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dimanche 12 octobre 2025

Sébastien Lecornu, le moine soldat – Chronique du 13 octobre

Bonjour-bonjour

 

Le nouveau gouvernement est en place ; la question que je pose est, non pas « avec qui ? », mais « qu’en pensent les gens ? » Autrement dit : saisir le reflet de cet évènement sur le contre-champs, dans l’opinion que les citoyens ont des hommes et des femmes qui nous gouvernent.

Et là, pas d’équivoque : alors que Sébastien Lecornu gagne 11 points d'opinions favorables en un mois, la popularité des ténors de l'ex-socle commun – Edouard Philippe, Gabriel Attal, Bruno Retailleau, Gérald Darmanin – est en forte baisse (voir ici). L’idée est que le Premier ministre apparait comme un homme de bonne volonté, qui est sans ambition politique personnelle, et qui s’efforce de « faire le travail » qui est de mettre sur pied un gouvernement qui va assurer la vie quotidienne des français – alors que d’autres sont perçus comme des gens qui par ambition personnelle ont refusé de le faire voire même ont empêché d’autres de le faire.

- C’est une image réaliste de la politique qui se dessine dans l’esprit des français : l’homme politique n’est pas celui qui chante la gloire du pays, ni qui apporte des plans de combats pour atteindre des lendemains qui chantent. Non : l’homme politique c’est comme le jardinier que j’ai embauché pour faire mon jardin : qu’il s’y prenne comme il veut, mais qu’il fasse le job. Je ne l’ai pas embauché pour qu’il me chante des barcaroles.

Sébastien Lecornu a bien compris ça, en se définissant comme un « moine soldat », en allusion à ces religieux du 12èmesiècle qui combinaient cet engagement avec le service militaire ou hospitalier (les templiers, par exemple.) Ce terme est aujourd’hui usité pour désigner des gens durs au mal et prêts à remplir leur mission en toute circonstance.

On me dira que le RN quand à lui gagne toujours des points d’opinion favorable, même dans cette crise où il est du côté des incendiaires qui poussent à l’apocalypse ; c’est que ce parti n’a jamais dit qu’il allait assurer maintenant la survie des français, mais seulement qu’il le ferait dans un monde postapocalyptique. 

Pour lui, pousser à la dissolution-démission c’est justement ça faire le taf.

jeudi 14 novembre 2024

Pour néant pense qui ne contre-pense – Chronique du 15 novembre

Bonjour-bonjour

 

Adèle Van Reeth, la directrice de Radio-France est une femme heureuse. Bien que chahutée par le personnel des stations de radio-France à la suite de sa réorganisation de l’antenne –  avec à la clef une motion de défiance votée par le personnel –  la voici à la tête de France-Inter et de France-info, les deux meilleures audiences mesurées par Médiamétrie.

Dans son élan d’enthousiasme, elle a déclaré : « Le cap que nous suivons est plébiscité : être un média ouvert, joyeux, populaire, qui invite à penser contre soi-même et à se tourner vers l’avenir… sans oublier tout le plaisir que la radio peut procurer. Quelle joie ! ».

« Penser contre soi-même » : diable ! D’où lui vient ce paradoxe, et comment peut-elle se féliciter de pouvoir l’appliquer aux antennes que sont France inter et France info ?

- Notons d’abord que la formule « pour néant pense qui ne contre-pense » est connue pour venir de Montaigne et plus largement, car c’est une formule assez diffusée à l’époque, de la philosophie médiévale, quand des professeurs de scolastique utilisaient la méthode des débats avec argumentation « pro » et « contra », à savoir qu’on devait aléatoirement soutenir les points de vue favorable ou au contraire défavorable à la même thèse. Montaigne qui est en effet imprégné de cette méthode, admettait que nos points de vue habituels sont peut-être relatifs et que le point de vue contraire au notre pourrait bien être recevable : son relativisme était en fait nourri de l’idée que la vérité déborde peut-être le champ de notre savoir, et que des thèses apparemment opposées n’y sont en réalité que les divers aspects de la réalité.

- Bref : comment comprendre que ce soit là un secret de la réussite des stations radios ?

Faudrait-il admettre que le statut de service public comporte l'obligation de donner une  pluralité d'informations parce que c’est justement cette largeur de vue qui permet aux citoyens de forger leur opinions ? Les auditeurs de radio France se verraient proposé une ouverture la plus large des problèmes actuels, alors que ceux des autres médias seraient comme des indiscrets qui se contentent de ce qu’on voit par le trou de la serrure.

 


Dans ce cas, nous ouvrir à la complexité du monde serait bien un service à demander au service public.

jeudi 13 juillet 2023

Un pognon de dingue – Chronique du 14 juillet

Bonjour-bonjour

 

Non, avec le titre de cette chronique il ne s’agit pas de rappeler que pour le Président les secours publics ne faisaient qu’entretenir la pauvreté au lieu de l’éradiquer. Il s’agit plutôt de dire que la dépense de l’Etat en faveur de l’Éducation nationale ne pourrait être soutenue sans de profonds remaniements qui ouvriraient la porte à la privatisation du service public d’enseignement.

==> Suppression des concours (nationaux ou pas), autorité déléguée aux chefs d’établissement, dérégulation du nombre des classes du secteur privé, j’en passe qu’on retrouvera dans cet article du « café pédagogique » signé François Jarraud. Article qui pointe que cette attaque vient cette fois de la Cour des comptes, après avoir été lancée par le gouvernement lui-même et repris par le Séant – excusez du peu !

 

L’intérêt de la chose aujourd’hui est que, venant de la Cour des comptes, l’attaque est budgétaire : la France ne pourra indéfiniment se payer le luxe d’un service public hors de prix. On se rappelle que l’argument valait déjà lors du quinquennat de François Hollande, lorsqu’on disait qu’en matière de santé publique, on devrait faire, comme nos voisins nord-européen,  de meilleurs soins avec moins d’argent. Quelques mois plus tard la pandémie remettait les pendules à l’heure, sauf qu’elle ne permettait pas de mieux remplir les caisse de la Nation.


On le devine, mon propos est de regarder au loin (pas si loin d’ailleurs) : n’allons-nous pas vers une privatisation de l’ensemble des services publics faute de trésorerie pour abonder les caisses ?

Ne serions-nous pas restés dans un régime idéologiquement libéral ?

vendredi 10 mars 2023

Notre avant-dernière volonté – Chronique du 11 mars

Bonjour-bonjour

 

Hier, un diner à l’Élysée réunissant une quinzaine de personnalités dont six représentants des cultes, a permis au Président Macron de sonder les avis de ses convives sur un débat qui s’ouvre au Parlement sur « l’aide active à mourir » (Autrement dit on a parlé d’euthanasie mais sans prononcer le mot.) – Lu ici.

 

Éludant l’expression de son intime conviction (1) il a posé la question de savoir si ce droit serait un « droit créance », autrement dit si la demande d’aide active à mourir constituerait « une prétention légitime à obtenir [de la collectivité] les interventions requises pour que soit possible l'exercice de la liberté » (sur le droit créance lire ici)

Le sujet mérite de retenir l’attention, car si ce droit était proclamé, il y aurait dans les hôpitaux, à côté des services de soins palliatifs, un service « aide active à mourir ». La mission des médecins serait alors non plus de secourir la vie mais d’aider la mort à faire son œuvre.

Tel quel ce n’est pas absolument scandaleux ; déjà Platon soulignait que, si quelqu’un est compétent pour donner la mort, c’est bien le médecin. S’il faut mourir, alors autant que ça soit proprement – scientifiquement. Reste que cette idée d’un droit à mourir considéré comme une « prestation » exigible de l’État (comme le droit au travail ou à l’instruction) trouble un peu. Que la mort, ce moment strictement lié à la personne privée, j’oserais presque dire si intime, devienne un service publique est une hypothèse pour le moins étrange. Car on pourrait peut-être choisir sa façon de mourir ? Demander à perdre conscience avant, si on estime qu’une belle mort est sans souffrances et sans conscience ? Ou au contraire si on veut rendre l’âme en louant le Seigneur, souhaiter d’être maintenu conscient jusque dans les derniers affres de l’agonie ? Et,  si quelqu’un, transformant le rêve en cauchemar, se mêlait de choisir à notre place ?

Oui, tant qu’à faire de mourir à volonté, exprimons notre avant-dernière volonté.

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(1) « Emmanuel Macron, au centre de la grande table ovale, a préféré évoquer le concept freudien de « bataille entre Éros et Thanatos » plutôt que de donner des indices sur son intime conviction. » (Art. cité)

jeudi 19 septembre 2019

PSYCHIATRIE : UN RAPPORT DÉNONCE LA PRISE EN CHARGE "CATASTROPHIQUE" DES PATIENTS

"Sortir la psychiatrie de l'hôpital". Telle est la recommandation centrale du rapport dévoilé par les députées Martine Wonner (LREM) et Caroline Fiat (La France insoumise), sur l'état de la psychiatrie en France. Face à la  "prise en charge catastrophique" des patients en santé mentale, le document recommande de redéployer "80%" du personnel de cette filière "au bord de l'implosion" vers la ville "à l'horizon 2030".
Martine Wonner estime que "la psychiatrie aujourd'hui, c'est comme si des patients en cardiologie arrivaient en état d'infarctus". "Si la souffrance était traitée dès l'apparition des signaux faibles, 90% des patients n'auraient pas à être hospitalisés", ajoute t-elle dans un tweet. Les centres médicopsychologique (CMP) étant "partout saturés" tandis que "le premier rendez-vous avec un psychiatre peut atteindre trois mois, et parfois bien plus". Conséquence, "les patients n'ont d'autre solution que les urgences, puis d'être hospitalisés, alors que la crise aurait pu être évitée". (Lu ici)

Le fait est que si la psychiatrie est telle que décrite ici, alors elle est dans un état absurde : s’il faut se faire hospitaliser pour des troubles qui pourraient être soignés en ambulatoire on va à rebours du chemin suivi dans les autres spécialités où l’on peut être opéré le matin et renvoyé chez soi l’après-midi. D’autant que le traumatisme de l’internement peut être un facteur aggravant des troubles psychiatriques : d’où l’idée de redéployer le personnel de soins psychiatriques vers la ville.
Tout cela est bien connu, puisque le rapport en question ne fait que redire avec force ce que l’on savait par ailleurs. Par contre il serait utile de souligner combien cette situation ressemble à celle qui apparaît dans les autres spécialités médicales, du fait de la pénurie de praticiens de ville. Et c’est là que, par le biais des services d’urgence des hôpitaux, le service public vient au secours de la médecine libérale. Sauf que le service public est comme la belle fille du proverbe : il ne peut donner que ce qu’il a. Et tant qu’on ira aux urgences pour un trouble pénible mais non médicalement urgent ; et si c’est le cas, tant qu’on n’aura pas de services médicaux de proximité capables de répondre à ces inquiétudes, alors on n’aura pas résolu le problème.