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mercredi 10 janvier 2024

A propos de l’anomie – Chronique du 11 janvier

Bonjour-bonjour

 

Le nouveau Premier Ministre clame son respect de l’ordre et des forces de l’ordre : « Je ne conçois pas de société sans ordre et sans règles », déclare Gabriel Attal depuis un commissariat du Val-d'Oise.

Cette remarque nous conduit directement à un conflit interne à la société moderne entre les individus qui protestent contre les obstacles mis par le pouvoir à leur liberté, et le désordre engendré par l’existence de groupes en conflit avec le pouvoir gouvernemental qui détruit les pays organisés, comme on le voit actuellement en Équateur.

 

--> Occasion de revenir sur la notion d’anomie popularisée par l’ouvrage de Durkheim sur le suicide mais déjà connu depuis Jean-Baptiste Guyau (le Nietzsche français).

Mais alors que Durkheim voit dans l’anomie la source d’un sentiment d’impuissance, un « mal de l’infini » qui conduirait au suicide, Guyau y voit l’ouverture sur une créativité possible, voire même sur la découverte de nouvelles sociabilités. (Lire ici)

 

Ce débat sur la nécessité de l’ordre opposerait ainsi deux types d’hommes : ceux qui sont en recherche de nouveauté et veulent créer sans relâche et sans obstacle ; et ceux qui sont en possession de biens qu’ils craignent de perdre et dont l’occupation essentielle est de les protéger. Difficile de choisir d’autant que chaque option porte des risques graves : alors que Nietzsche, qui est le philosophe des premiers, a sombré dans la folie, Hobbes qui est celui des second, a béni les dictatures.

Et nous alors, qui devons-nous suivre ?  Rassurez-vous : la question ne se pose guère car une écrasante majorité de français optent pour les mesures d’interdictions et on a vu que Gabriel Attal, alors qu’il était le récent ministre de l’éducation nationale, a été félicité pour avoir interdit sans trembler le port de l’abaya. Pas sûr qu’il aurait été également applaudi s’il s’était opposé à un symbole chrétien.

- Occasion de rappeler le slogan des vieux soixante-huitards : « Il est interdit d’interdire ». Il faut comprendre que l’interdit n’est pas susceptible d’être supprimé, mais que l’important est de savoir ce qui est interdit.

Demandons-le à notre jeune Premier.

lundi 20 mars 2023

Prions mes frères – Chronique du 21 mars

Bonjour-bonjour

 

À Perpignan samedi dernier, une procession a eu lieu pour faire tomber la pluie, une procession à la fois religieuse et politique.

 


Procession à Perpignan, dans la rivière Têt.

 

« Cette procession, renouait avec des pratiques qui remontent au XIe siècle, appelant le saint patron de la ville, Saint Gauderique, ce paysan né en 820 ayant, paraît-il, réalisé des miracles en matière de précipitation. S'ensuit un pataquès pour tenter de savoir s’il s’agit d’une démarche religieuse ou politique, l’un des organisateurs de la procession étant également conseiller municipal RN de la ville. » (Lire ici)

 

Venue du fond des âges cette pratique désespérée surprend à une époque où nous avons depuis longtemps délaissé la pensée magique pour ne compter que sur les forces mises à notre disposition par la science. Pourtant on le voit bien, les hommes n’abandonnent jamais quand un de leur désir est frustré : ils persistent à croire qu’ils peuvent obtenir ce qu’ils espèrent, simplement du fait de la force de leur désir.

Il est facile de voir en effet cette persistance à l'oeuvre aujourd'hui encore dans les sociétés. Comme on l’a lu dans l’article cité plus haut, le fait politique est présent dans le rite religieux, comme s’il était possible d’obtenir une cohésion sociale et un regain d’influence par de telles pratiques. 

--> On attribue à Durkheim le mérite d’avoir analysé le rôle des rites religieux : « Le rite agit, mais il n’agit pas comme il dit ». Certes la procession de saint Gauderique ne fait pas tomber la pluie, mais elle permet « de se tenir chaud en attendant les jours meilleurs, en attendant les jours de pluie. » (art. cité) et ce n’est pas rien.

L’important n’est pas tant de réussir à faire venir la pluie, mais d’apporter une réponse à des foules en attente de satisfaction. On s’étonnera : comment peut-on obtenir une plus grande influence si on ne donne pas ce qu’on avait promis ?

C’est vrai mais un coup d’œil sur l’actualité politique le montrera aisément : il y a tant de besoins insatisfaits, tant de rêves en suspens, qu’il est facile de changer de promesse dès lors que l’on a échoué à donner le contentement annoncé.

L’emploi pour tous ; la semaine de de quatre jours ; le cancer vaincu ; le soleil en été ; la pluie au printemps ; la neige en hiver ; le retour du climat « d’avant »…. Echec sur toute la ligne de l'action politique, mais pain béni pour les populistes.

Mais au fond, il est inutile de s’en désoler. Durkheim l’a dit : il s’agit de faire société et pour cela de répondre au besoin de cohésion sociale. Or, cette cohésion a besoin, quant à elle, de rêve et d’illusions incarnées. Après, la lucidité de la science n’est plus qu’une option et pas forcément la meilleure. 

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N.B. Le sujet de philo du bac de spécialité était : Le savoir nuit-il à la sensibilité ?

On pouvait peut-être évoquer saint Gauderique ?