça, quel statut leur religion donne au devoir de charité – peut-être voient-ils ça comme étant réglé par la justice céleste du seigneur ?

- En tout cas, la Planète ne dit pas « Merci » au 47ème président.

vendredi 10 janvier 2025

Vanité des vanités : ça crame aussi chez les rupins – Chronique du 11 janvier

Bonjour-bonjour

 

Stupéfaction ! L’incendie qui ravage Los Angeles ne s’en tient pas aux quartiers populaires : même les résidences de super-luxe sont concernées. « Ce sont certaines des maisons les plus chères des États-Unis qui sont parties en flammes, dans les incendies qui ravagent depuis le 7 janvier les abords de Los Angeles. Le quartier huppé de Pacific Palisades, qui héberge de nombreuses célébrités, a été ravagé par les flammes et le feu s’est attaqué aux collines de Hollywood, à quelques centaines de mètres du célèbre Hollywood Boulevard. » (Lu ici)

 

 


Une maison ravagée par les flammes lors d'un incendie dans la région d'Altadena, dans le comté de Los Angeles, en Californie, le 8 janvier 2025. - © Josh Edelson / AFP

 

Occasion de le rappeler : on pourra créer tant qu’on voudra des environnements de rêve, des greens au milieu du désert, des piscines chauffées pour se baigner au-delà du cercle polaire, des réserves de jungle sous bulle dans les Center-parcs, etc-etc… : tout cela n’existera qu’à condition de trouver un milieu global terrestre, ce qui veut dire qu’au final, c’est toujours le même air, la même eau, le même sol qui permettront à ces environnements postiches d’exister. Là où la main de l’homme ne suffit plus, les lois de la nature reprendront toujours le dessus.

Mais notre stupéfaction va peut-être encore plus loin dans le domaine de l’étonnement. Ne sommes-nous pas stupéfaits de voir que l’excellence de ces maisons (des maisons « de milliardaires ») ne les protège pas de la destruction : masures ou palais, tout ça flambe comme une allumette !

Rappelons-nous des « Oraisons funèbres » qui ont rendu célèbres Bossuet : « Vanité des vanités, a dit l’Ecclésiaste : vanité des vanités, & tout est vanité. » Ce qui signifie que des siècles passés jusqu’à aujourd’hui le prestige social n’a pas plus de force devant les ravages de la nature. Certes, on possède aujourd’hui un peu plus de ressources devant les maladies – mais nous touchons rapidement aux limites du pouvoir humain. Contre la peste nous pouvons mieux nous protéger qu’autrefois. Mais une épidémie subite d’un virus incontrôlé va niveler les niveaux sociaux. On dira qu’il y a encore des traces de la richesse dans les ruines de Mayotte, selon qu’on a un fatras de tôles d’un bidonville ou des murs encore debout de la ville ; mais la misère n’est que repoussée, son anéantissement n’est pas encore d’actualité. 

jeudi 31 octobre 2024

Le désordre de la nature – Chronique du 1er novembre

Bonjour-bonjour

 

Qu’est-ce que la nature ? C’est avec cette question que l’on peut le mieux découvrir les idéologies les plus secrètes. Que la Nature (orthographiée avec une majuscule) soit assimilée à une volonté lucide de ses choix, ou à une entité toute puissante, décalque laïc de Dieu, elle reste en tout cas douée d’un esprit quasiment humain dont on peut interpréter les phénomènes dits « naturels ».

Par contre, voici qu’aujourd’hui la nature n’est plus qu’un ensemble de phénomènes caractérisés justement par le fait qu’ils ne sont pas ceux qu’on attendait. 

Par exemple, les inondations en Espagne, ou encore ceci :

 


… ça, c’est la Sahara où des inondations viennent rappeler qu’il y a 10000 ans il était couvert de végétation où l’eau ruisselait dans le lit des rivières asséchées depuis. Aujourd’hui, on enregistre des morts dans la faible population du désert – morts par noyade !

 

Les défenseurs de l’ordre naturel l’affirment : non la nature n’a pas « voulu » ce dérèglement – raison pour laquelle justement on emploie ce terme : au départ était la règle, puis l’homme est venu qui n’a, pour défaire cela, juste attendu d’en avoir le pouvoir.

Aucun ordre nouveau n’est venu remplacer l’ordre ancien détruit par cette puissance de la technologie humaine. Pourquoi ? Parce que la volonté qui sous-tend cette action qui dérègle le climat n’a qu’une logique : celle du profit ; et le profit n’a aucun ordre, ni aucune limite, étant donné que le profit lui-même ne connait qu’une seule loi : celle de son auto-production et de son accumulation.

Oui, le dérèglement repose sur une loi parfaitement définie : c’est la loi du profit.

jeudi 24 octobre 2024

Des champs de blés dans la cave – Chronique du 25 octobre

Bonjour-bonjour

 

Si vous êtes un adepte de la permaculture, ce qui suit n’est pas pour vous.

Vous croyez peut-être que dans le déni de la nature le comble était atteint avec les cultures hors-sol ?

 

Culture de tomates sur laine de roche

 

La vérité, c'est que les récents progrès de la science renvoient nos méthodes de culture, entre autres avec la culture hors-sol, aux oubliettes : il s’agit cette fois de se passer définitivement non seulement de terre ou de soleil, mais encore de lumière.

Cette découverte est celle de « l’électro-agriculture » que l'on découvre dans cet article :

« L’électro-agriculture repose sur un principe simple mais révolutionnaire : remplacer la photosynthèse traditionnelle, où les plantes convertissent seulement environ 1% de l’énergie lumineuse absorbée en énergie chimique, par un processus beaucoup plus efficace. Cette méthode utilise des panneaux solaires pour générer une réaction chimique entre le dioxyde de carbone (CO2) et l’eau, produisant de l’acétate. L’acétate est une molécule simple que les plantes peuvent directement utiliser comme nourriture » - et attention, là est l’essentiel : « éliminant ainsi la nécessité de la lumière solaire pour la croissance des plantes. »

 

- Au cas où vous n’auriez pas tout compris, l’article précise : « La culture pourrait alors se faire dans des fermes verticales, multi-étages, où chaque niveau optimise l’espace et les ressources, rendant la production alimentaire plus durable et moins dépendante des variations climatiques. Si on s’en referre aux capacités actuelles, on pourrait nourrir une population de plus de 136 milliards d’habitants avec cette méthode ! »

Tout en nous reproduisant comme des lapins, nous pourrions multiplier les surfaces cultivables nécessaires pour nourrir une humanité comptant – oui, vous avez bien lu – 136 milliards d’individus tout en libérant les sols pour un retour à leurs fonctions naturelles. Retrouvez les bois, les taillis et les petites mésanges qui nichent dedans ! Libérez les pâturages pour que les abeilles y bourdonnent pendant que dans des caves ou des immeubles ad-hoc les champ de blés et de betteraves se développeraient nourris à l’acétate généré par des panneaux solaires !

Alors, tous ceux qui se lamentent déjà de ces tomates cultivées hors-sol et dont la saveur ne les satisfaits pas, pourront certes déplorer que les fruits de la nature aient disparus au bénéfice des produits de l’agro-chimie. Mais leur désolation vient-elle de considérations gastronomiques ou d’idéologie naturaliste ?

vendredi 20 septembre 2024

Le Sahara inondé – Chronique du 21 septembre

Bonjour-bonjour

 

C’est l’été : profitez-en parce que demain ce sera l’automne.

Bien… est-ce avec cela qu’on va révolutionner notre journée en renouvelant notre regard sur le monde ?

Non ? Un peu de patience, s’il vous plait. Car l’info-climat de ce matin c’est que le Sahara est inondé par des pluies incessantes et cela depuis plusieurs semaines. Ainsi, voilà ce que les chameaux découvrent à présent :

 


Bon : les chameaux ont les pa-pattes dans l’eau : et alors ? Risquent-ils d’avoir des rhumatismes ?

En fait la chose est un peu plus sérieuse que cela – Voyez cet article du Huffington post : « Des images captées par des satellites de la NASA avant et après ces pluies montrent le verdissement d’une partie du désert vu de l’espace au cours des dernières semaines. La comparaison avec des prises de vues à la même date, en 2023, ne laisse aucun doute sur les conséquences du temps plus humide cette année sur la végétation. »

Autrement dit, alors que nos régions méditerranéennes se dessèchent et deviennent de vrais déserts, le Sahara … verdit

 

Pour qui a la mémoire longue et se rappelle des images désolantes prises au Sahel entre 1970 et 1990, montrant le dessèchement progressif et semble-t-il irréversible des régions subsahariennes, les images du Sahara d’aujourd’hui ont quelque chose d’irréel.

- Peut-être est-ce l’occasion de réfléchir sur la temporalité des phénomènes climatiques : les effets du changement climatique sont sans doute parfaitement réversibles, tout dépend de la durée durant laquelle les modifications ont été enregistrées.

Alors, certes nous n’avons pas de témoignages observables sur le réchauffement climatique ; mais on peut quand même en observer certains aspects avec le phénomène de glaciation : voyez la végétation d’altitude au-delà de 2000 mètres, tels les edelweiss. Du temps de la dernière glaciation, ces plantes étaient tout ce que la nature faisait croitre au-dessus des glaciers, et encore aujourd’hui elles marquent la limite qui séparait alors la vie de la stérilité. Tout ce qui pousse en-dessous de cette limite est revenu du néant, tout comme la frange verte au sud du Sahara qui apparait sur la photo-satellite a surgi des sables stériles.

Bien sûr, le Sahara n’est pas prêt de redevenir vert, et la longue durée pour voir cela sera sans doute une « très-longue » durée : je ne veux pas dire que nous pouvons dérégler le climat tranquilou, assurés qu’un jour ou l’autre on repassera le film à l’envers. Mais rappelons-nous que malgré sa complexité, la nature est avant tout une grosse machine et que ce qui a fonctionné dans un sens pourra un jour re-fonctionner dans l’autre.

mercredi 8 mai 2024

À Flamanville : toujours plus ! – Chronique du 9 mai 2024

Bonjour-bonjour

 

Depuis mardi Christine fonctionne à Flamanville ! Après 12 années de retard, on n’en était plus tout à fait certain : pourrait-elle voir le jour ?



EPR de troisième génération à la centrale de Flamanville. France, le 25 avril 2024


Il faut dire que Christine est le nom donné à la turbine EPR de 3ème génération qui va produire à elle toute seule autant d’électricité qu’une centrale toute entière, avec moins de consommation et moins de déchets. Christine attend 57 petites sœurs, dont la naissance doit s’échelonner jusqu’en 2050 – ou plus qui sait ? Voilà une famille bien nombreuse…

 

Après ce moment de satisfaction vient le temps de la réflexion : fallait-il ouvrir une nouvelle usine capable de produire toujours plus d’énergie ? Ne fallait-il pas profiter de l’obsolescence du parc nucléaire pour ralentir puis stopper la production d’électricité ? En bref : n’était-ce pas le moment d’infléchir ce mouvement initié au néolithique qui consiste à faire reposer la vie de l’humanité sur la production et la consommation d’énergie ? Toujours plus d’énergie ?

 

Tentons de penser une telle inflexion.

- Déjà, que signifie cette notion de « vie de l’humanité » que nous venons d’oser ? Ne vaudrait-il pas mieux parler de « survie » puisqu’arrêter la production d’énergie supplémentaire suppose que l’humanité cesse de progresser quantitativement ? Comme n’importe quelle espèce animale, l’humanité dépend des ressources de son milieu pour sa croissance. Que ces ressources stagnent signifie qu’elle ne peut plus s’accroitre. Mais pourquoi le déplorer ? Ne croyez-vous pas que nous sommes assez nombreux comme ça ?

- La Bible dit  : « Dieu /.../ bénit /Adam et Eve/ et Dieu leur dit : Soyez féconds, multipliez, remplissez la terre, et l’assujettissez ; et dominez sur les poissons de la mer, sur les oiseaux du ciel, et sur tout animal qui se meut sur la terre. » (Genèse 1 :28). Bien. Mais n’avons-nous pas fini de remplir la terre de nos rejetons, et n’en sommes-nous pas, après avoir « assujetti » les poissons et les oiseaux et tout ce qui bouge, en train de détruire tout cela ? Dieu nous en a confié la garde.

Nous avons le droit d’exploiter la nature, mais aussi le devoir de la protéger.

jeudi 21 décembre 2023

Les étranges statistiques de Jean Viard – Chronique du 22 décembre

Bonjour-bonjour

 

Entendu ceci hier soir à la télé : « Pour faire un enfant on fait aujourd’hui 2000 fois l’amour, alors qu’avant c’était 200 fois. » Il s’agit d’une des nombreuses statistiques avancées par le sociologue Jean Viard pour faire comprendre combien le monde a changé.

Et c’est vrai qu’à présent on b*** en se protégeant des risques de procréation beaucoup plus qu’avant – à moins que ce soit aussi parce qu’on accorde beaucoup plus de temps et d’énergie à cet acte ? Probablement les deux à la fois.

 

Oui – et alors ? Qu’est-ce que ça montre ? Qu’on veut avoir le beurre sans avoir à le payer ? Jouir sans entraves sans ramasser le marmot qui va avec ?

Lisons plutôt Schopenhauer (par exemple ici) : l’amour sous toutes ses formes, qui vont de l’amour romantique à l’amour érotique en passant par l’amour romanesque, n’est jamais qu’une expression de la volonté de vivre, c’est à dire de l’instinct de reproduction par lequel l’espèce gouverne les individus dans son propre intérêt. Autrement dit, derrière l’élan sexuel, y compris sous toutes ses déclinaisons symboliques, se cache le besoin pour l’espèce de se perpétuer par la procréation. Les individus, en pourchassant avec passion l’amour croient n’obéir qu’à leur élan strictement égoïste, mais ce n’est qu’une illusion trafiquée par la Nature pour nous faire oublier les conséquences inéluctables de notre sexualité.

 

--> C’est là qu’on comprend combien la remarque de Jean Viard est pertinente : notre génération a appris à découpler la jouissance sexuelle de la procréation, à rafler la mise sans avoir à payer la contrepartie. Ce faisant nous désobéissons à cette volonté de vivre placée en nous par la Nature. Mais après tout, en matière de tromperie c’est elle qui a commencé en nous faisant croire que l’amour n’était que la quintessence de la subjectivité, et non un dispositif au service de l’espèce.

Le Seigneur-Dieu a sévèrement puni Adam et Eve pour lui avoir désobéi. En le remplaçant par son équivalent laïque qu’est la Nature, nous nous protégeons d’une telle vengeance.

Mais attention ! Ça ne marche pas avec tout : voyez les retours de bâton qu’elle nous inflige suite à nos excès dans son exploitation.

lundi 6 novembre 2023

Des aurores boréales sur la France – Chronique du 7 novembre

Bonjour-bonjour

 

Des aurores boréales spectaculaires observées sur une grande partie de la France dimanche soir

Selon un expert, ce phénomène s'explique par "l’arrivée d’une vague de particules solaires", à l’origine d’une "tempête géomagnétique".

 

 

La roche de Solutré (vu ici)

 

- L’image a de quoi surprendre : elle montre la roche de Solutré telle qu’elle est apparue dimanche soir, illuminée par… une aurore boréale.

Inutile de rechercher des ours blancs rôdant dans les environs : il s’agit d’un phénomène lié à une activité solaire exceptionnelle et non d’un nouveau dérèglement du climat.


Je propose deux remarques :

            * D’abord que ce phénomène a pu se produire déjà dans le passé, simplement répertorié comme phénomène surnaturel, mis sur le compte d’un signe envoyé par Dieu ou quelque magicien. Cet évènement était alors porteur de signification qu’il était important de décrypter.

On voit combien la surnature était alors proche des hommes et combien les prophètes divinateurs de messages étaient importants. Rien n’arrive sans cause, rien n’arrive par hasard. Tout ce qui se produit est un présage destiné aux hommes.

            * Si cette image nous est parvenue, c’est parce que désormais des milliers d’objectifs photographiques sont en permanence braqués sur le monde. On est habitués à ces vidéos d’accidents ou de mauvais comportements des policiers, saisis à la volée par des passants porteurs de smartphones. On trouve normal de voir des tremblements de terre ou des incendies de forêts issus de caméras installées à demeure et qui filment des scènes vides de tout évènements jusqu’à ce que l’inattendu se produise.

Voilà : on a gagné en sensations, on a perdu en significations. Moins de cerveau « intellectuel », plus de cerveau « émotionnel ».

samedi 9 septembre 2023

Un monde sans âme – Chronique du 10 septembre

Bonjour-bonjour

 

Le tremblement de terre marocain a eu des effets dévastateurs dont un, particulièrement frappant, a été celui de l’effondrement du minaret de la mosquée de la Kasbah, dans la médina.

 

La mosquée de la Kasbah (12ème siècle). Vu ici

On se souvient peut-être du retentissement qu’avait eu, au 18ème siècle, le tremblement de terre qui avait partiellement détruit Lisbonne, et qui effondrant les églises au moment de l’office dominical, avait provoqué la mort de très nombreux fidèles. C’était la divine providence qui avait alors été interrogée : pourquoi Dieu dont la bonté et l’amour de l’humanité sont infinis avait-il frappé ainsi ceux-là même qui l’adoraient ? Voltaire avait ironisé là-dessus dans Candide.

Or, voici que personne ne s’interroge aujourd’hui : en détruisant, outre quelques milliers de fidèles, le minaret de sa mosquée, Allah a-t-il voulu dire aux marocains "Je ne veux plus de vos prières: non seulement je ne les exaucerai pas, mais je ne veux même plus les entendre !" Ça n’intéresse personne. Et puis qu’avaient donc fait les marocains pour être ainsi frappés par Allah ?

Oh, bien sûr je ne doute pas que certains fondamentalistes religieux en aient profité pour remettre en cause la libéralisation des mœurs qui s’épanouit ici et là au Maroc. Mais pour l’essentiel on n’en a pas entendu parler, ce qui signifie qu’il ne s’agit pas d’un fait social ; et pourtant la mode du complotisme aurait pu, selon la terminologie contemporaine, rendre cette idée virale.

Pour ma part je ne suis pas étonné de ce fait : on a perdu l’habitude de chercher une cause intentionnelle à des évènements naturels, et, à part ceux qui voient le dérèglement climatique comme une punition qui nous est infligée par la Nature entendue comme une puissance douée de volonté et de passion, personne ne voit dans l’orage une colère des Dieux.

Notre monde est un monde sans finalité : sans raison d’être, sans intention, nous n’avons pas à nous interroger sur un éventuels message que la Nature nous aurait envoyé : notre monde est un monde sans âme. 

La seule préoccupation est de savoir comment échapper à ses conséquences.

mercredi 14 juin 2023

Et pendant ce temps-là, le Sahel reverdit – Chronique du 15 juin

Bonjour-bonjour

 

« Pire qu’hier et bien mieux que demain » : telle semble être la devise des News qui nous abreuvent de catastrophes 24h/24h. Ainsi du climat, des canicules, de la sécheresse, inondations, incendies, famines, etc…

Et pourtant, cela n’est pas exact : il est une zone d’Afrique, pourtant réputée pour sa désertification sous l’effet de la pénurie d’eau, qui reverdit et redevient une zone de prospérité : j’ai nommé le Sahel.

Oui, le Sahel, même si la nouvelle vous parait incroyable. Lisez plutôt : « Le 10 mai 2023, le ministère malien de l'Agriculture a mis en ligne un communiqué très positif sur la récolte de céréales en 2023-2024. Cette saison encore, elle devrait battre celle de l'année précédente (de 6 % exactement), « sous l'effet d'une expansion des superficies plantées, d'une météorologie favorable et d'une distribution améliorée des engrais aux producteurs ».

Le Mali exporte désormais 10 à 15 % de ses céréales vers les pays voisins : « Dans ce pays, classé parmi les plus pauvres d'Afrique, les récoltes battent des records : + 69 % pour les céréales en 2022 par rapport à l'année précédente, avec une hausse d'un tiers de la superficie totale des cultures emblavées. » Si vous ne me croyez toujours pas, alors lisez ceci.

- Et il ne s’agit pas seulement du Mali mais comme on vient de le signaler, du Sahel : le retour de la pluie au Burkina Faso, au Mali, en Mauritanie, au Niger et au Tchad va se pérenniser, sous l'effet du changement climatique. « Les terres se réchauffent plus vite que l'eau dans le golfe de GuinéeCela rend la mousson plus puissante. »

 

- Vous en avez assez de toutes ces bonnes nouvelles ? Vous avez tort, car ce n’est pas fini : « Dans de nombreuses zones rurales du Sahel, la population a doublé et les rendements ont triplé, amorçant une boucle vertueuse. « Il y a de la main-d'œuvre pour travailler, de la pluie pour faire pousser des acacias qui fixent l'azote et de l'argent pour acheter des intrants. Résultat, la sécurité alimentaire s'améliore. Les terres sont très médiocres, mais, avec un travail intensif, elles nourrissent 400 habitants par kilomètre carré » (Lisez l’article ici)

 

Mais alors, pourquoi la famine, les misères et tous ces gens qui fuient ces zones pourtant redevenues fertiles ? La réponse est simple : les islamistes. La faim, la pauvreté, les épidémies etc. tout cela n’est pas naturel : ce sont les hommes qui en sont responsables, et il est inutile d’envoyer dans ces pays des agronomes et des semences : envoyez plutôt des commandos parachutistes et des armes de guerre.

Une catastrophe naturelle de moins ; un cataclysme dont les hommes sont responsables de plus.

Alors, vous êtes content ? Vous l’avez retrouvée la mauvaise nouvelle du jour.

lundi 10 avril 2023

Il nous faut panser le monde – Chronique du 11 avril

Bonjour-bonjour

 

Les jeux de mots ont depuis longtemps acquis leur droit de figurer dans les ouvrages de philosophie. Ainsi de Platon qui fait du calembour « sôma » - « sèma » (Le corps est le tombeau de l’âme) un argument pour affirmer que notre âme est piégée par les besoins et les désirs du corps, et qu’elle ne trouvera sa délivrance que dans la mort.

Il en va de même aujourd’hui avec cette thèse résiliente selon laquelle nous devons « panser », c’est-à-dire « réparer » la nature. De quelque façon qu’on l’entende, ce pouvoir parait être à la portée des hommes : puisqu’ils sont su dérégler la nature, il leur sera facile de réparer leurs méfaits : il leur suffira de retrouver les gestes ancestraux des cultivateurs, des éleveurs, voire même des chasseurs/cueilleurs.

Bien entendu il nous faudra perdre beaucoup du point de vue de nos capacités chimiques ou machiniques ; mais la Nature nous le rendra au centuple en restaurant les bienfaits que nous avons ignorés, tels que, par exemple, les vertus curatives du miel ou d’autres simples.

Dans le même temps se développe une « philosophie » du bien-être qui nous recommande le « lâcher prise » : « Cessons d’être empressés d’avoir des résultats, laissons à. la nature le temps d’agir et voilà le bien-être et l’environnement que nous avons aimé depuis notre toute petite enfance qui resurgissent ».

 

Nous faisons donc confiance à la Nature pour rétablir notre place en son sein, grâce à ses lois universelles, en nous permettant de revenir sur des décennies de progrès jugés aujourd’hui néfastes. Oh, bien sûr il faudra quand même trouver quelques parade à des fléaux qui ont décimés l’humanité ; la peste noire, le phylloxéra, le mildiou ont causé famines et morts en cascade. Mais on peut espérer aujourd’hui être assez savants pour faire jouer la nature contre ces fléaux naturels.

Comme nous le disions hier, même en obéissant à la nature on peut encore espérer lui commander le meilleur.

dimanche 9 avril 2023

Obéir et gouverner – Chronique du 10 avril 23

Bonjour-bonjour

 

Dans la période 1934-1936, il y aura bientôt un siècle, une étrange catastrophe s’abattit sur les Etats-Unis : la terre des champs partait en poussière, laissant un territoire dénudé et stérile. Des vents venus du centre du pays poussaient jusqu’à New-York ces nuages qui recouvraient absolument tout. La sécheresse et la surexploitation des sols ont été reconnues responsables et on s’avisa alors de suivre de plus près les rythmes naturels. Reprenant peu à peu une exploitation plus conforme à ce que pouvait produire la nature, on découvrit alors que pour l’exploiter il faut d’abord respecter ses capacités.

Cette période a vu se poser très concrètement les questions ouvertes au 17ème siècle par les philosophes : alors que René Descartes écrivait en 1637 que les hommes pouvaient espérer être « comme maitre et possesseur de la nature », Francis Bacon répondait en 1620 « On ne commande à la nature qu’en lui obéissant ». Notre époque a juste oublié qu’on pouvait à la fois obéir et gouverner.

Cette leçon n’est-elle pas celle que le mouvement écologiste nous prodigue avec les méthodes de la permaculture ? Avec cette vérité : pour suivre la nature il faut aussi entrer dans son processus de renouvellement cyclique : voyez les bourgeons qui grossissent et vont s’épanouir. Regardez maintenant au pied de l’arbre : vous y verrez les feuilles mortes de la saison précédente qui se décomposent et fournissent de la matière organique fécondante. Nous ne savons pas faire un mouvement perpétuel mécanique ; en revanche la nature sait faire un mouvement perpétuel biologique.

On dit que la nature peut s'adapter aux changements initiés par les hommes : on veut croire qu'elle peut produire indéfiniment des moissons juste grâce aux intrants chimique qu’on déverse dans son sol. 

Comparez les fraises de votre jardin avec celles que la culture hors-sol vous propose.