Affichage des articles dont le libellé est mort. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est mort. Afficher tous les articles

lundi 11 mai 2026

Pour qui sonne le glas ? – Chronique du 12 mai

Bonjour-bonjour

 

Parle-t-on encore de la guerre en Ukraine ? Entre la guerre d’Iran, celle du Liban et le hantavirus, bien peu de média se font l’écho de ce qui se passe sur le front Ukrainien – sauf pour établir le bilan de plus de 4 ans de conflit en termes de gains et de pertes de territoire ou de matériel de combat : combien de drones lancés et combien abattus par chacune des parties en présence ?

Quant aux hommes on commence tout juste à en parler, et c’est pourtant le drame de cette guerre : elle est terriblement meurtrière et les statistiques mensuelles terrorisent. Lisez plutôt : « Le bilan humain pour la Russie atteint des proportions que le Kremlin peine à absorber. Les pertes russes sont estimées à environ 35 000 soldats tués ou grièvement blessés par mois selon les analystes militaires occidentaux cités par le journal britannique — un rythme qui dépasse la capacité de recrutement actuelle. Du côté ukrainien, le président Zelensky a déclaré fin mars 2026 que le ratio de pertes est d’environ 1 soldat ukrainien pour 8 soldats russes, contre 1 pour 3 au début de l’invasion. » (Lu ici)

Les ukrainiens l’emporteraient donc par 8 morts à 1 en termes de statistique ? Même en imaginant que la propagande ukrainienne majore les chiffres de façon outrée, la vérité transparait : à la guerre il faut détruire des vies et peu importe qu’on tue des soldats ou des gens qui ne combattent pas : la mort – ou plutôt l’assassinat – est la loi de la guerre et aucun traité international ne saurait l’empêcher. 

 

- Cioran disait « Nous sommes tous des farceurs : nous survivons à nos problèmes. » : il ne dit pas de quels problèmes il s’agit, ni comment nous faisons pour les surmonter – on vient de le voir : la mort est notre « problème » et tout ce que nous faisons pour surmonter cet « accident de la vie », c’est de l’oublier.

 

 

Dans le cas de la guerre c’est particulièrement vrai : qui donc imagine les hommes étendus sous ces croix ? De la même façon nous « oublions » que la mort des autres nous annonce notre propre disparition et notre époque matérialiste ne nous laisse que bien peu d’espoir : notre mort est synonyme d’anéantissement de notre être. Le déni de la mort est non seulement un drame métaphysique, mais encore ce qui nous impose une régénération constante : tout ce qui apparait fait oublier ce qui disparait. 

Shein, avec ses collections renouvelées tous les mois ne serait-il pas un dispositif qui s’expliquerait par ce combat pour l’oubli ?

mardi 24 février 2026

Euthanasie : un oxymore – Chronique du 25 février

Bonjour-bonjour

 

La future loi porte comme titre : loi sur la « fin de vie », montrant à quel point le vocabulaire utilisé est sensible. Car, par « fin de vie », il faut entende « mort », tout simplement. Quant à « euthanasie », le terme le plus précis pour désigner cette idée, il est proscrit sans doute pour son relent délétère venu de son emploi pour désigner l’éradication des handicapés du temps des nazis.

Dont acte. Moi je trouve qu’il est dommage de ne pas chercher derrière l’étymologie un sens plus profond au terme « euthanasie ». Car dans son étymologie grecque il signifie « bonne-mort » : est-il possible que la mort soit « bonne » ?

Bien sûr, n’importe quelle IA met fin à cet étonnement :

« Sens originel : Dans l’Antiquité, le mot n’avait pas du tout le sens médical ou juridique actuel. Il désignait : une mort paisible ; puis une mort sans souffrance ; enfin une mort digne, survenant naturellement à la fin d’une vie accomplie

On trouve cette idée chez les philosophes grecs et latins : l’idéal était de quitter la vie sereinement, sans agonie prolongée.

Peu à peu, le terme en vient à désigner : l’acte de provoquer volontairement la mort pour mettre fin aux souffrances. Ce qui est le sens contemporain. » (Source chatGPT)

 

Mais l’étonnement subsiste, car mourir est un évènement qui est environné d’autres faits.

* Pour les croyants, peut-être s’ils imaginent-ils que le paradis leur tend les bras. Mais la mort peut aussi être synonyme d’entrée en Enfer – et là rien de bon ne les y attend. 

* Quant aux épicuriens et autres athées, si la mort est néant, elle signifie aussi la perte des plaisirs qui faisaient tout le bien de la vie. Comment souhaiter cela ?

* A moins de définir le bien comme la simple cessation d’un mal ? Occasion de faire un tour du côté de Schopenhauer pour qui le bien est un soulagement dans la souffrance permanente qui caractérise la vie ? La « bonne mort » serait alors symétrique d’une « mauvaise vie » ?

* Bien sûr on peut aussi voir le bien comme l’effet d’un accomplissement – à définir avec Aristote.

--> Dans un simplement mot des océans de réflexion… et de perplexité ! On comprend que l’Assemblée Nationale planche là-dessus depuis plusieurs dizaines d’années.

mercredi 7 janvier 2026

Funérailles de B.B. : où était Bossuet ? – Chronique du 8 janvier

Bonjour-bonjour

 

Lisant le récit des obsèques de Brigitte Bardot, je suis frappé par la superficialité du reportage : après avoir énuméré les personnalités présentes et évoqué les absentes, on s’est extasiés sur le cercueil en osier couronné de fleurs des champs (intérieur capitonné de vichy rose). Quelle simplicité ! 

 


Et pourtant… C’est bien d’une oraison funèbre qu’on aurait eu besoin. Que n’avons-nous eu Bossuet ?

- Pour mémoire, évoquons l’oraison funèbre que Bossuet prononça en 1670 à l’occasion des funérailles d’Henriette d’Angleterre épouse de Monsieur, frère du roi Louis XIV. A la suite de l’émotion suscitée par la brutalité de l’évènement, Bossuet prend l’occasion de montrer que la grandeur de la naissance et de la vie passée en magnificences et en honneurs est réduite à néant par la mort, montrant ainsi que la vraie grandeur consiste en l’humilité de la foi qui prosterne la créature devant son Créateur.

Comme les honneurs de la naissance d’Henriette d’Angleterre, la beauté et les richesses que posséda Brigitte Bardot ne furent d’aucun secours pour la protéger de la déchéance. Quel honneur y a-t-il à posséder ce qu’on ne peut conserver ? « Madame se meurt, Madame est morte » se lamentait Bossuet devant la brutalité de la mort d’Henriette. Mais aujourd’hui, on aurait dû avouer : « Brigitte vieillit, Brigitte est vieille »

Oui, hier Bossuet n’était pas à Saint-Tropez. Mais son message aurait dû être dans tous les esprits : à travers cette mort, ce sont « la mort et le néant de toutes les grandeurs humaines » qui se trouvent exposés.

lundi 13 octobre 2025

Gloire aux survivants – Chronique du 14 octobre

 

 

Soldats russes – 9 mai 2025

 

 Bonjour-bonjour

 

Voyez ces jeunes hommes photographiés à Moscou au défilé du 9 mai dernier : leur énergie est peut-être déjà éteinte, ensevelie dans la mort, comme celle de plus de 100000 de leurs compagnons, morts au combat durant ce début d’année 2025.

On lit en effet que « la Russie a subi en Ukraine au cours des huit premiers mois de l’année 2025 des pertes plus élevées que jamais. » Elle y aurait en effet perdu 281 550 soldats, soit dans le détail : 86 744 soldats tués depuis le début de l’année, auxquels s'ajoutent 33 966 portés disparus - plus 158 529 blessés et 2 311 capturés.

Mais nous ne sommes pas capables de penser cet anéantissement : le miracle de la vie est tel qu’on oublie les morts : ils ne sont plus là – pleurons-les et puis faisons la fête avec les vivants. Voilà ce que nous ont rappelé les images du retour en Israël des otages du 7 octobre.

La vie continue… Oui, et son éternel retour est là pour nous en persuader. Si ces beaux soldats russes sont entrain de pourrir en terre, de nouveaux soldats ont déjà pris leur place. Qui voit la différence ?

« Ami, si tu tombes un ami sort de l’ombre à ta place ». Vous pourrez faire autant de monuments aux morts que vous voudrez : la régénération c’est la vie – mais c’est aussi l’oubli.

samedi 16 août 2025

Le jour où on ne meurt pas – Chronique du 17 aout

Bonjour-bonjour

 

Dans mon souci d’ajouter l’utile à l’agréable, mon billet du jour va non seulement vous divertir, mais encore vous donner à réfléchir à une question existentielle : « Quel comportement adopter pour éviter de mourir ? » Vous avouerez que cette interrogation est importante. Comment y répondre ?

En lisant ceci : « Les statistiques de l’Insee sont claires : le 15 août est le jour de l’année où le nombre de décès est le plus bas en France. »

Et voilà ! Malheureusement le 15 aout est passé et il va falloir tenir une année entière pour en profiter de nouveau. Comme on ne peut jouer les répétitions avec le calendrier, recherchons les raisons éventuellement reproductibles de cet étrange propriété du 15 aout.

« Ce phénomène qui s’explique en partie par la météo… et par les blocs opératoires au repos.

… Au milieu de l’été la mortalité est généralement plus faible qu’en hiver, déjà parce que les virus saisonniers, comme la grippe, sont alors absents, ce qui réduit les décès liés aux complications respiratoires. »

Pour éviter de mourir il suffit d’éviter d’être malade : c’est assez banal… Mais attendez ! Lisez plutôt la suite : « l’explication la plus déterminante est médicale : en plein mois d’août, et surtout un jour férié, il y a très peu d’interventions chirurgicales programmées. Or, même si elles sont majoritairement sans danger, toute opération comporte un très faible risque de décès. Moins d’opérations, c’est donc mécaniquement moins de décès. Heureusement, les maternités, elles, sont ouvertes. »

Donc, pour éviter de mourir, même si on ne peut éviter de tomber malade, on peut au moins éviter de se faire soigner - et en particulier éviter de se faire opérer. Le chirurgien et son scalpel sont les véritables agents de la mort.

 


Hum… Je sens comme un doute dans votre esprit ; et si ce genre d’affirmation venait plutôt des complotistes ? Aurait-on une confirmation objective ? Oui, car « à l’inverse, c’est le 3 janvier qui détient le triste record, avec environ 1 900 décès en moyenne. En cause : le pic de grippe hivernale et la reprise des opérations chirurgicales après les fêtes. »

La vérification, confirmée par les statistiques est sans appel : le bloc opératoire est l’antichambre de la mort, y entrer c’est risquer d’en ressortir « les pieds devant », selon l’expression bien connue.

- Bof.. Tout ça c’est de la blague, parce qu’on le sait bien : ne pas se faire soigner, c’est aussi une bonne façon de rencontrer la mort. 

Peut-être… Mais la nouvelle que je viens de relayer a quand même un intérêt véritable : celui de montrer qu’en attribuant la cause de la mort à ses circonstances immédiates on arrive à des interprétation bouffonnes  : il y a ceux qui meurent sur la table d’opération, mais aussi ceux qui meurent en copulant, et encore ceux qui trépassent en mangeant le poulet du dimanche...


On voit où je veux en venir : notre époque, entièrement soumise aux lois statistiques confond la coïncidence et la causalité. Comme si les circonstances dans lesquelles un évènement se produisait étaient aussi sa cause. 

Que des migrants soient coupables de crimes divers, est-ce que cela prouve que c’est la migration – et non la misère – qui soit responsable ?

lundi 21 avril 2025

Bon voyage, pape François ! – Chronique du 22 avril

Bonjour-bonjour

 

Le pape n’est pas mort : il est « parti ». Ce vocabulaire souvent utilisé pour éviter de prononcer le mot fatal de « mort » est ici une information utile : un chrétien ne connait la mort que comme une phase de transition, tout juste une porte ouverte sur un au-delà promis par les saintes écritures.

Seulement voilà : si la pape est parti, quelle est donc sa destination ? Certains disent qu’il est parti pour la « vie éternelle » - on peut supposer que c’est un voyage sans retour ? Par contre, d’autres sont plus engagés : selon eux, sa mort le jour de Pâques (car le lundi de Pâques, c’est un dimanche-de-Pâques-bis), signifie qu’il est en route vers la Résurrection. On risque donc de le revoir un de ces jours ? Verrons-nous un fantôme de Pape François planqué derrière l’autel à l’Église ? 

Non, bien sûr et si on parle de « résurrection » c’est pour désigner la permanence de son message de charité et de secours apporté aux pauvres – tels que les sans-abris, les réfugiés, les naufragés de la vie.

Et là, on peut penser que c’est une cause qu’il a certes beaucoup défendue, mais aussi qu’il a la plupart du temps prêchée dans le désert.

Comme ce vendredi 27 mars 2020, où, sur le parvis désert de la basilique Saint-Pierre à l'époque du covid, le pape François a présidé la traditionnelle et très solennelle bénédiction Urbi et Orbi.




dimanche 30 mars 2025

¡Viva la muerte ! – Chronique du 31 mars

Bonjour-bonjour

 

La guerre, cet étrange moment où la vie sociale se présente comme une menace de mort, où la survie implique le risque de tuer et d’être tué, où l’on ne peut survivre qu’à la condition de tuer d’autres hommes – des hommes qui, comme moi, vont chercher à me tuer – le guerre dis-je, m’appelle et me repousse en même temps. Alors que je tremble de mourir, on m’appelle au carnage. Comment répondre à cet appel ? Partir la fleur au fusil ? Ou au contraire mettre la crosse en l’air et se déclarer objecteur de conscience ?

Peut-être avant de faire cela faudrait-il s’interroger : comment donc cette menace de mort imminente est-elle présentée par la propagande guerrière ? Alors que l’homicide est partout condamné sévèrement, que fait-on pour nous persuader que maintenant il est bon de tuer ?

 

- Le symbole le plus durable de la guerre est le canon. Rappelez-vous des marchands de canons conçus comme les manipulateurs qui, à eux seuls, pouvaient conduire un peuple à l’affrontement. 

C’est du passé dira-t-on ? Mais alors comment comprendre la fierté française quand le canon CAESAR (acronyme de « Canon Équipé d’un Système d’ARtillerie) a montré sa supériorité sur les champs de bataille surtout en Ukraine ? Fierté qui faisait écho à l’extraordinaire orgueil de la France lorsque en 1914 le canon de 75 a fait face aux allemands. On a édité alors cette carte postale :

 


« Je sème la mort, Je sème la gloire / Je ne m’arrêterai qu’à la victoire »

 

Oui, la guerre est ce moment où la mort est glorieuse : pas seulement celle du soldat patriote qui meurt en héros, mais celle de l’ennemi, écrabouillé anonymement sous les obus, parce qu’elle est synonyme de victoire. 

La guerre se définit alors comme le moment où tuer est non seulement permis, mais devient encore un moment joyeux où le citoyens fait montre de son mérite. Les sioux rapportaient de leurs combats les scalps de leurs ennemis pour prouver leur bravoure. On aimerait pouvoir en faire autant avec nos beaux et valeureux canons. Mais faute de pouvoir le faire on se contentera de chiffrer les pertes de l’ennemi.

A méditer: si la guerre est un moment de joie, ce n'est pas seulement parce qu'elle soulève l'enthousiasme quand elle s'arrête; c'est aussi qu'elle est bonheur de tuer.

samedi 8 mars 2025

Gene Hackman et son épouse victimes de la maladie d’amour ? – Chronique du 9 mars

Bonjour-bonjour


La découverte simultanée des corps de Gene Hackman et de son épouse Betsi Arakawa a posé la question de leur coïncidence : ce décès de couple relèverait-il du « Syndrome du cœur brisé » comme on a appelé la pathologie présente dans des cas de décès d’un conjoint bien-aimé ?


« Avoir le cœur brisé » ne serait en effet pas qu’une banale expression faisant référence à la souffrance ressentie après une trahison, une séparation ou la perte d’un être cher. Cette maladie s’apparente au premier abord à une crise cardiaque et bien que la littérature et la chanson qui regorgent d’exemples de cas de la « maladie d’amour » (écouter ici Michel Sardou) en aient fait une interprétation beaucoup plus romantique et fantaisiste - la maladie d’amour ne serait pas un mythe et dans certains cas elle pourrait même entraîner la mort. En réalité, les médecins qui l’ont étudiée au Japon parlent plutôt d’une cardiomyopathie de stress ou d’un syndrome de Takotsubo (piège à poulpe, en japonais). (Lire ici)

 

Mais avant même d’impulser une pareille déformation cardiaque, le syndrome du veuf est une expression qui a été employée pour décrire les bouleversements physiques et psychologiques qui peuvent survenir lorsque l’on perd son ou sa « partenaire de vie ». Autrement dit, le choc créé par la perte de la personne aimée se comprend à partir d’un processus général appelé le deuil.

Oubliant un instant l’analyse freudienne du « travail de deuil », restons au niveau de l’étude scientifique communément admise : les personnes endeuillées passent généralement par plusieurs phases :

1) Le choc et le déni. À l’annonce du décès, le conjoint survivant entre généralement dans une phase de choc émotionnel, marquée par une sensation d’irréalité ou un refus d’accepter la perte. Le déni est une réaction protectrice face à l’intensité de la douleur.

2) La colère. Une fois la perte reconnue, un sentiment de colère peut émerger et être dirigé contre le défunt qui nous a quitté, contre soi-même (sentiment d'impuissance) ou contre la vie en général (sentiment d'injustice).

3) Le marchandage. « Il s’agit d’une phase d’illusion pendant laquelle on peut se convaincre qu’un retour en arrière est encore possible. Certaines personnes se tournent vers la religion, dans l’espoir de pouvoir négocier un retour de l’être aimé. Pour d’autres, cette phase prend la forme d’un dialogue intérieur où l’on tente de rejouer la fin du scénario avec les fameux "et si…" ».

4) La dépression. Lorsque la perte est pleinement acceptée, une phase de dépression ou de tristesse intense peut s’installer. Elle est marquée par une grande douleur émotionnelle, une perte d’intérêt pour les activités habituelles, un isolement social, et des symptômes physiques comme la fatigue ou l'insomnie.

5) L'acceptation. Cette phase n’est pas forcément synonyme d’oubli. Elle consiste plutôt à apprendre à vivre avec la perte. La personne commence à retrouver un équilibre émotionnel, à réorganiser sa vie sans son ou sa conjoint(e), et à envisager de nouveaux projets.

6) La reconstruction. Avec le temps, la personne veuve commence à reconstruire sa vie, à ajuster ses routines quotidiennes, et à trouver de nouvelles sources de sens ou d’accomplissement. « Cette phase de réadaptation et réinvention personnelle permet même à certaines personnes d'envisager une nouvelle relation affective », souligne la psychologue. (Lu ici)

On l’a compris, vouloir faire du décès de Gene Hackman et de son épouse un cas de deuil pathologique est surtout une occasion de nous informer de l’évolution de ce deuil lorsqu’il prend une tournure intense. On peut mourir d’amour, sans que ce soit un « miracle » du sentiment amoureux.

samedi 1 février 2025

L’immortalité, rêve obsédant – Chronique du 2 février

Bonjour-bonjour

 

Le désir d’immortalité est celui des hommes puissants qui ont déjà réalisé tous leurs rêves et qui sont confrontés à celui-ci – le dernier à leur résister. 

On connait les Pharaons et la formidable concentration de moyens mobilisés pour édifier leurs pyramides : faute de devenir immortels, il leur restait l’espoir de gouverner leur destinée post-mortem. Mais en Chine, à la même époque, Qin Shi Huan, le Premier empereur, a réellement lancé des expéditions phénoménales pour découvrir un élixir d’immortalité, obsession dans laquelle il engouffra des moyens gigantesques.

 - Sommes-nous plus sages aujourd’hui, alors que Bryan Johnson, le milliardaire américain (47 ans aujourd’hui) est connu pour ses cures de jouvence destinées à lui procurer l’immortalité ? Et ça va assez loin, car n’oublions pas que parmi les moyens utilisés, se trouvent des transfusion du sang réalisées avec le sang de son fils âgé alors de 19 ans. (Art. lu ici) L’Empereur Qin aurait-il fait autrement si la médecine de son époque lui en avait donné l’occasion ?

L’immortalité, rêve obsédant, n’est d’ailleurs rien d’autre que le but ultime de nos transhumanistes actuels – au nombre des quels se trouve Google.

 

- La philosophie quant à elle, aussi loin qu’on remonte dans son passé, a-t-elle fait autre chose que de formuler les questions que nous pose la mort, et les réponses qu’il convient de leur donner ?

Chaque matin, les forces de la vie que nous stimulons dès que nous mettons un pied par terre sont-elles autre chose que le rempart que nous réédifions pour vivre encore un peu sans être obsédé par notre fin inévitable ?

Et moi, qui écris ce Post consacré au désir d’immortalité, n’ai-je pas déjà proposé une réflexion sur la destinée des hommes post mortem, pas plus tard qu’hier ?

Est-ce un hasard ?

vendredi 31 janvier 2025

Faut-il croire que les morts soient morts ? – Chronique du 1er février

Bonjour-bonjour

 

« Je ne crois pas que les morts soient morts. Ceux qui sont de l’autre côté influencent notre vie. » a déclaré François Bayrou le 27 janvier en évoquant sa foi chrétienne.

Le Premier ministre a, dans le même temps, annoncé vouloir scinder en deux le texte sur la fin de vie, focalisant le débat sur les soins palliatifs et menaçant de le stériliser sur l’aide active à mourir. Cette attitude a été reliée à ses déclarations sur ses convictions concernant la mort.


On va pousser des hauts cris, parler du viol de la laïcité, du mépris pour les libertés républicaines, de la soumission à un ordre religieux révolu. Il n’empêche : nos croyances sont bel et bien mobilisées par cet engagement totalement dogmatique – qu’il soit pour ou contre le projet de loi.

Et en effet : si je me prononce pour que soit mis un terme de la vie, quelle que soit la pathologie qui la brise, tant qu’elle est là, la question de son destin mortel est ouverte. 

- En étant mortel, à quel avenir me conduit la mort ? Suis-je anéanti, réduit à une mutation dans laquelle « je » ne peut plus rien signifier et dans lequel je serais dilué ? Ou bien la mort n’est-elle qu’un passage, un sas qui permet d’accéder à un monde différent ? Mon « moi » serait-il maintenu dans son intégrité, resterait-il post-mortem quelque chose qui aurait encore un rapport avec ma vie ?

 

Car c’est là que le problème se pose : si je crois que la mort n’est pas le néant, alors je donne nécessairement un sens particulier à la vie. Même si je crois que je vais me diluer dans un grand « Tout », cet avenir implique ma façon de vivre, par exemple pour me préparer un karma favorable. 

--> Et alors il n’est pas sûr que les souffrances de ma fin de vie n’aient pas également des conséquences favorables pour « après ». Que les athées jubilent en s’imaginant maitre de leur ultime instant – ça les regarde. Mais qu’ils n’oublient pas que la fin de vie est pour les croyants quelque chose de très-précieux.

Qu’on relise la « Prière pour demander à Dieu le bon usage des maladies » de Pascal.

dimanche 19 janvier 2025

Déblayer les rues de Mayotte – Chronique du 20 janvier

Bonjour-bonjour


Lu dans la presse ce matin : « À Mayotte, ça commence à puer, il faut vite qu'on réagisse : après le cyclone Chido le nettoyage de l'île est devenu indispensable »

 

Le lecteur-philosophe s’arrête de lire et se prend à réfléchir : le nettoyage de Mayotte, suite au ravage du cyclone invite à réfléchir sur les déchets en général, sur leur origine, sur leur existence, sur leur élimination. Autant dire que les philosophes sont mobilisés – mais d’ailleurs ils n’ont pas trop à se forcer tant « le » déchet a sollicité ceux qui réfléchissent sur les modes d’existence en général et sur celui des déchets en particulier. Le questionnement n’a cessé de régresser vers leurs causes premières depuis les décennies passées. 

1) En effet, la question était autrefois : « Que faire des déchets ? ». Comme les espèces animales nous avons été sollicités par la question de leur élimination. De même que l’oiseau fait ses besoins en dehors du nid, les humains se sont débarrassés de leurs déchets, parfois en les regroupant dans des lieux dépotoirs. Les archéologues qui fouillent les forteresses médiévales le savent : dans les latrines on retrouve bien des objets mis au rebut, cassés ou devenus sans usage.

2) Mais aujourd’hui, le questionnement est remonté dans la hiérarchie des interrogations sur le mode d’existence. Ainsi le déchet n’est pas un absolu : nos excréments sont bien des déchets par rapports à nous, ils sont même le tout premier de nos déchets, mais ils sont aussi un produit complexe et très précieux si on les considère en rapport avec l’usage qu’on peut en faire – pour l’horticulture par exemple, le crottin de cheval est considéré comme de l’or pour le potager. A partir de quand quelque chose sort-il de l’inexistence pour accéder au statut de réalité ? Faut-il donc considérer que les déchets nous révèlent que rien n’existe dans l’absolu, mais seulement en rapport avec l’usage qu’on peut en faire ? 

3) Et donc nous voici au niveau métaphysique : que penser de l’existence qui n’a pas de réalité absolue, mais seulement prise dans un système de relation, de telle sorte que le complexe (la société par exemple) serait antérieur à l’élémentaire (l’individu) ?

4) Mais alors, finie l’opposition entre l’existence et l’inexistence : ce qui a péri ici, peut être repris et ressuscité là. Les tôles du bidonville de Mayotte, arrachées par l’ouragan ici peuvent être récupérées plus loin pour reconstruire un nouvel abri.

5) Et même la mort : ne serait-elle pas un état transitoire, simple parenthèse entre deux formes de fonctionnement selon des contextes différents ? Et donc la cryogénisation aurait de l’avenir

 

 

 

… sauf qu’on ne sait pas le quel.

mercredi 8 janvier 2025

Allons-nous cracher sur sa tombe ? – Chronique du 9 janvier

Bonjour-bonjour

 

Des manifestations joyeuses et festives ont salué la mort de Jean-Marie Le Pen, n’hésitant pas à faire de son décès une occasion de manifester sa joie en l’insultant tout comme s’il était encore vivant.

 

 


 

Là-dessus, et au sein même de ceux qui rappellent leur opposition et leur conflit avec celui qu’on enterre aujourd’hui, des voix se sont élevées pour protester : on ne doit pas « danser sur sa tombe » ; mort, il mérite un respect qu’on lui refusait du temps où il était vivant. Comment comprendre cette mutation ?

- On peut y voir la manifestation d’un respect non pas de l’individu mais de sa « mortalité » : la mort rappelle chaque homme à sa nature fondamentale. En mourant, Jean-Marie Le Pen a manifesté son essence humaine - toutefois, si l’homme est mortel, ce n'est pas comme un simple animal, mais comme un être « moral » qui fut doué de liberté et capable de jugement ; c’est un homme qui est mort et c’est une âme qui s’est éteinte. Malraux disait « la mort transforme la vie en destin », signifiant par là que toute velléité de changer le sens de ses actes par de nouveaux actes était désormais vain. Ainsi la mort prive l’homme de sa nature morale : ne reste plus que le poids de ses fautes

- Ainsi le fait de se réjouir de sa mort laisse entendre qu’en perdant sa liberté le poids de ses fautes l’emporte sur celui de sa dignité en tant qu’homme. Ce que certains refusent.

--> A moins qu’on ne revienne à cette antique croyance que le mort est devenu un reste d’être incapable de se défendre et de maintenir sa dignité : en manifestant sa joie de le voir en terre on manifeste qu’il est devenu un simple objet dont on peut disposer à sa guise. 

- Mon avis : danser sur sa tombe, c’est comme frapper un ennemi à terre. Ce n’est pas joli-joli…

mardi 26 novembre 2024

Courir au bord de la falaise – Chronique du 27 novembre

Bonjour-bonjour

 

Les émotions ne manquent pas ces temps-ci : guerre au Liban (= suspendue), guerre nucléaire avec la Russie (= en sursis), guerre des marchés financiers contre la France (= en cours) …

Ce qui caractérise ces menaces, c’est qu’au lieu de terroriser, elles sont source de curiosité plutôt que de terreur.

En témoignent les députés français qui, au lieu de se regrouper autour de la détermination du budget avec la volonté farouche de redresser les comptes publics, sont en train de calculer à quelle date ils vont faire sauter le gouvernement et qui ils vont proposer pour mener la bataille autour des subventions – dont chacun sait que nous n’aurons pas les moyens de les payer.

Quel est donc cet état d’esprit qui pousse le promeneur qui, du bord de la falaise, sonde du regard le gouffre dans lequel il semble décidé à basculer ?

 


S’agit-il d’un suicidaire ? D’un curieux qui souhaite voir à quoi ressemble cet abîme ?

S’agit-il de celui qui, se sachant condamné à l’avance, cherche un moyen de faire de sa disparition une ultime expérience ? Ainsi d’Empédocle dont la légende rapporte qu’il aurait laissé une de ses sandales au bord du cratère en se jetant dans les laves de l'Etna en fusion - léguant à l'histoire l’énigme de sa disparition étincelante ?

Selon certains Empédocle aurait abandonné ses sandales au bord du volcan avant de repartir nu pieds se livrant à une manipulation pour faire croire à sa mort. D’autres continuent de croire à une mort flamboyante, comme Bachelard qui a construit là-dessus un « complexe d'Empédocle » dans ses ouvrages sur le feu. Il s'agirait du désir inconscient d'être consumé, détruit par les flammes.

Cette hypothèse nous concerne-t-elle ? Serions-nous comme Empédocle attirés par la « belle mort », celle qui explose dans une gerbe de feu ? 


- Dans ce cas, la disparition de Michel Barnier serait-il ce basculement qui détruit un monde, laissant sur le bord de la vie une trace énigmatique ? Mort politique subie et non pas

voulue dans un ultime combat comme Cyrano de Bergerac mourant héroïquement l’épée au vent, en lutte contre ses fantasmes.

Hélas ! Même cette mort peut n’être qu’une illusion, comme celle justement de Cyrano, assommé mais survivant pour cette ultime scène.

Et si Michel Barnier était nommé une seconde fois à Matignon ? Ou bien quelqu’un d’autre, célèbre pour sa capacité à durer à ce poste – comme J-P Raffarin ?

vendredi 1 novembre 2024

Les jour des morts – Chronique du 2 novembre

Bonjour-bonjour

 

Cette chronique ne saurait coller d’avantage à l’actualité de ce samedi 2 novembre, jour des morts, qu’en faisant appel à cette étude (relayée ici) qui documente l’attrait du 19ème siècle pour les portraits photographiques des morts. C’est ainsi qu’on découvre ces portraits qui illustrent cet article par des images de défunts maquillés et disposés comme s’ils étaient encore vivants voire même au milieu de la famille comme pour un portrait d’ensemble.

 


La jeune morte semble poser avec ses parents

 

Mais la peinture moderne a elle aussi investi le champ du souvenir à travers le motif du dernier portrait. 

Certes ce « match » entre peinture et photographie est fréquent au 19ème siècle.

Toutefois certains peintres ont su faire de leur art un moyen d’évoquer l’émotion de la mort, chose que les photographes avaient semble-t-il pour mission d’oblitérer.

A titre de preuve, que l’on compare la photographie ci-dessus avec le « Portrait de Camille sur son lit de mort » (épouse défunte du peintre) par Claude Monet : 


 

Tout comme le 20ème et à présent le 21ème, le 19ème siècle est bien celui du déni de la mort. Mais au fond des cœurs, ces yeux clos et ce monochrome violet. 

dimanche 13 octobre 2024

Mathusalem sur ordonnance – Chronique du 14 octobre

Bonjour-bonjour

 

Vaincre la mort, prolonger indéfiniment la vie, telle est l’obsession qui anime l’humanité depuis son origine. C’est ainsi que, de Mathusalem qui vécut selon la bible 963 ans, jusqu’aux recherches actuelles qui considèrent le vieillissement comme une pathologie à combattre, la mort cesse progressivement d’être un évènement inexorable pour n’être qu’un accident de l’espèce humaine. 

« Alors que depuis des siècles, l’humanité rêve de ralentir le vieillissement et de repousser les limites de la vie, des progrès scientifiques récents ont permis à une équipe de chercheurs de faire une découverte qui pourrait bien changer la donne. » peut-on lire dans cet article : mais de quelle découverte s’agit-il ? Lisons la suite : « Cette découverte repose sur des années de recherche minutieuse et de collaboration internationale. Les scientifiques ont examiné des composés chimiques qui pourraient potentiellement prolonger la vie humaine de manière significative. Les résultats préliminaires sont prometteurs, mais beaucoup de questions demeurent. »

 

- Il est vrai que la Fontaine de Jouvence est un mythe fort ancien : hors mis une efficacité à confirmer, quelle originalité auraient ces recherches scientifiques ? C’est qu’aujourd’hui nous considérons ces recherches comme susceptibles d’affecter l’humanité toute entière, et non tel ou tel personnage individuel. Que se passerait-il si demain on ne mourait plus du tout, ou seulement sur commande ? Chaque mort serait soit un homicide soit un suicide et donc l’humanité serait composée de vieillards – à moins que la vieillesse ne disparaisse avec la mort ?

Utopie ou dystopie ? Fiction romanesque sans intérêt ou prévision de l’avenir scientifique ?

C’est cette question que la découverte de « composés chimiques » susceptibles de prolonger la durée de la vie de manière significative vient à poser : « Alors que certains voient cette découverte avec optimisme, d’autres la perçoivent comme une menace potentielle. La société doit se préparer à un débat sur l’impact de cette technologie sur l’humanité dans son ensemble » (Art. cité)

Mettant à l’écart le récit théologique des débuts de l’humanité, le point de vue que nous prenons au sérieux aujourd’hui est social et il traduit un souci bien réel : celui du vieillissement effectif de nos sociétés, illustré par l’exemple de la Chine (Cf. Post du 7/10). Ce que nous montre cet exemple c’est que lorsque les Mathusalems seront de plus en plus nombreux, alors il y aura de moins en moins de nourrissons. 

La Bible ne se pose pas nos problèmes – pour elle il n’y n’a pas de place pour les enfants : Dieu a créé Adam, puis Eve, puis il laisse le pouvoir d’engendrer au couple primordial. Sa mission ? : « Croisez et multipliez » jusqu’à emplir la planète et consommer tout ce qu’elle produit (Gen 1-28)

Oui : et après ? Y a-t-il un blocage un fois la limite atteinte ? Et si oui, que se passe-t-il ensuite ? 

Et qui va payer les retraites ?

lundi 12 août 2024

Question de point de vue – Chronique du 13 aout

Bonjour-bonjour

 

Dans une page de Darknoodle réservée à l’humour noir, le dessinateur Glenn nous propose cette réflexion sur la vie et la mort : 

 


Traduction :

- Mitch, je meurs

-Je suis désolé. La mort fait partie de la vie, je suppose.

- Bah, techniquement, MA mort ne fait pas partie de MA vie. C'est l'opposé de ma vie.

- C'est vrai. Alors tu meurs quand ?

 

Voici une jolie façon de repérer le contraste entre la théorie et la réalité – du moins celle qui implique un changement de point de vue. Celui qui meurt suit une logique que la logique ne connait pas : possesseur d’une vie (disons : a) il devrait en effet être à l’abri de la mort qui représente l’opposé (non-a). Mais pas à l’abri de mourir qui pose le passage de (a) à (non-a). C’est ce passage du principe au fait qui donne cet effet comique : montrer que la mort, illogique du point de vue de la vie ne nous rend pas immortels pour autant.

Et c’est cela l’humour noir.

------------------------

P.S. Sur cette opposition vie/mort voir Epicure - Lettre à Ménécée

jeudi 20 juin 2024

Dors en paix, Donald Sutherland – Chronique du 21 juin (2)

Bonjour-bonjour

 

On annonce la mort de Donald Sutherland survenue hier à l’âge de 88 ans.

 

 

De l'étoile qu'on lui décerna à 75 ans sur le « Boulevard de la Gloire » d'Hollywood, Donald Sutherland affirma qu'elle valait mieux qu'une pierre tombale. (lu ici)

La gloire de la reconnaissance comme seule épitaphe à inscrire sur sa pierre tombale, voici le choix d’un homme qui n’a pas cherché ailleurs que dans le souvenir des autres hommes la seule trace qu’il voulait laisser.

Il ajouta aussitôt : « Vieillir », confia-t-il au magazine Esquire, « c’est comme avoir un nouveau métier mais qu'on n'aurait pas choisi ». Étonnante affirmation : vieillir n’est pas simplement un état : c’est aussi une activité aussi sérieuse que l’exercice d’un métier, qui requiert à la fois de la compétence et – pourquoi pas ? – une formation continue.

Irons-nous jusqu’au bout de la métaphore proposée par Donald Sutherland ? Comme de dire que la mort n’est finalement qu’un licenciement lors que le vieux ne fait pas bien son boulot de vieux ? Ce qui supposerait qu’on meurt par incompétence à vieillir ?

dimanche 19 mai 2024

Ces pays où la loi vous interdit de mourir – Chronique du 20 mai

Bonjour-bonjour

 

Lu ceci : « Que ce soit parce qu’il y fait trop froid pour que votre corps se décompose ou parce que cette zone ne dispose pas des infrastructures nécessaires… mourir peut bel et bien être interdit par la loi.

Ainsi de Svalbard, Norvège, où l’on interdit les enterrements en raison du permafrost qui empêche la décomposition des corps. À Miyajima, au Japon, on interdit naissances et décès pour préserver la pureté sacrée de l'île, en raison du manque d'infrastructures médicales.

Du côté de la France, en 2007 à Cugnaux, le maire, Philippe Guérin, avait pris un arrêté municipal qui interdisait à toutes personnes de mourir sur le territoire de la commune, car le cimetière était surchargé. Étaient exemptés les individus ayant déjà un caveau familial à disposition. 6 mois plus tard, la préfecture a annoncé la construction d’un nouveau cimetière et tout est rentré dans l’ordre. » 

 

Surcharge d’un cimetière à Hayange (Lors du tournage de « Leurs enfants après eux ») 

 

Il est amusant de constater la contradiction portée par d’une loi interdisant de mourir, car en cas de refus d’obéissance, qui payera l’amende ? La mort qui met un terme aux poursuites judiciaires peut-elle être elle-même l’objet de sanctions ?

Il est une autre contradiction qui consiste dans le fait que les morts doivent laisser la place aux nouveau-nés : comment faire dans un lieux où personne ne mourait, pour accueillir les naissances ? On voit que seuls le japonais de Miyajima affrontent le problème en interdisant aussi les naissances.

Occasion de le rappeler : mourir est une forme de solidarité à l’égard des nouvelles générations. Vous-même, y avez-vous songé ? Je veux dire : avez-vous remercié vos grands parents pour être mort à temps pour vous laisser la place ? Et plus généralement, avez-vous remercié les fauteurs de guerre qui ont fait place nette pour votre génération ? 

Les boomers ne l’ont pas fait, je sais.

Mais ils auraient dû.