mercredi 9 septembre 2026

Il n’y mit pas la patte, il y mit le menton, ron-ron – Chronique du 10 septembre

Bonjour-bonjour

 

Il est des agressions sexuelles plus problématiques que d’autres. Si plaquer un baiser forcé en est une, la morsure de fesses en revanche est plus discutable. Celle dont nous parlons aujourd’hui oppose l’animateur télé Vincent Cerutti à une standardiste. L’affaire avait eu lieu en février dernier lorsque le monsieur a plaqué au sol, devant témoins, la plaignante, Caroline Barel, avant de planter ses dents à travers son jean. À son retour à son domicile, la jeune femme avait constaté la présence d’un hématome à l’endroit de la morsure, qu’elle a immortalisé avec son téléphone. La victime témoigne : « Il avait l’habitude de mordre les fesses de ses collaboratrices. Je l’avais prévenu qu’il n’était pas question qu’il me touche. Pourtant, dès 2015, alors que je ne m’y attendais pas, il s’est acharné comme un chien enragé sur mon fessier. Il a recommencé quelques mois plus tard lors d’une séance photo destinée aux réseaux sociaux. Mon cri de douleur a été si fort qu’il a alerté une hôtesse d’accueil qui se trouvait un étage au-dessus » (lu ici)

S’agissant d’une habitude de l’animateur, on ne peut qu’être interloqué : s’agit-il d’une agression sexuelle ou bien d’une obsession ? Si oui, en quoi une morsure peut en porter le témoignage ? Occasion de revoir les fondamentaux freudiens.

 

- Freud a une certitude : la morsure est une manifestation non voilée du désir de manger : Vincent Cerutti aurait alors manifesté le désir de copuler avec la jeune femme – seulement au lieu de lui mettre la main aux fesses comme les hommes ordinaires, lui ce sont ses dents qu’il a planté dans son fessier. 

 


Human cannibalism, engraving by Theodor de Bry.

Theodor de Bry, America, Part 3, 1593/Library of Congress, Washington, D.C. (neg. no. LC-USZ62-45105)

 

C’est le cannibalisme, désir primitif de l’incorporation qui referait surface ici. Je retiens de cet article passionnant le fait qu’il y a une équivalence quasi universelle entre manger et copuler, raison pour laquelle « Tout comme la sexualité, la nourriture est partout l’objet de prohibitions ».  Survivance du stade oral, le névrosé désirerait manger la femme tout comme le nourrisson « mange » le sein de sa nourrice. On peut sursauter, mais demandons-nous « à supposer qu’on en ait le droit, quelle partie de notre partenaire souhaiterions-nous manger ? » On peut trouver cela incongru, mais je fais le pari que nous aurions tous une réponse qui nous viendrait à l'esprit. 

L’article cité pointe un fait : il y a partout un tabou de la nourriture qui prendrait naissance dans le refoulement de l’oralité. Serait-ce le tabou de la nourriture qui ferait l’objet de scandale ici : « Vous n’avez pas le droit de manger les fesses de votre collaboratrice » ? 

Au minimum ce fait divers a donc pour intérêt de soulever la question du tabou alimentaire : pour quelle raison est-il universel ? A quel désir secret répond-il ? De nos jours faut-il chercher la réponse du côté des végans ou dans les secrets enfouis de notre petite enfance ?

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