vendredi 2 octobre 2026

Violence légitime et violence sauvage – Chronique du 3 octobre

Bonjour-bonjour

 

A chaque fois que des émeutes de rues se développent, la presse regorge d’expressions mettant en jeu l’idée de « violence légitime » déléguée par l’État aux forces de police – en réponse à la « violence sauvage » des « casseurs » dont le seul objectif parait être de détruire le bien commun.

 

 


A Paris, lors de la manifestation du 1er mai 2019.

Benjamin Girette – Le « Monde »

 

« L’État est cette communauté humaine qui, /…/ revendique le monopole de la violence physique légitime » : cette formule venue de Max Weber suppose-t-elle que l’État puisse inconditionnellement utiliser la force, sous prétexte qu’elle a été acceptée lors de sa formation ?

Un petit retour en arrière : 

- Catherine Colliot-Thélène, traductrice de l'ouvrage Le Savant et le Politique rappelle que

Thomas Hobbes a développé en 1651, dans son ouvrage « Le Léviathan », l'idée selon laquelle les hommes, dans un « état de nature » originel ont cherché uniquement à survivre en ne pensant qu'à une chose : défendre leurs intérêts personnels. Afin d'éviter que se réalise la maxime « l'homme est un loup pour l'homme », il leur est apparu nécessaire qu'une instance supérieure soit chargée de pacifier la société, par la violence s'il le faut.

C’est dans ce contexte que Max Weber définit l’État par le monopole de la violence légitime. « C’est le succès de cette revendication qui constitue sa légitimité, c’est-à-dire le fait que ce monopole soit peu ou prou reconnu par l’ensemble des individus et des groupements inclus dans le territoire sur lequel l’État prétend avoir autorité » (source Wikipédia)

 

- La violence légitime ne signifie donc pas qu’elle soit « juste », mais seulement qu’elle soit acceptée à l’exclusion des autres sources de la violence, comme celles qui seraient le fait des membres de communauté diverses. C'est alors qu'on a vu parfois dans l’État un organisme sacralisé qui rendrait sa violence inconditionnelle.

Or, ce n’est pas la thèse que défend Weber. Selon lui, la notion d’État se définit par une caractéristique essentielle – à savoir que « l'État est un groupement politique, défini comme légitime dès lors que sa revendication d'être le seul à avoir le droit de mettre en œuvre, lui-même ou par délégation, la violence physique sur son territoire, est acceptée même tacitement par sa population. » (Ref. citée)

--> L’acceptation de la légitimité de la violence implique que l’idée du contrat social si décriée qu’elle soit, survit encore de nos jours puisqu’il ne s’agit pas certes pas de dire qu’elle soit juste, mais bien qu’elle soit l’objet d’un consensus. C’est d’ailleurs cela qui vole en éclat lorsque les manifestants mettent la violence des policiers au même niveau que les violences des manifestants.

 

- Parler de violence légitime, c’est en quelque sorte parler pour ne rien dire, ou si peu : la police est missionnée pour empêcher la violence de rue – ce qui est une banalité. Mais gare à qui voudrait sacraliser cette forme de violence : il courrait le risque de devoir se soumettre à n’importe quel arbitraire. 

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