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mardi 24 février 2026

Euthanasie : un oxymore – Chronique du 25 février

Bonjour-bonjour

 

La future loi porte comme titre : loi sur la « fin de vie », montrant à quel point le vocabulaire utilisé est sensible. Car, par « fin de vie », il faut entende « mort », tout simplement. Quant à « euthanasie », le terme le plus précis pour désigner cette idée, il est proscrit sans doute pour son relent délétère venu de son emploi pour désigner l’éradication des handicapés du temps des nazis.

Dont acte. Moi je trouve qu’il est dommage de ne pas chercher derrière l’étymologie un sens plus profond au terme « euthanasie ». Car dans son étymologie grecque il signifie « bonne-mort » : est-il possible que la mort soit « bonne » ?

Bien sûr, n’importe quelle IA met fin à cet étonnement :

« Sens originel : Dans l’Antiquité, le mot n’avait pas du tout le sens médical ou juridique actuel. Il désignait : une mort paisible ; puis une mort sans souffrance ; enfin une mort digne, survenant naturellement à la fin d’une vie accomplie

On trouve cette idée chez les philosophes grecs et latins : l’idéal était de quitter la vie sereinement, sans agonie prolongée.

Peu à peu, le terme en vient à désigner : l’acte de provoquer volontairement la mort pour mettre fin aux souffrances. Ce qui est le sens contemporain. » (Source chatGPT)

 

Mais l’étonnement subsiste, car mourir est un évènement qui est environné d’autres faits.

* Pour les croyants, peut-être s’ils imaginent-ils que le paradis leur tend les bras. Mais la mort peut aussi être synonyme d’entrée en Enfer – et là rien de bon ne les y attend. 

* Quant aux épicuriens et autres athées, si la mort est néant, elle signifie aussi la perte des plaisirs qui faisaient tout le bien de la vie. Comment souhaiter cela ?

* A moins de définir le bien comme la simple cessation d’un mal ? Occasion de faire un tour du côté de Schopenhauer pour qui le bien est un soulagement dans la souffrance permanente qui caractérise la vie ? La « bonne mort » serait alors symétrique d’une « mauvaise vie » ?

* Bien sûr on peut aussi voir le bien comme l’effet d’un accomplissement – à définir avec Aristote.

--> Dans un simplement mot des océans de réflexion… et de perplexité ! On comprend que l’Assemblée Nationale planche là-dessus depuis plusieurs dizaines d’années.

vendredi 31 janvier 2025

Faut-il croire que les morts soient morts ? – Chronique du 1er février

Bonjour-bonjour

 

« Je ne crois pas que les morts soient morts. Ceux qui sont de l’autre côté influencent notre vie. » a déclaré François Bayrou le 27 janvier en évoquant sa foi chrétienne.

Le Premier ministre a, dans le même temps, annoncé vouloir scinder en deux le texte sur la fin de vie, focalisant le débat sur les soins palliatifs et menaçant de le stériliser sur l’aide active à mourir. Cette attitude a été reliée à ses déclarations sur ses convictions concernant la mort.


On va pousser des hauts cris, parler du viol de la laïcité, du mépris pour les libertés républicaines, de la soumission à un ordre religieux révolu. Il n’empêche : nos croyances sont bel et bien mobilisées par cet engagement totalement dogmatique – qu’il soit pour ou contre le projet de loi.

Et en effet : si je me prononce pour que soit mis un terme de la vie, quelle que soit la pathologie qui la brise, tant qu’elle est là, la question de son destin mortel est ouverte. 

- En étant mortel, à quel avenir me conduit la mort ? Suis-je anéanti, réduit à une mutation dans laquelle « je » ne peut plus rien signifier et dans lequel je serais dilué ? Ou bien la mort n’est-elle qu’un passage, un sas qui permet d’accéder à un monde différent ? Mon « moi » serait-il maintenu dans son intégrité, resterait-il post-mortem quelque chose qui aurait encore un rapport avec ma vie ?

 

Car c’est là que le problème se pose : si je crois que la mort n’est pas le néant, alors je donne nécessairement un sens particulier à la vie. Même si je crois que je vais me diluer dans un grand « Tout », cet avenir implique ma façon de vivre, par exemple pour me préparer un karma favorable. 

--> Et alors il n’est pas sûr que les souffrances de ma fin de vie n’aient pas également des conséquences favorables pour « après ». Que les athées jubilent en s’imaginant maitre de leur ultime instant – ça les regarde. Mais qu’ils n’oublient pas que la fin de vie est pour les croyants quelque chose de très-précieux.

Qu’on relise la « Prière pour demander à Dieu le bon usage des maladies » de Pascal.

samedi 30 septembre 2023

La France est-elle devenue « Boomerland » ? – Chronique du 1er octobre

 

 


 

Bonjour-bonjour

 

L’exécutif prévoit une hausse de plus de 5 % des pensions au 1er janvier 2024. Cette augmentation correspond en réalité à l’application de la loi.

- Le gouvernement a-t-il choyé les retraités en revalorisant les pensions de 5,2 % ?

Comme on vient de le dire, c’est la loi qui détermine cette augmentation : la hausse des retraites doit correspondre à l’évolution de la moyenne des indices mensuels des prix

- Ce qui est vrai également, c’est que l’exécutif, s’il en avait fait le choix, aurait pu déroger au code de la Sécurité sociale et sous-indexer la revalorisation des pensions par rapport à l’inflation.

David Cayla professeur d’économie à l’université d’Angers a comparé les augmentations de revenus en fonction de l’inflation de plusieurs catégories de personnes : pour les retraités : + 5,2% ; pour les contribuables : + 4,8% ; pour les épargnants (livret A) : +3% ; pour les fonctionnaires : + 1,5%

Et l’économiste d’ironiser « Moralité, plus on est productif, moins on est protégé de la hausse des prix. »

De leur côté, plusieurs éditorialistes de droite, telle Eugénie Bastié, ont également déploré un « coup de pouce » aux retraités, ironisant sur une France devenue « Boomerland ». (Toutes ces citations lues ici)

 

Cette polémique me renvoie à la légitimité des retraites : quel droit ont les vieux en tant que vieux à bénéficier de l’aide à vivre fourni par les générations nouvelles ?

La question ne se poserait pas si les retraites étaient alimentées par des fonds de pension, autrement dit si les vieux étaient rentiers. Mais ce n’est pas le cas et la réforme de l’âge de départ à la retraite l’a mis sur le devant de la scène : c’est la solidarité intergénérationnelle que l’exécutif a voulu sauver… en privant les futurs retraités de deux ans de retraite.

Mais si nous y pensons sérieusement, on se rappelle que certaines sociétés traditionnelles ne prenaient pas en charge les vieux devenus des bouches improductives à mourir. On se rappelle « La ballade de Narayama », le fim japonais des années 80, que Wiki résume ainsi : « Au Japon, la coutume ubasute veut que les habitants arrivant à l'âge de 70 ans s'en aillent mourir volontairement au sommet de Narayama, « la montagne aux chênes », aidés par leur fils aîné. »

A l’heure où l’on débat de la « fin de vie » et où la mort volontaire apparait comme la preuve d’une liberté d’exception, on pourrait mettre dans la balance le coût des pensions pour les actifs – qui pourraient faire un meilleur emploi de tout cet argent déversé sur les têtes blanches.

- Allez, Papy ! Un petit tour en montagne ?

vendredi 10 mars 2023

Notre avant-dernière volonté – Chronique du 11 mars

Bonjour-bonjour

 

Hier, un diner à l’Élysée réunissant une quinzaine de personnalités dont six représentants des cultes, a permis au Président Macron de sonder les avis de ses convives sur un débat qui s’ouvre au Parlement sur « l’aide active à mourir » (Autrement dit on a parlé d’euthanasie mais sans prononcer le mot.) – Lu ici.

 

Éludant l’expression de son intime conviction (1) il a posé la question de savoir si ce droit serait un « droit créance », autrement dit si la demande d’aide active à mourir constituerait « une prétention légitime à obtenir [de la collectivité] les interventions requises pour que soit possible l'exercice de la liberté » (sur le droit créance lire ici)

Le sujet mérite de retenir l’attention, car si ce droit était proclamé, il y aurait dans les hôpitaux, à côté des services de soins palliatifs, un service « aide active à mourir ». La mission des médecins serait alors non plus de secourir la vie mais d’aider la mort à faire son œuvre.

Tel quel ce n’est pas absolument scandaleux ; déjà Platon soulignait que, si quelqu’un est compétent pour donner la mort, c’est bien le médecin. S’il faut mourir, alors autant que ça soit proprement – scientifiquement. Reste que cette idée d’un droit à mourir considéré comme une « prestation » exigible de l’État (comme le droit au travail ou à l’instruction) trouble un peu. Que la mort, ce moment strictement lié à la personne privée, j’oserais presque dire si intime, devienne un service publique est une hypothèse pour le moins étrange. Car on pourrait peut-être choisir sa façon de mourir ? Demander à perdre conscience avant, si on estime qu’une belle mort est sans souffrances et sans conscience ? Ou au contraire si on veut rendre l’âme en louant le Seigneur, souhaiter d’être maintenu conscient jusque dans les derniers affres de l’agonie ? Et,  si quelqu’un, transformant le rêve en cauchemar, se mêlait de choisir à notre place ?

Oui, tant qu’à faire de mourir à volonté, exprimons notre avant-dernière volonté.

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(1) « Emmanuel Macron, au centre de la grande table ovale, a préféré évoquer le concept freudien de « bataille entre Éros et Thanatos » plutôt que de donner des indices sur son intime conviction. » (Art. cité)

samedi 14 janvier 2023

Fin de vie : le clair-obscur des mots et des concepts

Bonjour-bonjour

 

Il faut lire ce passionnant article pour voir combien le « défrichage conceptuel » est important ici. Dans un domaine qui franchit en permanence les limites entre la vie et la mort, rien n’est nuance, car tout engage la vie.


- Ça commence par la mise en cause du terme « dignité » employé dans le contexte de « l’euthanasie ». Car mourir dans la dignité - oui, nous le voulons tous. Par contre lorsque ce terme désigne la mort choisie alors c’est de l’individu que l’on parle, celui qui choisit personnellement de ne plus vivre. Nous sommes dans le « pourquoi ? vivre encore », qui n’a rien à faire avec les techniques scientifiques. 

L'auteur de notre article ajoute alors que, s’agissant de l’homme dans son rapport à sa propre mort, admettons que son attitude peut parfaitement changer tout au long de sa vie – et jusqu’à sa mort inclusivement. (1)

- Autre principe médical : « donner la mort n’est pas un soin » : on se trouve devant une nouvelle bifurcation 

    *soit il s’agit d’aide à l’administration de la substance léthale, 

    * soit d’assistance – « suicide assisté » – (qui peut aller jusqu’à l’administration directe de la mort) ? 

Mais dans tous les cas, les médecins restent (comme on l'a dit) sur le principe que leur participation ne peut être que dans le comment purement technique et non dans le pourquoi qui débouche sur la décision (2).


-->  Si la médecine exclut comme on l’a dit tout geste qui conduit à la mort, alors le geste euthanasique est impossible sauf à le cacher derrière l’administration de toutes sortes de médicaments.

C’est donc sur ce principe purement technique que le débat se tient.

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(1) Un lecture attentive montre que les critiques de l’auteur sont plutôt à charge contre les thèses pro-euthanasie. Mais on peut facilement restituer le contre-champs : si la liberté de choisir sa vie ne peut être fixée une fois pour toutes, reste qu’elle est indispensable pour en fixer la valeur, y compris jusqu’à l’exclure le moment venu.

(2) Aux États-Unis, dans les États qui pratiquent la mise à mort des condamnés par injection léthale, le médecin se borne à placer dans la veine du condamné l’aiguille de la perfusion, mais ce sont des agents du personnel pénitentiaires qui la déclenchent perfusion.

jeudi 8 décembre 2022

Débat sur l'enthanasie : « Plutôt souffrir que de mourir » – Chronique du 9 décembre

 Bonjour-bonjour,


Qui veut être euthanasié ? Ceux qui endurent des souffrances sans espoir de guérison ? Ceux qui vivent encore mais au prix de la perte de tout ce qui fait la dignité d’un être humain ?

 

Les débats de la Convention citoyenne (1) vont sans doute se focaliser sur cette notion de « dignité », tant elle revient constamment dans les propos qui entourent la loi sur la fin de vie.


- Dignité et non souffrance : alors qu’on imagine toujours que réclamer l’euthanasie soit systématiquement lié à des souffrances rebelles aux traitements, les enquêtes d'opinons laissent apercevoir une tout autre réalité : c’est la perte d’autonomie, la dépendance, l’effacement des capacités qui faisaient l’essentiel de la vie des personnes qui prime. L'exemple suivant montre que la paralysie, la perte de la parole, de l’autonomie pour tous les actes de la vie – à commencer par celui de s’alimenter – sont déterminants, quand bien même nulle souffrance physique n’accompagnerait ce triste tableau. 

 

On comprend alors la difficulté qu’il y a à légiférer si l’on doit prendre en compte de tels handicaps, qui ne sont mesurables par aucune échelle médicale – comme lorsqu’il s’agit de souffrances mesurables « sur une échelle allant de zéro à dix ». Qui dira ce qu’est la dignité humaine, de quoi dépend-elle, et comment la mesurer ? Ne serait-il pas alors plus sage d’en rester là, avec notre sédation profonde qui permet de mourir privé de nourriture ? Comment admettre qu’un facteur tel que la dignité soit pris en compte ?  D’autant qu’on peut perdre les facultés qui assurent sa présence longtemps avant d’en mourir.


Et puis, comment être sûr que la souffrance soit un bon critère pour désigner qui peut être accompagné au tombeau ? Voyez La Fontaine et son bûcheron : La mort et le bûcheron nous montre un pauvre homme, écrasé par les misères et harassé par sa tâche, appeler la mort : il souffre trop pour continuer ainsi. La mort surgit et s’apprête à le faucher : mais voilà que l’homme n’est plus d’accord : « Plutôt souffrir que de mourir »

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(1) Qui va débuter ses travaux aujourd’hui même cf. ici

samedi 19 septembre 2020

La nouvelle ballade de Narayama – Chronique du 20 septembre

Bonjour-bonjour

 

Vous avez entendu comme moi le professeur Raoult disant devant les sénateurs : « Cette reprise de l’épidémie n’en est pas une, d’ailleurs la plupart des morts sont des gens qui seraient de toute façon morts dans les mois qui viennent ».

Ces propos font étrangement écho à des déclarations du Président du Brésil, affirmant il y a quelques mois qu’on n’allait pas confiner le pays et donc arrêter son économie pour quelques vieillards qui, de toute manière, allaient mourir. Un même mépris face à la détresse et à la mort des vieilles personnes, l’un pour minimiser la réalité de l’épidémie, l’autre pour manifester que seules les activités économiques étaient importantes.

Ce dédain ne se manifeste-t-il que dans cette perspective, ou bien est-il la pointe extrême de quelque chose qui structurerait en profondeur la société ? On aurait alors la trace d’un mécanisme d’interdépendance sociale, chacun donnant et recevant des autres, et les improductifs tels que les enfants, les chômeurs, les malades n'étant considérés que comme futurs contributeurs à la communauté. 

Vous me voyez venir, je suppose : les vieux, les retraités, qui n’ont plus rien à donner et tout à attendre des autres, pourquoi ne pas les euthanasier ? – ou du moins les laisser mourir naturellement, sans s’acharner à les maintenir en vie ? C’est tellement vrai que les civilisations qui protègent les vieux et leur rendent un véritable culte après leur mort, comme les Romains de l’antiquité, estimaient que par leur proximité avec l’au-delà, les vieux avaient déjà la communication avec les âmes des défunts et étaient capable d’intercéder en faveur des vivants qui craignaient beaucoup leur méchanceté. C’était une façon de rétablir l’échange généralisé dans la société : "je te protège dans la faiblesse de tes vieux jours, mais n’oublie pas de parler en ma faveur aux mânes des ancêtres."


 En 1983 le film japonais de Shohei Imamura racontait comment dans le Japon traditionnel on emmenait les vieux âgés de 70 ans au sommet de la montagne de Narayama pour les abandonner à la mort.



Et si le corona-virus19 était notre montagne de Narayama à nous ?

dimanche 12 mai 2019

L’ARRÊT DES TRAITEMENTS, DERNIER ÉPISODE DE L’AFFAIRE VINCENT LAMBERT

Le médecin de l’ex-infirmier en état végétatif depuis dix ans a annoncé qu’il arrêterait les soins la semaine prochaine. Les parents, contre cette décision, veulent poursuivre leur combat. (Lu ici)



Que  dire encore aujourd’hui, le 13 mai 2019, à propos de Vincent Lambert ? Que dire sinon que personne ne sortira indemne de l’examen de la photo de cet homme dont le regard reflète une angoisse et une souffrance muette, comme s’il savait déjà qu’il allait mourir du fait de l’arrêt de la nutrition et de l’hydratation.
Je voudrais qu’on ne s’arrête pas à son cas particulier, qu’on oublie l’acharnement judiciaire qui l'a fait remonter jusqu’à l’ONU, qu’on ne le prenne que comme un exemple parmi d’autres d’euthanasie, cas où un homme – le médecin en l’occurrence – décide d’arrêter les traitements parce que cette vie n’en est plus une. On a affaire selon moi à un dilemme symétrique, mais équivalent, de celui de l’avortement, lorsqu’il faut arrêter les battements du cœur du fœtus, considérant qu’il n’est pas encore un être humain et que la morale ni la justice ne s’y opposent. Dans les deux cas, un homme tranche du statut d’être humain d’un autre – ou plus exactement qu’il peut décider de qui est un être humain et qui ne l’est plus – ou pas encore.

Hier, je disais à propos de l’opération visant à libérer les otages du Burkina que, pour en juger, on était obligé de prendre le risque de choisir ses valeurs sans jamais pouvoir démontrer rationnellement qu’elles étaient mieux fondées que les autres. Hé bien le cas d’aujourd’hui illustre parfaitement cette situation.