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vendredi 12 juillet 2024

Qu’est-ce qu’une crise ? – Chronique du 13 juillet

Bonjour-bonjour

 

Le désarroi qui accompagne ces jours parait à son comble. Et chacun de se tourner vers les responsables politiques (ou ceux qui en ont la prétention), pour les interpeller avec irritation : « Qu’est-ce que vous faites ? Trouvez une solution à ce b** : c’est votre taf, pas le mien ! »

 

Là-dessus, le philosophe survient et sort de sa besace une citation archi-rabachée :

« J'avais vingt ans et je ne laisserai personne dire que c'est le plus bel âge de la vie. (…) Tout menace de ruine un jeune homme : l'amour, les idées, la perte de sa famille, l'entrée parmi les grandes personnes. Il est dur d'apprendre sa partie dans le monde. » 

Je dis que cette citation de Nizan a été « archi-rabâchée ». C’est vrai du début, mais moins de ce qui suit et qui peut pourtant éclairer la crise dans laquelle nous nous débattons.

La crise comporte deux éléments : l’instabilité, associée à l’imprévisibilité, et l’explosivité. Selon Nizan, il s’agit bien d’une propriété de la jeunesse qui, du fait de son inexpérience, découvre presqu’à chaque instant de tels évènements. Mais alors la crise suppose un angle de vue qui en fait une manifestation subjective : tel évènement surprenant et aux conséquences inquiétantes pour les uns, sera pour les autres un phénomène lié en réalité à des processus plus profonds et dont l’ambiguïté disparait pour qui sait mettre à jour les tenants et les (futurs)-aboutissants qui en accompagnent le surgissement.

A ce compte, c’est dans l’histoire qu’il faut chercher l’explication de ce qui nous arrive en ce moment, avec ces sursauts incohérents de politiciens égarés, qui cherchent comme des abeilles désorientées le chemin de leur ruche.

Avec ce « bémol » souvent évoqué en ce moment, que l’histoire ne se répète pas, sauf … comment dire ?

--> « Tous les grands événements et personnages de l’histoire du monde se produisent pour ainsi dire deux fois… la première fois comme une grande tragédie, la seconde fois comme une farce sordide… » Oui, c’est cela et c’est Marx qui nous le rappelle dans « Le Dix-Huit Brumaire de Louis Bonaparte »

 

- Au fait je n’ai pas dit quel évènement pourrait nous expliquer ce qui se passe aujourd’hui ? Après avoir en tremblant évoqué la prise du pouvoir par Hitler, on rêve aujourd’hui d’un nouveau « Front populaire » ; et certains se rêveraient déjà en (nouveau) Léon Blum ? Pourquoi pas ? Mais n’oublions pas la rectification correspondant à la nouveauté : nous sommes en 2024 et pas en 1936. Autrement dit il est sacrément difficile aujourd’hui d’ignorer le monde dans le quel on vit. Et puis peut-être est-il difficile de dire à l’avance qui manipule qui ? Et si le peuple n’était pas si égaré qu’on croit ? S’il était en réalité en train de tester les différentes opportunités ? S’il cherchait à savoir non seulement qui est disponible pour vider les caisses en sa faveur, mais aussi qui est capable de les remplir en même temps ? 

Si c’était cela la sagesse, alors autant dire qu’en 2024 la politique n’impliquerait plus du tout la vertu.

samedi 20 avril 2024

Ricardo, Marx, Michelin : une même théorie du salaire – Chronique du 21 avril

Bonjour-bonjour

 

Le groupe de pneumatiques Michelin a annoncé mercredi à Clermont-Ferrand la mise en place d’un salaire "décent" et d’un "socle de protection sociale universel" pour ses 132 000 salariés dans le monde.

Salaire décent… Le salaire minimum – alias SMIC – ne serait donc pas « décent » ?

Lisons (ici) la définition : « Le salaire décent ("living wage" en anglais) doit permettre de couvrir les besoins fondamentaux d'un individu – comme le logement, les repas, la santé et l'éducation - et des personnes dont il ou elle a la charge. » 

 

Vous voyez la différence ? Non ? Réfléchissez : alors que le SMIC est un montant minimum, certes, mais identique d’un bout à l’autre de la France, voici que le salaire décent garantit la satisfaction de certains besoins fondamentaux quel que soit le lieu considéré. On sait par exemple que se loger et se déplacer en Ile-de-France coûte plus cher que partout ailleurs : les smicards francilien ne peuvent couvrir leurs besoins avec leur salaire alors que c'est possible ailleurs.  Le salaire décent de Michelin est ainsi évalué jusqu’à trois fois le SMIC.

Est-ce donc si nouveau que cela ? 

En fait on retrouve la théorie du salaire « naturel » de Marx, lequel la tenait de Ricardo si je ne m’abuse. Il s’agissait de définir la valeur du travail fourni par l’ouvrier, qui se mesure à l’argent nécessaire pour se procurer l’équivalent de ce qui a été consommé durant le travail, à savoir : de quoi se nourrir, se loger et élever les enfants qui, devenus adultes, viendront remplacer leurs pères dans la fabrique. Ce salaire n’est pas soumis aux fluctuations du marché, mais il se mesure aux besoins fondamentaux. (Sur tous ces points on se reportera à Marx dans son ouvrage intitulé Salaire, prix et profiten ligne ici).


On dira qu'il est impossible de mesurer ces besoins fondamentaux parce qu'ils changent avec les époques. 

 

Les besoins fondamentaux fin 19ème siècle

 

Comme on le voit, dès le 19ème siècle il a fallu intégrer un temps de loisir au salaire naturel : il doit permettre de vivre et pas seulement survivre. Le salaire décent de Michelin doit intégrer le cinoche du mois (ou de la semaine ?)


- Alors, nous n’aurions donc rien inventé depuis1865, date de la publication du livre de Marx ?

Si fait : nous avons inventé le juste partage des profits entre les actionnaires et les ouvriers ; et pour cela nous avons aussi inventé la participation des employés à la gouvernance de l’entreprise. Mais c’est là que ça coince un peu…

mercredi 17 avril 2024

Carlos Tavares : 100000 € par jour – Chronique du 18 avril

Bonjour-bonjour

 

Vous en avez peut-être les oreilles encore bourdonnantes : le salaire de monsieur Tavares, le patron de Stellantis, est tellement exorbitant qu’il a fallu le traduire en montant journalier pour que ça ressemble à une somme qui nous parle : 100000 chaque jour (samedi et dimanche compris). Quand monsieur Tavares se lève le matin, il vient juste de gagner 100000 € qu’il peut dépenser en toute tranquillité dans la journée, car il sait qu’il en aura autant demain matin.

 

Comment justifier une telle somme ? Monsieur Tavares évoque tranquillement son contrat de travail : son salaire y est indexé sur le chiffre d’affaires de Stellantis. Que l’entreprise soit en déficit et il ne touche plus rien du tout tant que les bénéfices ne sont pas revenus. Mais rien n’y fait : ce montant parait toujours injustifiable.

Le philosophe sort alors de sa besace un de ses classiques : il s’agit du Léviathan écrit par Thomas Hobbes en 1651 : ça ne date pas d’hier ! Et que dit Thomas Hobbes ? 

« Le prix ou la VALEUR d'un homme est, comme pour tous les autres objets, son prix, c'est-à-dire ce qu'on donnerait pour avoir l'usage de son pouvoir. » (chapitre 10)

Détaillons :

- D’abord qu’un homme est identifié, pour parler comme Marx, à sa force de travail (« l’usage de son pouvoir »)

- Ensuite le produit de ce travail est identifié à un objet, autrement dit à quelque chose qui s’échange sur un marché. (1)

- Enfin que le montant de cette transaction est équitable lorsque les deux parties tombent d’accord sur son montant.

Très bien. On voudrait maintenant savoir en fonction de quoi les parties en présence tombent d’accord ?

 Cet accord est fonction du retour sur l’investissement que représente ce montant. On compare le salaire de monsieur Tavares avec le « salaire » de Kilian Mbappé : c’est tout à fait juste. Que ce soient les investisseurs du Paris-Saint-Germain ou les actionnaires de Stellantis la question est la même : « Combien gagnerons-nous grâce à cette personne ? »

Le salaire de Calos Tavares est strictement un investissement comme les autres, et c’est pour cela que finalement ce sont les actionnaires qui auront à le justifier – ou pas.

 

Dernier point : on on voudra savoir alors pourquoi les bénéfices réalisés par Stellantis ne sont pas pris en compte de la même façon pour fixer le salaire des ouvriers de l’usine ? Après tout, sans eux, pas de production, donc pas de profit.

2° Reste donc à rappeler un élément déterminant pour fixer les transactions du marché : c’est la rareté. Il est beaucoup plus facile de remplacer un ouvrier qu’un patron efficace. Et ça marche pour tout le monde : qu’on se demande comment est fixé le salaire d’un ingénieur – surtout s’il est informaticien.

C.Q.F.D.

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(1) Pour mémoire Marx n'évoque le marché que pour dire qu'il n'intervient que de façon marginale dans le montant de la valeur d'échange étant entendu que selon lui elle ne représente qu'une fluctuation temporaire.



mercredi 11 janvier 2023

Solidarité intergénérationnelle : porter un vieux sur une épaule et un jeune sur l’autre – Chronique du 12 janvier

 

 

Énée fuie Troie en flamme en portant Anchise et son fils Ascagne – Statue du Bernin

 

 

 

Bonjour les amis,

 

Regardez bien cette statue, elle ne vous dit rien ? Cet homme qui porte sur son dos son vieux père et son jeune fils : ne serait-ce pas vous, tel que le financement des retraites des vieux et de l’éducation de vos enfants vous l’impose ?

Car, oui : on s’emberlificote dans le calcul de ce qui faudra payer pour, dans 30 ou 40 ans, avoir droit de ne rien faire ; et pendant ce temps, on finance au jour le jour les retraites payées maintenant – et à celles-là, au nom de la solidarité intergénérationnelle, s’ajoute tout ce qu’il faut pour financer la vie et les études des petits. 

Je parlais récemment de Marx et de sa théorie de l’aliénation par le travail. On peut y revenir avec l’identification, chère au capitaliste, du travailleur à la machine qui fonctionne dans l’atelier. Une machine, dit Marx doit fournir de la valeur pour financer son remplacement lorsqu’elle sera usée : c’est ce qu’on appelle son amortissement. Il faut donc que le salaire du travailleur lui permette d’avoir des enfants et de les élever, de sorte qu’ils viennent, lorsque leur vieux père sera usé par le travail, prendre sa place dans l’atelier. Dans ce schéma, il n’y a pas de financement des retraites envisagées : le vieux, incapable de travailler disparaitra naturellement comme la machine mise au rebut.

Ça, c’est l’implacable logique du capital. Par contre aujourd’hui, où nous voulons une société du travail à visage humain, nous avons mis l’existence individuelle au centre de nos préoccupation : il faut que chacun, par son travail ait une « bonne » vie, celle qui mérite d’être vécue. Et cela, non seulement demain, quand nous serons retraités, mais déjà aujourd’hui même. Et c’est pour cela que l’absence de travail est primordiale. Vivre sans travailler, tel est l’idéal des générations du 21ème siècle.

Si une telle utopie est impensable, du moins, travaillons dans l’espoir (pour bientôt) de ne plus travailler du tout.

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N.B. Je n'ai pas évoqué ici la théorie selon la quelle c'est dans l'entreprise que doit commencer la recherche du bonheur.

Peut-être... Mais de toute façon c'est une confirmation que, bien plus que le travail, c'est le plaisir individuel qui constitue la valeur qui oriente la vie.

lundi 14 novembre 2022

Travailler moins pour vivre plus – Chronique du 15 novembre

Bonjour-bonjour

 

Ça y est, les amis – J’ai enfin appris ce que signifie le verbe « chiller » ! Lorsque nos ados disent : « Je vais à la brass’ pour chiller avec des potes », ça veut dire « Je vais prendre du bon temps, ne rien faire, et même faire la fête »

Ce nouveau vocable est devenu tendance depuis quelques jours, quand une enquête sur l’attitude des français par rapport à leur travail a mis en évidence le progrès du « quiet quitting » terme signifiant qu’on va mettre au premier plan les loisirs au détriment du travail. D’ailleurs, ce terme anglais montre que le phénomène a sévi aux Etats-Unis avant de venir jusque chez nous.

Alors, c’est vrai depuis le confinement et le télétravail le rapport à l’entreprise s’est anémié : plus de réunions avec les collaborateurs, plus de regard polisson sur le décolleté de la voisine de bureau - ou sur le croupion du stagiaire (= parité oblige), plus de repas à la cantine à midi avec les collègues. Mais tout cela n’est que détails devant une situation beaucoup plus profonde qui fait qu’à présent, la vraie vie est ailleurs que dans l’atelier ou l’entreprise, et que même l’argent ne suffit plus pour compenser le temps à vivre rongé par le taf (1). On a d’ailleurs entendu parler depuis longtemps de ces jeunes médecins qui ne veulent plus de semaine de 60 heures comme leurs ainés. Ils veulent, comme tout le monde, avoir du temps pour vivre avec leur famille et leurs amis le week-end ou à l’heure de l’apéro ; certains prétendent même pouvoir aller chercher leurs enfants à l’école.

- J’en étais là de mes réflexions quand je lis ceci : « Le patron de Tesla, Elon Musk, comparaît devant la justice américaine cette semaine, accusé par un actionnaire d'avoir frauduleusement "gonflé" sa rémunération - 56 milliards de dollars - alors même qu'il ne se consacre qu’à temps partiel à Tesla. » « Quoi ? », me dis-je « Elon Musk, lui aussi veut chiller ? Il n’accorde à son entreprise que des miettes de son temps ? Et que fait-il avec le reste ? Joue-t-il au baseball ? Drague-t-il des minettes ? Est-il en congrès avec ses ingénieurs ? »

Je ne sais – Par contre je sais que ce que les actionnaires lui reprochent c’est justement ça : qu’il ait du temps libre au-delà du temps contraint pour lequel il est payé. Marx analysant le salaire disait en substance que l’ouvrier loue sa force de travail à son patron en sorte que celle-ci soit entièrement dépensée au cours de la journée, le reste du temps étant exclusivement consacré à la reconstitution de ces forces pour recommencer le lendemain – le coût de cette compensation étant la mesure du salaire « naturel ».

La formule bien connue du temps de Nicolas Sarkozy « Travailler plus pour gagner plus » et devenue « Travailler moins pour vivre plus » : c’est quand même étonnant de voir que depuis le 19ème siècle, les revendications des travailleurs n’ont pas changé – et que même la société de consommation n’y a rien fait du tout !

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(1) « Taf » = Travail à faire. Je parle jeune aujourd’hui.

jeudi 21 juillet 2022

A quand des députés payés 800 euros par mois ? – Chronique du 22 juillet

Bonjour-bonjour

 

Rachel Keke ancienne femme de ménage, député de La France Insoumise a interpellé les élus de la majorité présidentielle lors du débat consacré au pouvoir d’achat : « J’aimerais savoir, qui, dans cet Hémicycle, a déjà touché 800 euros ? 900 euros, 1000 euros ? »

Lorsque certains députés sur les bancs de la majorité ont répondu « Moi ! Moi !», Rachel Keke a précisé son propos avec une pointe de sarcasme et beaucoup de colère : « Je dis 800 euros par mois, pas par jour ! Qui a déjà touché 800 euros, 900 euros par mois ? Personne ! Vous ne savez pas ce que c’est. Vous ne connaissez pas la souffrance des métiers essentiels ». (Lire ici)

- La pauvreté et la précarité sont d’abord des expériences vécues, et toutes les étude savantes qui leur sont consacrées ne font que brasser des abstractions. On a déjà souligné que cette expérience intime de la misère était exigée des bénévoles d’ATD-Quart monde : ce n’est pas sans raison. Mais on devrait être attentif à cette autre question : « D’où vient la pauvreté ? » et plus particulièrement « Pourquoi y a-t-il des travailleurs pauvres ? »

On sait que la juste rémunération du travail était pour Marx une des aspirations de la révolution, au point qu’il définit cet objectif pour la révolution prolétarienne : « De chacun selon ses capacité, à chacun selon ses besoins » (1). Que la définition des besoins change selon le cours de l’histoire ne doit pas nous faire oublier la question centrale : à quoi mesurer la valeur du travail ? 

Le bon sens voudrait qu’on rémunère les travailleurs selon leur utilité sociale : Rachel Keke parle de « métiers essentiels » pour dire qu’il s’agit peut-être bien de gens qui exercent des fonctions dépréciées, mal payés et sur-exploités – mais que ce sont quand même des personnes dont on ne saurait se passer, comme l’a montré le confinement durant la pandémie. Mais la réalité est qu’on n’est jamais rémunéré en fonction des services que l’on rend. Avec leur études de l’utilité sociale, les sciences économiques sont moins pertinentes que les études ethnologiques qui montrent que l’influence exercée par certaines corporations est variable selon les cultures.


N'y aurait-il donc aucun critère ? Non certes.

Mais plutôt parce que ces critères sont très différents : durée des études ? Capacité à franchir les obstacles des concours ?  

- La vérité est beaucoup plus simple - et plus cynique: la valeur d'un travailleur est fixée par la demande du marché pour lequel il n’est pas inconcevable que chaque jours (chaque heure ?) un PDG du CAQ-40 gagne autant que sa femme de ménage pendant tout un mois.

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(1) « Dans une phase supérieure de la société communiste, quand auront disparu l'asservissante subordination des individus à la division du travail et, avec elle, l'opposition entre le travail intellectuel et le travail manuel ; quand le travail ne sera pas seulement un moyen de vivre, mais deviendra lui-même le premier besoin vital; quand, avec le développement multiple des individus, les forces productives se seront accrues elles aussi et que toutes les sources de la richesse collective jailliront avec abondance, alors seulement l'horizon borné du droit bourgeois pourra être définitivement dépassé et la société pourra écrire sur ses drapeaux : « De chacun selon ses capacités, à chacun selon ses besoins ! » (Marx – Critique du programme de Gotha)

mardi 16 mars 2021

M. Faber viré pour avoir désobéi aux lois du capitalisme – Chronique du 17 mars

Sur à l’« affaire » Emmanuel Faber, ex-PDG de Danone, connu pour ses positions sociales en tant que chef d’entreprise, et licencié pour mauvais résultats alors que Danone reste largement bénéficiaire.

 

 

Bonjour-bonjour

 

Autrefois on s’insurgeait contre les patrons qui saignaient à blanc leurs ouvriers pour en tirer un maximum de profit. Aujourd’hui des patrons vertueux peuvent bien prétendre mettre la fonction sociale et environnementale au cœur du projet d’entreprise, rien ne change car ce sont alors les actionnaires qui reprennent le rôle du méchant capitaliste, celui que Marx appelait « l’homme aux écus ».

Mais on pourrait tout aussi bien incriminer la logique d’un système qui exclut toute considération autre que la production et la récolte de profit du capital dans la finalité de l’économie. (Notez au passage que j’ai écrit « profit du capital » et non « profit » tout court : car il est naturel et nécessaire que le travail produise un profit – ce que les marxistes appellent « la plus-value » ; c’est, comme l’écrit Marx dans le Capital, son extorsion aux travailleurs qui constitue le crime du capitalisme.)

Oui, comment s’étonner que les actionnaires de Danone aient viré leur PDG puisque leur investissement dans cette entreprise rapportait moins de dividendes que chez Nestlé ? En effet, si l’on veut bien laisser de côté les considérations stratégiques, rien dans le projet du PDG de Danone ne paraissait prendre en compte l’existence du marché : ni l’objectif de progrès social, ni celui de protection de l’environnement ne paraissent soucieux de la réalisation de profit – or Danone ne peut réaliser ses objectifs sans attirer des investisseurs qui placent leur argent en fonction des performances attendues de l’entreprise. 

--> Pour cela il faut tenir compte d'une loi fondamentale du capitalisme :  pour l’investisseur capitaliste la valeur d’usage des marchandises n’est pas l’objectif qu'il poursuit parce qu’il ne recherche que la valeur d’échange. C'est bien  une loi fondamentale du capitalisme : si une marchandise n’apportait aucun avantage aux consommateurs mais que ceux-ci l’achètent quand même, alors au lieu de la rejeter on en poursuivrait la production. Même chose à propos des inconvénients environnementaux, et on voit aujourd’hui qu’avant de savoir si telle ou telle production est « bonne pour la planète » on se demande si elle va rapporter beaucoup d’argent.

Ne me reprochez pas de dire des banalités : si la réalité est comme ça, comment y échapper ?

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NB. On objectera que la valeur marchande suppose une demande et donc que la valeur d'échange  des marchandises dépend de sa valeur d'usage : chez Nestlé comme chez Danone on profite de l'augmentation de la consommation d'eau en bouteilles pour réaliser des ventes et donc des profits. Mais la requête d'une valeur d'usage n'est qu'une ruse du capitaliste pour réaliser ses profits. S'il pouvait s'en passer, il le ferait bien évidemment.

lundi 18 juin 2018

LES FEMMES ONT LE DROIT D’AVOIR DES IDÉES DIFFÉRENTES DE LEURS PÈRES

« Au XXIe siècle, les femmes ont le droit d’avoir des idées politiques différentes de leurs pères ou de leurs maris -et vice-versa- sans que cela ne soit interprété comme une « leçon » ou un « clash », n’en déplaise à certains », a tweeté Marlène Schiappa. (Lu ici – Cf. Post d’hier)

Comme en matière de buzz il n’y a pas de petits bénéfices, Marlène Schiappa, tout en souhaitant une bonne fête à son papa, en a profité pour promouvoir l’égalité hommes/femmes.
« Pourquoi donc m’empêcher de manifester ma  différence ? Serait-ce au nom de l’autorité du Patriarche ? »
Et là, il faut le dire – et compte tenu de sa probable grande intelligence – nous restons confondus devant sa mauvaise foi.
Car si la fille de Galilée avait un jour dit à son père « Papa, tu n’a pas le droit de m’empêcher de penser que le soleil fait le tour de la terre » on lui aurait rit au nez. Et quand Marlène Sch. affirme qu’elle a le droit de dire quand même que cette citation est bien Karl Marx (et non la 1ère internationale), elle  est ridicule. Mais ridicule elle l’est plus encore lorsqu’elle prétend que cette phrase signifiait pour lui que les travailleurs doivent fonder leur entreprise pour sortir de la misère.
Toutefois, elle a quand même raison si son opinion est mise dans la balance en face de celle du papa-marxiste. Car compter sur les partis et les syndicats pour renverser l’ordre capitaliste et surtout mettre en place un ordre socialiste favorable aux prolétaires, voilà qui peut quand même se discuter.

Reste que mettre cela au compte de la volonté du patriarche d’affirmer son autorité phallocentrée (sic) c’est plus que douteux : il n’est que de voir les débats qui opposent les tenants de cet ordre à ceux qui veulent toujours plus de compétition sociale. Ou bien c’est de la récup’ d’une ministre obnubilée par son combat, ou bien c’est la preuve que le MLF n’est pas mort.

vendredi 9 février 2018

RECUL DE LA BOURSE DE NEW-YORK SUITE À LA HAUSSE DES SALAIRES ET DES OFFRES D’EMPLOI.

Quiconque lirait sans y avoir été préparé ce titre sursauterait violemment : « Voilà bien, dira-t-on, le capitalisme monstre froid et inhumain ! Le capitalisme où les riches prospèrent en suçant la moelle des pauvres ! »
Nous, au Point-du-jour, on n’est pas comme cela : avant de nous indigner, nous voulons comprendre.
D’abord, si les salaires augmentent, c’est en raison d’un relatif déséquilibre entre l’offre d’emploi (en forte hausse) et les salaires (encore relativement bas). C’est la pénurie de main-d’œuvre qui fait mécaniquement augmenter les salaires : quoi de plus normal ?
Ensuite, l’auteur de l’article explique : « les salariés vont avoir un pouvoir de négociation renforcé et s’attribuer ainsi une part plus importante de la valeur ajoutée américaine, d’autant que la baisse de l’immigration légale et illégale constatée aux Etats-Unis devrait accentuer le manque de main-d’œuvre. » (Lire ici). Plus d’argent pour les travailleurs ça veut dire moins d’argent pour les actionnaires : les mêmes qui imposaient leur loi quand ils étaient en position de force par rapport aux travailleurs, gémissent à présent et trainent de l’aile comme de pauvres pioupious blessés…
J’en pleure … de rage et je dis tricheurs ! Et pourquoi donc ? Parce que là, nous avons affaire à une réaction humaine, celle qui nous montre quel est le cœur qui bat dans la poitrine de nos capitalistes, cœur non pas de pierre comme on le croit généralement, mais pétri d’amour du profit.

Où va l’histoire ? Cette question que depuis la disparition des derniers marxistes on croyait avoir mise à la poubelle renait de ses cendres. Car alors que le capitalisme dans sa version financière paraissait triomphant, voilà que les travailleurs reviennent en masse, troublent Wall Street et vont jusqu’à se remettre à s’agiter là, tout près de nous, dans ce pays de cocagne que nos patrons ne cessent de brandir comme modèle indépassable, je veux dire l’Allemagne !
« Les ouvriers de la sidérurgie allemande viennent de décrocher un accord limitant le temps de travail à … 28 heures pas semaine ! » Alors qu’on nous serine depuis des lustres que le péché originel de la France socialiste a été de créer la semaine de 35 heures !
Chaque époque a les devins qu’elle mérite : écoutez ce que disent les cassandres de Wall Street :
« La machine économique s’emballe, vendez tout, retirez votre argent des affaires où elles prospéraient jusqu’ici et achetez n’importe quoi, de l’or, des devises, des immeubles ou des terre arables en Afrique ce que vous voudrez du moment que le travail humain n’a pas besoin de s’y investir. »

Telle est la loi d’airain du capitalisme : il faut vite réimprimer Das kapital.