Bonjour-bonjour
Et si le fait que le livre de Thélyson Orélien ait été probablement entièrement écrit par une IA ne touchait que la confiance que nous avons pour l’écrivain, et ne changeait rien aux émotions du lecteur ? C’est ce que remarque le psychanalyste Serge Hefez : « Il faut savoir que le recours à l’IA n’annule pas l’émotion première : si j’ai été touché, j’ai été touché. Ce qui s’est passé en moi était réel. Le trouble commence quand je cherche à comprendre avec qui, ou avec quoi, cette émotion s’est partagée ». (Lu ici) Autrement dit ce recours à une intelligence artificielle permet dans un premier temps de distinguer ce qui relève de l’écriture et ce qui relève de la lecture. Je crois me rappeler que Sartre écrivait quelque part que les émotions, les sentiments ressentis à la lecture sont en définitive ceux du lecteurs, l’écrivain ne pouvant que les libérer grâce à son texte.
Le vrai problème est ailleurs : Gaspard Koenig souligne qu’il ne pourrait apprécier un livre dans lequel on ne retrouverait pas l’intention de l’auteur. C’est aussi l’avis du même Serge Hefez : « Le livre /de Thélyson Orelien/ est impressionnant. Son écriture est puissante, elle nous plonge au cœur des émotions qu’elle raconte. J’ai le sentiment de lire un texte écrit avec du sang et des larmes, un texte qui ne triche pas ; /.../ Lire ces pages en imaginant qu’une machine, dans laquelle ne coulent ni sang ni larmes, a pu en produire les mots me plonge dans un abîme de perplexité. »
- Autrement dit, même s’il s’agit d’une œuvre de fiction, c’est la continuité entre le ressenti de l’auteur et celui du lecteur que l’on recherche. Comme si l’important était l’émotion qui produit les mots et les phrases. Est-ce vrai ? Demandons-nous donc si Beethoven était amoureux quand il composait sa Lettre à Élise, et comment ce petit pervers de Mozart a pu se glisser dans la peau de Don Juan tout comme dans celle de la frémissante Zerlina.
J’ai entendu un acteur dire que lorsqu’il a joué un personnage comique dans une comédie, il ne le trouvait pas drôle, mais le public se tordait de rire quand il était à l’écran.
Bref : où se trouve donc l’émotion dans ces cas-là ?

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