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vendredi 6 juin 2025

Êtes-vous pauvre ? – Chronique du 7 juin

Bonjour-bonjour

 

L'Insee a le souci de nous donner des normes de consommation un peu plus affutées que celles qui définissent un seuil de pauvreté. Ainsi des « normes de consommation ou de confort » qui affectent 13% de la population française dans l’impossibilité de suivre au moins 5 items d’une liste de privation. (Lire ici)

A notre tour nous reproduisons la liste des 13 privations en raison de manque de moyens financiers sur lesquelles les sondés sont interrogés par l’Insee :

- ne pas avoir de voiture personnelle ;

- ne pas pouvoir maintenir son logement à bonne température ;

- ne pas pouvoir remplacer des meubles hors d’usage ;

- avoir des impayés de mensualités d’emprunts, de loyers ou de factures d’électricité, d’eau ou de gaz ;

- ne pas pouvoir dépenser une petite somme d’argent pour soi sans avoir à consulter quiconque ;

- ne pas pouvoir faire face à des dépenses inattendues ;

- ne pas avoir accès à Internet ;

- ne pas pouvoir retrouver des amis ou de la famille au moins une fois par mois pour boire un verre ou pour un repas ;

- ne pas avoir une activité de loisirs régulière ;

- ne pas pouvoir s’offrir une semaine de vacances hors de son domicile ;

- ne pas avoir deux paires de bonnes chaussures ;

- ne pas pouvoir avoir un repas contenant des protéines au moins tous les deux jours ;

- ne pas pouvoir acheter des vêtements neufs.

 

Considérez bien cette liste : si vous pouvez répondre « non » à chacun de ces items, alors vous êtes une personne heureuse. Non que vous soyez pressé d’aller au restaurant chaque mois ou en vacances chaque fois que vous en avez envie, mais parce que vous n’avez pas le souci d’en être privé. La pauvreté commence avec le souci de compter le montant des courses que l’on peut faire, et risquer d’abandonner en caisse des articles faisant déborder la facture.

Les sages de l’antiquité n’avaient pas ce souci : faute d’en ressentir le besoin, pour eux toutes ces dépenses étaient superflues. On racontait l’anecdote de Socrate traversant le marché d’Athènes et disant à ses compagnons : « Que de choses dont je n’ai pas besoin »  

On concluait alors par cet adage :

« Être pauvre, c’est avoir des besoins qui excèdent les ressources. »

jeudi 5 juin 2025

Sale pollueur de riche ! – Chronique du 6 juin

Bonjour-bonjour

 

Quelques chiffres entendus à la radio ce matin : 

* 10% des plus riches sont responsables des 2/3 des émissions à effet de serre.

* 1/3 des salariés français fait partie de ces 10% 

* Une taxe sur ces richesse dont le produit serait redistribué aux plus pauvres ne ferait qu’alimenter le dérèglement climatique.

* Tant qu’on voudra continuer à développer l’économie mondiale sur la base de la consommation des carburants fossiles on sera pris dans ce piège.

* Les effets du dérèglement climatique sont plus sensibles loin de l’endroit où cette pollution a été produite.

 

Ce matin, en vous regardant dans la glace de la salle de bains, demandez-vous si ce n’est pas le visage d’un destructeur de planète qui vous apparait. Oui, nous sommes tous (ou à peu près) également responsables, inutile de regarder avec suspicion le barbecue du voisin. Votre climatiseur est tout autant responsable.

Seulement voilà : à nous dire tous responsables, c’est la responsabilité qui disparait. Car, être responsable, c’est se voir imputé personnellement la cause de l’effet dangereux. Si mon acte est dilué dans une myriade d’actes semblables, alors je ne m’en sens plus responsable. Le nombre fait le droit.

 

Pour sauver la planète, il faut revenir au paléolithique. Il est plus que temps de s’y mettre ;

D’abord, vivre en nomade dans des huttes. Ensuite la nourriture : chasse, pêche, charognage. Limiter la population européenne à 200000 habitants. Vivre durant les 100000 dernières années aux confins des glaciers.

 


 

Voilà le programme : à vous de jouer.

 

mercredi 28 mai 2025

Not in my backyard – Chronique du 29 mai

Bonjour-bonjour

 

Comment réduire le déficit des comptes publics ? Pas compliqué : ou bien vous diminuez les dépenses ; ou bien vous augmentez les recettes.

En démocratie, c’est la majorité qui fixe le cap. Ainsi : 

* Près de six Français sur dix (59%) souhaitent une diminution des aides sociales pour lutter contre le déficit budgétaire.

* Ils suggèrent également de baisser le nombre de fonctionnaires, pour 57% des votants, en hausse de 3 points sur un an.

Ainsi il suffit de moins dépenser. Quant à ceux qui pensent malgré tout à augmenter les recettes fiscales,

* ils sont 18% (+4 points en un an) à penser que l’augmentation des impôts et des taxes pour tous les Français serait l’une des solutions. (Tous ces chiffres à retrouver ici)

 

Ainsi le budget de la France peut se rétablir à condition de ne pas affecter ceux qui décident des moyens de le faire. Quant à la justice et au respect d’un Contrat social équitable, il n’en est pas question. Ou plutôt : que les pauvres aient besoin de secours je suppose que tout le monde y consentira. En revanche, que soit moi qui ait à mettre la main à la poche pour les secourir – ça, pas question.

On ne peut parler de démocratie dans de telles conditions. Ou plutôt, observons que l’accord sur les valeurs fondamentales d’une société ne signifie pas grand-chose tant qu’on n’a pas dit comment on allait réaliser ces objectifs.

On s’extasie devant le « modèle français » de justice sociale. Mais on oublie de dire que 6 français sur 10 souhaitent l’appauvrissement des pauvres si telle est la condition pour ne pas avoir à payer eux-mêmes.

vendredi 10 janvier 2025

Vanité des vanités : ça crame aussi chez les rupins – Chronique du 11 janvier

Bonjour-bonjour

 

Stupéfaction ! L’incendie qui ravage Los Angeles ne s’en tient pas aux quartiers populaires : même les résidences de super-luxe sont concernées. « Ce sont certaines des maisons les plus chères des États-Unis qui sont parties en flammes, dans les incendies qui ravagent depuis le 7 janvier les abords de Los Angeles. Le quartier huppé de Pacific Palisades, qui héberge de nombreuses célébrités, a été ravagé par les flammes et le feu s’est attaqué aux collines de Hollywood, à quelques centaines de mètres du célèbre Hollywood Boulevard. » (Lu ici)

 

 


Une maison ravagée par les flammes lors d'un incendie dans la région d'Altadena, dans le comté de Los Angeles, en Californie, le 8 janvier 2025. - © Josh Edelson / AFP

 

Occasion de le rappeler : on pourra créer tant qu’on voudra des environnements de rêve, des greens au milieu du désert, des piscines chauffées pour se baigner au-delà du cercle polaire, des réserves de jungle sous bulle dans les Center-parcs, etc-etc… : tout cela n’existera qu’à condition de trouver un milieu global terrestre, ce qui veut dire qu’au final, c’est toujours le même air, la même eau, le même sol qui permettront à ces environnements postiches d’exister. Là où la main de l’homme ne suffit plus, les lois de la nature reprendront toujours le dessus.

Mais notre stupéfaction va peut-être encore plus loin dans le domaine de l’étonnement. Ne sommes-nous pas stupéfaits de voir que l’excellence de ces maisons (des maisons « de milliardaires ») ne les protège pas de la destruction : masures ou palais, tout ça flambe comme une allumette !

Rappelons-nous des « Oraisons funèbres » qui ont rendu célèbres Bossuet : « Vanité des vanités, a dit l’Ecclésiaste : vanité des vanités, & tout est vanité. » Ce qui signifie que des siècles passés jusqu’à aujourd’hui le prestige social n’a pas plus de force devant les ravages de la nature. Certes, on possède aujourd’hui un peu plus de ressources devant les maladies – mais nous touchons rapidement aux limites du pouvoir humain. Contre la peste nous pouvons mieux nous protéger qu’autrefois. Mais une épidémie subite d’un virus incontrôlé va niveler les niveaux sociaux. On dira qu’il y a encore des traces de la richesse dans les ruines de Mayotte, selon qu’on a un fatras de tôles d’un bidonville ou des murs encore debout de la ville ; mais la misère n’est que repoussée, son anéantissement n’est pas encore d’actualité. 

jeudi 12 septembre 2024

Une espèce multiplanétaire – Chronique du 13 septembre

Bonjour-bonjour

 

Regardez-moi ça :


 


 

Cette capture d’écran montre le milliardaire américain Jared Isaacman, commandant de la mission Polaris Dawn de l’entreprise d’Elon Musk, sortir de la fusée de SpaceX lors la première sortie spatiale d'un civil de l’histoire. On le voit ici émerger de la capsule : « C’est magnifique », a-t-il déclaré.

La mission de l’entreprise d’Elon Musk marque une nouvelle étape dans l’exploration commerciale de l’espace : « Permettre à l’humanité de devenir une espèce multiplanétaire » 


… Et pendant ce temps-là, on lit dans le journal Sud-Ouest que « La grande pauvreté s’installe en France : 2 000 enfants dorment dans la rue, dont une soixantaine dans le Sud-Ouest » (selon le rapport de l’Unicef et la Fédération des acteurs de la solidarité (FAS)). 

--> Ce n’est pas Bombay, mais on y pense quand même.

 

Le rapprochement de ces informations risque fort de faire jaillir des indignations porteuses de projets tous plus dystopiques les uns que les autres : au fond de tout ça un régime de dictature s’annonce, porteur de violence et de misères comme l’a montré le bolchevisme.

 

Bolchevisme? Comment cela?

Mais si, on le sait bien: on imagine un Etat capable de confisquer les profits des entreprises pour les redistribuer - ou pas - selon une logique qui lui appartient.

Bien sûr, mais ce n’est même pas cette dystopie qui nous fait peur. Sommes-nous prêts à cautionner un régime qui taxerait les revenus au point de supprimer les bénéfices au-delà d’un certain montant empêchant - par exemple - des fêtes dispendieuses d’advenir afin de secourir les nécessiteux ?

Les fastes exorbitants des Olympiades de Paris ont donné à voir ce que ça donne : beaucoup de joie pour presque tous et pour ceux qui n’ont rien le spectacle désolant d’un gaspillage gigantesque qui les prive des secours qu’on aurait pu financer avec tout ça. Non seulement on a toléré ça, mais en plus on a éloigné les SDF pour que leur spectacle ne gâche pas notre joie.

Et avec ça on n’avait même pas l’ambition de devenir « multiplanétaires » !

Vous vous étonnez peut-être qu’on ait toléré ça ; mais faites donc un référendum pour savoir qui est prêt - aujourd'hui même - à interdire les Jeux Olympiques tant qu’il y aura un seul SDF dans les rues de Paris. 

- Mais on reste une espèce multiplanétaire: ce sont les SDF de Mars qui vont se réjouir de nous voir arriver.

mardi 18 juin 2024

Faire payer les riches – Chronique du 19 juin

Bonjour-bonjour

 

Rappelez-vous de madame Liz Truss : « Liz Truss, née le 26 juillet 1975 à Oxford (Angleterre), est une femme d'État britannique. Membre du Parti conservateur, elle est Première ministre du Royaume-Uni du 6 septembre au 25 octobre 2022. » (Lu ici)

Devenue 1ère Ministre, elle fut obligée de démissionner quarante jours plus tard suite à l’inconséquence de son programme économique impliquant des baisses d’impôts conséquentes associées à des emprunts à l’étranger. Cette imprudence fut sanctionnée par le Marché financier par une augmentation des taux d’intérêts de la dette souveraine au-delà du supportable.

 

Moralité : c’est le Marché financier qui régule la politique des États fortement endettés ce qui est le cas de la France. Si le programme dispendieux du RN ou du Nouveau front populaire devait être appliqué ne doutons pas que le même effet se produirait – d’ailleurs il commence déjà à se manifester.

«  La politique de la France ne se fait pas à la corbeille » (1) Inutile de répéter comme un mantra la phrase du Général de Gaulle : car on le voit tous les jours, c’est faux et chez nous la perte de souveraineté est déjà actée au point que rien ne pourrait l’empêcher, sauf à rembourser. Les souverainistes ne sont pas des gens à s’embarrasser de cette situation qui gouverne pourtant, quoiqu’on en dise, la liberté politique de notre pays.

Alors, que peut-on vouloir ? Si on ne peut éviter de nous soumettre aux privations liées au remboursement, reste à choisir les partis politiques qui organiseront ces remboursements dans le sens d’une plus grande justice sociale. Il faut faire payer les riches.

« Faire payer les riches » : cette formule du Parti communiste d’il y a 50 ans (souvenez-vous : c’était l’époque du « Programme commun ») continue de nous faire rire : c’est qu’on l’a testée avec des résultats fort peu probants : comment taxer les fortunes sans les inciter à aller s’implanter ailleurs ? Reste que cette formule pourrait encore être utilisée, à condition d’être rendue compatible avec la réalité du marché financier. 

Pas sûr que ce soit possible ? C’est vrai, mais s’il y a un but à atteindre, c’est bien celui-ci.

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(1) « La politique de la France ne se fait pas à la corbeille » est une citation, du Président de la République française Charles de Gaulle qui évoque la politique économique de la France à l'occasion d'une conférence de presse donnée au palais de l'Élysée le 28 octobre 1966. » (Ici)

mardi 4 juin 2024

Paris, village Potemkine – Chronique du 5 juin

Bonjour-bonjour

 

Regardez cette photo :

 


De qui s’agit-il ? De touristes démunis arrivant furtivement en région parisienne ? Des étudiants rentrant chez eux ? Non, pas tout à fait : il s’agit de SDF expulsé d’un squat – ça se passe à Vitry-sur-Seine ; et c’est à l’occasion des J.O.

Vous lirez ici le détails de cette information, je n’en retiendrai que ceci : à Paris on n’aime pas montrer aux touristes venus du monde entier pour les J.O. le spectacle de la misère qui existe en France ; au lieu de mettre tous ces gens à l’abri on préfère les envoyer trainer leur misère loin, très loin de Paris.

Le procédé n’est pas nouveau, il a été noté au Qatar lors de la coupe du monde de football, et la légende des villages Potemkine sert encore aujourd’hui à les décrire.

« L'expression « village Potemkine » désigne un trompe-l'œil à des fins de propagande.

Selon une légende historique, de luxueuses façades en carton-pâte auraient été érigées à la demande du ministre russe Grigori Potemkine afin de masquer la pauvreté des villages lors de la visite de l'impératrice Catherine II en Crimée en 1787. » explique Wikipédia (ici)

 

Si on peut reprendre cette expression pour les Jeux de Paris, c’est qu’on se doute bien que l’opulence montrée lors de cet évènement est factice et qu’elle ne durera pas un jour de plus lorsqu’ils seront terminés. Mais c’est aussi qu’il s’agit du même mouvement de refus de la misère : insoutenable. Sauf qu’il ne s’agit pas de charité, bien au contraire. 

J’explique : si la misère vous fâche, vous avez deux solutions : soit vous la combattez, en offrant par exemple aux sans-logis un foyer d’accueil ; soit vous la faites disparaitre d’une autre façon de nos rues – par exemple en chassant les miséreux, comme à Nice où on a trouvé la solution qui consiste à attraper les SDF du centre-ville et à les emmener très loin dans des bois où on les relâche sans moyen de transport. Et vous créez ainsi des semblants de villes opulentes où tous les habitants jouissent d’un logement et des ressources nécessaires à une vie décente.

« Cachez cette misère que je ne saurais voir »… Comme si on se sentait appauvri du spectacle de la pauvreté. Il y aurait donc de l’empathie là-dedans ?

vendredi 29 mars 2024

La prospérité par le travail – Chronique du 30 mars

Bonjour-bonjour

 

La suppression de la pauvreté est un souci qui revient dans l’esprit de nos dirigeants sans doute depuis très longtemps, peut-être depuis l’origine de la civilisation. Plus près de nous on se rappelle que Louis-Napoléon Bonaparte, le futur Empereur s’était fait connaitre dans les années 1840 avec la publication d’un ouvrage intitulé « l’Extinction du paupérisme ».

 

Et nous ? Certes Emmanuel Macron avait affirmé au début de son 1er mandat que la pauvreté devrait disparaitre et qu’il savait comment faire. Mais devant l’absence de résultats probants à ce jour et suite au remède apporté par Gabriel Attal à l’existence du chômage – à savoir : supprimer les indemnités chômages – on se dit que le mieux pour les pauvres serait peut-être que le Gouvernement ne s’occupe pas d’eux.

 

Et puis, quoi ? Faut-il donc que l’État se préoccupe de la pauvreté ? Mieux même : est-il justifié de s’en préoccuper ? Cette question fait sursauter, mais écoutons les libéraux du genre des puritains américains. Selon eux, la richesse est le produit du travail quand il est bien fait. C’est la manière de montrer son mérite à Dieu, la vertu du travailleur étant celle de la créature humaine. Ce qui fait que la devise américaine « In God we trust » soit inscrite sur chaque dollar américains.


 

- Devant les travailleurs les portes du Paradis s’ouvrent ; aux pauvres elles resteront fermées. C’est tellement vrai que les aides sociales sont là-bas réduites à (presque) néant, la redistribution des richesses étant assumée par les œuvres de bienfaisance des très-riches.

La France, qui s’enorgueillissait de ses aides sociales permettant aux plus pauvres de mener en vie jugée décente, n’est-elle pas entrain de suivre la même pente avec son mot d’ordre : « la prospérité par le travail », faisant des pauvres non seulement des gens soupçonnés de trainer les pieds devant la recherche d'emploi (ne suffit-il pas en effet de supprimer les allocation chômages pour que chacun retrouve un emploi ?), mais en plus des menaces pour le dynamisme économique ? 

Seulement voilà : on assiste depuis quelques dizaines d’années à la multiplication des travailleurs pauvres, oxymore qui vient détraquer le bonne conscience des classes dirigeantes. 

« Le travail doit payer ! » s’exclame le Premier Ministre. – Oui, mais combien ?

mercredi 28 février 2024

Combien faut-il gagner pour être riche ? – Chronique du 29 février

Bonjour-bonjour

 

Il y a quelques années, François hollande déclenchait involontairement une polémique en déclarant qu’être riche c’est disposer de 4000 euros par mois : selon l’opinion publique, ce chiffre était très sous-estimé. Et pourtant ce calcul s’avérait assez proche de la réalité telle que révélée aujourd’hui par une étude de l’Observatoire des inégalités

Celle-ci prend en considération le montant du revenu médian (qui sépare les personnes en deux parties égales selon leur niveau de vie). « Puisque nous considérons que le seuil de pauvreté est fixé à la moitié du niveau de vie médian, nous avons choisi d'établir le seuil de richesse au double du niveau de vie médian ». (Le niveau médian est fixé aux environs de 2000 euros par mois)

--> Selon ces calculs (qui ne prennent pas en compte le patrimoine), une personne est donc riche en France dès 3860 euros mensuels (salaires, revenus immobiliers...), nets d'impôts. Ce qui représente entre 7 et 8% des Français. 

De même, un salaire qui s'élève à « 5 018 euros pour une famille monoparentale avec un enfant de moins de 14 ans, 5 790 euros pour un couple sans enfant, 6 948 euros pour un couple avec un enfant de moins de 14 ans, 9 650 euros pour un couple avec deux enfants de plus de 14 ans et à plus de 10 808 euros pour un couple avec trois enfants, dont un de moins de 14 ans », selon l’article cité.

 

Si ces chiffres vous semblent peu réalistes, c’est que la richesse est toujours évaluée à partir des ultra-riches, ceux qui ont la villa en Californie et le Yacht dans la rade de Monaco.

D’ailleurs, même les riches selon le critère de l’Observatoire des inégalités refusent cette assignation : les riches ce sont toujours les autres, les « plus » riches.

Je ne voudrais pas m’en tenir à ce relativisme. La richesse et la pauvreté sont toujours évalués selon un critère très objectif, celui de la satisfaction des besoins au-delà des quels commence le luxe. Si les cadres de la richesse sont variables, c’est que des facteurs culturels historiques voire même sociaux entrent en jeu pour évaluer la limite qui sépare les besoins du superflu. C’est ce dont les philosophes de tous les temps se sont fait l’écho, comme le montre ce petit florilège de leurs citations : 

« Qu'est-ce que l'abondance ? Un mot et rien de plus, le nécessaire suffit au sage. Euripide

Ne rien convoiter, c'est épargner ; ne rien acheter, c'est s'enrichir ». Cicéron

« Nous sommes plus riches que nous ne pensons ; mais on nous dresse à l'emprunt et à la quête. En aucune chose l’homme ne sait s’arrêter au point de son besoin. » Montaigne – Essais

« S'il est vrai que l'on soit riche de tout ce dont on n'a pas besoin, un homme fort riche, c'est un homme qui est sage ». La Bruyère

mardi 28 novembre 2023

Trois minutes dans la peau d’un ultra-riche – Chronique du 29 novembre

Bonjour-bonjour

 

On juge ces jours-ci les 4 hommes responsables du vol de la sculpture en or massif représentant des w.c. entièrement opérationnels.

 


Le créateur, l’artiste italien Maurizio Cattelan expliquait qu’il s’agissait «de l’art du 1 % (incluant les personnes les plus riches du globe) pour les 99 autres pour cent ».

Cette œuvre d’art était exposée au palais de Blenheim, un château baroque du sud de l’Angleterre où elle était raccordée à la tuyauterie... et pouvait être utilisée, pour une durée maximale de trois minutes, par les visiteurs.

- Imaginez : trois minutes sur ces ch*** en or massif, histoire de vous donner l’impression de vivre comme un ultra-riche.


Vous me direz : pourquoi pas 3 jours sur un yacht de 50 mètres ou dans une Rolls ? C’est que le rapprochement entre l’or et le caca est doté d’un très fort coefficient symbolique que les psychanalystes ont largement développé. Pour qui en douterait, il n’est que de consulter les contes pour enfants qui décrivent un âne qui, correctement sollicité, lève la queue et ch*** de l’or

 


De même que la vie des riches est une vie de rêve, nous ne pouvons pleinement la ressentir qu’à travers des symboles, et tant pis si c’est le caca qui en est le support.

lundi 4 septembre 2023

Heureusement qu’il y a des riches – Chronique du 5 septembre (1)

Bonjour-bonjour

 

« Heureusement qu’il y a des riches, sinon qui donc donnerait aux pauvres ? » Cette vanne que tout le monde connait est à prendre au sérieux si on en croit l’info selon laquelle la famille du milliardaire Bernard Arnault donnerait 10 millions d’euros aux Restos du cœur. (Voir ici)

On se souvient peut-être aussi de la généreuse contribution du même PDG de LVMH à la reconstruction de Notre-Dame de Paris, et du coup on conclura que ce sont les américains qui ont raison.

En effet, aux Etats-Unis on considère que les écarts de fortune sont tout à fait justifiés par le mérite des individus : limiter a priori les fortunes ce serait alors interdire d’être le meilleur, ce qui serait injuste. Reste que la morale puritaine qui sert encore aujourd’hui de contexte éthique impose d’effectuer après coup la redistribution des richesses accumulées pour rétablir les valeurs. D’où ces nombreuses fondations universitaires, ou médicales – ou encore ces œuvres charitables qui font l’originalité du pays. On se rappelle encore que Bill Gates a créé avec sa femme une Fondation humanitaire dotée d’un budget annuel de près de 5 milliard de dollars, faisant d’elle l'organisation humanitaire la plus riche du monde.

 

- Mais ça ne passe pas. Certains critiquent cette situation : pourquoi redistribuer disent ces gens, alors qu’il serait si simple de commencer par distribuer à chacun ce qui lui est nécessaire pour vivre ? Le revenu universel ne serait-il pas la solution ? C’en serait alors fini de la charité. (1)

… A moins qu’on ne reste dans le contexte libéral pour le quel c’est l’individu seul qui doit assumer son existence, et qui est seul responsable de sa propre carences. L’aide apportée aux nécessiteux se fait sous le signe de l’injonction religieuse de la charité.

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(1) Rappelons que « Le revenu universel, aussi appelé revenu de base ou revenu minimum d'existence, est une allocation versée à l'ensemble des citoyens, sans condition d'âge, de situation professionnelle ou personnelle, de revenus ou de patrimoine. » - Voir ici

- Charité : principe de lien spirituel, moral qui pousse à aimer de manière désintéressée. – Voir ici

samedi 28 janvier 2023

D’où vient l’argent ? – Chronique du 29 janvier (a)

Bonjour-bonjour

 

Vous vous demandez peut-être « d’où vient tout l’argent que possèdent les milliardaires ? »

C’est une question réactivée ces jours-ci sans doute par l’annonce que l’homme le plus riche du mondes est Bernard Arnault.

Bien que tout cela soit archi-convenu, certains politiques n’ont pas hésité à répondre. Voici une brève recension de leurs points de vue :

1° Le vol : « Accumuler de l'argent est immoral, [...] car ce qui est accumulé, c'est ce qu'on a pris aux autres » selon Jean-Luc Mélenchon (Lire ici

--> La richesse, soit on la mérite, soit on la prend aux autres : c’est le point de vue le plus répandu parmi les anarchistes dont le principe (selon Proudhon) est : « La propriété c’est le vol. » Etant ainsi entendu que seul le travail produit du surplus accumulable, s’enrichir au-delà de sa propre production, c’est prendre aux travailleurs la plus-value de leur labeur.

2° Le mérite : Par le travail : François Ruffin qui a estimé que Bernard Arnault "n'a pas 400.000 fois plus de mérite qu'une ouvrière" (id.) 

--> Ce qui suppose qu’à part la plus-value, il y a aussi le salaire consenti par le patron en fonction des profits que le travailleur permet d’espérer. Reste à établir de combien de ressources Bernard Aranud est l’origine et de les comparer à celles obtenues par 400.000 ouvrières. Pas facile.

3° L’héritage : Nathalie Artaud (Lutte Ouvrière) qui a rappelé que le fondateur de LVMH et Vincent Bolloré "n'ont pas de problèmes de retraites mais de succession » (id.) 

--> Ce qui montre que l’accumulation des richesses n’est pas nécessairement un fait récent, et que l’héritage des ancêtres y a sa part. Aujourd’hui l’économiste Thomas Piketty milite pour une redistribution des richesses à chaque génération, ce qui implique de taxer au maximum les successions.

dimanche 16 octobre 2022

La plus belle fille du monde… – Chronique du 17 octobre

Bonjour-bonjour

 

La marche contre la vie chère, hier entre la place de la Nation et la Bastille, est symptomatique d’une confusion qui s’est installée depuis assez longtemps entre les faits économiques et les faits politiques. J’appelle « faits politiques » ceux qui relèvent de la volonté du pouvoir légitime ; et « faits économiques » ceux qui dans ce domaine ne relèvent pas de la puissance légitime.

Ainsi la vie chère (telle que nous la connaissons aujourd'hui du moins) ne découle pas de décisions politiques. On rappelle que les grecs, du temps de la crise de la dette, avaient voté par référendum contre le plan de désendettement ; à la suite du quel celui-ci fut néanmoins accepté et validé par le Parlement (1). Les grecs avaient voté contre le pauvreté ; les décisions économiques découlaient de la volonté des créanciers.

 

Néanmoins : la situation française est-elle à ce point contrainte que nos hommes politiques politiques en soient à regarder les évènements se dérouler sans rien y pouvoir ? Non, bien sûr. Mais le gouvernement avec ses boucliers et ses remises sur les carburants fait-il autre chose que masquer la réalité - ce qui signifie qu’il ne peut rien contre l’inflation qui se développe actuellement dans le monde entier ?

Les faits, c’est que l’augmentation des prix entraine inéluctablement celle des salaires qui, à leur tour, produisent un renchérissement des marchandises donc des prix. Pas plus qu’on ne peut faire des lois contre le vieillissement et la mort, il ne sert à rien de manifester contre la vie chère.

Faut-il se contenter de cette explication et dire que, comme la plus belle fille du monde, le gouvernement ne peut donner que ce qu’il a – et un bouclier contre le développement de l’inflation, il n’a pas ?

- Le retour au politique est-il impossible ? Si l’on admet que les inégalités restent actives dans une telle circonstance, et que la privation imposée aux plus pauvres les condamne à la mort, alors que celle qui est imposée aux plus riches ne fait – au pire – que les incommoder, alors on voit que le pouvoir politique peut encore agir : non pas pour supprimer l’inflation mais pour en moduler les effets. D’où l’idée d’une taxe sur les (super)profits.

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(1) Le gouvernement d’Aléxis Tsípras organise un référendum le 5 juillet 2015 sur l’acceptation ou non du plan proposé par les créanciers, qui se conclut par un « non ». Néanmoins, un plan semblable est accepté dans les jours qui suivent après d’âpres négociations, puis approuvé par le Parlement grec. (Art. Wiki référencé)

mercredi 10 août 2022

Foutez-moi tous ces pauvres dehors ! Chronique du 11 août

Bonjour-bonjour

 

Nous avons les émotions sélectives : après les larmes pour le pauvre béluga sur fond d’indifférence climatique (cf le post d’hier), voici les piscines qui font scandale – ou pas – en période de canicule.

 

Vous vous rappelez sans doute la fureur qui saisit la France lorsque le maire de Grenoble s’avisa d’autoriser le burkini dans ses piscines ? Oui ? Alors cherchez des traces de l’indignation suite à la chasse aux pauvres dans les piscines des Hauts-de-Seine.

- Vous avez sans doute sursauté : « Chasse aux pauvres ? Mais où sommes-nous donc ? Et comment une telle chose pourrait-elle se produire sans que les défenseurs de la loi en soient saisis ? C’est sans doute encore une fakenews ».

Je me permets alors de vous renvoyer à cet article qui explique que par un jeu de contrôle de domicile certaines municipalités refoulent hors de leurs bassins les habitants des communes voisines, principalement quand elles sont moins fortunées. Ainsi à Rueil, Asnières et bien sûr Neuilly. Par contre, la très populaires Nanterre, cernée par des villes plus riche qu’elle, n’a pas cru nécessaire de procéder à un pareil filtrage. Les gens de Rueil-Malmaison, Puteaux, Asnières ou Neuilly peuvent aller faire trempette dans la piscine Maurice Thorez ; par contre les nanterrois n’ont pas intérêt à tenter de faire la même chose dans les piscines de ces gens-là. 


Je ne voudrais pas que ce Post soit l’objet d’une méprise. Je déteste les burkinis, les gens qui en imposent le port et presque autant ceux qui le tolèrent. Mais je déteste aussi l’indifférence complice devant une injustice sociale qui n’a même pas l’excuse d’être soutenue par un enjeu idéologique.

samedi 4 juin 2022

L’inflation ? C’est pour les pauvres – Chronique du 5 juin

Bonjour-bonjour

 

Les chiffres sont là : les plus pauvres d’entre nous sont en même temps ceux qui souffrent le plus de l’inflation. Dit comme cela, c’est très loin d’être un scoop ; c’est même un enfonçage de porte ouverte.

Mais lisons cet article : « Ceux qui ont les plus beaux budgets vacances, les catégories socioprofessionnelles supérieures, ne sont pas vraiment impactés par la hausse du prix des pâtes et de l’essence, ils ne changent pas leurs projets de vacances. » (lu ici)

Hé oui : pour une augmentation de 40 centimes du paquet de pâtes, ceux qui ont pour ressources le SMIC soit 1500 euros, auront un pourcentage de leur revenus deux fois plus impacté que ceux qui gagnent 3000 euros. 

- Une évidence ? Oui et non. Car cette différence est parfois oubliée de ceux qui sont dans le haut de l’échelle des revenus. Rappelez-vous : il y a 5 ans une des première mesure du nouveau gouvernement avait été de baisser les APL de 5 euros par mois. Pour ceux qui ont pris cette mesure, l’idée était que 5 euros par mois, c’était insignifiant. Mais justement, ceux qui bénéficiaient de cette allocation étaient en même temps les plus démunis. Et leur réaction a été immédiate : « 5€ c'est 6 baguettes, 25% d'une mutuelle, un livre d'occaz pour la fac, 5kg de pâtes, 10 steaks hachés, 3 paquets de céréales etc... » répond (en 2017) un internaute sur tweeter (cf. ici)

On en est là aujourd’hui encore : pour ceux qui gagnent 3000 euros mensuels, l’inflation ne les concerne pas vraiment parce qu’on est proche du plancher des quantités observables : 40 centimes de plus sur un kilo de pâtes c’est un epsilon, non mesurable. 

Et voilà l'essentiel à comprendre : pour notre budget, nous avons tous nos unités de mesure par rapport auxquelles nous évaluons nos dépenses : en numéro de l’Obs, en repas au restaurant ou en capsules de Nespresso.  

Mais il y a des personnes pour qui ces unités sont la baguette de pain ou le kilo de pâtes – ou le prix du steak haché à 20% de matière grasse.


Ce qui souligne que les inégalité vont encore se creuser.

mercredi 1 juin 2022

Êtes-vous riche ? – Chronique du 2 juin

Bonjour-bonjour

 

Suis-je riche ? Cette question vous vous la posez sans doute chaque fin de mois lorsque votre compte en banque affiche un reliquat bien grassouillet que vous ne pouvez malheureusement plus confier à l’Écureuil étant donné que votre livret est blindé.

- L’Observatoire des inégalités a répondu à votre question en imaginant un seuil de richesse au-delà duquel on appartient à la classe des plus fortunés. Il précise en effet dans son rapport 2022 que « le seuil de richesse a été fixé à 3.673 euros par mois après impôts pour une personne seule. Il faut 2.000 euros de plus à Paris pour atteindre ce seuil. Ce seuil est calculé en prenant en compte le niveau de vie médian. On considère comme riche une personne qui gagne plus de deux fois ce que gagne le français du milieu. » (Lu ici)

C’est peut-être votre cas ? Si oui, ne vous réjouissez pas trop vite : il est plus difficile qu’on ne croit d’être riche (1).

Mais c’est quand même excitant de savoir qu’on gagne deux fois plus que le smicard ordinaire – car, ne l’oublions pas, c’est par cette comparaison que l’Observatoire des inégalités a défini la richesse. 

La leçon de tout ça, c'est qu'on n’est pas riche tout seul, mais par comparaison avec les pauvres ou avec les moins riches.

Comparaison : au fond, c’est elle qui compte – pas de société sans de telle mise en perspective. Rousseau l’avait déjà observé dans son Discours sur l’inégalité : sortant de l’état de nature où, à côté de la pitié, seul l’amour de soi (2) existait, la société naisait du regroupement des hommes qui ont commencé à se comparer les uns aux autres : l’amour propre apparaissait alors, qui exigeait d’être reconnu comme supérieur par les autres.

D’où l’utilité des signes distinctifs par les quels on signifie au premier coup d’œil sa richesse.

La Rolex en fait bien sûr partie :

 


Ça, c’est la Rolex Daytona black “PAUL NEWMAN” à 1 089 186 $

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(1) C’est du moins la thèse développée par Monique et Michel Pinçon -Charlot qui aligne cette catégorie de français sur un groupe social auquel on appartient par naissance plus que par la fortune.

(2) L’amour de soi consiste à préférer son intérêt à celui de tous les autres

samedi 22 janvier 2022

Les vases communicants ne ruissellent pas – Chronique du 23 janvier

Bonjour-bonjour

 

Un récent sondage le confirme : en France (comme ailleurs dans le monde) les inégalités économiques se creusent, avec des riches toujours plus riches ; et toujours plus de pauvres – encore plus pauvres.

Occasion de le redire (1) : la théorie du ruissellement selon laquelle les riches enrichissent les pauvres par leur participation à l’activité économique, ne tient pas. Il faut plutôt imaginer un système de vases communicants : certains ne peuvent s’enrichir qu’à la condition de détourner des ressources qui auraient dû soutenir la vie d’autres gens – qui deviennent de ce fait de nouveaux pauvres.

 

Alors que la théorie du ruissellement suppose que la fortune des riches produit de nouvelles ressources qui vont par débordement, retomber sur les classes inférieures, ce qu’on observe ici, c’est que la richesse représente une masse constante qui se répartit de façon variable au cours du temps. 

Qui a raison ? Personne sans doute parce que la question est mal posée : il ne s’agit pas seulement de s’intéresser à la circulation des richesses, mais bien à l’origine de leur accroissement. Dans l’article référencé, nous citions la parabole des talents : il s’agit bien pour Jésus de montrer qu’il est possible de faire fructifier nos dons au nombre des quels se trouve la richesse, qui peut donc elle aussi prospérer et dès lors entrer dans le circuit économique profitant à l’ensemble de la société. Le maitre de la parabole ne faisait rien par lui-même ; mais ses serviteurs tiraient quand même bénéfice de la fortune de leur maitre. En irait-il de même aujourd’hui ?

 

C’est au 18ème siècle que la question de l’origine de la fortune s’est posée : alors que les physiocrates affirmaient que la prospérité ne pouvait venir que de la terre (2), d’autres comme Adam Smith soutenaient que c’est le travail des hommes qui permettait cet enrichissement. Et là, le capitaliste réagit : pour que les hommes s’enrichissent il faut qu’ils travaillent. Et donc ce que les riches peuvent faire pour les pauvres, c’est les embaucher dans leurs usines. 

Nous serions donc d’accord avec la parabole biblique ? « Nos riches » seraient vertueux quand, au mépris de la tempérance, ils se gobergent dans des restaurants dont le repas coute si cher qu’il suffirait à nourrir une toute une armée (du salut) ; quand ils roulent en Bugatti que le PIB du Mali ne pourrait suffire à payer ; quand leurs épouses arborent des bijoux Cartier ou des accessoire Vuitton – car ils font travailler des hommes qui sans cela seraient réduits à la misère. 

Comme on le sait, Voltaire bavait d’admiration devant la vertu du luxe, pendant que Rousseau s’étranglait d’indignation : le débat ne date pas d’hier. Simplement nous avons le recul : après trois siècles de capitalisme la misère n’a pas disparu dans le monde. 

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(1) Nous avions abordé ce sujet dans ce récent article

(2) L’argument était le suivant : si je plante un seul grain de blé j’en récolterai un grand nombre – et ces nouveaux grains pourront à leur tour se démultiplier dans la terre.

dimanche 16 janvier 2022

Leurs petites entreprises, connaissent pas la crise – Chronique du 17 janvier

Bonjour-bonjour

 

Rolls-Royce, Bentley Bugatti ou encore Lamborghini ont réalisé au cours de l’année 2021 un chiffre d’affaire jamais atteint. Chez Bugatti on a vendu 150 véhicules à trois millions de dollars minimum.

Les voitures à plus de 200000 euros ne connaissent pas la crise, ce qu’explique Adolfo De Stefani Cosentino, le président de la Fédération italienne des concessionnaires (Federauto). « Après les crises, les riches sont plus riches et les pauvres sont plus pauvres. Le luxe et le premium ont bien mieux résisté que les segments généralistes ». Lire ici.

- Est-ce juste ?

On pourrait être révolté par le fait que les riches s’enrichissent et que les pauvres s’appauvrissent encore plus dans de telles conditions. Mais c’est que vous ne connaissez pas la « parabole des talents » (Matthieu, 25 14-30). L’histoire que vous lirez (par exemple ici) raconte qu’un maitre récompensa ses serviteurs à proportion des placements plus ou moins fructueux des biens qu’il leur avait confiés, félicitant le meilleur « investisseur » et privant le moins performant de toute ressource. À celui qui a, on donnera encore, et il sera dans l’abondance ; mais celui qui n’a rien se verra enlever même ce qu’il a.

 


 

Comme vous le devinez cette parabole est le cauchemar des exégètes bibliques soucieux de sauver la morale attribuée à la religion chrétienne : comment sauver cet éloge des banques et des prêts à intérêt ? Mais c’est quand même l’une paraboles la mieux connue – au point que le terme de talent, issu de cette histoire soit venu en force jusqu’à notre époque, porté par les agence de show-biz – et ce n’est sûrement pas un hasard. 

En période de crise la compétition économique devient plus rude et les écarts de performance se creusent : il est normal que les meilleurs, devenant encore meilleurs en soient récompensés d’avantage ; quant aux autres ils se partagent les restes à proportion de leur faible mérite. La rétribution des mérites quoi de plus juste ?

----> Que certains se voient récompensés au point de rouler en Rolls pendant que d’autres comptent au centime près leurs dépenses chez Lidl, même Jésus trouverait ça normal.

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- Quoi ? Qui peut donc avoir l'impudence de dire une chose pareille ?

- Aïe! me tapez pas ! Pas sur la tête !

J'avoue : je n'ai pas été jusqu'au bout de l'analyse. Car si tout se calcul en terme d'argent, il faut dire que la vie aussi a un prix. Si seuls nos mérites nous permettent de vivre, alors continuer de vivre dépendra du mérite qu'on aura  - ou pas.

Et donc c'est un principe que nous ne pouvons admettre pour autant qu'on refuse que des hommes ne méritent pas de vivre.

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Un scandale peut en cacher un autre :

A propos du titre de cette chronique paraphrasant le chanson de Bashung, on peut en lire les paroles ici. Occasion de retrouver le sens un tantinet pervers de cette histoire d’un travailleur qui éprouve des élans charnels pour son entreprise au point qu’il considère les vacances comme une période d’abstinence. On est loin de la parabole christique. Mais cela c’est une autre histoire sur la quelle nous reviendrons.