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mercredi 22 octobre 2025

Vous en aviez rêvé ; Cro-Magnon l’a fait – Chronique du 23 octobre

Bonjour-bonjour

 

En Chine, des archéologues ont découvert des milliers de fragments d'os humains, datant de 2500 à 3000 avant J.-C. Parmi eux, des crânes étaient visiblement découpés pour servir de coupes, d'autres fendus verticalement étaient transformés en masques, d'autres morceaux osseux étaient quant à eux façonnés en objets dont l'utilité reste encore à découvrir. (Lu ici)

 


 (Article cité)

Une cinquantaine d'ossements humains exhumés sur cinq sites de la région avaient été « travaillés » ainsi : sciés horizontalement afin de les transformer en récipients, ou découpés verticalement en forme de masques mortuaires, ou encore fendus, perforés, polis et même réduits en poudre à l'aide d'outils. En tout cas, il ne s'agirait pas d'actes de mutilation juste après la mort, mais d'une transformation opérée plus tard, après la décomposition naturelle des tissus.


Le plus intéressant vient en suite : « ces ossements appartiendraient à une civilisation néolithique parmi les plus sophistiquées d'Asie de l'Est, qui visiblement ne considérait pas ces restes humains comme sacrés, mais plutôt comme des matériaux ordinaires. » 

Ces civilisations nées avec les inégalités qui ont fait les maitres et les esclaves, ont exploité ces hommes, et puis ensuite ont utilisé aussi leurs restes, un peu comme l’âne qui, après sa mort, devient peau de tambour.

… Autrement dit : les crânes pouvaient très bien servir de bols pour déguster la soupe.

Bref : ces sapiens étaient visiblement en avance sur leur temps. Nous avons gardé avec Halloween la tradition des soupières bizarres…




vendredi 2 août 2024

Homo sapiens est-il indestructible ? – Chronique du 3 aout

Bonjour-bonjour

 

Être ou ne pas être ? 

Si les vacances sont une période où on n’a rien à faire, elles sont aussi l’occasion de méditer sur notre existence – déjà en tant qu’espèce. C’est ainsi qu’un article déniché sur le net (lire ici) nous interroge : des 18 espèces humaines qui se sont succédées au cours du temps, pourquoi Homo sapiens est-elle la seule encore présente ?

On y apprend que notre histoire évolutive a commencé il y a environ 6 millions d'années et a donné naissance à au moins 18 espèces, collectivement appelées hominidés. L’espèce actuelle baptisée « Homo sapiens » est la seule qui ait survécu : « Qu'est-ce qui lui a permis de perdurer alors que les autres espèces ont disparu ? » interroge l’auteur de l’article.

On connait la réponse : « La flexibilité et la coopération ont été des atouts cruciaux pour Homo sapiens. Nos stratégies sociales flexibles ont aidé notre espèce à persister là où d'autres ont échoué. Par ailleurs, des facteurs aléatoires et des événements naturels ont également joué un rôle dans notre survie.

C’est ainsi qu’Homo sapiens a survécu malgré des périodes de forte menace d'extinction. Une analyse génétique récente révèle un "goulot d'étranglement" il y a environ 900 000 ans, où la population globale a chuté à environ 1 300 individus. La survie future de notre espèce dépendra de notre capacité à rester flexibles et coopératifs face aux nouveaux défis. »

On oublie de le dire, mais il y a 900000 ans, point de sapiens à l’horizon. Ce qui a permis à notre espèce d’apparaitre est lié à cet « accident » qui a permis à 1300 "exemplaires" d’une espèce aujourd’hui disparue, de survivre le temps de se reproduire. Toutefois constatons-le : nous sommes tous frères, mais nos aïeux ne nous ressemblaient guère.

 

 


Encadrant le Sapiens, Néandertal à gauche et Australopithèque à droite


Mais surtout l’article évoque les aléas d’une histoire à l’échelle du million d’années. Les ancêtres du genre sapiens ont donc vécu sur des durées très importantes, de l’ordre du million d’années. Et on pose la question de leur extinction alors que leur durée d’existence est gigantesque comparée à la nôtre (= les sapiens) qui ne remonte qu’à 300000 ans. Pour s’étonner de notre survie, attendons encore 700000 ans et on verra. 

Pourtant cette évidence n’est pas vraiment mise en avant comme si notre survie était à l’abri des aléas évoqués plus tôt. La vérité, c’est que nous sommes assoiffés de puissance : il faut que notre espèce soit immortelle et qu’elle tienne cette immortalité de capacités hors du commun : nous survivons, c’est un fait, et notre survie résulte non pas de mutations génétiques aléatoires, mais de qualité sociales voire même morales. La guerre que les sociétés humaines se font à elles-mêmes serait-elle donc la seule raison pour laquelle nous pourrions disparaitre ?

=> Nous nous croyons si puissants que nous imaginons être les seuls à pouvoir nous effacer de la surface de la terre.

vendredi 15 mars 2024

L’anthropocène existe-t-elle ? – Chronique du 16 mars

Bonjour-bonjour

 

Ces jours-ci le magazine en ligne Reporterre s'est fait l’écho du débat des géologues sur l’existence de l’anthropocène : existe-t-elle et, si oui, à quoi la reconnaitre ? (Lire ici)

L’impact de nos activités sur la Terre est d’une telle intensité que cela entraîne des bouleversements d’ordre géologique, visibles jusque dans les sédiments. Nous détruisons des équilibres millénaires, justifiant notre sortie de l’Holocène, l’époque interglaciaire dans laquelle nous évoluons depuis près de 12 000 ans, pour entrer dans l’Anthropocène, « époque de l’être humain ».

Le problème est que la caractéristique de cette démarcation est fluctuante selon les chercheurs.

1) Les uns l’ont vu dans des marqueurs tels que plastiques, perte de biodiversité, carbone issu des énergies fossiles. " En 2023, le lac Crawford, au Canada, avait été désigné comme site de référence pour trouver dans les sédiments ce marqueur parce qu’il renferme tous les indices du tournant de la « grande accélération » des années 1950. " (article cité)

Mais sommes-nous bien sûr d’avoir désigné les caractéristiques des l’activités humaines marquantes ? 

Certains chercheurs ont souligné que le bouleversement de la Terre par l’humanité remontait à bien plus longtemps

2) On pourrait ainsi remonter au début de l’ère industrielle, lorsque les émissions de carbone ont commencé à modifier le climat, ou bien à la colonisation de l’Amérique et de l’Australie par l’Occident, source de bouleversements écosystémiques majeurs. 

3) Et pourquoi pas même remonter jusqu’à l’invention de l’agriculture et de l’élevage, déjà source d’émissions de gaz à effet de serre et de modifications profondes de l’environnement ?

 

Pour ma part je crois que le malheur défini par l’anthropocène c’est l’existence de l’homo sapiens. Tant que nous avons été des singes tout justes descendus de l’arbre, nous avions notre place en harmonie avec les autres espèces et avec l’environnement naturel. Mais dès que nous avons, suite à différentes mutations, été capables de prendre le dessus par rapport à la nature, nous l’avons impitoyablement détruite et le cas des espèces animales disparues suite à la colonisation de l’Australie par les humains est bien connu des spécialistes.  

Leroi-Gourhan disait que sans le progrès apporté par les cultures humaines ça ferait longtemps que le dernier homme aurait disparu après avoir mangé le dernier rat cuit avec la dernière poignée d’herbe.

On a fait un vaste détour mais nous y revoilà.

mercredi 20 septembre 2023

L’homme de Heidelberg refait parler de lui – Chronique du 21 septembre

Bonjour-bonjour

 

La presse de ce jour apporte cette nouvelle : « Afrique : découverte d’une structure en bois vieille d’un demi-million d’années. Le Pr Barham n'exclut pas d'avoir affaire à Homo heidelbergensis, une espèce éteinte qui a vécu entre environ 700 000 et 220 000 ans avant notre ère. » Nouvelle qui vient redoubler l’information (discutée ici) selon laquelle ce lointain ancêtre aurait été le survivant d’une extinction de masse il y a plus de 1000000 ans – Voir ici.

 


Le professeur Barham poursuit : « Nos premiers ancêtres ont utilisé leur intelligence pour transformer leur environnement et se faciliter la vie, ne serait-ce qu'en fabriquant une plateforme pour s'asseoir en bord de rivière ».

Mais la recherche de confort n’explique pas comment une telle construction a été possible. Car pour fabriquer une telle chose, il fallait en plus disposer d’une faculté d’abstraction permettant de construire «quelque chose qu'ils n'avaient jamais vu auparavant » : car contrairement à la taille d'un bâton, facilement observable et imitable, la création de deux pièces en vue de leur assemblage montre des facultés d'abstraction. 

D’où la déduction qui suit : « Le fait qu'ils aient pu travailler le bois à grande échelle suppose des capacités cognitives comme la planification, la visualisation du produit fini avant sa conception, le déplacement des objets mentalement dans l'espace », observe la préhistorienne Sophie Archambault.

Remontant dans notre propre passé nous songeons immanquablement à Bergson pour qui l’homo faber a précédé l’homo sapiens. « L'intelligence, envisagée dans ce qui en paraît être la démarche originelle, est la faculté de fabriquer des objets artificiels, en particulier des outils à faire des outils, et d'en varier indéfiniment la fabrication. » Bergson – L’évolution créatrice


Toutefois, si l’on accepte cette déduction alors on pose, immanquablement la question de la possession de langage. C’est du moins la thèse d’André Leroi-Gourhan (1) pour qui la conceptualisation (car c’est bien de cela qu’il s’agit ici) nécessite la possession des signes susceptibles d’être définis et articulés entre eux. Le « protolangage » attribué à l’homo erectus pourrait-il assumer une telle fonction ? 

Ça, c’est une autre (pré)histoire….

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(1) André Leroi-Gourhan – Le geste et la parole (1964)

vendredi 3 février 2023

En Asie du sud-est, les sapiens n’étaient pas seuls – Chronique du 4 février

Bonjour-bonjour

 

Jusqu’ici on imaginait notre ancêtre Homo Sapiens fonçant vers l’orient à travers une terre vierge, en lutte avec les tigres à dent de sabres et autres mammouths, mais dépourvus d’adversaires humains. Et voici qu’on admet à présent qu’après l’Europe et ses Néanderthaliens, arrivant en Asie du sud-est il a dû rencontrer d’autres hominidés, genre de dénisoviens, qui n’ont pas dû l’accueillir à bras ouverts. (Lire cet article)


Quelle rencontre ce dut être ! Cette image de nos ancêtres arrivant dans une clairière et voyant pour la première fois un campement de dénisoviens nous fascine ! Nous ne pouvons pas plus l'éradiquer que nous ne pouvons éviter de nous interroger : « Sommes-nous seuls dans l’Univers ? » et de sursauter au moindre signal radio un peu étrange venu de lointaines galaxies.

 

- Pourtant, scientifiquement parlant, ce que je viens d’écrire ne tient pas la route : tout ce que nous savons c’est que des restes de ces différentes variétés d’humains se trouvent dans le même espace et à une période sensiblement identique. Est-ce suffisant pour bâtir tout un roman là-dessus ?

Mais, même en contrôlant sévèrement notre imagination, il est difficile de faire abstraction de l’éventuelle rencontre des nouveaux arrivants avec les populations autochtones. 

Toutefois, s’ils les ont rencontrées, les ont-ils identifiées comme d’autres humains, évitant ainsi de les confondre avec une espèce quelconque de primates ?

Eh bien non seulement la rencontre a eu lieu, mais en plus les mâles ont bien su identifier les femelles pour copuler avec elles : la preuve en est que ces deux espèces se sont métissées au point qu’aujourd’hui encore des hommes portent des gènes venus de ces autres hommes.

- Il faut le dire : là, nous avons quand même un critère d’identification. Rappelez-vous les matelots de Christophe Colomb débarquant aux Bahamas et rencontrant les indigènes : ils se sont empressés de vérifier si ces femmes étaient fécondables.

On dira que notre soif d’altérité qui nous porte à sonder l’Univers à la recherche de signes de vie va bien au-delà du désir de s’accoupler avec des êtres exotiques

C’est vrai.

Quoique… 

jeudi 29 septembre 2022

Et si Néandertal avait gagné ? – Chronique du 30 septembre

Bonjour-bonjour

 

Nous sondons le passé pour comprendre le présent : ainsi de la réussite d’Homo sapiens en concurrence avec Homo néandertalensis. Si nous comprenions grâce à quelle faculté nos ancêtres ont réussi à s’imposer là où l’espèce Neandertal triomphait depuis des centaines de milliers d’années, alors nous saurions peut-être mieux à quelle faculté nous confier pour réussir face aux dangers de l’avenir.

 


Voyez cette photo : à gauche Sapiens ; à droite Neandertal. Vu comme ça, il n’y a pas beaucoup de différences, sauf pour la forme du crane : front bombé pour l’un, crâne tiré en chignon pour l’autre. C’est peu et c’est beaucoup, car avec son front bulbeux le sapiens a eu la possibilité de loger dans l’espace frontal d’avantage de neurones que son cousin : « La production de neurones dans le néocortex au cours du développement fœtal est plus importante chez l'homme moderne qu'elle ne l'était chez l'homme de Neandertal, en particulier dans le lobe frontal », résume Wieland Huttner dans ce récent article. « Il est tentant de supposer que cela a favorisé les capacités cognitives humaines modernes associées au lobe frontal. » 

Bref, ce qui est la marque de l’homme moderne, ce sont ses capacité cognitives car ce sont elles qui lui ont permis de dominer la réalité – non seulement en la comparant au passé, mais encore en évaluant son évolution grâce à des projections sur l’avenir. Et pour cela il a suffi d’une toute petite mutation de rien du tout, qui a facilité la prolifération des neurones (cf. art. cité).

 

- La cause est entendue : ce sont nos facultés cognitives qui seules peuvent nous sauver des dangers du monde, à commencer par les changements climatiques induits par… les productions de notre intelligence.


L'intelligence serait donc capable du pire comme du meilleur ? Voilà le doute qui s'installe : faut-il se réjouir ou se désoler du triomphe de Sapiens ? Où en serions-nous si c’était Néandertal qui s’était imposé ? Lui qui devait gérer sa vie uniquement avec ses émotions (1) et les traditions qui les canalisaient, n’aurait-il pas su mieux que nous préserver les ressources de la planète ? Les humains seraient peut-être moins nombreux aujourd’hui, mais justement n’est-ce pas cela que la Nature nous impose avec violence à présent ? À quoi bon cette anticipation rationnelle si c’est pour se désoler du résultat ? 

Dans ce cas, le philosophe du jour c’est Rousseau – celui du Discours sur les sciences et les arts.

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(1) Sur la production des émotions dans le cerveau moderne, voir ceci

mardi 26 avril 2022

Moi Sapiens, toi Florensis – Chronique du 27 avril

Bonjour-bonjour

 

Après l’Abominable homme des neiges, voici le Petit homme de Florès qui nous promet la rencontre avec une humanité non-sapiens. C’est du moins la sensation que nous promet la publication prochaine d’un livre de Gregory Forth. Car, pour lui, les Hommes de Florès pourraient être encore vivants.

« Surnommé « Hobbit », cet hominidé mesurant environ 1 mètre et pesant entre 12 et 26 kg, aurait vécu entre -100 000 et -60 000 ans avant notre ère sur l’île de Florès, en Indonésie. L’espèce, que l’on croyait éteinte, pourrait bien encore être présente, selon l’anthropologue canadien Gregory Forth. Il publie un livre pour étayer cette hypothèse, disant qu’Homo floresiensis aurait été observé par la population locale, témoignages à l’appui. » (Lire ici)

o-o-o

Supposez qu’au détour du chemin (dans la jungle quand même) vous rencontriez cet étrange créature : 

 


Comment saurez-vous qu’il s’agit d’un être humain ou d’un animal ?

Vous pourriez lui serrer la main puisqu’il doit bien en avoir une ? Ou bien lui offrir un chewing-gum, histoire de lui montrer les avantages de la civilisation ? Ou encore, vous rappelant du film « Tarzan et sa compagne » (1934) entamer la conversation avec lui :

- Moi Jean Dupont – Toi Florensis.

Il se peut que l’étrange créature ne réagisse pas, mais aussi que le petit homme, comme Tarzan en 1934 répète « Moi Jean Dupont... ». Auquel cas comme Jane vous corrigerez en répétant avec les gestes appropriés : « Non. Moi Jean Dupont et Toi, Florensis ... » en espérant que tout comme Tarzan il comprenne en rectifiant « Moi Florensis »

Au quel cas, vous pourrez lui serrer la main en le félicitant « Bienvenue dans le genre humain » car c’est en effet une preuve de l’appartenance au genre humain que de comprendre la réversibilité du sujet parlant.

Lévi-Strauss l’expliquait en effet (dans Les entretiens avec Georges Charbonnier) que si nous rencontrions un petit homme vert (c’était l’époque) nous saurions qu’il appartient au genre humain s’il possède un langage traductible dans le nôtre – et qui dit langage dit également la réciprocité du pôle-sujet.

Les témoins oculaires de l’existence de cet être n’ont pas tenté de nouer le dialogue avec lui : dommage. Peut-être aurions-nous alors découvert que nous ne sommes pas seuls sur terre : sans chercher des extra-terrestres, la jungle indonésienne pourrait-elle nous révéler la présence d’un alter-ego ?

lundi 18 avril 2022

Éloge des Bisounours – Chronique du 19 avril

Bonjour-bonjour

 

Vous imaginiez peut-être que dans ce monde de brutes ce sont les plus cruels qui survivent ? Les violeurs de femmes qui se reproduisent ? Les tyrans qui dominent la vie des sociétés ?

Erreur ! Si, de toutes les espèces humaines qui étaient en concurrence, les Neandertal, les Erectus, les heidelbergensis, c’est le sapiens qui a survécu – c'est parce qu’il était le plus aimable ! Oui, vous avez bien lu - et encore ce n’est rien. Car les paléoanthropologues sont formels : « ce sont nos fragilités et notre nature émotive qui nous ont conféré l’avantage : “Notre besoin affectif nous a poussés à entrer en contact avec les autres.” Et plus nous avons étendu notre réseau, plus nous sommes devenus résistants, ce qui nous a permis de prospérer dans bien des environnements différents. » (lu ici)

Les armes de l’Homo sapiens ne furent donc ni sa force, ni sa cruauté, ni la violence, mais les émotions et l’empathie, associées à sa chétive nature qui l'exposait à mourir faute d’être assez fort pour lutter contre les animaux et les cataclysmes. Car ce sont ces caractéristiques qui l’ont porté à former des groupes solidaires dans la défense et dans l’attaque, lui permettant de dominer ses concurrents et de s’adapter à des environnements hostiles.

Ce qui est original avec ces nouvelles hypothèses, c’est qu’on ne fait pas du triomphe du Sapiens le résultat de performances qui aujourd’hui constituent les moyens de sa domination : ce n'est ni la puissance de son cerveau, ni sa faculté à symboliser et à accéder au langage, qui lui ont permis de se développer et d’éradiquer d’autres espèces humaines mieux implantées que lui dans leur milieu.... Mais plutôt l’effet de données affectives, de ses sentiments et de son émotivité.

- Alors voyez-vous, si vous êtes un peu ramollo du biceps, prêts à chouiner et à chercher un câlinou avant d’affronter le monde et ses brutalité, rassurez-vous : c’est vous qui êtes dans la lignée évolutive.


Heu... Ajoutons quand même que, pour être bien dans la lignée de l’homo sapiens, le fait de pratiquer les réseaux sociaux est essentiel. Car c’est TikTok et Instagram qui sont les bifaces et les sagaies d’aujourd’hui.

jeudi 14 avril 2022

Élémentaire, mon cher Watson ! – Chronique du 15 avril

Bonjour-bonjour

 

Une tendance de fond sévit depuis quelques années chez les archéologues : celle qui consiste à romancer des scénarios de la vie des hommes préhistoriques, celle des premiers sapiens (voire des néanderthaliens) jusqu’aux éleveurs agriculteurs du néolithique. Ainsi peut-on apprendre comment s’est organisée la société du temps de Neandertal, comment il s’est « accouplé » avec des sapiens, et aussi comment se passaient les relations entre les hommes et les bêtes.  

Dans ce domaine, le « pompon » revient à ce compte rendu d’une découverte de traces fossilisées dans le sol il y a 10000 ans au Nouveau-Mexique.

Il s’agit d’abord de relevés de traces de pieds objectivement décrites :

            - il s’agit de petits pieds faisant des enjambées au rythme d’1,70 mètres par secondes, plus rapide donc qu’une marche classique

            - Cette piste est un aller-retour en ligne droite

            - L’incurvation du pied droit et la forme irrégulières des empreintes, à plusieurs reprises, témoignent de l’impraticabilité du terrain emprunté

            - L’empreinte suggère également que la personne en question portait un poids sur son flanc droit à l’aller – mais non au retour.

            - Des petites empreintes de pieds apparaissent de façon intermittentes également à l’aller et non au retour. 

o-o-o

Que s’est-il passé ? Qu’en pensez-vous mon cher Holmes ?

« Élémentaire mon cher Watson ! Il s’agit d’une femme qui porte sur son flanc droit un enfant – probablement âgé de 3 ans à peine. Elle se presse, glisse dans la boue, déséquilibrée par le poids de l’enfant, qu’elle dépose de temps à autre pour souffler un peu. La situation est urgente : avait-elle conscience d’un risque imminent dans cet environnement hostile où évoluaient des tigres à dents de sabre et des lions des cavernes ? Ou s’agissait-il d’une mission importante, peut-être pour livrer l’enfant ? Dans tous les cas, les traces de l’enfant sont absentes sur la piste du retour, vers le sud. La femme est seule et revient sur ses pas avec un rythme toujours aussi soutenu. »


- Vous croyez peut-être que je blague ? Lisez plutôt l'article référencé plus haut, rédigé par d’éminents chercheurs tels que Matthew R. Bennett, professeur de sciences de l'environnement et géographiques à l'Université de Bournemouth, et son équipe d’archéologues lors de la mise au jour de cette piste exceptionnelle, dans le parc national des White Sands au Nouveau-Mexique.

Il faut donc lire Connan Doyle avant de se lancer dans les études archéologiques.

lundi 3 janvier 2022

Réveiller l’homo sapiens qui dort en vous – Chronique du 4 janvier

Bonjour-bonjour

 

Un récent ouvrage (1) récapitule les connaissances acquises concernant le développement de l’espèce sapiens durant des centaines de milliers d’années de migrations et d’installation sur des sites permanents. S’écrit ainsi la préhistoire de l’espèce humaine qui a abouti à ce que nous sommes ; elle est faite des traces qui attestent son originalité : grâce à elles nous assistons « au développement d’une espèce qui imagine, qui interagit de manière différente avec son environnement, qui s’interroge sur la nature environnante, sur ses régularités : les saisons, les marées, les cycles lunaires, les rythmes annuels de plantes. » (Lire ici)

Les auteurs de ce livre passionnant le rappellent au cas où nous l’aurions oublié : « L’homme est un être de culture. Les objets de la préhistoire nous dévoilent qu’il y a eu très tôt une expression artistique et une intelligence symbolique » Dès que de tels artéfacts sont découverts, alors on est sûr qu’ils ont été façonnés par des sapiens-sapiens – et rien que par eux. 

 

- Et nous, que faisons-nous pour confirmer que nous aussi nous appartenons bien à cette espèce pétrie de spiritualité, d’intelligence et compétences cognitives ? Oh, bien sûr il ne s’agit pas de savoir si ces capacités sont ou non présentes dans les inventions modernes : une console Nintendo, un smartphone, une montre connectée – tout cela atteste du haut niveau de nos ingénieurs ; mais je voudrais aussi penser à ce que nous faisons de ces inventions que notre espèce se glorifie d’avoir inventé : en quoi tout cela nous permet-il de valoriser l’art et les sciences, ces acquis de l’espèce humaine qui nous relient à nos plus lointaines origines ?


- Quand nous nous en remettons à nos émotions pour dire ce qui est bon et ce qui est mauvais ; ce qui est juste et ce qui est injuste ; ce qui est vrai et ce qui est faux – nous comporterons-nous en sapiens-sapiens ?

« Pour être tout à fait homme, il faut être un peu plus et un peu moins qu'homme » disait Maurice Merleau-Ponty. Tâchons de ne pas être seulement « un peu moins ».

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(1) Le Grand Atlas de Telmo Pievani et de David Zeitoun (ed. Glénat)

vendredi 18 décembre 2020

Pourquoi Homo sapiens a-t-il remplacé Neandertal ? – Chronique du 19 décembre

Bonjour-bonjour


 Je me doute que cette question vous ne vous la posez pas le matin en vous levant. Ni même plus tard en vous rasant…

On nous dit que nous autres sapiens nous n’aurions, à cette lointaine époque, pas du tout été des massacreurs de race inférieure. Que c’est par l’amour et non par la guerre que ces gens auraient disparu. Que cette extinction s’expliquerait par le métissage plus que par la violence. En effet, comme les néanderthaliens étaient à l’époque très peu nombreux et dispersés sur un territoire immense, ils auraient eu des difficulté d’accouplement vu le faible nombre de partenaire possibles ; et que les sapiens, plus nombreux et sans doute mieux organisés en clans ou en tribus se seraient reproduits plus facilement. Alors on peut supposer que les malheureux néanderthaliens sautaient sur tout ce qui passait de copulable, y compris les sapiens présents dans leur secteur, engendrant des rejetons qui au cours des générations ont peu à peu peu leur caractères originels.

Bien sûr nous présumons que ça marchait dans les sens néanderthal-sapiens et non l’inverse. Mais après tout qu’en savons-nous ? Pourquoi l’esthétique de l’époque aurait-elle été opposée à l’aspect physique des néanderthals – même avec leur crâne en forme de ballon de rugby et leur visière suborbitale ? Regardez la femme que nos ancêtre sapiens ont statufiée :

 


La Vénus de Willendorf, - 25000 ans. À voir en 3D, ici

 

Certains diront que nous avons toujours des femmes comme celles-là, mais que tant qu’à faire de sculpter une statuette féminine on choisira un modèle plus glamour – à moins d’être adepte des rondeurs féministe – ou artiste comme Niki de Saint Phalle)


Mais ces étonnements portent la preuve de l’erreur que nous commettons à juger du passé en fonction du présent, comme ici de croire que la sexualité serait dominée par le désir érotique. En fait ces statuettes aux attributs féminins hypertrophiés sont probablement liées à des cultes de la fécondité célébrée à travers les organes qui la favorisent. Si la préoccupation dominante de l'époque était elle-là, alors nous imaginerons facilement que, quand un monsieur Néanderthal voyait passer une madame Sapiens il ne se disait pas « Qu’est-ce qu’elle est b*** celle-là ! » mais plutôt « En voilà une à qui je vais pouvoir faire un rejeton histoire de dupliquer mes gènes » 

Car c’est là la difficulté que les hommes comme les femmes de Néanderthal ont rencontrée : comment se reproduire ? On voit bien que même les communautés humaines actuelles sont dans cette problématique : en cas de sous-population, les hommes qui ont pour eux la force et la violence vont enlever des femmes des villages à côté pour leur faire des enfants – qui vont perpétuer leurs gènes. Là est la loi des espèces – de toutes les espèces.

vendredi 20 décembre 2019

On sait désormais quand les derniers Homo erectus ont disparu

On a désormais des Homo sapiens à 200 000 ans en Afrique, mais aussi des Néandertaliens et des Denisoviens ainsi que des Homo erectus jusqu’à 100 000 ans en Eurasie. Tous ces groupes ont donc vécu de façon contemporaine dans des aires géographiques différentes.» Des espèces auxquelles il faut rajouter Homo floresiensis, le tout petit homme de l’île de Florès, et Homo luzonensis, découverts il y a peu aux Philippines. Des descendants insulaires eux aussi contemporains des derniers Homo erectus ? (Lire ici)

- Rappelons-nous la chanson de Serge Reggiani, l’Homme fossile : « Les scientifiques voulant me baptiser de par un nom latin m’ont appelé « pithécanthropus erectus » - Erectus ça m’va bien, moi qu’étais chaud lapin ! ». C’était en 1968 et le pithécanthrope était alors un lointain ancêtre de l’humanité, presque un mythe. Or voilà qu’à présent on se le représente comme contemporain de notre Grand-Papa Sapiens, séparé de lui par quelques milliers de kilomètres, et c’est tout juste s’il n’a pas lutiné notre Grand-Maman Sapiens au détour d’un bosquet. Imaginez un peu, si c’était arrivé on se trimbalerait peut-être des gènes d’un type qui ressemble à ça :

Ça fait froid dans le dos, n’est-ce pas ?
Mais ça, c’est un peu raciste vous ne croyez pas ? Bonjour les préjugés ! Remarquez quand même que ces gens-là ont survécu pendant un million et demi d’années aux pires conditions climatiques, aux maladies, aux fauves géants qui existaient alors. Et que, si ça se trouve, c’est notre espèce Sapiens-sapiens qui lui a fait la peau.

Qu’est-ce que vous en concluez ? Vous, je ne sais pas, mais moi je vois ça avec beaucoup d’inquiétude. Car si l’Erectus a survécu si longtemps, notre espèce devrait en faire au moins autant, et alors adieu la planète ! Ce que nous avons réussi à faire en quelques milliers d’années en matière de saccage du milieu naturel, avec le progrès on devrait l’achever en moins d’un siècle. Alors imaginez un peu ce qu’on pourrait réaliser si on avait encore un million d’années devant nous ?