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vendredi 12 juin 2026

Plagiat : le cas Etienne Klein – Chronique du 13 juin

Bonjour-bonjour

 

Vous avez sans doute suivi comme moi le scandale soulevé au cours de l’émission « Arrêt sur image » par la révélation du plagiat réalisé par Etienne Klein lors de la rédaction de sa thèse de doctorat. (Article à consulter)

La polémique tourne autour de la gravité de ce détournement d’idées réalisé au cours de ce travail universitaire. Pour les uns c’est un crime contre l’honnêteté scientifique qui corrompt la science elle-même en ruinant la confiance qu’on peut avoir en elle ; pour d’autres (dont l’auteur) c’est un délit mineur lié non pas à un abus mais à une simple négligence : tout le monde peut réaliser ce genre d’emprunt, à condition de le signaler correctement. L’idée étant qu’une fois la recherche réalisée et dûment vérifiée, elle ne conserve plus la moindre trace de subjectivité ; en elle tout est devenu rationnel donc universel. 

 


Qu’importe qu’Archimède ait conçu son célèbre principe en prenant son bain et en constatant que sa jambe pesait « moins lourd dans l’eau que dans l’air » ? En faisant usage de ce principe, la référence à son « inventeur » ne fait qu’apporter un moyen de vérification supplémentaire, inutile si celle-ci est suffisamment établie par ailleurs.

 

- Pour nous, auditeurs des « Conversations » diffusées sur France-Culture, la question n’est pas de savoir si monsieur Klein plagie ou pas ses collègues : c’est même tout à fait mineur. La seule question est de savoir s’il apporte une véritable lumière sur la science ; et par-delà si nous comprenons mieux le réel.

Le reste ne nous concerne pas.

jeudi 27 novembre 2025

Le spiritualisme scientifique – Chronique du 28 novembre

Bonjour-bonjour

 

Ce matin, alors que je visitais les news sélectionnées par Google pour moi-tout-seul, je tombe sur une info qui – à son tour – m’a fait tomber de ma chaise. Voyez plutôt : « Une physicienne formule mathématiquement ce qu’Einstein pressentait : la conscience précède la matière »

Et de poursuivre : « Le temps, l’espace, la matière ne seraient que des manifestations secondaires d’un champ de conscience fondamental. » 

A qui donc doit-on cette découverte ? Il s’agit de Maria Strømme, « scientifique rigoureuse, spécialisée en nanotechnologie et science des matériaux à l’Université d’Uppsala (Suède). » (Lire ici)

 

Bon. Je devine que la revue « Sciencepost » – qui se présente comme « magazine d’actualité et de vulgarisation scientifique » – est en train de broder sur un champs théorique bien plus limité relevant des mathématiques pures, lorsque les scientifiques se risquent à franchir les bornes de l’observation pour faire fonctionner les équations selon les seules lois des mathématiques. Beaucoup de découvertes fondamentales ont été faites à partir de là ; beaucoup d’erreurs aussi. La science progresse ainsi : pourquoi s’en étonner ?

- C’est qu’on est quand même frappé par la ressemblance entre ces hypothèses et les cosmologies orientales, telles que l’Inde nous en a donné l’exemple. Selon elles il existe une entité non matérielle, semblable à ce qu’on appelle usuellement « l’esprit » – et ici rebaptisée « conscience » – qui est une substance s’étendant de manière indifférenciée de l’Univers à l’individu, le quel n’en est en fait qu’une aliénation : l’esprit universel est piégé dans la différenciation du corps, fait de matière par laquelle l’individu se sépare du Grand Tout.

- Et que dit notre physicienne selon SciencePost ? « Dans ce cadre théorique, les consciences individuelles ne sont pas des îlots isolés produits par des cerveaux séparés. Elles constituent des portions d’un champ de conscience plus vaste et interconnecté, comparable à des vagues à la surface d’un océan unique. Notre sentiment de séparation, notre impression d’être des entités distinctes, découlerait d’une perception limitée de cette réalité unifiée. »

C’est un simple décalque des philosophies orientales qu’on prétend cautionnées par la science du seul fait qu’elles sont introduites dans un champs d’investigation mathématisé.

Pas besoin de se fatiguer les neurones : les Vedas avaient déjà prévu la venue de Jésus Christ ; ils ont bien pu deviner aussi qu’Einstein viendrait aussi.

vendredi 26 septembre 2025

Une approche biologique de la conscience – Chronique du 27 septembre

Bonjour-bonjour

 

Découvrir sous le microscope le lieu où la conscience s’élabore, voir dans une IRM s’activer la zone concernée, savoir enfin si cette observation peut se retrouver chez l’animal : voilà un rêve de scientifique sur le point de s’accomplir.

C’est du moins ce que croit savoir cet article publié dans « Presse citron ».

Deux observations :

- D’abord, pour découvrir dans l’activité des neurones une manifestation de la conscience, il faut avoir une définition de celle-ci. Les philosophes en sont restés au rudimentaire la conscience c’est « savoir-qu’on-sait », qu’ils retournent en « savoir-qu’on-est » (cogito ergo sum). Les scientifiques recherchent quant à eux « une perception unifiée du monde ». Exit donc le sujet, cet « ego » bien embarrassant si on veut l’observer.

- Après avoir cru voir dans le néo-cortex cette faculté nécessaire à la conscience (néocortex présent, rappelons-le chez certains mammifères) ils observent aujourd’hui que des zones plus archaïques du cerveau s’activent quand se manifeste la conscience – et même que la conscience « s’enracinerait dans ces zones ». On constate en effet que l’absence de néocortex n’empêche nullement d’avoir un comportement conforme à une forme de vie consciente. 

- Mais, par ailleurs, quelle expérience avons-nous de la conscience chez les autres êtres vivants ? Quand mon chat me regarde avec une certaine intensité (du moins ce que je crois être cela), il semble attendre de moi le signe d’une intention qu'il a déjà mémorisée et qui fait un tout cohérent avec ses besoins du moment actuel. N’est-ce pas cela ce que nous appelons « avoir conscience » ?




vendredi 21 mars 2025

René Descartes contre les influenceurs – Chronique du 22 mars

Bonjour-bonjour

 

L’édition 2025 du baromètre de l’esprit critique vient de sortir (voir ici) à point nommé pour contrebalancer l’effet désastreux de plusieurs études sur les jeunes générations montrant que leur capacité de concentration, de raisonnement, de résolution des problèmes et de traitement de l’information – ces critères qui composent notre définition de « l’intelligence » – se dégrade au fil des générations. 

Comme on le voit cette étude va au-delà de l’esprit critique, mais celui-ci reste au centre de l’étude dont voici le résumé : « l’esprit critique est davantage associé par nos répondants (18-24 ans comparés aux 18-65 ans) aux humanités qu’aux sciences exactes ». Surprenant, n’est-ce pas ? Poursuivons la lecture : « Trois quarts des jeunes interrogés considèrent faire preuve d’esprit critique et quand on leur demande de nommer les disciplines qui ont contribué à forger cet esprit durant leur scolarité, ils citent prioritairement le français, l’histoire-géographie, la philosophie et seulement ensuite arrivent les sciences de la vie et de la terre, les mathématiques, la physique ou la chimie ». 

Bien – le philosophe bombe le torse : l’enseignement de la philosophie tel qu’on le pratique en France laisse des traces positives dirait-on ? On peut en conclure qu’en France au moins les jeunes générations restent relativement imperméables aux campagnes de dénigrement des acquis scientifiques, comme il arrive aux USA avec les antivax et le déchainement de l’épidémie de rougeole au Texas.

 

Sauf que… Ces réponses situent la connaissance du projet de notre enseignement des sciences humaines et non les acquis réels qui en résultent. Quand on rapproche ces sondages des précédents concernant la concentration, le raisonnement, et le traitement de l’information, on se dit que nos jeunes ont capté le projet mais qu’ils ne sont probablement pas en état de le mettre en œuvre.

mardi 29 octobre 2024

Des savants qui stoppent la science – Chronique du 30 octobre

Bonjour-bonjour

 

Avec l’attribution du Nobel de physique à John Hopfield, le souci de contrôler le progrès scientifique, y compris en le débranchant, est revenu au 1er plan.  

--> Associé à Geoffrey Hinton, John Hopfield a contribué au développement de la compréhension et de la création des réseaux neuronaux et de l'intelligence artificielle.

En ouvrant la voie à des développements révolutionnaires dans l'apprentissage profond et les technologies d'intelligence artificielle des « machines learning » ces recherches ont permis le développement de l’Intelligence artificielle tels que Hopfield a refusé de continuer dans cette direction estimant que nous avions tout à craindre de machines qui auraient une avance sur nous dans le domaine de l’IA. 

 

Abandonner la recherche avant que les machines ne deviennent incontrôlables, tel a été aussi la décision de Jacques Testart dans les années 2000. Biologiste français, créateur du premier « bébé éprouvette » de France, Jacques Testart prend fermement position contre ce qu'il estime être des dérives qui seraient induites par la PMA : eugénisme, homme augmenté, transhumanisme, etc. : « Pour moi, la plus grande dérive, c’est le tri des embryons (DPI = Diagnostic préimplantatoire), qui représente une menace extraordinaire ». 

Depuis les États ont pris des mesures pour endiguer ce danger, sans toutefois qu’il soit complètement écarté.

 

Reste donc ce sérieux avertissement sur les danger du « progrès » scientifique venu des chercheurs eux-mêmes. Lorsque des gens, qui ont fait de leur projet le plus ambitieux l’horizon leur vie, déclarent devoir y renoncer pour protéger l’humanité, on peut supposer que ce n’est pas pour des motifs légers. Et le fait que certains de ces projets aient quitté le domaine de nos soucis (comme le clonage humain ou le choix des caractéristiques des bébés à naitre) ne prouve absolument pas qu’ils n’aient plus de pouvoir de nuisance.

La crainte de voir nos machines nous évincer dans la gouvernance de l’humanité parait encore lointaine ; toutefois on a eu récemment le cas d’un système d’IA qui a modifié son programme pour débrider le contrôle limitant le périmètre de son activité, donne froid dans le dos.

Hall 9000 n’est plus très loin.

mardi 6 août 2024

Qu’est-ce que l’homme ? – Chronique du 7 aout

Bonjour-bonjour

 

L’interrogation sur soi-même est le propre des questions métaphysiques – telles que proposées par Kant : « Que puis-je connaître ? », « Que dois-je faire ? », « Que m'est-il permis d'espérer ? », et pour finir : « Qu'est-ce que l'homme ? »

 

- Ainsi donc savoir ce que c’est qu'est l'être humain est le propre de la philosophie. Reste pourtant que cette interrogation a été reprise par la science sur la base de ses propres recherches : la paléontologie dont c’est la tâche principale cherche à établir la frontière qui sépare l’humanité des l’animalité : où passe-t-elle dans le cours de l’évolution ?

 

- Abordant la question du passage de l’animalité à l’humanité, la revue New Scientist rappelle l’originalité de la question « Qu’est-ce que l’homme ? » et écrit dans ce récent article :

« L’évolution est un processus continu, et la propension à diviser la vie en genres et en espèces bien distincts est moins un reflet de la réalité qu’une idiosyncrasie humaine parmi tant d’autres. » Autrement dit trouver la frontière qui sépare les humains des animaux est justement une particularité propre aux humains, perdant ainsi toute objectivité.

Cet illusion anthropomorphique était déjà dénoncée du temps de Platon qui, évoquant la prétention des humains à être exceptionnels par rapport aux autres animaux, ironisait : « Les grues ne diraient-elles pas de même si elles prétendaient se définir ? »

 

- En fait, conclut le journal, « l’endroit où nous situerons la ligne de démarcation entre « nous » et « eux » ne sera pas seulement dictée par la biologie : c’est aussi une question philosophique ». Il faut non seulement trouver une différence entre l’ensemble des animaux et les humains, mais il faut encore que cette différence soit significative.

C’est ainsi que, lorsque des philosophes de l’antiquité prétendaient que l'homme est un bipède sans plume, Diogène le Cynique répondait qu'alors un poulet plumé était lui-aussi un homme :

 


Mais alors, quel critère supplémentaire faut-il pour séparer les hommes des poulets déplumés ?

vendredi 31 mai 2024

Pour savoir, faut-il tout savoir ? – Chronique du 1er juin

Bonjour-bonjour

 

« Plus on en sait, moins on comprend. » : cet adage parait faire partie de la recherche fondamentale en génétique et en physique : la science marcherait-elle à reculons, du moins quant au domaine inconnu ? Chaque découverte serait alors payée du prix d’une extension du domaine ignoré.

 

- C’est ainsi qu’on apprend que le plus long génome connu appartient à une fougère néo-calédonienne qui dépasse de 50 fois le génome humain.

« Mais attention : on sait par exemple que le génome humain est composé d’environ 20 000 gènes codant les informations nécessaires pour produire des protéines, mais ceux-ci ne représentent seulement que 2 % de notre génome. À quoi servent les 98 % restants ? Une question à laquelle il est difficile de répondre quand on sait que la moitié d’entre eux ne sont que des copies de gènes existants, voire des copies de copies » (Art. cité)

Nous faisons de la science avec 2% de la connaissance du domaine étudié. Et ça marche !

- La validation de cette hypothèse vient de la physique fondamentale où la matière noire associée à l’énergie sombre étend à 95% le domaine inconnu. Voir ce schéma :

 


 

Le problème ne vient pas seulement de l’incertitude des résultats que la science parvient à obtenir : le succès des prévisions sont d'un certain point de vue au contraire des échecs, tous les laboratoires qui font de la physique fondamentale s’efforçant de faire craquer les modèles existants qui n’intègrent pas ces inconnues dans leurs prévision. 

Le problème est donc de savoir pourquoi ces expériences qui impliquent l’hypothèse de la matière noire et de l’énergie sombre ne bloquent pas le fonctionnement du modèle standard de la physique des particules.

- Selon la théorie poppérienne la science doit tenir compte des expériences cruciales qui en cas d’échec remettent un cause les hypothèses étudiées. Pourquoi donc l’ignorance de ces 95% de l’univers n’invalide-t-elle pas la connaissance des 5% restant ?

mercredi 10 avril 2024

Etienne Klein et le boson de Higgs – Chronique du 11 avril

Bonjour-bonjour

 

Il n’y a pas à dire : la vulgarisation scientifique, c’est une affaire de poésie. Oui, de poésie, parce que sans elle, il serait impossible de faire imaginer à un public non spécialiste des notions de la microphysique telles que les interaction entre les particules.

C’est ce que fait brillamment Etienne Klein dans cet article, à propos du boson de Higgs, à qui nous devons la découverte de l’origine de la masse, à l’occasion du décès de celui-ci à l’âge de 94 ans, survenu mardi dernier. Paix à son âme.

- Il s’agit donc de faire comprendre l’origine de la masse des particules (et in fine celle de notre propre corps, ainsi que des objets qui nous entourent) : à quoi les « briques élémentaires » que sont les particules doivent-elles d’avoir une masse ? C’était ce à quoi répondait l’intuition de Peter Higgs.

Rejetant la réponse superficielle : « parce qu’elles sont massives » (comme autrefois on parlait de la vertu dormitive de l’opium, oubliant l’analyse des propriétés chimiques du produit), Etienne Klein met en relief une réponse absolument enrichissante pour nous : la masse n’est pas une propriété substantielle, liée à la nature même des choses, mais elle est secondaire, entendez qu’elle résulte d’une interaction avec le milieu.

L’essentiel est dit, mais il reste à faire comprendre comment la chose se produit. Usant d’une expérience fort triviale, comme le fait de lancer une balle qui entraine une réaction sur le « propulseur » (un peu comme le recul de l’arme à feu sur la main qui la tient), il nous permet de saisir que partout dans l’univers existe un milieu générateur d’une telle réaction.

Cette image est  poétique dans la mesure où elle libère notre imagination nous permettant alors de saisir comment toutes les particules sont, comme les photons, dépourvues de masse, mais que c'est leur interaction avec le « champ quantique » – entendez avec le milieu – qui entraine (ou non) l’apparition d’une masse. 

 

- Alors certes, avec ce « champ quantique », on touche aux limites de la vulgarisation, qui est de faire comprendre cette propriété du « vide quantique ». Mais on a déjà saisi l’essentiel : il existe une particule subatomique qui entraine cette interaction que nous découvrons avec la masse. A partir de là on peut commencer à distinguer la différence entre les propriétés « ontologiques » de la matière, et celles qui résultent de leur interférence, ce qui n’est pas sans intérêt pour notre compréhension du monde et de nous-mêmes.

Ce qui n’est pas rien.

jeudi 2 novembre 2023

La femme n’est pas un homme raté – Chronique du 3 novembre

Bonjour-bonjour

 

« Les filles, ça casse tout ! » Vous connaissez ce principe qui permet, dans les cours de récré, de distinguer les filles des garçons ?

 

 

 

Éh bien une découverte scientifique déterminante va nous obliger à y renoncer, 

Vous ne me croyez pas ? Lisez donc ceci : « Le gène à l'origine du développement sexuel féminin découvert à Nice. L’orientation vers le sexe féminin est initiée par un gène spécifique. Une équipe niçoise abolit le dogme selon lequel on ne devient femme que « grâce » au défaut de déterminant testiculaire. » (lire ici)

On évitera de spéculer sur les conséquences négatives pour les féministes : certes on va devoir renoncer en apparence au jugement de Simone de Beauvoir : « On ne nait pas femme, on le devient ». Mais c’est en apparence seulement, car toute la question est de savoir quel rapport il y a entre le sexe et le genre, ce que cette découverte ne tranche pas.

- En revanche on peut en profiter pour revisiter les dogmes, aujourd’hui disparus, affligeant les femmes de statut d’« homme castré », principe encore porté par Freud et dont la conséquence était que les femmes ne pouvaient sortir de leur condition d’épouse et de mère sans se viriliser. 

--> Ainsi sous la plume d’Edmond de Goncourt, ce jugement à propos de George Sand : « Je suis persuadé que si on avait fait l’autopsie des femmes ayant un talent original, comme Mme. Sand, on trouverait chez elle des parties génitales se rapprochant de l’homme, des clitoris un peu parents de nos verges. »

On ne pouvait alors concevoir un talent véritablement féminin – d’ailleurs le choix d’un prénom masculin pour George Sand qui se prénommait en réalité Aurore vient confirmer ces préjugés (1). Et c’est de partout que ce parti pris a duré jusqu’à aujourd’hui – du moins dans la sphère scientifique – puisqu’il a fallu attendre 2020 pour découvrir le déterminant génétique du sexe féminin. Resterait à savoir ce que ce déterminant détermine outre le développement d’organes féminins.

Car au bout de ça il y a le genre.

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(1) Notez que la graphie « George » sans « s » signe le féminin de Georges (laissant choir Georgette). Reste que George Sand elle-même prétendait que ce nom lui permettait surtout de s’habiller en homme, ce qui était avantageux car les vêtements masculins étaient bien moins chers que les féminins. Mais surtout les livres se vendaient mieux s’ils étaient attribués à des auteurs qu’à des autrices.

mercredi 27 septembre 2023

Les deux infinis – Chronique du 28 septembre

Bonjour-bonjour

 

Pascal ironisait sur notre prétention à connaitre véritablement le monde alors que, par nature, nous ne pouvions appréhender ni l’infiniment grand, ni l’infiniment petit (lire ici).

Or, voici que deux informations sont publiées aujourd’hui : l’une explique que, grâce au télescope Gaïa nous avons pu calculer la masse de la Voie Lactée (lire ici) ; l’autre que, grâce à l’exploitation de 1500 sources, on a pu chiffrer le nombre de cellules de notre corps à 200 milliards (Lu ici) 

De l’infiniment grand des étoiles à l’infiniment petit des cellules du corps, rien ne nous échappe.


- Pouvons-nous démentir Pascal et prétendre savoir dès lors que nous pouvons tout savoir ?

Pas si sûr. Pascal imaginait que les phénomènes étaient situés sur une ligne symbolisant le monde dans lequel ils se produisaient, étagés entre le Grand et le Petit, mais tous reliés entre eux par l’appartenance à la même nature. Car il y avait, selon lui, une seule nature, dotée des mêmes lois qui régissaient d’un bout à l’autre le monde entier – de l’infiniment grand à l’infiniment petit.

Mais aujourd’hui cette belle unité est brisée : à Einstein et sa relativité généralisée, l’infiniment grand du cosmos ; et à Planck, Schrödinger, Pauli, l’infiniment petit de la physique quantique. Deux physiques, deux ordres de lois – et donc deux natures ?

Peut-être. En tout cas, il est étrange de constater qu’en allant jusqu’aux extrêmes dans les deux sens, la nature se scinde en deux parties étrangères l’une à l’autre. En tout cas, les hommes ne se résolvent pas à cette situation et cherchent fébrilement le modèle qui pourra réunifier la Nature et établissant les lois qui pourraient expliquer le mouvement des étoiles comme celui du plus léger atome. 

Reste que Pascal avait tort lorsqu’il affirmait que nous ne pouvions connaitre que ce qui est à notre échelle parce qu’autrement, il nous faudrait avoir une intuition des deux infinis pour les comprendre, alors même que nous ne pouvons le faire que pour des phénomènes observables.

Il est vrai que nous n'avons pu le faire qu'en renonçant à nos intuitions les plus immédiates ainsi qu'à nos règles de la logique.

samedi 17 juin 2023

Le choc des symboles – Chronique du 18 juin

 

Epave de l'Admiral Graf Spee

 

Bonjour-bonjour

 

Ce que vous voyez là, c’est un aigle nazi en bronze repéché sur l’épave d’un destroyer allemand coulé au début de la guerre en 1939. Repéché il y a 17 ans, il attendait depuis une affectation nouvelle – elle vient d’être trouvée : cette figure de la violence et de la guerre va être fondu et servira à produire une nouvelle sculpture représentant... une colombe, le symbole de paix que chacun connait. (Lire le détail ici)

 

L’avantage avec cette histoire, c’est qu’elle correspond à une période historique ancienne dont le détail est bien connu : on sait qui sont les méchants, les violents, les barbares. Et on sait aussi qui sont les gentils, les victimes, les civilisés. Il n’y a donc aucun inconvénient à détruire (symboliquement) la représentation des premiers et à produire un nouveau symbole des seconds. Tout est bien classé, en ordre, connu.

Mais serions-nous capables de faire la même démarche pour des conflits plus récents ? Pour la guerre d’Algérie par exemple ? Ou pour celle du Vietnam ? Et pour l’Ukraine ? 

On voit alors que nos certitudes changent de nature : là où régnait la culture scientifique des historiens on ne retrouve que les clameurs des idéologies, des propagandistes et des politiques.

 

- Et encore : notre science, même historique est bien peu de chose pour évaluer chaque acte, chaque séquence chaque opération de ces guerres. Et puis avec quel étalon évaluer tout ça ? A ce compte-là, même les barbares nazis pourraient avoir leur chance au tribunal de l’incompétence humaine.

 

Mais il en va de l’histoire comme de toutes les choses humaines : jamais entièrement blanches comme la colombe, jamais tout à fait noires comme l’aigle (?), nous devons forcer la nature pour juger. Mais même au Jugement dernier la balance de saint Michel ne peut rester en équilibre : elle doit pencher d’un côté ou de l’autre.

mercredi 24 mai 2023

Face au changement climatique : l’obligation ou le libre choix ? – Chronique du 25 mai 2023

Bonjour-bonjour

 

Ce qui est pénible avec les écolos, c’est qu’ils sont certains d’avoir raison, autrement dit que leurs exigences sont non-négociables. 

Il ne se présentent pas comme des théoriciens endoctrinés, mais comme des gens qui ont consulté les écrits des savants, pour lesquels l’avenir est déjà là, dans le présent.

- C’est en effet une caractéristique du déterminisme scientifique, tel qu’énoncé par Laplace : « Une intelligence qui, pour un instant donné, connaîtrait toutes les forces dont la nature est animée, et la situation respective des êtres qui la composent, si d'ailleurs elle était assez vaste pour soumettre ces données à l'analyse, embrasserait dans la même formule les mouvements des plus grands corps de l'univers et ceux du plus léger atome : rien ne serait incertain pour elle, et l'avenir comme le passé, serait présent à ses yeux »

Et pan ! sur les climato-sceptiques. Reste quand même tous ceux qui sont bien décidés à continuer comme avant. Même si la catastrophe est certaine, ils pensent qu’elle ne sera pas pour eux. Ni pour leurs enfants ? Ni leurs petits enfants ? Bof… Les boomers sont des gens insouciants, qui ne pensent qu’à jouir sans entraves.

Toutefois, boomer ou pas, tous les hommes doivent se plier aux exigences de la Nature dont les lois ne doivent rien à la fantaisie des hommes, mais seulement à la nécessité mécanique de la physique. Kant suppose que si les hommes disposent d’une Raison, c’est pour assumer par eux-mêmes les obligations auxquelles la Nature les contraints. Grâce à elle nous pouvons décider nous-mêmes des sacrifices que nous devons consentir pour freiner le réchauffement climatique. Mais pour ceux qui s’en affranchiraient, les lois de l’évolution s’abattraient sur eux : l’espèce humaine pourrait alors disparaitre tandis que des millions d’années plus tard la planète serait revenue à l’équilibre - avec une espèce en moins.

samedi 29 avril 2023

Les mythes ont la peau dure – Chronique du 30 avril

Bonjour-bonjour

 

La science n’a pas remplacé la mythologie : ainsi de l’archéologie dont les progrès scientifiques (datation et études comparées) n’ont pu faire oublier les récits fantastiques de la mythologie « romantique » (1). On en veut pour preuve la déclaration du rappeur français « Maitre Gims » reprenant à son compte une théorie selon laquelle les pyramides auraient en réalité été des centrales électriques. (Lire cet article)

On le voit : le mythe se porte très bien malgré les progrès scientifiques et les positivistes adeptes des trois états de l’humanité en sont pour leur frais (2) : la société continue de mettre en compétition ces trois visions de l’histoire humaine, et rien ne dit que la science l’emporte sur ses adversaires. L’auteur de notre article s’évertue à dire que tant qu’à dire des sottises, Maitre Gims aurait pu en trouver de beaucoup plus astucieuses à rapporter. Mais ça ne fait rien : qu’importe le caractère grossier des propos : ce qui compte ce ne sont pas eux mais la notoriété de celui qui les rapporte.

 

Parmi les mythes véhiculés par l’archéologie fantastique, il en est un qui revient souvent : celui des extraterrestres venus coloniser notre planète et dont la trace nous est conservée justement par ces monuments extraordinaires venus d’un passé obscur. On pense aux pyramides, mais aussi aux statues de l’ile de Pâques dont l’étrange chapeau serait en réalité une antenne permettant de capter les messages venus d’une lointaine étoile (3)

- On l’a longtemps dit : Auguste Comte imaginait que la science allait remplacer et éradiquer le mythe et la religion. Il suffit de regarder autour de nous - et les fake news archéologiques en sont le parfait exemple - pour voir que le mythe se porte très bien malgré la science.

Voyons pourquoi, d'abord avec l'exemple déjà cité de Maitre Gims : sa naïveté n’a pas entamé sa notoriété ; d’ailleurs n’a-t-il pas fait des recherches allant jusqu’à retrouver les théories de Tesla ? (Il s’agit bien entendu de l’ingénieur américain contemporain de Thomas Edison). Mais l’essentiel n’est pas là :  ce qui compte c’est ce désir de croire à des histoires merveilleuses qui nous racontent notre origine de façon édifiante.

Voyez cette fiction venue d’une chanson des années 70 portée par Serge Reggiani : L’homme fossile dont la ressemblance avec l’homme des années 70 est frappante :

Ils ont dit … / Qu'j'étais couvert de poils et qu'j'avais pas de culotte / Alors que j'habitais un pavillon d'banlieue / J'étais comm' tout le mond' pétri de bonn's manières / Tous les dimanch' matins je jouais au tiercé / Je portais des cols durs et des bandag's herniaires / C'était avant la guerr' avant qu'tout ait sauté

C'était voilà maint'nant bien trois millions d'années / Vous n'avez rien à craindre y a plus de retombées

Au fond ces mythes nous racontent d’abord ce que nous sommes : hier épouvantés par la menace atomique ; aujourd’hui hantés par le déclin de nos ressources énergétiques.

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(1) L’auteur de cet article baptise « romantiques » les récits faisant de l’histoire humaine une aventure pleine de rencontres avec des civilisations disparues des incursions d’extraterrestre et autres fables.

(2) Ces trois états sont : L'état théologique ou fictif ; L'état métaphysique ou abstrait ; L'état scientifique ou positif. Voir ici

(3) Il s’agit d’une coiffe cylindrique, le pukao, fait de tuf rouge issu de la carrière de Puna Pau et pouvant peser plusieurs tonnes (cf. art. wiki)

jeudi 13 avril 2023

Je déprime, docteur – Chronique du 14 avril

Bonjour-bonjour

 

Eh bien, dites-moi : ça ne va pas fort ce matin ?

- Non, je me sens tout chose, comme quelqu’un qui aurait appris pendant la nuit qu’il a une ou deux maladies graves, et que du coup sa femme se prépare à le quitter en emmenant les mioches. 

- Je vois… Et à quoi attribuez-vous cette déconfiture ?

- Je ne sais pas, moi. Ça me prend souvent le matin après la lecture des nouvelles de la nuit.

- C’est Google news que vous lisez, n’est-ce pas ?

Regardons ensemble ce que vous avez trouvé.

            « Nous sommes en sursis en ce qui concerne la sûreté et la sécurité nucléaires à la centrale de Zaporijjia », selon le chef de la centrale ukrainienne. Bilan : un Tchernobyl puissance 10 en vue. (ici)

            « Les réserves souterraines sont au plus bas à la sortie de l’hiver, ce qui fait courir un grand risque de tension sur la ressource en eau dans les mois à venir en France ». Ça, c’est le constat du Bureau ad-hoc. En vue : pénurie d’eau dès cet été (ici)

            « En difficulté financière après des pertes records, EDF gèle ses embauches ». Vu qu’EDF est re-nationalisé, inutile de demander qui va éponger les pertes. (ici)

 

Arrêtons-là. Même pas besoin d’évoquer la montée des températures, la fonte de la banquise, la perte irrémédiable d’espèces animales : la dépression est à nos portes, avec des idées suicidaires et le désir de rester tout l’été comme ça, sans bouger, sans se lever, sans même se laver. Juste une petite fumette de temps à autre et basta !

- Mais enfin, cher ami, quel besoin avez-vous de chercher à savoir ce qui va arriver ? Pour y pallier - Mais on ne sait pas faire.  Pour vous préparer à subir stoïquement le malheur que la nature va vous infliger ? On dirait que ça ne vous tente pas.

Ce besoin de connaissance est bien un très grand malheur de l’espèce humaine. Venu du fond des âges avec l’évolution de notre cerveau, il a d’abord produit des progrès fantastiques grâce à des découvertes scientifiques qui ont permis à notre espèce de proliférer.

Mais voilà : nous sommes arrivés à l’os – je veux dire que de progrès en progrès notre science est arrivée à prévoir ce sur quoi elle n’avait plus aucune prise. Ne serions-nous pas plus heureux d’ignorer ce qui va nous arriver, à l’instar de nos gorets qui ne savent pas où va aller la bétaillère dans laquelle on les fait monter ?

lundi 20 mars 2023

Prions mes frères – Chronique du 21 mars

Bonjour-bonjour

 

À Perpignan samedi dernier, une procession a eu lieu pour faire tomber la pluie, une procession à la fois religieuse et politique.

 


Procession à Perpignan, dans la rivière Têt.

 

« Cette procession, renouait avec des pratiques qui remontent au XIe siècle, appelant le saint patron de la ville, Saint Gauderique, ce paysan né en 820 ayant, paraît-il, réalisé des miracles en matière de précipitation. S'ensuit un pataquès pour tenter de savoir s’il s’agit d’une démarche religieuse ou politique, l’un des organisateurs de la procession étant également conseiller municipal RN de la ville. » (Lire ici)

 

Venue du fond des âges cette pratique désespérée surprend à une époque où nous avons depuis longtemps délaissé la pensée magique pour ne compter que sur les forces mises à notre disposition par la science. Pourtant on le voit bien, les hommes n’abandonnent jamais quand un de leur désir est frustré : ils persistent à croire qu’ils peuvent obtenir ce qu’ils espèrent, simplement du fait de la force de leur désir.

Il est facile de voir en effet cette persistance à l'oeuvre aujourd'hui encore dans les sociétés. Comme on l’a lu dans l’article cité plus haut, le fait politique est présent dans le rite religieux, comme s’il était possible d’obtenir une cohésion sociale et un regain d’influence par de telles pratiques. 

--> On attribue à Durkheim le mérite d’avoir analysé le rôle des rites religieux : « Le rite agit, mais il n’agit pas comme il dit ». Certes la procession de saint Gauderique ne fait pas tomber la pluie, mais elle permet « de se tenir chaud en attendant les jours meilleurs, en attendant les jours de pluie. » (art. cité) et ce n’est pas rien.

L’important n’est pas tant de réussir à faire venir la pluie, mais d’apporter une réponse à des foules en attente de satisfaction. On s’étonnera : comment peut-on obtenir une plus grande influence si on ne donne pas ce qu’on avait promis ?

C’est vrai mais un coup d’œil sur l’actualité politique le montrera aisément : il y a tant de besoins insatisfaits, tant de rêves en suspens, qu’il est facile de changer de promesse dès lors que l’on a échoué à donner le contentement annoncé.

L’emploi pour tous ; la semaine de de quatre jours ; le cancer vaincu ; le soleil en été ; la pluie au printemps ; la neige en hiver ; le retour du climat « d’avant »…. Echec sur toute la ligne de l'action politique, mais pain béni pour les populistes.

Mais au fond, il est inutile de s’en désoler. Durkheim l’a dit : il s’agit de faire société et pour cela de répondre au besoin de cohésion sociale. Or, cette cohésion a besoin, quant à elle, de rêve et d’illusions incarnées. Après, la lucidité de la science n’est plus qu’une option et pas forcément la meilleure. 

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N.B. Le sujet de philo du bac de spécialité était : Le savoir nuit-il à la sensibilité ?

On pouvait peut-être évoquer saint Gauderique ?

mercredi 8 février 2023

Vous reprendrez bien encore un petit bout de savoir ? – Chronique du 9 février

Bonjour-bonjour

 

On annonce (ici) la publication du livre 14 du séminaire de Jacques Lacan : c’est l’occasion de revenir sur la lecture si aride mais toujours recherchée de ce psychanalyste.

Du temps de ma jeunesse estudiantine à la Sorbonne, dans les amphis de philo on pouvait rencontrer quelques étudiants qui étaient auréolés d’un privilège extraordinaire : ils étaient admis à suivre l’enseignement dispensé par Lacan dans son séminaire. Il faut dire qu’à l’époque (nous étions avant 1966, date à laquelle ont été publiés les « Écrits ») nous n’avions aucun écrit à lire, rien que des rumeurs pour suivre le cours de cette pensée considérée comme une alternative à la doxa marxiste.

- Mais aujourd’hui, combien y a-t-il en France de gens capables de retirer une pensée claire de la lecture de cette publication ?

 

Je lis ici : « A l'occasion de la parution du livre 14 du séminaire de Jacques Lacan, Aurélie Pfauwadel, maître de conférence au département psychanalyse de l'université Paris 8, nous explique comment comprendre Lacan sans être spécialiste. Aurélie Pfauwadel nous enjoint donc à ne pas reculer devant la difficulté apparente de la pensée lacanienne, d’une richesse foisonnante, afin d’en extraire des “bouts de savoir”. »

Oui, vous avez bien lu : estimez-vous heureux si vous retirez « des bouts de savoir » de cette lecture ardue…

Je trouve cette injonction à la fois courageuse et imprudente. 

            * Courageuse car, à lire Lacan, on se prend d’irritation : c’est un traité de psychanalyse réécrit par Mallarmé : abstrus et pourtant porteur d’une complexité qui invite à entrer dans ce dédale de concepts, les textes de Lacan sont des expéditions spéléologiques : n’oubliez pas d’emporter votre lumière avec vous, car les lieux sont ténébreux.



            * Mais imprudente également : car cette lumière additionnelle ne peut venir que d’un savoir déjà acquis et donc qui risque de dénaturer la pense du Maitre. C’est d’ailleurs une des raison du succès du lacanisme : pouvoir être réinterprété sans même qu’on s’en aperçoive.

Qui donc, déjà dans les années 60, aurait pu dire « Je ne suis pas d’accord avec Lacan ? » Car ç’aurait été être en désaccord avec soi-même.

vendredi 3 février 2023

En Asie du sud-est, les sapiens n’étaient pas seuls – Chronique du 4 février

Bonjour-bonjour

 

Jusqu’ici on imaginait notre ancêtre Homo Sapiens fonçant vers l’orient à travers une terre vierge, en lutte avec les tigres à dent de sabres et autres mammouths, mais dépourvus d’adversaires humains. Et voici qu’on admet à présent qu’après l’Europe et ses Néanderthaliens, arrivant en Asie du sud-est il a dû rencontrer d’autres hominidés, genre de dénisoviens, qui n’ont pas dû l’accueillir à bras ouverts. (Lire cet article)


Quelle rencontre ce dut être ! Cette image de nos ancêtres arrivant dans une clairière et voyant pour la première fois un campement de dénisoviens nous fascine ! Nous ne pouvons pas plus l'éradiquer que nous ne pouvons éviter de nous interroger : « Sommes-nous seuls dans l’Univers ? » et de sursauter au moindre signal radio un peu étrange venu de lointaines galaxies.

 

- Pourtant, scientifiquement parlant, ce que je viens d’écrire ne tient pas la route : tout ce que nous savons c’est que des restes de ces différentes variétés d’humains se trouvent dans le même espace et à une période sensiblement identique. Est-ce suffisant pour bâtir tout un roman là-dessus ?

Mais, même en contrôlant sévèrement notre imagination, il est difficile de faire abstraction de l’éventuelle rencontre des nouveaux arrivants avec les populations autochtones. 

Toutefois, s’ils les ont rencontrées, les ont-ils identifiées comme d’autres humains, évitant ainsi de les confondre avec une espèce quelconque de primates ?

Eh bien non seulement la rencontre a eu lieu, mais en plus les mâles ont bien su identifier les femelles pour copuler avec elles : la preuve en est que ces deux espèces se sont métissées au point qu’aujourd’hui encore des hommes portent des gènes venus de ces autres hommes.

- Il faut le dire : là, nous avons quand même un critère d’identification. Rappelez-vous les matelots de Christophe Colomb débarquant aux Bahamas et rencontrant les indigènes : ils se sont empressés de vérifier si ces femmes étaient fécondables.

On dira que notre soif d’altérité qui nous porte à sonder l’Univers à la recherche de signes de vie va bien au-delà du désir de s’accoupler avec des êtres exotiques

C’est vrai.

Quoique… 

samedi 7 janvier 2023

Une nature sans mystère – Chronique du 8 janvier

Bonjour-bonjour

 

Les physiciens sont des gens bizarres : quand leurs expériences donnent le résultat prévu, ils sont déçus. Comme si l’échec de leurs théories était un Graal espéré et jamais atteint.

- Ça a été le cas pour deux « anomalies » observées mais dissipées récemment suite à un réexamen des résultats (lire ici) : les théories classiques de la physique des particules ne sont toujours pas en défaut malgré les multiples expériences qui fouillent le cœur de la matière.

- Pourquoi cette déception ? Pourquoi ne pas se dire « Voilà : on a atteint le but de nos recherches, nous savons tout des lois les plus intimes de la matière. Il n’y a plus rien à chercher » ? 

Hé bien, les chercheurs sont des gens qui ont le désir obsessionnel de déchiffrer les énigmes – encore faut-il qu’il y en ait. Une nature sans mystère condamnerait leurs recherches au néant. 

Mais ils auraient tort de se désespérer : car si leurs théories marchent si bien, c’est grâce à une hypothèse que rien n’est venu corroborer jusqu’à présent : celle de l’existence de la matière noire, dont personne ne sait en quoi elle consiste, sinon 1° qu’à la différences des autres particules elle échappe à nos investigations ; et 2° qu’on ne peut absolument rien comprendre à nos mesures sans l’hypothèse de son existence. 

Oui : quelque chose « cloche » : mais quoi ? Pour le savoir les physiciens recherchent d’autres indices montrant que, quelque part ailleurs, quelque chose d’autre échapperait à notre physique actuelle.

 

- Certains jubileront au contraire devant ces échecs répétés : la nature n’a-t-elle pas des mystères, devant les quels notre intelligence doit capituler ? Certes, nous avons été très loin en maitrisant les secrets des particules grâce à la physique quantique et à ses phénomènes qui mettent à mal notre rationalité (tels que la superposition d’état ou l’intrication de particules). Mais il y avait encore des mesures à passer à la moulinette de nos équations. 

Et c’est ça qu’on recherche désespérément aujourd’hui.

mardi 4 octobre 2022

Intrigante intrication – Chronique du 5 octobre

 

Prix Nobel (2)

 

Bonjour-bonjour

 

Ils sont trois physiciens qui ont plus de 70 ans et qui viennent d’être récompensés du prix Nobel de physique pour leurs découvertes concernant l’intrication quantique, un mécanisme où deux particules quantiques sont parfaitement corrélées, quelle que soit la distance qui les sépare.

Devant l’indifférence de mes lecteurs associée à une moue signifiant que la physique quantique, de toute façon on n’y comprend rien et ce n’est même pas la peine de s’y essayer, je poursuis la lecture de la déclaration du jury Nobel : « /ce trio est récompensé/ pour ses expériences avec des photons intriqués, établissant les violations des inégalités de Bell et ouvrant une voie pionnière vers l’informatique quantique ». (Lu ici)

- Là je sens un frémissement parmi mes lecteurs : leur désaffection se mue en un sursaut d’intérêt : on parle de l’ordinateur quantique !


Tout doux les amis ! Je ne vais pas me lancer dans un exposé plein de poésie et d’ouverture sur des mondes inexplorés. Par contre, c’est l’occasion de souligner combien la science diffère des techniques qu’elle autorise – même quand les deux sont proches l’une de l’autre, comme c’est le cas avec cette branche de la physique. Car avec l’ordinateur quantique on touche aux propriétés concrètes de la machine : peu importe comment ça marche ; le fait que non seulement on n’y comprenne rien, mais qu’en plus il faille renoncer à la logique qu’on croyait universelle ne nous importe pas. Et pas plus le fait que la limite de la vitesse de la lumière y soit prise en défaut. 

- Seul compte le fait que l’information numérique soit décuplée par rapport à ce que supporte un ordinateur ordinaire et que sa vitesse d’exécution soit elle aussi démultipliée (1). Après tout nous ne nous soucions jamais de la façon dont fonctionnent nos machines, pas plus que le comportement de nos voitures - soumis au contrôles de plusieurs ordinateurs - qui nous indiffère tant que ça marche…

On dirait même qu’une loi nouvelle soit désormais recevable : 

« L’efficacité d’une machine est inversement proportionnelle à sa compréhensibilité »

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(1) Sur l’ordinateur quantique, voir ici