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mardi 15 août 2023

Un pion + un ordi = un prof – Chronique du 16 aout

Bonjour-bonjour

 

Pendant que le ministère de l’Éducation dort, le ministre est au travail. La preuve en est une série de décrets décrits ici.

L’un des sujets de la rentrés est la présence d’enseignants devant les élèves – on se rappelle que la venue au ministère de Claude Allègre en 1997 avait été accompagnée de ce leitmotiv avec l’échec que l’on sait. La réponse d’aujourd’hui consiste à mettre en place le remplacement des profs absents par leurs collègues, mais comme on ne peut tabler sur leur disponibilité, on invente à présent des séquences pédagogiques numériques encadrées par des AE.

AE ? Quésaco ? Lisons les textes officiels : « Garant de la sécurité, du respect des droits et du règlement, il ou elle surveille les études et permanences, les locaux, les récréations, l’accès à l’établissement. Il ou elle assure en parallèle des tâches administratives liées à la vie de l’établissement (organisation des examens, inscription des élèves, préparation des documents de rentrée…) » 

--> On croit lire la définition des « pions » tel que connus durant de lointaines décennies - sauf qu’ils devront à présent prendre en charge l’encadrement de « séances pédagogiques numériques »

Car voici l’arme secrète du ministre : en cas d’absence de professeurs ces AE auraient pour mission d’encadrer « le remplacement des heures prévues à l’emploi du temps par des séquences pédagogiques qui peuvent être organisées au moyen d’outils numériques. Ces séquences pédagogiques peuvent être encadrées par des assistants d’éducation ».

Donc on admet bien qu’assurer la présence d’un enseignant devant les élèves n’est plus la mission de service public dévolue à l’Éducation Nationale, puisqu’un ordinateur peut aussi bien faire l’affaire.

Un pas de plus vers la transformation de l’éducation en télé-formation ? 

vendredi 25 novembre 2022

16 semaines de vacances dont personne ne veut ! – Chronique du 26 novembre

Bonjour-bonjour

 

Vous avez peut-être un/e neveu/nièce, ou un fils/fille – ou un petit fils/etc. – qui est en instance de choix pour son avenir. Sera-t-il(elle) ingénieur informaticien, trader ou hôtesse de l’air ?

 

Vous verrez bien. En tout cas, une certitude : vous ne risquez sûrement pas de compter un nouvel enseignant dans votre descendance : les concours d’enseignants ne parviennent même pas à faire le plein de candidatures ; on en a la preuve avec la clôture des inscriptions qui vient d’être reculée pour permettre à d’éventuels repentir de se faire jour. 

Imaginez ! Un emploi à vie + 18 heures de service par semaine + 16 semaines de congés par an : tout ça et personne n’en veut !

 

Ça demandait un peu d’explication : une mission parlementaire s’y est collé et le résultat est connu aujourd’hui.

On lira le résultat ici : je me contenterai de souligner quelques point.

            * L’idée est d’abord de donner plus de place à la formation au cours des études universitaires. Jusqu’à maintenant on devient enseignant grâce à un concours qui reste essentiellement centré sur la discipline. On a encore des jeunes profs, brillamment diplômés – par exemple de littérature – qui débarquent devant une 6ème illettrée quelque part dans le 9.3 (mais ailleurs c’est pareil).

Mieux connaitre le métier c’est attirer des candidats qui seront peut-être universitairement moins brillants, mais capable de transmettre aux élèves d’aujourd’hui leur savoir – qui de toute façon sera bien au-dessus des besoins. 

--> Ça, j’y crois.

            * Ensuite on voudrait mieux faire coïncider les voeux des jeunes enseignants et la région où ils vont débuter. Les régions les moins recherchées sont en même temps celles où on ne forme pas assez d’enseignants : d’où la nécessité d’exiler de jeunes profs loin de leur terroir. C’est vrai des professeurs d’origine antillaise ; c’est vrai aussi (je l’ai vérifié par moi-même) des jeunes philosophes nommés loin du 5ème arrondissement de Paris.

La réponse à cette situation consisterait à accentuer la mobilité des enseignants et à rendre plus transparents les mécanismes d’attribution des postes.

--> Ça je n’y crois pas : on se contente de dire aux jeunes profs : « Votre poste est dégeu’ mais rassurez-vous, vous allez pouvoir vous tirer très vite ». Mais vous n’aurez personne pour dire : « Restez dans ce poste dont vous ne vouliez pas, car on va vous donner des moyens effectifs pour réussir à enseigner à ces jeunes défavorisés. » 

vendredi 26 août 2022

Savez pas quoi faire ? Dev’nez prof ! – Chronique du 27 août

Bonjour-bonjour

 

Le Ministère de l’Éducation nationale est en déroute : plus de profs à mettre devant les élèves ; personne ne vient sonner à la porte des recruteurs rectoraux ; d’ici à 6 mois (congés de maladie habituels en février) il faudra fermer des classes et renvoyer tout le monde vers le privé.

… Mais bien sûr tout ça c’est ce qui arriverait si nous n’avions pas des gouvernants sages et prévoyants. 

Voici un train de mesures déjà mis en place :

            - Le niveau de recrutement récemment hissé au master 2 (bac plus 5) vient d’être ramené à la licence (bac plus 3) – du moins pour les intérimaires (ceux qui vont massivement venir, du moins on l’espère, remplacer les candidats-titulaires partis voir ailleurs).

            - La formation de ces intérimaires sera ramenée à … 4 jours (actuellement elle est de 800 heures étalée sur 2 ans)

            - Dans l’urgence on recrute les profs d’école manquants en faisant passer un test aux collés du concours, avant d’élargir aux titulaires de la licence. 

            - Et écoutez bien : ce test consiste en une dictée de texte et une autre de chiffres. 

            - Bien sûr les listes complémentaires des concours donnent  accès direct au paradis de la classe devant 30 moutards qui vont triturer leurs smartphones pendant toute la journée (sans doute pour dénoncer à l’imam leurs profs blasphémateurs). (Lire ici)

 

Alors il y a bien des choses à dire : déjà s’étonner qu’un métier si remarquable et si peu contraignant (18h de travail par semaine !) soit délaissé par la jeunesse. 

En suite – et surtout – constater que désormais 4 jours de formation suffisent pour se préparer à affronter la classe : que d’efforts et d’argent gâché quand on compte les 800 heures habituelles. On dira qu’avec ce peu de temps on ne saura pas faire la classe et donc que les élèves en pâtiront. Sans doute sauf si…

… Sauf si la préparation donnée dans les instituts ad hoc ne servait à rien et que ce soit seulement sur le terrain qu’on apprenait à enseigner ? 

- Ce propos est excessif j’en conviens mais il comporte une part de vérité. Cette vérité est que si on distingue entre formation initiale (avant le concours) et formation continue (après le concours et durant la carrière), la seconde est bien plus utile que la première. 

Ceci remet en cause l’utilité de la pédagogie comme science dont la possession donnerait prise sur la réalité de la classe. Mais au cours de ma carrière d’enseignant-formateur je n’ai pas subi de démenti radical.