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lundi 27 octobre 2025

Wanted : un Javier Milei français ! – Chronique du 28 octobre

Bonjour-bonjour

 

Le succès inattendu de Javier Milei, le Président argentin, nous interroge nous aussi en France.

C’est que le vide de perspectives politiques dans notre pays où les citoyens ont deux exigences : plus de services publics et moins d’impôts et de taxes, ouvre un boulevard à tout aventurier capable de faire croire que des mesures brutales peuvent résoudre cette étrange équation. Pourtant il faut comprendre que les argentins n’ont accepté les démolitions de services publics et de protections sociales uniquement parce qu’ils en avaient déjà perdu tout bénéfice. 

- Oui, pour applaudir un régime qui a fait disparaitre plus de 200000 emplois et réduit la croissance de près de 2% il faut avoir déjà tout perdu – et croire dans le pouvoir magique du chef. L’Argentine est le pays qui a fait d’Eva Perón une sainte.

 

Bien sûr, ceux qui en France ont naïvement cru qu’il suffisait de s’emparer d’une tronçonneuse pour posséder cette aura charismatique n’ont réussi qu’à être ridicules 

 

 

Éric Ciotti en campagne

 

Hélas ! Le grotesque du personnage ne suffira peut-être pas à écarter du pouvoir les aventuriers capables « d’enflammer les réseaux sociaux » comme on dit aujourd’hui pour désigner les émotions populaires capables de produire des révolutions.

On croit que les populistes sont des gens qui promettent à tous des fortunes pour demain – alors même qu’ils ont pour programme de supprimer les aides sociales. En réalité, ce sont des gens qui promettent de tout casser : ceux qui n’ont plus rien à perdre applaudissent parce que c’est une promesse de changement.

En viendra-t-on là en France ? Peut-être. Car la crise française n’a malheureusement pas encore produit tous ses effets ; les pauvres peuvent devenir plus pauvres et les malheureux encore plus malheureux. 

Et alors gare au changement.

samedi 11 octobre 2025

M. Lecornu : l’homme qui démissionne plus vite que son ombre – Chronique du 12 octobre

Bonjour-bonjour

 

Je viens de faire un rêve étrange : il faut que je vous raconte ça.

 

C’est une scène qui ressemble à une séquence de western. Il s’agit d’un petit train qui ressemble justement à ceux qui font « tchou-tchou » dans les vieux films du Far-West. 

Il avance sur une voie escarpée, à flanc de montagne au bord d’un ravin avec un dénivelé d’au moins 150 mètres. Soudain il s’arrête : un éboulement rocheux sur la voie, sans doute provoqué par des bandits qui se ruent sur le train : voici que réunissant leurs forces ils poussent le train qui bascule dans le vide et va s’écraser tout en bas du cañon.

Mais que se passe-t-il ? Voici qu’avec des cris d’effroi tous les bandits sautent dans le vide et vont s’abimer sur l’épave du train : ils ont été poussés dans le ravin par le 22ème de cavalerie qui vient tout juste d’arriver.

 

 


Étrange ce rêve ? Oui, mais pas tant que ça : l’actualité politique en est sans doute l’origine. Décryptons :

- Le train c’est le gouvernement, difficilement mis sur les rails par un Premier Ministre qu’on sait exposé à la censure des députés ;

- Les bandits qui poussent à la catastrophe, ce sont justement les députés qui n’ont de cesse de provoquer une crise politique sans précédent ;

- Mais le 22ème de cavalerie, c’est la constitution, manœuvrée par le Président :  il dissout l’Assemblée renvoyant tous ces députés-naufrageurs devant leurs électeurs qui vont ce jour-là préférer la pèche à la ligne à la fréquentation des urnes.

 

Voilà pourquoi mon rêve risque bien de ne pas se réaliser ; le scénario de mon Western sera sans doute que le train arrivera à bon port.


jeudi 3 avril 2025

Mister Taxman a déclenché la guerre – Chronique du 4 avril

Bonjour-bonjour

 

Depuis hier, on ne parle que de ça : Mister Taxman a déclenché la guerre des tarifs douaniers et le commerce international va connaitre une crise généralisée au terme de la quelle les consommateurs vont être obligés de réduire leur consommation quoiqu’il leur en coûte.

Ainsi, alors que nous avons réussi à grand coup de boucliers tarifaires à satisfaire notre boulimie de consommation d’énergie – mais aussi de biens manufacturés, voitures, télés, ordinateurs, écrans, etc. – Hé bien voilà qu’il va falloir nous serrer la ceinture. Tout ça va coûter si cher qu’il nous faudra attendre 20 ans avant de pouvoir changer notre voiture. Nos rues vont ressembler à celles de la Havane :


 

Résultat : moins d’émission de CO2, moins de déforestation, moins d’extraction super-polluantes – tout ce que nous n’avons pas su faire par raison, voilà que nous le ferons par incapacité matérielle. Le monde va mal ? Et alors ? Le Docteur Tant-mieux va pouvoir pavoiser, son cabinet va déborder de clients.

Pour une référence un peu plus relevée, rappelez-vous du Professeur Pangloss et de sa maxime demeurée célèbre : « Tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles » qui figure dans Candide, le roman de Voltaire qui ridiculise l’optimisme du système de Leibniz. « Ridicule » avons-nous dit ? Oui, mais révélateur : tout ce qui pousse à la disparition de l’espèce humaine, éradiquée par ses propres méfaits, est bon pour la nature.

Une nature sans humains – voilà l’avenir radieux qui se profile.

mardi 3 décembre 2024

Un jeûne sérieux pour la France – Chronique du 4 décembre

Bonjour-bonjour

 

Le chercheur Eoin Drea, du Wilfried Martens Centre for European Studies, un think tank de centre droit affilié au Parti populaire européen prévient : « si elle fait tomber le gouvernement Barnier, Marine Le Pen pourrait déclencher une crise majeure au sein de la zone euro ». (Lu ici)

… Et c’est tant mieux ! Voyez plutôt : dans les épisodes de jeûne autoadministré, la période des 3 premiers jours est douloureusement ressentie, ce qui disparait ensuite – 3 jours, c’est la durée nécessaire pour que s’enclenche le processus d’adaptation physiologique permettant à l’organisme de survivre malgré la privation de nourriture : c’est cette seconde période qui est recherchée par les cures de jeûne. 

- Ainsi, une légère privation fait souffrir et ne produit rien de positif ; mais une privation durable fait surgir des processus positifs pour la survie. Ainsi dans le moment présent la réduction des dépenses publiques est très mal vécue, et le public réclame plus de subventions et moins de taxes. Mais les pays qui sont allé au-delà comme le Portugal ou l’Ireland ont montré que persévérer produit un renversement de tendance avec un retour rapide à l’équilibre. On dira que cette crise devrait être supportée par les mieux dotés, alors que les pauvres risquent bien d’y perdre jusqu’à la vie. Certes et la politique sociale ne devrait pas être engloutie par les restrictions. Mais comme toujours les grands principes sont conçus comme devant être compatibles avec des exceptions humanitaires.

Reste quand même que le retournement à 180° de la gestion des comptes publics est désignée comme indispensable et que la tentative de Michel Barnier a été retoquée à moins que cela.

mardi 26 novembre 2024

Courir au bord de la falaise – Chronique du 27 novembre

Bonjour-bonjour

 

Les émotions ne manquent pas ces temps-ci : guerre au Liban (= suspendue), guerre nucléaire avec la Russie (= en sursis), guerre des marchés financiers contre la France (= en cours) …

Ce qui caractérise ces menaces, c’est qu’au lieu de terroriser, elles sont source de curiosité plutôt que de terreur.

En témoignent les députés français qui, au lieu de se regrouper autour de la détermination du budget avec la volonté farouche de redresser les comptes publics, sont en train de calculer à quelle date ils vont faire sauter le gouvernement et qui ils vont proposer pour mener la bataille autour des subventions – dont chacun sait que nous n’aurons pas les moyens de les payer.

Quel est donc cet état d’esprit qui pousse le promeneur qui, du bord de la falaise, sonde du regard le gouffre dans lequel il semble décidé à basculer ?

 


S’agit-il d’un suicidaire ? D’un curieux qui souhaite voir à quoi ressemble cet abîme ?

S’agit-il de celui qui, se sachant condamné à l’avance, cherche un moyen de faire de sa disparition une ultime expérience ? Ainsi d’Empédocle dont la légende rapporte qu’il aurait laissé une de ses sandales au bord du cratère en se jetant dans les laves de l'Etna en fusion - léguant à l'histoire l’énigme de sa disparition étincelante ?

Selon certains Empédocle aurait abandonné ses sandales au bord du volcan avant de repartir nu pieds se livrant à une manipulation pour faire croire à sa mort. D’autres continuent de croire à une mort flamboyante, comme Bachelard qui a construit là-dessus un « complexe d'Empédocle » dans ses ouvrages sur le feu. Il s'agirait du désir inconscient d'être consumé, détruit par les flammes.

Cette hypothèse nous concerne-t-elle ? Serions-nous comme Empédocle attirés par la « belle mort », celle qui explose dans une gerbe de feu ? 


- Dans ce cas, la disparition de Michel Barnier serait-il ce basculement qui détruit un monde, laissant sur le bord de la vie une trace énigmatique ? Mort politique subie et non pas

voulue dans un ultime combat comme Cyrano de Bergerac mourant héroïquement l’épée au vent, en lutte contre ses fantasmes.

Hélas ! Même cette mort peut n’être qu’une illusion, comme celle justement de Cyrano, assommé mais survivant pour cette ultime scène.

Et si Michel Barnier était nommé une seconde fois à Matignon ? Ou bien quelqu’un d’autre, célèbre pour sa capacité à durer à ce poste – comme J-P Raffarin ?

lundi 19 août 2024

En politique il ne suffit pas de savoir : il faut aussi agir – Chronique du 20 aout

Bonjour-bonjour

 

Le Président de la République est de toute part sommé de désigner un premier ministre, dans un contexte très incertain où la crise politique menace de devenir crise institutionnelle au cas où aucune majorité ne serait possible.

Des noms circulent déjà, certes ; mais cela ne suffit pas à décider. On devine le Président méditant devant son agenda : quelle date retenir pour mettre sur les rails un candidat 1er ministre ? Car faute d’avoir la majorité, il faut combiner les forces en présence pour obtenir une investiture viable. Il faut donc, comme on dit aujourd’hui, que toutes les planètes soient alignées – ou pour parler comme les grecs trouver le kairos, trouver le bon acte au bon moment.

Mais quel est donc ce bon moment ? Comment le reconnaitre ?

 

- C’est là que les grecs, encore eux, nous fournissent le concept central. Il s’agit de la crise telle que définie par les disciples d’Hippocrate. Car en politique comme en médecine, le crise est décisive pour agir : elle est le moment de basculement lorsque l’état apparent de santé est remplacée par celui où se révèlent les symptômes significatifs. « Les hippocratiques ont dégagé la notion de crise, instant critique où la maladie évolue vers la guérison ou la mort, c’est à ce moment précis que l’intervention du médecin prend un caractère nécessaire et décisif » (voir ici)

 

- Suffit-il de prévoir pour résoudre la crise ?

Si la crise est le moment de l’observation, son déclenchement est porteur du kairos. Car voir le moment opportun n’est rien s’il n’est pas accompagné de la décision de s’en emparer pour agir. Ici savoir et agir ne doivent faire qu’un, même si dans leur nature ils sont dissociables. Ce pouvoir de décision est comparable à la virtu du Prince chez Machiavel. Lorsque le savant peut se contenter de prévoir, le Prince doit immédiatement décider : « la chance doit être saisie aux cheveux, mais elle est chauve » disait Stendhal. Modérons son propos : elle est chauve, certes ; mais seulement par derrière.

vendredi 12 juillet 2024

Qu’est-ce qu’une crise ? – Chronique du 13 juillet

Bonjour-bonjour

 

Le désarroi qui accompagne ces jours parait à son comble. Et chacun de se tourner vers les responsables politiques (ou ceux qui en ont la prétention), pour les interpeller avec irritation : « Qu’est-ce que vous faites ? Trouvez une solution à ce b** : c’est votre taf, pas le mien ! »

 

Là-dessus, le philosophe survient et sort de sa besace une citation archi-rabachée :

« J'avais vingt ans et je ne laisserai personne dire que c'est le plus bel âge de la vie. (…) Tout menace de ruine un jeune homme : l'amour, les idées, la perte de sa famille, l'entrée parmi les grandes personnes. Il est dur d'apprendre sa partie dans le monde. » 

Je dis que cette citation de Nizan a été « archi-rabâchée ». C’est vrai du début, mais moins de ce qui suit et qui peut pourtant éclairer la crise dans laquelle nous nous débattons.

La crise comporte deux éléments : l’instabilité, associée à l’imprévisibilité, et l’explosivité. Selon Nizan, il s’agit bien d’une propriété de la jeunesse qui, du fait de son inexpérience, découvre presqu’à chaque instant de tels évènements. Mais alors la crise suppose un angle de vue qui en fait une manifestation subjective : tel évènement surprenant et aux conséquences inquiétantes pour les uns, sera pour les autres un phénomène lié en réalité à des processus plus profonds et dont l’ambiguïté disparait pour qui sait mettre à jour les tenants et les (futurs)-aboutissants qui en accompagnent le surgissement.

A ce compte, c’est dans l’histoire qu’il faut chercher l’explication de ce qui nous arrive en ce moment, avec ces sursauts incohérents de politiciens égarés, qui cherchent comme des abeilles désorientées le chemin de leur ruche.

Avec ce « bémol » souvent évoqué en ce moment, que l’histoire ne se répète pas, sauf … comment dire ?

--> « Tous les grands événements et personnages de l’histoire du monde se produisent pour ainsi dire deux fois… la première fois comme une grande tragédie, la seconde fois comme une farce sordide… » Oui, c’est cela et c’est Marx qui nous le rappelle dans « Le Dix-Huit Brumaire de Louis Bonaparte »

 

- Au fait je n’ai pas dit quel évènement pourrait nous expliquer ce qui se passe aujourd’hui ? Après avoir en tremblant évoqué la prise du pouvoir par Hitler, on rêve aujourd’hui d’un nouveau « Front populaire » ; et certains se rêveraient déjà en (nouveau) Léon Blum ? Pourquoi pas ? Mais n’oublions pas la rectification correspondant à la nouveauté : nous sommes en 2024 et pas en 1936. Autrement dit il est sacrément difficile aujourd’hui d’ignorer le monde dans le quel on vit. Et puis peut-être est-il difficile de dire à l’avance qui manipule qui ? Et si le peuple n’était pas si égaré qu’on croit ? S’il était en réalité en train de tester les différentes opportunités ? S’il cherchait à savoir non seulement qui est disponible pour vider les caisses en sa faveur, mais aussi qui est capable de les remplir en même temps ? 

Si c’était cela la sagesse, alors autant dire qu’en 2024 la politique n’impliquerait plus du tout la vertu.

dimanche 11 juin 2023

Une crise de la démocratie – Chronique du 12 juin

Bonjour-bonjour

 

C’est un fait avéré : les plus sérieux commentateurs de la vie politique française (pour ne pas dire européenne – voire même occidentale) observent que les démocraties connaissent une crise de confiance, qui ne parait disparaitre que dans les cas où de futurs dirigeants se livrent à des promesses qui bafouent les valeurs des démocraties elles-mêmes.

Mais pour qui regarde aussi en contre-champ – du côté des citoyens – une longue plainte, toujours la même, s’élève : « On ne nous écoute pas ; nous sommes abandonnés par ceux-là mêmes qui devraient nous soutenir ; nous refusons leurs décisions et on n’en tient pas compte »

La crise qui se révèle alors est peut-être aussi vieille que la démocratie elle-même – en tout cas que les analyses qui ont accompagné ses premiers balbutiements au 18ème siècle. Il s’agit du non-consentement aux choix faits à la majorité, même limitée à une voix, par laquelle la démocratie prétent supprimer les conflits. Car telle est la condition de la démocratie : que le peuple, unanimement ait décidé de se ranger aux décisions majoritaires.

Alors, bien sûr, cette situation intenable se dissimule : le « peuple » défini à partir des manifestations de rue et des sondages d’opinion prétend être la majorité. Ce qui pose problème lorsqu’il succède à des élections régulières. Où donc est le peuple ? Dans les urnes ou dans la rue ?

Mais peut-être que mon analyse est trop optimiste. Peut-être que plus fondamentalement encore la crise vient du refus de consentir aux choix opérés par la majorité. « Pourquoi serais-je tenu à faire ce qui ne me convient pas simplement parce que la majorité en a décidé ainsi ? » 

Face à ce refus, les dirigeants n’ont qu’une solution : donner à tous ce qu’ils demandent. Ce qui veut dire qu’on peut faire vivre une démocratie dans l’opulence des bénéfices de l’économie (1). Par contre quand il faut choisir, et donc appliquer des mesures étalonnées aux valeurs de la Nation, alors, ça cloche un peu…

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(1) Je me tiens aux cas où on pourrait satisfaire tout le monde (à condition d'en avoir les moyens) sans que cela entraine des effets contradictoires.

lundi 29 mai 2023

Après la sobriété, l’austérité – Chronique du 30 mai

Bonjour-bonjour

 

Info du jour : « La note de la dette souveraine française dégradée par l’agence Fitch : alors que Standard and Poors songe à suivre ce mouvement, Elisabeth Borne déclare continuer de parler avec les agences de notation. »

 

Ainsi, après avoir pendant des mois été assurés que les aides publiques continueraient à nous sauver de la misère consécutive au confinement, voilà que le spectre de l’austérité refait son apparition.

Après le « Quoiqu’il en coûte » de l’aide publique, voici le « Quoiqu’il en coûte » du remboursement de la dette = après le déficit économique, voici le déficit politique.

Car, n’en doutons pas, les manifestations enflammées que nous venons de vivre ne sont rien à côté de celles qui seront lancées contre les mesures de restrictions budgétaires, supprimant les subventions, oubliant les hausses de salaires, de pension, etc. liées à l’inflation.

Mais tout cela n’est une surprise que pour les pauvres ignorants que nous sommes, nous autres citoyens. Car les mesures à envisager sont déjà anticipées par les « négociations » (appelons-les comme cela) avec les agences de notations. 


- Désormais, le Marché a l’œil sur nos dépenses et nos recettes, et c’est avec son accord que seront choisies les mesures fiscales ou d'investissent que la France pourra prendre dans les prochaines années. Autant dire que les citoyens en colère ne sont pas prêts de ranger leurs banderoles ; tout juste auront-ils a rayer la mention « NON à la réforme des retraites » pour écrire : « NON à la soumission aux marchés financiers »

On me dira peut-être que la France est un grand pays souverain et que, comme le disait le Général de Gaulle, « la politique ne se fait pas à la corbeille » Oui, en effet : il est possible que le Président Macron soutenu par l’immunité que lui confère le fait de ne pas se représenter en 2027 coure le risque d’un sur-endettement et de la crise économique qui s’en suivrait : « Après moi, le déluge ! »

Hypothèse à avoir à l’œil.

jeudi 16 mars 2023

C’est la crise ! – Chronique du 17 mars

Bonjour-bonjour

 

On ne parle que de ça : la crise politique, parfois désignée comme « crise de la démocratie » en raison de l’usage du « 49.3 », a envahi l’espace politique français et se trouve ce matin à la une des médias étrangers.

Alors, admettons que ce fameux article 49.3 bien qu’inscrit dans la constitution puisse paraitre contradictoire avec les principes de la démocratie puisqu’il permet de faire passer une loi qui serait retoquée si on la soumettait au suffrage des élus de la nation. C’est d’ailleurs cet aspect qui a été mis en avant par le gouvernement : « On ne pouvait pas jouer l'avenir d'une réforme essentielle en spéculant sur d'éventuels changements de position de députés d'opposition » a déclaré Elisabeth Borne (ici)

- On met en avant le fait que l’opposition en déposant une motion de censure et en trouvant une majorité pour la voter conserve le pouvoir de s’opposer au projet de loi en faisant tomber le gouvernement qui le porte. On admettra toutefois qu’on peut tout de même souhaiter ne pas créer une telle crise tout en refusant le projet de loi en question.

o-o-o

La crise, en effet. – Depuis hier la situation est devenue imprévisible, preuve que la crise politique est bel et bien là. C’est en effet le propre d’une crise que de marquer une rupture dans un processus normalement réglé, de sorte que, non seulement la situation n’est plus la même lorsqu’elle s'est produite, mais aussi qu’on ne sache pas vraiment de quoi demain sera fait.

« Crise de nerf, crise de foie, crise cardiaque, etc. » : venu de la médecine, ce terme évoque la brusque « décompensation » d’une pathologie jusque-là silencieuse : raison pour laquelle on préfère la devancer par des soins préventifs. Là est la carence du pouvoir politique en place : il n’a pas su, ou pas voulu, pratiquer les mesures préventives susceptibles d’empêcher la crise en question (certains évoquent la notion d’âge limite dont on sait que la CFDT ne voulait pas).

 

Qui sait si faute de soins préventifs le pouvoir, actuellement en réanimation, devra être admis en soins palliatifs ?




lundi 13 mars 2023

Au feu les pompiers ! – Chronique du 14 mars

Bonjour-bonjour

 

Ça y est : les Bourses mondiales plongent et de partout les responsables financiers y vont de leurs propos rassurants : « Restons calmes ! les banques françaises (ou : européennes) ne sont pas exposées au risque de la faillite de la Silicon Valley Bank. Elles sont structurellement différentes. Et puis la BCE veille ! »

Les médias se font un malin plaisir de superposer ces propos à ceux entendus en 2008, juste au début de la crise des subprimes, quand la faillite le Lehman Brother s’est produite. 

Vérifions un peu :

            * D’abord, la banque fédérale américaine injecte des liquidités à tour de bras pour que le système bancaire ne vienne pas à être en défaut de paiement. 

Bien. Reste à être sûr que si ce malheur se produisait (comme en 2008, lorsque les banques refusaient de se prêter au jour le jour) la réserve fédérale aurait de quoi financer les besoins. Quoique… Si tous les déposants venaient à retirer leur argent des banques (comme ils l’ont fait avec la Silicone Valley Bank) rappelons-nous que la dette mondiale est de 330000 milliards de dollars. Autant vider un océan avec un dé à coudre.

            * On nous dit également que cette crise n’est pas systémique. Je l’accorde ; mais ne risque-t-elle pas de le devenir ? Devons-nous rappeler que la crise est une donnée constitutive du capitalisme, avec ses cycles de surproduction ? Et que la finance n’est pas non plus à l’abri des retournements de tendances ?

            * Enfin que nous, déposants et petits épargnants sommes à l’abri : même en cas de faillite nous sommes assurés de récupérer nos dépôts jusqu’à 100000 euros.  Je demande à voir… Même l’Écureuil risque d’y laisser ses *** … Voyez plutôt :

 


Photo publiée sur la page Facebook de la Caisse d’épargne Auvergne-Limousin

lundi 17 octobre 2022

L’histoire ne passe pas – Chronique du 18 octobre

Bonjour-bonjour

 

Les historiens l’observent parfois : il arrive que l’actualité reproduise de façon troublante des évènements du passé, au point qu’on se demande s’il ne s’agirait pas d’une constante des sociétés humaines qui échapperait au devenir historique. Ainsi des émeutes de la famine qu’on pourrait comparer aux troubles occasionnés aujourd’hui par l’augmentation du prix de l’énergie (gaz-électricité-carburants).

L’exemple le plus évident est celui de ces émeutes qui secouèrent la France en 1775 connues sous le nom de la guerre des farines

 


La "Guerre des farines" à Paris  en 1775 

 

« La guerre des farines désigne une vague d'émeutes survenues d'avril à mai 1775 dans les parties nord, est et ouest du royaume de France. Elle fait suite à une hausse des prix des céréales et consécutivement du pain, supposément du fait de la suppression de la police /des prix/ des grains royale, et des mauvaises récoltes des étés 1773 et 1774. » (Lire la suite ici)

 

Les points de ressemblance entre les émeutes de 1775 et les troubles en cours actuellement sont nombreux :

            * Bien qu’aujourd’hui il ne s’agisse plus de nourriture mais de source d’énergie, on voit bien que ce sont les conditions de l’existence même des gens qui sont en cause. A la question « Comment vivre sans manger ? » succède « Comment vivre sans pouvoir aller travailler, sans se chauffer en hiver, sans cuisiner son repas ? ». Le gaz a remplacé le froment, mais l’émotion est la même

            * Et les moyens de la lutte sont également semblables. En 1775 le peuple attaque les spéculateurs pour les contraindre à vendre la farine à un « juste prix » quitte à les piller le cas échéant (cf. l’image ci-dessus et l’art. cité). 

- Faut-il rappeler la revendication la taxation des superprofits de TotalEnergie ? 

            * La sortie de crise est certes encore indécise aujourd’hui. En 1775 après la répression (1) le Roi fit établir et respecter un encadrement des prix qui ramenèrent le calme. 

               * Enfin en 1775 comme aujourd'hui les émeutiers interpellent l'autorité publique, et lui demandent de rétablir le prix juste. En l'absence de réponse, se met en place une pratique de règles d'un ordre intérieur : le pouvoir de régulation.


--> La comparaison entre ces évènements est troublante, d'autant qu'elle inviterait à lire notre avenir à l'aune de la révolution qui suivit ces faits de quelques années .

Peut-être est-ce aller trop loin ? En tous cas, la guerre des farines a laissé des traces : non seulement elle a révélé la faiblesse d'un régime que la révolution allait emporter, mais surtout elle montra les ravages que le libéralisme économique provoquait déjà à sa naissance.

Et c’est sans doute cela qui ne passe pas dans l’histoire contemporaine.

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(1) On ne pendit pourtant que deux émeutiers.


jeudi 13 octobre 2022

C’est la crise, fiston ! – Chronique du 14 octobre

Bonjour-bonjour

 

Cette fois-ci, ça y est : tout le monde s’y met et si la grève générale démarre bien mardi prochain, la France ne fera que rejoindre de nombreux autres pays d’Europe qui sont déjà en récession avec des gens qui crient misère dans les rues – alors que dans le même temps météo France annonce en prévision saisonnière que l’hiver sera particulièrement rude, et que Gazprom promet que plusieurs villes européennes vont « geler ».

 

La crise…  Oui, ces ruptures brutales dans des modes d’existences bien organisés et ressentis comme indispensables à la vie quotidienne méritent bien ce nom.

 

Pourtant, pendant ce temps-là, des gens se réjouissent en sourdine : ce sont les décroissants, les partisans d’un retour aux conditions de vie antérieure, lampe à huile et feu de bois dans la cheminée. Pour eux, le bonheur c’est la fin des bombances de Noël, plus de petites lampes dans le sapin – plus de sapin ; mais une planète rénovée, lavée des chiures de la civilisation technicienne ; une planète qui respire enfin comme au bon vieux temps du Grand confinement.

0n le voit, tout ça est biaisé : ces écolo-décroissants ne vivent pas en réalité la crise comme nous autres, les conso-dépendants. Ils ne font durant cette période que continuer à vivre comme ils le faisaient déjà avant : une pelletée de sciure avant de quitter les toilettes sèches et on continue. Comment parler de crise pour des gens qui vivent ainsi ?

 

- Mais tout cela ne nous change guère. Déjà, dans les années 70, quand la jeune génération engendrée par des soixante-huitards est apparue, on a compris que cette nouvelle génération serait plus soucieuse de l’avenir que leurs parents toujours aussi irresponsables.

Le décalage entre nous et nos enfants était déjà marqué :

 


Dessin de Georges Wolinski

Moi, je vous dirai que tant qu’à mépriser la crise, je préfère le faire comme suggéré par ce dessin de Wolinski : mais c’est sans doute une question de génération.

dimanche 16 janvier 2022

Leurs petites entreprises, connaissent pas la crise – Chronique du 17 janvier

Bonjour-bonjour

 

Rolls-Royce, Bentley Bugatti ou encore Lamborghini ont réalisé au cours de l’année 2021 un chiffre d’affaire jamais atteint. Chez Bugatti on a vendu 150 véhicules à trois millions de dollars minimum.

Les voitures à plus de 200000 euros ne connaissent pas la crise, ce qu’explique Adolfo De Stefani Cosentino, le président de la Fédération italienne des concessionnaires (Federauto). « Après les crises, les riches sont plus riches et les pauvres sont plus pauvres. Le luxe et le premium ont bien mieux résisté que les segments généralistes ». Lire ici.

- Est-ce juste ?

On pourrait être révolté par le fait que les riches s’enrichissent et que les pauvres s’appauvrissent encore plus dans de telles conditions. Mais c’est que vous ne connaissez pas la « parabole des talents » (Matthieu, 25 14-30). L’histoire que vous lirez (par exemple ici) raconte qu’un maitre récompensa ses serviteurs à proportion des placements plus ou moins fructueux des biens qu’il leur avait confiés, félicitant le meilleur « investisseur » et privant le moins performant de toute ressource. À celui qui a, on donnera encore, et il sera dans l’abondance ; mais celui qui n’a rien se verra enlever même ce qu’il a.

 


 

Comme vous le devinez cette parabole est le cauchemar des exégètes bibliques soucieux de sauver la morale attribuée à la religion chrétienne : comment sauver cet éloge des banques et des prêts à intérêt ? Mais c’est quand même l’une paraboles la mieux connue – au point que le terme de talent, issu de cette histoire soit venu en force jusqu’à notre époque, porté par les agence de show-biz – et ce n’est sûrement pas un hasard. 

En période de crise la compétition économique devient plus rude et les écarts de performance se creusent : il est normal que les meilleurs, devenant encore meilleurs en soient récompensés d’avantage ; quant aux autres ils se partagent les restes à proportion de leur faible mérite. La rétribution des mérites quoi de plus juste ?

----> Que certains se voient récompensés au point de rouler en Rolls pendant que d’autres comptent au centime près leurs dépenses chez Lidl, même Jésus trouverait ça normal.

....

- Quoi ? Qui peut donc avoir l'impudence de dire une chose pareille ?

- Aïe! me tapez pas ! Pas sur la tête !

J'avoue : je n'ai pas été jusqu'au bout de l'analyse. Car si tout se calcul en terme d'argent, il faut dire que la vie aussi a un prix. Si seuls nos mérites nous permettent de vivre, alors continuer de vivre dépendra du mérite qu'on aura  - ou pas.

Et donc c'est un principe que nous ne pouvons admettre pour autant qu'on refuse que des hommes ne méritent pas de vivre.

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Un scandale peut en cacher un autre :

A propos du titre de cette chronique paraphrasant le chanson de Bashung, on peut en lire les paroles ici. Occasion de retrouver le sens un tantinet pervers de cette histoire d’un travailleur qui éprouve des élans charnels pour son entreprise au point qu’il considère les vacances comme une période d’abstinence. On est loin de la parabole christique. Mais cela c’est une autre histoire sur la quelle nous reviendrons.

lundi 10 décembre 2018

ECONOMIE : « LE PROBLÈME FRANÇAIS ÉMERGE »

C’est Jean-Pierre Petit, président des Cahiers verts de l'Economie, qui le dit : « (L’Europe concentre toutes les craintes) … sur l'économie américaine, parce que c'est le marché directeur, les craintes sur la guerre commerciale, parce qu'elle sera prise en étau, les craintes sur son fonctionnement, à quelques jours du vote sur Brexit, alors que le problème italien n'est pas réglé et que le problème français émerge. » (Lu ici)
Les économistes sont réputés pour leur pessimisme, ils sont les premiers à prédire les catastrophes (sauf en 2008) et parfois les raisons qu’ils invoquent sont fumeuses ; sauf que concernant la France, les émeutes récentes des gilets jaunes, ainsi que les revendications qu’ils portent sur tous les plateaux télé ne peuvent qu’abreuver ces craintes. Car il ne s’agit pas seulement de réclamer des hausses substantielles du SMIC, des retraites, des minima sociaux, et tout cela sans qu’on sache comment financer de telles dépenses, sauf à « faire payer les riches », investir 10 fois de suite l’impôt sur les grandes fortunes, supprimer le CICE, bref : faire rendre gorge aux patrons ; mais il s’agit aussi de bouleversements politiques touchant le Constitution, impliquant l’abandon de la démocratie représentative au profit de la démocratie participative. Tout cela plait aux populistes, mais ne plait pas beaucoup au Marché.
- Bien sûr les manifestants le savent et ils s’en réjouissent : « Si les marchés financiers s’en désolent, tant mieux ! Ça prouve qu’on est dans la bonne voie ! »

Ils ont oublié 2012 et la crise de la dette souveraine, où sous la pression des taux d’intérêts exorbitants certains Etats ont dû consentir de très douloureuses mesures d’austérité sans pouvoir recourir à la banqueroute qui aurait été bien pire.