Affichage des articles dont le libellé est Nietzsche. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Nietzsche. Afficher tous les articles

samedi 20 juin 2026

L’insupportable légèreté des valeurs – Chronique du 21 juin

 Bonjour-bonjour

 

On le sait depuis Nietzsche : le nihilisme est  l’achoppement sur le quel trébuche la vie morale des hommes : nous sommes établis en un lieu où nulle transcendance n’est possible, chaque action n’étant soutenue que par son absence d’engagement.

C’est ce que relève cet article intitulé « La pilule philosophique » dont le projet est de nous appeler à surveiller – et à guérir – une dérive pathologique liée à notre époque. 



Ainsi de cette pensée de Nietzsche qu’on désigne par la formule « le dernier des hommes » qui révèle que nous vivons dans un monde sans transcendance (Dieu est mort), qui délite tout fondement possible de la morale, raison pour laquelle nous appelons à réanimer de nouvelles transcendance, quitte à le faire avec des idoles dangereuses. Au pire – ou au mieux ? – sans aucune source, les objets que nous proposent ces pseudo-valeurs ne sont que feu de paille, l’idole du jour remplacée dès demain par une autre qui ne durera pas plus longtemps.

Et tout cela, Nietzche l’a très précisément décrit dans Ainsi parlait Zarathoustra : il s’agit des derniers des hommes.

« Nous avons inventé le bonheur, » – disent les derniers hommes, et ils clignent de l’oeil.

Ils ont abandonné les contrées où il était dur de vivre : car on a besoin de chaleur. On aime encore son voisin et l’on se frotte à lui : car on a besoin de chaleur. Tomber malade et être méfiant passe chez eux pour un péché : on s’avance prudemment. Bien fou qui trébuche encore sur les pierres et sur les hommes ! Un peu de poison de-ci de-là, pour se procurer des rêves agréables ; /…/ On a son petit plaisir pour le jour et son petit plaisir pour la nuit : mais on respecte la santé.

« Nous avons inventé le bonheur, » – disent les derniers hommes, et ils clignent de l’œil. » (Texte cité ici)

Et nous ? Qu’avons-nous pour faire mieux ? Sur quelle fondement établir nos valeurs – du moins celle qui valent encore qu’on se batte pour elles ?

mercredi 25 mars 2026

Le Bon plaisir – Chronique du 26 mars

Bonjour-bonjour

 

Ceci est une photo montrant un jeune lynx pardelle (= Lynx endémique de la péninsule Ibérique) en train de jouer avec sa proie, à Torre de Juan Abad, en Espagne. (voir ici)

 


A l’époque où nous désespérons de voir l’humanité abandonner la brutalité et la violence aussi bien avec les humains qu’avec le milieu naturel, la nature nous suggère que cette violence est la source de joie et de plaisir dont les espèces prédatrices font ouvertement usage. Car ce jeune lynx au lieu de tuer et dévorer dans l’instant de la capture ce petit rongeur se plait à mimer le moment de sa prise. Ce n’est pas seulement un repas qu’il vient d’attraper : c’est un moment de joie, lorsque l’instinct du chasseur se trouve satisfait dans le moment de la conquête.

Je ne connais que Nietzsche pour avoir dit quelque chose d’essentiel là-dessus : du temps des romains, le dédommagement de la victime se faisait en livrant le coupable au bon plaisir de la victime qui est libre alors de lui infliger tous les tourments qu’il aura plaisir à lui faire subir : ce dernier étant justement le dédommagement que nous pouvons attendre de l’existence lorsqu’elle a été lésée. Et le Tourmenteur pourra dire à sa victime : « Tu souffres parce que tel est mon bon plaisir »

Qu’est-ce qui exprime le mieux la nature humaine ? Ce qui ne s’exprime que chez quelques rares individus admirés comme héros, ou dans la totalité de la population dont cette cruauté serait la nature générique ?

samedi 13 décembre 2025

Vieilles peaux : oubliez la douche – Chronique du 14 décembre

Bonjour-bonjour

 

En matière d’hygiène aussi le mieux est l’ennemi du bien. Plus précisément, « Le film hydrolipidique, cette barrière protectrice naturelle de la peau, devient moins efficace avec l'âge. Un lavage trop fréquent ou agressif peut l'endommager davantage, compromettant ainsi ses fonctions de défense contre les agressions extérieures et de maintien de l'hydratation de la peau. » peut-on lire ici.

Et de préciser qu’à plus de 70 ans il faut se contenter de 2 douches par semaine, et encore, à condition de ne pas se savonner chaque jour et d’oublier les frictions trop énergiques pour se sécher : « À partir de 65-70 ans, l'idéal est, si possible, de se rincer tous les jours le corps, mais d'utiliser du savon un jour sur trois sans frotter sa peau trop fort. » (Selon le Dr Meaume art. cité)

 

 


Ce qui choque ici, c’est qu’on va à l’encontre de l’habitude socialement ancrée de se doucher quotidiennement. C’est que la douche n’a pas seulement une fonction hygiénique, elle est aussi porteuse de facteurs psychologiques. Comment retrouver son dynamisme et sa joie de vivre sans passer par l’aspersion suivie d’une friction énergique ? Ce qui donne du tonus à 20 ans devrait être délaissé à 70 ans alors qu’on en a encore plus besoin ?

Mais alors, par quoi remplacer la douche ? Comment reconstituer l’énergie perdue ?

Nul mieux que Nietzsche pour répondre à cette question : car n’est-ce pas le surhomme qui peut nous éclairer ici ? 

Bien sûr oublions le ridicule qui consisterait à imaginer Zarathoustra sous sa douche. Mais questionnons-le sur ce que l’homme doit être pour atteindre à plus de valeur. 

Pour Zarathoustra, l’homme est ce qui doit être dépassé : « Et la vie elle-même m'a dit ce secret : « Vois, dit-elle, je suis ce qui doit toujours se surmonter soi-même ». On peut en effet avoir 70 ans et se surmonter soi-même. 

--> Cela on le découvre avec ce vieux proverbe japonais : « Tomber 7 fois ; se relever 8 fois »

mardi 4 novembre 2025

Je compute, donc je suis – Chronique du 5 novembre

Bonjour-bonjour

 

Ce matin toute une volée d’articles (entre autres celui-ci) sur la conscience des robots conversationnels. Déjà illustré par « Her », le film d’anticipation, où un homme tombe follement amoureux d’un assistant de son ordinateur, les « conversations » entretenues avec chatGPT et autres chabots ont fait croire à certains que derrière leur écran se cachait un être conscient comme vous et moi.

Là-dessus, Mustafa Suleyman, le PDG de Microsoft AI, met en garde contre cette idée : « Une limite infranchissable empêchera l’intelligence artificielle d’avoir une conscience ». 

Et pourquoi ? « On parle d’IA faisant preuve de « lucidité » ou mobilisant un raisonnement similaire à celui d’un humain. Est-ce à dire que les IA sont bien sur le chemin de la conscience ? » Or les machines n’ont aucune expérience de la douleur – expérience qui constitue une séparation essentielle entre le vivant et l’artificiel. 

D’où cette observation : « Pour distinguer fondamentalement la véritable conscience d’une simulation d’une expérience consciente, le patron de Microsoft AI a déclaré que « notre expérience physique de la douleur est quelque chose qui nous rend très tristes et nous fait nous sentir très mal, mais l’IA ne ressent pas de tristesse lorsqu’elle éprouve de la « douleur » ». (Article cité)

Le même poursuit : « C’est une distinction très, très importante. Il s’agit en réalité simplement de créer la perception, le récit apparent de l’expérience, de soi-même et de la conscience, mais ce n’est pas ce que l’on vit réellement. Techniquement, vous le savez, car nous pouvons voir ce que fait le modèle », a-t-il ajouté. Ce n’est qu’illusion et apparence, en somme. »

Oui, vous avez bien lu : « Ce n’est qu’illusion et apparence » : la conscience artificielle ne verra pas le jour, ni aujourd’hui, ni demain.

 

Le philosophe cartésien se frotte le menton en disant « Hum-hum ». Reprenant la formule osée en titre « Je compute, donc je suis », il s’énerve un peu. 

- Car, qui donc a dit que le ressenti de la douleur était la condition de la conscience ? Descartes ? Bien sûr que non. C’est Nietzsche qui soutient que la conscience est un produit secondairement apparu lorsque l’être vivant et souffrant s’est réfugié dans la société où le besoin de communication était lié à l’urgence de la survie. Là, les machine ressentantes, si elles existaient pourraient devenir des consciences. 

- Mais le philosophe cartésien – et Husserlien – l’assure : toute conscience est une conscience potentiellement réflexive, elle porte en elle-même implicitement l’expérience du « je » vivant ces sensations, et nul ressenti, que partagent d’ailleurs les animaux ne peut y mener.

vendredi 19 septembre 2025

De l’origine du vice – Chronique du 20 septembre

Bonjour-bonjour

 

Voici une nouvelle qui date… du 26 juillet, mais qui n’a pas perdu de son actualité : « la chanteuse de Lulu Van Trapp termine son concert seins nus pour protester après une agression sexuelle. Au micro, elle déclare le rester « jusqu’à ce que ce soit normal, jusqu’à ce que soit complètement désexualisé d’être comme ça ». (Lire cet article)

 

Alors que les Femens jouent sur les instincts jugés insurmontables qui poussent à braquer le regard sur la poitrine des femmes, Lulu joue sur la culture : il n’est pas inévitable que les femmes se fassent agresser sexuellement. Pour éviter ça, Il suffirait qu’elles soient « désexualisées ».

On va pousser des hauts cris : comment ça « désexualiser » ? La nature a doté le corps humain de zones qui attirent le désir sexuel – on n’y peut rien. Mais alors, comment comprendre l’indifférence des hommes devant les tenues que portent au quotidien les femmes dans différents pays. Ainsi des habits d’été de jeunes femmes occidentales comparées aux femmes talibanes. Les hommes vont-ils agresser les femmes qui se promènent en bikini sur la plage ?

Le corps des femmes peut, selon la façon dont elles le dénudent ou pas de façon coutumière, être désexualisé ou au contraire hyper-sexualisé. Seulement à l’encontre de l’opinion ordinaire, c’est le vêtement qui cache qui sexualise ce qui est caché et celui qui dévoile qui banalise ce qui est dévoilé. Donc Lulu a parfaitement raison.

 

- On a l’habitude d’accuser l’islam de développer l’obsession sexuelle des hommes en faisant des femmes des pièges à fantasmes. Mais restons humbles : le christianisme en a fait tout autant, qu’on se rappelle cette phrase de Nietzsche :

« Le christianisme a donné du poison à boire à Eros. Il n'en est pas mort, mais il a dégénéré en vice. » (Par-delà le bien et le mal § 168)

vendredi 11 juillet 2025

Être ou ne pas être : telle est la question - Chronique du 12 juillet

Bonjour-bonjour

 

Autrefois, c’était la nature qui décidait si un couple allait ou non avoir un enfant. Autrement dit, l’idée que les parents se faisaient de son éventuelle venue était secondaire : content, pas content, c’était la même chose.

Mais depuis que la contraception a fait son entrée dans la vie des couples, tout à changé. Il s’agi de savoir si la future mère et le futur père sont d’accord pour avoir un rejeton. Et du coup la question s’est posée de savoir pourquoi on refuserait de faire cet enfant (qui d’ailleurs manque cruellement dans les statistiques des démographes).

 

- Cet article de Reporterre pointe un fait largement répandu : il s’agit des écolos qui ne veulent pas avoir d’enfant. Telle cette femme qui a rompu avec son compagnon qui en voulait et à qui elle a répondu « non, parce que je ne veux pas que mon enfant naisse sur une terre plus polluée et moins belle que celle que je connaissais »

- On se focalise sur la justesse de cette prophétie – son incertitude ne devrait-il pas la disqualifier lorsqu’il s’agit de donner la vie ? Certes. Et aussi qu'à vouloir généraliser ce raisonnement c'est la fin de l'espèce humaine qui est proposée ? Certes encore.

- Mais encore plus étrange est cette volonté d’intervenir dans le destin d’un être humain et qui consiste à décider qu’il est meilleur pour lui de ne pas exister plus tôt que d’être. Cette volonté de néant appliquée non à soi-même mais à autrui fait frémir. Elle rappelle la formule du pessimisme antique et que Nietzsche rappelle dans l’Origine de la tragédie, où il fait répondre par le vieux Silène au roi Midas qui lui demandait ce qui vaut le mieux pour les hommes : « Race éphémère et misérable, enfant du hasard et de la peine, pourquoi me forces-tu à te révéler ce qu’il vaudrait mieux pour toi ne jamais connaître ? Ce que tu dois préférer à tout, c’est pour toi l’impossible : c’est de n’être pas né, de ne pas être, d’être néant. Mais, après cela, ce que tu peux désirer de mieux, — c’est de mourir bientôt. »

 


"Etre ou ne pas être": autrefois Hamlet posait la question pour lui-même - comment accepter de continuer à vivre ? Mais ce choix est-il possible lorsqu’il s’agit de décider pour autrui ? Et encore : si c’était comme on décide pour l’enfant mineur : ce serait pensable. Mais décider pour un autrui qui n’existe pas encore, se substituer à une volonté en lui refusant justement l’existence – comment penser cette contradiction ?

mardi 10 septembre 2024

Nietzsche et les Bisounours – Chronique du 11 septembre

Bonjour-bonjour

 

Comment allez-vous mes Chouchous ? Je vous trouve un peu chiffon ce matin. Vous trouvez que le monde est gris et que les méchants sont partout autour de vous, surtout quand vous écoutez les infos ?

Et alors, scrollant sur votre smartphone vous tombez sur un site plein de Bisounours qui vous invitent à voir partout le bon, le beau et le bien (pour parler comme Platon)

 


Et en effet, si les philosophes se sont éclipsés de la pensée courante, restent les influenceurs qui nous expliquent l’essentiel : « Dans le monde des Bisounours il y a un méchant qui souffre et veut répandre la souffrance. Il s’appelle Cœur-dur. Il a donc un cœur mais ne veut pas s’en servir. Alors il souffre et répand sa souffrance autour de lui. Et les bisounours l’en empêchent. Ils lui envoient de l’amour alors qu’il n’en veut pas. » (Lu ici)

 


C'est ici également que vous y lirez le détail de la vie et de l’action des Bisounours, mais retenez la leçon essentielle de cet article : la méchanceté des autres n’est autre que notre perception de la souffrance qui, régnant sur nous, nous déchire et engendre alors au sein de notre cœur le cynisme et le goût de faire mal.
C’est cela qu’on devrait désigner par « la banalité du mal » pour signifier que le mal est ordinaire.

 

- Notre influenceuse est donc là pour nous expliquer l'essentiel : notre souffrance et les vices du monde que nous percevons sont en réalité le reflet de ce que nous éprouvons. C’est cela la réalité, et non cette croyance que, si nous souffrons, c’est parce que ce monde est mauvais : « il faut bien qu’il y ait des méchants pour que je souffre ». Cette révélation d’un mécanisme qui projette à l’extérieur ce qui vient de l’intérieur n’est pas la révélation d'une illusion chargée de rendre la réalité supportable, comme le dit Nietzsche; c'est le dévoilement d'un processus délétère qui ne fait que redoubler notre angoisse.

- Et c'est donc pour porter cette volonté du Bien qu'on a inventé les Bisounours avec leur petit cœur dessiné sur le ventre, pour nous rappeler ce qui doit nous importer.

 

Attention ! Notre influenceuse nous met en garde  à l’égard du contre-sens. Bien sûr la souffrance est réelle et ce serait faire preuve d’un « positivisme toxique » (lire ici et note infra) que de croire qu’elle n’est qu’illusion et que la volonté suffirait à la dissiper - on serait alors dans le déni. Pour notre influenceuse ce qui se cache dans le réel, ce n’est pas cela, c’est le divin, c’est ce que nous révèle l’amour du divin.

On a donc enfin la vérité sur les Bisounours : ce sont des messagers du divin, c’est cela que signifie le cœur dessiné sur leur petit ventre.

Laissez donc l’amour de dieu vous envahir, et les Bisounours vous indiqueront la Voie à suivre.

------------------------------

(1) " Le positivisme toxique c’est se forcer à être heureuse à chaque seconde, c’est faire semblant que tout va bien. En utilisant la pensée positive pour forcer un changement intérieur, il y a abus de pouvoir sur soi. C’est aussi s’interdire de ressentir de la douleur, de la peur, de la colère, des pensées agressives envers soi et les autres. C’est s’empêcher d’être traversée par ce qui est vrai dans l’instant présent. Cela crée selon moi plus de douleur et de frustration puisqu’on est dans le contrôle totale de soi et de son ressenti." (article cité)

jeudi 29 août 2024

Qu’est-ce que l’inclusion ? – Chronique du 30 aout

Bonjour-bonjour

 

Selon les observateurs internationaux, le thème de l’inclusion était omniprésent dans la cérémonie d’ouverture des Jeux paralympiques de Paris 2024. Reste à dire comment et pourquoi il l’était.

Déjà, notons l’omniprésence des handicapés – dans le défilé mais aussi dans le spectacle : non seulement on n’avait jamais vu autant de fauteuils roulant sur les Champs-Élysées, mais de surcroit selon un journal de Los Angeles : « danseurs et musiciens en situation de handicap ou non se sont produits en toute fluidité, projetant un thème d’inclusion et de dépassement des différences physiques. » 

Être inclus, cela veut dire faire partie d’un même ensemble : s’agit-il de l’ensemble de ceux qui prennent le métro ? Ou l’ensemble de ceux qui parviennent à aller au bureau ? Ou simplement des gens qu’on côtoie dans la rue et à qui on n’accorde pas un seul regard ?

 

… Ou bien de ceux qui ont dû se battre pour arriver à vivre dans le monde humain, qui ont pour cela appris à marcher – ou comme le nageur brésilien sans bras et qui bat des records en natation ? Alors, certes, le petit enfant marche avec les moyens que la nature lui a donnés. Mais il doit apprendre à ne pas tomber et pour ça il doit dépasser sa peur et sa maladresse.

Le nageur sans bras, lui, a dû découvrir comment nager comme un dauphin : ce n’est pas tout à fait pareil. Certes, mais les deux ont dû dépasser leur situation immédiate, s’arracher à ce qu’ils étaient pour être mieux adaptés à leur situation.

 

Guillaumet, le survivant des Andes, écrit à Saint-Exupéry après son sauvetage en 1930 : « Ce que j’ai fait, je te le jure, jamais aucune bête ne l’aurait fait ». Il se trompe : la bête en question existe – et elle s’appelle l’homme.

« L'homme est quelque chose qui doit être dépassé » disait Nietzsche. – La voilà, l’inclusion.

mercredi 10 janvier 2024

A propos de l’anomie – Chronique du 11 janvier

Bonjour-bonjour

 

Le nouveau Premier Ministre clame son respect de l’ordre et des forces de l’ordre : « Je ne conçois pas de société sans ordre et sans règles », déclare Gabriel Attal depuis un commissariat du Val-d'Oise.

Cette remarque nous conduit directement à un conflit interne à la société moderne entre les individus qui protestent contre les obstacles mis par le pouvoir à leur liberté, et le désordre engendré par l’existence de groupes en conflit avec le pouvoir gouvernemental qui détruit les pays organisés, comme on le voit actuellement en Équateur.

 

--> Occasion de revenir sur la notion d’anomie popularisée par l’ouvrage de Durkheim sur le suicide mais déjà connu depuis Jean-Baptiste Guyau (le Nietzsche français).

Mais alors que Durkheim voit dans l’anomie la source d’un sentiment d’impuissance, un « mal de l’infini » qui conduirait au suicide, Guyau y voit l’ouverture sur une créativité possible, voire même sur la découverte de nouvelles sociabilités. (Lire ici)

 

Ce débat sur la nécessité de l’ordre opposerait ainsi deux types d’hommes : ceux qui sont en recherche de nouveauté et veulent créer sans relâche et sans obstacle ; et ceux qui sont en possession de biens qu’ils craignent de perdre et dont l’occupation essentielle est de les protéger. Difficile de choisir d’autant que chaque option porte des risques graves : alors que Nietzsche, qui est le philosophe des premiers, a sombré dans la folie, Hobbes qui est celui des second, a béni les dictatures.

Et nous alors, qui devons-nous suivre ?  Rassurez-vous : la question ne se pose guère car une écrasante majorité de français optent pour les mesures d’interdictions et on a vu que Gabriel Attal, alors qu’il était le récent ministre de l’éducation nationale, a été félicité pour avoir interdit sans trembler le port de l’abaya. Pas sûr qu’il aurait été également applaudi s’il s’était opposé à un symbole chrétien.

- Occasion de rappeler le slogan des vieux soixante-huitards : « Il est interdit d’interdire ». Il faut comprendre que l’interdit n’est pas susceptible d’être supprimé, mais que l’important est de savoir ce qui est interdit.

Demandons-le à notre jeune Premier.

mardi 1 août 2023

Réservé aux dames – Chronique du 2 aout

Bonjour-bonjour

 

2 aout… Il est temps d’en parler : mesdames, vous qui êtes des mamans qui ploient sous une charge mentale éreintante, qui avez un mari aux passe-temps absolument débiles, voire même une belle famille envahissante : pensez à pratiquer la « momcation », autrement dit des vacances sans enfants, ni conjoint, déjà pratiqué aux US et qui commencent à trouver un écho en France. (1)

Partez en laissant tout ça derrière vous, mari, enfants, programme de visites touristiques obligés et de journée en Parc de loisirs. A vous l’hôtel avec des copines, le spa et les massages.

Pour toutes celles qui pratiquent ces vacances, une seule règle : l’absence totale de culpabilité, et un égoïsme à toute épreuve. C’est du moins ce que disent les pratiquantes de ce genre de vacances né comme on l’a dit aux Etats-Unis (lire ici)

 

S’agit-il d’une autorisation à la débauche ? Surement pas, ou du moins pas nécessairement. On aurait plutôt à faire à une sorte d’allocation forfaitaire (par exemple tous les deux ans) venant compenser les services rendus à la famille et permettant de matérialiser des modestes rêveries qui sont venues soutenir le courage de celles qui, chaque main doivent penser à la lessive à étendre et à la boite de Chocapic vide : il faut vite en racheter !

Car, si ce sont des minuscules plaisirs que s’octroient ces femmes en rupture de famille, c’est aussi que la souffrance dont il faut se débarrasser n’est intense que par sa répétition, son éternel retour qui bouffe l’horizon. 

« Éternel retour » : on retrouve la pensée de Nietzsche qui nous offre le choix entre le noir désespoir d’un futur sans avenir : il y aura toujours une boite de Chocapic vide à remplacer ; et un amour fou et sans justification de cet avenir-là, fait de retour indéfini. (2)

Pas d’échappatoire ? Et la momcation avec des copines spa et massages ? 

--------------------

(1) « Momcation », contraction de « mom » (maman) et de « vacation (vacances)

(2) Un exposé de la doctrine de l’éternel retour chez Nietzsche à lire ici.

jeudi 27 avril 2023

Nietzsche et l’écologie – Chronique du 28 avril

Bonjour-bonjour

 

Une référence à lire aujourd’hui : Benoît Berthelier – Le sens de la terre - Penser l'écologie avec Nietzsche aux éditions du Seuil en mars 2023. Occasion de réfléchir à la question : à quelle attitude philosophique renvoie le souci écologique ? (On peut aussi lire l’interview de l’auteur ici).

 

L’auteur nous propose de soumettre l’écologie à la critique nietzschéenne du nihilisme.

Suivant Nietzsche, le nihilisme (= volonté de néant) permet de situer les écologistes actuels, qu’ils soient pessimistes, à savoir qu’ils prônent la disparition des hommes destructeurs de la nature, ou qu’ils espèrent, grâce au progrès scientifique, maintenir le monde tel qu’il est aujourd’hui. Il y a dans les deux cas refus de penser les valeurs autrement que telles que le christianisme les a posées. L’idéal ascétique chrétien qui dénie toute valeur à la vie mène en effet tout autant à l’affirmation de la toute-puissance de l’homme placé par Dieu lui-même au centre de la Création qu’au refus de la vie terrestre.

 

- Si l’on accepte de dépouiller Nietzsche des défroques dont l’ont affublé les nazis, on peut penser le surhomme non plus comme une « grande brute blonde » mais comme celui qui est capable de penser et de vouloir un autre monde de valeurs, une autre nature, une autre humanité. Refusant de sacraliser les hommes comme l’a fait le christianisme autour d’un idéal ascétique négateur de la vie et de la terre, Nietzsche nous met en demeure d’inventer un sens nouveau pour la nature aussi bien que pour les hommes.

 

- A nous de montrer la voie que doit suivre le surhomme, celle du dépassement de toutes les valeurs, en donnant un sens nouveau et à la nature et à l’homme. Si le nihilisme est selon Nietzsche une volonté de néant, celui de la volonté de puissance du surhomme (= volonté de l’homme puissant) est le fait d’une affirmation de la vie comme jaillissement permanent de formes et de forces nouvelles. Et cela en pensant l’homme comme enraciné dans la création et non plus séparé d’elle tantôt comme son maitre, tantôt comme créature désincarnée

vendredi 24 février 2023

Il faut de tout pour faire un monde – Chronique du 25 février

Bonjour-bonjour

 

Vous aussi vous avez besoin de nouvelles qui rendent optimistes ? Des « feel-good news » ?

Je n’ai hélas rien de tout ça dans ma besace, mais voici peut-être quelque chose qui pourrait retenir votre attention : au cours de l’histoire de l’évolution, les psychopathes ont participé à une stratégie adaptative. Si vous ne me croyez pas, lisez ceci. 

Nous aurions donc parmi nos ancêtres des violeurs, des assassins bref : des antisociaux de tout poil.

Bizarre… Et puis d’abord, cette affirmation qu’un être antisocial favorise la progression de l’espèce, est-ce que c’est simplement crédible ?

- L’idée est que, dans l’évolution, tout ce qui constitue une stratégie gagnante de reproduction est bénéfique à l’espèce, en particulier dans les situations de pénuries. A ce propos, voici ce qu’écrivent les chercheurs canadiens dont l’article cité rapporte les propos : « la prise de risque, l’opportunisme et le comportement insensible, caractéristiques des psychopathes, auraient augmenté le succès reproductif dans les environnements ancestraux, sous certaines conditions (des individus psychopathes auraient pu exploiter la confiance des autres pour améliorer leurs chances de reproduction). /…/ Ces traits psychopathiques auraient été favorisés par la sélection au cours des générations successives. » 

Ces psychopathes auraient donc réussi à se reproduire là où les gens normaux échouaient : mais alors n’ont-ils pas transmis à leurs descendants, non seulement leur force et leurs insensibilité, mais encore les gènes responsables de leur maladie : pas de quoi se réjouir. Or, voici la réponse qu’on peut lire dans le passage cité ci-dessus : « la sélection naturelle a, à plusieurs reprises, favorisé le développement de ces traits psychopathologiques. » C’est bien la preuve qu’elle est favorable à la vie de l’espèce.

Vous savez quoi ? On croirait lire Nietzsche. C’est lui seul qui a osé écrire que notre espoir dans l’avènement de la justice et de la bienveillance n’est absolument pas fondé ni par la nature ni par la force vitale qui l’anime, et qu’il s’agit d’un préjugé venu du christianisme qui a empoisonné les hommes.

 

… Ouch ! Penser que nous devons notre société bien policée à des brutes au front bas et aux biceps saillants, voilà qui fait mal ! Que dire à cela, dès lors que des scientifiques rigoureux ont confirmé le fait ? 

- Peut-être que l’évolution évolue elle-même, et que ce qui a fait la force des hommes il y a des centaines de milliers d’années n’est plus une chance aujourd’hui mais un désavantage. Que pour survivre l’espèce a désormais besoin de sociétés bien réglées où les affrontements violents ont disparu, libérant ainsi les ressources humaines pour produire ces éléments indispensables à la vie.

dimanche 29 janvier 2023

La famille aussi – Chronique du 30 janvier

Bonjour-bonjour

 

Suite à l’attentat qui a couté la vie à 7 personnes dans une synagogue de Jérusalem-est, « les forces israéliennes ont mis sous scellés dimanche la maison familiale d'un Palestinien qui a tué sept personnes, en vue de la détruire, après l'annonce par le gouvernement de mesures visant à punir les proches des auteurs d'attentats. » (Lu ici)

Pour faire bonne mesure, « le gouvernement a en outre annoncé la "révocation des droits" à la sécurité sociale des "familles de terroristes soutenant le terrorisme". Et la révocation des cartes d'identité israéliennes des proches des assaillants a été à l'ordre du jour de la réunion hebdomadaire du gouvernement dimanche. » (Id.)

 

Bref, les attaquants étant la plupart du temps tués dans l’assaut, les forces de l’ordre s’en prennent aux familles, selon une tradition ancestrale, qui veut que les clans adverses soient détruits lors de la chasse aux opposants. On est dans une logique qui renvoie la justice au second plan au profit de l’efficacité de la terreur. C’est ce que la pratique de l’exécution d’otages pendant l’occupation allemande a montré aux français – qui en ont peut-être fait leur profit lorsqu’ils rasaient les villages algériens d’où étaient sortis les fellaghas terroristes.

 

« La justice c’est bon en temps de paix, la terreur c’est bon en temps de guerre » : on tremble de dégoût devant cette formule qui justifie la violence aveugle et cruelle. Et qu’est-ce que ça fait ? Je veux dire : que l’armée russe ait commis des crimes de guerre, qu’est-ce que ça peut faire aux soldats violeurs sur commande ?  

C’est que la guerre libère les plus bas instincts de l’homme : si c’est bon pour le pays de violer des femmes ou d’incendier des maisons, pourquoi s’en priver ?

Et si l’évolution de l’humanité s’était faite non pas contre ces instincts, mais grâce à eux, que dirions-nous ?

Nietzsche n’est pas si loin…

dimanche 3 juillet 2022

« Rien de trop », devise de la frugalité écologique –– Chronique du 4 juillet

Bonjour-bonjour

 

Sondages après sondages, les français disent le peu de considération qu’ils ont à l'égard de leur dirigeants. Élections après élections ils répètent qu’ils veulent des politiques qui leurs disent la vérité (ou du moins celle qu’ils aimeraient entendre) et qui agissent pour chasser les soucis et les difficultés de la vie.

- Et voilà aujourd’hui des PDG (ceux qui gouvernent réellement le pays en dirigeant les entreprises qui font ou défont la prospérité sans laquelle la politique ne sert plus à rien), qui prennent la parole pour délivrer un message que les partis politiques n’ont cessé de dire et redire : il faut accepter la « sobriété » ou plutôt – cette acceptation étant supposée admise – il faut « passer d'une sobriété d'urgence à une sobriété organisée ». 

Après donc avoir réduit notre consommation énergétique durant l’été, il faut penser à « Une sobriété durable qui passera obligatoirement par un partage de la valeur équitable et par une intégration du temps long au sein de l'entreprise, et donc par des évolutions de gouvernance » (1)

Bref : prenez une dose d’écologie, une autre de justice, ajoutez une bonne rasade de politique – et pour finir, versez juste un trait d’éthique. Voilà le cocktail de l’été et si possible des saisons suivantes.

 

Ce sont les patrons du CAC40 qui parlent : quoiqu’on en pense, leur regard porte loin, du moins quand il s’agit de prévoir les méandres de l’économie mondiale à venir. Reste à comprendre ce qu’ils nous veulent, en particulier avec cette « sobriété » dont on avouera que sa signification n’est pas très claire.

- Ouvrez votre dictionnaire des synonymes favori à l’article « sobriété » ; voici ce que, pour l’essentiel, vous trouverez : abstinence / frugalité / austérité / continence / modération / tempérance / et pour finir : sagesse.

Continence, abstinence, tempérance : une partie du concept est lié à la domination des mâles et à leur gaspillage sexuel (2). Françoise d’Eaubonne quant à elle affirmait que seules les femmes sauront protéger l’environnement. A vous de jouer, mesdames.

Austérité, frugalité, modération : nous sommes tous invités à la vigilance de la juste mesure. « Rien de trop » disait la devise de la sagesse grecque (3).

 

--> Éh bien, voilà où nous en sommes : au lieu de crier à l’écologie punitive voyons plutôt dans ces mesures une occasion de mieux coïncider avec notre véritable nature.

---------------------------------

(1) Dans ce texte co-signé par Jean-Bernard Lévy d'EDF, Hélène Bernicot du Crédit mutuel Arkéa et Pascal Demurger de l'assureur MAIF

(2) Antoinette Fouque, militante du MLF écrit : « L'économie du profit et de la capitalisation est une économie de gaspillage masculine. On sème à tout vent du sperme, qui se perd à chaque éjaculation. On le gaspille comme on gaspille les ressources. » Lire ici. 

(3) « Mêden agan » « Rien de trop », était l’une des maximes inscrites sur le temple de Delphes. Lire ici ce passionnant article sur les prophéties de la Pythie.

------------------------

En bref : avec la société de consommation nous étions dans un délire dionysien ; nous voici dans la rigueur apollinienne.

- Il faut relire Nietzsche

jeudi 24 septembre 2020

Vivre à en crever – Chronique du 25 septembre

Bonjour-bonjour

 

« … Vivez à fond, tombez malades, allez au restaurant […] Nous devons vivre, quitte à mourir » Nicolas Bedos sur Instagram

 

 

Vous avez sans doute lu comme moi les propos de Nicolas Bedos, qui ont scandalisé bon nombre de gens. Et ceux qui ont été choqués n’ont sans doute pas eu tort, dans la mesure où cet « influenceur » nous encourage à prendre tous les risques, quand bien même ce serait au péril de propager l’épidémie – épargnant quand même les vieux très-vieux en n’allant pas leur faire la bise au sortir d’une fête très « promiscutée » (sic)

 

Il est vrai qu’il y a quelque chose d’un peu dégoutant dans ces propos si faciles, si convenus, si racoleurs qui nous mettent dans l’alternative de choisir entre la lâcheté et l’héroïsme ; mais je laisse la polémique à d’autres pour ne m’attacher qu’à la radicalité de ces propos.

C’est qu’en effet, Nicolas Bedos à la différence des révoltés habituels anti-masques, ne dit pas « On vous enfle avec des déclarations alarmistes, pleines de chiffres faux et qui oublient de mettre la covid en perspective avec les morts habituels de la grippe. » Il ne s’agit pas non plus pour lui de dénoncer une entreprise liberticide calculée par le pouvoir à seule fin de mettre les citoyens à genoux et de les manœuvrer plus facilement : il ne nous joue pas l’air du grand confinement des Gilets-jaunes. Non. Il nous tient un discours un peu nietzschéen, démasquant des précautions pour continuer de vivre qui sont en réalité des manifestations de la haine de la vie et proclamant le droit (ou plutôt : le devoir) de vivre dans l’inconscience. Vous en connaissez beaucoup des gens qui vous disent « - Allez danser toute la nuit corps à corps, et – oui ça va vous faire peut-être tomber malade. – Oui, vous en mourrez peut-être. – Mais qu’importe ? »

 

Moi, j’aime les gens qui vont jusqu’au bout de leur pensée, ceux qui ont le courage intellectuel de l’assumer jusque dans ses ultimes conséquences. Tout ce que je voudrais, c’est être sûr que ceux qui soutiennent ces propos les ont bien compris.