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mardi 12 mai 2026

La circulaire de rentrée des écoles. – Chronique du 13 mai

Bonjour-bonjour

 

Aujourd’hui, publication par le ministère de l‘éducation nationale de la circulaire pour la rentrée de septembre 2026. (Voir ici)

Occasion pour le ministre d’enfoncer des portes ouvertes telles que : « Notre action pédagogique doit être principalement concentrée sur la maîtrise de ces deux conventions sociales « premières » qui rendent possibles toutes les autres : le langage et le raisonnement scientifique : l’acquisition et le développement du raisonnement scientifique, singulièrement en mathématiques. »

Oui, bien sûr : faire que tous nos enfants parlent et écrivent un français correct expurgé des fautes grossières dont les échanges de messages sur les réseaux sociaux portent témoignage ; et puis que les contenus de ces conversations soient débarrassés des idioties formatées par la haine et les théories complotistes, voilà donc des nouveautés qu’on signale sans doute depuis Jules Ferry.

On est tous OK ; mais comment y parvenir ?

On vient de lire que le raisonnement devrait être soutenu par une maitrise du raisonnement mathématique. Bon, nous on veut bien – tout en notant qu’autrefois on faisait de la pratique de la langue latine la meilleure pédagogie de la construction de la pensée qui soit.

 

… Toutefois, nous lisons aussi que le ministre de l’Éducation, Édouard Geffray, promet des larmes lors du brevet et du bac, en raison du durcissement de la notation lors de ces examens. En philosophe accompli, l’auteur de l’article conclut : « Reste à savoir comment accueillir le surcroît de redoublants après leur échec au bac dans un contexte de budget contraint. » (Voir ici)

On le voit : il y a deux façons d’obtenir les résultats voulus par le Ministre : 

- soit on opère une réforme des méthodes et des contenus avec l’espoir que des résultats enfin probants apparaissent dans dix ans - ce qui, soit dit en passant suppose une continuité dans la volonté du ministère qui vient de voir défiler neuf ministres au cours de cette décennie

            - soit on purge le système en éliminant tous les élèves qui ne parviennent pas à suivre le régime qui leur et imposé, pour ne garder que les meilleurs - et proclamer que l’éducation nationale française obtient des résultats dignes d’être classée selon Pisa dans l’élite des nations.

Mais alors il faudra nous expliquer ce qu’on fait de tous ceux qui auront été débarqués.

mardi 30 septembre 2025

Nouveau programme de SVT – Chronique du 1er octobre

Bonjour-bonjour

 

Lu ceci dans cet article du café pédagogique :

1) Le projet de programmes de sciences de la vie et de la Terre du cycle 4 (5ème/4ème/3ème) insiste, comme le précédent, sur la distinction des élèves entre ce qui constitue « un savoir scientifique éprouvé de ce qui relève, soit d’une opinion non prouvée, soit d’une croyance ». 


Pour qui se souvient encore des rodomontades du professeur Raoult, affirmant qu’il possédait un savoir scientifique que des profanes comme les journalistes ne pouvaient comprendre et encore moins critiquer, voilà une bonne nouvelle. Je dirais pour ma part que si cet aspect du programme était assimilé, l’année scolaire en SVT serait une réussite

2) « Il en est de même pour les bases de la procréation humaine avec les cycles féminins, le rapport sexuel et la formation d’une cellule œuf. /…/ » Poursuit ce chapitre qui conclut ainsi : « Le programme inclut clairement la notion de clitoris.» (art. cité)

On le devine : j’accroche sur la référence au « clitoris » qualifié ici de « notion ». 

 

 

 

Le clitoris représenté en majesté ici

 

« Une notion est une connaissance élémentaire, souvent tirée d'observations empiriques. Elle est donc moins élaborée et abstraite que le concept » nous dit Wiki. On comprend que les gamins tout juste pubères n’ont pas droit à plus qu’une brève description.

- Toute fois le philosophe proteste : le clitoris mérite mieux qu’une approche élémentaire et empirique. Car il est le seul organe du corps humain qui apporte de la jouissance sans rien réclamer en échange. Voyez ce qu’il en est chez l’homme : le pénis apporte de la jouissance, oui – mais seulement s’il ensemence la femme. L’espèce est là qui veille au grain : « Tu jouiras, oui – mais à condition de remplir ta fonction fécondatrice ». Inutile d’énumérer les autres zones érogènes du corps : elles ont toutes une utilité pour la survie de l’individu ou pour la propagation de l’espèce.

Voilà au moins quelque chose que nos enfants auraient intérêt à savoir en accédant à la puberté.

dimanche 31 août 2025

Chez les profs aussi le niveau baisse – Chronique du 1er septembre

Bonjour-bonjour

 

C’est la saison de la rentrée scolaire et donc aussi celle des constats désolés : le niveau des élèves baisse de plus en plus et les réformes qui se sont amoncelées au fil des ans n’y ont rien changé. La nouvelle « réforme-de-la-réforme » du bac est là pour en témoigner.

 

Mais il y a pire : les syndicats alertent l’opinion sur le niveau des enseignants, qui est en baisse si on le juge d’après le projet de réforme des concours de recrutement. En témoigne la suppression de deux années de formation (ramenée de 5 à 3 ans) mais aussi le contenu des épreuves du concours.

--> « Dans certaines disciplines, les exercices élaborés au ministère de l’éducation nationale ont stupéfié les formateurs qui préparent aujourd’hui les étudiants au CRPE (concours de recrutement de professeurs des écoles) au point que plusieurs représentants syndicaux confient avoir cru à un « canular ». C’est notamment le cas en mathématiques ou en histoire-géographie, où les questions consistant à classer des nombres par ordre croissant ou des événements par ordre chronologique (sans les dater), ainsi que celles sous forme de questionnaires à choix multiples, ont interpellé par leur apparente facilité. » (Lire ici)

 

Ce jugement se retrouve à propos du CAPES de lettres ou de maths, avec de  surcroît une précision fort éclairante : : « Ces exigences sont revues à la baisse d'année en année à mesure que ceux-ci n'ont pas assez d'admissibles pour le nombre de postes à pourvoir » selon l’estimation des formateurs.

Il s’agirait donc d’un mal qui ne résulterait pas de capacités déclinantes des candidats, ni d’un environnement culturel défaillant : simplement les étudiants donnent l’équivalent de ce qu’ils vont toucher comme paie. Autrement dit, ils ne se donnent plus le mal d’acquérir des connaissances affutées dans un domaine scientifique tel que l’histoire ou la physique ; mais seulement ce dont ils estiment avoir besoin en fonction du salaire qui va leur être versé.

Ce constat a le mérite de rattacher l’ensemble des insuffisances constatées dans les résultats de l’école française à une seule source. Trop facile ? Soit – prenons le temps de vérifier. Mais l’idée est quand même qu’il ne suffira pas de décréter une plus grande sévérité dans la délivrance des diplômes tels que le bac pour améliorer les résultats de l’École française.

mercredi 21 mai 2025

Lu sur des bulletins scolaires – Chronique du 22 mai

Bonjour-bonjour

 

J’ai lu ceci sur les bulletins scolaires de mes petits-enfants : à performances égales, l’un (= garçon) a cette appréciation : « Résultats prometteurs » et l’autre (=fille) « Résultats encore fragiles ». Et il ne s’agit pas là de stéréotypes venus de milieux sociaux retardataires : il s’agit de délibérations d’enseignants qui tous les jours débattent entre eux des performances de leurs élèves.

Alors qu’Elisabeth Borne, ministre de l’Éducation nationale s’efforce de favoriser l’investissement et la réussite des filles dans les matières scientifiques, Philippe Meirieu, professeur en sciences de l’éducation vise plutôt les stéréotypes de genre ; selon lui on valorise les garçons en disant d’eux qu’ils sont brillants ; et les filles en leur accordant le sérieux dans le travail. Outre les inégalités sociales, ces stéréotypes constituent pour les filles un lourd handicap. Au fond, en valorisant les garçons comme étant brillants on les considère comme « prometteurs » ainsi que dit ci-dessus. Et les filles ? Qu’ont-elles à nous promettre ? Elles sont sérieuses, consciencieuses, d’où leur fragilité : elles ne pourront jamais apporter à leurs études autre chose que ce qu’elles ont déjà montré.

 

--> J’ai été prof moi aussi, et je sais combien certaines appréciations peuvent être mortifère. Voyez celle-ci : « Travail sérieux. Résultats insuffisants. » - cruel n’est-ce pas ? On dira peut-être : « Bof ! les profs ils ont des formules toutes faites qu’ils ressortent par paresse pour éviter de trop s’engager. » Mais c’est faux : ils s’engagent de toute façon car leur avis même stéréotypé est décodé vite-fait comme attitude révélatrice d’indifférence. Voyez par exemple l’avis : « Peut mieux faire ». N’est-ce pas la révélation « Ce garçon (ou cette fille) ne m’a pas intéressé de toute l’année. Je n’ai rien à dire contre lui (elle), mais rien de positif non plus. » ?

 

Les profs devraient, comme le suggère Philippe Meirieu, être attentifs à la façon dont leurs élèves perçoivent leur attitude. Au cours d’une rencontre parents-profs, j’ai reçu les parents d’une élève qui m’ont dit « Notre fille nous a dit avant cette réunion « Ce n’est pas la peine d’aller voir le prof de philo. Il ne saura même pas qui je suis ».

Ce n’était pas vrai… mais un peu quand même.

lundi 24 mars 2025

On n’a plus que l’IA à mettre devant les élèves – Chronique du 25 mars

Bonjour-bonjour

 

Les chiffres de l’Éducation nationale sont sans appel : « en un peu plus de vingt-cinq ans, le nombre de candidats au métier d’enseignant dans le secondaire a chuté de près des trois quarts » - et encore, on ne parle pas des démissions. A ce rythme-là, d’ici 10 ans on n’aura plus que des machines à mettre dans les classes en face des élèves.

- Les métiers de l’éducation n’attirent plus. Patrick Rayou (sociologue, professeur émérite en sciences de l’éducation, membre du CICUR) a, au cours d’un forum consacré à la question, listé ici les raisons d’une telle désaffection.

1) « La satisfaction professionnelle des personnels des établissements des premier et second degrés est de 6,0 sur 10, contre 7,2 pour l’ensemble des Français en emploi ».

2) « L’école enregistre les inégalités sociales, mais elle en rajoute aussi » Cela vient en partie de la façon dont « les savoirs scolaires sont socialement construits, puis distribués et évalués ».

3) Les directives du ministère, ses injonctions conjuguées à une réduction des moyens affectent la qualité du travail des enseignant.es : le métier de professeur devient plus difficile à mesure qu’il est réduit à une fonction d’exécutant.

4) Si la France compte plus d’heures de cours de fondamentaux que beaucoup d’autres pays, les résultats des évaluations ne la classent pas pour autant en tête du palmarès. La question n’est donc pas quantitative mais qualitative, pour les professeur.es comme pour les élèves.

5) Patrick Bayou n’évoque pas – mais il aurait pu – le salaire des profs qui stagne depuis 20 ans et qui met les enseignants français en queue de peloton des revenus européens dans cette catégorie.

 

Certains parents d’élèves malveillants considèrent les professeurs comme des privilégiés qui travaillent peu et qui bénéficient d’une statut de titulaire à vie. Image entretenue par l’odieux ministre que fut Claude Allègre : quand la semaine de travail fut réduite à 35 heures, des syndicats enseignants exigèrent que la mesure soit adaptée aux enseignants : le ministre rétorqua « il faudrait déjà qu’ils travaillent 35 heures ». Bien sûr les faits actuels démentent sans appel cette évaluation : sans parler de la désertion des concours, comment comprendre que certains néo-certifiés qui viennent de réussir un concours parmi les plus difficiles de la fonction publique décident de démissionner dès qu’ils ont constaté la réalité du métier ?

J’ai personnellement expérimenté le métier de professeur. En qualité de prof de philo j’étais privilégié : tous mes élèves passaient le bac à la fin de l’année et ils savaient qu’ils seraient évalués dans ma discipline. De surcroit les questions abordées par le programme permettaient de mobiliser l’intérêt de jeunes gens en quête d’un sens lié à leur recherche d’une place dans la société. Mais j’étais (et je suis encore) un prof d’un genre un peu spécial plus motivé par les élèves en difficultés que par les meilleurs : franchissant brillamment les moments les plus difficiles du programme, ils réussiraient de toute façon : j’étais là pour le luxe. Par contre les élèves qui bataillaient pour progresser et qui avaient absolument besoin de réussir, ceux-là avaient toute mon attention et je ressentais leur échec comme mon échec.

Et je comprends qu’aujourd’hui on ne peut rien faire pour ces élèves-là, sauf à répéter passivement les démarches concoctées dans le Ministère et qui ont fait durablement la preuve de leur inefficacité.

On n’ira de toute façon plus très loin avec de telles carences.

samedi 18 janvier 2025

L’école : pourquoi faire ? – Chronique du 19 janvier

Bonjour-bonjour

 

Le vendredi 17 janvier, la nouvelle ministre de l’éducation nationale a donné un aperçu de la « méthode Borne ». Elle consiste à « évaluer l’efficacité des dispositifs » avant de prendre « les décisions qui s’imposent, de manière très pragmatique » et à « faire confiance aux équipes éducatives ». Mais surtout aucun tabou, aucune prérogative ne saurait faire obstacle aux réformes dont elle s’estime porter la charge. (Lire ici)

- Alors qu’elle est confrontée à la crise de recrutement, Elisabeth Borne pose un sujet gros des pires conflits : celui de la durée des vacances, en particulier celle des vacances d’été jugée trop longue et discriminantes : « Les coupures longues se traduisent par des pertes de niveau pour les élèves les plus fragiles. »

--> Élisabeth Borne a donc assuré être en faveur d’un raccourcissement des vacances scolaires estivales : « Les vacances d’été de 2025 ne changeront pas mais, pour 2026, cela dépendra de l’issue des discussions », a assuré la ministre de l’Éducation. 

Tout ça me rappelle l’époque de Claude Allègre qui prétendait « remettre les élèves au centre des préoccupations ». Ainsi si le raccourcissement des vacances est bénéfique pour les élèves défavorisés, les profs doivent s’incliner et renoncer à 2 semaines de farniente. Or, s’il y a un sujet de combat sur lequel les profs sont prêts à se faire couper en morceaux plutôt que de reculer, c’est bien celui des vacances. Alors même qu’on peine à recruter des profs, voilà qu’on rend leur charge encore moins attractive ! Car on ne le dit pas assez, les profs restent attachés à leur vacances, 7 semaines de travail + 2 semaines de congés + 2 mois d’arrêt tous les 10 mois. Pas touche !

On dira qu’il ne s’agit là que d’habitudes que la charge de professeur ne saurait justifier.

Oui-Oui… Sauf que les parents eux-mêmes estiment que l’école a pour charge de s’occuper des gamins pendant qu’ils vont travailler. Qu’on se mette en grève et c’est l’affolement dans la famille. Si donc le rôle des profs c’est de garder les enfants bien au chaud durant que leurs parents vont bosser, c’est aussi leur obligation de les remettre en circulation quand c’est le temps des vacances, voyage, tourisme, restaurant et consommation spécialisée. 

Vous voyez ce que je veux dire ?

 


Et ça : ça compte pour du beurre ?

dimanche 5 mai 2024

Ponts de mai : le bonheur pour tous – Chronique du 6 mai

Bonjour-Bonjour

 

Les ponts de mai signent le retour de Jean Viard, qui, après avoir expliqué que les vacances avec les enfants ça devrait être quand les parents le décident (voir notre post ici), revient pour se réjouir de ces ponts de mai qui assurent une société unanimement en vacances.

 


Certains se désolent de cette profusion qui désorganise le travail productif et renvoie les enfants en vacances alors même qu’ils reviennent tout juste en classe après les vacances de printemps.

En vacances ? Par tout à fait. Écoutons Jean Viard : « N’oublions pas quand même que la première activité de ce pont, ça va être le jardinage. Les 67% des gens qui ont un jardin, ont sorti leur tondeuse, leur sécateur, leur binette, et ils sont en train de planter des fleurs ou des tomates. » Faire pousser des tomates dans son jardin, c’est aussi travailler, et si ce n’est pas dans le cadre d’une entreprise, qu’importe ?

Et pour le tiers restant qui n’a pas de jardin ?  « Pour eux comme aussi pour les autres, c’est le moment d’aller dans les parcs, dans la nature. C'est la fête de la nature, je le dirais comme ça. Et cette fête de la nature, le maximum de gens ont envie de la partager. Certains pourront aller se promener dans un parc, dans un jardin public ou passer une journée en dehors de la ville. Mais c'est un moment très, très fort de la vie de la société. » 

Cette période de loisir n’est pas inoccupée : elle est un moment de concélébration dans lequel la société vit un fait social global essentiel à son bon fonctionnement et qui est aussi important que la production des moyens de subsistance.

C’est aussi à cela que servent les vacances, à condition qu’elles soient un moment que tous vivent simultanément. Tous en vacances en même temps, c’est pour cela les ponts de mai sont très appréciés. Après, qu’on soit obligé de moduler en fonction des capacités d’hébergement ou de la fluidité du réseau routier, soit ; mais on sait que la normale est « tous en même temps ». Voilà les propos du sociologue : les loisirs non pas pour faire joli, mais parce que la vie normale d’une société doit assurer le même bonheur à tous.

lundi 25 mars 2024

Culture des instit : au niveau des CE1 – Chronique du 26 mars

Bonjour-bonjour

 

Vous vous demandez peut-être pourquoi il manque tant d’instits dans les écoles ? Vous mettez en cause le manque de candidats en raison du manque d’attractivité des postes proposés, mais vous ne vous demandez pas pourquoi on continue à recaler certains candidats alors que la logique du concours devrait faire simplement baisser la barre d’admission ?

Hé bien c’est que les candidats sont vraiment trop nuls, et qu’on ne peut se résoudre à admettre comme professeur des écoles quelqu’un qui ne connait que les héros de Marvel et pas du tout les personnage de la littérature classique. 

Lisons cet article : « Les évaluateurs déplorent une pauvreté des références culturelles : de nombreux aspirants professeurs citent des émissions de téléréalité ou des films de Disney et méconnaissent la culture littéraire et patrimoniale. Le candidat gagnera à faire preuve d’une culture qui dépasse l’âge de ses élèves »

Bon : au moins ils seront proches de leurs élèves et c’est bon pour l’enseignement : on ne va quand même pas regretter l’instit-Jules-Ferry, blouse grise et règle pour taper sur les doigts !

 


Toutefois, si on n’est pas capable d’élever le niveau des enfants, alors à quoi bon prétendre leur enseigner quelque chose ? Tout l’art de l’enseignement consiste en effet à changer l’élève en lui apprenant ce qu’il ne sait pas encore. Comment faire pour qu’il arrive à comprendre ce qu’il fait en réalisant une règle de trois ; où comment Quasimodo a influencé les générations au point de revenir chez Disney en « Bossu de Notre-Dame » ? 

Oui, c’est facile de s’indigner devant l’inculture des futurs enseignants et c’est vrai qu’on peut douter de leur capacité à donner cet enrichissement à des enfants alors qu'eux-mêmes n’ont pas eu la volonté de l’acquérir. Mais encore une fois, l’essentiel n’est pas là. Il s’agit d’éveiller l’esprit, de stimuler la curiosité, de faire que l’esprit de l’élève suive et même devance celui de l’instituteur.

Du temps où j’enseignais la philosophie, je m’interrogeais en permanence : « Mes élèves me suivent-ils ou bien sont-ils en train de faire des petits dessins sur leur cahier pour passer le temps ? » J’avais pour habitude de surveiller ceux dont le regard trahissait leur angoisse dès qu’ils ne comprenaient plus : non seulement je réexposais, mais surtout je savais qu’ils m’écoutaient. 

Mais, quid des autres ?

samedi 23 mars 2024

Temps libre – Chronique du 24 mars

Bonjour-bonjour

 

Aujourd’hui dimanche, vous avez du temps libre ; qu’allez-vous en faire ? Rien ? « Buller » en rêvassant sur le canap’ devant un écran ? Est-ce cela qui mérite de s’appeler liberté ?

- Car, voici le dilemme : ou bien vous êtes soumis à des contraintes (travail, famille, engagements de toute sorte), mais alors plus de temps pour faire quoique ce soit de personnel ; ou bien vous êtes dégagé de toutes ces contraintes, mais alors qu’allez-vous faire de tout ce temps sans affectation ?

- « Être capable d'occuper intelligemment ses loisirs, tel est l'ultime produit de la civilisation. » telle était la conception des progrès de la civilisation du philosophe et mathématicien anglais Bertrand Russell. Nombreux sont ceux qui estiment aujourd’hui que ce but n’a pas été atteint, puisque nous perdons ce temps si précieux devant des écrans qui ne nous apportent rien, au point que, paradoxalement nous avons l'impression de ne jamais avoir assez de temps pour faire ce que nous aimerions

- La preuve ? La nouvelle mouture du magazine « Marianne » qui réduit son volume (et son prix) parce que les lecteurs se plaignent de n’avoir pas le temps de tout lire de la version longue.

Mais il n’y pas que cela. Par nature le temps passe, qu’il soit libre ou contraint. Si le temps est libre on peut admettre qu’il devrait nous laisser quelque chose comme un résidu qui enrichirait notre culture, ou nos émotions, ou encore notre expérience. Or dans la mesure où ces loisirs sont remplis de jeux ou de surf internet, on peut craindre que rien de cela n’arrive. En Suède les neurologues en charge d’évaluer l’usage de l’outil numérique à l’école le constatent avec dépit : « les enfants comprennent mieux s’ils lisent de vrais livres et apprennent davantage s’ils écrivent à la main »

Alors, verrons-nous demain le retour de la plume Sergent major et les morceaux choisis pour le CM2 ? Pourquoi pas, dans la mesure où l’école est là pour apprendre aux enfants de quoi vivre pleinement leur liberté devenus adultes.

Car, oui : la liberté, ça s’apprend.

vendredi 19 janvier 2024

Tenue scolaire unique : bof ! – Chronique du 20 janvie

J’ai connu la blouse grise de la communale et la blouse blanche du lycéen. J’en ai gardé un si mauvais souvenir que c’est avec une stupéfaction attristée que je vois revenir l’uniforme scolaire sous les applaudissements des familles. Bien que j’aie consacré à cette question un certain nombre de post (voir ici), j’y reviens malgré tout ce matin. 


Bonjour-bonjour

 

« L’uniforme retenu est simple, sobre et « sportswear », loin des tenues strictes que l’on trouve dans certains établissements sous contrat ou du traditionnel blazer anglais et autres uniformes asiatiques.

Pour les collectivités intéressées, le gouvernement veut leur simplifier la vie avec ce trousseau élaboré par ses soins. La tenue sera mixte « pour éviter les polémiques qu’il risque d’y avoir malgré tout », confie un proche du dossier. Pas de choix entre le pantalon ou la jupe, donc. » (Lu ici)

 


 

Article cité

 

On ne profitera pas de ces tenues pour déguiser nos collégiens en traders ni nos collégiennes en gamines qui montrent leurs gambettes affriolantes sous leurs jupes plissées. Ce qui pose la question de savoir ce qu’on attend d’une telle tenue.

Je l’ai déjà dit : j’ai abordé la question à de multiples occasions – on s’y reportera ici.

Aujourd’hui, à mesure qu’on se rapproche de l’expérimentation, je ne vois finalement qu’une raison : reproduire l’image de l’excellence des établissements qui, à l’étranger (pays Anglo-saxons ou d’Asie), habillent ainsi leurs élèves. Or la France étant la France, le pays du "Citoyen universel", l’uniforme sera national et ne servira pas à désigner l’appartenance à tel ou tel établissement renommé (ce que le privé s’est empressé de faire depuis longtemps).

Le seul projet officiellement porté est donc l’effacement des inégalités sociales par le rejet des habits couteux que seuls les plus riches peuvent payer à leurs enfants.

Je ne suis pas sûr que ce soit cela que les parents qui plébiscitent ce projet attendent.

lundi 15 janvier 2024

Affaire Oudéa-Castera : c’était encore plus pire – Chronique du 16 janvier

Bonjour-bonjour

 

On sait que les explications données par madame Oudéa-Castera pour justifier le placement de ses trois enfants dans le collège privé Stanislas focalisent toutes les réactions. Il faut dire que, pour la Ministre qui est en charge de l'enseignement public, justifier la mise de ses enfants dans enseignement privé en raison précisément des carences du public (heures manquées non remplacées) est une critique évidente de la qualité de cet enseignement comparé à celui du privé. 

Or, voici que cette explication tombe devant le témoignage de l’enseignante concernée : « Un seul de ses enfants a été scolarisé dans le public, six mois seulement, et en petite section de maternelle, dans un établissement où les heures non remplacées n’étaient manifestement pas un problème. » (Selon Libération – lire ici)

 

Si la Ministre de l’éducation nationale a tenté ce mensonge - qui lui était pourtant défavorable - on est en droit de supposer que la vérité lui aurait été encore plus défavorable. Comme, par exemple de dire que le choix du collège Stanislas n’était pas un choix par défaut (madame Oudéa-Castera a prétendu que la proximité de cet établissement par rapport à leur domicile expliquait son choix), mais bien évidemment pour sa qualité pédagogique - et aussi (et surtout ?) pour la qualité de l’éducation morale et religieuse qui y est donnée. Cet établissement a d’ailleurs été fréquemment pointé pour ses options traditionnaliste tant sur le plan religieux que moral. Il y aurait comme un choix de classe effectué par un couple bien implanté dans la (très) haute bourgeoisie (rappelons que Frédéric Oudéa, le père des enfants, après avoir été le directeur de la Société-Générale est aujourd’hui le président du conseil d’administration de Sanofi, une entreprise du Cac 40). 

--> Madame Oudéa-Castera aurait cherché à dissimuler les raisons de son choix derrière un poncif bien populo dénonçant l’incapacité du service public à remplir sa mission. Finalement ce mensonge qui paraissait gratuit à l’origine, était destiné à allumer un contre-feux aux accusations de ségrégation de classe qui n’auraient pas manqué de lui tomber dessus.

C’est qu’il est plus grave de s’avouer réactionnaire que de montrer qu’on a de l’ambition pour ses enfants – même si c’est assorti du dénigrement du service public.

dimanche 10 décembre 2023

Uniforme scolaire ou tenue unique ? – Chronique du 11 décembre

Bonjour-bonjour

 

Selon les informations disponibles ce matin, l’expérimentation à grande échelle de l’uniforme scolaire serait lancée aujourd’hui.

Toutefois les informateurs utilisent non pas le terme « d’uniforme » mais celui de « tenue unique ». Y a-t-il entre les deux une différence ou bien ne s’agit-il que d’un euphémisme pour éviter de parler d’uniforme dont la connotation serait désagréable ?

Gabriel Attal a commenté ainsi la distinction entre les deux : « alors que l'uniforme est la même tenue pour tous les élèves, la « tenue unique » est davantage un modèle à suivre : comme un tee-shirt, une veste et un jean » (lire ici)

 

Aujourd’hui toutefois, alors que ces tenues qui vont être distribuées à titre expérimental sont décrites quant à leur contenu et non quant à leur aspect, on penserait quand même avoir à faire plutôt à un uniforme qui n’oserait pas dire son nom.

Pourquoi ces craintes ? C’est que l’uniforme est peu stimulant pour des français individualistes et qui pensent que l’école est faite pour épanouir des individualités plutôt que pour passer au moule des enfants encore malléables.

On aurait donc à faire à un euphémisme destiné à faire oublier ce regrettable contexte militaire ? 

Mais alors, si la tenue unique correspondait à la réalité, qu’est-ce que ça donnerait ?

Quelque chose comme ça ? 

 


Et qu’est-ce qu’on en espèrerait ?

Ça, j’en ai déjà parlé et c’est ici.

mercredi 6 décembre 2023

Pour ou contre l’uniforme scolaire ? – Chronique du 7 décembre

Bonjour-bonjour

 

Je ne sais pas si vous êtes comme moi, éberlué de ce débat autour de l’uniforme scolaire qu’on destine à effacer les distinctions sociales et à recentrer la vie des élèves sur leur appartenance à une école.

Bien que tout cela ne soit pas forcément très cohérent avec les urgences de l’actualité (comme le nécessaire relèvement du niveau des élèves), le débat qui a pris une tournure très sérieuse, est alimenté aussi bien par la droite que par le ministère.

 

- Aujourd’hui on est loin de la fonction pratique attribuée autrefois à l’uniforme scolaire, tel qu’en témoigne cette illustration (venue de cet excellent site

 


 Difficile de s'afficher sur Insta dans cette tenue 


On pense plutôt que le but de l’uniforme scolaire est de redonner le sens de l’autorité et le respect de valeurs républicaines dans la mesure où comme le veut la République, cet uniforme définit tous les petits français comme étant identiques et égaux. C’est le retour des vertus morales autrefois attribuées à l’école : le respect de l’autorité religieuse, puis l'obéissance au patron, et pour finir la soumission du bon citoyen, voire même le patriotisme après 1914.

Mais tout cela n’est pas très sérieux. Il faut plutôt écouter le Ministre de l’Éducation nationale : il veut vérifier par l’expérimentation que « grâce à cet uniforme on va enregistrer des progrès en matière de climat scolaire, en matière d'élévation du niveau de nos élèves ou d’impact sur l’autorité à l’école, de harcèlement scolaire, et des questions de laïcité ». (Lu ici)

- Que pensez de ceci ? Que le Ministre ne veut pas de l'uniforme mais qu'il ne veut pas le dire ?

En tout cas, un pareil programme condamne à l'avance l’expérimentation de l’uniforme à l’échec et donc à l’abandon du projet.

Et je ne fais pas d’ironie, je constate, voilà tout.

mercredi 22 novembre 2023

Burn-out scolaire – Chronique du 23 novembre

Bonjour-bonjour

 

Le nouveau Ministre de l’Éducation Nationale ne perd pas de temps pour marquer cette administration de sa présence : il faut dire qu’il a sans doute été nommé pour cela, en remplacement d’un prédécesseur absolument transparent.

Bref, après une série de mesures pour endiguer le harcèlement à l’école, voici qu’à présent il s’en prend au « burn-out scolaire ».

Il est secondé en cela par des études scientifiques et des rapports qui établissent, par exemple, que « dans le secondaire, un élève sur trois serait fortement stressé »

On y lit en effet que de nombreux élèves ont le sentiment de devoir fournir toujours plus de travail sans que le résultat soit à la hauteur des attentes des professeurs. D’où le stress avec pour conséquence l’épuisement et un certain cynisme envers l’école : « de toute façon ça ne servirait à rien». Le travail scolaire perd son sens ; et puis « Je ne suis pas fait pour ça ».

Et la cause de tout ça ? Outre les programmes et la compétition qui prévaut dans tous les domaines, c’est la pression de l’entourage (enseignants, parents, camarades) qui en est la cause. (Lire cet article)

 

Bref : à trop en vouloir on n’obtient plus rien – c’est vrai à l’école comme ailleurs mais ce qui est nouveau c’est qu’on prend en considération ce phénomène. Il est vrai qu’à voir le rang de la France dans le classement Pisa on comprend que l’élitisme de nos écoles est une des causes (et peut-être la première) du faible niveau de leurs résultats. 

Éblouis par les performances des pays où le travail scolaire est bien plus intense que chez nous et la compétition beaucoup plus précoce (Japon, Chine, Corée, et autres pays d’Asie du sud-est), nous avons cru qu’il ne fallait pas tenir compte de ceux qui restaient sur le bord du chemin. Seulement à ce compte, c’est l’image de l’école comme lieu d’épanouissement et comme source de sécurité pour l’avenir qui disparait. Les parents d’autre fois disaient : « Si tu fais de bonnes études, tu auras on bon métier ». Mais ça ne suffit plus : aujourd’hui ils n’ont plus qu’une idée en tête : fuir les écoles où les élèves ratent leurs études - sans tenir compte de ce qu’il faudrait faire pour réussir.

C’est une attitude qui repose sur la croyance en des recettes qui relèvent plus de la magie que d’autre chose.

- A l’École de trouver le moyen de faire entendre qu’on peut y réussir sans avoir recours à la sorcellerie.

jeudi 19 octobre 2023

Être debout « stehen », résister « widerstehen », comprendre « verstehen » – Chronique du 20 octobre

Bonjour-bonjour

 

Djéhanne Gani pour Le café-pédagogique nous donne en 3 mots une leçon d’étymologie à la façon de Heidegger, c’est-à-dire pour révéler l’essence intime de l’école.

- L’école est « stehen », c’est-à-dire debout : « On (se) tient debout, meurtris, souvent dans l’ombre, et aujourd’hui, assombris par les forces obscurantistes qui s’opposent à nos mission d’éducation et d’émancipation mais qui les justifient et les rendent nécessaires, d’autant plus et plus que jamais. »

- Le savoir n’est plus de nos jours une force, car que vaut-il face aux certitudes assénées par des fanatiques ? La mission émancipatrice de l’Ecole est un obstacle à l’action aveuglante des idéologies… et des passions solitaires.

C'est alors que l’École doit résister, être « debout contre » (widerstehen) « Transmettre, éduquer à l’esprit et pensée libres, n’est-ce pas aussi résister aux pressions et à la culture ambiante, celle de la culture de l’instantané et de l’urgence du « tout et tout de suite», des «fake news», du zapping, du déni de la science ? »

Enseigner ce n’est pas simplement éclairer l’esprit, c’est aussi chasser les pressions qui font obstacle à son apprentissage. Et pour cela il faut faire acte de résistance qui ce soit aux opinions courantes ou aux leçons imposées par le milieu et les communautés.

- L’école doit surtout comprendre (verstehen) les élèves, leurs attentes, leurs certitudes.

« Comprendre l’autre demande du temps, de la patience. L’École ne doit-elle pas être pas ce lieu du temps d’appréhension et de compréhension de l’autre, qui résiste par essence ? »

dimanche 3 septembre 2023

Rentrée scolaire : en arrière toute ! – Chronique du 4 septembre

Bonjour-bonjour

 

C’est un usage bien installé que de souligner le jour de la rentrée scolaire combien celle-ci va mal se passer. Nous ne donnerons pas dans ce travers. Par contre il est intéressant de noter que les intentions du ministres, dévoilées dans sa conférence de presse du 28 aout, consistent pour l’essentiel à reprendre les directives de ses prédécesseurs, récents ou lointain… voire même très lointain.

Vérifions :

 - Mise en place de soutien ou d’approfondissement dès la 6ème en français ou en mathématiques.

« Un élève sera amené à bénéficier de soutien en lecture, écriture, fraction ou multiplication en fonction de ses difficultés précises. Ceux dont le niveau est bon pourront approfondir et élargir leur horizon et densifier leurs connaissances ». On a déjà eu ça il y a plusieurs décennies ; je ne sais même plus pourquoi on l’a abandonné : peut-être faute de résultats ?

- Maintenir les cours en lycée tout au long du 3ème trimestre.

« On doit reconquérir le 3e trimestre dans son ensemble, pas seulement juin. Sur ces sujets, je crois au dialogue. » a déclaré le Ministre. Façon de dire que les réformes précédentes n’ont fait qu’aggraver la situation, pourtant déjà combattue il y a au moins 20 ans.

- Combattre les inégalités sociales génératrices d’échecs scolaires.

« La réussite scolaire dépend encore trop de notre milieu d’origine et de notre niveau social » selon Gabriel Attal. Ici ce ne sont pas les efforts qui ont manqué ; ce sont les résultats.

- Utiliser chaque heure de travail des profs pour l’enseignement en présence des élèves.

« La moitié /des 15 millions d’heures perdues par an par les élèves/ découle d’une organisation administrative et nous devons éviter que les heures de formation et de réunions pédagogiques soient données sur les heures de cours et laissent les élèves sans solution. » C’est Gabriel Attal qui le dit, mais on se souvient de Claude Allègre supprimant – outre les voyages scolaires – les stages de formation en dehors des vacances. Raison pour laquelle ces stages avaient été désertés.

- Enfin, restaurer l’autorité des professeurs.

« La relation entre un prof et son élève n’est pas une relation d’égal à égal, il y a celui qui sait et celui qui apprend. Celui qui apprend doit respecter l’autorité de celui qui sait. L’autorité est un préalable à toute transmission » Ah, voilà ! Ça c’est nouveau ! Monsieur Attal fait enfin preuve d’imagination.

jeudi 13 juillet 2023

Un pognon de dingue – Chronique du 14 juillet

Bonjour-bonjour

 

Non, avec le titre de cette chronique il ne s’agit pas de rappeler que pour le Président les secours publics ne faisaient qu’entretenir la pauvreté au lieu de l’éradiquer. Il s’agit plutôt de dire que la dépense de l’Etat en faveur de l’Éducation nationale ne pourrait être soutenue sans de profonds remaniements qui ouvriraient la porte à la privatisation du service public d’enseignement.

==> Suppression des concours (nationaux ou pas), autorité déléguée aux chefs d’établissement, dérégulation du nombre des classes du secteur privé, j’en passe qu’on retrouvera dans cet article du « café pédagogique » signé François Jarraud. Article qui pointe que cette attaque vient cette fois de la Cour des comptes, après avoir été lancée par le gouvernement lui-même et repris par le Séant – excusez du peu !

 

L’intérêt de la chose aujourd’hui est que, venant de la Cour des comptes, l’attaque est budgétaire : la France ne pourra indéfiniment se payer le luxe d’un service public hors de prix. On se rappelle que l’argument valait déjà lors du quinquennat de François Hollande, lorsqu’on disait qu’en matière de santé publique, on devrait faire, comme nos voisins nord-européen,  de meilleurs soins avec moins d’argent. Quelques mois plus tard la pandémie remettait les pendules à l’heure, sauf qu’elle ne permettait pas de mieux remplir les caisse de la Nation.


On le devine, mon propos est de regarder au loin (pas si loin d’ailleurs) : n’allons-nous pas vers une privatisation de l’ensemble des services publics faute de trésorerie pour abonder les caisses ?

Ne serions-nous pas restés dans un régime idéologiquement libéral ?

lundi 3 avril 2023

Heureusement, on a chat GPT – Chronique du 4 avril

Bonjour-bonjour

 

Bientôt vos enfants auront à la place de leur instit (ou : du prof) un écran connecté sur le logiciel d’IA : et, vous savez quoi ? Vous en serez heureux !

Oui, heureux parce qu’au moins la machine saura parler et orthographier correctement le français, et que ses références historiques et culturelles, sans parler bien évidemment des calculs mathématiques seront irréprochables. Ce qui ne peut plus être assuré par le personnel nouvellement embauché par l’Éducation Nationale.

Pourquoi un tel pessimisme ? Simplement pour avoir lu le compte-rendu des concours de l’Éducation nationale publiés après le concours des écoles. On y trouve en effet (ici) :

            1 – Impossible de remplir les places mises au concours faute de candidats ; et cela malgré le recul de la date de clôture des inscriptions 

            2 – De toute façon la moitié des candidats inscrits ne se présentent plus pour passer l’examen. « Au Parc des expositions de Villepinte, où devaient plancher 6.600 inscrits aux concours des académies de Paris, Créteil et Versailles, guère plus de 4 000 se sont présentés pour la première épreuve, qui démarrait à 14 heures. Pour 2.700 postes à pourvoir... Le vivier se tarit dangereusement. » (Art. cité)

            3 – À Créteil et Versailles pour remplir quand même les places disponibles, les jurys baissent le niveau : on a reçu des candidats notés 7 sur 20.

            4 – Du coup, les candidats reçus manifestent « des difficulté à résoudre une équation » ou « une méconnaissance des termes précis de grammaire » (idem)

 

--> Voilà pourquoi vous préférerez que vos bambins soient confiés à une machine plutôt qu’à un enseignant humain.

o-o-o

Alors on se rappelle de l’Instit d’autrefois, le modèle Hussard noir, blouse Jules Ferry, qui, imposait à coup de férule la connaissance des conjugaison et le nom des préfectures de France. On s’est dit que tout ça, on n’en avait plus besoin. Mais ce à quoi on n’avait pas pensé c’est qu’on a toujours besoin de ces fonctionnaires incorruptibles, qui remplissent leur fonction, juchés sur leur chaire, et qui pensent que les enfants qu’on leur confie devront être autonomes pour la vie qui les attend à la sortie de l’école.

Condorcet disait qu’il fallait que les enfants apprennent à l’école à vérifier la note de la blanchisseuse. Aujourd’hui ce serait plus compliqué, mais c’est l’idée que nous devons avoir. Et dès lors on aurait peut-être un peu plus envie d’enseigner.

jeudi 2 mars 2023

L’État ne fait pas ses devoirs – Chronique du 3 mars

Bonjour-bonjour

 

En matière d’enseignement, l’État ne remplit pas ses engagements d’où l’intitulé surprenant mis en titre – qui est proposé par une association mobilisée pour obtenir le développement de l’éducation à la sexualité.

Certains diront que l’éducation à la sexualité est tout à fait inutile, que depuis que le monde est monde chacun sait comment faire crac-crac – et que si l’on se mêle de vouloir quand même l’enseigner, on n’arrive qu’à faire une leçon sur la reproduction des mammifères – tout sauf une nécessité.

Ces reproches, on les a entendus dans les années 70 – quand on a commencé à vouloir faire de « l’éducation sexuelle ». Sauf qu’à présent on n’en est plus là : il s’agit de « l’éducation à la sexualité », qui englobe les conséquences de la sexualité à commencer par la procréation, qui est justement un véritable danger pour les plus jeunes, les plus faibles, les plus démunis.

Pour en être convaincu il suffit de se reporter à l’information citée : « SOS homophobie, le Planning familial et Sidaction ont décidé d’attaquer l’État devant la justice administrative. Ces associations dénoncent le manque de cours d’éducation sexuelle, pourtant prévus par la loi, dans les programmes scolaires. »

- Il ne s’agit donc pas seulement d’expliquer les mécanismes de la sexualité, mais principalement comment fonctionne le désir chez les autres, et aussi ce qu’il en est du genre et du choix dont il résulte. On comprend qu’on demande beaucoup à l’école, trop sans doute, si l’on se reporte à l’ancienne démarcation faite entre l’instruction (service public) et l’éducation (domaine privé, réservé aux familles).

C’est pourquoi l’impossible éducation sexuelle (jugée inabordable en famille car "on n’y parle pas de ces choses-là") peut être délaissée (puisque les enfants d’aujourd’hui ont tous déjà vu sur internet des adultes copuler – c’est un fait, même si c’est de façon inappropriée) ; en revanche les conséquences de la sexualité, telles qu’évoquée ci-dessus (MST, fécondation indésirée, choix du partenaire, du genre, etc.), peuvent fort bien être discutées en famille.

--> Je dis « discutées » car il ne faut pas oublier que nos enfants, même tout petits ont une culture de cour de récré sur ce qu’est un pédé et sur ce qu’il faut faire à une meuf - et sur l'opportunité de perdre son pucelage.