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samedi 20 juin 2026

L’insupportable légèreté des valeurs – Chronique du 21 juin

 Bonjour-bonjour

 

On le sait depuis Nietzsche : le nihilisme est  l’achoppement sur le quel trébuche la vie morale des hommes : nous sommes établis en un lieu où nulle transcendance n’est possible, chaque action n’étant soutenue que par son absence d’engagement.

C’est ce que relève cet article intitulé « La pilule philosophique » dont le projet est de nous appeler à surveiller – et à guérir – une dérive pathologique liée à notre époque. 



Ainsi de cette pensée de Nietzsche qu’on désigne par la formule « le dernier des hommes » qui révèle que nous vivons dans un monde sans transcendance (Dieu est mort), qui délite tout fondement possible de la morale, raison pour laquelle nous appelons à réanimer de nouvelles transcendance, quitte à le faire avec des idoles dangereuses. Au pire – ou au mieux ? – sans aucune source, les objets que nous proposent ces pseudo-valeurs ne sont que feu de paille, l’idole du jour remplacée dès demain par une autre qui ne durera pas plus longtemps.

Et tout cela, Nietzche l’a très précisément décrit dans Ainsi parlait Zarathoustra : il s’agit des derniers des hommes.

« Nous avons inventé le bonheur, » – disent les derniers hommes, et ils clignent de l’oeil.

Ils ont abandonné les contrées où il était dur de vivre : car on a besoin de chaleur. On aime encore son voisin et l’on se frotte à lui : car on a besoin de chaleur. Tomber malade et être méfiant passe chez eux pour un péché : on s’avance prudemment. Bien fou qui trébuche encore sur les pierres et sur les hommes ! Un peu de poison de-ci de-là, pour se procurer des rêves agréables ; /…/ On a son petit plaisir pour le jour et son petit plaisir pour la nuit : mais on respecte la santé.

« Nous avons inventé le bonheur, » – disent les derniers hommes, et ils clignent de l’œil. » (Texte cité ici)

Et nous ? Qu’avons-nous pour faire mieux ? Sur quelle fondement établir nos valeurs – du moins celle qui valent encore qu’on se batte pour elles ?

jeudi 12 février 2026

Gisèle Pelicot : « On n’a qu’une vie » - Chronique du 13 février

Bonjour-bonjour

 

Gisèle Pelicot publie un récit de sa vie semble-t-il axé (car je ne l’ai pas encore lu) sur un grand mystère : comme être heureux quand on a subi une humiliation qui écrase une vie de souillures qui semblent ineffaçables ? Comment ce passé terrible ne déborde-t-il pas sur le présent et aussi sur l’avenir ? Comment être encore joyeu(se) ?

 

Crédit : Joel Saget/AFP


Selon le récit rapporté par ce livre, le crime d’abus sexuel peut entrainer deux réactions opposées : 

* l’une, celle de Caroline sa fille, qui « envoie valser les assiettes. » Selon ce résumé, « Elle s'attaque ensuite aux photos, "elle déchirait tout". Ses frères ne l'arrêtent pas. Les trois enfants enchaînent les allers-retours à la déchetterie (…) "Leurs souvenirs étaient devenus des mensonges", écrit Gisèle Pelicot.

* Gisèle Pelicot, quant à elle, « tente coûte que coûte de se cramponner aux bons moments de ces cinquante ans passés ensemble. "Si j'efface tout, je suis morte et depuis longtemps", car "la vie ne se rejoue pas" »

Concluant ainsi : "J'avais besoin de ce qui avait été. Mes enfants ne le pouvaient pas. Impossible de distinguer leur père de l'empoisonneur et du violeur", explique-t-elle dans ses mémoires. "T'as eu une vie de merde", me disait Caroline. Non ce n'était pas vrai."

 

- Voilà : il faut avouer qu’on ne comprend pas tout de suite : le bonheur vécu peut-il être détruit pas un malheur révélé ? Pas s’il est vrai que le bonheur constitue une preuve d’existence : cet homme n’a pas toujours été l’abominable criminel qu’il est aujourd’hui puisque j’ai été heureuse avec lui. Au lieu de réviser son passé, Gisèle Pélicot le considère comme un acquis qui illumine jusqu’au présent.

Et si on ne comprend pas, c’est que nous considérons cela comme une « attitude ». Non, le bonheur n’est pas une attitude, mais un état. 

De plus, s’il est vrai qu’on n’a qu’une vie comme il est dit plus haut, ça ne signifie pas forcément que le présent révèle le sens du passé, car il est possible en effet que le passé soit si solidement arrimé au présent que celui-ci n’ait de sens que dans sa continuité.

Voyez comme nous sommes : cela nous le savons bien, mais nous ne croyons ça possible que dans le cas d’une brisure due à un traumatisme. Pourquoi pas l’inverse, avec le bonheur ?

jeudi 21 août 2025

Opération dopamine – Chronique du 22 aout

Bonjour-bonjour

 

Si le bonheur est une notion bien difficile à appréhender, les neurosciences se sont débrouillées pour la remplacer par une autre notion : la « récompense » liée à des situations bien définies et associée à des substances parfaitement connues.

1°) Et d’abord, la nature de la récompense : « En neurosciences, on identifie deux grandes sources de récompense : « La première est liée aux plaisirs dits “hédoniques”, c'est-à-dire la recherche d'une satisfaction facile et immédiate. La deuxième, appelée “eudémonique” résulte d'un sentiment de réalisation personnelle ; on a réussi à se dépasser, on a mené à bien une tâche ardue, on a donné du sens à son action, etc. » (selon le psychiatre David Gourion – lu ici)

Or, des études scientifiques révèlent que ce plaisir différé, lié au travail et à l'effort, est une source de récompense plus intense et plus durable que le plaisir immédiat, et contribue davantage à notre bonheur. » Autrement dit c’est l’effort qui produit cette substance source de bonheur.

2°) La substance donc : il s’agit de la dopamine dont on voit qu’elle est produite essentiellement par notre cerveau : « La dopamine est souvent surnommée « hormone du bonheur », car elle est libérée par notre cerveau lors d’expériences associées au plaisir. Elle a une influence sur le comportement, le bien-être, le désir… Plus notre organisme en produira, plus nous serons motivés et mieux nous nous sentirons.

La dopamine joue notamment un rôle dans l’amour et le plaisir sexuel, tant chez l’homme que chez la femme. » (voir ici)

La question n’est plus alors que de trouver la meilleure façon de diffuser de la dopamine dans notre cerveau et le tour sera joué. 

3°) Or c’est ici que les assurances qui viennent de nous être données plus haut sur la moralité et la haute valorisation des efforts sources de dopamine se révèlent un peu surfaites. On constate en effet que les recettes pour créer de la dopamine sont multiple et pas toujours très « morale ». Il y a bien entendu l’effort physique et les activités socialement valorisées, comme d’écouter de la musique - seulement ça, on peut le faire vautrés sur son canapé. 

 


Et puis on a aussi tout ce qui accompagne la sexualité et qui n’est pas forcément très méritant sauf à envisager l’intérêt de la sexualité pour la reproduction et la survie de l’espèce.

Moralité : si on cherche dans la nature la source de comportements exclusivement vertueux, on risque bien d’être déçus. Car la nature n’a aucune volonté, ni aucune intention. Elle comporte seulement des mécanismes dont certains effets peuvent être statistiquement favorables au développement de la vie. Mais elle n'a rien à opposer au détournement de ces  mécanismes vers des satisfactions strictement individuelles - comme (entre autre) le plaisir sexuel. 

dimanche 27 juillet 2025

Plaisir et Sérénité – Chronique du 28 juillet

Bonjour-bonjour

 

Au Japon, même l’industrie automobile ne saurait exister sans dogme philosophique – c’est ainsi que celui de Subaru repose sur le principe de « Plaisir et Sérénité ». 

- Ce qui veut dire concrètement, qu’au lieu de chercher à innover à tout prix, ce qui engendre souvent des défauts, Subaru progresse par étapes mesurées. " C’est ainsi que la marque de voiture japonaise Subaru classée comme étant la plus fiable du marché mondial progresse sans prise de risque, ce qui lui a valu non seulement le titre de marque la plus fiable, mais aussi la reconnaissance de meilleur fabricant automobile mondial en 2025."  (Lire ici)

 

- La sérénité partage avec le bonheur cette caractéristique que la tranquillité d’esprit par rapport à l’avenir constitue son secret. Car comment être heureux si à tout moment on peut se demander si quelque chose de fatal ne va pas se produire ? En voiture, allez-vous être heureux, alors que vous roulez sur l’autoroute, si vous êtes à l’écoute du moteur, craignant qu’il casse ; ou des pneus inquiets qu’ils explosent ?

Jusqu’à présent la philosophie avait fait de la sérénité une condition du bonheur dont jouit le sage, justement parce qu’il est capable d’envisager sans crainte les malheurs que lui réserve l’avenir. Faute de savoir les empêcher, c’est par une gestion contrôlée des désirs qu’une telle tranquillité est assurée. Ainsi des stoïciens qui vous disent : « Votre enfant est mort, et vous vous désolez ? Mais que croyiez-vous ? Que les gens que vous aimez sont protégés de la mort pour cela ? Préparez-vous plutôt, alors même que vous jouissez de leur présence, à les voir disparaitre bientôt »

- Mais voilà : Subaru est là, qui vous dit : « Vous craignez en montant dans votre auto qu’elle ne déraille à pleine vitesse alors que vous doublez un 38 tonnes ? Soyez tranquille : avec Subaru c’est impossible, car sa sécurité est garantie et vérifiée par les milliers d’expériences. »

Un monde où la sérénité ne vient plus d’une culture de la sagesse mais du monde réel : voilà la définition du progrès véritable.

Merci Subaru !

lundi 24 février 2025

Les méchants peuvent-ils être heureux ? – Chronique du 25 février

Bonjour-bonjour

 

Je vais vous parler aujourd’hui de l’affaire Joël Lescouarnec, ce chirurgien qui passe en jugement ces jours-ci pour avoir agressé sexuellement 299 personnes endormies lors de ses interventions.

Cet évènement soulève deux problèmes : 

* L’un sur lequel je reviendrai un jour : certaines de ces victimes n’avaient aucune conscience de ces attouchements subis alors qu’elles étaient encore sous l’effet de l’anesthésie.

Au cours de l’instruction, la police a mis sous leurs yeux les descriptions de ces gestes criminels, écrites par le chirurgien lui-même et qui les concernaient personnellement. Depuis elles vont mal, de plus en plus mal. On évoque des symptômes inexpliqués antérieurs à la découverte qui n’ont fait que s’aggraver avec l’instruction du procès. Il s'agit du processus bien connu d'anamnèse. Mais on se demande si la justice punitive doit se faire à ce prix.

* D’autre part, la police a découvert dans le « journal du violeur » de Joël Lescouarnec, outre la description minutieuse de ses victimes et des sévices qu’il leur a infligées, quelques remarques plus personnelles, dont celle-ci « Tout en fumant ma cigarette du matin, j'ai réfléchi au fait que je suis un grand pervers. Je suis à la fois exhibitionniste [...] voyeur, sadique, masochiste, scatologique, fétichiste [...], pédophile. Et j'en suis très heureux. » (voir ici)

- La philosophe retrouve alors l’une des plus vieilles questions de la morale : « Y a-t-il un bonheur possible pour les méchants ? » Une réponse positive, bien que raccord avec l’histoire véridique de certains tortionnaires morts tranquilles très vieux après avoir joui de leur crimes durant une longue vie, a fait tellement scandale qu’on a imaginé une éternité de souffrances subies dans la géhenne de Lucifer. Il fallait absolument que la justice passe, si ce n’est dans ce monde, alors que ce soit dans l’outre-tombe.



Reste que tout cela ne résout pas la question : peut-on être heureux en infligeant à autrui le malheur ? Le bonheur est-il donc une récompense ? N’est-elle accordée qu’aux justes ?

A titre de documentation je conseille ces deux ouvrages de Sade : Juliette et les prospérités du vice ; et puis Justine et les infortunes de la vertu.

mardi 31 décembre 2024

2025 : annus horribilis ! (ou pas ?) – Chronique du 1er janvier

Bonjour-bonjour

Ça y est ? Bien réveillé ? Pas trop la G.D.B. ?

Parce qu’il va falloir assurer : nous sommes en 2025, année où nous allons miraculeusement basculer en… 2027 !

Vous ne me croyez pas ? Alors reprenez un peu les info politiques du mois de décembre : le RN est déterminé à bloquer le gouvernement par des censures successives, de sorte que de crises en crises, de dissolution en dissolution, le Président démissionne et que le nouvel élu fasse revoter pour avoir une nouvelle assemblée plus à sa main : nous voilà en 2027 sans avoir vieilli d’un iota.

En attendant, il faudra bien que le budget ait été voté d’une façon ou d’une autre et accepté par l’Europe et puis par les Marchés : votre petit Écureuil va en prendre un sacré coup ! Et puis les retraités, ça coûte cher et ça ne rapporte que des bulletins de votes : encore faut-il que « l’offre-retraité » existe et soit avantageuse. Si c’est pour conserver le niveau des pensions sans indexer les retraites sur l’inflation, préparez votre panier pour les Restos-du-Cœur.

 


Mais, oupffff….

 

…. voici que mon épouse, lisant ce Post pardessus mon épaule, vient me serrer le cou et n’accepte de relâcher son étreinte mortelle qu’à la condition que je corrige : il y a selon elle des gens heureux qui ne tiennent pas compte de la bêtise envahissante des réseaux sociaux, ni de la haine qui grignote nos rapports avec nos voisins - et que la frugalité de leurs fins de mois n'attriste pas. Selon elle, il y a aussi des français qui vont au travail le matin le cœur chantant et qui reviennent le soir avec encore assez d’énergie pour s’occuper de leur petite famille.

Bref, des gens heureux qui ne demandent rien de plus à la vie et qui, du coup, ont tout ce qu’elle a pu nous promettre.

Si c’est ça, 2025, alors, Bonne année !!!!

mercredi 4 décembre 2024

Y aura-t-il de la neige en décembre ? – Chronique du 5 décembre

Bonjour-bonjour

 

Il arrive de temps à autre que, pour fuir la saturation des infos exclusives et entêtantes – telle que la crise politique de ces jours-ci – je recherche des informations a priori inintéressantes, soit parce qu’étant minuscules elles n’ont aucun contenu informatif, soit parce qu’elles sont d'une absolue banalité. 

Ainsi de cette information météorologique : « Arrivée d’air polaire ce week-end : d’abondantes chutes de neige attendues à des altitudes de plus en plus basses » (lu ici)

Voilà une information bien prévisible car oui, il y aura de la neige en décembre, que ce soit ici ou là. En plus c’est une info bien dérisoire concernant le temps qu’il va faire, qui alimente usuellement l’inessentiel comme de parler de la pluie et du beau temps.

Voilà l’info plus importante : pour éviter, tout en parlant, de parler de l’essentiel, il faut alimenter la conversation évoquant l’inessentiel. Car, qu’est-ce que l’inessentiel ? Un quasi néant, quelque chose qui est juste sur le bord du rien du tout, qui lorsqu’on en parle risque d'entrainer cette réponse : « Oui. Et alors ? ». Il faut avant d’en parler, s’assurer qu’on ne risque pas de se prendre un râteau de ce genre, en évoquant quelque chose qui de façon coutumière est un sujet pertinent de conversation.

Tel est bien la météorologie, comme si s’intéresser au temps qu’il va faire était sécurisant : en effet celui qui considère de telles infos comme utiles est quelqu’un qui n’a pas d’autres souci en tête : un heureux homme ! 

Pour savoir si vous êtes un homme comme cela, demandez-vous quel geste vous faites en premier en vous réveillant : allumez-vous la radio sur une station d’info 24/24 ? Ou bien ouvrez-vous les volets pour voir le temps qu’il fait ?

Voilà un test de bonheur bien facile à réaliser.

lundi 18 mars 2024

Le Grand confinement c’était il y a 4 ans – Chronique du 19 mars

Bonjour-bonjour

 

Vous vous rappelez ? C’était il y a juste 4 ans, le Président Macron venait d’annoncer dans une allocution télévisée que nous allions être confinés chez nous, sans pouvoir sortir sauf dans des conditions très restreintes. Durant ce temps, nos ressources nous seraient toujours versées : c’était la naissance du « Quoiqu’il en coûte »

Et si ça revenait, quelle serait notre réaction ?

- Les uns sautent de joie à cette hypothèse : ils ont vécu le 1er confinement comme un petit paradis, confinés dans un jardin de printemps avec les êtres les plus chers à leur cœur. Pour eux le bonheur était là et son éternel retour une vraie bénédiction.

- Les autres seraient prêts à tout pour y échapper : le malheur de leur vie quotidienne démultiplié indéfiniment les a plongés dans une dépression profonde.

- D’autres encore, sans doute les plus nombreux, ont gémi de la privation de ce qui en temps normal faisait les petits plaisirs indispensables à une vie satisfaisante. C’était l’époque où l’on réclamait la réouverture des terrasses à cor et à cri.

o-o-o

Et le philosophe, qu’est-ce qu’il en dit ?

Hé bien, il rappelle que le philosophe du confinement c’est Pascal, qui a écrit : « Tout le malheur des hommes vient de ne savoir pas demeurer en repos, dans une chambre. » ((Les textes de Pascal sur le divertissement sont compilés ici)

C’est que le confinement nous privant des occupations qui nous tournent vers l’extérieur et ses occupations nous oblige à penser à nous-mêmes et à notre finitude (non seulement une vie limitée par la mort, mais aussi corrompue par le péché).

Ainsi, pouvoir prendre l’apéro à la terrasse du bistrot avec nos amis, c’était là le modèle du petit bonheur dont l’attente suffisait à combler nos cœurs. Pour Pascal, ces joies n’en sont que grâce à leur pouvoir de nous faire oublier la vie quotidienne – la nôtre en l’occurrence.

C’est cette disproportion entre le plaisir recherché et le bonheur véritable qu’épingle Pascal : « Mais qu’on juge quel est ce bonheur qui consiste à être diverti de penser à soi ». 

 

Si Pascal était revenu parmi nous, il nous aurait fait remarquer que le confinement nous a fait découvrir que nos joies recherchées n’étaient que des moyens de nous oublier nous-mêmes.

Il est vrai que pour lui, la véritable source d’espérance c’est la foi en Dieu qui nous l’apporte :pour nous, hommes-sans-Dieu, faute de pouvoir chercher à devenir celui qu’Il attend, il ne nous reste plus qu’à devenir celui que nous espérons.

Et tant pis si c’est minuscule.

mercredi 23 août 2023

La prière en dix mots du Pape – Chronique du 24 aout

Bonjour-bonjour

 

On lit dans cet article que "le Pape François a le souci de nos matins, lorsque, l’esprit encore embrumé par la nuit et parfois dans la précipitation du départ au travail, on oublie de confier par la prière sa journée à Celui qui nous l’offre… Si l’on sait à quel point la prière est nécessaire à l’âme, il est parfois difficile de la pratiquer tous les jours, avec régularité. Encore plus, peut-être, lorsqu’il s’agit du matin…" 

 "Pourtant la prière peut fort bien être brève sans perdre son effet bénéfique pour l’âme :

François rappelle en effet l’existence de l’oraison dite « jaculatoire » (1), une prière qui se caractérise par sa brièveté, tenant généralement en quelques mots, à l’image de la prière du cœur des orthodoxes : Seigneur Jésus, Fils de Dieu, aie pitié de moi pécheur. "

Pour les catholiques il existe également une solution à ce problème : le Pape propose ainsi une unique phrase pour rendre grâce et confier à Dieu cette nouvelle journée qui commence : 

« Seigneur, je te remercie et je t’offre ce jour. »

 

De cette manière on peut, ainsi que le rappelle le Pape, sauvegarder le caractère quotidien de la prière qui est essentiel à son bénéfice immédiat : « La prière est la médecine de la foi, le reconstituant de l’âme. Il faut, cependant, que ce soit une prière constante. Si nous devons suivre un traitement pour aller mieux, il est important de bien l’observer, de prendre les médicaments de façon et aux moments adéquats, avec constance et régularité. C’est ce qu’il faut en tout dans la vie » (Art. cité)

 

Toutefois, si la prière doit être quotidienne, elle doit aussi être portée par cette force jaculatoire, ce débordement de l’âme qui ne vaut pas forcément par sa longueur mais essentiellement par son jaillissement. On comprend ainsi qu’il ne s’agit pas de faire dans la rhétorique, mais dans la dynamique

 

… Vous vous en doutez, chers amis, je n’ai pas le souci de votre vie spirituelle, pas plus que je ne souhaite devenir un coach en développement personnel. Par contre je suis attentif au fait que l’Église à son tour se lance dans ce combat du « bonheur-du-jour » qui cherche à stimuler les forces vitales en stimulant leur source. Mais vous avez des solutions alternatives : par exemple avec la salutation au soleil

La Salutation au Soleil dans une école indienne (vu ici)

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(1) Jaculatoire : Adjectif. (Littéraire) Marqué par un jaillissement intérieur intense, exalté, lyrique. (Religion) Qualifie une prière courte et fervente. (Vieilli) Qui jette ou projette.

mardi 28 février 2023

Qu’est-ce qu’on attend pour être heureux ? – Chronique du 1er mars

Bonjour-bonjour

 

« Selon une étude, voici LA chose que vous devez faire chaque jour pour être heureux dans la vie » promet cet article de Marie-France – Lisant ce matin cette manchette je me suis senti très méfiant : comment prétendre avoir trouvé le secret du bonheur, quelque chose qui permet à tout le monde et tout le temps d’y avoir accès ? Car, qui donc va trouver 1° une manière valable de reconnaitre le bonheur partout et pour tout le monde ? Et puis, 2° comment assurer de pouvoir  l’atteindre à volonté ?

Allons voir de plus près en quoi consiste le secret du bonheur :

1° Il faut avoir des amis avec les quels converser ;

2° Il faut une fois par jour avoir avec l’un d’entre eux une conversation visant l'un de ces objectifs :

            * Rattraper le temps perdu

            * Parler de façon sérieuse

            * Plaisanter

            * Faire preuve d’attention

            * Écouter

            * Valoriser les autres et leurs opinions

            * Faire des compliments sincères.

 

Mettant de côté le persiflage dont je suis coutumier en face du manque de rigueur des items présentés (il serait équivalent d'être sérieux et en même temps de plaisanter :  après tout l’un n’empêche pas l’autre) ; et puis je me suis dit qu’on recommande la conversation entre bons esprits, ce dont Kant faisait l’éloge pour valoriser le moment du repas : non pas se soucier du contenu de l’assiette mais plutôt trouver des convives avec les quel avoir de bonnes conversations pendant que l’on mange. 

 

Admettons donc. Mais quid du bonheur ? Une conversation fructueuse peut-elle y mener à coup sûr ? Lisons encore un peu Marie-France : « Il est important d’avoir des « conversations de qualité « Ce type de conversations favorise un véritable bien-être à la fin d’une journée. En effet les participants ont indiqué aux chercheurs qu’ils ressentaient des niveaux de bonheur plus élevés et que leur stress avait été réduit. »

Si ça ne vous suffit pas, allez jusqu’à la conclusion : « D’après l’étude, ces conversations ont eu un impact positif sur les personnes ayant participé à l’étude car elles leur ont permis d’avoir un fort sentiment de connexion et de satisfaire leur besoin d’appartenance. Il s’agit là de facteurs très importants d’amélioration du bien-être. »

 

La conversation permet donc de satisfaire le besoin d’appartenance qui semble être la véritable condition du bonheur. Pourquoi pas ? Les singes ont cette sensation en s’épouillant les uns les autres ; pourquoi ne l’aurait-on pas en conversant ? Car en effet, on peut avoir ce sentiment avec des amis sans avoir recours à la conversation - par exemple en pratiquant le même sport, ou en ayant les mêmes enthousiasmes, les mêmes projets, etc…

- On l’a compris : la conversation n’est qu’un des moyens d’accéder à ce sentiment d’appartenance qui est en réalité le véritable enjeu de cette quête du bonheur. Mais à l’admettre, on risque de justifier n’importe quoi sous condition que ce soient des agissements communs (des incivilités, des raids hostiles à des personnes vulnérables, etc.)

Hum… On se demande si le projet d’être heureux à plusieurs ne comporte pas plus de risques que d’avantages.

mercredi 11 janvier 2023

Solidarité intergénérationnelle : porter un vieux sur une épaule et un jeune sur l’autre – Chronique du 12 janvier

 

 

Énée fuie Troie en flamme en portant Anchise et son fils Ascagne – Statue du Bernin

 

 

 

Bonjour les amis,

 

Regardez bien cette statue, elle ne vous dit rien ? Cet homme qui porte sur son dos son vieux père et son jeune fils : ne serait-ce pas vous, tel que le financement des retraites des vieux et de l’éducation de vos enfants vous l’impose ?

Car, oui : on s’emberlificote dans le calcul de ce qui faudra payer pour, dans 30 ou 40 ans, avoir droit de ne rien faire ; et pendant ce temps, on finance au jour le jour les retraites payées maintenant – et à celles-là, au nom de la solidarité intergénérationnelle, s’ajoute tout ce qu’il faut pour financer la vie et les études des petits. 

Je parlais récemment de Marx et de sa théorie de l’aliénation par le travail. On peut y revenir avec l’identification, chère au capitaliste, du travailleur à la machine qui fonctionne dans l’atelier. Une machine, dit Marx doit fournir de la valeur pour financer son remplacement lorsqu’elle sera usée : c’est ce qu’on appelle son amortissement. Il faut donc que le salaire du travailleur lui permette d’avoir des enfants et de les élever, de sorte qu’ils viennent, lorsque leur vieux père sera usé par le travail, prendre sa place dans l’atelier. Dans ce schéma, il n’y a pas de financement des retraites envisagées : le vieux, incapable de travailler disparaitra naturellement comme la machine mise au rebut.

Ça, c’est l’implacable logique du capital. Par contre aujourd’hui, où nous voulons une société du travail à visage humain, nous avons mis l’existence individuelle au centre de nos préoccupation : il faut que chacun, par son travail ait une « bonne » vie, celle qui mérite d’être vécue. Et cela, non seulement demain, quand nous serons retraités, mais déjà aujourd’hui même. Et c’est pour cela que l’absence de travail est primordiale. Vivre sans travailler, tel est l’idéal des générations du 21ème siècle.

Si une telle utopie est impensable, du moins, travaillons dans l’espoir (pour bientôt) de ne plus travailler du tout.

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N.B. Je n'ai pas évoqué ici la théorie selon la quelle c'est dans l'entreprise que doit commencer la recherche du bonheur.

Peut-être... Mais de toute façon c'est une confirmation que, bien plus que le travail, c'est le plaisir individuel qui constitue la valeur qui oriente la vie.

lundi 12 décembre 2022

Éloge de l’inconscience – Chronique du 13 décembre

Bonjour-bonjour

 

Alors que le boycott du foot-au-Qatar : pfuittt ! plus personne n’en parle ; alors qu'on se précipite tous sur la télé pour applaudir les Bleus ; alors que le Président soucieux de ne pas gâcher les fêtes de fin d’année déplace le débat sur la réforme des retraites – rien que pour tout ça : oui nous pouvons célébrer pleinement l’oubli de la réalité au bénéfice de ces joyeusetés. 

 

- Notre moral (en entendant par là le sentiment de joie ou de tristesse) est le résultat d’une pesée qui met d’un côté les peines venues la plupart du temps du réel, et de l’autre, les joies, venues la plupart du temps de l’oubli du lendemain.

On peut imaginer que l’inconscience fasse basculer la pesée du côté de la joie, puisque si le bonheur est une joie sans limite de durée, alors on n’est jamais heureux qu’à la condition d’oublier l’avenir. Mais comment être inconscient si l’avenir comporte une grave menace ? Le condamné à mort, qui fume sa dernière cigarette au pied de l’échafaud peut-il en jouir pleinement sachant ce qui l’attend ? 

De fait, tout dépend de l’intensité du plaisir immédiat. Supposons qu’au lieu de la cigarette on propose à notre condamné une dernière copulation : oublierait-il dans les bras de cette femme le supplice qui va suivre ? Pascal pensait que nous trouvions dans des divertissements de ce genre une joie dûe à l’oubli de notre condition pécheresse : il considérait que ça marche en effet.

Notre président, dont nous savons qu’il a médité Pascal, a pensé que, dans les effets d’un éventuel succès footballistique et dans les agapes des réveillons, nous pourrions oublier qu’il faudra bientôt travailler plus longtemps pour accéder à la retraite.

Au Moyen-Âge, Noël ! était le cri de joie poussé par le peuple à l’arrivée d’un heureux événement. Ça peut marcher encore aujourd’hui. 

A condition d’y ajouter : « Grizou » !

vendredi 7 octobre 2022

Tu seras une épouse et une mère, ma fille – Chronique du 7 octobre

Bonjour-bonjour

 

C’est l’histoire de la séparation d'un couple racontée par France-Culture ; comme vous pouvez en lire ici le compte-rendu, alors je vais la faire courte : ça raconte l’histoire d’un couple qui divorce alors qu’il a semble-t-il tout pour être heureux. C’est du moins ce que raconte Florent, le mari : « Nous avions la maison, nous avions la santé financière, nous avions notre fils merveilleux, notre groupe d'amis, donc j'étais incapable de comprendre pourquoi Jennifer pouvait avoir des moments de tristesse »

Seulement l’histoire que raconte Jennifer, l’épouse et maman, n’est pas tout à fait la même : « Pendant trois ou quatre ans, je ne me suis jamais retrouvée sans mon fils, toute seule, juste pour prendre soin de moi. »

Et ce n’est pas tout : à cela s’ajoute le décalage du ressenti de la vie du couple, tel que vécu par le mari et la femme : « Il ne se rendait pas compte de ses privilèges et surtout du poids qui pouvait peser sur mes épaules. » déclare Jennifer.

Alors, bien sûr, Florent, sorti de sa bonne conscience, a déclaré après coup : « Je me suis rendu compte que la /vraie/ réussite, c'est des valeurs fondamentales d'amour, de protection, de confiance, de sécurité. » Autant dire que ça ne l'effleurait pas auparavant.

 

Voilà l’histoire qui met à jour une situation de crise redoutable : celle où les privilégiés sont inconscients de leurs privilèges. On a l’habitude de figurer cette inconscience par la répartie de Marie-Antoinette qui s’étonne que le peuple pleure le manque de pain « S’ils n’ont pas de pain, qu’ils mangent de la brioche ! » (1). Hé bien les gentils maris d’aujourd’hui font de même : « Elle a la sécurité financière, un adorable enfant et un groupe d’amis : de quoi se plaint-elle ? » s’étonne Florent.


Deux remarques :

- D’abord les hommes à supposer qu’ils soient comme Florent, vivent sur des stéréotypes : « Tu es un mari tu as donc des devoirs envers ta femme. Si tu les remplis convenablement, tu n’as rien à te reprocher » Comme si un couple n’était pas d’abord fait de la volonté de vivre à deux et non à un plus un.

- En suite la femme « épouse et mère » refuse de vivre enfermée dans cette double assignation. Il lui faut « des moments à elle », sans la charge mentale bien connue qui inflige un supplice aux femmes.

Mais ce n’est pas tout :  à ce refus de se couler dans le moule, s’ajoute la révolte de voir que son mari est très heureux tandis qu’elle souffre. Et c’est cela le piège dans la quel tombent bien des hommes qui, non seulement ne se rendent pas compte que leur bonheur repose sur le sacrifice de leur femme, mais qui, de plus, ignorent que leur bonheur n’est pas celui que leurs femmes revendiquent…

… Oui, au fait, parlons-en : qu’est-ce qu’elles veulent donc, les femmes ? 

--> Ce que veulent les femmes, c’est de pouvoir choisir leur vie et non de subir celle qui leur est assignée. 

Parce que, ce n’est pas parce que le mot « Bonheur » est écrit dessus qu’elles en sont contentes...

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(1) On trouve cette répartie attribuée à une Princesse par Rousseau dans ses Confessions en 1765, alors que Marie-Antoinette n’arrive en France qu’en 1770. On n’a pas attendu les réseaux sociaux pour diffuser la haine et les fakenews.

vendredi 23 septembre 2022

La sobriété heureuse ? – Chronique du 24 septembre

Bonjour-bonjour

 

« L’imagination au pouvoir ! » : c’est avec ce slogan que les « révolutionnaire » de mai-68 prétendaient bouleverser la société. Au point que l’esprit de sérieux et d’organisation paraissait le comble du ridicule.

Or, on n’en fait plus mystère aujourd’hui : c’est à cette faculté d’imaginer et d’adopter de nouveaux scénarios que l’on doit faire appel pour réussir la transition énergétique – autrement dit « la sobriété heureuse ».

 

De quoi s’agit-il ? On veut transformer le désir – ni plus ni moins – des français de sorte qu’au lieu de consommer ce que tout le monde recherche (effet analysé par René Girard), voilà que notre sujet se met à désirer le contraire, c’est-à-dire renoncer à ce qui devrait logiquement lui apporter de la jouissance. Et cela non pas simplement par identification aux séductions d’un influenceur (1), mais bien par l’adhésion à des représentations imaginaires venues doubler le réel voire même se substituer à lui.

La jouissance dans la privation : voilà finalement ce que nous sommes supposés rechercher, pour le plus grand bien de la planète… mais pas pour celui des entreprises capitalistes qui profitent du marché.

Vous devinez, chers amis, que je suis personnellement attiré par cette position ascétique, ayant cru en sa vertu durant les années 68. Toutefois je suis plus lucide aujourd’hui qu’autrefois : dans cet affrontement nous sommes pris en otage par deux forces antagonistes : celle de la production et de la consommation ; et puis celles de la conquête du pouvoir politique. Qui plus est, notre imagination est au repos puisqu’il s’agit de consommer et de reproduire des scénarios inventés par des influenceurs (sans doute plus puissants que ceux qui s’affichent sur les réseaux sociaux).

Alors ? La sobriété ? Si je veux et quand je veux.

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(1) Voir schéma ici

mercredi 31 août 2022

TOUJOURS PLUS ! – Chronique du 1er septembre

Bonjour-bonjour

 

Après l’austérité, mot qu’il est défendu aux responsables de prononcer en public, voici un autre mot interdit : la décroissance

En effet, après le Président Macron, qui déclarait en juin 2020 « Le choix de la décroissance n’est pas une réponse au défi climatique. », voici Elisabeth Borne affirmant lundi dernier « la décroissance n’est pas la solution »

 

- Il semblerait que chaque crise lance à la fois des mots nouveaux et aussi des mots interdits. Ainsi comme on vient de le dire de l’austérité, et puis du confinement, sans oublier les nègres (cette fois on frôle la correctionnelle), et pour finir la décroissance fait son entrée au « panthéon » de la diabolisation (1)

D’un côté cet ostracisme à l’encontre de la décroissance ne se comprend guère : il semble naturel de prendre acte de la nécessaire réduction de notre consommation d’énergie et donc de la réduction des productions qui vont avec. 

Seulement la décroissance ne signifie pas seulement cela. Dans le contexte économique, la décroissance, c’est une « politique préconisant un ralentissement du taux de croissance dans une perspective de développement durable » (Lu ici)

Bon : on est encore dans du permis : quoi de plus naturel que de préconiser le développement durable ?

C’est que la décroissance va en réalité beaucoup plus loin. Écoutons Géoconfluences, un site internet qui rassemble des ressources pour les enseignants : « La décroissance est un concept politique, économique et social qui remet en cause l’idée selon laquelle l’augmentation des richesses produites conduit à l’augmentation du bien-être socialLa théorie économique de la décroissance vise donc à réduire la production de biens et de services afin de préserver l’environnement ».

 

Résumons-nous : 

            * d’un côté « l’augmentation des richesse produites ne conduit plus à l’augmentation du bien-être social », ce qui signe la mort du dogme de la société de consommation sur lequel nous vivons au moins depuis 50 ans ; 

            * de l’autre la décroissance préconise (comme son nom l’indique) la réduction de la production des biens et des services » - et donc perte d’emplois et de richesse, sans parler des services désormais bannis – point sensible dans notre société qui est devenue une société orientée sur les services plus que sur la production industrielle.

--> Concernant le bien-être social on dira que c’est une question philosophique et qu’il n’appartient pas aux dirigeants d’en décider. Il porte en effet sur la question du « Pourquoi – chercher dans la consommation le bonheur ? »

Faisons donc un référendum –  « Considérez-vous la consommation comme la source du bonheur ? » (2)

--> Le second point n’est pas du tout philosophique : il porte essentiellement sur la question du « Comment se passer des services »... dont nous réclamons TOUJOURS PLUS !

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(1) Ne croyez-pas que ces susceptibilités langagières nous soient réservées. Vous trouverez ici, dans un journal québécois une liste des mots interdits à l’Assemblée Nationale de la Belle Province.

(2) Aujourd’hui il semble que ce soient les nantis qui dénonceraient la consommation, et les pauvres qui la réclameraient. Bizarre… Vous avez dit « Bizarre » ?

lundi 6 juin 2022

On ne pense à rien – Chronique du 7 juin

Bonjour-bonjour

 

Délaissant pour aujourd’hui l’actualité la plus brûlante, je vous propose, chers amis, un peu de relaxation et de bien-être, un peu de quiétude et de douceur de vivre.

Et comment faire ? C’est simple, et on vous le recommande de partout : laissez-vous aller, lâchez prise, renoncez à tout contrôler. Est-ce donc si difficile ? Oui sans doute puisqu’il ne suffit pas de le répéter béatement pour y parvenir. Pourtant des méthodes existent. En quoi consistent-elles ? Que font-elles ?

 

- Écoutez ces propos venus d’une jeune femme parlant hier des bienfaits de son activité de dentellière : « On est dans le présent, on ne pense à rien »

1° Être dans le présent : oui c’est là la condition du bonheur ou du moins du bien-être. Pascal le disait dans un fragment des Pensées : « Nous ne pensons point au présent ; et, si nous y pensons, ce n'est que pour en prendre la lumière pour disposer de l'avenir. Le présent n'est jamais notre fin : le passé et le présent sont nos moyens ; le seul avenir est notre fin. Ainsi nous ne vivons jamais, mais nous espérons de vivre ; et, nous disposant toujours à être heureux, il est inévitable que nous ne le soyons jamais. » (Fragment 172). Ne même plus penser à l’avenir, ni se souvenir du passé. Être concentré dans l’instant présent sans jamais enjamber vers le futur ni remonter vers le passé.

2° Pour y arriver, il faut avoir une occupation qui absorbe l’attention totalement sans jamais susciter de projection vers l’avenir, ni faire appel au souvenir. Mieux que le jardinage qui suscite constamment la réflexion pour faire les meilleurs choix botaniques ; et que la belotte qui est remplie d’espérance de joies ou de craintes de frustrations : la dentelle (ou ses variantes telles que le tricot – voire même le macramé). 

3° Objections :

            *A rester figé dans le présent, ne risque-t-on pas la perte de conscience ? C’est en effet une possibilité, mais on suppose que l’activité de fabrication de la dentelle sollicite l’attention suffisamment pour ne pas devenir machinale.

            * Rester dans la pensée du présent, est-ce bien la condition pour être heureux ? Comme on l’a vu, selon Pascal ne pas rester dans la pensée du présent c’est en tout cas une attitude qui nous déstabilise et empêche la tranquillité d’âme sans laquelle le bonheur ne peut être.

            * Enfin et surtout, ne pas penser, est-ce là le bonheur ? Car c’est on l’imagine avec joie que notre dentellière le constate : « On ne pense à rien ». Cette absence de pensée peut-elle être donnée comme un but idéal à un être humain dont toute la dignité est justement de penser ?

Je sais bien quelles difficulté soulève l’emploi de façon absolue (= sans complément d’objet) du verbe « penser ». Pourtant le philosophe regimbe : apprendre à diriger ses pensées, oui. Chercher à les anéantir : non. 

vendredi 15 avril 2022

4 vertus qui vous permettraient de vivre plus longtemps – Chronique du 15 mars

Bonjour-bonjour

 

Vous tous, les angoissés, les dépressifs, les anxieux du soir, de la nuit et du petit matin, réjouissez-vous ! Voici enfin le remède à vos maux – et pour faire bonne mesure une recette de jouvence qui vous permet d’espérer vivre plus longtemps.

Je lis en effet dans cet article : 

« L'optimisme, le soutien social, le bonheur et avoir un but de vie favoriseraient une mortalité plus faible. » Article qui ajoute illico : « favoriser des activités et des situations qui mettent en œuvre l’optimisme et le soutien social, et avoir un but de vie et se sentir heureu.x.se auraient des effets significatifs sur la durée de notre vie. »

Là je sens monter en moi une certaine rogne qui m’habite à chaque fois que des articles de développement personnel ou « welfare » me tombent sous les yeux. 

Ça fait ça :

- Pour vivre plus longtemps, soyez heureux

- Comment on fait pour être heureux quand on ne l’est pas ?

- Soyez optimiste !

- Et comment être optimiste quand on est pessimiste ?

- Ayez un but dans la vie !

- Mon taf est débilitant et mon seul but c’est de finir le mois plus tard que le 15. 

- Trouvez un soutien social.

- Je suis seul, ma meuf m’a quitté, mes potes ont pris le large.

Etc. : ces enfonceurs de portes ouvertes savent ce que tout le monde sait : mieux vaut être riche et bien portant que pauvre et malade. Reste à dire comment on y parvient quand on est précisément « pauvre et malade ». Alors je sais bien que l’article du magazine a précisé qu’on doit « favoriser » les activités qui donnent accès à ces états – comme s’ils étaient le fait de situations sur lesquelles nous avons prise. Mais si c’était le cas, ça se saurait ! 

 

- Le bonheur pour les pauvres ; le bonheur pour les malades ; le bonheur pour les réprouvés, les prisonniers, les moches et les bancals. A part certaines religions, il n’y a personne pour dire comment ça marche.