vendredi 16 octobre 2026

Du « pourquoi ? » au « comment ? » – Chronique du 17 octobre

Bonjour-bonjour

 

Un article récemment publié (ici) revient une fois de plus sur une énigme irritante que beaucoup considèrent comme une faille dans le connaissance scientifique : « Qui de l’œuf ou de la poule est arrivé le premier ? » - et de constater que cette question forme un cercle dont la science serait incapable de sortir.

 


Pourtant la solution est écrite, noir sur blanc par Diderot dans le rêve de d’Alembert (1769) : « Si la question de la priorité de l’œuf sur la poule ou de la poule sur l’œuf vous embarrasse, c’est que vous supposez que les animaux ont été originairement ce qu’ils sont à présent. Quelle folie ! » 

Tout est dit, et les découvertes scientifiques actuelles (article cité) ne font que confirmer l’intuition de Diderot.

Et pourtant… Nous refusons de cesser de tourner la question dans tous les sens : « Pour pondre un œuf de poule, il faut logiquement qu’une poule existe déjà pour le produire. » 

La raison de cette résistance est à chercher dans les obstacles épistémologiques dont Bachelard a fait l’analyse (voir ici). Nous n’y reviendrons pas. En revanche une autre raison explique cette résistance : il s’agit de la question des origines premières des phénomènes, telles qu’analysées par Auguste Comte. Alors qu’à l’état théologique ou métaphysique l’esprit cherche à connaitre l’origine premières des phénomènes, l’état scientifique se développe à partir du renoncement à cette question, pour ne s’intéresser qu’au rapport qui existe ente les faits. La science renonce au « pourquoi » pour ne répondre qu’au « comment ».

 

L’énigme des premiers commencements, voilà le véritable mur contre le quel notre esprit vient obstinément se fracasser. Par exemple qui donc renonce à chercher ce qu’il y avait avant le Big-Bang ? Cette question a pourtant été dénoncée par Thomas d’Aquin (13ème siècle) qui disait (je résume) : « Si le temps est apparu avec la création du monde, alors il est impossible de chercher à savoir ce que faisait Dieu avant, puisque, si le temps n’existe pas, alors les notions d’« avant » et d’ « après » n’ont aucun sens ».

Si rien n’a changé depuis, c’est que notre cerveau est organisé de façon à résister à ces évidences. Qu’on les appelle « obstacles épistémologiques » ou « biais cognitifs », le résultat est le même : nous devons penser contre nous-mêmes.

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