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mardi 14 octobre 2025

Totem et tabou – Chronique du 15 octobre

Bonjour-bonjour

 

Alors, c’est fait ? Monsieur Lecornu va obtenir la confiance de l’Assemblée nationale pour présenter son budget – lequel a déjà été détaillé hier en prélude au vote de jeudi prochain ? Et cela en violant consciencieusement un tabou du macronisme à savoir suspendre la réforme des retraites – qui a été érigée en totem par le Président.

Si Freud vivait encore, sûr qu’il se ferait beaucoup d’argent avec les droits d’auteur de son ouvrage de 1913 « Totem et Tabou » – sous-titré : « Quelques concordances entre la vie psychique des sauvages et celle des névrosés » (voir ici)

On aurait en effet une correspondance entre d’une part le totem considéré comme une créature fondatrice du clan, opposé au tabou entendu comme une atteinte impie au totem – ce que pointe l’ouvrage de Freud – et aujourd’hui la croyance quasiment religieuse selon laquelle le travail serait la seule source de la prospérité sociale, opposée au refus du recul de l’âge de la retraite – période bénie où l’homme est affranchi de la servitude du labeur.

- Simple, n’est-ce pas ? Seulement voilà : si la prohibition de l’inceste, dont l’élucidation est l’objet du livre de Freud, suppose bien un retour infantile du totémisme primitif, c’est au prix d’angoisse et de névrose. Et cela concerne aujourd’hui aussi bien le pouvoir en place que les forces de gauche : alors que le premier érige le travail en force sacrée seule capable de soulager l’angoisse de la récession, les secondes considèrent la retraite comme seule capable libérer de l’aliénation du travail – source d’affliction et de malheur.

--> Le respect sacré, voulu par les partisans du Président, de l’âge limite de la retraite - trop précoce selon eux, serait donc calqué sur le totémisme primitif. Ce serait donc ce mécanisme qui imposerait aujourd’hui encore les croyances en une « ligne rouge » sur laquelle le compromis est impossible.


Et c’est sur cela que le gouvernement macroniste a dû reculer hier.

Fin de la crise ?

- En psychanalyse, la guérison passe par la prise de conscience de l’origine du traumatisme. Ici, on aurait à faire à des résidus d’un combat idéologique entre les marxistes et le libéralisme capitaliste. 

Mais alors, si un rapport de force défavorable a fait plier le gouvernement, sommes-nous en droit de supposer que cela s’est fait avec une prise de conscience libératrice des idéologies archaïques ?

dimanche 12 octobre 2025

Sébastien Lecornu, le moine soldat – Chronique du 13 octobre

Bonjour-bonjour

 

Le nouveau gouvernement est en place ; la question que je pose est, non pas « avec qui ? », mais « qu’en pensent les gens ? » Autrement dit : saisir le reflet de cet évènement sur le contre-champs, dans l’opinion que les citoyens ont des hommes et des femmes qui nous gouvernent.

Et là, pas d’équivoque : alors que Sébastien Lecornu gagne 11 points d'opinions favorables en un mois, la popularité des ténors de l'ex-socle commun – Edouard Philippe, Gabriel Attal, Bruno Retailleau, Gérald Darmanin – est en forte baisse (voir ici). L’idée est que le Premier ministre apparait comme un homme de bonne volonté, qui est sans ambition politique personnelle, et qui s’efforce de « faire le travail » qui est de mettre sur pied un gouvernement qui va assurer la vie quotidienne des français – alors que d’autres sont perçus comme des gens qui par ambition personnelle ont refusé de le faire voire même ont empêché d’autres de le faire.

- C’est une image réaliste de la politique qui se dessine dans l’esprit des français : l’homme politique n’est pas celui qui chante la gloire du pays, ni qui apporte des plans de combats pour atteindre des lendemains qui chantent. Non : l’homme politique c’est comme le jardinier que j’ai embauché pour faire mon jardin : qu’il s’y prenne comme il veut, mais qu’il fasse le job. Je ne l’ai pas embauché pour qu’il me chante des barcaroles.

Sébastien Lecornu a bien compris ça, en se définissant comme un « moine soldat », en allusion à ces religieux du 12èmesiècle qui combinaient cet engagement avec le service militaire ou hospitalier (les templiers, par exemple.) Ce terme est aujourd’hui usité pour désigner des gens durs au mal et prêts à remplir leur mission en toute circonstance.

On me dira que le RN quand à lui gagne toujours des points d’opinion favorable, même dans cette crise où il est du côté des incendiaires qui poussent à l’apocalypse ; c’est que ce parti n’a jamais dit qu’il allait assurer maintenant la survie des français, mais seulement qu’il le ferait dans un monde postapocalyptique. 

Pour lui, pousser à la dissolution-démission c’est justement ça faire le taf.

samedi 11 octobre 2025

M. Lecornu : l’homme qui démissionne plus vite que son ombre – Chronique du 12 octobre

Bonjour-bonjour

 

Je viens de faire un rêve étrange : il faut que je vous raconte ça.

 

C’est une scène qui ressemble à une séquence de western. Il s’agit d’un petit train qui ressemble justement à ceux qui font « tchou-tchou » dans les vieux films du Far-West. 

Il avance sur une voie escarpée, à flanc de montagne au bord d’un ravin avec un dénivelé d’au moins 150 mètres. Soudain il s’arrête : un éboulement rocheux sur la voie, sans doute provoqué par des bandits qui se ruent sur le train : voici que réunissant leurs forces ils poussent le train qui bascule dans le vide et va s’écraser tout en bas du cañon.

Mais que se passe-t-il ? Voici qu’avec des cris d’effroi tous les bandits sautent dans le vide et vont s’abimer sur l’épave du train : ils ont été poussés dans le ravin par le 22ème de cavalerie qui vient tout juste d’arriver.

 

 


Étrange ce rêve ? Oui, mais pas tant que ça : l’actualité politique en est sans doute l’origine. Décryptons :

- Le train c’est le gouvernement, difficilement mis sur les rails par un Premier Ministre qu’on sait exposé à la censure des députés ;

- Les bandits qui poussent à la catastrophe, ce sont justement les députés qui n’ont de cesse de provoquer une crise politique sans précédent ;

- Mais le 22ème de cavalerie, c’est la constitution, manœuvrée par le Président :  il dissout l’Assemblée renvoyant tous ces députés-naufrageurs devant leurs électeurs qui vont ce jour-là préférer la pèche à la ligne à la fréquentation des urnes.

 

Voilà pourquoi mon rêve risque bien de ne pas se réaliser ; le scénario de mon Western sera sans doute que le train arrivera à bon port.