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samedi 8 novembre 2025

Devenir pauvre et le rester – Chronique du 9 novembre

Bonjour-bonjour

 

L’euromillion a fait gagner 250 millions d’euros à 5 joueurs qui ont déposé collectivement un billet à 2,50 €.

Dès que des gagnants conséquents existent, la Française des jeux les prend en charge, avec pour souci de permettre à des personnes « ordinaires » de devenir riches en les aidant non seulement à gérer leur fortune, mais encore à en accepter la psychologie. 

- C’est que la richesse comme la pauvreté est une épreuve très spéciale, ce dont témoigne la vie de Ludwig Wittgenstein philosophe et logicien mais surtout héritier d’une fortune colossale venue de son père sidérurgiste autrichien.

La Française des jeux aborde avec les gagnants la question du don : que donner ? A qui donner ? Combien donner ?

Mais Ludwig Wittgenstein refuse tout cela. Il ne veut surtout pas faire le bien, avoir de la reconnaissance en retour. Dons charitables, donations et aides sociales – il refuse de pratiquer tout cela et pour y parvenir il cherche à ne plus avoir rien à donner. Pour cela Wittgenstein donne tout ce qu’il possède, il se fait pauvre, même si le processus juridique de sa renonciation n'est pas simple : il faut convaincre les avocats qu'il ne souhaite rien garder, ni même recevoir un quelconque secours en cas de besoin futur. C’est ainsi qu’il refusera de recevoir des dons lorsqu’il sera en situation de précarité : « Un don lié à ma nécessité, je ne peux pas l'accepter. » déclarera-t-il.

 

Ce refus de la richesse, est aussi refus de la relation sociale qu'elle implique : telle est sans doute la première constatation des gagnants de l’euromillion.

samedi 10 mai 2025

« In illo uno unum » – Chronique du 11 mai

 

 

Bonjour-bonjour

 

« In illo uno unum », soit « en celui qui est un, soyons un ». Le pape Léon XIV a dévoilé son blason et sa devise

Le futur Léon XIV déclarait en 2023 alors qu’il n’était qu’évêque : « Comme le montre ma devise épiscopale (2023), l'unité et la communion font partie du charisme de l'Ordre de Saint-Augustin et aussi de ma façon d'agir et de penser. En tant qu'augustinien, la promotion de l'unité et de la communion est pour moi fondamentale » (Lu ici)

Le pape Léon XIV déclarait également hier avoir choisi son nom en partie en souvenir du pape Léon XIII (1878-1903), défenseur de la justice sociale et qui a milité pour un salaire et un traitement équitables des travailleurs pendant la révolution industrielle. Pour le nouveau pape, l'Église doit désormais prendre des initiatives face aux nouvelles menaces telles que l'intelligence artificielle, qui lance selon lui, « de nouveaux défis pour la défense de la dignité humaine, de la justice et du travail ».

Je retiens la double déclaration de la devise et du commentaire qui en est fait : soutenir que nous sommes tous frères en Jésus, mais aussi que cela doit avoir une traduction lorsqu’il s’agit du migrant dans son embarcation qui prend l’eau au milieu de la mer ; et il s’agit également, dans la vie matérielle ordinaire, du travailleur pauvre qui ne peut loger ni nourrir ses enfants dignement malgré un travail harassant. La charité, car c’est bien de cela dont il s’agit, commence à notre porte, notre cœur est sollicité déjà par les files qui s’allongent devant les Restos du cœur. 

Ce message ne vaut pas seulement pour ceux qui communient à l’Église le dimanche. Il vaut, aussi pour « tous les hommes de bonne volonté »

mardi 8 avril 2025

Qui est pauvre ? Chronique du 9 avril

Bonjour-bonjour

 

Le projet de loi concernant les ZFE passe à l'Assemblée aujourd'hui et le débat s'annonce très vif. L’interdiction de laisser circuler les voitures les plus anciennes – et donc réputées les plus polluantes – dans les centres-villes est-elle une rupture d’égalité entre les citoyens, les plus pauvres étant les principaux possesseurs de ces véhicules ?

Selon Agnès Pannier-Runacher (la ministre de la Transition écologique) la réponse est négative :  les vrais pauvres n’ont pas de voiture ; ils ne font que respirer l’air des pots-d’échappement des moins pauvres.

On peut tordre les mots comme on voudra, les idées ne changent pas : les ZFE (Zones à Faibles Émissions) restent une arme pour contraindre les usagers à changer leurs véhicules polluants – et donc à financer l’achat d’un nouveau véhicule. Priver les gens d’accès aux centre-ville n’est-il donc pas une contrainte qu’on croyait incompatible avec les libertés fondamentales ? Bien sûr, on peut toujours y aller à pied ou en bus, mais l’inégalité est bien là.

--> D’où l’argument de la ministre de la transition écologique : les pauvres ne sont pas touchés, parce qu’ils n’ont pas de voiture. Et de rajouter : du coup ils sont les premiers à bénéficier de cette mesure, eux qui vivent dans les quartiers les plus polluées, des villes.

Et paf ! Retour à l’envoyeur : voilà comment on retourne les arguments contre les adversaires 

 

- Seulement, il y a des gens qui ont des voitures et qui se sentent pauvres au même titre que les plus pauvres. Je ne suis pas sûr d’être compris : parmi ceux qui ont des vieilles guimbardes, se trouvent des gens qui n’ont pas de sous pour en changer et qui ne peuvent pas s’en passer. Car là est le vrai problème : Agnès Pannier-Runacher ne parle pas de ceux qui n’ont pas d’autres solutions pour aller travailler, et qui vivent loin de leur lieu de travail parce qu’ils n’ont pas les moyens de s’en rapprocher (ils vivent à, la campagne ou loin des centres-villes trop chers pour eux). Le fait de posséder une voiture les immunise-t-il contre l’extrême pauvreté ? 

vendredi 4 avril 2025

Les nouveaux riches : être plutôt qu’avoir – Chronique du 5 avril

Bonjour-bonjour

 

La génération Z, vous connaissez ? Il s’agit de ces jeunes qui sont nés entre 1997 et 2012 et qui aujourd’hui sont dans la précarité financière : peinant à accéder à la propriété, confrontés à des loyers prohibitifs et un coût de la vie qui semble grimper en flèche, c’est chez eux que des jeunes surqualifiés sont contraints à accepter des postes précaires et qui luttent pour simplement couvrir leurs dépenses courantes.

 


Le Marchand de violettes par Fernand Pelez 1885

 

 

Suivons cet article : « Pourtant, c’est cette génération qui sera bientôt la génération la plus riche de l’histoire.

Le moteur de cette mutation vient de la transmission du patrimoine qui va massivement échoir à cette nouvelle génération. Il s’agit du "Great Wealth Transfer", ou le "Grand Transfert de Richesse". Ce phénomène désigne le passage massif de patrimoine des générations plus âgées (principalement les Baby-Boomers et une partie de la Génération X) vers les plus jeunes (Millennials et Génération Z). »


- Les jeunes d’aujourd’hui seront le nouveaux nababs de demain ? Tant mieux pour eux – mais l’essentiel est ailleurs : « Habituée à des prix élevés et ayant peut-être différé ou renoncé à certains marqueurs traditionnels de réussite (comme l'achat immobilier précoce ou la fondation d'une famille), cette génération s'est tournée vers d'autres formes de dépenses : expériences, voyages, achats en ligne, bien-être personnel, petits luxes. »

C’est qu’il s’agit d’une mutation humaine : les nouveaux riches seront les anciens nécessiteux d’hier et ils auront (du moins on le suppose) conservé de cette époque une expérience qui orienterait leur consommation différemment – pour rappel : « voyages, achats en ligne, bien-être personnel, petits luxes », bref, des dépenses productives de l’être et non de l’avoir.

Ayant intériorisé un certain niveau de coût de la vie, l'arrivée soudaine d'une aisance financière pourrait libérer une puissance de consommation considérable et orientée différemment.

Ah, ça, mais… Ça voudrait dire que la misère est la meilleure leçon de sagesse qui soit ? Que les pauvres d'hier sont les seuls qui seront sont capables de résister aux tentations délétères de la fortune ? Que pour la première fois sans doute dans l’histoire, le niveau moral des humains va augmenter ?

Qu’attendons-nous pour confisquer la tire-lire de nos petits ?

mardi 17 décembre 2024

Argentine : y somos màs pobres – Chronique du 18 décembre (1)

 


 

Bonjour-bonjour

 

Alors que de stériles et désolants débats se succèdent à l’Assemblée nationale, certains regardent désespérément à l’étranger dans l’espoir d’y trouver un modèle efficace.

Et voici qu’un espoir apparait là où on ne l’attendait pas : l’Argentine du Président Milei.


- Qu’on lise (ici) pour s’en persuader : « Alors que le pays subit une grave crise économique depuis un an, l'Institut argentin des statistiques vient d'annoncer une hausse de 3,9 % du PIB pour le troisième trimestre de cette année. Javier Milei n'a pas caché son optimisme pour 2025, au vu de ces résultats. »

Et cela réussi par l' "homme à la tronçonneuse" : « suite à un plan drastique de coupes dans les effectifs de l’emploi public (en à peine un an, 33.000 emplois publics sont retirés) et de réduction des dépenses, le président argentin a coupé 30 % du total des dépenses publiques. »

Les dirigeants français doivent sursauter en lisant cela : à eux qui doivent aussi réduire et la dépense publique et les effectifs, l’Argentine de Milei donne un vrai espoir.

Sauf qu’il y a de la casse : « la cure d'austérité est sévère et le pays s'enfonce rapidement dans la récession… Le nombre de personnes pauvres explose durant le premier semestre de l'année et atteint 52,9 % de la population. En tout, 5 millions de personnes tombent dans la pauvreté pendant ces six premiers mois notamment les plus jeunes et les retraités. »

 

--> On se dit qu’il n’y a pas de miracle : faire un pays riche peuplé de pauvres, le libéralisme sait faire ça : aujourd'hui, les estimations de croissance économique sont situées autour de 5 % pour 2025. Mais en septembre près de 53% des argentins vivaient sous le seuil de pauvreté.

- Un miracle toutefois, il y en a un : la population ne s’est pas révoltée pour retrouver un niveau de vie décent, car au fond de leur malheur ils sont heureux (oui !) de voir disparaitre tous ceux qui étaient responsables de l’inflation galopante.

Mais il faudrait quand même ne pas oublier les pauvres : elle est longue, la mémoire qu'ils ont gardée de leurs malheurs

mercredi 2 octobre 2024

Après les péchés capitaux, les péchés inédits – Chronique du 3 octobre

Bonjour-bonjour

 

La vie spirituelle, ça bouge. Telle action qui était autrefois un péché est devenue insignifiante aujourd’hui. Exemple ? La sexualité – à condition de ne pas succomber à la passion dévorante.

C’est ainsi qu’à la liste vétuste des 7 péchés capitaux (1), voici que s’ajoute une liste de 7 péchés inédits.

Je lis en effet ici que le pape François a fait une « demande de pardon » pour sept péchés jusqu'alors inédits pour les catholiques :

1- Premier de cette liste : le « péché contre la paix ». 

2- Vient ensuite le « péché contre la création, contre les peuples indigènes, contre les migrants ». Il s’agit des cas où l’Église a favorisé la discrimination raciale et l’esclavage ; plus actuel aujourd’hui le refus de s’impliquer dans la lutte pour l’accueil des migrants : « La valeur de la personne est toujours plus grande que celle de la frontière » a déclaré le cardinal Michael Czerny

3- À quoi s'ajoute le « péché d'abus » qui implique la maltraitance des faibles - qui sont pourtant des créatures de Dieu.

4- et le « péché contre les femmes, la famille, les jeunes » : « j’ai honte de toutes les fois où nous n'avons pas reconnu et défendu la dignité des femmes, où nous les avons rendues muettes et soumises, et bien souvent exploitées, en particulier dans la condition de la vie consacrée », a déclaré le cardinal irlandais Kevin Joseph Farrell.

5- Cinquième péché évoqué, celui « de la doctrine utilisée comme des pierres à jeter ». Le cardinal argentin Victor Manuel Fernandez a reconnu que : « nous n'avons pas su sauvegarder et proposer l'Évangile comme une source vivante de nouveauté éternelle, en « l'endoctrinant » et en risquant de le réduire à un tas de pierres mortes à jeter sur les autres ». 

6 – Puis vient le « péché contre la pauvreté » dont l’article ne détaille pas les abus, mais on n’oublie pas que la pauvreté est le fonds de commerce de l’Église pour qui elle est la source de la sainteté. Selon ce péché il s’agit moins de sortir de la pauvreté les miséreux que de la leur faire accepter comme une bénédiction divine.

7 – Enfin le « péché contre la synodalité (2), le manque d'écoute, de communion et de participation de tous » a été cité.

Ainsi soit-il.

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(1) Pour mémoire, ces 7 péchés capitaux sont : l'orgueil, la gourmandise (ou addiction), la paresse (ou acédie, la négligence spirituelle), la luxure, l'avarice, la colère et l'envie.

(2) La synodalité est un processus durant lequel il s'agit d'écouter et de discerner la volonté de Dieu pour l'Église de ce temps, en impliquant la totalité des baptisés

mercredi 3 juillet 2024

Travailler plus pour gagner pas plus. - Chronique du 4 juillet

Bonjour-bonjour

 

Notre actualité défile à toute vitesse : alors que les principales revendications concernant le pouvoir d’achat paraissent reléguées au second plan et remplacées par la naissance d’un hypothétique « Front républicain » suivi d’en « gouvernement de coalition », à l’étranger le problème de l’emploi et des salaires a été tranché en toute tranquillité par le gouvernement . 

- Il s’agit de la Grèce dont le gouvernement a trouvé la solution du pouvoir d'achat : depuis le lundi 1er juillet il a décidé d’instaurer une semaine de 6 jours. 

C’est-à-dire : la semaine de travail, normalement de 40 heures, passe ainsi à 48 heures. Seuls les salariés de la restauration et du tourisme ne sont pas concernés par la loi.

Le Premier ministre Kyriákos Mitsotákis a assuré que la mesure était « favorable aux travailleurs » et « profondément orientée vers la croissance ». Elle est notamment censée permettre une meilleure rémunération aux employés qui font des heures supplémentaires, mais aussi contrer le problème du travail non déclaré. (Lu ici)

 

Cette situation peut-elle s’exporter en France où la réduction du temps de travail est la revendication universelle, associée comme on le sait à une augmentation des salaires : travailler moins pour gagner plus

Il est vrai que les économistes se crêpent le chignon pour savoir si une telle mesure serait « pour- » ou « contre-» productive. Mais posée ainsi cette question relève d’une approche dénuée de toute sensibilité morale : supposé que le meurtre de mon voisin soit bénéfique à la société entière, serait-il licite de le faire passer de vie à trépas ? Faire travailler plus ceux qui triment déjà pour un salaire de misère serait-il licite si ça servait globalement à améliorer l’état économique de la société ?

Il est vrai que la chose s’est vue un peu partout, mais elle a toujours été le fait d’un pouvoir autocratique. Pourquoi ? Revenons un instant en Grèce et à sa mesure faisant passer de 40 à 48 heures le temps de travail hebdomadaire. Pour être justifiée cette mesure devrait résoudre le problème de la pauvreté. Est-ce le cas ?

Admettons qu’il soit nécessaire de produire plus pour avoir plus à partager. Mais la loi du partage sera-t-elle améliorée pour autant ? Avant de produire d’avantage, les Grecs qui s’épuisent déjà avec des salaires de misère voudraient en être sûrs. Or, selon un responsable syndical, « Le 1er ministre sait que la majorité des Grecs, avec un salaire mensuel moyen de 900 euros, ne peut survivre que jusqu’au 20 du mois. Cette dernière mesure barbare ne résoudra pas le problème fondamental de la pénurie de main-d’œuvre » (Art. cité). 

Une leçon d’économie pour les nuls dit à peu près ceci : si vous voulez avoir une plus grosse part du gâteau, vous avez le choix : ou bien vous le faites plus gros ; ou bien vous changez la personne qui le partage.



N’est-ce pas ce que les électeurs voudraient bien pouvoir faire en France ?

mardi 12 décembre 2023

À la tronçonneuse ! – Chronique du 13 décembre

Bonjour-bonjour

 

Il y a bien des années, Arnold Schwarzenegger en campagne pour devenir gouverneur de la Californie n’apparaissait à la télé que muni d’un balais, signifiant son projet de dégager le gouverneur de l’État et les incapables qui occupaient le pouvoir.

Aujourd’hui Javier Milei a fait campagne pour la présidence muni d’une tronçonneuse symbole des coupes à réaliser dans le pouvoir de l’État.

 


Ce qu’il n’avait pas dit (à moins que ce soit le peuple qui n’ait rien compris) c’est que sa première intervention consisterait à dévaluer la monnaie et donc à réduire le pouvoir d’achat de argentins – déjà très désargentés.

« Le gouvernement du nouveau président ultralibéral Javier Milei, investi dimanche, a annoncé mardi une forte dévaluation de plus de 50 % du peso, pour stabiliser l’économie en proie à une inflation et un endettement chroniques. La monnaie nationale passe ainsi à 800 pesos pour un dollar. » (Lu ici)

Étant donné que l’Argentine importe la majorité de ses ressources alimentaires de l’étranger, on peut en conclure que les argentins passant de la pauvreté à la très grande pauvreté vont être guettés par la famine. Et ce n’est pas avec des mesures sociétales (suppression du droit à l’IVG, rétablissement de la peine de mort, libéralisation du port d’armes, etc.) qu’il va donner à manger à son peuple.

 

L’étonnement n’est pas qu’un ultra-libéral prenne de telles mesures ; c’est qu’il ait été élu avec un programme qui laissait deviner ce cortèges de mesures d’austérité. Comment des gens qui vivaient péniblement avec les aides publiques ont-ils pu voter pour quelqu’un qui promettait de les supprimer ?

On met en cause le « dégagisme » : « Compte tenu de la médiocrité de la classe politique au pouvoir depuis la fin de la dictature, mieux vaut n’importe qui, que le maintien au pouvoir de ces gens-là. » Ça me rappelle ce petit enfant qui vient de recevoir une claque sur le derrière infligé par sa maman (1), et qui en pleurnichant se réfugie dans ses jupes pour se faire consoler.

C’est donc ça ? Un peuple qui cherche la protection d’un père (Perón) et d’une mère (Evita) ?

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(1) C’était il y a bien longtemps quand ce n’était pas encore un délit.

vendredi 26 mai 2023

Les chenils du cœur – Chronique du 27 mai

« J'comprends, répondit l'maire, (…) / Seulement, Butaud, moi, j'te préviens / Entre tes secours et ton cabot, faut qu'tu choisisses / L'argent des indigents n'est pas fait pour les chiens" (…)

« "Mon vieux Pataud, nous sommes trop bêtes / Pour comprendre que'qu'chose à la loi / Finissons-en, la charge est prête / Un coup pour toi, un coup pour moi / Pataud, on va partir ensemble / Au pays d'où qu'personne ne revient / Mon Dieu, mon Dieu, tout d'même, j'en tremble / Pardonne-moi, Pataud, tiens-toi bien" /  

Et c'est comme ça qu'l'on vit doucement dans les cieux / Monter l'âme d'un chien avec l'âme d'un gueux »

Mon vieux Pataud – Chanson de Berthe Sylva

 

Bonjour-bonjour

 

Ça y est ? Finies les larmes d’émotions devant le triste sort infligé au chien fidèle à cause du cruel représentant de la charité publique ? Vous avez rangé les kleenex ?

Alors ressortez-les ! 

 


Car voici un refuge de la SPA bondé comme tous les autres d’animaux (chiens-chats) abandonnés par leurs maitres incapables d’assurer leur nourriture au coût rendu exorbitant par l’inflation.

C’est par des évènements tels que celui-ci, qu’on peut juger infimes, qu’on mesure pourtant l’extraordinaire marche arrière de l’histoire : sans guerre, sans révolution, simplement par la mise en cause des choses les plus intimes de la vie. La sauvegarde des animaux domestiques n’est pourtant rien à côté des soins médicaux ou de ce qui est nécessaire à l’alimentation des humains. Mais quand on en arrive à se défaire des chiens ou des chats devenus trop onéreux, alors c’est que, probablement, tout le reste a déjà sauté.

Ça arrive tout doucement, d’abord loin de nous, chez « les autres » ; et puis ça se rapproche dans les info du jours ; et enfin, on croise un « beau » jour une file d’attente devant les Resto-du-cœur.

Mais l’histoire du « vieux Pataud » nous revient en tête : comment se fait-il qu‘il n’y ait pas des chenils-du-cœur pour distribuer gratuitement un seau de croquettes pour les chiens nécessiteux ?

dimanche 23 avril 2023

Mieux vaut être pauvre à Mayotte qu’aux Comores – Chronique du 24 avril

Bonjour-bonjour

 

L’opération d’expulsion des comoriens vivant sans papiers à Mayotte peut être vue sous deux angles opposés :

            - Le premier, consistant à considérer le droit international, observe que le territoire de Mayotte étant français, seuls les citoyens français ont le droit d’y résider sans autorisation spéciale. On peut donc les jeter dehors en toute légalité

            - Le second prend note du fait que ce n’est pas parce que ces gens n’ont pas le droit de résider chez nous que nous avons tous les droits à leur égard, y compris de les détruire. Pourrions-nous, comme du temps de la guerre du Viêt-Nam, les bloquer dans leur bidon ville et les arroser de napalm ?

Bien sûr la réponse est non – ce qui laisse entendre qu’il y a, au-dessus des lois internationales, un ensemble de valeurs et de principes universels qu’on se doit d’observer, même quand ces lois viennent à manquer. Il n’y a pas de « trous » dans le droit des humains à vivre et à satisfaire leurs besoins fondamentaux.

On devine que ce dernier principe est trop obscur : le logement fait-il partie des droits fondamentaux comme manger ou boire ? Si c’était le cas, on n’aurait plus de SDF en France.

- Mais que va-t-il se passer aujourd’hui et demain ? Les comoriens illégaux vont être embarqués dans des bateaux, direction les Comores. Et les autorités comoriennes vont certainement refouler les embarcations françaises, refusant du même coup de laisser revenir les migrants sur son territoire.

Appliquant le principe ci-dessus, les français ne vont pas jeter à la mer les malheureux comoriens. Retour à Mayotte ? Oui, mais entre-temps les bulldozers auront rasé leur bidons ville et détruits les quelques biens qu’ils contenaient. La logique de tout ça est qu’il faut que ces migrant soient plus malheureux sur le territoire français que s’ils étaient restés chez eux.

Quand on sait que ces pauvres migrants réfugiés à Mayotte sont huit fois plus « riches » que s’ils étaient restés aux Comores, il va être difficile de battre ce record.

lundi 26 décembre 2022

La santé n’a pas de prix, mais elle a un coût. – Chronique du 27 décembre



Bonjour-bonjour

 

Comme vous, mes amis, je suis perplexe devant la grève des médecins généralistes : habitué à ne même pas même savoir combien coûtent mes frais de santé, je regarde cette revendication des médecins qui veulent doubler leurs honoraires, comme quelque chose d’indifférent : après tout c’est le problème de la sécu – pas le mien !

- Pourtant, il me suffit de deux secondes de réflexions pour deviner que cet argent finira toujours par sortir de ma poche : les honoraires des médecins, tout comme le prix des médicaments peuvent bien être totalement pris en charge, finalement c’est toujours à nous, patients-consommateurs de soins qu’il incombera de financer les hausses.

 

Impossible donc d’éviter la question : faut-il accepter le doublement des honoraires de nos médecins ?

- Déjà, on peut se dire qu’il y va d’une logique de marché : nous manquons de médecins, donc le prix de leurs interventions doit augmenter en proportion de leur rareté, car, comme le dit l’adage bien connu, « Tout ce qui est rare est cher ». Ainsi les pauvres n’ont qu’à se dispenser de tomber malades, et quand ils le seront les voilà priés de se soigner eux-mêmes : car la collectivité ne pourra pas indéfiniment couvrir des frais médicaux en perpétuelle augmentation. C'est qu'il n’y a pas que les honoraires des médecins : les labo qui réalisent toujours plus d’analyses et de tests demandent aussi toujours plus de remboursements ; idem pour l’imagerie médicale ; et ne parlons pas du coût des interventions chirurgicales, même réalisées en ambulatoire.

- Alors, prêt pour payer ? Oui ? Et du coup prêt aussi pour laisser les pauvres (ceux qu’un ex-président appelait les « sans-dents ») dans leur état morbide ? D’accord ? Pas d’accord ? 

En tout cas, voilà un sujet beaucoup plus sensible qu’il n’y paraissait au premier abord. Nul doute que ça va devenir un thème de débat politique, certains exigeant que la République française, patrie des droits de l’homme soit aussi celle de la sécurité sanitaire ; et d’autres fulminants parce que notre système de santé est ruiné par des migrants, qui ont choisi l’hospitalité française uniquement pour s’y faire soigner gratis.

La santé n’a pas de prix, mais elle a un coût.

jeudi 27 octobre 2022

Qu’est-ce qu’un pauvre ? – Chronique du 28 octobre

Bonjour-bonjour

 

Vous voulez de l’actualité ? De la toute fraiche, à peine démoulée ? En voici : ça concerne le synode voulu par le Pape pour cette année : « Le texte qui sera la base du travail du synode … est paru ce jeudi 27 octobre. Il est composé des synthèses provenant des Églises des cinq continents. »

Je vous laisse découvrir en détail ce document qui devrait ouvrir les yeux de ceux qui pensent que l’Église est une structure et une idéologie archaïques et incapables de se réformer. Certes on peut encore douter que ce document de travail donne lieu à de véritables réformes ; mais déjà on y voit l’Église définir les sujets sur lesquels il y a pour elle problème.

- Ainsi la question de la pauvreté qu’il s’agit de redéfinir : « Par pauvres, le document entend non seulement les personnes démunies, mais aussi les personnes âgées isolées, les autochtones, les migrants, les enfants des rues, les alcooliques et les toxicomanes, les victimes de la traite des êtres humains, les survivants d'abus, les prisonniers, les groupes qui souffrent de discrimination et de violence en raison de leur race, de leur ethnie, de leur sexe ou de leur sexualité. » (1) 


On voit que la pauvreté habituellement conçue exclusivement à partir du manque de ressources économiques ou de moyens matériels pour mener une vie décente (Source CNRTL), est en réalité beaucoup plus large : tous ceux qui sont en souffrance sociale, qu’elle soit subie du fait de leur faiblesse ou par rejet de leur choix de vie.

- Fallait-il élargir à ce point cette notion de pauvreté au risque de lui faire perdre ses contours précis ? Sans doute : l’Église est née et s’est développée chez les esclaves romains, parmi les plus pauvres et les plus éprouvés des hommes : ici pas de critères, ni économique ni sociologiques – rien que le déni de l’humanité.


En ce sens le texte du synode n’a rien de révolutionnaire : il ne fait que nous rappeler que la pauvreté ne se soigne pas seulement avec des aumônes, mais aussi et surtout avec de la reconnaissance. Celle que chaque homme est mon semblable, que je ne peux haïr ou mépriser quiconque avec la tranquillité de conscience comme si je n’avais affaire qu’à un objet et non à un sujet.

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(1) C’est dans un organe d’information du Vatican qu’on peut lire ce texte, ainsi qu’une information très détaillée des objectifs de ce synode. (Lire ici)

lundi 26 septembre 2022

Fini le capitalisme glouton ? – Chronique du 27 septembre

Bonjour-bonjour

 

C’est de chez Renault que la nouvelle est venue : l’entreprise fera plus de bénéfice qu’avant (entendez : durant l’ère Carlos Ghosn), en fabriquant moins de voitures, donc en étant plus verte (toutes proportions gardées). Luca de Meo l’a en effet déclaré récemment dans une interview à Investir : « A une époque, nous fabriquions 3,5 millions de voitures ; aujourd’hui, c’est plutôt 2,5 millions, mais nous gagnons plus d’argent » (Lu ici)

Comment ce miracle s’est-il produit ? « En faisant sortir la marque de sa politique de rabais mortifère pour le chiffre d’affaires et les bénéfices » peut-on lire un peu plus loin. Il est vrai que l’article cité s’étend largement sur un concours de beauté destiné aux belles voitures et à leurs belles conductrice, généralement réservé à une clientèle fortunée – et dans lequel les modèles Renault ont particulièrement brillé.

 

- Oui : et alors ? Se demande-t-on pourquoi Citroën, a pérennisé sous la marque DS ses modèles de luxe, qui deviennent ainsi étrangers à la « marque aux chevrons » qui met sur le marché des voitures ressemblant plus à des boites à sardine qu’à des voitures qu’on serait fier de posséder.

 

- Si vous ne me croyez pas, alors voyez cette voiture :

 

 


Citroën Ami

Cette « Citroën Ami » est une voiture électrique sans permis dont la conception a été voulue la moins chère possible, avec par exemple des portières interchangeables et qu’on peut acheter chez Darty ou à la FNAC (1).  Mais pour le public, ça veut dire que ce n’est pas une voiture. Les gens veulent du luxe et quand ils le peuvent la voiture est un moyen d’afficher qu’ils y accèdent. Inutile de chercher à produire des véhicules reprenant les codes sobriété, comme cette petite Ami, que les ingénieurs ont voulu la moins chère possible. Pour mémoire la firme indienne Tata a jadis tenté de commercialiser un véhicule abordable pour le grand public grâce à des économie drastiques sur les coûts de fabrication ; mais elle a dû y renoncer tant les acheteurs étaient peu nombreux à vouloir une voiture visiblement « cheap ».

La leçon est claire : la voiture reste un indicateur de statut social, et vouloir la rabaisser c’est refuser aux gens d’afficher leur réussite en montant dans leur véhicule.

Donc, Renault se rempli les poches avec des voitures chères. Les pauvres n’y auront pas accès ? Et alors ? De toute façon Renault perdait de l’argent en leur vendant des voitures prix cassés. Et ça, le Marché n’en veut pas.

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(1) Selon ce site, cette Citroën est commercialisée à un peu plus de 7000 euros. Ça laisse la pauvreté hors de prix

jeudi 4 août 2022

A gauche de la droite ou à droite de la gauche ? – Chronique du 5 août

Bonjour-bonjour

 

Sur l’immigration monsieur Darmanin estime être « l’aile gauche » de la majorité présidentielle

Certains ne manqueront pas de plaisanter : « Monsieur Darmanin est-il à droite de la gauche ou à gauche de la droite ? » En tout cas c’est à cette question que les commentateurs de la vie politique française vont s’atteler. Les sodomiseurs de diptères sont de retour ! Il est vrai qu’au mois d’août les nouvelles sont rares…

 

Restons sérieux et écoutons sa déclaration : « Pardon pour cette provocation mais je suis l’aile gauche. Je suis un fils de femme de ménage. Je suis élu dans un territoire de gauche depuis toujours, dans les Hauts-de-France dans le Nord. Moi j’ai une certaine fibre sociale économique, je ne suis pas un libéral économique absolu » Et d’ajouter : « Je suis de gauche quand je défends les étrangers qui doivent avoir l’asile constitutionnel, mais je pense aussi être de gauche quand je dis que la personne qui se fait voler sa voiture doit être protégée. Je pense que les gens de gauche, comme les gens de droite d’ailleurs et comme tous les Français [...] sont du bon sens qui consiste à dire : « les étrangers sont les bienvenues sur notre sol, s’ils respectent les valeurs de la République » (lire ici)

 

- Oui, ça impressionne, d’autant plus que certains de ses administrés en ont témoigné : du temps où il était maire de Tourcoing il a tout fait pour permettre à ses administrés nécessiteux d’accéder aux logements sociaux. Bien sûr il le faisait parfois en indiquant à une belle jeune femme qui était dans la misère le canapé dans un coin du bureau et en ajoutant « Mais avant cela, il faudra m’aider madame »

Mais cela ce n’est ni de droite ni de gauche : c’est abject et voilà tout.

jeudi 7 avril 2022

« La seule qui comprend les pauvres » - Chronique du 8 mars

Bonjour-bonjour

 

«  /Marine Le Pen/, c'est la seule qui comprend les pauvres gens comme nous, ceux qui n'ont plus grand-chose à la fin du mois », témoigne Monique, une ancienne conseillère de vente perpignanaise qui touche 800 euros de retraite par mois (lu ici). On retrouve la situation des Gilets-jaunes – celle qui a suscité ce vaste mouvement de soutien dans l’opinion qui continué même quand le mouvement a dégénéré en violence hebdomadaire.

 

Je ne sais pas si Marine Le Pen sera ou non élue présidente ; en revanche je sais que si cela arrivait ça n’aurait rien d’illogique. Elle s’inscrit en effet dans le chemin tracé depuis de longs mois par cette secousse provoquée par la menace de perte de pouvoir d'achat et par l’éloignement des services publics à l’heure où le secours de l’État est partout réclamé et partout considéré comme un dû. 

On veut croire qu’il s’agit là du surgissement d’une nouvelle attitude liée à l’instauration de nouvelles fonctions dans l’État qui après avoir été le protecteur de la Nation est devenu la mère nourricière des pauvres. Mais il n’en est rien : déjà du temps des monarques capétiens le Roi était la condition de la prospérité comme détenteur d’une grâce spéciale liée à sa fonction de Lieutenant de Dieu sur terre. 

Mais on peut remonter beaucoup plus loin : c’était aussi le rôle du Grand Inca, tout comme celui du Pharaon égyptien qui, par des rites spéciaux qu’eux seuls pouvaient accomplir, faisaient lever les moissons et prospérer le bétail. 

Voilà le problème : aujourd’hui, même Marine Le Pen ne peut convaincre le public qu’elle possède ce pouvoir. Et en même temps, toutes les promesses sont soumises à vérification sur le terrain : y aura-t-il on non augmentation du SMIC ? Et résorption du chômage ? Et disparition de l’inflation ? Le peuple est peut-être naïf, dans la mesure où il croit facilement les gens qui lui promettent de lui donner ce dont il a besoin. Mais il est également exigeant : il veut passer à la caisse et si elle est vide, alors le colère gronde !

mercredi 23 mars 2022

La paix à tout prix ? – Chronique du 24 mars

Bonjour-bonjour

 

Un aspect de la guerre d’Ukraine a été rappelé hier par le président Volodymyr Zelensky : c’est la guerre économique qui dans l’immédiat peut seule arrêter l’agresseur russe – mais qui peut en même temps mettre en faillite les entreprises concernées.

- C’est vrai du côté russe avec la décision de Vladimir Poutine qui, en décrétant que les achats de gaz et du pétrole russe se feront désormais en rouble, met en danger Gazprom de se retrouver à court de devises étrangères pour honorer ses créances à l'avenir.

- C’est vrai également pour les entreprises européennes telle que Leroy-Merlin : Adeo, la holding de Leroy Merlin à qui le président ukrainien Volodymyr Zelensky a demandé ce mercredi 23 mars, parmi d’autres entreprises, de quitter la Russie, a répondu qu’une fermeture serait considérée comme une “faillite préméditée”. (Lu ici)

 

Devant cette guerre qui devient de jour en jour plus brutale et barbare à l’égard des civiles, on se dit que si l’anéantissement de l’agression russe peut être obtenue par la pression économique, celle-ci devrait être réalisée, quoiqu’il en coûte.

- Seulement tout cela c’est beau sur le papier ou dans l’éther où vibrent ces déclarations héroïques. Mais le PDG de Leroy-Merlin, lui, ce ne sont pas avec des intentions si nobles soient-elles qu’il doit compter : c’est avec 45000 employés qui iraient droit au chômage si les magasins russes devaient fermer. 

Que dire ? Doit-on lever les yeux au ciel et pleurer sur la condition humaine ?

Ne devrait-on pas plutôt dire que ce n'est pas l'humanité qui est cause de la misère, mais la guerre.

Voyez plutôt : d’un côté, vous avez les femmes les enfants et les vieillards ukrainiens qui vivent comme des rats tapis au fond des caves ; de l’autre les familles moscovites réduites au chômage et qui ne survivent plus que grâce à la charité publique. Dans les guerres il n'y a que la misère qui gagne à tous les coups.

Rappelez-vous la guerre de Trente ans.


Mère courage de Bertold Brecht

mardi 22 mars 2022

Des « contreparties » au RSA? – Chronique du 23 mars

Bonjour-bonjour

 

Une des questions les plus discutées de la campagne électorale vient de s’installer sans crier gare : le Candidat-Macron annonce que s'il est réélu il obligera les bénéficiaires du RSA à un travail d'environ 15 heures mensuelles en contre partie du versement de cette aide.

Il s'agit d'un vieux projet de la droite, qui considère qu’une aide systématiquement versée aux chômeurs chroniques est un prime à l’inactivité, sorte de « récompense » à la paresse.

Le Candidat-Macron aurait donc décidé de se démasquer franchement : en choisissant cette mesure il adopte une posture de la droite forte. Il faut dire que, venu d’un Président qui a largement ouvert le tiroir-caisse de l’État lors du « Quoiqu’il en coûte », la surprise est de taille.

 Qu’en est-il ?

- Élisabeth Borne la ministre du Travail a « assuré que la réforme du RSA proposée par le candidat Emmanuel Macron prévoit de conditionner le versement de ce revenu à des “contreparties” qui ne seront pas du “travail d’intérêt général”, mais des activités permettant de revenir vers le monde professionnel. » Pour dissiper toute ambiguïté elle ajoute qu’il s’agirait « de participer à des ateliers dans lesquels on peut faire un bilan personnalisé” et non de donner “quinze heures d’activité à la société”, comme le propose la candidate du parti Les Républicains » (Lire ici)

- Obliger des chômeurs à travailler ce serait en effet alimenter le chômage au lieu de le résorber, puisque chaque assisté devrait prendre le travail d’un actif. Ainsi, comme le souligne la Ministre du travail, la contrepartie du RSA est non pas une activité productive mais « des activités permettant de revenir vers le monde professionnel » (ci-dessus)

- Un petit rappel pour être exhaustif : le RSA (Revenu de Solidarité Active) selon la définition officielle, c’est : 

            - un revenu minimum pour ceux qui ne travaillent pas ; 

            - un dispositif d’accompagnement social et professionnel pour faciliter l’accès à l’emploi ou consolider les capacités professionnelles de ceux qui sont sans activité ou qui ne tirent de leur activité que des ressources limitées.

 

- Alors : cette annonce est-elle un franchissement de la ligne rouge séparant la droite du reste de l’éventail politique, ou bien n’est-elle qu’une annonce sans contenu ?

On peut le craindre ou l’espérer, c’est selon, parce que la proposition du Candidat-Macron ne fait qu’enfoncer une porte ouverte depuis toujours (= depuis que le RSA existe), puisque l’objectif officiel est d’aider les gens en capacité de travailler de revenir à l’emploi. 

Il reste quand même deux questions :

    - La première est de savoir quel doit être le rôle de l’État dans ce retour, autrement dit quels moyens il va donner aux chômeurs pour retrouver un emploi. Une formation adaptée aux besoins du marché de l’emploi et au profil des chômeurs de longue durée ? Les opposants au projet ironisent : « On va leur apprendre à rédiger un CV ! »

    - Le second problème est de savoir ce qu’on fait pour ceux qui ne peuvent pas revenir à l’emploi. Élisabeth Borne le dit : « On tiendra compte de la situation de la personne. Ça ne peut pas être la même chose pour un jeune et pour une personne qui a charge de famille »

 

Alors, on soulignera que l’exploitation du travail humain est quand même largement possible - un jeune pourra toujours pédaler chez Delivroo pour des clopinettes.

- Oui. Mais choisir de laisser mourir de faim et de maladie tous ceux – quels qu’il soient – qui ne travaillent pas, reste quand même de l’autre côté de la ligne rouge.

jeudi 17 mars 2022

Reims : les réfugiés du camp Saint-John Perse – Chronique du 18 mars

Bonjour-bonjour

 

Au moment où l’on annonce l’arrivée du convoi humanitaire envoyé en Ukraine par le Stade Reims et ses partenaires, les associations de soutien aux réfugiés sans papiers de la ville alertent l’opinion sur l’état d’un campement sauvage dans le Parc Saint-John Perse, à 3 km du centre-ville :

« Les personnes réfugiées au camp Saint-John Perse, à Reims (Marne), ont froid. Un appel à collecter du bois de chauffage a donc été lancé le lundi 15 mars. »

 

Campement de réfugiés dans le parc paysager Saint-John Perse à Reims


Le même article poursuit : « Même si on parle beaucoup des demandeurs et demandeuses d'asile d'Ukraine, le collectif Sovkipeu rappelle qu'il ne faut pas oublier les autres. » (Lire ici)

 

Aucune horreur n’est diminuée par l’existence d’autres horreurs plus graves ailleurs : qu’en Ukraine des enfants périssent écrasés sous des bombes n’empêche pas que des hommes des femmes et des enfants soient là, à deux pas de chez nous, dans le froid et l’humidité, démunis au point de quémander du bois pour faire du feu pour se réchauffer et sécher leur literie.

L’impression qui se dégage de ce contraste est que l’empathie est vraiment liée à l’information et aux images qu’elle véhicule. La distance qui nous sépare de ces malheureux ukrainiens n’importe guère puisque grâce à nos véhicules nous pouvons en quelques jours franchir ces distances considérables. Mais faire 3 kilomètres pour aller apporter un peu de bois de chauffage, ça c’est beaucoup plus problématique. 

Et puis nous reste-t-il encore un peu de mauvaise conscience pour nous punir de ne pas secourir les réfugiés de Saint-John Perse, alors que nous sommes gonflés de fierté d’avoir apporté des vivres à 2500 kilomètres d’ici ?  

samedi 5 février 2022

À poil ! – Chronique du 6 février

Bonjour-bonjour

 

Alors, vous aussi vous en avez marre de ces fins de mois qui commencent au 15, de ces vacances à passer à la maison faute de thune, de vos petits qui boivent du soda frelaté parce que Coca Cola est trop cher : pour obtenir le Smic à 2000 euros net, descendez dans la rue et manifestez le poing levé. Mais avant : mettez-vous à poil.

 

Oui, même s’il fait 0° faites comme les profs de Beaucourt (c’est près de Belfort) :



Vu ici


« Classes en moins, collège à poil » : c’est ainsi que ces professeurs de collège et lycée ont manifesté jeudi dernier pour dénoncer les fermetures de classes.

 

- Se montrer tout nu : est-ce une nouvelle façon de manifester son mécontentement ?

Oui, mais faites bien attention : la nudité peut avoir dans ce cas deux significations bien différentes : 

            * Soit, vous souhaitez vous en servir pour montrer votre dénuement : mettez alors au premier plan des hommes un peu grassouillets et donnez-leur des cartons comme cache-sexe. Ça fera dans le genre SDF et on va tirer les mouchoirs.

            * Soit vous voulez plutôt profiter du choc érotique de l’exhibition des corps pour capter l’attention et faire passer votre message : alors prenez des femmes, dénudez leur poitrine et transformez celle-ci en porte slogan. Bref : utilisez la formule « Femens »

 


Vous saisissez la nuance ? On peut l’illustrer avec l’exemple de l’actrice Corinne Masiero 

 


Vous la voyez à gauche lors de la cérémonie des Césars où elle s’est montrée nue, le corps taché de sang, des Tampax usagés en pendants d’oreille – revendiquant des soutiens financiers pour les artistes dans la misère. Ça, c’est la formule sans-glamour.

Et puis la voici (à droite) exhibant sur le plateau de Grosland ses seins bien propres – levant un poing révolutionnaire. 

Pigé ?