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lundi 31 août 2026

Les jardins ça sert à rien – Chronique du 1er septembre

Bonjour-bonjour

 

Je reçois d’une amie ce courrier : « Les jardins c'est embêtant ..., les oiseaux qui s'égosillent le matin, les tomates, les radis, les salades, les poireaux, les abeilles sur les fleurs, le jardinier qui jardine, retourne la terre, plante des pommes de terre pour nourrir sa famille grâce à la Mairie qui lui a donné ce petit lopin qu'il a attendu si longtemps, il a coché toutes les cases du formulaire mais il lui a fallu être patient. Et maintenant il bêche, récolte au milieu des rires de ses enfants qui se croient à la campagne dans ce petit coin de ville. »

Bon, me dis-je : voilà que les jardins deviennent un petit morceau de campagne oubliés au cœur des villes et qui vont disparaitre – chacun chez soi, madame : votre jardin, il ne va pas dans le sens de l’histoire.

 

Et en effet, lisons la suite : « …on va passer le bull, ratiboiser tout cela, les lilas, les tournesols, le petit chemin qui fait rêver. Tout cela va être bien plat, bien propre, bien climatisé en prévision des canicules annoncées. » Oui, c’est ça : ce petit jardin va disparaitre englouti par l’appétit des promoteurs. Car on annonce la construction d'un ensemble immobilier appelé justement "Garden Park" - On ne saurait mieux dire.


- C’est bien triste en effet, mais la nouvelle n’est pas si nouvelle : déjà en 1972 Jacques Dutronc chantait l’histoire d’un petit jardin parisien menacé de disparaitre sous les assauts des promoteurs immobiliers (on retrouvera cette chanson ici) Seulement voilà : c’était l’époque où Pompidou clamait qu’il fallait « adapter la ville à l’automobile », où les voies rapides plongeaient au cœur de la cité, pendant que les HLM remplaçaient les petits pavillons… Bref : on en était à la résignation et déjà à la nostalgie.

Sauf que là, ce n’est pas pareil. Les petits jardins sont des parcelles vertes là où on s’efforce aujourd’hui de redonner un peu d’air aux villes confinées. Alphonse Allais n’avait donc pas tort en parlant des villes qu’il faudrait « construire à la campagne parce que l’air y est plus pur » ?

Et puis les citoyens ont vu déjà disparaitre tant de nature artificialisée par les parkings de supermarchés… Aujourd’hui ils ne se laisseront pas faire. Autrefois ces mouvement passaient pour des soubresauts de Bisounours naïfs. 

Mais attention ! Aujourd’hui les Bisounours sont en colère.




mardi 10 septembre 2024

Nietzsche et les Bisounours – Chronique du 11 septembre

Bonjour-bonjour

 

Comment allez-vous mes Chouchous ? Je vous trouve un peu chiffon ce matin. Vous trouvez que le monde est gris et que les méchants sont partout autour de vous, surtout quand vous écoutez les infos ?

Et alors, scrollant sur votre smartphone vous tombez sur un site plein de Bisounours qui vous invitent à voir partout le bon, le beau et le bien (pour parler comme Platon)

 


Et en effet, si les philosophes se sont éclipsés de la pensée courante, restent les influenceurs qui nous expliquent l’essentiel : « Dans le monde des Bisounours il y a un méchant qui souffre et veut répandre la souffrance. Il s’appelle Cœur-dur. Il a donc un cœur mais ne veut pas s’en servir. Alors il souffre et répand sa souffrance autour de lui. Et les bisounours l’en empêchent. Ils lui envoient de l’amour alors qu’il n’en veut pas. » (Lu ici)

 


C'est ici également que vous y lirez le détail de la vie et de l’action des Bisounours, mais retenez la leçon essentielle de cet article : la méchanceté des autres n’est autre que notre perception de la souffrance qui, régnant sur nous, nous déchire et engendre alors au sein de notre cœur le cynisme et le goût de faire mal.
C’est cela qu’on devrait désigner par « la banalité du mal » pour signifier que le mal est ordinaire.

 

- Notre influenceuse est donc là pour nous expliquer l'essentiel : notre souffrance et les vices du monde que nous percevons sont en réalité le reflet de ce que nous éprouvons. C’est cela la réalité, et non cette croyance que, si nous souffrons, c’est parce que ce monde est mauvais : « il faut bien qu’il y ait des méchants pour que je souffre ». Cette révélation d’un mécanisme qui projette à l’extérieur ce qui vient de l’intérieur n’est pas la révélation d'une illusion chargée de rendre la réalité supportable, comme le dit Nietzsche; c'est le dévoilement d'un processus délétère qui ne fait que redoubler notre angoisse.

- Et c'est donc pour porter cette volonté du Bien qu'on a inventé les Bisounours avec leur petit cœur dessiné sur le ventre, pour nous rappeler ce qui doit nous importer.

 

Attention ! Notre influenceuse nous met en garde  à l’égard du contre-sens. Bien sûr la souffrance est réelle et ce serait faire preuve d’un « positivisme toxique » (lire ici et note infra) que de croire qu’elle n’est qu’illusion et que la volonté suffirait à la dissiper - on serait alors dans le déni. Pour notre influenceuse ce qui se cache dans le réel, ce n’est pas cela, c’est le divin, c’est ce que nous révèle l’amour du divin.

On a donc enfin la vérité sur les Bisounours : ce sont des messagers du divin, c’est cela que signifie le cœur dessiné sur leur petit ventre.

Laissez donc l’amour de dieu vous envahir, et les Bisounours vous indiqueront la Voie à suivre.

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(1) " Le positivisme toxique c’est se forcer à être heureuse à chaque seconde, c’est faire semblant que tout va bien. En utilisant la pensée positive pour forcer un changement intérieur, il y a abus de pouvoir sur soi. C’est aussi s’interdire de ressentir de la douleur, de la peur, de la colère, des pensées agressives envers soi et les autres. C’est s’empêcher d’être traversée par ce qui est vrai dans l’instant présent. Cela crée selon moi plus de douleur et de frustration puisqu’on est dans le contrôle totale de soi et de son ressenti." (article cité)

lundi 18 avril 2022

Éloge des Bisounours – Chronique du 19 avril

Bonjour-bonjour

 

Vous imaginiez peut-être que dans ce monde de brutes ce sont les plus cruels qui survivent ? Les violeurs de femmes qui se reproduisent ? Les tyrans qui dominent la vie des sociétés ?

Erreur ! Si, de toutes les espèces humaines qui étaient en concurrence, les Neandertal, les Erectus, les heidelbergensis, c’est le sapiens qui a survécu – c'est parce qu’il était le plus aimable ! Oui, vous avez bien lu - et encore ce n’est rien. Car les paléoanthropologues sont formels : « ce sont nos fragilités et notre nature émotive qui nous ont conféré l’avantage : “Notre besoin affectif nous a poussés à entrer en contact avec les autres.” Et plus nous avons étendu notre réseau, plus nous sommes devenus résistants, ce qui nous a permis de prospérer dans bien des environnements différents. » (lu ici)

Les armes de l’Homo sapiens ne furent donc ni sa force, ni sa cruauté, ni la violence, mais les émotions et l’empathie, associées à sa chétive nature qui l'exposait à mourir faute d’être assez fort pour lutter contre les animaux et les cataclysmes. Car ce sont ces caractéristiques qui l’ont porté à former des groupes solidaires dans la défense et dans l’attaque, lui permettant de dominer ses concurrents et de s’adapter à des environnements hostiles.

Ce qui est original avec ces nouvelles hypothèses, c’est qu’on ne fait pas du triomphe du Sapiens le résultat de performances qui aujourd’hui constituent les moyens de sa domination : ce n'est ni la puissance de son cerveau, ni sa faculté à symboliser et à accéder au langage, qui lui ont permis de se développer et d’éradiquer d’autres espèces humaines mieux implantées que lui dans leur milieu.... Mais plutôt l’effet de données affectives, de ses sentiments et de son émotivité.

- Alors voyez-vous, si vous êtes un peu ramollo du biceps, prêts à chouiner et à chercher un câlinou avant d’affronter le monde et ses brutalité, rassurez-vous : c’est vous qui êtes dans la lignée évolutive.


Heu... Ajoutons quand même que, pour être bien dans la lignée de l’homo sapiens, le fait de pratiquer les réseaux sociaux est essentiel. Car c’est TikTok et Instagram qui sont les bifaces et les sagaies d’aujourd’hui.

dimanche 14 juin 2020

Après la guerre mondiale, la paix mondiale ? – Chronique du 15 juin

Bonjour-bonjour

 

Hier, on voyait la mondialisation comme étant un effet du capitalisme, triple débauche de concentration, de profits financiers, de  consommation et de pillage de la planète. Même du temps de la Bible les péchés cumulés des habitants de Sodome et Gomorrhe n’en faisaient pas autant.

 

Mais ça, c’était hier. Que constatons-nous aujourd’hui, suite à la pandémie (qui n’est d’ailleurs toujours pas terminée) ?

- D’abord que tous les habitants, de tous pays du monde, sont affectés de la même manière, avec les mêmes symptômes et les mêmes conséquences physiologiques. Il y a peu, je disais ici même qu’il fallait être attentifs aux différences de réaction d’un pays à l’autre – certes, mais cela ne signifiait pas qu’il n’y ait pas des convergences tout aussi révélatrices. L’espèce humaine est homogène, et ce qui affecte les hommes ici les affectera également là. Politiquement parlant cela veut dire qu’on ne peut justifier des inégalités par une différence de constitution. Il y a donc une exigence de justice qui est partout la même et dont les revendications universelles se nomment nourriture et sécurité.

-  Et il y a aussi une mondialisation à laquelle nous n’étions pas très attentifs qui est l’enchainement des causes et des effets d’un bout à l’autre du monde. La misère des uns associée à l’appât du gain des autres a entrainé un regroupement des spécialités (si l’on peut dire !) : d’un côté les producteurs, de l’autre les consommateurs. C’est ainsi que nous avons vu la maladie entrainer le reflux de la consommation d’un côté et la misère dans les pays producteurs de l’autre. Les quels ne pouvant secourir les peuples laissaient le champ libre à la maladie. Qui nous dira le nombre de morts aux Indes ? 

 

--> Du coup, si le monde entier est parcouru par des forces qui unissent les peuples et produisent une humanité solidarisée par la souffrance, pourquoi n’aurions-nous pas une union des gouvernements pour éradiquer ces phénomènes ? Oui, mais : pourquoi le ferions-nous ? Ceux qui y croient ne sont-ils pas des naïfs ridicules ?


Quoique… Notre époque, friande d’efficacité et de rationalité, pourrait estimer qu’un gouvernement mondial seul pourrait affronter la pandémie et l’éradiquer. 

Il y a certes une mode des dystopies, comme 1984 le roman de Georges Orwell, où l’on voit 3 blocs s’affronter dans une guerre interminable ; nous sommes ainsi invités à renoncer à un effort de mondialisation de la paix : l’ONU seule institution destinée à prendre des décisions allant dans ce sens, nous parait incapable de faire face à la pandémie.

Mais si la guerre fragmente ainsi le monde (et comment se faire la guerre sans cela ?) pourquoi la paix pourrait-elle pas l’unir ?

Croire en cela n’est-ce pas sombrer dans la niaiserie, en faisant du « Bisounoursisme » ?


Et alors ?

lundi 15 janvier 2018

BEBE PANDA ET SA MAMAN

Les visiteurs venus voir les pandas ont été accueillis par la famille Delord, propriétaire du zoo, avec des viennoiseries, du café et du chocolat chaud. Delphine était venue de la région parisienne avec son fils Kylian :
 «Nous sommes partis à 4h du matin (...) Mon fils voulait absolument voir le bébé panda. Nous avons le sentiment d'assister à un moment historique. C'est très émouvant »


Yuan Meng le bébé panda et Huan Huan sa maman

On ironise parfois sur la ridicule tendance à nous croire dans un monde de Bisounours où tout est beau et tout est gentil. Faut-il porter le même jugement à propos de ce fétichisme pour les pandas ? Certes, les Bisounours sont des personnages de papier, alors que nos pandas existent réellement. Mais quelle différence ? Dans un cas comme dans l’autre il s’agit de recouvrir la réalité de l’expression de nos désirs.
Du coup, les ours blancs viennent eux aussi prendre place dans cette galerie de nos fétiches. Et puis quoi d’autre ?
Dans le même ordre d’idée, on devrait aussi considérer que les femmes qui incarnent la maternité et sa tendresse sont des sujets dont nous sommes fort épris. Petit Panda fait couple avec Maman-Panda tandis que Papa-Panda mâchonne son bambou à l’écart : personne ne s’occupe de lui.
S’agit-il d’un simple cas de régression, un peu comme lorsque nous achetons pour le petit dernier les peluches de Noël avec attendrissement comme si c’était pour nous ? Peut-être, mais avec cette régression voilà que s’exprime un besoin fondamental de tendresse, lorsque notre être tout entier aspire au retour dans le cocon du giron maternel et que le bonheur ne résulte pas de d’une relation au monde extérieur, mais de l’enfermement dans un monde taillé juste à notre dimension.

L’utérus, paradis perdu ?