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dimanche 12 octobre 2025

Sébastien Lecornu, le moine soldat – Chronique du 13 octobre

Bonjour-bonjour

 

Le nouveau gouvernement est en place ; la question que je pose est, non pas « avec qui ? », mais « qu’en pensent les gens ? » Autrement dit : saisir le reflet de cet évènement sur le contre-champs, dans l’opinion que les citoyens ont des hommes et des femmes qui nous gouvernent.

Et là, pas d’équivoque : alors que Sébastien Lecornu gagne 11 points d'opinions favorables en un mois, la popularité des ténors de l'ex-socle commun – Edouard Philippe, Gabriel Attal, Bruno Retailleau, Gérald Darmanin – est en forte baisse (voir ici). L’idée est que le Premier ministre apparait comme un homme de bonne volonté, qui est sans ambition politique personnelle, et qui s’efforce de « faire le travail » qui est de mettre sur pied un gouvernement qui va assurer la vie quotidienne des français – alors que d’autres sont perçus comme des gens qui par ambition personnelle ont refusé de le faire voire même ont empêché d’autres de le faire.

- C’est une image réaliste de la politique qui se dessine dans l’esprit des français : l’homme politique n’est pas celui qui chante la gloire du pays, ni qui apporte des plans de combats pour atteindre des lendemains qui chantent. Non : l’homme politique c’est comme le jardinier que j’ai embauché pour faire mon jardin : qu’il s’y prenne comme il veut, mais qu’il fasse le job. Je ne l’ai pas embauché pour qu’il me chante des barcaroles.

Sébastien Lecornu a bien compris ça, en se définissant comme un « moine soldat », en allusion à ces religieux du 12èmesiècle qui combinaient cet engagement avec le service militaire ou hospitalier (les templiers, par exemple.) Ce terme est aujourd’hui usité pour désigner des gens durs au mal et prêts à remplir leur mission en toute circonstance.

On me dira que le RN quand à lui gagne toujours des points d’opinion favorable, même dans cette crise où il est du côté des incendiaires qui poussent à l’apocalypse ; c’est que ce parti n’a jamais dit qu’il allait assurer maintenant la survie des français, mais seulement qu’il le ferait dans un monde postapocalyptique. 

Pour lui, pousser à la dissolution-démission c’est justement ça faire le taf.

mardi 29 avril 2025

Aux armes citoyennes ! – Chronique du 30 avril

Bonjour-bonjour

 

Lu ce matin cet article analysant un fait peu contestable : quatre-vingt ans après les premières élues, « la politique française ne considère toujours pas les femmes comme légitimes à exercer le pouvoir ».

Si les femmes sont toujours minoritaires sur les bancs de l’assemblée, elles le sont encore plus si on considère la nature du pouvoir qui leur est accordé et qui est le plus souvent subalterne.

Deux raisons sont évoquées : selon l’une, le capital politique des femmes est moindre que celui des hommes. Raison pour laquelle ce sont eux et non elles qui ont le plus de ressources pour gagner les postes à pouvoir important. Mécanisme courant et qui pourrait sans scandale s’inverser : « Les femmes ne sont pas forcément discriminées en tant que femmes, mais parce qu'elles ont moins de ressources politiques. »

 Mais on ne doit pas oublier le poids d’une certaine tradition pour laquelle les femmes ne sont pas légitimes à exercer le pouvoir.

--> S’agit-il pour les femmes de revendiquer le partage du pouvoir au nom de leur féminité ? 

Pas du tout ! « Le pouvoir ne se donne pas, il se conquiert. Il faut donc que les femmes se battent, qu'elles investissent les partis politiques et qu'elles conquièrent des postes. » Tel est la conclusion de l’article cité.

Rappelons-nous le discours d’Elisabeth Borne lors de son investiture comme 1ère Ministre : « Ma nomination est la preuve qu’il faut que les femmes croient en la possibilité de conquérir le pouvoir. »

-  Allez-y les copines ! Continuez à toquer à la porte. Elle finira par s’ouvrir. Et si elle ne s'ouvre encore pas, enfoncez-la !

lundi 31 mars 2025

Du provisoire définitif – Chronique du 1er avril

Bonjour-bonjour

 

L’application à Marine Le Pen à titre provisoire de la peine d’inéligibilité pour 5 ans soulève des contestations politiques, mais aussi juridiques. Comment est-il possible de prétendre que cette peine soit « provisoire » alors même qu’elle est d’ores et déjà mise en œuvre ?  Si après l’avoir appliquée on juge que madame Le Pen est innocente des faits pour lesquels elle a été déclarée inéligible, elle a pourtant bien été définitivement empêchée de se présenter à la Présidence de la République. On devrait dire alors que cet empêchement est illégal – et donc ne devrait pas être appliqué.

 

Les juristes sont des gens méthodiques et rigoureux. Ils ne prennent aucune décision qui n’ait été argumentée et justifiée. Écoutons donc ce qu’ils nous disent :

- D’abord cette « exécution provisoire » se justifie par un principe de précaution. Marine Le Pen ayant au cours de son procès refusé de reconnaitre les faits qui l’incriminaient – même les plus évidents et pour lesquels elle n’avait aucune justification à produire – le risque de récidive était avéré.

- Un justiciable mis dans cette situation en raison de son comportement dans l’exercice de ses fonctions (par exemple un enseignant mis en cause pour comportement inapproprié vis-à-vis de ses élèves) est suspendu par mesure conservatoire jusqu’à ce que l’exactitude des faits qui le mettent en cause ayant été réfutée il soit réintégré dans ses responsabilités. Le même raisonnement est appliqué à madame Le Pen jugée par le Tribunal comme étant susceptible de reproduire le délit de détournement de fonds publics.

- Cette mise à l’écart provisoire étant laissée à la discrétion des juges, on estime que leur décision aurait pu parfaitement être autre et on affirme alors que cette sanction est de nature politique et non juridique. La liberté laissée aux juges les dispense de prendre en compte cette objection ; toutefois, la Juge a cru bon de répondre : le fait que madame Le Pen ait l’intention de briguer la présidence de la République rend d’autant plus nécessaire qu’elle soit blanchie de tout soupçon.

 

Alors, oui : malgré la rigueur du raisonnement des juges, la liberté qui leur est laissée ouvre la porte à la critique de décision politique. Résultant de l’obligation de l’individualisation des peines, on ne peut en effet laisser de côté le fait que la justiciable, étant une personnalité politique, le sort qui lui est réservé ait aussi un effet politique. 

Regrettable, mais inévitable.

mercredi 15 janvier 2025

Le Ministre aux poches vides – Chronique du 16 janvier

Bonjour-bonjour

 

C’était un homme fatigué, blanchi sous le harnais, mais qui conservait une petite flamme au fond de ses yeux, une flamme qui disait son plaisir de gouverner. Il venait d’être désigné 1er ministre – du moins pressenti pour l’être et ce jour-là il allait présenter son programme devant les députés réunis pour voter pour ou contre lui.

Et pourtant cette petite flamme vacillait dangereusement, sur le point à tout moment de s’éteindre, car… comment promettre une vie meilleure si les caisses sont vides – et même pire que cela : car il était contraint d’annoncer que non seulement il ne les remplirait pas, mais encore qu’il allait ponctionner les maigres ressources du peuple. 

 


François Bayrou, le 14 janvier au Palais Bourbon

 

Vous le voyez ici, à la tribune, en train de jongler avec les chiffres : il ne baisserait pas le nombre des professeurs ? Oui, bien sûr. Mais à quoi faudra-t-il renoncer pour les maintenir ? Et puis, à quel âge la retraite ? Maintenu à 62 ans, c’est le déficit assuré qu’il faudra un jour prochain compenser par une augmentation des cotisations : ce sont les actifs qui vont vider leurs poches pour assurer les pensions des retraités – ils ne vont pas aimer, et ils vont le faire savoir.

Et voilà notre pauvre ministre qui ploie sous le joug de plus puissant que lui : l’argent. Dans le même temps, Elon Musk, un odieux multimilliardaire américain faisait savoir que son argent lui donnait tous les pouvoirs, du moins tous ceux qu’un pays pouvait consentir suivant la Constitution. L’argent autorise au pouvoir de se déployer parce qu’il apporte la capacité de faire. Ici, point de politique, point de question de légitimité : ce que je peux faire, je le fais si je veux.

Pourtant, notre (éventuel) futur 1er Ministre ne désarme pas : sa fatigue, son découragement, il va les oublier en se livrant à une séance de questions/réponses avec ses compagnons d’Hémicycle, ceux avec qui il partage, non pas forcément des convictions communes, mais une pratique régulière des débats de l’Assemblée Nationale. Évoquer des discussions passées, croiser le fer avec l’opposition sur la question de savoir si le Général de Gaulle était pour ou contre le scrutin proportionnel : voilà qui lui permet de se sentir moins seul, même si au terme de la journée il se sent abattu de n’avoir pu changer les choses.

Ce soir, en se déshabillant pour se mettre au lit, s’il fait tomber de son pantalon quelques piécettes, il va les ramasser en soupirant : un peu de pouvoir au creux de sa main.

vendredi 13 décembre 2024

Enfin, les ennuis commencent ! – Chronique du 14 décembre

Bonjour-bonjour

 

François Bayrou nommé hier premier ministre, a rappelé cette citation de François Mitterrand au lendemain de son élection de mai 1981 : « Enfin, les ennuis commencent ». On aura reconnu une allusion à l’opiniâtre lutte pour le pouvoir qui prend fin avec la victoire… et qui débute avec d’autres luttes pour le conserver.

- Il s’agit d’un rappel du Prince de Machiavel pour qui la conquête et la conservation du pouvoir résument l’essentiel de l’art du Prince, dont même le talent pour bien gouverner et pour faire le bonheur de son peuple est subordonné à l’utilité pour bénéficier du pouvoir.

Et on se prend à s’interroger à propos de François Bayrou : à supposer que son acharnement depuis 50 ans à occuper la première place en politique soit avérée, s’agit-il d’une disposition naturelle dont on ne peut rendre compte parce qu'elle ne dépend de rien, étant elle-même une passion fondamentalement inscrite dans la nature de cet homme ?

Ou, si l’on veut, y a-t-il des personnes qui, de naissance, possèdent le talent et la volonté de dominer les autres non pour les détruire, mais pour obtenir qu’ils le suivent dans leur volonté de dominer ? Si c’est le cas, alors soyons bien attentifs : on doit trouver de gens comme ceux-là non seulement parmi les jeunes loups de la politique, mais encore dans les compétiteurs de tous genres, que ce soit en sport ou dans le monde de l’entreprise – voire même dans les familles ?

- Pourquoi pas ? Mais n’oublions pas l’essentiel : si la gouvernance dont nous parlons doit être reconnue comme une tendance fondamentale, il faut bien la discerner de la violence qui conduit certains à détruire tous ceux qu’ils dominent. L’autorité politique, et toutes les formes de pouvoir dont elle est une variété, exerce cette domination dans le but de démultiplier sa volonté par la volonté de tous. Par contre, le dictateur finit toujours soit par détruire son peuple, soit par être détruit par lui. La politique ce n’est pas cela.

Ça ne suffit pas pour être rassuré.

mercredi 20 novembre 2024

Ose penser ! – Chronique du 21 novembre

Bonjour-bonjour

 

Une émission de France culture aborde un phénomène largement méconnu : celui de l’incertitude devant l’avenir politique. Il faut dire que nous sommes envahis par des spécialistes qui ont la rhétorique nécessaire pour nous persuader qu’ils maitrisent la situation avec suffisamment de certitude pour en prédire l’évolution. Mais en réalité on reconnait les philosophes au fait qu’ils acceptent d’affronter l’incertitude où nous sommes devant cette évolution.

- Selon l’auteur de l’émission, le philosophe pensant l’avenir politique doit affronter l’incertitude de la pensée. Ainsi du philosophe Claude Lefort, qui s’oppose au surplomb des idées : "Il y a une distance (...), entre une philosophie politique de la raison, qui essayait de faire plier les événements aux catégories de la raison qu’ils avaient inventées par avance (...), et le travail de Lefort, c’est-à-dire qu’écrire à l’épreuve du politique, ça veut dire risquer constamment sa parole, l’engagement de sa parole, au contact d’événements qui ne cessent de nous déloger de nos certitudes politiques."

On retrouve cette exclamation de Kant (dans son article « Qu’est-ce que les lumières ») « Sapere aude ! », qu’on traduit par « Ose penser ! ». On songe assez platement qu’il s’agit simplement de dire qu’en mettant sa raison au service de sujets politiques on court de risque de déplaire au Prince. Certes – mais plus fortement, il s’agit aussi de sujets pour les quels on doit, en tant qu’individus prendre la responsabilité d’une conclusion que le recours à la raison ne suffit pas à confirmer. En démontrant un théorème je ne prends aucune responsabilité, parce que n'importe qui faisant la même démarche arriverait au même résultat. Mais en prévoyant l’évolution d’un régime précis, existant dans un pays donné, vers une démocratie ou au contraire vers le despotisme, je prends le risque de me tromper, erreur qu’on ne peut absolument éviter parce qu’aucun modèle ne vient diriger la pensée. Même la science n’échappe pas à cette incertitude : l’évolution du climat qui n’obéit pas tout à fait aux prévisions pâtit du fait qu’il n’y a pas d’autres planètes où les phénomènes climatiques de la Terre seraient testables.

J’aimerais aussi que cette incertitude devant l’avenir résulte simplement du fait que l’avenir n’est pas connaissable parce qu’il n’est pas encore écrit. 

Et si penser l’avenir c’était aussi (tenter de) le créer ? On sait bien que ça ne suffit pas, mais on voudrait quand même que ce soit un tout petit peu possible.

lundi 5 août 2024

Une France bi-polaire – Chronique du 6 aout

Bonjour-bonjour

 

Un pays qui pousse ses compétiteurs pour aller de l’avant. Un pays qui exulte même quand les résultats des joueurs n’est pas tout à fait au niveau escompté. Un pays qui entonne la Marseillaise à chaque occasion pour stimuler les sportifs…

Mais aussi un pays qui ronchonne à tout moment parce que les services publics n’ont pas le rendement attendu ; un pays qui attend des politiques qu’ils résolvent leurs problèmes, à commencer par ceux de fin de mois ; et puis un peuple qui, revêtu d’un Gilet-jaune, chante la Marseillaise devant un cordon des CRS pour s’attribuer la légitimité démocratique et la refuser aux forces de l’ordre.

o-o-o

Oui, mes cher(e)s ami(e)s, voilà deux portraits contrastés du même pays –  le nôtre – saisi à quelque mois (voire à quelques jours) d’écart. S’il existait une psychiatrie des peuples on dirait bien que ce peuple (notre peuple) est bi-polaire, autrement dit qu’il souffre d’une « maladie mentale sévère qui se caractérisent par une alternance exagérée de périodes dépressives et maniaques chez l’être humain. » (Lu ici)

Certains protesteront : en réalité ces alternances sont des adaptation à des situations contrastées : à une période heureuse, comme celle-ci, s’oppose la crise avec un gouvernement d’incapables. Si l’on voulait caractériser ce qui arrive aujourd’hui, disons que c’est simplement une « euthymie » bien adaptée à ces Jeux, en contraste avec l’angoisse liée à une crise politique grave – et d’ailleurs simplement endormie.

- Et c’est vrai. Sauf que dans la période actuelle, on pourrait aussi bien déprimer : « Combien ça coûte ? Et puis tous ces policiers mobilisés à Paris au lieu d’aller courir après les voleurs, on n’aurait pas mieux à en faire ? Quand on voit toute cette racaille de sportif venus du sud, on se demande où donc est reléguée notre civilisation… »

Hé bien non : ce n’est pas ce qui se passe. Voyez hier le public qui acclame la gymnaste américaine alors même qu’elle a manqué la médaille d’or. Qu’est-ce qui fait chanter de joie le public ? La performance ? Oui, mais pas seulement : c’est la grâce de la sportive.

Et c’est cela la magie du sport – raison de penser que ce qui nous chagrine ce n’est pas une humeur pathologique, c’est la déception de ne pas avoir les mêmes personne à la tête de l’État :

 

Dessin de Plantu

mardi 9 juillet 2024

La politique et l’art de défaire des nœuds – Chronique du 10 juillet

Bonjour-bonjour

 

Le Président de la République se trouve dans le dilemme qui consiste à sauvegarder grâce à une négociation particulièrement habile, ses prérogatives menacées par les élections récentes. Plutôt que de négocier peut-être devrait-il s’inspirer de la légende du nœud gordien ?

 


 

Le nœud Gordien

 

Cette légende raconte qu’Alexandre le Grand arrivant dans la cité de Gordion apprit que celui qui saurait défaire une nœud inextricable attachant au timon le joug  du char du roi de Phrygie, serait le maitre du monde.

Après avoir vainement tenté de défaire le nœud, Alexandre tira son glaive et le trancha, à la suite de quoi les Dieux lui envoyèrent des présages favorables.


Aujourd’hui certains fantasment sur un pareil affrontement entre le Président de la République et le pouvoir législatif à l’issue du quel le Président ferait appel à l’article 16 de la Constitution lui donnant tous les pouvoirs - y compris le pouvoir qui relève du législatif.

- Les philosophes, moralistes ou politiciens ont au cours de l’histoire raisonné sur la question, tel Joseph Joubert avertissant : « Garde-toi de couper ce que tu peux dénouer. » 

Tel est aussi l’avis de Charlotte Girard (constitutionnaliste) dans les colonnes de la revue Politis (voir ici) :

« - Politis : Quels moyens existe-t-il de trancher un conflit important entre le président et le gouvernement ? Faut-il en passer par le recours au peuple ?

- Charlotte Girard : Avant le référendum, il y a un truc qui existe entre représentants politiques, cela s’appelle la négociation. Dans la logique d’une démocratie représentative, les gens donnent mandat à des représentants pour qu’ils se mettent d’accord sur un certain nombre d’orientations politiques. C’est quelque chose que l’on connaît très mal depuis l’avènement de la 5ème République puisque tout était fait pour éviter que les parlementaires parlementent, y compris discutent avec le pouvoir exécutif. » (article cité)


Autrement dit, tentons d’imiter nos amis allemands dont la constitution impose ces négociations qui obligent les membres de la coalition qui brigue le pouvoir à s’engager à respecter les termes de la négociation qui leur en permet l’accès. 

Pour des gens plus habitués à faire des nœuds qu’à les défaire, apprendre ce genre d’exercice serait un exercice profitable.

lundi 10 juin 2024

Dissolution : une régénération du pouvoir – Chronique du 11 juin

Bonjour-bonjour

 

L’annonce de la dissolution de la chambre des députés reste aujourd’hui encore un évènement dont l’émotion n’est pas retombée : n’avons-nous pas là un jeu dangereux choisi par un jeune et irréfléchi Président dont le but serait de satisfaire l’orgueil d’un homme qui s’est défini lui-même comme le « maitre des horloges » ? 

Pourtant et indépendamment de ces opinions circonstancielles, on peut apprécier les mécanismes de la Constitution qui jouent là, sous nos yeux, avec des situations imaginées il y a maintenant plus de 60 ans :

            - Et principalement le fait que cette dissolution soit prévue comme un ressourcement du pouvoir par les élections. Quelque chose comme une régénération du pouvoir par le peuple dépositaire de la souveraineté.

Un exemple d’une telle pratique est fourni par l’Égypte antique sous le noms de « fête-sed » :

- Les historiens spécialistes de l’Égypte ancienne parlent des célébrations rituelles qui accompagnent les 30 ans de règne du Pharaon appelées « fête-sed » :

« L’origine du rituel serait à rechercher dans une antique chasse de qualification destinée à désigner le nouveau chef de clan, après avoir sacrifié l'ancien, devenu trop âgé pour assurer son rôle de chef de chasse.

Le sacrifice, théoriquement pratiqué au bout de trente ans de chefferie, se serait transformé en rite de régénération royal, succédant à une cérémonie d'inhumation d'une statue du pharaon, substitut symbolique du corps du vieux chef sacrifié. » 

La fête-Sed était donc une cérémonie régénératrice que le pharaon pouvait organiser pour montrer à son peuple qu'il était capable de gouverner le pays. À certaines époques, et selon le pharaon, ces fêtes étaient l'occasion de démonstration physique du souverain (course à pied, capture de taureau, chasse au lion ou à l'hippopotame, etc.). » (Lire ici)

 

Bref : on aurait ici la volonté de montrer que le chef est encore assez puissant pour dominer ses adversaires qui briguent sa place, sans quoi il est mis à mort et remplacé par son « challenger » victorieux. Passée inaperçue dans nos démocraties cette régénération du pouvoir est restée présente : personne ne peut conquérir ou conserver le pouvoir sans une démonstration de force.

C’est ainsi que Raphaël Glucksmann reproche à Emmanuel Macron de pratiquer un jeu de roulette russe avec 5 balles dans le barillet.

Ce reproche serait alors non de dissoudre pour redonner la parole au peuple, mais de le faire en prenant des risques insensés. Les westerns nous ont montré que cet affrontement devait s’opérer selon des règles un peu plus équilibrées. Comme le duel final de ce western de série B :


Young Jesse James (1960)


dimanche 7 janvier 2024

Pauvre Elisabeth ! – Chronique du 8 janvier



Bonjour-bonjour

 

Vous l’avez deviné : l’apitoiement présent dans ce titre évoque le sort d’Elisabeth Borne, supposée congédiée dès que les inondations du Pas-de-Calais seront maitrisées.

A l’heure où j’écris ces lignes, rien n’est fait – du moins rien n’est dit – et même les spéculateurs professionnels en sont à écrire des billets remplis de points d’interrogation. Inutile de le dire, je n’en sais pas plus qu’eux, sauf que moi, je peux me contenter d’évoquer mes états d’âme.

Je vois madame Borne comme une fonctionnaire supérieure hyper-compétente, mais dénuée de volonté politique personnelle. Je ne veux surtout pas dire qu’elle soit dénuée d’un horizon de valeurs qui la rattache à un courant de pensées politiques (sans doute de gauche). Mais je crois qu’elle n’a pas d’ambition politique personnelle qui mettrait la préservation de son pouvoir dans la balance dès lors qu’il s’agit de prendre des décisions importantes.

De ce fait je vois madame Borne comme dévouée à sa fonction beaucoup plus que bien d’autres premiers ministres avant elle. En tout cas les noms qui circulent pour son remplacement proviennent de milieux où l’ambition personnelle n’est pas un tabou : après tout, qu’y aurait-il de honteux à chercher sa réussite propre si elle passe par le succès d’une mission de service public ?

Rien de honteux dans la mesure où chacun le sait, si on s’engage en politique avec l’ambition exclusive de servir son pays, on risque de rester éternellement dans l’ombre, un peu comme l’ami de la prima donna qui s’efface au profit des amants qui captent toute la lumière.

Madame Borne n’a sûrement pas d’états d’âme quant à son sort personnel, sinon elle n’aurait pas accepté cette charge. Mais elle doit quand même penser qu’elle a d’autres missions à remplir dans sa fonction de première ministre – mission qu’on ne lui permettra pas d’accomplir, sans doute faute d’incarner une force politique significative.

vendredi 4 novembre 2022

Je persiste et je signe – Chronique du 5 novembre

Bonjour-bonjour

 

Le récent prix Goncourt a donné lieu à un bel exercice de démocratie. Il a en effet été attribué au 14ème tour par 5 voix contre 5, « la voix du président comptant double au 14ème tour » Ce qu’il faut savoir, c’est que, durant les 13 premiers tours, le résultat avait été exactement le même : personne n’ayant fait évoluer son choix, le règlement seul a permis de sortir du dilemme. (Lire ici)

- On dira : « Que les choix n’aient pas évolué, c’était couru d’avance. Chacun sachant que le 14ème tour permettrait de toute façon de régler le problème, il restait à camper sur ses positions tout en tentant de convaincre les autres membres du jury ». Certes. Mais quand dans la vie démocratique réelle on est dans cette situation, nulle voix du Président pour débloquer l’élection, et de toute façon le problème n’est pas là : il s’agit de savoir quelle légitimité aura le parti élu sachant qu’un rien peut lui faire perdre le pouvoir. Les israéliens viennent ainsi de voter pour la 5ème fois en 3 ans et rien ne dit que la nouvelle majorité durera plus longtemps que les précédentes. (Voir ici)

 

- C’est l’occasion de mettre un peu de subtilité dans la réflexion. Car on juge ordinairement que la démocratie c’est la majorité contre la minorité – moyennant quoi le nouveau président a beaucoup de mal à se faire entendre lorsqu’il dit dans son discours inaugural : « Je serai le président de tous ». C’est qu’on croit que la démocratie est un rapport de force par lequel les plus nombreux imposent leur volonté aux moins nombreux. Erreur ! Il s’agit de dégager une volonté générale, chacun votant pour le pays entier et non pour son clan, sa famille ou lui seul. Que cette interprétation soit mal comprise indique de degré de déperdition de la démocratie.

Mais de toute façon, lorsque l’équilibre s’établit entre ceux qui veulent tel parti et ceux qui le refusent, c’est la possibilité de « faire société » qui disparait. Rousseau abordant ce problème disait bien que toute démocratie repose sur une unanimité initiale : chacun doit dire s’il accepte de suivre le choix de la majorité avant d’entrer en association avec ce peuple. Certes cette vision contractuelle de la société et de son régime politique est jugée désuète, mais il n’en reste pas moins qu’à un moment ou à l’autre, chacun doit savoir si oui ou non il accepte la règle de la vie démocratique.

 

Lorsque ceux de droite ne veulent pas s’entendre avec ceux de gauche – et réciproquement – alors la violence seule peut forcer les citoyens à accepter leur destin. Cette violence est d’abord, qu’on le veuille ou non, celle de la démocratie. Et quand le démocratie est impuissante, alors c’est la violence de la rue… ou celle des casernes.

mercredi 6 juillet 2022

Chapeau bas, messieurs les anglais – Chronique du 7 juillet (2)

Bonjour-bonjour

 

Boris Johnson sera-t-il encore 1er ministre lorsque vous lirez ces lignes ? Pas sûr – en tout cas on ne sait pas combien de ministres resteraient alors à ses cotés.

Car scandales après scandales, mensonges après mensonges - et puis nouveaux mensonges pour excuser les anciens, etc… le 1er ministre britannique s'enfonce inexorablement dans l'indignité.

Nous français, on est un peu blasés : quel scandale les britanniques auraient-ils pu inventer pour nous étonner encore, nous qui avons eu, ne l’oublions pas, un ministre du budget en charge de la lutte contre la fraude et lui-même coupable de posséder des comptes off-shore ? 

 

D’abord notons que le 1er ministre a été accablé par la révélation des fêtes auxquelles il participait au 10 downing street avec promiscuité et embrassades au moment même où les britanniques étaient sévèrement confinés et où l’on voyait la Reine, isolée, seule sur le banc de l’église, lors de l’office d’enterrement de son mari le prince Philippe. Terrible image dont Boris Johnson n’a pas pu se remettre.


Mais ce n’est rien à côté du scandale sexuel qui a suivi. Lisez plutôt : « Chris Pincher était, chargé de la discipline parlementaire des députés conservateurs, a dû démissionner la semaine dernière après avoir été accusé d'attouchements sur deux hommes. » Ce responsable de la discipline parlementaire qui pelote des collègues (hommes de surcroit) : notre ministre anti-fraude qui planque son argent en Suisse, c’est du pipi-de-chat à côté !

Mais vous n’avez encore rien vu – lisez la suite : « Un député conservateur soupçonné de viol a été arrêté puis libéré sous caution mi-mai, un autre a démissionné en avril pour avoir visionné des vidéos pornographiques au Parlement sur son téléphone portable ». Oui, vous avez bien lu : faute de pouvoir violer des collègues, les députés conservateurs matent des vidéos pornos au parlement : ça c’est fort – c’est très fort.

 

Chapeau bas, messieurs les anglais : nous on ne saurait pas faire !

samedi 18 juin 2022

Un coup de galerne sur les urnes ? – Chronique du 19 juin

Bonjour-bonjour

 

 La galerne, vous savez ce que c’est ? Il s’agit de ce coup de vent d’ouest qui a fait chuter les températures de 20° en une heure comme hier soir sur le Pays Basque. Brutal retournement, n’est-ce pas ?

Dans le même temps les élections en outre-mer ont déjà rendu leur verdict : « du côté de la majorité, la secrétaire d’État chargée de la mer, Justine Benin, a été battue en Guadeloupe, tout comme le sortant Lénaïck Adam en Guyane » (Lu ici)

 

Avouez que cette mise en parallèle est tentante, mais pour autant est-elle exacte ? Si j’en crois les météorologues, la galerne est un retournement des vents qui, du fait de sa soudaineté est difficilement prévisible : aurions-nous la même situation en politique où l’on voit une ministre mordre la poussière électorale ? Difficile à dire d’autant que les résultats des 14 autres ministres-candidats ne sont pas connus à l’heure actuelle. 

Pourtant on remarquera que ce genre de rupture brutale n’est pas si exceptionnelle en politique ainsi qu’en témoigne l’histoire romaine qui nous a légué ce célèbre dicton : « La roche tarpéienne est proche du Capitole » – qu’on emploie pour signifier qu’après les honneurs, la déchéance peut venir rapidement (1). 

Ce retournement de situation qui nous sidère quand il s’agit de météo ne devrait donc pas surprendre à ce point les élus de la nation. D’autant qu’autrefois on utilisait aussi  ce proverbe pour prévenir que la meilleure façon d’entrainer quelqu'un vers une chute mortelle, est de commencer par l'inviter à monter le plus haut possible. De telles situations abondent dans les romans de Balzac. Ces temps-ci les Rastignac ont proliféré dans les antichambres ministérielles.

Au fait : il y a le portefeuille de la mer à prendre.

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(1) « Arx tarpeia Capitoli proxima » : la roche en question est une sorte de falaise en plein cœur de Rome, à proximité du Capitole lieu du pouvoir dans la Rome antique. C’est du haut de cette falaise que furent jetés les condamnés à mort dont certains responsables politiques déchus. (Lire ici)

vendredi 3 juin 2022

« Good news is bad news » - Chronique du 4 juin

Bonjour-bonjour

 

Aux Etats-Unis le marché du travail est resté solide en mai. De plus, les employeurs qui ne trouvent pas suffisamment de travailleurs par rapport au nombre d'emplois vacants, proposent des salaires plus élevés et de meilleures conditions de travail pour attirer les candidats.

- Bonne nouvelle ? Oui, mais aux Etats-Unis, les bonnes nouvelles sont aussi de mauvaises nouvelles (Good news is bad news)

C’est ce qui se confirme avec l’info suivante : « Des chiffres de l’emploi bien trop solides aux Etats-Unis ont fait baisser la Bourse. Ce paradoxe s’explique dès qu’on sait que la finance espère une autorégulation de l’économie qui ralentirait spontanément sans en passer par une hausse des taux d’intérêts. » (Lire ici)

Ceci confirme que les décisions dont dépendent la vie de chacun d’entre nous ne se font pas une Bible à la main, ni en consultant la Déclarations des droits de l’Homme ; mais plutôt en suivant les courbes de Wall-Street. Sans évoquer la théorie du ruissellement qui a si mauvaise presse actuellement, l’idée que le fonctionnement mécanique des marchés pourrait améliorer la vie des hommes est considérée comme une niaiserie.

L’occasion est belle pour les crypto-marxistes de dire que seuls les rapports de force peuvent améliorer la vie des hommes. Et que la social-démocratie qui espère réconcilier la finance et le bonheur des hommes (sans parler de l’avenir de la planète) ne peut séduire que les simple d’esprits.

On serait alors devant le choix suivant : ou bien le libéralisme ; ou bien le mutualisme (incluant au passage la nature dans ce dispositif) ; mais dans les deux cas, un principe unique doit régenter la vie des hommes. Pourtant on a encore à l’esprit les catastrophes générées par de tels systèmes, qu’ils soient soviétiques (avec la faillite économique) ou financier (avec, comme on vient de le signaler, l’indifférence à la misère humaine)

Or il est bon de rappeler que les grands mythes de l’humanité ont fait appel à la combinaison de deux principes originels. Polemos et philia, le yin et le yang sont des forces contraires dont l’équilibre est indispensable pour que le monde soit.

 


Alors, pourquoi pas la lutte pour la vie et le solidarisme ?


Le « Un » est mortifère pour les sociétés humaines. Le « Deux » qui implique négociations et co-dépendance est le seul modèle qui peut encore relancer notre vie.

jeudi 5 mai 2022

L’union de la gauche : « Ici est la force » – Chronique du 6 mai

Bonjour-bonjour

 

Après EELV et le PC, voici que le PS entérine l’entrée dans la « Nouvelle union populaire » propulsée par les Insoumis, sous la direction de Jean-Luc Mélenchon.

On va s’étonner que les partis en question aient pu s’entendre sur un programme si contradictoire avec leur buts principaux. On dira que la soif du pouvoir fait avaler aux élus sortants des couleuvres bien longues et bien grasses. Oui – mais on ferait mieux d’observer que l’union de la gauche déjà a été réalisée dans les urnes le 24 avril sur le nom de Mélenchon.

On a évacué ce fait en disant que c’était là un vote utile : c’est insuffisant ; le parti des Insoumis a quant à lui réclamé qu’on considère ce vote comme un vote d’adhésion : c’est trop. L’analyse la plus proche de la réalité objective, c’est à Jean-Luc Mélenchon qu’on la doit « Nous disons à tous ceux qui n’ont pas voulu l’entendre : ici est la force. » (Lu ici)

 

C’est vrai, et c’est même ce qu’on savait depuis le 24 avril. Reste qu’on ne sait pas exactement sur quel projet cette union s’est faite lors du 1er tour des présidentielles. Car si le projet des Insoumis n’avait pas rallié selon les sondages une majorité assez large pour qualifier Mélenchon pour le second tour, il n'en reste pas moins que les votants qui l'ont choisi cherchent une ligne politique que seule la gauche peut porter... Oui mais laquelle ?

Je dirais bien qu’il s’agit de réaliser une plus grande justice sociale, mais en disant cela je m’expose à des ambiguïtés redoutables. Car François Hollande qui devait lutter en 2012 contre la crise des dettes souveraines a décidé par esprit de justice de faire payer plus d’impôts à tout le monde, du plus riche au plus pauvre. On voit où en est le PS après cet exploit.

dimanche 10 avril 2022

Les femmes d’abord ! – Chronique du 11 avril

Bonjour-bonjour

 

Valérie Pécresse 4,79%, Anne Hidalgo 1,7% : les femmes ont été à la peine hier soir.

On objectera que Marine Le Pen s’en tire haut la main avec 23% et la qualification pour le second tour. C’est vrai,  mais n'oublions pas primo qu'elle n'a pu conquérir le pouvoir dans son parti que par la grâce de l’héritage du chef.

Et qu'ensuite elle a dû batailler pour conserver cette place devant les attaques d’hommes avides de la remplacer.


Je suis convaincu que ni madame Pécresse, ni madame Hidalgo ne sont responsables en tant que femmes de cette débâcle - ni que la féminité de madame Le Pen soit en cause d'une quelconque façon.

Car hier soir on l'a constaté : à l’exception de madame Le Pen, les femmes qui ont brigué le pouvoir présidentiel ne l’ont pu que parce qu’il était impossible à atteindre.


- Le PS en miette a laissé la Maire de Paris aller à la bataille : il n’y avait que des coups de bâton à récolter. 

- Quant à madame Pécresse, la place entre Les Républicains qui filaient en douce chez Macron et les « ciotticiens » qui lorgnaient du côté de Zemmour, la planche qui lui était accordée avait été soigneusement savonnée.


Tout cela laisse supposer qu’il y a chez les politiques un clan, un ensemble d’hommes qui sont solidaires pour lutter contre la concurrence des femmes. 

Solidarité ? Ou plutôt communauté d’objectifs : ne laisser aucun espace aux femmes pour accéder à la lumière des médias et des triomphes, qu’on les laisse besogner dur pour réussir pendant que les hommes paressent et attendent de s’attribuer la gloire de leur succès. Car, dès lors que les femmes deviennent visibles, ce détournement de notoriété n’est plus possible. 


On le voit : je ne pense pas qu’il y ait aujourd’hui, chez nous, en politique une opposition old fashion des hommes disant que la place des femmes est aux fourneaux parce qu’elles sont soumises à leurs émotions et incapables de prendre des décisions lorsqu’il est nécessaire d’agir avec force. 

Avec le changement des mentalités, les femmes ont gagné à devenir des ennemis respectables : c’est déjà ça.

lundi 14 février 2022

Qui a une vision de l’avenir ? – Chronique du 15 février

 Bonjour-bonjour

 

Les chroniqueurs politiques s’en donnent à cœur joie en ce moment : les déserteurs, les traîtres, tous ceux qui quittent leur parti politique et ses candidat.e.s pour rejoindre celui ou celle d’un autre parti font florès en ce moment. Occasions en or pour gloser sur les faiblesses de tel ou telle postulant.e à la Présidence – quand ce n’est pour envisager à l’échelle de l’Histoire la recomposition du visage politique de la France. 

J’ai compilé (en annexe) quelques unes des candidatures à l’élection présidentielle (en laissant de côté les candidats auto-proclamés sans soutien véritable) : j'en dénombre une bonne douzaine. On n’oubliera pas que la situation est encore plus complexe qu’il n’y parait déjà, en raison des fractures qui sillonnent les partis, comme le LR facturé entre la tendance macroniste et la tendance marino-zemourienne.

 

D’où vient cette situation ? Bien entendu depuis son origine l’élection présidentielle est l’occasion pour des illuminés ou des farfelus de se faire connaitre grâce à leur présence dans le débat démocratique où ils n’avaient rien à faire. Mais aujourd’hui il s’agit de forces politiques bien présentes dans le pays, même si les élections démocratiques ne les ont pas toutes consacrées. Cette situation exprime-elle un pays fractionné en tendances divergentes, reflet des égoïsmes et du clientélisme qui foisonnent à présent ?

 

Sans doute, mais pas seulement. Nous sommes en réalité dans une situation plus complexe et plus paradoxale : méfiants à l’encontre des dirigeants politiques et aussi des « informés » qui nous abreuveraient de « fake-news », beaucoup de français refusent les dominants de tout poils, à commencer par les « premiers de cordée » si chers à notre Président – mais dans le même temps ils plébiscitent les aspirants-chefs, petits ou grands. Ils ont triomphalement élu Emmanuel Macron, dont le premier coup d’éclat fut de virer brutalement le chef d’état-major en proclamant « Ici c’est moi le chef ! ». L’idylle qui s’épanouit actuellement avec Éric Zemmour aurait sans doute la même saveur si elle devait aboutir.

On fera facilement une psychanalyse de cette ambivalence – je ne le ferai pas. Car il me semble que derrière cette contradiction se cache un besoin très naturel, voire même animal, d’avoir une vigie qui désigne l’horizon et annonce la route à suivre. Ce besoin a été constant dans le siècle dernier – qu’on se rappelle la fortune politique du Guide de la révolution, du Duce, du Caudillo, du Grand timonier, du Führer. Tous ces gens étaient capables de dire au peuple : « Voilà où nous devons aller, et voilà les écueils qu’il nous faut surmonter »

 

On se plaindra qu’ils furent des idéologues extrémistes prêts à entrainer leur pays dans des catastrophes d’où l’on ne revient pas. Sans doute mais eux au moins avaient une vision de l’avenir et c’est cela dont nous avons le plus grand besoin. Bien entendu les révolutionnaires ont tous une telle vision, puisqu’ils n’ont pas de compte à rendre à la réalité : le vieux monde doit être détruit pour qu’advienne cet avenir radieux dont nous rêvons tous.

C’est bien aussi ce que nous constatons : les plus radicaux de nos candidats sont aussi ceux qui dessinent l’avenir d’une ligne parfaitement claire. Dès lors, plus besoin de compétences et de soutien politique : seule compte la force de la conviction. Et ça, ça ne manque pas.

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Liste des principaux candidats à la présidence (voir ici)

A gauche :

Jean-Luc Mélenchon (La France Insoumise) - Christiane Taubira (Divers gauche) - Anne Hidalgo (Parti socialiste)  - 

A l’extrème-gauche :

Fabien Roussel (Parti communiste) - Philippe Poutou (Nouveau parti anticapitaliste) - Nathalie Arthaud (Lutte ouvrière)

A droite :

Valérie Pécresse (Les Républicains) 

A l’extrême droite :

Marine Le Pen (Rassemblement national) - Eric Zemmour (Reconquête !) - Nicolas Dupont-Aignan (Debout la France) - François Asselineau (Union populaire républicaine)

Florian Philippot (Les Patriotes)

lundi 9 août 2021

Duplicité d’Emmanuel Macro : le pari de l’intransigeance – Chronique du 10 aout


 

Bonjour-bonjour

 

L’obligation du pass : à quelques mois de la présidentielle, le chef de l’État n’hésite pas à cliver : malgré la fronde estivale contre sa stratégie sanitaire, il reste largement soutenu par l’électorat qui pourrait lui être favorable en 2022. (Lu ici)

 

- Oui, chers amis, vous avez bien lu : alors qu’en France la question la plus grave du moment est de savoir si nous saurons endiguer la nouvelle vague de la pandémie et aussi si nous saurons sortir définitivement de cette maladie, on lit dans Le monde, noir sur blanc, que le souci premier du Président serait d’assurer sa réélection en 2022 et qu’il ne prendrait ses décisions qu’après avoir considéré leur impact sur son électorat potentiel. 

On peut s’offusquer de cette lecture de la vie politique, considérant qu’il ne s’agit là que de commentaires de presse qui n’engage ni l’objectivité ni la vérité mais seulement l’opinion d’un chroniqueur ; néanmoins, ne doit-on pas croire Machiavel lorsqu’il dit que la duplicité, qui confère à chaque action politique un double sens, est constituante de l’action du Prince ? Qu'il ne doit pas seulement avoir la force d lion, mais aussi la ruse du renard ?

Je comprends qu’on en soit scandalisé : le seul souci d’un chef d’État devrait être d’agir pour le meilleur dans l’intérêt de ses concitoyens, qu’ils soient ses électeurs ou non. Lorsque Churchill dans son célèbre discours de 1940 promettait aux britanniques « de la sueur du sang et des larmes » (1) il ne se souciait certes pas de son avenir politique. Mais par précaution, admettons quand même que le chef de l’État fasse des choix sanitaires en rapport avec la période électorale actuelle et qu’en début de quinquennat peut-être aurait-il pas fait les mêmes : et alors ? Quelles conséquences ?

 

Les optimistes diront qu’il importe peu que ces calculs soient politiciens du moment qu’on peut quand même les évaluer à l’échelle de leur efficacité sanitaire : après tout qu’importe ce qui se passe dans la tête du Président - du moment que ça marche ? S’agissant de l’intransigeance, on a vu qu’après sa déclaration musclée du 12 juillet on s’est bousculé dans les vaccinodromes. 

Les pessimistes diront qu’il n’y a là qu’une heureuse coïncidence et que l’intérêt électoral reste déterminant – moyennant quoi le seul rôle des élections est de contrôler l’efficacité des dirigeants. Si on ne peut faire mieux que d'élire un corrompu, autant choisir celui qui sera en plus efficace.

« (Par le vote) il s’agit … de savoir si le résultat cherché est atteint, c’est-à-dire si les pouvoirs sont contrôlés, blâmés et enfin détrônés dès qu’ils méconnaissent les droits des citoyens. » écrivait Alain en 1925 (lire ici). Si la duplicité des dirigeants consistait à chercher leur bénéfice personnel par leur efficacité et leur compétence au service de tous, qu’aurions-nous à redire à ça ?

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(1) « I have nothing to offer but blood, toil, tears and sweat » – Premier discours de Churchill en tant que premier ministre devant la chambre des communes le 13 mai 1940

lundi 11 janvier 2021

De quoi Donald Trump est-il le nom ? – Chronique du 12 janvier

Bonjour-bonjour

 

On se rappelle l’essai publié par Alain Badiou en 2007, juste après l’élection de Nicolas Sarkozy. On lisait ceci en 4ème de couverture : « Je pose alors que Sarkozy à lui seul ne saurait vous déprimer, quand même ! Donc, ce qui vous déprime, c'est ce dont Sarkozy est le nom. Voilà de quoi nous retenir : la venue de ce dont Sarkozy est le nom, vous la ressentez comme un coup que cette chose vous porte, la chose probablement immonde dont le petit Sarkozy est le serviteur. » De mémoire, Badiou prof à Normale Sup s’adressait à ses étudiants qu’il retrouvait plutôt déprimé au lendemain de l’élection du nouveau président, et ce petit livre contenait la suite de cet entretien. Pour mémoire encore, la réponse finale à la question était que Nicolas Sarkozy réintroduisait en France le pétainisme.

Si la réponse n’était pas la bonne, la question en revanche ne cesse pas d’être pertinente et nous voudrions l’utiliser pour interroger les évènements qui ont eu récemment lieu du Capitole de Washington. On ne s'interrogera pas sur la venue d'un nouveau Président, mais sur le départ de l'ancien : que laisse-t-il derrière lui ?

- Inutile je pense de revenir sur les caractéristiques exceptionnelles du mandat de Donald Trump : on voit bien que l’assaut du Capitole par ses partisans a dévoilé un aspect extrême de cette présidence : cet homme est, au sens plein du terme, un dictateur qui a manœuvré pour affirmer son pouvoir absolu et arbitraire. Jusqu’ici il ne manquait que la prise du pouvoir par sa milice, la quelle est apparue mercredi dernier. Mais durant ces quatre années s'est également dessinée une politique nouvelle, aussi bien dans le domaine des relations internationales qu'à propos du développement économique.

- Je ne prétends analyser pas le contenu de la politique de Donald Trump ; observons plutôt ces commentaires, à mon avis les plus performants, qui voient plus loin et relèvent l’existence d’un véritable courant politique qui s'est dessiné au cours du mandat du président sortant. Il s’agit d’une force beaucoup plus importante que les foucades présidentielles le laisseraient croire, et c’est ici que la question d’Alain Badiou reste pertinente : quelle est donc cette force qui est apparue même aux yeux les moins perçants lors de l’assaut du Capitole ?

- Sans prétendre lire l’avenir qui n’est pas encore écrit, on devine quand même que le libéralisme ne pourrait pas survivre à l’apparition d’une telle force, et que l’économie mondiale serait bouleversée par la fermeture des frontières et le repliement nationaliste sur les territoires nationaux. Bien sûr leur étendue et la puissance économique déjà acquise par les nations seraient déterminantes : à ce jeu la Chine occuperait la tête de la compétition.

Ici, nulle idéologie et nulle orientation politique ; l’enrichissement comme seule boussole : rien de neuf, donc. Simplement des moyens complètements différents d’arriver au but. 

Ne nous hâtons donc pas d’applaudir à la disparition de Trump : ce n’est pas un bouffon qui s’en va, mais c’est une tendance politique neuve qui s’affirme aux États-Unis.