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mardi 16 juin 2026

Quel est l’organe du consentement ? – Chronique du 17 juin

Bonjour-bonjour

 

L’affaire Patrick Bruel oppose très classiquement des femmes qui accusent le chanteur de les avoir violées – et lui qui rétorque qu’elles étaient consentantes. On a fait des tonnes de commentaires sur le sujet du consentement et je ne me risquerai pas à en rajouter. Pourtant, il existe encore un doute : celui d’un retournement de l’appréhension de la situation : est-il possible que dans certains cas un consentement authentique disparaisse et que ne reste que la situation d’un rapport finalement désagréable ?

Le chanteur Dave l’affirme : il a connu des femmes qui lui ont dit ne plus avoir du tout le souvenir d’avoir consenti à l’acte sexuel auquel elles semblaient pourtant avoir été consentantes. Dave ajoute : « Ça m’est arrivé une fois de me trouver dans le lit avec une fille qui avait des phénomènes très clairs qu’ont les femmes quand elles sont excitées, et qui me disait ‘Oui mais ce n’est pas ma tête qui a envie’. » (Lu ici)

Les amateurs de chanson d’autre fois se rappelleront "la servante du grand café" qui refuse les avances d’un jeune Bidasse après lui avoir – du moins le croit-il – répondu favorablement : « Mais les femmes, ça n'a pas d'raison / Quand ça dit oui, ça veut dire non. »

Cette dissociation entre le désir et la raison, pourrait-elle expliquer ce sentiment de viol a posteriori ? Voilà en tout cas une question qui peut interpeller le philosophe (ainsi que le psychologue). Comme je l’ai dit plus haut les débats sur le consentement ont à peu près épuisé la question. Reste à imaginer une situation où la jeune femme qui répond à Dave « ce n’est pas ma tête qui a envie » serait sincère : est-ce que cela changerait quoique ce soit au jugement final ?

mercredi 29 octobre 2025

Dis-moi oui, dis-moi non, dis-moi oui ou non – Chronique du 30 octobre

Bonjour-bonjour

 

"Tout acte sexuel non consenti" est désormais juridiquement considéré comme un viol ou une agression sexuelle. (voir cet article)

Reste à définir 1° l’acte par lequel le consentement est acquis. Et ensuite dire 2° s’il y a des actes par rapport auxquels il ne peut y avoir de consentement.

1° « Dorénavant, le consentement est défini dans le Code pénal comme étant “éclairé, spécifique, préalable et révocable" et ne pouvant "être déduit du seul silence ou de la seule absence de réaction de la victime". Le non-consentement sera "apprécié" par les juges au regard des "circonstances".

2° Le texte précise également qu'"il n'y a pas de consentement si l’acte à caractère sexuel est commis avec violence, contrainte, menace ou surprise, quelle que soit leur nature", une formulation qui maintient les quatre critères utilisés jusqu'ici pour caractériser le viol et les agressions sexuelles. 

- La loi étend en outre la définition du viol en y intégrant explicitement les « bucco-anaux. » : les juges se sont documentés sur youporn dirait-on…

 

Très bien : mais moi, je suis borné – je veux savoir comment se manifeste le consentement. Pour l’instant on sait seulement qu’il doit être explicite, donc affirmé d’une façon non équivoque.

Or, voilà le problème : pour consentir, il ne suffit pas de dire « oui », comme nous le fait remarquer la députée Marie-Charlotte Garin : « Quand c'est non, c'est non. Quand ça n'est pas non, ça ne veut pas dire que c'est oui. Et quand c'est oui, ce doit être un vrai oui (...) et céder ne sera plus jamais consentir »

Du temps du Général, on savait qu’on devait lui répondre par un « Oui » franc et massif. 

Mais ici ?

- Ma mignonne, consentirais-tu à ce que je glisse ma langue dans ton *** ?

- Mais oui Gontrand

- Dis-moi, est-ce bien un oui franc et massif ?

- Bien sûr Gontrand – mais magne toi, j’en peux plus d’attendre.

mardi 20 mai 2025

Gérald Darmanin et le bagne – Chronique du 21 mai

Bonjour-bonjour

 

« Le garde des Sceaux Gérald Darmanin a annoncé samedi 17 mai 2025 l’ouverture d’ici 2028 d’une prison de haute sécurité de 500 places à Saint-Laurent-du-Maroni, en pleine jungle guyanaise. » Autant dire qu’après la proposition de monsieur Wauquiez de « déporter » les sans-papiers à Saint-Pierre et Miquelon, la création d’une prison de haute sécurité évoquant le bagne de Cayenne fait l’effet d’un rappel à un passé où l’autorité de l’État s’incarnait dans des lieux d’enfermement. Ne manque plus que « Biribi » bagne militaire du 19ème siècle où les mauvais sujets étaient regroupés en Afrique du nord dans des compagnies disciplinaires où les mauvais traitements leur étaient infligés dans le but de les soumettre à une discipline de fer.

- Dans la période actuelle où l’idée de consentement est dans toutes les têtes, il parait normal que son antithèse soit également présente. Car si pour calmer les conflits l’idéal démocratique est bien difficile à appliquer, cher et peu sûr, la pratique des dictatures, avec leur terrible autorité et leur soumission imposée par la violence parait quant à elle beaucoup plus efficace. 

- Machiavel le recommandait au Prince : pour assoir son autorité il n’est pas sûr de se faire aimer du peuple, mais se faire craindre est beaucoup plus facile. Il est vrai qu’il ajoutait qu’il ne fallait pas se faire haïr, ce que pourtant on risque bien d’obtenir d’une politique répressive.

Selon lui, si la morale n’a pas sa place en politique, c’est qu’elle conduit souvent les Princes un peu trop généreux, un peu trop cléments ou un peu trop fidèles, à leur perte. Pourtant, ne craignons pas que l’excès de moralité soit à craindre de nos dirigeants. Par contre il est vrai que la menace de la contre-violence de la rue vis-à-vis des forces de l’ordre est un fait évident, principalement depuis les manifestations des Gilets-jaunes.

La solution est de s’appuyer sur les classes paisibles de la société, comme les retraités qui enragent de voir leur quartier dévasté par des jeunes habillés de noir et le cocktail Molotov à la main. Montrez donc alors à nos concitoyens pacifiques le sort qu’on va réserver à ces brutes dans des colonies pénitentiaires.



Bagne pour enfant de Belle-Île, l’« Alcatraz breton »

 


lundi 30 septembre 2024

Bon mari, bon père, et odieux violeur – Chronique du 1er octobre

Bonjour-bonjour

 

Ce matin, je lis ceci : « /Au procès de Mazan/ la sidération des épouses reste entière face à ces faits qui ne collent en rien avec le bon mari et le bon père qu’ils (= les hommes mis en cause) ont été par ailleurs. La plupart ignoraient même qu’ils étaient infidèles, mais leur pardonnent, évoquant un moment d’égarement et un « piège » dans lequel ils seraient tombés par naïveté. »

Si nous laissons de côté les observations qui, en soupçonnant la volonté de mettre à l’abri le chef de famille, banalisent les faits, tentons de comprendre ces affirmations dans leur sincérité. Ces femmes maintiennent que leurs maris sont des hommes tout à fait « normaux » et donc qu’ils ne peuvent être des violeurs. On ne peut être à la fois et un homme normal et un violeur. Pour parler comme les physiciens, cette « superposition d’état » est radicalement impossible. Si vous êtes un violeur, vous l’êtes dans votre substance du matin au soir et du soir au matin. Vous parlez comme un violeur, vous regardez les gens comme un violeur – et même vous mangez et vous buvez comme un violeur, vous dormez comme un violeur, vous vous brossez les dents comme un violeur. Aucune place pour ces pervers qui voient dans les femmes des objets dont la capture et l’utilisation à des fins de jouissance est absolument licite.

- Et c’est là que le soupçon de dérive face aux valeurs de l’humanité apparait. La cloison entre la femme-sujet respectable et la femme-objet manipulable est peut-être moins étanche qu’il n’y parait. On a l’habitude d’établir une frontière entre ces deux visions en traçant une démarcation entre la femme honnête et la femme de mauvaise vie. C’est bien commode. Et si, parfois, au cours de la même journée ces deux femmes n’en faisaient qu’une ? Impossible ? Pourtant face au désir charnel, le partenaire amoureux est parfois transformé en objet de jouissance faisant oublier dans la fureur de l’assaut l’être aimé.

 

- Ne sommes-nous pas en train de banaliser les violeurs de Mazan admettant au contraire de leurs épouses que tout homme honnête est un violeur qui reste ignoré ?

Puisque nous sommes dans l’évidence de l’expérience quotidienne allons jusqu’au bout des faits. L’amour fusionnel a ceci de remarquable qu’il réalise justement la superposition d’état : au cours des ébats sexuels, la pulsion qui « utilise » le corps de l’autre comme un objet est toujours en contact avec l’amour du sujet – auquel on offre son propre corps.

Ceci bien sûr avant que le temps ne dégrade l’amour en acte machinal pour qui la jouissance ne repose plus que sur des fantasmes : plus de sujet aimé, mais aussi plus de violence : le corps avec lequel on fait l’amour est juste un support pour un acte imaginé.

Sorti de la période fusionnelle, considérer le corps de l’autre comme un objet est permanent : il est la surface sur laquelle vient de projeter le fantasme. 

Et l’amour, b*** ? N’est-il que la réciprocité des fantasmes ? 

Peut-être. En tout cas « la réciprocité des fantasmes » serait une bonne définition du consentement.

mercredi 4 septembre 2024

Viol sous Temesta (Procès des viols de Mazan) – Chronique du 5 septembre

Bonjour-bonjour

 

Il y a des faits divers qui vous sautent dessus sans crier « Gare ! » et qui ne vous lâchent plus. Il en va ainsi du procès de cet époux criminel qui a, durant de nombreuses années régulièrement drogué sa femme pour la livrer au viol commis par des inconnus recrutés sur Internet – près d’une centaine, une cinquantaine seulement retrouvés et jugés en ce moment. (Lu ici)

Un fait divers tel que celui-ci peut passionner pour un plaisir malsain de vivre de façon fictive les abus qu’on n’imaginerait pas – en tout innocence.

Invraisemblable, n'est-ce pas ? Mais, sommes-nous si innocent ?

- Après avoir drogué son épouse (au Temesta) le mari participait aux viols et les filmait, encourageant ses complices en des termes particulièrement dégradants. Mais il ne réclamait aucune contrepartie financière, sa seule motivation semblant être d'assouvir ses fantasmes.

La perversion de ce crime est si évidente qu’on semble protégé de toute généralisation : pas nous !

Voyons cela de plus près. Car le procès juge les hommes violeurs aussi bien que le mari drogueur-voyeur. Ces hommes se disent innocents : cette femme endormie leur a été présenté comme étant consentante – la seule précaution étant de ne pas la réveiller.

- Ces hommes se seraient donc interrogés sur le consentement de la femme qui leur était livrée. Ce n’est pas l’avis de la sociologue Véronique Le Goaziou qui interroge sur le passage à l’acte lors de ces viols : « Par définition, quand on passe à l'acte, on ne se pose pas de questions sur le consentement /…/ Le passage à l'acte, c'est justement le fait de n'être pas arrêté, par soi-même, par la barrière de la conscience, de l'interdit, du surmoi, du contrôle social ou des loi ».

« On est dans le rapport de soumission, dans le jeu de pouvoir, dans la toute-puissance, dans le pétage de verrou, dans l’exultation de soi. On peut dire de tout ça que c’est du patriarcat », juge la sociologue.

Me Camus, avocat de la victime en tire la conclusion suivante : « On peut en tirer l'enseignement qu'il y a un problème aujourd'hui avec le consentement en matière sexuelle. Tous, très clairement, auraient dû tourner les talons immédiatement. »

Si ces viols sont des actes banals, c’est bien que le passage à l’acte sexuel est par lui-même corrompu. Le ver est déjà dans le fruit !

 

Ce procès est aussi l’occasion de voir une femme honteusement traités se retourner pour fixer d’un impitoyable regard ses bourreaux :

 


Quand on voit cette image on sait que les mots ne suffisent plus pour évoquer ce « fait divers »

La honte a changé de camp.

vendredi 2 février 2024

Tu veux ou tu veux pas ? – Chronique du 3 janvier

Bonjour-bonjour

 

La loi qui réprime le viol est contestée en permanence. C’est ainsi qu’auditionné au Sénat ce jeudi par la délégation aux droits des femmes, le ministre de la Justice a évoqué « des risques de glissement vers une contractualisation des relations sexuelles ». (Lire ici)

 

- Petit rappel : 

* À l’heure actuelle, l’article 222-23 du Code pénal définit le viol comme « tout acte de pénétration sexuelle, de quelque nature qu’il soit, ou tout acte bucco-génital commis sur la personne d’autrui ou sur la personne de l’auteur par violence, contrainte, menace ou surprise » Le code pénal rappelle qu’« en droit, le consentement à l'acte sexuel est présumé. Autrement dit, tous les actes sexuels sont considérés comme consentis, sauf s'il existe des éléments de violence, de contrainte, de menace ou de surprise » (Lu ici)

            * Aujourd’hui, une définition européenne du viol est fondée sur l’absence de consentement, confirmant que cette notion est bien la pierre angulaire de la loi.

 

- Le consentement : alors que la France, comme on vient de le voir, le suppose acquis sauf dans les cas prévus par le loi, d’autres ont contesté cette facilité donnée à l’accusé de se disculper en raison d’une absence de refus de la victime.

La question centrale est donc : qui doit prouver que le consentement était bien acquis ? La victime ou l’accusé ? Ou bien faut-il se focaliser sur le comportement que ce soit celui de la victime ou du criminel ? A qui incombe la charge de la preuve ?

On sait que la tendance est aujourd’hui à privilégier la parole des femmes qui suffit la plupart du temps à faire condamner l’homme (du moins dans l’opinion) sur la base de la plainte émise par une femme qui se dit victime.

Pourtant ce n’est pas la seule possibilité : alors qu’en 2018, la Suède avait inscrit dans sa loi que le viol s’apparentait à tout acte sexuel sans accord explicite, la juge Anna Hannell rappelait que « participer physiquement est un signe de consentement ».

Mais alors, suffirait-il que des relations sexuelle soient subies passivement par la femme pour que celle-ci se plaigne d’avoir été violée ? Un viol rétroactif pour incompétence copulatrice ?

Mais du coup, la qualité de l’agresseur capable d’amener à la jouissance une femme d’abord réticente suffirait à le disculper ? « Je criais au viol, et puis il m’a fait jouir comme une bête… ». Comment inscrire ça dans une loi ?

C’est qu’en matière d’amour aussi, l’appétit vient en mangeant.

dimanche 11 juin 2023

Une crise de la démocratie – Chronique du 12 juin

Bonjour-bonjour

 

C’est un fait avéré : les plus sérieux commentateurs de la vie politique française (pour ne pas dire européenne – voire même occidentale) observent que les démocraties connaissent une crise de confiance, qui ne parait disparaitre que dans les cas où de futurs dirigeants se livrent à des promesses qui bafouent les valeurs des démocraties elles-mêmes.

Mais pour qui regarde aussi en contre-champ – du côté des citoyens – une longue plainte, toujours la même, s’élève : « On ne nous écoute pas ; nous sommes abandonnés par ceux-là mêmes qui devraient nous soutenir ; nous refusons leurs décisions et on n’en tient pas compte »

La crise qui se révèle alors est peut-être aussi vieille que la démocratie elle-même – en tout cas que les analyses qui ont accompagné ses premiers balbutiements au 18ème siècle. Il s’agit du non-consentement aux choix faits à la majorité, même limitée à une voix, par laquelle la démocratie prétent supprimer les conflits. Car telle est la condition de la démocratie : que le peuple, unanimement ait décidé de se ranger aux décisions majoritaires.

Alors, bien sûr, cette situation intenable se dissimule : le « peuple » défini à partir des manifestations de rue et des sondages d’opinion prétend être la majorité. Ce qui pose problème lorsqu’il succède à des élections régulières. Où donc est le peuple ? Dans les urnes ou dans la rue ?

Mais peut-être que mon analyse est trop optimiste. Peut-être que plus fondamentalement encore la crise vient du refus de consentir aux choix opérés par la majorité. « Pourquoi serais-je tenu à faire ce qui ne me convient pas simplement parce que la majorité en a décidé ainsi ? » 

Face à ce refus, les dirigeants n’ont qu’une solution : donner à tous ce qu’ils demandent. Ce qui veut dire qu’on peut faire vivre une démocratie dans l’opulence des bénéfices de l’économie (1). Par contre quand il faut choisir, et donc appliquer des mesures étalonnées aux valeurs de la Nation, alors, ça cloche un peu…

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(1) Je me tiens aux cas où on pourrait satisfaire tout le monde (à condition d'en avoir les moyens) sans que cela entraine des effets contradictoires.

mercredi 26 avril 2023

"Sólo sí es sí" ("Seul un oui est un oui") – chronique du 27 avril

Bonjour-bonjour

 

En Espagne non seulement on fait des lois pour protéger les femmes du viol avant tout le monde, mais on le défait également plus tôt. 

C’est ainsi qu’on a appris il y a deux jours qu’une nouvelle loi modifie la loi sur le consentent sexuel. (1)

Compliqué ? Essayons d’y voir plus clair en remontant à l’origine. (Lire ici)

« En Espagne, un rapport sexuel sans consentement explicite constitue un viol depuis l'entrée en vigueur de la loi dite "Sólo sí es sí" ("Seul un oui est un oui"), en octobre 2022.

La loi a introduit l'obligation d'un consentement sexuel explicite. »

Est-ce à dire qu’avant de faire voler à travers la chambre leurs vêtements, les amants enfiévrés devront signer une déclaration de consentement mutuel ? 

Pas tout à fait car on veut simplement dire que le consentement doit être suffisamment clair pour s'assurer qu'il n'y avait pas eu de victime  « s’il était jusque-là nécessaire pour une victime de prouver qu’il y avait eu violence ou intimidation lors d’une agression pour qualifier les faits de viol, avec la loi "Sólo sí es sí" les rôles sont inversés. C’est à l’agresseur de prouver qu’il y a eu consentement (…)

La question est de savoir si l’individu s'est efforcé de recueillir le consentement de sa victime » 

o-o-o

- Reste l’essentiel : la charge de la preuve passe de la victime à l’agresseur : c’est à lui de prouver qu’il a bien reçu le consentement de sa compagne.

Imaginons :

- Le Juge : Monsieur mademoiselle XXX affirme qu’elle n’était pas consentante lorsque vous avez eu des rapports sexuels avec elle. Qu’avez-vous à dire ?

- L’accusé : Monsieur le juge c’est elle qui m’a mis les bras autour du cou en me disant : « Enfonce-le-moi bien profond »

- Le juge : « Enfonce-le-moi bien profond » : je note. Et quelle preuve avez-vous de cela ?

- L’accusé : Je ne vois pas ce que vous voulez dire, monsieur le Juge

- Le juge : Eh bien y a-t-il eu des témoins de cette déclaration ?

- L’accusé : Mais monsieur le juge, comme tout le monde on a fait ça tout seuls, et justement nous avons pris soin qu’il n’y ait aucun témoin. Comment voulez-vous que j’apporte une preuve ?

- Le juge : on aurait pu entendre des bruits de vos ébats, et par exemple savoir que le jeune fille était jouissante donc consentante. 

- L’accusé : Je ne sais pas s’il y avait du monde autour de notre chambre, mais ce que je sais c’est que ma compagne en a bien profité.

- Le juge : Alors comment expliquez-vous qu’elle ne vous ait envoyé aucun texto après vous être séparés pour vous féliciter de votre prestation et pour exprimer le souhait de la reprendre bientôt ?

- L’accusé : ….

- Le juge : Considérant que vous n’avez pas fait la preuve du consentement de mademoiselle XXX, et conformément à la loi "Sólo sí es sí", le tribunal vous condamne à 6 mois de prison avec sursis et à une obligation de soins pour addiction sexuelle.

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(1)- La nouvelle loi porte essentiellement sur la peine qui doit d’appliquer selon les cas, car s’il y a viol partout, il reste à distinguer les cas différents pour les condamner selon leur gravité : des jeunes filles qui regrettent de s’être laissée faire alors qu’elles étaient dans les brumes de l’alcool ne sont pas dans la même situation que celles qui ont été victimes de violences suivies de viol.


samedi 28 janvier 2023

Et s’il me plait à moi d’être pauvre ? – Chronique du 29 janvier (b)

Bonjour-bonjour,

Alors que certains de ses collègues regrettaient à propos des AESH (1) le manque de reconnaissance, la précarité de leur statut et leur manque de formation, Claire Guichard , députée Renaissance des Hauts-de-Seine, a rétorqué : « Vous oubliez, chers collègues, que la vie est faite de choix. » (Lu ici)

La députée de la majorité a ensuite ajouté « connaître beaucoup d'AESH qui sont des mères qui ont arrêté de travailler à une époque pour s'occuper de leurs enfants ». Et la députée est formelle : « Elles ont choisi ce statut pour avoir les mercredis et les vacances scolaires ». « Et elles assument, c'est un choix et elles sont heureuses ».


La députée Insoumise Clémentine Autain a répondu sur Twitter « Une députée macroniste sans filtre, comme si le libéralisme signifiait la liberté, comme s'il n'y avait pas d'inégalités, de reproduction sociale. Choisit-on la précarité, le manque de statut professionnel, un salaire en dessous de 1 000 euros ? C'est un choix politique ! », a-t-elle.

La bonne question est en effet « Peut-on choisir l’inégalité ? » Ou pour mieux dire : « L’injustice peut-elle disparaitre dès lors qu’elle est choisie ? »

Lorsque Martine, la femme battue de Sganarelle déclare à celui qui veut la secourir « Et s’il me plait à moi d’être battue ? », chacun rit parce que jamais aucune femme ne dira de bonne foi une telle chose.

Qui donc choisira la précarité ? Quelle dose de cynisme ou d’aveuglement faut -il pour en arriver là ? Clémentine Autun a-t-elle raison d’admettre qu’un choix politique pourrait justifier une telle option ?

Tout cela repose une fois de plus la question du consentement sous contrainte, par exemple lorsque Gérald Darmanin, alors maire de Tourcoing disait à la femme qui venait le supplier de lui accorder un logement social : « Je veux bien moi, madame. Mais il faudra m’aider… »


--> Ça vous parait impossible ? Pourtant la justice vient de disculper monsieur Darmanin du fait que le rapport était consenti. 

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(1) AESH= Accompagnants des Élèves en Situation de Handicap

vendredi 10 janvier 2020

Affaire Matzneff : tout le monde aux abris

- Affaire Matzneff : Bernard Pivot déclare qu'il "regrette"
- Affaire Gabriel Matzneff : la maison d'édition Stock annonce l'arrêt de la commercialisation du livre "Un diable dans le bénitier"
- François Busnel s'excuse en direct pour avoir reçu Gabriel Matzneff sur France 5 dans « La Grande Librairie » : "Je reconnais que cette invitation n'avait pas lieu d'être"
- Gallimard et le ministre de la culture lâchent Gabriel Matzneff
- La maison d’édition Gallimard a décidé de ne plus commercialiser le journal de l’écrivain, à la suite de l’ouverture d’une enquête pour viol sur mineur le visant.
- Pascal Praud ne pense plus que Gabriel Matzneff est un "merveilleux écrivain"
… Etc…

Rendez-vous compte : même Pascal Praud renonce à ses commentaires louangeurs qui lui assuraient de soulever le scandale il y a seulement quelques mois. C’est qu’entre temps, l’une de ses victimes a dit : « Tout ce que vous savez de cet écrivain pédophile suffit amplement pour deviner le calvaire que j’ai enduré lors de ces violences qu’il m’a fait subir. »
On l’a compris, c’est Vanessa Springora qui nous le rappelle : le consentement ne peut avoir de valeur dans ce cas ; c’est ce que dit la victime, et c’est ce qu’aurait pu dire la loi sur l’âge limite du consentement aux relations sexuelles si elle avait été votée. Faute de cela on reste sur l’idée que les mineurs peuvent avoir entre eux des relations sexuelles dès … qu’elles sont mutuellement consenties. En revanche le consentement à de telles relations avec un adulte est fixé à 15 ans.
Au fond c’est cela dont on s’était assuré lorsque Gabriel Matzneff publiait ses livres : a-t-il violé ces jeunes ? Et la réponse étant : « Non » on disait « Banco ! Tout va bien ! »
Mais on avait peut-être oublié que ce consentement n’était pas forcément aussi sincère qu’il y parait, et que le trouble qui entoure les rapports entre sexes chez les adultes pourtant « expérimentés » était bien sûr déjà là chez les enfants.

Quoique… Rappelons-nous que selon Shakespeare Juliette n’a pas encore 14 ans quand elle a cette tragique aventure avec Romeo. Vous voyez d’ici le scandale si Shakespeare faisait jouer sa pièce aujourd’hui. On entendrait à nouveau Denise Bombardier :
- Si vous étiez au Québec, monsieur Shakespeare, on vous aurait déjà mis en prison pour avoir écrit cela !

mercredi 1 janvier 2020

Affaire Gabriel Matzneff : la réaction poignante de Christine Angot

(Alors que le livre de Vanessa Springora parait aujourd’hui (= 2 janvier) je reviens sur l’affaire Matzneff après mon Post d’hier)

- Lu dans cette tribune du Monde (reproduite ici - c'est Chrisitne Angot qui parle) : "Je ne le (= mon père) voyais plus à l’époque où je vous (= Matzneff) lisais. J’avais réussi à couper, à dire à ma mère. Mais je continuais à me raconter qu’il m’avait aimée, comme vous disiez aimer les jeunes filles dont vous parliez dans vos livres,"
"Vous réussissiez un bon coup. Maintenant, c’est fini. Le charme a dû se rompre dans le cabinet du psychanalyste." Et conclut : "On ne peut pas jouir tout le temps."

- La tribune de Christine Angot est un peu embrouillée, c’est du « brut d’émotion », mais on s’y retrouve quand même assez bien. Il s’agit en l’occurrence d’une double illusion : 
- illusion du pédophile qui « croit » être aimé de sa victime ; 
- illusion de la victime qui croit aimer en étant subjuguée. (1) 
Mais tout cela vole en éclat dans le cabinet du psychanalyste (dans le cas de Christine Angot) :  "Son consentement (= celui de la victime) était une fiction, un leurre pour se protéger. (...) Et vous (= Matzneff), candide, « aussi naïf que peut l’être un pervers », comme aurait dit Nabokov, vous y avez cru."

J’avais proposé hier une lecture du décalage  entre le temps de la faute et celui de la souffrance ; en voici une autre plus classique, et qui repose sur le refoulement et le mensonge à soi-même. Mais alors que ma propre interprétation était toute littéraire – voire même théorique – celle de Christine Angot, victime des abus commis par son père sur l’enfant qu’elle était alors, emploie les mots crus de la réalité vécue : « Vanessa (= Springora, auteure du livre dénonçant Matzneff), beaucoup d’autres, moi-même, c’est exactement ce qu’on a ressenti, une tristesse qui suffoque, quand on avait la queue d’un père ou d’un homme qui aurait pu l’être dans la bouche. Pendant que nos copines vivaient leur adolescence »
Qu’est-ce que vous voulez ajouter ?
… Rien si ce n’est le récit de Vanessa Springora elle-même (résumé ici), où l’on comprend que ses relations charnelles avec l’écrivain n’ont pas été très « romantiques ».
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(1) Extrait de la lettre de rupture envoyée par Vanessa Springora à Gabriel Matzeff : «Tu es mon premier amant, mon tendre initiateur, celui qui a fait en sorte que je garde toute ma vie un beau souvenir de ma découverte de l’amour. Tu m’as ouvert les yeux, je suis née dans tes bras.»

mardi 6 mars 2018

LE GOUVERNEMENT VEUT FIXER L'ÂGE DU CONSENTEMENT SEXUEL À 15 ANS

« Le gouvernement a décidé de retenir l'âge de 15 ans », a annoncé lundi à l'AFP la secrétaire d'Etat à l'Egalité entre les femmes et les hommes, Marlène Schiappa. Cette mesure, visant à instaurer un âge en-deçà duquel un mineur ne pourra être considéré comme consentant à une relation sexuelle, figurera dans le projet de loi contre les violences sexistes et sexuelles qui sera présenté le 21 mars en conseil des ministres. » (Lire ici)
o-o-o
Ne revenons pas une fois encore sur la notion de consentement pris dans le contexte d’un rapport entre supérieur et inférieur qu’il soit hiérarchique ou simplement lié à l’âge comme ici. L’article publié ici même hier y faisait encore allusion : que vaut le consentement d’une jeune femme à des pratiques sexuelles qui sont pour elle la seule condition possible pour accéder à un emploi ?
Mais ici, ce n’est pas la même chose : il s’agit d’examiner les conditions de possibilités du consentement indépendamment de ce qui l’environne. On ne cherche pas non plus à savoir s’il instaure une véritable égalité comme certains le prétendent, mais dans quels cas il est simplement possible ?
S’agissant de la sexualité et de l’acte qui la concrétise, deux arguments s’opposent à ce que ce consentement soit possible avant 15 ans :
            - D’abord le consentement doit être « éclairé ». Le projet ministériel suppose que le/la mineur.e de moins de 15 ne puisse pas être au courant de ce qu’est l’acte sexuel ni de la façon dont ça se passe, et encore moins de ce que ça fait ?
Il y a des spécialistes pour répondre à cette question, je leur laisse le terrain – tout en ayant dans l’esprit l’idée que les jeunes ados ont une pratique de la pornographie très poussée.
            - Ensuite le consentement est perçu comme un exercice de la liberté : c’est même cela qu’on évoque lorsqu’on cherche à légitimer la prostitution volontaire ou le port du voile, comme l’a rappelé Geneviève Fraisse dans sont livre (1). Le/la mineur.e dispose-t-il / elle d’une telle liberté ?
Mais sait-on comment la liberté vient-elle aux enfants ? Se poser la question c’est déjà bien ; on peut éventuellement y répondre en faisant appel à Kant disant que la liberté ne s’apprend que par son exercice, et que nulle éducation n’en est possible (2).
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(1) Geneviève Fraisse – Du consentement. Récemment réédité au Seuil.
(2) Lire le texte de Kant ici