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mardi 15 août 2023

Un pion + un ordi = un prof – Chronique du 16 aout

Bonjour-bonjour

 

Pendant que le ministère de l’Éducation dort, le ministre est au travail. La preuve en est une série de décrets décrits ici.

L’un des sujets de la rentrés est la présence d’enseignants devant les élèves – on se rappelle que la venue au ministère de Claude Allègre en 1997 avait été accompagnée de ce leitmotiv avec l’échec que l’on sait. La réponse d’aujourd’hui consiste à mettre en place le remplacement des profs absents par leurs collègues, mais comme on ne peut tabler sur leur disponibilité, on invente à présent des séquences pédagogiques numériques encadrées par des AE.

AE ? Quésaco ? Lisons les textes officiels : « Garant de la sécurité, du respect des droits et du règlement, il ou elle surveille les études et permanences, les locaux, les récréations, l’accès à l’établissement. Il ou elle assure en parallèle des tâches administratives liées à la vie de l’établissement (organisation des examens, inscription des élèves, préparation des documents de rentrée…) » 

--> On croit lire la définition des « pions » tel que connus durant de lointaines décennies - sauf qu’ils devront à présent prendre en charge l’encadrement de « séances pédagogiques numériques »

Car voici l’arme secrète du ministre : en cas d’absence de professeurs ces AE auraient pour mission d’encadrer « le remplacement des heures prévues à l’emploi du temps par des séquences pédagogiques qui peuvent être organisées au moyen d’outils numériques. Ces séquences pédagogiques peuvent être encadrées par des assistants d’éducation ».

Donc on admet bien qu’assurer la présence d’un enseignant devant les élèves n’est plus la mission de service public dévolue à l’Éducation Nationale, puisqu’un ordinateur peut aussi bien faire l’affaire.

Un pas de plus vers la transformation de l’éducation en télé-formation ? 

samedi 4 mars 2023

J’entends le coq chanter – Chronique du 5 mars

Bonjour-bonjour,

 

Pour résoudre le problème des incommodités des villes, Alphonse Allais proposait de les reconstruire à la campagne. Ça a fait beaucoup rire, et puis peu à peu on a fini par prendre cette boutade au sérieux. Vous ne me croyez pas ? Lisez plutôt :

« Plaintes contre les meuglements de vaches ou le chant du coq... le ministre de la Justice Eric Dupond-Moretti a annoncé ce vendredi 3 mars que la majorité allait porter un texte de loi pour éviter aux agriculteurs des "faux procès" quand leur activité dérange le voisinage. »

Voici donc le fait : « Confrontés à l'arrivée de "néoruraux", les agriculteurs se plaignent de voir leur activité entravée par les plaintes de riverains qui leur reprochent de traiter leurs champs, salir les routes, moissonner la nuit ou vouloir agrandir leur exploitation. »

Contre cela, le garde des Sceaux passant sur le stand de la FNSEA, au Salon de l'agriculture, a ironisé : « Pardon pour la caricature, mais c'est le Parisien qui vient s'installer près d'une ferme. C'est un rêve bucolique qui pour lui se transforme en cauchemar quand il entend le coq chanter ».



 Avant de conclure : « L'idée c'est qu'un voisin ne peut pas se plaindre de nuisances qui préexistent à son emménagement. [...] C'est pas à vous (de) faire l'effort »

 o-o-o

- Compris, les néoruraux ? Ce n’est pas vous qui allez dire aux paysans comment ils doivent vivre et avec quoi ils vont faire leur métier. Pour eux, le télétravail, ça n’existe pas : c’est les deux pieds dans le fumier et les mains dans le purin que ça se passe. La campagne, ce n’est pas un lieu de loisirs où on vient coucher de temps à autre. C’est le seul endroit où on puisse vivre, parce que c’est là qu’on doit travailler. Si les urbains travaillent en ville et vivent à la campagne c’est que cela leur est possible. Par contre qui veut travailler dans les champs doit y vivre.

Faut-il donc énoncer de pareilles banalité ? Peut-être dans la mesure où on constate que les ruraux tendent à se barder de techniques visant à faire leur travail mieux qu’eux et sans eux. 

– Nous évoquions il y a peu ces agriculteurs qui, juchés sur leur tracteurs, surveillaient non pas leur champ mais l’écran de leur GPS pour s’assurer que les intrants sont bien diffusés là où ça convient. Eh bien dans peu de temps, des drones feront cette surveillance que le paysan-technicien contrôlera à distance… du fond de son studio boulevard Raspail. 

lundi 14 novembre 2022

Travailler moins pour vivre plus – Chronique du 15 novembre

Bonjour-bonjour

 

Ça y est, les amis – J’ai enfin appris ce que signifie le verbe « chiller » ! Lorsque nos ados disent : « Je vais à la brass’ pour chiller avec des potes », ça veut dire « Je vais prendre du bon temps, ne rien faire, et même faire la fête »

Ce nouveau vocable est devenu tendance depuis quelques jours, quand une enquête sur l’attitude des français par rapport à leur travail a mis en évidence le progrès du « quiet quitting » terme signifiant qu’on va mettre au premier plan les loisirs au détriment du travail. D’ailleurs, ce terme anglais montre que le phénomène a sévi aux Etats-Unis avant de venir jusque chez nous.

Alors, c’est vrai depuis le confinement et le télétravail le rapport à l’entreprise s’est anémié : plus de réunions avec les collaborateurs, plus de regard polisson sur le décolleté de la voisine de bureau - ou sur le croupion du stagiaire (= parité oblige), plus de repas à la cantine à midi avec les collègues. Mais tout cela n’est que détails devant une situation beaucoup plus profonde qui fait qu’à présent, la vraie vie est ailleurs que dans l’atelier ou l’entreprise, et que même l’argent ne suffit plus pour compenser le temps à vivre rongé par le taf (1). On a d’ailleurs entendu parler depuis longtemps de ces jeunes médecins qui ne veulent plus de semaine de 60 heures comme leurs ainés. Ils veulent, comme tout le monde, avoir du temps pour vivre avec leur famille et leurs amis le week-end ou à l’heure de l’apéro ; certains prétendent même pouvoir aller chercher leurs enfants à l’école.

- J’en étais là de mes réflexions quand je lis ceci : « Le patron de Tesla, Elon Musk, comparaît devant la justice américaine cette semaine, accusé par un actionnaire d'avoir frauduleusement "gonflé" sa rémunération - 56 milliards de dollars - alors même qu'il ne se consacre qu’à temps partiel à Tesla. » « Quoi ? », me dis-je « Elon Musk, lui aussi veut chiller ? Il n’accorde à son entreprise que des miettes de son temps ? Et que fait-il avec le reste ? Joue-t-il au baseball ? Drague-t-il des minettes ? Est-il en congrès avec ses ingénieurs ? »

Je ne sais – Par contre je sais que ce que les actionnaires lui reprochent c’est justement ça : qu’il ait du temps libre au-delà du temps contraint pour lequel il est payé. Marx analysant le salaire disait en substance que l’ouvrier loue sa force de travail à son patron en sorte que celle-ci soit entièrement dépensée au cours de la journée, le reste du temps étant exclusivement consacré à la reconstitution de ces forces pour recommencer le lendemain – le coût de cette compensation étant la mesure du salaire « naturel ».

La formule bien connue du temps de Nicolas Sarkozy « Travailler plus pour gagner plus » et devenue « Travailler moins pour vivre plus » : c’est quand même étonnant de voir que depuis le 19ème siècle, les revendications des travailleurs n’ont pas changé – et que même la société de consommation n’y a rien fait du tout !

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(1) « Taf » = Travail à faire. Je parle jeune aujourd’hui.

lundi 17 août 2020

#workfromcastel – Chronique du 18 août

Bonjour-bonjour

 

Vous êtes depuis trois jours en vacances dans un studio-sur-la-plage et vous croisez peut-être votre voisin de palier qui sort vers 18 heures la serviette sous le bras – direction la mer. Et vous vous dites « voilà un monsieur qui est prudent : il craint les coups de soleil » Vous avez sans doute raison, mais il se peut aussi qu’il sorte du travail et qu’il profite du beau temps pour aller piquer une tête avant d’aller prendre l’apéro sur le vieux port. 

--> Ce monsieur est en réalité en télétravail et il travaille « from castel » sachant que ça peut aussi bien être une chambre d’hôtel qu’un chalet à la montagne… Il pourrait tout aussi bien être à Miami que dans la cuisine de son 2 pièces de Montrouge (1).

A force de nous écarquiller les yeux pour voir les nouveautés qui arrivent suite au confinement, nous passons à côté de celles qui sont déjà là, installées sans que nous nous en apercevions. Il en va ainsi de l’effacement de la frontière entre travail et loisirs, ou plutôt entre le lieu des vacances et celui de l’activité professionnelle. Jusqu’à présent seuls quelques chanceux qui habitaient en face de la plage pouvaient en temps normal sortir du travail et prendre le bain dont ils avaient envie en rentrant chez eux. Mais quant à chausser les skis pour faire une glisse le matin à la pose de 10 heures, pas question… Sauf que maintenant avec le télétravail, tout est possible.

Oui, tout est possible, mais pas pour tout le monde : la caissière ou l’infirmière ; le maçon et le plombier : voilà des gens pour qui le télétravail ne signifie rien parce qu’ils ont en charge la production matérielle (en donnant à cette expression le sens le plus large possible). Autrement dit, voilà des inégalités qui se creusent entre les travailleurs sans que personne ne l’ait voulu, sans que de la pénurie soit apparue ; non : il s’agit seulement du fait que tout le monde ne soit pas également concerné par ce qui bouge dans la société. D’ailleurs ce qui se gagne ici peut se reperdre là : le télétravail en détachant le travailleur de son environnement professionnel lui fera peut-être perdre une certaine solidarité, une certaine chaleur humaine que des relations de quartier – voire comme évoqué ici de loisirs ou de vacances – ne compenserons pas ?

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(1) Les applis de télé conférence comme skype ou zoom vous proposent d’incruster votre visage sur un fond que vous choisissez librement dans un stock de fonds possibles, tels qu’un gratte-ciel de New-York ou la collision de deux étoiles à neutrons.