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dimanche 2 février 2025

Le mot du jour : « Terroir » – Chronique du 3 février

Bonjour-bonjour

 

Les info-Google n’offrent pas un panorama très rose : même en laissant de côté les catastrophes annoncées telles que les volcans sur le point d’exploser, les astéroïdes qui risquent de détruire la terre ou les menaces que la nouvelle IA chinoise fait peser sur nous, il reste encore les mille et un effondrements économiques qui promettent un collapsus généralisé à la France.

Parmi ceux-ci la menace de Bernard Aranud dont on avait compris qu’il allait délocaliser ses productions – telle était du moins l’interprétation de Michel-Edouard Leclerc.

« Je n’ai bien entendu jamais dit que nous allions délocaliser le groupe LVMH » : le démenti de Bernard Arnault à l’annonce de cette menace nous rassure et en même temps il nous encourage à mieux comprendre le phénomène. Il s’agit en effet de comprendre pourquoi l’industrie du luxe est « in-délocalisable » : imagine-t-on les sacs Vuitton fabriqués au Maroc ou au Bangladesh ?

En effet – mais pourquoi ?  Les marocains ou les bangladais sont-ils irrémédiablement incapables d’apprendre les gestes qui fabriquent ces précieux objets ? On n’y pense même pas : car le luxe entretient un rapport mystérieux mais essentiel avec le pays d’origine qu’on appellera un « terroir »

Un terroir ? Mais qu’est-ce donc ? Lisons ceci : « Le « terroir » est « un espace géographique délimité défini à partir d’une communauté humaine qui construit au cours de son histoire un ensemble de traits culturels distinctifs, de savoirs et de pratiques, fondés sur un système d’interactions entre le milieu naturel et les facteurs humains ». C’est nous dit notre source « un concept typiquement français (à tel point que le mot est rarement traduit dans les autres langues) »

 

Le mystère dont nous parlions est entériné par la longue durée de l’histoire qui fusionne le milieu naturel et l’humain : le terroir se trouve alors impliqué dans les productions gastronomiques, et Bernard Arnaud, propriétaire du champagne Mumm et du cognac Hennessy le sait bien. 

Mais à ce compte pourquoi limiter à ces productions le catalogue des produits indélocalisables ? 

- Les montres bisontines, les textiles du Nord, l’acier lorrain, pour ne citer qu’eux étaient bel et bien des produits du terroir, on en veut pour preuve le souvenir insistant des artisans, ouvriers et mineurs disparus aujourd’hui et dont la mémoire est toujours célébrée par leurs petits-enfants.

Le label "Appellation d'Origine Protégée" est là pour affecter toute sorte d'autres productions à une région d'origine. Dépêchons-nous, quand il en est encore temps, de l'appliquer à ce qui nous reste d'industrie. On a perdu les voitures de Billancourt : accordons une AOP à celles de Sandouville ou de Sochaux.

samedi 4 novembre 2023

Éloge de la charentaise – Chronique du 5 novembre


 


 

Charentaise, toi sans qui l’hiver ne serait pour nos orteils qu’un long frisson, toi que même les boomers révèrent, je te salue, toi qui pars aujourd’hui conquérir le monde !

Tout français sait te reconnaitre et te distinguer des contrefaçons : conçue en Charente-Périgord ton authenticité n’est pas seulement garantie par ton origine géographique mais aussi par ta technique de manufacture qui reprend le procédé de fabrication originelle du cousu-retourné. 

Née au cœur du Périgord, tu poursuis ta vie chez Airplum, dont la société Sodopac a été créée en 1947, à Augignac. Pourtant tu es, comme beaucoup de produits de notre terroir, aujourd’hui menacée. « En 1999, la Dordogne comptait encore une soixantaine de fabricants de chaussons – aujourd’hui, nous ne sommes plus que 10 en France. » déplore Frédéric Guiral de Haas, qui préside à ta fabrication.

C’est pourtant toi, Charentaise-de-France qui porte l’esprit de notre Nation, toi dont le confort abandonne toute prétention à la modernité pour ne conserver que ce que notre tradition a de meilleur. Oui, si les babouches sont musulmanes, les chaussons sont français.

Mais le pessimisme ne saurait durer dès lors qu’il s’agit de ton avenir : les couturières qui te façonnent depuis plus de 40 ans savent aussi te rendre compétitive. Usinant 600.000 paires par ans elles te mettent sur le marché international à un prix moyen de 27 euros la paire.

 

La charentaise, c’est la France à nos pieds pour le prix d’une bouteille de champagne.

vendredi 25 novembre 2022

16 semaines de vacances dont personne ne veut ! – Chronique du 26 novembre

Bonjour-bonjour

 

Vous avez peut-être un/e neveu/nièce, ou un fils/fille – ou un petit fils/etc. – qui est en instance de choix pour son avenir. Sera-t-il(elle) ingénieur informaticien, trader ou hôtesse de l’air ?

 

Vous verrez bien. En tout cas, une certitude : vous ne risquez sûrement pas de compter un nouvel enseignant dans votre descendance : les concours d’enseignants ne parviennent même pas à faire le plein de candidatures ; on en a la preuve avec la clôture des inscriptions qui vient d’être reculée pour permettre à d’éventuels repentir de se faire jour. 

Imaginez ! Un emploi à vie + 18 heures de service par semaine + 16 semaines de congés par an : tout ça et personne n’en veut !

 

Ça demandait un peu d’explication : une mission parlementaire s’y est collé et le résultat est connu aujourd’hui.

On lira le résultat ici : je me contenterai de souligner quelques point.

            * L’idée est d’abord de donner plus de place à la formation au cours des études universitaires. Jusqu’à maintenant on devient enseignant grâce à un concours qui reste essentiellement centré sur la discipline. On a encore des jeunes profs, brillamment diplômés – par exemple de littérature – qui débarquent devant une 6ème illettrée quelque part dans le 9.3 (mais ailleurs c’est pareil).

Mieux connaitre le métier c’est attirer des candidats qui seront peut-être universitairement moins brillants, mais capable de transmettre aux élèves d’aujourd’hui leur savoir – qui de toute façon sera bien au-dessus des besoins. 

--> Ça, j’y crois.

            * Ensuite on voudrait mieux faire coïncider les voeux des jeunes enseignants et la région où ils vont débuter. Les régions les moins recherchées sont en même temps celles où on ne forme pas assez d’enseignants : d’où la nécessité d’exiler de jeunes profs loin de leur terroir. C’est vrai des professeurs d’origine antillaise ; c’est vrai aussi (je l’ai vérifié par moi-même) des jeunes philosophes nommés loin du 5ème arrondissement de Paris.

La réponse à cette situation consisterait à accentuer la mobilité des enseignants et à rendre plus transparents les mécanismes d’attribution des postes.

--> Ça je n’y crois pas : on se contente de dire aux jeunes profs : « Votre poste est dégeu’ mais rassurez-vous, vous allez pouvoir vous tirer très vite ». Mais vous n’aurez personne pour dire : « Restez dans ce poste dont vous ne vouliez pas, car on va vous donner des moyens effectifs pour réussir à enseigner à ces jeunes défavorisés. » 

dimanche 26 mai 2019

LE PARMESAN, NOUVELLE SOURCE DE TENSION ENTRE LA FRANCE ET L’ITALIE

Le parmesan risque de refroidir encore un plus les relations entre la France et l’Italie, déjà tendues depuis plusieurs mois. Selon la presse de la péninsule, le géant français Lactalis serait intéressé par un éventuel rachat du groupe Nuova Castelli, l’un des principaux exportateurs du Parmigiano Reggiano et qui compte aussi dans son escarcelle des marques de gorgonzola et de mozzarella. (Lu ici)

L’Italie scandalisée par la vente de Nuova Castelli à la France ? C’est quoi cette histoire ? Comme si on ne savait pas que ce groupe était depuis 2014 détenu à 80% par… Charterhouse un fonds britannique ! Si l’Italie veut racheter le groupe fromager au passage, qu’elle le fasse, et puis n’en parlons plus !
Quoique… Rappelons-nous l’histoire des chantiers de l’Atlantique rachetés par le groupe italien Fincantieri (lire ici) : le fleuron de l’industrie navale française qui passe sous pavillon italien, c’est ça le problème ? Ou alors c’est une affaire de position dominante dans la concurrence des chantiers navals ? Ça avait fait scandale et les allemands s’en étaient mêlés histoire de montrer que eux aussi ils savaient construire des jolis bateaux.
Peut-être, mais avouez que la concurrence dans les fromages a une autre portée. Car il s’agit de savoir si les fabricants de camemberts, maroilles et autres roqueforts seront aussi capables de fabriquer du parmesan-gorgonzola-mozarella ? C’est là que le bât blesse, car l’attachement du produit au terroir est le fondement de la gastronomie, chose en la quelle les italiens croient – comme nous d’ailleurs.
Oui, nous sommes d’accord avec nos voisins transalpins : « Délocalisez tant que vous voudrez les chantiers de bateaux. Mais laissez-nous nos fromages ! »