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mardi 20 mai 2025

Gérald Darmanin et le bagne – Chronique du 21 mai

Bonjour-bonjour

 

« Le garde des Sceaux Gérald Darmanin a annoncé samedi 17 mai 2025 l’ouverture d’ici 2028 d’une prison de haute sécurité de 500 places à Saint-Laurent-du-Maroni, en pleine jungle guyanaise. » Autant dire qu’après la proposition de monsieur Wauquiez de « déporter » les sans-papiers à Saint-Pierre et Miquelon, la création d’une prison de haute sécurité évoquant le bagne de Cayenne fait l’effet d’un rappel à un passé où l’autorité de l’État s’incarnait dans des lieux d’enfermement. Ne manque plus que « Biribi » bagne militaire du 19ème siècle où les mauvais sujets étaient regroupés en Afrique du nord dans des compagnies disciplinaires où les mauvais traitements leur étaient infligés dans le but de les soumettre à une discipline de fer.

- Dans la période actuelle où l’idée de consentement est dans toutes les têtes, il parait normal que son antithèse soit également présente. Car si pour calmer les conflits l’idéal démocratique est bien difficile à appliquer, cher et peu sûr, la pratique des dictatures, avec leur terrible autorité et leur soumission imposée par la violence parait quant à elle beaucoup plus efficace. 

- Machiavel le recommandait au Prince : pour assoir son autorité il n’est pas sûr de se faire aimer du peuple, mais se faire craindre est beaucoup plus facile. Il est vrai qu’il ajoutait qu’il ne fallait pas se faire haïr, ce que pourtant on risque bien d’obtenir d’une politique répressive.

Selon lui, si la morale n’a pas sa place en politique, c’est qu’elle conduit souvent les Princes un peu trop généreux, un peu trop cléments ou un peu trop fidèles, à leur perte. Pourtant, ne craignons pas que l’excès de moralité soit à craindre de nos dirigeants. Par contre il est vrai que la menace de la contre-violence de la rue vis-à-vis des forces de l’ordre est un fait évident, principalement depuis les manifestations des Gilets-jaunes.

La solution est de s’appuyer sur les classes paisibles de la société, comme les retraités qui enragent de voir leur quartier dévasté par des jeunes habillés de noir et le cocktail Molotov à la main. Montrez donc alors à nos concitoyens pacifiques le sort qu’on va réserver à ces brutes dans des colonies pénitentiaires.



Bagne pour enfant de Belle-Île, l’« Alcatraz breton »

 


dimanche 11 mai 2025

Pour une « défonce » inoffensive – chronique du 12 mai

Bonjour-bonjour

 

Les drogues sont un fléau pour les sociétés qui cherchent à en limiter– voire même à en supprimer – la consommation. Outre la présence de ces drogues dans la totalité des pays, on peut s’interroger sur leur origine dans le temps : pour ne parler que de lui, le pavot est connu depuis très longtemps pour la substance qu’on peut en tirer à savoir l’opium. On sait que l’alcool a sans doute été découvert par hasard lorsque des fruits tels que le raisin restés sur les branches ont fini par y fermenter spontanément. Des représentations rupestres de récipients destinés à contenir cet alcool naissant ont même été identifiées.

- Il y a plus. Les études scientifiques ont conclu non seulement à l’ancienneté de ces substances, mais aussi à leur contrôle très strict : « La plupart des traces matérielles /de ces substances psychoactives/ proviennent de tombes d’élites et de sites cérémoniels réservés, ce qui indique la possibilité que la consommation de produits psychoactifs était socialement contrôlée en Europe préhistorique » (Lu ici)

La lutte contre la consommation de drogues a donc été portée au cours de l’histoire par des soucis très différents : alors que de nos jours elle illustre la volonté des États de contrôler la santé physique et mentale de la population, au cours de la préhistoire elle a été portée par le désir de conserver aux élites le privilège d'entrer en contact avec un outre-monde surnaturel.

Peut-être faudrait-il réfléchir aujourd’hui à ces deux racines de la consommation de drogues dans les sociétés contemporaines. Sont-elles éradicables ? Je veux dire : la recherche des sensations voluptueuses, tout comme le goût pour ces paradis artificiels dont parle Baudelaire, paraissent aussi anciens que l’humanité même. Alors, pourquoi la science ne se mobilise-t-elle pas pour rechercher des dogues qui assurent la production de substances aussi efficaces que les drogues naturelles tout en étant inoffensives pour l’organisme humain ? On me dira qu’il faudrait que la société puisse continuer à fonctionner malgré une population qui dissipe son énergie dans des rêveries au lieu de la mobiliser dans des productions utiles pour la vue commune. La découverte de modèles sociaux nouveaux intégrant ce paramètre devrait être la mission essentiel de l’État.

Là serait le projet politique véritablement digne de l’humanité.

jeudi 21 mars 2024

État providence ou État protecteur ? – Chronique du 22 mars

Bonjour-bonjour

 

J’ironisais il y a peu sur les contorsions du pouvoir pour faire admettre qu’en réduisant les subventions au service public, il ne serait plus certes un « État-Providence », mais qu’il conserverait le rôle de protecteur du peuple. Et puis voilà que de débat en débat, de consultation de spécialiste en consultation de spécialiste, cette distinction se densifie, qu’elle prend un contenu, une substance.

Distinguons :

* la Providence est selon la Bible « l’ensemble des mesures par lesquelles Dieu conduit avec sagesse et amour toutes les créatures jusqu'à leur fin ultime » ;

* la Protection qui consiste à aider une personne de manière à la mettre à l'abri d'une attaque, des mauvais traitements, du danger physique ou moral.

 

- L’État-Providence est donc un substitut de Dieu : il dessine le destin des citoyens selon des normes qu'il définit lui-même et il leur permet d’y accéder en toute sécurité et de façon harmonieuse. Par exemple il assurerait à chacun d'obtenir les ressources nécessaires pour mener, tout au long de sa vie, une existence digne.

Alexis de Tocqueville ironise sur les excès de l’État démocratique de la jeune Amérique (1835) qui en s’obstinant à être providentiel, maintiendrait les citoyens dans un état de dépendance proche de l’infantilité, définissant à leur place leurs options de vie, allant même jusqu’à trancher leurs différends lors des héritages. 

De nos jours le rêve de l’État-Providence s’incarnerait dans le revenu universel qui éliminerait l’obligation de travailler pour mériter une place dans la société : le cauchemar du philosophe libéral.

 

 

- L’État protecteur quant à lui n’a pas la prétention d’être une providence pour le peuple : il se borne à mettre à l’abri des risques de la vie (maladie, accidents, perte de soutien) ; mais chacun doit choisir sa voie selon ses moyens et en subir les conséquences.

La protection n’exclut pas l’injustice dans la mesure où les choix de chacun peuvent en être responsables. Faute de choisir la vie que chacun peut mener, l'Etat choisit le monde dans lequel chacun doit vivre. « Tu veux être un artiste bohème ? Soit. - Mais ne compte pas sur le service public pour t’assurer des fins de mois confortables. Tous juste une place à l’hôpital quand tu seras bien malade ».

 

Hé-hé… Demandez à Rachida : ça, c’est pour demain.

dimanche 21 janvier 2024

L’État : protecteur et prédateur – Chronique du 22 janvier

Bonjour-bonjour

 

Avec l’augmentation de la taxe sur l’électricité qui va provoquer une augmentation de cette énergie de 10%, on découvre que le gouvernement nous a menti.

Lors de la mise en place du « bouclier tarifaire », on nous avait dit que l’État prenait en charge une part de nos factures d’électricité.



Et naïvement, nous avions cru qu’il sortait des coffres de Bercy la somme que nous aurions dû payer et dont il nous exonérait. Or voilà que l’augmentation d’aujourd’hui ne provient pas de la fourniture d’électricité qui quant à elle est orientée à la baisse, mais de la taxe due à l’État et dont nous avions été exonérés du temps du bouclier : la réduction consentie pour nous protéger ne correspondait pas en l’occurrence à une somme déboursée, mais à une somme non-encaissée.

Ce qui veut dire aussi que de protecteur, l’État devient également prédateur, puisqu’en prenant notre défense, c'est de son appétit d’ogre qu'il nous a protégés. En sorte qu’il correspond à ces cannibales qui engraissent leurs futures victimes avant de les sacrifier pour les dévorer. « Continuez à travailler et à équiper vos logements de pompes à chaleur et autres équipements voraces ; je passerai glaner les dividendes d’ici quelque temps ».

Protecteur et prédateur : joli tour de passe-passe.

mardi 22 novembre 2022

La SNCF : un coût exorbitant pour le contribuable – Chronique du 23 novembre

Bonjour-bonjour

 

Beaucoup d’entre nous protestent contre le montant de leur impôt estimant que ces sommes sont démesurées eu égard aux ressources du contribuable. 

--> Mais le problème n’est pas (seulement) là : il est (aussi) de savoir à quoi sont consacrées les sommes perçues par l’État (les impôts bien sûr, mais aussi les taxes).

Un rapport récemment publié par François Ecalle, expert des finances publiques et ancien magistrat de la Cour des comptes souligne ainsi que « le coût de la société ferroviaire pour le contribuable, via les subventions que l’État et les collectivités locales lui versent, s’est élevé à pas moins de 18,5 milliards d’euros en 2021 ». L’auteur du rapport ajoute : « Cette charge s’ajoute au prix payé par les usagers pour acheter des billets de train et elle est donc, en partie, financée par des ménages et entreprises qui n’utilisent pas les services ferroviaires ». (Lu ici)

 

Voilà le point : même si vous ne prenez jamais le train, vous le payez quand même. Cette idée suppose que les impôts collectent des sommes destinées à tel ou tel budget : une part de vos impôts seraient donc dédiés à la SNCF, une autre aux armées, et une autre encore aux prisons, aux collèges, aux hospices des vieux…. 

C’est dans cette perspective que Henri-David Thoreau inventa au 19ème siècle la désobéissance civile en refusant de payer au fisc un impôt qu’il jugeait dédié à soutenir des lois esclavagistes qu’il réprouvait. On sait que cette pratique fut réactualisée dans les années 60-70 par les opposants à la guerre du Vietnam ; il ne manque pas de gens aujourd’hui encore pour en poursuivre l’exploitation. 

Seulement voilà : l’impôt n’est pas prédécoupé en budgets destinés à satisfaire tel ou tel besoin du pays. L’impôt dû par le contribuable est défini dans sa globalité, même si on sait que celle-ci a été établie par l’addition des sommes nécessaires à chaque activité de la nation. On garde en mémoire l’exemple de la vignette automobile qui a ses débuts fut établie pour soutenir l’aide aux vieux nécessiteux. On sut très vite qu’il n’en serait rien déjà parce que, même si c’était le cas, on n’avait pas le droit d’en faire état.

 

- Lorsqu’on oublie que l’essentiel est de savoir où va notre impôt, c’est peut-être parce qu’on se fiche de ça, obnubilés que nous sommes par ce bon argent qu’on nous pique alors qu’on avait encore des besoins à satisfaire. Mais ce faisant on oublie aussi de chercher à savoir dans quelle mesure ma contribution va servir à satisfaire des besoins liés au bien du public. Par exemple, savoir que, si je subventionne par mes impôts la SNCF, c’est parce que j’estime bon pour un pays comme la France de disposer d’un dispositif de transport en commun tel que celui-ci.

 

samedi 24 septembre 2022

Des parents d'élèves attaquent l’État en justice – Chronique du 25 septembre

Bonjour-bonjour

 

Professeurs absents : des parents d'élèves portent plainte contre l’Éducation nationale pour obtenir d’être indemnisés. « Le fait de traiter ce sujet avec des milliers de dossiers permettra de faire réagir et donc d'obtenir la mise en place de vraies solutions d’État », explique Maître Joyce Pitcher, avocate des parents d’élèves. 


Mais enfin, de quoi parle-t-on ?

 


Dessin dont j’ai égaré les références.

Que l’auteur m’en excuse

 

C’est qu’en réalité, le service public n’agit pas comme on semble le croire en définissant des ayants droits et en pourvoyant les établissements publics des moyens nécessaires. C’est pourtant ce que contestent les parents qui attaquent en justice l’État pour son impéritie, se comportant ainsi comme des consommateurs qui attaquent le fournisseur qui n’a pas livré le produit vendu selon le contrat commercial signé.

En réalité, l’État établi des droits, mais ces droits ont une portée très limitée, comme on le voit avec le droit au travail pour tous : « Le droit d’obtenir un emploi ne s’entend pas comme une obligation de résultat, c’est-à-dire comme une obligation absolue de donner à tout chômeur un emploi. Il s'agit d'une obligation de moyens : les pouvoirs publics doivent mettre en œuvre une politique permettant à chacun d’obtenir un emploi. Le droit au travail est certes reconnu mais sa portée juridique est très limitée. » (Lu ici)

 

Bon : on quand même bien lu « obligation de moyens ». Alors les parents privés de service public d’éducation peuvent donc faire un procès à l’État qui n’a pas fourni les moyens de rendre le service promis ?

Oui, mais on est entré ici des l’évaluation des efforts consentis par l’État, et c’est très compliqué à évaluer. Dans la réalité on se contente de demander à l’État de faire ce qu’il peut et de « poser les règles propres à assurer au mieux le droit pour chacun d’obtenir un emploi en vue de permettre l’exercice de ce droit au plus grand nombre d’intéressés » – selon ce décret du Conseil constitutionnel. Hé bien, ce sera la même chose avec le principe une classe un enseignant.

- On dira que le droit à l’éducation libre et gratuite est fondamental et que depuis son origine la République le fait respecter. Oui, mais : les citoyens ne sont pas des consommateurs en attente de livraison de leur achat. Ils sont eux-mêmes membre du collectif appelé « État » et ils ne peuvent que constater qu’il fait de son mieux pour les appliquer. Exactement comme pour la sécurité, où il tâche de supprimer les lieux de deal ; alors, de même, il cherche des enseignants payés au lance-pierre pour faire la classe, le matin en maternelle et l’après-midi en CM2.

dimanche 31 octobre 2021

"Que l’État assume jusqu'au bout" – Chronique du 1er novembre

Bonjour-bonjour

 

15 départements refusent de prendre en charge le RSA des personnes ayant perdu leur emploi pour non-vaccination. Sans remettre directement en cause le bien-fondé de ce bénéfice, ces départements assurent que c’est à l’État de payer cette aide, considérant que cette mise à pied relève non d’une insuffisance des personnes sanctionnées, mais d’une mesure de rétorsion prise par lui-même. "Qu'il assume jusqu'au bout" déclarent les élus. Voir ici.

 

Ce qui est contesté ici, ce n’est pas le versement de ce secours, mais bien le licenciement qui l’a entrainé. Car le principe selon lequel la société doit secourir les personnes sans ressources reste quoiqu’il en soit valable et le « contrat » sur le quel est fondé la société et qui la met en demeure de secourir des pauvres et les indigents a été automatiquement déclenché par ce décret de l’État – qui doit donc en assumer la responsabilité.

Le raisonnement des élus de ces 15 départements contestataires se résume donc à dire : « Quant à nous, nous n’aurions jamais licencié pour ce motif des réfractaires à la vaccination. Si l’État passe pardessus nos têtes pour le faire, alors on se retire du jeu, et nous refusons de payer pour une décision que nous n’aurions, quant à nous, jamais prise. » 

Pour faire comprendre leur désapprobation, les départements n’ont trouvé que ce moyen pour se faire entendre de l’État : jouant le même jeu que l’État qui prive de ressources les réfractaires, ils attaquent le gouvernement au niveau de sa bourse. 

Comment se faire comprendre autrement ? En cas de délit le droit pénal vise d’abord les ressources du contrevenant en lui infligeant des amendes ; quand elles ne suffisent plus alors on confisque sa liberté de mouvement en le mettant en prison. Alors faisons de même pour l’État : on ne paye plus ses dettes lorsqu’elles ont été prises à tort. 

Quant à instituer la prison pour les gouvernants mal inspirés... rappelons que l'Etat, c'est nous !


dimanche 26 janvier 2020

Corona virus : Avertissement de Xi Jinping

"Face à la situation grave d'une épidémie qui s'accélère (...) il est nécessaire de renforcer la direction centralisée et unifiée du Comité central du Parti", a déclaré le président Xi Jinping (Lire ici)

Face au corona virus il faut… renforcer l’autorité du Comité central du parti. En lisant cela, on constate que le parti communiste profite de l’épidémie pour glaner encore peu plus de pouvoir. Car le corona virus pose-t-il un problème « politique » ? Je veux dire : un problème auquel la politique seule peut apporter une solution ? La Chine est-elle un pays où l’organisation des services publics est défaillante au point qu’il faille des mesures exceptionnelles issues du pouvoir central ? Peut-être, mais de là à dire que c’est le parti communiste qui est seul capable de guérir les malades et d’enrayer l’épidémie, il y a un fossé.
- Qu’on se rappelle la Grande famine de la fin des années 50, qui aurait fait au bas mot 15 millions de morts. A l’époque dans certaines provinces particulièrement affectées par la disette, les dirigeants communistes décrétèrent qu’il fallait augmenter les rendements de maïs et pour cela semer en serrant d’avantage les rangs. Décret absurde puisque le maïs dépérissait faute de lumière et cela tous les paysans le savaient. Mais ils devaient obéir. Le pouvoir aussi le savait, Mao en tête, lui qui était un fils de paysan, il connaissait bien ces règles élémentaires : mais la politique est un monstre qui cherche simplement à se développer toujours d’avantage et qui n’a garde aux pauvres gens qu’elle écrase en chemin.
« L’État, c’est le plus froid de tous les monstres froids : il ment froidement et voici le mensonge qui rampe de sa bouche : « Moi, l’État, je suis le Peuple ». » écrivait Nietzsche dans son Zarathoustra.

mercredi 20 juin 2018

LES JEUX, CE N'EST PAS UNE MARCHANDISE COMME LES AUTRES

« Le projet de loi Pacte - pour Plan d'action pour la croissance et la transformation des entreprises - est présenté lundi en Conseil des ministres (cf. Post d’hier). Si ce texte a pour ambition de renforcer l'économie française, beaucoup de dispositions font déjà polémique, à commencer par la privatisation de plusieurs entreprises publiques, comme la Française des jeux. "Les jeux, ce n'est pas une marchandise comme les autres : l'addiction, la politique envers les jeunes, le blanchiment. Il y a des risques que chacun connaît. C'est à l'Etat de réguler et le meilleur moyen de réguler c'est d'être propriétaire", s'agace au micro d'Europe 1 Christian Eckert, l'ancien secrétaire d’Etat au budget. » Lu ici.

Oui, comme nous le disions hier, pas de réformes budgétaires sans une révision (= réduction) du périmètre des responsabilités de l’Etat, et pas seulement en matière de service public : les jeux de « Truc-à-gratter » n’entrent pas dans ce domaine. Mais la question soulevée par la privatisation de la Française des Jeux va bien au-delà des taxes qu’on peut prélever sur ses bénéfices. Le pouvoir régalien a en charge non seulement la sécurité mais aussi les conditions du maintien des règles qui rendent possible la vie sociale.
Et donc le pouvoir de l’Etat doit s’opposer aux tentatives des entreprises privées pour accroitre leurs bénéfices lorsque cela risque de porter préjudice à la cohésion sociale. On a par exemple vu il y a quelques années comment les fabricants d’alcool tentaient de séduire le jeune public en vendant des cannettes de rhum-coca – et aussi autrefois comment les cigarettiers utilisaient des images de l’ouest américain pour encourager à fumer d’avantage.


 Le cowboy Marlboro dont les méchantes langues disent qu’il est mort d’un cancer du poumon.
Bref : valeurs ou pas, le gouvernement ne peut se désengager de toutes ses responsabilités, et on doit en conclure qu’il y a un « taquet » aux réductions budgétaires. Qu’on privatise l’enseignement comme on l’a vu en Suède, et lorsque ces écoles font faillites, il faut bien que l’Etat reprenne le gouvernail : il ne peut en aucun cas se désengager totalement.

Les libéraux disent que tout ce que fait l’Etat est moins bien fait que si c’était fait par le privé. Soit – mais alors qu’ils disent s’ils se sentiraient plus en sécurité avec des polices privées, des prisons transformées en entreprises commerciales ou des écoles soumises aux lois des sectes.

mardi 19 juin 2018

BERCY DEVRA TROUVER 1,1 MILLIARD D’EUROS D’ÉCONOMIES POUR FINANCER LA LOI PACTE EN 2019

Je n’entre pas dans le détail des réformes prévues par ce projet de loi concernant les entreprises : on trouvera ici le détail de ces réformes (présentée au conseil des ministres lundi dernier).
En revanche ce qui retient mon attention, c’est cette phrase, qui revient pratiquement avec chaque projet de loi : « Bercy devra trouver xx milliard(s) d’euros d’économies pour financer ce projet » (1). Car c’est situer le débat à son vrai niveau : le problème n’est pas tant de savoir quoi faire pour changer (= améliorer ?) le fonctionnement de la France, mais bien : « Où trouver l’argent pour le faire ? »
Ce qui suppose que sans argent il n’est pas  de politique autre que conservatrice possible. D’ailleurs c’est souvent là que se situe l’origine de l’écart entre promesses électorales et réformes véritables. Je n'ai pas besoin d'être un analyste très informé pour comprendre que si le Président Sarkozy n’a pas fait les réformes pour les quelles il avait été élu c'est en raison de la crise de 2008 qui l'a empêché de réaliser le programme promis. Et finalement on dirait aussi la même chose du quinquennat de François Hollande secoué par la crise de l’euro qui avait pris le relai dès 2010. --> Alors, souhaitons de nombreuses réformes parce que ça suppose que nos finances se portent mieux !

Mais ce n’est pas tout ! Parce qu’à force de faire des économies on est bien obligé de rétrécir le champ des dépenses. C’est forcé : réduisez la taille du gâteau du dimanche et un jour vous verrez qu’on ne peut plus la réduire : il faut purement et simplement supprimer des convives. Quand il s’agit des dépenses de l’Etat, il faut en arriver à ce qu’il se retire de certaines dépenses de service public, les quelles seront alors transmises aux entreprises privées. Je reste confondu d’étonnement que le débat ne soit pas déjà à ce niveau. On devrait se demander non pas quelles réductions budgétaires on peut encore faire, mais bien quels services peuvent être privatisés ?
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(1) Pour mémoire, rappelons que la loi Pacte supprime certaines taxes portant sur les entreprises – ce qui produit un manque à gagner qu’il faut donc « financer » par des économies sur le budget général. Voir ici