dimanche 11 octobre 2026

Une blessure narcissique – Chronique du 12 octobre

Bonjour-bonjour

 

Rappelez-vous : nous sommes en plein 17ème siècle et le Chevalier de Méré lance au jeune Pascal un défi concernant le problème des partis qui sera à l’origine du calcul des probabilités. A l’époque il était courant en effet d’afficher en un lieu public le texte d’un problème de mathématique, avec pour enjeu la gloire de l’avoir résolu. La pratique s’est conservée jusqu’à nos jours et de nombreux titulaires de la médaille Fields sont célèbres pour avoir réalisé des démonstrations qui résistaient parfois depuis des siècles.

Et puis patatras : « Mardi 6 octobre, OpenAI, l’entreprise américaine à l’origine de ChatGPT, a annoncé la publication de 722 manuscrits mathématiques, regroupés en 372 familles de résultats, produits avec l’aide d’un modèle d’intelligence artificielle expérimental. Parmi les questions abordées figurent des problèmes ouverts dans plusieurs branches des mathématiques, dont certains résistent aux chercheurs depuis des décennies. » peut-on lire ici.

Et nous voilà de nouveau confrontés à la plus grave blessure que l’IA puisse nous infliger : une blessure narcissique. Car il ne s’agit pas pour les mathématiciens de se réjouir de l’avancée réalisée dans leur science grâce à ces machines, mais bien de se lamenter de voir leur terrain d’étude labouré par d’autres qu’eux – réaction tout à fait révélatrice : comme du temps de Pascal, la recherche mathématique procéderait seulement par défi : prouver qu’on a trouvé une solution là où d’autres cherchaient en vain. La fierté semble parfois même l’emporter sur la gloire d’avoir fait progresser la recherche mathématique.

Et si cette blessure narcissique était présente dans les autres domaines où l’IA l’emporte sur les hommes ? Rappelez-vous encore de la partie d’échec perdue par Garry Kasparov face à Deep Blue, l’ordinateur inventé par IBM ; il se dit que suite à cette victoire la machine a disparu, IBM ayant refusé de communiquer sur ce douloureux évènement. C’est que les échecs sont un jeu où la pure intelligence peut se faire admirer – or, voilà : le propre de l’homme c’est elle, l’intelligence.

 


 

On comprend mieux alors pourquoi l’Intelligence artificielle fait problème. Oubliant que le vrai problème est « Une machine qui simule l'intelligence est-elle véritablement intelligente ? », on passe à l’étape suivante : « Que vaut notre intelligence dès lors qu’une machine la possède – et encore mieux que nous ? »

Les chinois fabriquent des robots qui courent la marathon : qu’ils aillent plus vite que nous, on s’en fiche. Mais qu’ils surpassent notre intelligence – là ça ne va plus !

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