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mardi 1 août 2023

Réservé aux dames – Chronique du 2 aout

Bonjour-bonjour

 

2 aout… Il est temps d’en parler : mesdames, vous qui êtes des mamans qui ploient sous une charge mentale éreintante, qui avez un mari aux passe-temps absolument débiles, voire même une belle famille envahissante : pensez à pratiquer la « momcation », autrement dit des vacances sans enfants, ni conjoint, déjà pratiqué aux US et qui commencent à trouver un écho en France. (1)

Partez en laissant tout ça derrière vous, mari, enfants, programme de visites touristiques obligés et de journée en Parc de loisirs. A vous l’hôtel avec des copines, le spa et les massages.

Pour toutes celles qui pratiquent ces vacances, une seule règle : l’absence totale de culpabilité, et un égoïsme à toute épreuve. C’est du moins ce que disent les pratiquantes de ce genre de vacances né comme on l’a dit aux Etats-Unis (lire ici)

 

S’agit-il d’une autorisation à la débauche ? Surement pas, ou du moins pas nécessairement. On aurait plutôt à faire à une sorte d’allocation forfaitaire (par exemple tous les deux ans) venant compenser les services rendus à la famille et permettant de matérialiser des modestes rêveries qui sont venues soutenir le courage de celles qui, chaque main doivent penser à la lessive à étendre et à la boite de Chocapic vide : il faut vite en racheter !

Car, si ce sont des minuscules plaisirs que s’octroient ces femmes en rupture de famille, c’est aussi que la souffrance dont il faut se débarrasser n’est intense que par sa répétition, son éternel retour qui bouffe l’horizon. 

« Éternel retour » : on retrouve la pensée de Nietzsche qui nous offre le choix entre le noir désespoir d’un futur sans avenir : il y aura toujours une boite de Chocapic vide à remplacer ; et un amour fou et sans justification de cet avenir-là, fait de retour indéfini. (2)

Pas d’échappatoire ? Et la momcation avec des copines spa et massages ? 

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(1) « Momcation », contraction de « mom » (maman) et de « vacation (vacances)

(2) Un exposé de la doctrine de l’éternel retour chez Nietzsche à lire ici.

vendredi 7 avril 2023

L’amour en plus – Chronique du 8 mars

Bonjour-bonjour

 

Pourquoi donc en France le travail est-il si mal vécu, au point que l’allongement de sa durée avant la retraite provoque une quasi insurrection populaire ? Cet article publié hier confirme ce fait, pointé au travers de statistiques concernant les arrêt de maladie.

- On nous dit que ce phénomène n’est pas universel, et que dans bien des pays le lourd et long labeur ne fait pas reculer les travailleurs. Mais peut-être s’agit-il de dire que notre médecine du travail n’est pas à la hauteur ? Ou que nos salariés sont plus douillets que les chinois ?

- Le même article nous explique que « la santé semble être au cœur des préoccupations » :  on a bien lu : « semble » et non pas « est ». Ce qui veut dire qu’on a en France d’autres motifs que la santé pour demander au médecin un arrêt de travail. 

- Lisons plus avant : « Plus de la moitié des salariés (60%) estiment qu'ils exercent un métier susceptible d'avoir un impact négatif sur leur santé mentale. » Donc en France l’arrêt de travail précède la pathologie dûe au travail : c’est donc une mesure prophylactique demandée par les travailleurs, soucieux d’éviter d’atteindre le burn-out. D’ailleurs, c’est bien ce qu’ils disent : « Deux tiers d’entre eux évoquent les mêmes motifs que l’année précédente, soit la charge de travail trop importante (51%) » Le travailleur va voir son médecin et lui dit : « Docteur chaque année c’est la même chose : la charge de travail augmente en décembre (c’est, supposons-le un livreur Amazon) et je risque le burn-out. En me mettant en congé maintenant je serai plein d’énergie et donc bénéfique pour mon entreprise début janvier »

Ainsi donc les arrêt de maladie ne seraient pas le fait de gens paresseux, mais au contraire d’employés « corporate ». 

- Sans doute, mais attendez encore, voici la fin de la phrase : « /arrêt au motif de la charge de travail/ et du manque de reconnaissance (46%). » Voilà donc le fin mot de l’histoire : les français ne demandent pas seulement à leur employeur de leur permettre de régler leurs factures et de faire vivre leur famille : ils veulent en plus être aimés.

 

J’entends régulièrement des spécialistes dire qu’aujourd’hui, on ne sait plus donner du sens à son travail – on trouvera à la fin de cet article l’index « aliénation » ouvrant sur des indications utiles. Mais il faut le dire : nombreux sont les spécialistes qui, tout en dénonçant ce manque de sens, sont bien incapables dire ce qu’il faut faire pour lui en redonner. Car donner du sens à son travail, ça veut dire aussi donner du sens à sa vie, c’est quand même bien compliqué : beaucoup atteignent la fin sans avoir pu le trouver. 

- Et pourtant… Imaginez : vous arrivez sur votre lieu de votre travail, atelier, bureau, magasin – voire même chantier. Dès l’entrée vous êtes dirigé sur un lieu à l’écart : ici les travailleurs sont regroupés devant le patron (chef de chantier, de service etc…) Et là, vous entendez chaque employé recevoir un compliment pour le travail qu’il a accompli jusqu’ici, avec le renouvellement de la peine confiance de l’entreprise. 

--> Ici tout le monde y gagne : l’entreprise qui a des collaborateurs qui performent ; l’employé qui vivra heureux en pensant au regard bienveillant que la direction pose sur lui et la sécu qui voit les arrêts de maladie fondre comme neige au soleil.

jeudi 30 mars 2023

Primum vivere deinde laborare* – Chronique du 31 mars

Bonjour-bonjour

 

A l’heure où la crise ouverte par le recul de l’âge de départ en retraite soulève la question du rapport au travail, et en liaison avec le mouvement de démission issu du confinement dû au covid, il est utile de revenir sur le cas de la crise que traverse la restauration du fait de la difficulté de recruter des employés. 

« Plus personne ne veut bosser » constatent les restaurateurs, particulièrement du fait de la coupure entre les services qui stérilise une journée entière sans compensation de salaire. (Lire ici)

 

> Toutefois on constate que la question des salaires limite le sens de ce désintérêt pour ces emplois : « C’est un métier qui est très prenant et très physique. Le salaire que l’on propose n’est pas suffisant » déclare Adeline qui s'occupe du service aux personnes dans le cadre d’évènements privés, principalement le midi (art. cité). Autrement dit, il suffirait de remonter les salaires pour faire monter également l’intérêt pour le travail.

 

> Mais on peut aussi y voir une attitude de refus du travail qui prive de vivre la seule vie qui vaille : « Les gens se sont désintéressés du travail au profit d’une vie plus tournée vers les loisirs, vers la famille, vers sa personne. L’argent est moins important. Aujourd’hui, les personnes veulent une autre vie. Ils en ont marre des métiers qui accaparent tout leur temps », ajoute un gérant de restaurant.

 

C’est là que les théoriciens se réveillent : il faut, disent-il redonner du sens au travail, ne pas lui laisser le statut d’activité aliénante, consentie sous la contrainte. Mais bien sûr, ça ne concerne pas les malheureux sous-smicards qui vivotent au seuil de pauvreté tout en travaillant : eux, ils  ne contestent pas l’emploi qu’ils ont péniblement arraché pour vivre. Ils n’ont aucune marge de manœuvre pour changer d’emploi et accéder à une activité mieux rémunérée ou mieux organisée. 

Et c'est sous cette condition qu'on peut estimer que, du haut au bas de la société, tous les travailleurs mettent la qualité de leur vie avant la rémunération. Qu’on pense aux jeunes médecins qui refusent les horaires démentiels de leurs ainés, ou les ingénieurs qui chipotent lorsque les entreprises qui proposent de les embaucher ne sont pas assez « vertueuses ».


« Donner du sens au travail ». Bien. Mais est-ce possible lorsque ce travail n’est qu’un labeur, qui transforme l’homme en bête de somme – ou en simple machine ? Ne faut-il pas plutôt donner d’abord du sens à la vie, et ensuite voir si le fait de travailler est compatible avec cela.

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* D’abord vivre, ensuite travailler

samedi 6 août 2022

L’âge du capitaine – Chronique du 7 août

Bonjour-bonjour

 

Joe Biden, âgé de 79 ans, est en butte à des critiques qui le considèrent comme étant sénile et donc inapte à exercer son mandat. Ronny Jackson, un ancien médecin de la Maison Blanche sous Trump, a dit sur Fox News que l'actuel président souffrait de "troubles cognitifs". A noter que cette attaque vient du camp de Trump, qui de son côté affiche 76 ans – Il est vrai que le même Ronny Jackson a laissé entendre que l’ancien Président pourrait vivre jusqu'à 200 ans, ce qui ne devrait pas étonner ses partisans qui entendent souvent la Bible à la lettre – la quelle affirme que les premiers héros bibliques pouvaient vivre très vieux, comme Mathusalem qui vécut 969 ans, et Noé jusqu’à 950 ans ; plus modestement, Moïse mourut à 120 ans, pendant qu’Abraham s’éteignait à 175 ans. (Article lu ici)

 

C’est l’occasion de revisiter la question de l’âge de la mort et simultanément de l’impact de la vieillesse sur l’existence. L’homme étant mortel on peut tenir pour inessentielle la durée de sa vie : qu’importe que tu vives 100 ans ou 30 fois autant, si tu dois revivre ce que tu as déjà vécu ? disaient les stoïciens. Pour les chrétiens la vie a un rôle, celui de nous permettre de racheter nos péchés ; mourir à 30 ans n’est pas un malheur si on a vraiment consacré cette existence à mériter son salut ; par contre s’il faut vivre jusqu’à 150 ans pour cela, c’est bien sûr une catastrophe. L’importance donnée à cette durée traduit le sens que nous donnons à notre vie. 

- S’il s’agit de devenir un saint il n’y a pas d’âge pour cela.

- S’il s’agit de performances physiques et des plaisirs qui vont avec, la perte de la jeunesse suffit à dénaturer notre vie. 

- Si par contre, comme aujourd’hui on veut faire de la vie une succession de tâches à accomplir dans le monde d’ici-bas, valorisant ainsi l’efficacité dans la réalisation de sa mission, alors il importe de vivre jusqu’au bout avec la lucidité et la force nécessaire pour y parvenir.

On le voit, la vie de Joe Biden est évaluée à cette aune : jugeant sa vie à l’effet de ses actes, le dynamisme inattendu de l’économie américaine fait briller l’aura du Président.

On critiquera peut-être cette corrélation entre l’économie américaine et la vitalité de Joe Biden ?

Vous préféreriez qu’on lui applique le critère permettant de vérifier la vitalité de saint Eloi ? (1)

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(1) « Non, non, non, Saint Eloi n'est pas mort ! / Car il bande encore ! » (bis)

Pour ceux qui l’ignoreraient il s’agit d’une chanson de carabins (à retrouver ici)

dimanche 13 décembre 2020

Bonne année 2021 ! – Chronique du 14 décembre

Bonjour-bonjour

 

Pour peu qu’on ait du temps libre, nous voilà à chercher des formules adaptées pour souhaiter une bonne année 2021 à nos amis. – Chercher sans trouver, car pour cela il faudrait arriver à caractériser l’année épouvantable qui vient de passer, lui trouver un sens par rapport au quel situer nos vœux pour l’année nouvelle.

Certains ont voulu saluer rétrospectivement 2020 de cette manière :

 


 

 … Hélas ! Parmi ceux qui se contenteront de cette formule, bien peu font partie de nos amis. 

- Oui, nous voulons trouver le sens de cette épidémie et ce qui est terrible, c’est que si la science nous apporte contre cette maladie l’efficacité pratique, dans le même temps elle en détruit le sens éventuel – d’où notre désarroi. Et le sens c’est l’essentiel de la vie, loin devant le plaisir immédiat : je mange un excellent gâteau, ou je bois un très bon vin, ou encore je sens un parfum particulièrement suave – bref : mes sens m’apportent un message de satisfaction extrême. Une part de nous-même s’absorbe entièrement dans cette sensation (1). Mais une autre partie veut rapporter cette sensation à une cause, et aussi à son effet.

Chercher cela, c’est chercher un sens : « Qui a voulu créer ce virus ? » ; « Qui (ou quoi) a permis que j’en réchappe ? » Devant ces questions  la médecine est muette, mais même notre époque déchristianisée, sans spiritualité affichée n’échappe pas à l'exigence d'y répondre : – On n’a pas su rester à notre place dans le monde du vivant : en détruisant ces barrières nous avons ouvert la porte à des contacts dangereux avec des animaux sauvages ; à moins qu’on n’incrimine des responsables qui auraient inventé le virus dans un but inavouable.

Stupide ? Et qu’importe ? La question qui nous est posée c’est : avec quoi faire continuité, dans quelle trajectoire inscrire cette pandémie ? Un évènement comme celui-là nous désespère parce que simple effet du hasard il ne signifie rien, ne nous instruit de rien, et du coup parait ne devoir aboutir à rien, et surtout pas à une fin décisive.

Telle serait l’origine de la dépression diffuse qui obscurcit les esprits en cette fin d’année. (D’ailleurs, je viens d’écrire le mot « fin » en sachant que c’est une convention arbitraire : croyez-vous que le coronavirus soit programmé pour se modifier au 1er janvier ?)

o-o-o

Bon… Le philosophe serait-il désarmé par cette situation, lui dont le métier a toujours été de trouver du sens à la vie ? Bien sûr que non !

Vous croyez peut-être que c’est la science médicale qui vient vous sauver avec l’invention du si indispensable vaccin ? Mais le vaccin n’a de pouvoir que parce qu’existe le système immunitaire dont est doté notre organisme – doté, notez-le bien par la nature. Oui, chers amis, sachez-le : la nature nous protège encore et toujours, et même dans ce monde que les Dieux ont fui, elle reste cette force bienveillante qui agit pour nous sauver. La Nature nous protège et ce faisant elle nous enseigne la modestie et la justice : la modestie parce que nous ne devons pas chercher à la transformer et surtout pas à la dépasser : c’est en sauvegardant le capital qu’elle a donné à chacun de nous que nous resterons en vie. Et la justice, parce qu’elle ne connait pas les privilèges, ni les hiérarchies. Tous les hommes ont les mêmes capacités de réactions immunitaires, et peu importe qu’ils soient mendiants ou milliardaires.

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(1) Comme la statue de Condillac qui n’est d’abord qu’odeur de rose : on peut lire le passage ici