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lundi 19 mai 2025

Qu’est-ce qui fait courir les hommes ? – Chronique du 20 mai 2025

Bonjour-bonjour

 

Vous avez vu ? Lors de la conférence Choose France le Président Macron s’est prononcé pour l’abrogation de l’obligation de la directive européenne du « devoir de vigilance » faite aux entreprise obligées de vérifier que leurs produits sont bien conformes au respect de l’environnement et aux droits humains. Motif ? Rendre sa compétitivité à l’Europe vis-à-vis des entreprises souhaitant investir dans des pays moins regardants sur ces points.

Et bien sûr on comprend que les dollars et les euros sont plus importants que la santé de la planète et la dignité humaine.

Ça ne vous suffit pas ? De quoi Trump et Poutine ont-ils parlé hier au téléphone ? De la paix en Ukraine ? Oui – un peu. Mais surtout, comme l’a tonitrué Trump ensuite, du juteux business qui pourrait se développer entre Russes et Américains – car là encore ce sont ces choses-là qui sont vraiment sérieuses.

Devant tant de cynisme, les passions tristes vous envahissent ? Vous pensez au suicide ?

 


Calmons-nous s’il vous plait ! D’abord, rappelez-vous que la bienveillance et la collaboration entre les hommes ont été dès l’origine des atouts nécessaires à la survie de l’espèce. Ensuite qu’on peut se faire de l’argent tout en faisant le bien de l’humanité. Rappelez-vous d’Alfred Nobel qui a fait fortune avec l’invention de la dynamite. On peut penser qu’il s’agit de la conjugaison de la violence et de l’argent, l’un apportant même l’autre. Mais aussi rappelez-vous que Nobel fonda le prix qui porte son nom : il lègue par testament la quasi-intégralité de sa fortune pour la création d'un fonds dont les intérêts doivent être redistribués « à ceux qui au cours de l'année écoulée auront rendu à l'humanité les plus grands services dans cinq domaines : la paix ou la diplomatie, la littérature, la chimie, la physiologie ou la médecine, et la physique. »

Notre erreur ? Vouloir la pureté à tout prix : il y aurait les bons d’un côté et les méchants de l’autre. Et, comme par hasard il y aurait foule du côté des méchants et personne du côté des bons.

- Mais les choses ne se passent pas comme cela dans la réalité, et il faut penser le mélange de ces ingrédients, comme celui de la dynamite et du Nobel de la paix.

jeudi 20 mars 2025

T’as pas 500 balles ? – Chronique du 21 mars

Bonjour-bonjour

 

Enfin ! Vous allez pouvoir financer l’effort de guerre de la France en cassant votre tire-lire pour donner à la Patrie de quoi acheter un canon Caesar de plus ! Après tout ça ne fait que 4 millions d’euros, grand maximum.

 


Vous ne savez pas comment faire ? Écoutez le ministre de l’Économie, Éric Lombard : « la France va créer un fonds d’investissement ouvert aux particuliers, destiné au financement de l’industrie de la défense ». Porté par Bpifrance, cet instrument permettra aux Français d’investir un minimum de 500 euros, pour une durée de cinq ans minimum. 

Le ministre a ajouté : « Les entreprises du secteur de la défense ont besoin de se développer. Elles auront besoin à peu près de 5 milliards de capitaux privés » Autant dire qu’il y a de la place pour accueillir le contenu de votre tire-lire. (Lu ici)

Présenté sous forme d’un livret patriotique, cet instrument d’investissement cherche à contourner le refus habituel des français de voir leur épargne-écureuil utilisée pour financer l’armement plutôt que les HLM. De plus il y a des grincheux pour remarquer qu’aucun rendement n’a été garanti alors que les capitaux seront bloqués pour cinq ans.

 

Mais enfin ! Alors que vous avez la possibilité de soutenir la Patrie dans sa lutte pour la Civilisation, de faire que nos usines d’armement tournent à plein régime pour la Paix et la Liberté, vous en seriez à compter vos sous-sous, comme un smicard ou comme un radin ?

C’est pas beau, ça monsieur !

samedi 8 février 2025

¡ Hamas y tapas ! – Chronique du 9 février

Bonjour-bonjour

 

0n dira ce qu’on veut de Donald Trump : qu’il est un dangereux psychopathe, que c’est un hurluberlu, qu’il ne faut surtout pas le laisser jouer avec les leviers du pouvoir – on ne peut lui dénier le sens des affaires.

 


- J’en veux pour preuve les entreprises qui applaudissent à tout rompre au projet de transformer la bande de Gaza en nouvelle Riviera.

La preuve : la Trump Golf Charity Foundation prévoit la création de trois terrains de golfs ultramodernes. « C’est tellement simple ! Comme il y a plein de tunnels, on n’a même pas besoin de creuser pour faire un dix-huit trous. » (Lu ici)

- Bon : on reste dans la blague, pas besoin de réagir à ça. Quoique… Un investisseur discret prévoit déjà le lancement d’une chaîne de restauration rapide nommée ¡ Hamas y tapas ! 

- Et alors ? Que des entrepreneurs profitent de l’actualité pour se faire de la publicité gratuite, ça n’est pas une nouveauté non plus.

- « Re-quoique »  – Lisons plus loin : « Pionnière dans l’organisation de visites de Tchernobyl, une agence de tourisme événementiel se targue d’un carnet de réservations déjà bien rempli.

Vous lisez bien : il s’agit de visite du site de Tchernobyl ; nul doute que Gaza sera encore plus porteur. La preuve dans la suite : « C’est fou ! On a proposé les séjours fin janvier et on est déjà complets pour 2026. Il y a une vraie demande de tourisme authentique, tout le monde a envie de visiter un hôpital détruit ou de faire un selfie avec un militant du Hamas. » 

- Mais attention : Trump se trompe quand même un peu en promettant une reconstruction rapide : l’agence en question met aussi en garde contre une reconstruction trop rapide de Gaza : « Les gens ont soif de vrai. Personne ne veut visiter des sites aseptisés. Il faut préserver le caractère sincère des ruines. »

En attendant la reconstruction, l'état actuel des ruines intéresse aussi beaucoup les vendeurs de souvenirs. « On vendra des morceaux de béton collectors, tous numérotés, exactement comme ceux du Mur de Berlin. » D’autres commercialisent des munitions désactivées. « Les drones ont beaucoup de succès. »

Dans le même temps, les malheureux gazaouis seront heureux de se faire de l’argent en vendant leur maison réduite en ruine par petits morceaux ; ils pourront même se faire payer pour poser devant – encore plus cher s’ils sont mutilés.

Au pays de l’oncle Sam, tout s’achète et tout se vend, même l’extrême misère. Les séjours chez l’habitant ont le vent en poupe. Écoutons encore un instant l’Agence de tourisme de Tchernobyl : « Beaucoup de familles ont tout perdu ici. À l’abri d’une tente de fortune, on peut partager leur quotidien pendant quelques jours. C’est une expérience humaine vraiment émouvante. Les gens sont prêts à payer très cher pour vivre de tels moments. » 

- N’est-ce pas un peu cynique ? demande-t-on à l’Agence – Qui répond du tac-au-tac : « Pas du tout. Nous reversons 5 % de nos profits à une association qui prodigue des soins à des familles déplacées en Égypte. C’est un engagement qui nous tient à cœur. »

Et voilà le bon vieux principe du débordement : ce n’est pas moral ? Mais qui êtes-vous pour juger ainsi ? Les vieux indiens chassés de leur terre par les conquérants européens n’ont-ils pas tiré quelques dollars en posant devant leur antique tipi ?

mercredi 15 janvier 2025

Le Ministre aux poches vides – Chronique du 16 janvier

Bonjour-bonjour

 

C’était un homme fatigué, blanchi sous le harnais, mais qui conservait une petite flamme au fond de ses yeux, une flamme qui disait son plaisir de gouverner. Il venait d’être désigné 1er ministre – du moins pressenti pour l’être et ce jour-là il allait présenter son programme devant les députés réunis pour voter pour ou contre lui.

Et pourtant cette petite flamme vacillait dangereusement, sur le point à tout moment de s’éteindre, car… comment promettre une vie meilleure si les caisses sont vides – et même pire que cela : car il était contraint d’annoncer que non seulement il ne les remplirait pas, mais encore qu’il allait ponctionner les maigres ressources du peuple. 

 


François Bayrou, le 14 janvier au Palais Bourbon

 

Vous le voyez ici, à la tribune, en train de jongler avec les chiffres : il ne baisserait pas le nombre des professeurs ? Oui, bien sûr. Mais à quoi faudra-t-il renoncer pour les maintenir ? Et puis, à quel âge la retraite ? Maintenu à 62 ans, c’est le déficit assuré qu’il faudra un jour prochain compenser par une augmentation des cotisations : ce sont les actifs qui vont vider leurs poches pour assurer les pensions des retraités – ils ne vont pas aimer, et ils vont le faire savoir.

Et voilà notre pauvre ministre qui ploie sous le joug de plus puissant que lui : l’argent. Dans le même temps, Elon Musk, un odieux multimilliardaire américain faisait savoir que son argent lui donnait tous les pouvoirs, du moins tous ceux qu’un pays pouvait consentir suivant la Constitution. L’argent autorise au pouvoir de se déployer parce qu’il apporte la capacité de faire. Ici, point de politique, point de question de légitimité : ce que je peux faire, je le fais si je veux.

Pourtant, notre (éventuel) futur 1er Ministre ne désarme pas : sa fatigue, son découragement, il va les oublier en se livrant à une séance de questions/réponses avec ses compagnons d’Hémicycle, ceux avec qui il partage, non pas forcément des convictions communes, mais une pratique régulière des débats de l’Assemblée Nationale. Évoquer des discussions passées, croiser le fer avec l’opposition sur la question de savoir si le Général de Gaulle était pour ou contre le scrutin proportionnel : voilà qui lui permet de se sentir moins seul, même si au terme de la journée il se sent abattu de n’avoir pu changer les choses.

Ce soir, en se déshabillant pour se mettre au lit, s’il fait tomber de son pantalon quelques piécettes, il va les ramasser en soupirant : un peu de pouvoir au creux de sa main.

dimanche 17 mars 2024

Improductifs, gare à vous ! – Chronique du 18 mars

Bonjour-bonjour

 

Ça y est, c’est dit : Bruno Le Maire veut mettre fin à « la gratuité de tout pour tous ». Adieu l’État providence et bonjour l’État protecteur. Quand on sait ce que valent les litotes, l’abandon de l’une d’entre elle ne peut qu’éveiller nos soupçons.

 

--> Lisons donc (ici) attentivement les déclarations du Ministre de l’Économie et des Finances : « L’État-providence a fini par devenir une machine à empiler de nouvelles dépenses publiques, sans examen de leur pertinence ni de leur efficacité, sans remise en cause non plus des dépenses précédentes ». On en conclut que les dépenses publiques contraintes à faire des économies va entrainer la fermeture de certains robinets à subventions. Mais des robinets il y en a tant ! Les quels va-t-on fermer ?

1) D’abord les vieux qui coûtent vraiment trop cher : le ministre a évoqué la problématique du "grand âge" qui « pèse lourdement sur les comptes sociaux et pèsera de plus en plus lourd ». D’où l’idée de réduire les subventions liées à la dépendance et peut-être aux remboursements des soins – en tout cas tout est sur la table. De là à imaginer que la loi sur l’euthanasie est raccord avec cette problématique il n’y a qu’un pas que des esprits malveillants s’empressent de franchir.

2) Ensuite les chômeurs : supprimons le chômage et « avec le plein emploi une grande partie des problèmes financiers de la France seraient réglés, en particulier les problèmes de déficits et de dettes ». Plus de chômeurs, plus de déficit, plus de déficit, plus de dette.

Oui, mais comment supprimer le chômage ? Réponse: en supprimant les indemnités - c'est aussi simple que ça : « Nous avons encore une durée d'indemnisation parmi les plus généreuses en Europe. Cette générosité se paie au prix fort : un taux de chômage encore au-dessus de celui de nos principaux partenaires économiques ». L’obstacle au plein emploi, c’est l’indemnisation du chômage. Quand les gens crèveront de faim, on les verra retourner au travail à quelque condition que ce soit. Et puis avec ceux-là, c’est comme avec les vieux : on peut y aller, on ne risque pas les manifs de gilets jaunes.

 

- Conclusion : L’ennemi des comptes publics, ce sont les improductifs, les vieux, les bancals, les chômeurs chroniques. Bref, tout ceux qui coûtent et qui ne rapportent rien.

Si vous vous sentez visé, ouvrez l’œil !

samedi 11 novembre 2023

Qu’est-ce que ça vaut ? – Chronique du 12 novembre

Bonjour-bonjour

 

Au lieu de nous demander « combien ça coûte ? » on va ce matin s’interroger : qu’est-ce que ça vaut ?

Ainsi :

- Valeur de Microsoft : 2500 milliards de dollars

- Budget annuel de la France (en 2022) : 351 milliards de d’euros (377 milliards de dollars)

Et c’est pareil pour les grandes entreprises américains du « GAFAM ». On devine que la prétention des pays européens à les influencer est un peu dérisoire. Que le Président français déroule le tapis rouge pour Elon Musk, comme s’il recevait un chef d’État, afin de l’encourager à investir en France en dit long sur le rapport entre la France et ces entreprises étrangères. Nous sommes vassalisés par ces concentrations d’argent, et par le rôle pris dans nos vies quotidiennes par ces monstres de l’économie mondiale. Qu’on ait à faire à des firmes américaines et non à des chinoises relève du temps court, très court même. Si ça se trouve nos communications sont déjà sous l’emprise de Huawei, et en Europe bien des ports (dont le Pirée !) et bien des aéroports sont déjà chinois.

Alors quand j’entends les discours de fierté nationale autour des créations culturelles, de « nos » artistes et de leurs œuvres, je souris. Non pas que le dollar l’emporte sur ces créations. Mais plutôt parce que bientôt elles seront plus étrangères que françaises, emportées par le flux d’argent. C’est déjà vrai d’Abu-Dhabi qui s’est offert le Louvres ; mais aussi du Centre Pompidou de Shangaï ; du Musée Rodin de Salvador de Bahia ; etc.

 

Mais, ne nous étonnons pas : le même phénomène en notre faveur cette fois a déjà été constaté. La Joconde, achetée par François 1er (en même temps que son génial créateur). 

 


Et quand rien n’était à vendre, alors on a volé, que ce soient des œuvres africaines ou cambodgiennes – Pas glorieux surtout quand on sait qu’André Malraux faisait partie de la bande…

Bref, l’argent domine le monde, ça ne date pas d’hier, et si on peut se permettre de le mépriser, c’est parce qu’on en a.

vendredi 13 octobre 2023

L’astéroïde qui valait des milliards de milliards – Chronique du 14 octobre

Bonjour-bonjour

 

Les journalistes (enfin : certains journalistes) doivent passer leurs journées à trouver des formules qui retiennent l’attention de leurs lecteurs. C’est ainsi que l’exploration spatiale en faisant rêver fait en même temps cliquer sur l’info développée. « C’est bon, ça Coco ».

Voilà qu’une sonde vient de décoller : « Direction l’astéroïde Psyché 16, un monde lointain fait de métal de 200 km de diamètre, dont les ressources vaudraient des milliards de milliards de dollars ». (Lu ici)

Alors bien sûr les astéroïdes sont à la mode : on n’arrête pas de les photographier, de les analyser, voire même d’en ramener des poussières sur terre. Il arrive qu’ils soient faits de roches et de glaces : banal. Mais certains sont plus rares et plus précieux : tel est donc Psyché 16, dont on a évalué le prix… si seulement on pouvait le ramener sur terre pour le vendre.

 

- Notons donc que ce qui fait rêver le lecteur, ce n’est pas la prouesse technique (de toute évidence irréalisable), mais la fortune qui s’étalerait comme ça, devant nous. Un peu comme si le corps céleste devenait un billet gagnant de la loterie. 

On ne peut mettre quoique ce soit à la portée de nos rêves qu’en mesurant ces choses à l’aune du dollar.

Ça fait sourire, sauf quand on se propose de mettre sur le marché des métaux les grands fonds océaniques, qu’on saccagera rien que pour la richesse que constituent les nodules polymétalliques qui s’y trouvent.

Il y a des rêves qui font voyager dans des mondes imaginaires et poétiques. Ceux que suscitent Psyché 16 n’ont rien de pareil à nous offrir : rien qu’un paquet de fric.

vendredi 11 août 2023

L’Écureuil se fait des c*** en or ! – Chronique du 12 aout

Bonjour-bonjour

 

En confidence, où donc mettez-vous vos sous ? Non pas ceux des dépenses courantes, mais ceux de l’épargne, ceux qui vont de mois en mois gonfler vos réserves ?

Sous le matelas ? Sous la pile de drap ? Dans le tiroir de la commode, sous les culottes de madame ? Dans la vieille chaussette de ski ?

Mais non, tout ça c’est périmé : vous remplissez votre livret A, celui de l’Écureuil qui du coup de fait des c*** en or massif !

 


La preuve ? Lisez cette info-du-jour : 

« Les Français continuent de dégarnir leur compte courant… pour alimenter leur épargne

Si les Français piochent dans leurs comptes courants, c’est parce que le livret A et le Livret de développement durable et solidaire sont plus attractifs.

Les montants dormant en numéraire, c’est-à-dire l’encours des billets et des pièces, et sur les comptes à vue ont en effet baissé de 18,5 milliards d’euros entre janvier et mars.

Cette baisse est à rapprocher du remplissage du livret A et du Livret de développement durable et solidaire, qui ont attiré 25,4 milliards d’euros au premier trimestre, et encore quelque 9 milliards de plus depuis. » (Lire ici)

On le voit les français sont des gens rationnels : puisque le livret A rapporte quelques sous, et même si au bout d’un an ça ne fait que quelques euros, on vide le compte courant pour garnir l’épargne dont la liquidité est garantie. Preuve, s’il en fallait, que l’inconscient collectif a gardé quelque chose de la tradition qui date de plus d’un siècle de l’épargne populaire.

Un exemple ? Mes grands-parents qui, au début du 20ème siècle, ont constitué une épargne : avec leurs petits salaires ils ont acquis des actions dans les mines d’aluminium d’Australie, dans les chemins de fer de Pékin et dans… l’emprunt Russe (1). Ce qui signifie que malgré leur faible niveau d’éducation, ils ont pu avoir accès à des informations financières qui pourtant n'étaient sans doute pas aussi faciles à obtenir qu'aujourd'hui avec Internet et le réseau de banque dont nous disposons.

Preuve que, quand il s’agit d’argent, l’intelligence humaine est à son maximum.

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(1) C’est avec fierté qu’ayant conservé ces titres j’ai pu en obtenir dédommagement en 1997.

dimanche 19 mars 2023

Alchimie : le Crédit Suisse change l’or en plomb – Chronique du 20 mars

 Bonjour-bonjour

 

Ça y est ! La banque suisse UBS, vient de sauver le monde en rachetant sa concurrente Crédit suisse pour 3 milliards d’euros, soit le tiers de sa valeur estimée vendredi dernier, soit il y a trois jours. (Lu ici)

 

Le béotien que je suis reste toujours estomaqué par de telles nouvelles. Non pas que le rachat d’une banque par une autre soit stupéfiant : tout s’achète et tout se vend, même les banques. C’est un phénomène beaucoup plus général qui me stupéfie : la disparition de l’argent, qui correspond ici, si je compte bien, à 6 milliards d’euros en trois jours. Comment cela est-il possible ? Pour moi, l’argent c’est bien sûr quelques chose de symbolique, mais tout de même de matériel en même temps : si je mets des sous dans ma tirelire, je m’attends à les retrouver quand je l’ouvrirai, ou bien je crierai au voleur ! Et si mes pièces se sont transformées en boutons de culotte, je chercherai un exorciste pour m’expliquer l’affaire.

 

Le philosophe, empêtré dans ses catégories d’être et de néant ne peut venir à bout d’expliquer la chose. Reste le poète qui va nous dire que l’argent, comme l’oiseau du grand large, ne peut exister qu’on volant à travers les airs, et en ne se posant jamais. L’argent déposé dans une banque est en réalité une promesse d’aventure au terme de laquelle il prendra une nouvelle valeur. Cette perte du Crédit suisse n’est donc que l’effet de cette alchimie financière, qui transmute l’or en plomb – et réciproquement.  

Ce qui rend la finance si étonnante pour les esprits un peu naïfs, c’est qu’une telle entreprise qui soutient – ou pas – le monde entier n’est fait que de cette aventure généralisée, ce mouvement toujours incertain, cet avenir brouillé issu d’un présent bancal. Si les banquiers sont rigoureux quand vous leur demandez de financer votre achat immobilier, c’est simplement qu’ils veulent quantifier l’incertitude de votre avenir. Avez-vous un emploi stable ? Payez 5%. Vous êtes en CDD ? Sortez de ma banque ! Vous avez 3 milliards d’euros ? La banque est à vous.

… Mais pour combien de temps ?

dimanche 11 décembre 2022

Prend l’oseille et tire-toi ! – Chronique du 12 décembre

Bonjour-bonjour

 

La corruption s’est invitée dans l’actualité européenne avec la mise en prison de madame Eva Kaili la vice-présidente du Parlement européen, alors qu’on venait de la prendre en flagrant délit en possession de sacs de billets. (Lu ici)

Le Qatar est mis en cause dans cet évènement, confirmant la réputation faite aux pays du Golfe d’acheter les décisions favorables, au point que certains fabricants de déguisement pour carnaval en ont fait l’un de leur thème favori :

 


Mais avons-nous raison d’être surpris ? les « rois du pétrole » seraient-ils les seuls à pratiquer l’art de la corruption ? Le « lobbying » officiellement défini et pratiqué ne correspond-il pas à une situation équivalente et admise ? Selon La Toupie, « Le lobbying est aussi très présent à Bruxelles, auprès de la Commission Européenne, où il y aurait, selon Wikipedia, 15 000 lobbyistes. » (Voir ici)

 

Au fond, ce qui nous scandalise résulte d’un déni de réalité : nous voulons croire à la vertu des pays démocratiques, reprenant souvent sans le savoir les principes posés il y a bientôt trois siècles par Montesquieu : selon lui, outre le force des lois et celle du Prince, « il faut, dans un État populaire, un ressort de plus qui est la vertu » (Espr. des lois, III,3). 

Les américains ont depuis longtemps fait là-dessus des expériences pour mettre en évidence ce fait : on demandait à des étudiants pour combien d’argent ils accepteraient de manger leur poisson rouge tout vivant. Les sommes (imaginaires) pouvaient atteindre un montant vertigineux, mais ils parvenaient quand même par accepter de le faire.

- On est curieux alors de savoir combien d’argent il y avait dans les sacs de madame Eva Kaili : en espérant qu’il y ait eu une somme astronomique, preuve de la vaillante résistance à la corruption de la vice-présidente du parlement européen.

vendredi 11 novembre 2022

"Je veux juste tomber amoureux" – Chronique du 12 novembre

Bonjour-bonjour

 

Débarqué en Allemagne à l'âge de 12 ans, cet Immigré turc de 41 ans a tiré le gros lot à la loterie nationale. Résultat : le voilà plus riche de 10 millions d'euros.

Kursat (c’est son nom) a d’abord profité de cette manne pour mener la grande vie : il a quitté son travail dans une usine métallurgique, s’est offert des montres de luxe, des voitures de sport, et puis il a gâté sa famille. Après avoir résolu ses problèmes de dette, de violence et d’alcool, le voici qui cherche l’amour. Car, oui mesdames, Kursat est encore célibataire et il a déclaré dans une interview à Bild : "Blonde ou brune, je m'en fiche. Je veux juste tomber amoureux. Je cherche une femme qui aime voyager et qui veut juste construire une famille avec moi. J'ai besoin d'une femme en qui je peux avoir confiance".  (Lire ici)

Déjà, notons qu’il dit chercher à « tomber amoureux », alors qu’en vérité il cherche une femme qui l’aime. Cette distorsion s’expliquerait par le fait qu’il voudrait que beaucoup de femmes le sollicitent afin d’avoir l’opportunité de tomber amoureux de l’une d’entre elles.

 

Mais allons à l’essentiel. L’argent peut-il tout ? Comme on vient de le voir, il le peut quand il s’agit d’acquérir des biens matériels, et quand il faut aussi se débrasser des tares qui sont liées à la pauvreté, tel que l’alcoolisme et la violence. Mais que peut-il quand il s’agit de trouver l’amour ? Je dis bien « trouver » et non « acheter » car l’amour, voyez-vous ça ne s’achète pas.

… Quoique ? Que penser de ces créatures de rêves qui sont au bras des hommes les plus puissants de la planète ? Allez-vous dire que ce sont des prostituées qui se sont vendues contre un beau paquet de dollars ? Voilà bien du mépris ! Et si, justement certaines femmes aimaient d’un amour sincère ces hommes ? Et qu’elles les aimaient parce qu’ils sont riches ? Que ce soit non pas l’argent, mais les hommes qui en possèdent qui déclenchent ce flot d’affectivité qui caractérise cette passion amoureuse ? Après tout la seule chose qu’on sache à propos de l’amour c’est que, comme le chante Carmen, il n’a pas de lois. Et donc rien n’empêcherait certaines femmes de tomber amoureuse justement des hommes riches. (1)

Au fond le seul problème serait de distinguer entre toutes ces jeunes femmes qui se pressent pour s’unir à des hommes qui ont de gros comptes en banque, quelles sont celles qui sont vénales et quelles sont celles qui ne le sont pas.

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(1) Puisqu'on évoque Carmen, l'opéra de Bizet, on peut admettre que Maria Callas qui justement a tenu ce rôle, aimait réellement Aristote Onasis. Et cela pas spécialement pour sa fortune.

samedi 4 juin 2022

L’inflation ? C’est pour les pauvres – Chronique du 5 juin

Bonjour-bonjour

 

Les chiffres sont là : les plus pauvres d’entre nous sont en même temps ceux qui souffrent le plus de l’inflation. Dit comme cela, c’est très loin d’être un scoop ; c’est même un enfonçage de porte ouverte.

Mais lisons cet article : « Ceux qui ont les plus beaux budgets vacances, les catégories socioprofessionnelles supérieures, ne sont pas vraiment impactés par la hausse du prix des pâtes et de l’essence, ils ne changent pas leurs projets de vacances. » (lu ici)

Hé oui : pour une augmentation de 40 centimes du paquet de pâtes, ceux qui ont pour ressources le SMIC soit 1500 euros, auront un pourcentage de leur revenus deux fois plus impacté que ceux qui gagnent 3000 euros. 

- Une évidence ? Oui et non. Car cette différence est parfois oubliée de ceux qui sont dans le haut de l’échelle des revenus. Rappelez-vous : il y a 5 ans une des première mesure du nouveau gouvernement avait été de baisser les APL de 5 euros par mois. Pour ceux qui ont pris cette mesure, l’idée était que 5 euros par mois, c’était insignifiant. Mais justement, ceux qui bénéficiaient de cette allocation étaient en même temps les plus démunis. Et leur réaction a été immédiate : « 5€ c'est 6 baguettes, 25% d'une mutuelle, un livre d'occaz pour la fac, 5kg de pâtes, 10 steaks hachés, 3 paquets de céréales etc... » répond (en 2017) un internaute sur tweeter (cf. ici)

On en est là aujourd’hui encore : pour ceux qui gagnent 3000 euros mensuels, l’inflation ne les concerne pas vraiment parce qu’on est proche du plancher des quantités observables : 40 centimes de plus sur un kilo de pâtes c’est un epsilon, non mesurable. 

Et voilà l'essentiel à comprendre : pour notre budget, nous avons tous nos unités de mesure par rapport auxquelles nous évaluons nos dépenses : en numéro de l’Obs, en repas au restaurant ou en capsules de Nespresso.  

Mais il y a des personnes pour qui ces unités sont la baguette de pain ou le kilo de pâtes – ou le prix du steak haché à 20% de matière grasse.


Ce qui souligne que les inégalité vont encore se creuser.

vendredi 14 janvier 2022

Doublement du taux du livret A – Chronique du 15 janvier

Bonjour-bonjour

 

Les bonnes nouvelles n’étant pas légion ces jours-ci, je me rabats sur celle-ci : le taux du livret A va passer de 0,5% à 1%. Dans le même temps, sur la période de référence les prix ont augmenté de 2,8% ce qui représente une perte sèche de l’épargne des usagers de l’Écureuil.

Hum... tout compte fait, ce n’est pas une si bonne nouvelle. On a juste de quoi amortir l’achat de mouchoirs pour pleurer la déperdition de nos économies...

- Avant de pleurer attendez de savoir comment ce petit 1% est calculé. Lisons ensemble : « Pour rappel, la hausse des prix a atteint 2,8 % sur un an en décembre.

Le taux de rémunération du livret A est calculé deux fois par an en faisant la moyenne entre, d'une part, le taux d'inflation moyen des six derniers mois et, d'autre part, la moyenne des taux interbancaires, auxquels les banques s'échangent de l'argent à court terme

L'application mécanique de la formule "aboutirait à un taux du Livret A de 0,8%", explique cependant la Banque de France, qui a choisi "au vu de l'inflation au deuxième semestre 2021" d'arrondir au-dessus, à 1%. » (lu ici)

Voilà : on rémunère votre épargne 0,2% au-dessus du taux calculé au plus juste. Sautons de joie mes amis !

... Sauf que la faiblesse du taux de prêt interbancaire reste en décalage avec le chiffre de l’inflation ; on se doute que ça ne va pas durer et qu’un jour prochain la BCE va devoir aligner ses taux sur celui de l’inflation. Et là, mes amis ça va être bamboche ! Car avec l’augmentation des prix, les salaires, les pensions, et – surtout – la rémunération de l’épargne vont flamber. Et qui va se faire des c*** en or ? Vous qui avez eu la bonne idée d’investir dans la pierre avec des emprunts à des taux qui sont pour le moment ridiculement bas.

Vous n’êtes pas certain de réussir de tels placements ? Soyez en sûr : l’Écureuil, lui, il sait faire.



lundi 13 décembre 2021

Le shérif est en prison – Chronique du 14 décembre (1)

Bonjour-bonjour

 

Le lundi 13 décembre Claude Guéant, ancien ministre de l’intérieur, bientôt 77 ans, a passé sa première nuit en prison au « quartier des personnes vulnérables » de la prison de la Santé, à Paris. Il pourrait y rester neuf mois.

 


Condamné pour avoir piqué dans la caisse quand il était Ministre de l’Intérieur et incapable de payer les amendes aux quelles il a été condamné, son aménagement de peine a été révoqué et le voici embastillé comme tous ceux auxquels il a eu affaire quand il était le chef de toutes les polices. On verra ici le détail de ses forfaitures mais j’insisterai sur le décompte de ses ressources expliquant qu’il ne pouvait pas rembourser les sommes auxquelles il était astreint. 

 

- Car c’est là qu’on voit la déchéance d’un homme considéré jusqu’ici comme un puissant, un de ceux dont le nom suffisait à faire trembler tous ceux qui s’opposaient à lui. Car aunjourd'hui monsieur Guéant est fauché : son porte-monnaie est vide, autant que celui d’un étudiant qui sort de chez Lidl. « Faites les comptes dit-il aux enquêteurs : 5500 euros de pension, moins 3000 euros sont payés chaque mois au Trésor public ». Là-dessus les versements sont majorés et son avocat le dit : « Il paye ce qu’il peut payer, c’est-à-dire 3 000 euros par mois, il n’a pas d’argent caché donc il ne peut pas payer plus, et malgré ça, on a décidé qu’on l’enverrait en prison »

 

Y a-t-il plus humiliante déchéance que celle qui consiste à se retrouver au niveau des traine-misères, mêlé avec tous ceux qui sont en bas de l’échelle sociale ? Puyi, le dernier empereur n’a échappé à l’exécution capitale qu’en acceptant de devenir jardinier puis bibliothécaire à 100 yuans par mois.

Et voilà donc monsieur Guéant obligé de montrer ses comptes aux magistrats et de les supplier de ne pas l’envoyer en prison – car il n’y a plus de prison pour dette !

Oui, c’est vrai, il n’y a plus de prison pour dette, mais il y a de la prison pour non observance de la peine à laquelle on est condamné. Et puis on a du mal à croire monsieur Guéant quand il affirme ne pas avoir d’argent caché. Car c’est bien lui qui, en 2015, a été pris en flagrant délit avec l’encaissement de 500000 euros à l’origine est suspecte. Voilà qui rend méfiant, d’autant qu’avec un aplomb exceptionnel il a justifié cette somme en affirmant qu’elle provenait de la vente de deux tableaux dont tous les témoins ont dit qu’ils ne valaient pas cela (1).

On est presque soulagé d’apprendre que les fins de mois difficiles d’un haut dignitaire du pays ne sont que mensonges et tromperie. Imagine-t-on le Prince Albert obligé de mettre au Mont de Piété les bijoux de la couronne ?

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(1) Selon les Inroks il s’agit de deux peintures de Van Eertvelt ne dépassent pas les 35 000 euros sur le marché de l’art.

jeudi 28 octobre 2021

Les révolutions attendront – Chronique du 29 octobre

Bonjour-bonjour

 

Les multimilliardaires peuvent sourire : ils ne seront pas taxés à la hauteur prévue par le plan Biden pour financer les mesures sociales et environnementales que celui-ci prévoyait.

 



« Payez votre juste part ! : Joe Biden a répété à trois reprises cette injonction, jeudi 28 octobre, à destination des milliardaires. Cette incantation ne saurait masquer la réalité tombée dans la nuit : le président des États-Unis a bel et bien renoncé à taxer les milliardaires en abandonnant le projet de quasi-impôt sur la fortune. » (Lu ici)


Qui doit payer ? La réponse qui vient à l’esprit est « ceux qui le peuvent » - c’est à dire : ceux qui ont de l’argent – « Faire payer les riches », cette injonction naïve reste obstinément posée. Sauf que dans le monde d’aujourd’hui ce n’est pas la bonne réponse ; n’oublions pas qu'en réalité ceux qui payent sont ceux qui n’ont pas le pouvoir d’empêcher l’État de prélever l’impôt sur leur fortune. Entendu comme cela on n’est plus dans la sphère de l’éthique mais dans celle de la politique, qui s’entend comme domaine du pouvoir.

On sursaute quand même : comment le pouvoir peut-il se concentrer dans ces quelques mains, alors que des peuples innombrables gémissent dans les affres de la misère ? C’est l’occasion de vérifier que la démocratie n’existe toujours pas, y compris dans la première économie du monde : comprenons que l’intérêt général passe derrière l’intérêt des particuliers que sont Jeff Bezos, Elon Musk ... ou Bernard Arnaud (oui, chez nous aussi les politiciens tremblent devant les milliards). 

On se souvient peut-être d’Etienne de La Boétie écrivant dans son Discours de la servitude volontaire : « Ils ne sont grands que parce que vous êtes à genou ». Il considérait le pouvoir de la noblesse confronté à l’impotence de la multitude. D’où vient la puissance ? Les grands dont parlait La Boétie étaient les nobles, leur « grandeur » n’était établie que sur des symboles telle que la noblesse attribuée à la naissance. Il affirmait alors qu’un consentement à la soumission était la seule cause pouvant expliquer les privilèges. Pouvons-nous transposer ce Discours en remplaçant le privilège de la naissance par celui de la fortune ? L’argent à la place du sang bleu ?

Il y a quand même une différence : le sang bleu ne peut se transmettre, en particulier il ne permet pas d’acheter des mercenaires. Bien évidemment c'est cela que l’argent peut faire : en réalité un seigneur ne pouvait acheter des soldats pour mater le peuple qu’à la condition de pouvoir les payer. Or, on pouvait être noble sans être riche. Aujourd’hui le privilège de la naissance n’existe plus, la puissance est toute entière concentrée dans la fortune : même le pape ne pourrait obliger Jeff Bezos à fiancer un plan environnemental.

Au fait, le Pape : combien de milliards de dollars ? 

mercredi 27 octobre 2021

Tout à un prix – Chronique du 28 octobre

Bonjour-bonjour

 

Il y a des rapprochements curieux, tel que celui-ci : « la Pologne en instituant une chambre disciplinaire de la Cour suprême porte un préjudice grave et irréparable à l’Union européenne ainsi qu’aux valeurs qui la fondent ». Et ce constat débouche sur ce cette décision : « La Pologne a été condamnée ce mercredi 27 octobre à payer à l’UE une astreinte d’un million d’euros par jour » (Lire ici)

Un million d’euros par jour : tel est le prix de cette remise en cause de l’indépendance de la justice. Tout à un prix, il suffit de l’évaluer à son juste niveau : voilà la conclusion. Oui, mais comment ça marche ?

La Pologne est tenue au respect des traités qu’elle a signés, mais pour l’imposer on ne va pas nous aussi envahir la Pologne – d’autres l’ont fait (1) et ça s’est mal terminé. Reste que de l’argent est versé par la communauté européenne et la Pologne en a besoin. Agir sur ce levier en refusant de verser cet argent ou en condamnant le pays à payer de lourdes amendes est simplement « pragmatique ». Peu importe la cohérence entre le délit et la sanction imposée : seule l’efficacité compte.

A ce compte on peut aussi justifier les châtiments corporels. Pas celui qui consiste à couper la main des voleurs, puisqu’il y est logique de priver le délinquant de l’organe qui lui permet de commettre son délit. Mais donner des coups de fouet à ceux qui enfreignent la loi coranique : quel rapport entre la peau du dos et (par exemple) l’adultère commis ? Aucun, mais ça marche : que réclamer de plus ?

- Mais pour taper là où ça fait le plus mal, chez nous il n'est pas besoin d’un fouet : les amendes et les taxes suffisent à imposer le respect de la loi. Au lieu de nous mettre en prison, ce qu’on ne peut pas toujours faire, privons les individus (ou les pays) de la capacité d’agir que représente l’argent.

Voilà pourquoi nous sauvegardons notre argent plus encore que toute autre liberté.

- Rousseau le soulignait en 1763 : « Par tout pays, le peuple ne s’aperçoit qu’on attente à sa liberté que lorsqu’on attente à sa bourse » et il ajoutait aussitôt : « ce qu’aussi les usurpateurs adroits se gardent bien de faire que tout le reste ne soit fait. » (2)

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(1) Voir Ubu roi d’Alfred Jarry

(2) Rousseau – Lettres écrites de la montagne (7ème lettre) Edition du Seuil, p. 458

jeudi 23 septembre 2021

L’argent coule à plein ruisseau – Chronique du 24 septembre

Bonjour-bonjour

 

Le monde d’après : ça faisait longtemps qu’on ne nous en avait pas parlé. Lassés d’imaginer qu'au sortir de la pandémie on en aurait fini avec "le monde d'avant", de croire que le « Grand soir » serait gagné non à la pointe du fusil mais à l’épreuve du virus, on s’était dit que c’était un rêve de plus à ranger dans le tiroir aux illusions, avec toute sorte d’autres songeries – comme la société sans classes. 

Et puis, voilà que le projet de budget pour 2022 arrive et qu’éberlués, nous constatons que des subventions inespérées viennent irriguer les services publics, les classes sociales défavorisés, les jeunes, les étudiants, les commerces en difficultés (?) – que sais-je encore ? Si vous avez des difficultés à boucler votre budget, alertez le ministère ad-hoc, il fera le nécessaire.

 

- La surprise vient de ce que l’orthodoxie budgétaire prônée par Bruxelles, et imposée par Bercy a disparu – pfuittt... comme un nuage dissipé par le vent. Les lois intangibles de la finance, les avertissements des cadors de l’économie, qui fustigeaient la gestion jugée calamiteuse de la France en matière de service public, onéreux et inefficace (nos voisins faisaient bien mieux, n’est-ce pas, et à moindre frais) : oui, tout cela est oublié, et on peut même trouver des éloges du « modèle Français » plus robuste qu’on ne l’avait cru.

Il a fallu pour cela que le verrou de l’équilibre budgétaire imposé par « Maastricht » saute en raison de l’épidémie, et que dans la foulée la BCE décide des rachats de dette massifs, maintenant les taux de la dette à zéro. Un emprunt collectif européen a même été acté : nos amis allemands disant : « Vous manquez d’agent ? Puisez dans les réserves ; vous me rendrez ça plus tard et au prorata de vos ressources. »

Quoi ? Au prorata de mes ressources ? Même le bonhomme Cetelem ne me l’avait pas accordé !

 

Après ça, comment tenir un discours de résignation pour des revendications qui élèvent des lamentations devant un tiroir-caisse vide ? Faudra-t-il attendre qu’un retournement de tendance faisant remonter les taux d’intérêt précipitent dans la faillite des États dispendieux ?

samedi 3 juillet 2021

On y comprend que pouic ! – Chronique du 4 juillet

Bonjour-bonjour

 

Avez-vous déjà vu ou entendu l'acronyme NFT ? 

Il signifie « non-fungible token »

Il existe puisqu’on en parle en ce moment et qu’on peut également le photographier :

 


 

Lisons ici la description de ce « concept » : « Pour comprendre la définition de « NFT », mieux vaut parler un peu anglais car un « non-fungible token » est en fait une fonctionnalité de la « blockchain » ... » Ici, l’auteur de l’article a un doute car il reprend :  « En d'autres termes plus clairs, la blockchain est une chaîne de blocs ou encore « une technologie de stockage et de transmission d'informations [qui] offre de hauts standards de transparence et de sécurité car elle fonctionne sans organe central de contrôle » 

Terminé ? Que nenni ! ça continue : « La blockchain est notamment employée dans le secteur bancaire et s'est « développée pour soutenir des transactions réalisées via les cryptomonnaies/crypto-actifs » même si son emploi n'est pas limité à ces derniers »

Et ça continue comme ça, au point qu’on se demande si on pourrait y comprendre quelque chose quand bien même tous les mots nous seraient expliqués. Comme si le français était devenu une langue étrangère… On y comprend que pouic ! 

 

Examinons calmement : si je veux savoir combien vaut ce ligot d’or, je peux consulter le cours de la bourse le quel a été élaboré à partir d’échanges réels. Mais si je pose la même question à propos des bitcoins, là il faut que je passe par ce système de la blockchain, dont le mérite est 1° la transparence et 2° l’absence d’organe central de contrôle.

Et là, je me dis « Ça y est ! J’ai compris ! » : les cryptomonnaies sont une des formes de l’anarchie qui prône la mise à l’écart du pouvoir, qu’il soit politique ou financier. 

Pour le reste, les cryptomonnaies sont exactement comme n’importe quelle monnaie soumise à la variabilité des échanges. Poser la question « combien vaut un bitcoin », c’est exactement comme se demander combien vaut ce lingot d’or : sa valeur équivaut à ce que vous êtes prêt à donner pour l’acquérir, autrement dit, c’est le marché qui décide.

Il faut donc admettre non seulement que le monnaie est une marchandise comme une autre ; mais encore que la valeur de cette marchandise ne repose pas sur une substance qui la déterminerait en fonction d’une réalité immuable. Les monnaies n’existent que dans le rapport entre un vendeur et un acheteur. C’est ce mouvement et rien d’autre qui détermine leur existence et la blockchain est un instrument de mesure de ces mouvements.

Pas de valeur sans échange : le trésor d’Harpagon ne vaut strictement rien tant qu’il reste enfermé dans sa cassette. Le philosophe ajoutera qu’il en va exactement de même pour la conscience qui s’anéantit quand elle s’enferme en elle-même « bien au chaud, volets clos » –  en sommeil.