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jeudi 30 octobre 2025

Le bonheur, c’est simple comme un jour chômé – Chronique du 31 octobre

Bonjour-bonjour

 

« Le 13 janvier 1982, en conseil des Ministre, le gouvernement Mauroy instaure par ordonnance la semaine de 39 heures, inchangée depuis 1939, et la cinquième semaine de congé, durée établie depuis 1956. »

 

- Je veux rappeler ces faits, nés dans l’euphorie du retour de la gauche au pouvoir, pour qu’on mesure quelles désillusions ont constituées les réformes des retraites – et comprendre pourquoi leur rejet est si viscéral.

Notre culture identifie le progrès (social, économique, spirituel) à la réduction du temps de travail et à l’augmentation réciproque du temps libre. Il y eut même, dans la suite de ces lois un « ministère du temps libre », décrit par Wiki : « Le ministère du Temps libre est un ancien ministère français qui a fait partie entre 1981 et 1984 des trois gouvernements de Pierre Mauroy, entérinant en cela la volonté du président de la République nouvellement élu, François Mitterrand. »

 


« Le bonheur, c’est simple comme un jour chômé » – et le mouvement de 1968 a constitué l’apogée de ce credo.

Et aujourd’hui ?

- Nous on veut bien renoncer à un acquis social ; à des libertés individuelles ; à quelques points de pouvoir d’achat. Mais laissez-nous flemmarder en paix.

dimanche 2 mars 2025

4 jours au turbin : ça suffit ! – Chronique du 3 mars

Bonjour-bonjour

 

Une armée européenne à financer, des équipements civils sacrifiés pour des char d’assaut ; et puis la guerre, la guerre, la guerre….

Une éclaircie dans cet horizon chargé : en Island l’organisation du travail avec 4 jours d’activité et un nombre d’heures réduit a apporté des bénéfices inespérés : productivité maintenue, bien-être accru et avancées en matière d’égalité. Ce modèle suscite ainsi l’intérêt du monde entier. (lu ici)

Notons :

- Contrairement aux approches observées ailleurs, cette nouvelle organisation ne se limite pas à une simple réorganisation des horaires, mais réduit véritablement le temps de travail sans perte de salaire.

- Contrairement à d’autres pays comme la Belgique, où la semaine de 4 jours repose sur un aménagement du temps de travail avec des journées allongées, il ne s’agit pas ici d’intensifier la charge de travail, mais bien de la répartir différemment, en optimisant les tâches et en réduisant les réunions inutiles. Ce changement structurel a permis une transition en douceur et sans impact négatif sur l’économie du pays. 

- Résultat, la productivité est restée stable et, dans certains secteurs, elle a même augmenté. Les employés ont appris à mieux organiser leur temps, en réduisant les distractions et en priorisant les tâches essentielles.

 

La surprise vient bien sûr de la capacité des entreprises à trouver l’équivalent d’un jour entier de travail en tâches finalement facultatives qu’on peut supprimer. Mais pour cela on a dû admettre qu’un jour en moins à travailler c’est un jour de vie et de joie en plus. Pendant des décennies on nous a fait croire qu’on pouvait être heureux au travail : en mettant des endroits de détentes et des babyfoots à disposition, on a proclamé que le bien-être au travail était une réalité - Oui mais : tant qu'à faire de jouer au baby-foot, allons au bistrot du coin. D'ailleurs, quand il s’est agi de prolonger la durée de la vie active de deux ans pour équilibrer les caisses de retraites, les travailleurs sont descendus dans la rue pour dire leur fureur : 2 ans de travail en plus, c’est 2 ans de vie en moins.

Les Islandais ont enregistré le message, et ils ont montré que c’était la vie durant qu’il devait être écouté. 

La révolution est là.

dimanche 1 décembre 2024

La géhenne moderne – Chronique du 2 décembre

Bonjour-bonjour

 

La semaine de quatre jours (ou plus précisément, la semaine « condensée en quatre jours ») sans perte de salaire est souvent perçue comme le Graal de l’équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle. Selon un récent sondage, 77% des actifs se disent favorables à travailler quatre jours par semaine au lieu de cinq, sans diminution du nombre total d’heures. Ce chiffre grimpe même à 83% chez les 25-34 ans, confirmant l’attractivité de ce modèle auprès des jeunes actifs. (Lu ici)

Ce constat qui fait partie d’un article détaillant pourtant les conditions dans lesquelles une entreprise ayant opté pour la semaine de 4-jours s’est trouvée forcée de déposer son bilan, éclaire je crois assez bien les raisons pour lesquelles en France toutes les mesures destinées à augmenter la charge de travail, même compensée au niveau des salaires ont été des échecs.

Le cas rapporté par l’article ci-dessus indique que l’échec de la tentative de mettre la semaine de 4 jours ne place montre que c’est la rigidité du dispositif qui est en cause – et non le dispositif lui-même : on a imposé le vendredi chômé alors que ce jour aurait dû être travaillé pour la bonne marche de l’entreprise.

Mais un autre cas est encore d’actualité. On vient den parler avec le débat sur le budget : il s’agit de supprimer un jour férié sans compensation de salaire pour le redressement des comptes publics – exactement comme la suppression du lundi de pentecôte (en 2008), qui fut tellement impopulaire qu’il fallut modifier la mesure en faisant disparaitre la mention de ce lundi pour donner aux managers le droit de le remplacer par ce qu’on voudra sous condition que le bénéfice en reste alloué à l’État.

Alors on a vu aujourd’hui annoncée la mesure de 7 heures supplémentaires non payées de la même façon. 7 heures et non un jour férié supprimé : vous voyez la subtilité ?

Résultat : cette mesure a été bien accueillie dans l’opinion, alors que l’annonce d’un jour, férié supprimé, était décrié.

Pourquoi ? Un jour férié = un jour de bonheur ; un lot d’heures supplémentaires qui laissent intactes les moments de repos : ça passe.

Augmenter le travail, ça n’est supporté qu’à la condition de ne pas priver du non-travail.

Comprenne qui pourra : reste que le travail est toujours perçu comme la géhenne.

 


Metropolis : le monde de l’industrie selon Fritz Lang

samedi 1 juin 2024

Ne travailler que le dimanche – Chronique du 2 juin


Bonjour-bonjour


Dimanche… La grasse mat’…L’apéro avec les copains sur le bord de la terrasse… Ou alors : sortie en forêt ? Cinoche de l’aprèm ?

Bref : êtes-vous pour les loisirs de repos ou ceux de détente ? A moins que vous soyez sur l’idée que le jour où on ne travaille pas est celui où on peut enfin se consacrer à la pensée libre – la seule digne pensez-vous l’être humain ?

Et qu’en pensent nos philosophes ? 

            * Selon Schopenhauer, « Le besoin et l'ennui sont les deux pôles de la vie humaine.) /Parerga et Paralipomena/

- Notre époque, mise en perspective par cette pensée, montre nos dimanches comme une entreprise de création de besoins dont la satisfaction est le seul moyen d’échapper à l’ennui. La semaine nous travaillons pour satisfaire nos « vrais » besoins. Le dimanche nous nous démenons pour satisfaire nos pseudo-besoins qu’on vient d’évoquer plus haut.

* Selon Alain, « L'animal, dès que les choses voisines le laissent en paix, se couche et dort ; l'homme pense… » /Propos, 15 mai 1911/

- Faut-il donc voir dans ces dimanches de loisirs un révélateur de notre dignité humaine ? 

C‘est quand même un peu facile de trancher comme le fait Alain entre les loisirs de détente et les loisirs d’acquisition : il oublie aussi les « loisirs » de récupération.

Le dimanche quand il n’est pas le « jour du seigneur » est fait pour reprendre des forces afin de retourner au travail le lundi.

Même dans nos moments les plus libres nous sommes encore manipulés pour rester au service du capital.

Soyez révolutionnaire : réclamez de travailler le dimanche et de ne rien faire le reste de la semaine.

mardi 23 avril 2024

À Reims, un projet peut en cacher un autre – Chronique du 24 avril

Bonjour-bonjour

 

Permettez-moi de donner pour une fois des nouvelles de ma bonne ville de Reims, laquelle est en émoi : la municipalité a décidé de détruire le pont le plus important de la ville qui enjambe l’autoroute et le canal qui la traversent pour le remplacer par une passerelle et des espaces verts – et ça commence dans un mois.



Selon la Municipalité, « ce projet vise à connecter la ville à l’eau et à la nature tout en développant les activités de loisirs autour de la halte nautique. » (Lire ici)

Bien entendu les opposants n’en démordent pas : ce pont a pour objet de permettre la circulation entre les deux parties de la ville et non de faire joli dans le décor.

Posé comme cela, on voit que ce sont deux philosophies de la ville qui s’opposent : l’une, qui est hédoniste, délaisse les besoins pauvrement utilitaires ; l’autre estime que ces besoins passent avant le souci de rendre la ville plus belle à regarder et plus agréable à vivre 

Le travail s’oppose ainsi aux loisirs, ce n’est pas nouveau. Toutefois il y a un aspect qui reste dans l’ombre, constituant presque un soupçon : et si le projet du Maire était aussi - voire même surtout - de réduire significativement la circulation automobile dans le centre-ville auquel ce pont donne accès ? Après tout un tel projet peut fort bien être soutenu par deux orientations : l’une qui repousse et l’autre qui attire. Repousser les véhicules polluants : attirer les adeptes des centre-ville beaux et ludiques.

Oui, mais voilà : un projet peut surtout servir à en cacher un autre - il n’est pas utile de demander le quel cache et le quel est caché.

mercredi 3 avril 2024

L’art de ne rien faire – Chronique du 4 avril

Bonjour-bonjour

 

Lu ceci : « Jean-Miguel Pire a publié "Otium, arts, éducation, démocratie". En redonnant toute son importance au concept de Otium, il invite chacune et chacun à se réapproprier plus que jamais cet espace humain assez maltraité par les temps modernes, à savoir la réflexion, l'entendement, l'épanouissement culturel individuel et/ou collectif qui, s'il est soigné, permet l'accès à la liberté individuelle et au développement de la démocratie. »

On lira le reste de ce bref l’article qui, en voulant redonner le goût des loisirs créatifs – je veux dire : ceux qui développent l’épanouissement de la personne – souligne l'abandon dans lequel se trouvent nos capacités réflexives, si souvent délaissées au profit du divertissement sans bénéfice autre que de « faire passer le temps ».

On trouve chez les grecs d’abord, puis chez les romains, cette notion de loisir, un temps libre de toute activité nécessaire à la production des moyens de satisfaire les besoins vitaux, propre aux citoyens libres (et qui ont donc des esclaves à leur service), qui est la condition d’une vie consacrée au bien public et à la politique : comment être disponible pour les débats publics sans cela ?

o-o-o

Chez nous, le problème est bien différent. 

- Notons d’abord qu’il n’est plus soumis à une condition sociale : tout le monde bénéficie d’un temps d’« otium », certes mélangé à du temps d’activité vitale, mais quand même sans aucun souci de rétribution.

- Et puis surtout, nous avons constaté qu’il ne suffisait pas d’avoir du temps libre pour qu’il soit rempli de telles activités. Au début des année 80 on avait même inventé le « Ministère du temps libre » pensant qu’il incombait aux pouvoirs publics d’organiser ces loisirs. Ce Ministère rapidement renvoyé aux oubliettes, les pouvoirs publics ne se sont ensuite plus jamais soucié d’organiser les périodes de loisirs – à juste titre : plus vous donnez de moyens d’enrichissement culturels et plus vous accroissez le fossé qui sépare les classes aisées des classes pauvres. La raison est que la fréquentation des bibliothèques, des musées, des spectacles vivants est toujours le fait des mêmes personnes. Augmentez l’offre, espérant voir les jeunes des classes populaires venir s’enrichir l’esprit, et vous ne verrez venir que les enfants de la bourgeoisie qui vont faire leur miel de ces nouvelles richesses.

Comme d’habitude on demande à l’École de combler ce hiatus creuse par le société. Avec le résultat qu’on sait.

samedi 23 mars 2024

Temps libre – Chronique du 24 mars

Bonjour-bonjour

 

Aujourd’hui dimanche, vous avez du temps libre ; qu’allez-vous en faire ? Rien ? « Buller » en rêvassant sur le canap’ devant un écran ? Est-ce cela qui mérite de s’appeler liberté ?

- Car, voici le dilemme : ou bien vous êtes soumis à des contraintes (travail, famille, engagements de toute sorte), mais alors plus de temps pour faire quoique ce soit de personnel ; ou bien vous êtes dégagé de toutes ces contraintes, mais alors qu’allez-vous faire de tout ce temps sans affectation ?

- « Être capable d'occuper intelligemment ses loisirs, tel est l'ultime produit de la civilisation. » telle était la conception des progrès de la civilisation du philosophe et mathématicien anglais Bertrand Russell. Nombreux sont ceux qui estiment aujourd’hui que ce but n’a pas été atteint, puisque nous perdons ce temps si précieux devant des écrans qui ne nous apportent rien, au point que, paradoxalement nous avons l'impression de ne jamais avoir assez de temps pour faire ce que nous aimerions

- La preuve ? La nouvelle mouture du magazine « Marianne » qui réduit son volume (et son prix) parce que les lecteurs se plaignent de n’avoir pas le temps de tout lire de la version longue.

Mais il n’y pas que cela. Par nature le temps passe, qu’il soit libre ou contraint. Si le temps est libre on peut admettre qu’il devrait nous laisser quelque chose comme un résidu qui enrichirait notre culture, ou nos émotions, ou encore notre expérience. Or dans la mesure où ces loisirs sont remplis de jeux ou de surf internet, on peut craindre que rien de cela n’arrive. En Suède les neurologues en charge d’évaluer l’usage de l’outil numérique à l’école le constatent avec dépit : « les enfants comprennent mieux s’ils lisent de vrais livres et apprennent davantage s’ils écrivent à la main »

Alors, verrons-nous demain le retour de la plume Sergent major et les morceaux choisis pour le CM2 ? Pourquoi pas, dans la mesure où l’école est là pour apprendre aux enfants de quoi vivre pleinement leur liberté devenus adultes.

Car, oui : la liberté, ça s’apprend.

mercredi 1 mars 2023

Panem et circenses ? – Chronique du 2 mars

Bonjour-bonjour

 

On annonce qu’en 2022 plus de 200 magasins bio ont définitivement baissé leur rideau en raison de la désaffection de leur clientèle.

Je lis effet ceci : « Alors que la consommation de produits bio affichait une croissance à deux chiffres depuis dix ans, tout a basculé presque du jour au lendemain, en juin 2021, à la réouverture des restaurants après la fin des mesures de confinement lié au Covid »,

Quelle est l’explication d’une telle désaffection ? « Après la période du Covid, les gens ont eu besoin de renouer avec les loisirs, au détriment du budget alimentation » (selon Éric Natali, trésorier du réseau Accord bio) – (Lu ici).

La raison est donc claire : alors qu’autrefois les romains réclamaient « du pain et des jeux », voici que les français de 2022 disent « les jeux d’abord, le pain ensuite »

Depuis la fin du confinement, l’inflation et la baisse du pouvoir d’achat n’ont pas détournés les consommateurs de leurs loisirs préférés mais ils les ont réorientés vers les cochonneries à bas prix des marques distributeurs.

 

- Que dire ? Que la devise des gens est aujourd’hui : « Mon plaisir d’abord, ma santé ensuite » ; sachant que le plaisir c’est tout de suite – et les troubles de santé, pour plus tard…. peut-être jamais ?

Le philosophe ne sera pas étonné d’une telle situation : depuis longtemps il sait que le futur n’est une préoccupation que pour les esprit rationnels soucieux de l’avenir. La passion veut tout tout de suite, pour elle le temps n’est qu’un présent dilaté – jusqu’à voir en l’instant une forme d’éternité. L’amoureux passionné croit que la femme avec laquelle il vient de passer la nuit est venue de l’infini essentiellement pour s’unir à lui ; de même, le joueur compulsif veut le tout dernier Galaxy, même si c’est au prix de malbouffe porteuse d’obésité et de diabète. 

- Et alors, comment remonter la pente et faire que le bio soit à nouveau à l’honneur ? 

Ça, c’est le job des influenceurs-influenceuses : à eux de faire croire à leurs followers que manger bio ça rend plus beau et plus séduisant.

mardi 10 janvier 2023

La semaine de 4 jours – Chronique du 11 janvier

Bonjour-bonjour

 

Suite au débat lancé sur la réforme des retraites, le député européen du mouvement de gauche Nouvelle Donne, Pierre Larrouturou a déclaré : « La meilleure solution /pour réformer les retraites/, c’est la semaine de quatre jours » (lu ici)

Cette prise de position surprend d’autant que l’une des raisons pour laquelle le gouvernement veut reculer l’âge de départ en retraite est justement que les français ne travaillent globalement pas assez. C’est ce qui ressort des propos d’Antoine Goujard, de l’OCDE, qui déclare : « Les Français qui travaillent le font autant que dans les autres pays de l'OCDE, mais les Français sont moins souvent employés et travaillent aussi moins longtemps sur la durée de leur vie, ce qui nuit à la fois à leur pouvoir d'achat et à leur retraite. » Ce diagnostic est repris par Bruno Le Maire, pour qui « pour produire collectivement plus et gagner en prospérité, il faut tous travailler collectivement davantage », car « notre volume global de travail est insuffisant ». (Lu ici)

--> Donc faute de pouvoir imposer le travail obligatoire pour tous on va allonger le temps de travail de ceux qui ont un emploi. Mais pas la peine de crier au scandale et à l’injustice puisque c’est bon non seulement pour le pays, mais aussi pour les individus qui vont gagner davantage et avoir de meilleures retraites.

Hum… Ces deux points ne sont pas vraiment mis en vedette par le gouvernement : pourquoi ?

On touche à l'une des failles du projet gouvernemental : il demande plus aux travailleurs mais il oublie de leur donner une compensation (autre que d'éviter la faillite des caisses de retraites). 

o-o-o

Revenons plutôt au projet de Pierre Larrouturou. 

            * Selon lui,  la semaine de 4 jours suffirait pour assurer la production telle qu’elle est aujourd’hui obtenue avec la semaine de 5 jours.

            * Par ailleurs, en termes de qualité de vie, c’est bon pour l’équilibre et la santé car ça laisse du temps pour faire par exemple du sport ou du tourisme.

            * Enfin, en libérant du temps, on libère aussi l’esprit pour de nouvelles idées. Chez Pasquier, qui est passée à quatre jours en 1995, le PDG a par exemple eu l’idée des brioches de poche en allant faire du vélo sur son jour de repos. C’était l’idée la plus rentable de l’histoire de l’entreprise !

 

On le voit la macroéconomie se confronte à la microéconomie : la quelle aura raison de l’autre ?

mercredi 7 septembre 2022

Primum vivere deinde laborare - Chronique du 8 septembre

Bonjour-bonjour

 

Parmi les surprises qui accompagnent les bouleversements qui se succèdent depuis 2 ans, on trouve le mouvement, baptisé la « Grande démission » (the Great Resignation aux US), qui se caractérise par la démission de travailleurs et d’employés qui quittent un emploi pourtant stable. Venu des Etats-Unis où il entraine des pénuries de mains-d’œuvre et provoque une augmentation des salaires (voir ici), cette tendance se généralise maintenant aux pays développés dont la France.

Mouvement incompréhensible pour ceux qui en sont restés à l’époque du chômage de masse où un CDI paraissait être le Graal, il évoque pourtant quelques souvenirs dans les vieux cerveaux des boomers.  

- Rappelons-nous : nous étions en 1973, un film venait de sortir qui s’appelait « l’An 01 » : il décrivait une époque utopique où les gens refusaient de travailler, les seules activités encore en marche étant celles dont la nécessité était flagrante : le mot d’ordre était « On arrête tout et on réfléchit ».  Cette utopie était une critique du productivisme et de l’économie de marché. On croyait à l’époque que le refus du travail était la condition pour accéder à la liberté et au développement personnel. 

 

Aujourd’hui, c’est un peu de ce mouvement qui est ressuscité, avec ces travailleurs qui refusent de continuer à subir des conditions d’emploi jugées insupportables. Venu de la restauration durant le covid, quand on n’a plus retrouvé à la réouverture des restaurants des gens pour travailler en décalé tout en étant payé au lance-pierre, ce mouvement a fait tache d’huile dans tous ces emplois mal payés et éreintant tel que « les services à la personnes ».

--> Conséquence : plus personnes pour aller torcher les boomers qui croupissent dans les ehpads, ni pour tenir la caisse du Carrefour.

 

Ne croyez pas pour autant que ce serait là une révolte de « la France d’en bas ». Mon médecin me disait récemment que le manque de praticiens de ville tient aussi au fait que les jeunes médecins qui prennent aujourd’hui la succession des vieux ne voulaient plus travailler comme eux, 12 heures par jour et 6 jours sur 7. Eux aussi veulent du temps libre pour aller chercher leurs gamins à la sortie de l’école et des week-end avec les amis.

Primum vivere deinde laborare

mercredi 17 août 2022

Travaillez donc comme les chinois ! – Chronique du 18 août

 

Bonjour-bonjour

 

Je vous sens un peu languissant ce matin, mes amis. Peut-être la perspective de reprendre le travail bientôt ? Si c’est le cas, alors évitez de lire la presse internationale, sinon vous allez prendre le coup de blues.

 

… Faut-il donc éviter d’en parler ? Cela ne servirait à rien, d’autant que ce qu’on lit est déjà dans la presse française de droite depuis pas mal de temps. Alors, allons-y : « Liz Truss, la prétendante à la succession de Boris Johnson estime que la productivité moindre des Britanniques résulte « en partie d'un état d'esprit et d'une attitude. C'est une question de culture du travail. (…) Ce qu'il faut faire, c'est bosser plus. Ce n'est pas un message populaire ». 

Liz Truss ajoute encore : « C'est une question de culture du travail, en fait. En Chine, c'est très différent, je peux vous l'assurer » (Lu ici)

 

Laissons de côté l’allusion à la quantité de travail consentie par les travailleurs chinois qui, pour nous, correspondent au labeur imposé aux prolétaires du 19ème siècle, si bien décrit par Marx dans Le Capital. Après tout les conditions historiques ont changé depuis et rien ne dit que les 60 heures de travail hebdomadaires seraient utiles de nos jours chez nous. Mais ce qui m’importe dans la déclaration de la future Première britannique, c’est la référence à la « culture du travail » si différente là-bas de ce qu’elle est ici. 

J’en veux pour preuve l’effarement des jeunes étudiants chinois venus terminer leurs études en France, devant le manque de dynamisme de leurs camarades français dès lors qu’il s’agissait d’apprendre et de produire. Et ne croyez pas qu’il s’agisse seulement d’une jeunesse désabusée par le manque de débouchés pour leurs diplômes. Un entrepreneur en travaux publics algérien expliquait il y a quelque temps pourquoi on trouvait sur ses chantiers toujours plus d’ouvriers chinois et moins d’algériens : « Quand vous embauchez des algériens, la première chose qu’ils font c’est de se mettre en grève pour avoir plus de congés. Et quand ils ont été satisfaits, ils se mettent en réunion syndicale pour exiger le respect des heures de poses. Les chinois, non seulement ne font rien de tout ça, mais en plus ils ne quittent leur travail que quand ils ont terminé leur tâche. »

On le voit : la « culture du travail » apporte très peu de stimulations des deux côtés de la méditerranée – preuve que, nous français, ne sommes pas des exceptions.


On dira :

- Et alors ? Si ça se trouve ce sont les européens et les maghrébins qui ont raison. Ils refusent de travailler uniquement pour le profit du patron ? La belle affaire !


Demandons aux conservateurs dont fait partie Liz Truss : 

- Oui les travailleurs ne doivent pas être privés de la juste rémunération qu’ils ont méritée par le surcroît de travail. Nous avons toujours soutenu la formule de Nicola Sarkozy « travaillez plus pour gagner plus ». C’est pour cela que le partage des profits entre travailleurs et actionnaires doit être l’objet de négociations. Mais la quantité de travail, quant à elle, n’est pas négociable parce que c’est le marché qui en décide. Quoiqu’il en soit, c’est avec le travailleur chinois que le travailleur britannique – ou européen – est en compétition. » 

 

Seulement voilà : chez nous, les jeunes travailleurs expliquent que le coup du « travaillez plus, vous pourrez consommer plus », ça ne marche plus. C’est le cas des nouveaux médecins qui refusent les semaines de 60 heures, même si ça leur permet d’avoir des c*** en or massif.

vendredi 4 mars 2022

Et pendant ce temps, la vie continue – Chronique du 5 mars

Bonjour-bonjour

 

Malgré les abominations venues d’Ukraine, les villes assiégées, les centrales nucléaires bombardées, ignorant que nous sommes saturés de crainte et de colère, les évènements « habituels » continuent. Ainsi :

Le Premier ministre Jean Castex a annoncé jeudi la fin du port du masque, sauf dans les transports, et la suspension du pass vaccinal à compter du 14 mars. 

Ça c’est une bonne nouvelle ! Plus de pass, plus de raison de bloquer le samedi après-midi pour manifester contre la dictature – On va pouvoir aller chez Ikéa pour repenser la déco du salon. Chic !

Toutefois des recombinants auraient été découverts dans plusieurs régions. C’est ainsi que18 séquences du recombinant "Deltacron" ont été détectées en France.

Ah, ça : mais alors les mesures de libéralisation sanitaire annoncées auraient-elles été prises seulement pour favoriser la candidature d’Emmanuel Macron ? Ce foutu virus pourrait-il revenir nous infecter en pleine guerre d’Ukraine ?

Le désormais candidat à la présidentielle Emmanuel Macron se met en scène dans une vidéo de campagne publiée ce vendredi 4 mars sur les réseaux sociaux.

Montrant avec désinvolture son insolente facilité, le Président a concocté une vidéo filmée durant la nuit le montrant en plein travail à l’Élysée. Montée et mise sur YouTube elle est en ligne dès ce matin. Fastoche ! 

Nouvelle condamnation pour Éric Zemmour. Le candidat d’extrême droite a été condamné, ce vendredi 4 mars, à verser un total de 70.000 euros aux plaignants pour “contrefaçon de droits d’auteur”. Dans son clip de campagne diffusé fin novembre, il avait utilisé des images de films sans autorisation.

Pendant ce temps la justice ne chôme pas : et voilà monsieur Z frappé au portefeuille. Obligation pour lui d’embaucher quelques oligarques de plus pour financer ses PV.

Dans le tournoi Xbox One, c’est Ryze Diablo, représentant du Stade de Reims qui l’a emporté face aux joueurs de l’Olympique de Marseille de Sebiinho.

Le Stade de Reims, champion de France d’un tournoi sur Xbox one ! Voilà qui va faire remonter le moral des citoyens.

 

Oui, la guerre peut continuer, on s’en bat les c***

mardi 15 juin 2021

Le retour des jours heureux – Chronique du 16 juin

Bonjour-bonjour

 

« Les Bleus sont lancés ! Pour leur entrée en lice dans l'Euro de football, les Tricolores se sont imposés 1-0 face à l'Allemagne à l'Allianz Arena de Munich. » (Lu ici) : telle est l’information qui s’étale à la une de la presse ce mercredi matin. 

 

… Ouf ! Moi qui pensais faire ma chronique sur le port du masque, de plus en plus difficile à supporter – avec un titre genre « Masque ou muselière ? » – me voilà réorienté vers « la vie d’avant », celle où le souci essentiel était de savoir si on rentrerait dans son maillot de l’an dernier (heu… plutôt de 2019), ou si les Bleus allaient faire mentir les pronostics favorables à la Mannschaft. C’est donc que pour être normal il faut en passer par quelques repères bien précis et auxquels on ne songeait plus ces temps-ci.

Mais comment caractériser les préoccupations qui se révèlent ainsi ? Ou, pour être plus précis : quand le Président nous a promis le retour des jours heureux, que nous a-t-il promis ? A quelles joies pensait-il ?

Si, pour être heureux il faut ne se préoccuper que des performances de l’équipe nationale de football ou de notre poids sur la balance de la salle de bain, admettons que nous ne nous préoccupons que de l’accessoire, de l’inessentiel. On conclut alors que, lorsque l’essentiel est assuré, nous ne nous sentons pas automatiquement satisfaits : simplement nous investissons nos soucis dans l’inessentiel. Voilà.


- Ne nous nous soucier que des performances de Kylian Mbappé ou de Paul Pogba : c’est ça le bonheur !

Et donc, que demain les bleus soient humiliés 3-0 par une obscure équipe, ou que notre balance nous taxe de 3 kilos de trop malgré nos efforts (plus de sucre dans le thé ; 2 Kriprolls-confiture maximum) alors nous voilà très malheureux – prêts à nous jeter par la fenêtre ! 

Du coup, qu’est-ce qui a changé ?

Comme le disait un philosophe hégélien (dont j’ai perdu le nom), lorsque Marx nous promettait qu’à la fin de l’histoire les aliénations dont nous souffrons aujourd’hui auront disparu, il ne voulait pas dire qu’il n’y aura plus d’amoureux trahis ni d’enfants mal aimés. Mais seulement que les malheurs ne viendront pas de l’État, mais seulement des personnes elles-mêmes.

mercredi 2 décembre 2020

Les sports d’hiver : un besoin vital – Chronique du 3 décembre

Bonjour-bonjour

 

Le porte-parole des stations de skis a déclaré hier qu’il était indispensable de remettre en route les remontées mécaniques, ouvrant ainsi le domaine skiable des stations françaises. Cette décision aurait dû être actée non pas parce que c’était raisonnable du fait de la baisse des cas de covid en France, mais en raison du relatif désengorgement des hôpitaux. Par ailleurs, les services de soins aux blessés des régions alpines ont fait savoir qu’elles étaient fin prêtes à accueillir les accidentés des sports de glisse.

 

- On comprend ainsi pourquoi le cynisme, entendu comme le mépris de la bien-pensance  caractérise parfaitement l’attitude révélée par les représentants des stations de skis. C’est ainsi qu’on ne dit même plus aux clients : « Venez chez nous, sinon on fait faillite » ; mais plus simplement : « Venez chez nous ; vous allez peut-être attraper le covid, mais soyez rassuré : les services de réanimation pourront vous prendre en charge dans les meilleures conditions. »

Des propos presque similaires viennent des cliniques qui recollent les membres cassés : « Nos brancards et nos blocs opératoires sont fin-prêts ; venez vous casser la jambe dans notre station, les meilleurs soins vous sont garantis ! »

Bref : alors que vous, vous ne pensez qu’à votre plaisir et à l’exaltation de glisser à toute allure sur les pentes enneigées, les stations de sport d’hiver quant à elles pensent cyniquement à ce qui va venir après et qui ne porte pas spécialement la joie – mais qui est indispensable à leur équilibre financier.

- Dans le même temps, du côté des skieurs, c’est l’insouciance qui est le maitre mot de l’aventure des sports d’hier ; on ne veut pas voir l’épidémie et ses distributeurs d’oxygène ; oublier les jambes cassées et les tendons rompus ; et bien sûr, ne pas surveiller le niveau du compte en banque qui vire au rouge. Le skieur de décembre est prêt à tout sauf à se soucier des menaces qui pèsent sur ses loisirs. Car pour lui, les sports d’hiver sont tout sauf des loisirs. Il s’agit selon lui de satisfaire des besoins vitaux afin de reprendre goût à la vie, de recharger ses batteries en faisant le plein d’oxygène et de merveilleux paysages. Parlez-lui de la menace de covid, des risques qu’il va faire courir aux siens en leur apportant de virus délétère, vous allez le faire rire aux larmes – surtout si vous lui parlez de responsabilité et de citoyenneté.

mardi 18 décembre 2018

« VIS MA VIE DE SMICARD » : QUE RESTE-T-IL À LA FIN DU MOIS?

Sébastien, Déborah, Karène et Camille : 4 travailleurs rémunérés au SMIC, avec ou sans la prime d’activité. Leur budget passé au peigne fin par cet article (Lire ici) montre la difficulté à boucler les fins de mois et le manque d’élasticité de leurs dépenses. Trop souvent celles-ci sont des dépenses « contraintes », entendez qu’elles sont engagées automatiquement chaque mois, comme le loyer ou le crédit de l’auto.
Occasion de dire combien les plaintes émises par les Gilets Jaunes sont révélatrices de cette situation : « Quand j’ai payé mes dépenses obligatoires, il ne me reste plus rien pour autre chose dans le mois. » Les témoins cités par l’article de l’Express le montrent bien : certes il est bien évidemment indispensable de payer ses factures, mais il est également nécessaire de pouvoir bénéficier des quelques loisirs marqueurs du bien-être dans le groupe social : 15 jours de vacances, 2 cinémas par mois, 1 ou 2 restaurants. Celui qui après avoir durement travaillé tout le mois reçoit sa paye et sait déjà qu’il n’aura pas cette juste rétribution de son effort enfile un gilet jaune et va bloquer les ronds-points.

Autrefois – ça devait être dans les années 60 – les chercheurs en sciences sociales, décortiquant la société de consommation et la société des loisirs, dénonçaient les manipulations dont nous autres, innocents consommateurs, nous étions victimes. Façon de monter à quel point nous tous nous étions manipulés par les multinationales et le grand capitalisme : et si aujourd’hui c’était justement  notre demande qui se trouvait là ?