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mardi 2 juin 2026

J’irai cracher sur vos tombes – Chronique du 3 juin

Bonjour-bonjour

 

Quel est le comble de la haine ? Aller, comme l’imagine Boris Vian, cracher sur la tombe qu’on celui déteste ? Lui refuser une tombe décente en l’abandonnant aux charognards ? 

Oui, peut-être. Mais il y a pire. Voyez ce fait divers qui vient d’être examiné au Tribunal d’Amiens où une femme vient d’être jugée pour s’être emparée des cendres de son ex-conjoint défunt et les avoir… jetées dans les toilettes. (Lu ici)

 


Je vous laisse lire le détail du jugement rendu par le Tribunal pour aller à l’essentiel. Comme il y a peu de chances que vous parveniez à faire la même chose avec les personnes que vous haïssez, il reste que vous pouvez les en menacer : «Après ta mort, Je jetterai tes cendres dans les chiottes et je tirerai la chasse» 


N’est-ce pas là le comble de la haine ? Car du temps des grecs quand la haine d’un assassin allait jusqu’à abandonner son corps aux charognards, on n’osait pas profaner activement sa dépouille – Sauf Achille qui a accroché à son char le cadavre d’Hector pour le trainer autour des murailles de Troie . Mais ce n’était encore rien : voilà que nous allons beaucoup plus loin … en le traitant comme un excrément.

Nous acceptons comme les Indiens d’anéantir la dépouille du défunt par le feu. La haine véritable irait jusqu’à lui conférer la substantialité de la  m*.

mardi 19 mai 2026

Les fesses rebondies de Flavie Flament – Chronique du 20 mai

Bonjour-bonjour

 

Non, vous ne trouverez pas ici un commentaire sur les agressions sexuelles dont fut victime la célèbre animatrice TV, mais seulement quelques réflexions autour des remarques désagréables concernant son aspect physique aujourd’hui, alors qu’elle a 51 ans. A ceux qui moquent son tour de taille, et répond en publiant cette photo d’elle nue dans sa salle de bains.

 


On peut être déçu par la timidité de ce cliché, mais l’important est le commentaire qu’en fait Flavie Flament : « Après avoir longtemps “torturé” mon corps pour correspondre aux exigences esthétiques du milieu audiovisuel, je revendique au contraire des “fesses rebondies de bonnes bouffes, de vin et de caresses”. » Ajoutant « Des fesses de joie ! Des fesses de vie » (Lu ici)

 

--> Ce commentaire répond à une question qu’on se pose souvent sans oser en parler : « De quoi notre corps est-il fait ? ». Les fesses d’une bouffeuse de haricots verts ont-elles le même aspect, la même consistance que celles qui se laisse aller aux bonnes bouffes et au vin ?

Même en laissant de côté les caresses amoureuses qui remplissent, nous dit-on, le rôle du sculpteur, nous sommes donc ce que nous mangeons, de telle sorte que la qualité gastronomique de nos repas aurait quelque chose à voir avec la sensualité des formes. Fesses rebondies ici, maigrichonnes et pointues là. A l’une des fesses tristes ; à l’autre les fesses joyeuses.

Si donc nous sommes ce que nous mangeons, il devient possible de juger notre nourriture à partir de l’aspect pris par notre corps à l’usage de cette nourriture. Ainsi des mangeurs de MacDo.




dimanche 10 mai 2026

La boum à Papy – Chronique du 11 mai

Bonjour-bonjour

 

Après la rave party qui a eu lieu dans le Cher et qui a défrayé les chroniques, on se dit : « Comment les jeunes font-ils la fête aujourd’hui ? Pourquoi ne pas aller en discothèque comme nous, les vieux, nous le faisions à leur âge ? » 

La réponse a quelque chose de glaçant : la jeune génération ne veut plus aller danser en public, là où n’importe qui peut être filmé dans une posture ridicule et mis en circulation sur le net. Finies les figures à la John Travolta, fini le hip-hop qui embarque tout le monde dans le même élan. La danse d’aujourd’hui n’a nullement besoin de l’autre.

Bien entendu, les clubs existent encore : dans les clubs, sur les vidéos, les corps se replient davantage sur eux-mêmes. « On voit beaucoup de danses très ramassées sur soi, un rythme interne, comme si chacun dansait seul dans sa chambre mais en public » - Exit John Travolta.

- Ce qui disparait ainsi, ce sont les slows, où les corps adolescents se découvraient au lent balancement de la danse : érotisation modeste de la danse, le slow n’en était pas moins le premier et provisoirement le seul moment où les corps des filles et des garçons fusionnaient.

C’est ainsi qu’on parle « de société de « zombies », où les corps coexistent sans vraiment se rencontrer, chacun absorbé par son écran, absent à ce qui se passe autour. » (Lire ici)

 

- De notre temps, la boum était exactement l’antidote à un tel phénomène : elle forçait les corps à se trouver dans le même espace, à s’ajuster, à se tolérer, parfois même à se désirer. Le sociologue Norbert Elias l’a théorisé sous le nom de « civilisation des mœurs » : depuis des siècles, les sociétés humaines inventent des rituels pour apprivoiser le désir, des codes pour que les corps puissent se frôler sans que cela tourne mal. La boum en était une version banale et magnifique. 

Les réseaux sociaux, en offrant l’illusion du corps dansant sans le risque du corps présent, ont rayé cet apprentissage.

lundi 29 décembre 2025

L’amour en pièce – Chronique du 30 décembre

Bonjour-bonjour

 

Le décès de Brigitte Bardot a été l’occasion d’extraire de sa filmographie cette séquence devenue « culte » (avec jeu de mot) du dialogue Bardot-Piccoli qui ouvre le film Le mépris de Jean-Luc Godard.

 


On y voit l’actrice entièrement nue dialoguer avec son amant :

« - Tu vois mes pieds dans la glace ? .....Oui

- Tu les trouves jolis ? - Oui, très !

- Et mes chevilles, tu les aimes ? - Oui .....

- Tu les aimes mes genoux aussi ?

- Oui, j’aime beaucoup tes genoux

- Et mes cuisses ? - Aussi !

- Tu vois mon derrière dans la glace ? - Oui

- Tu les trouves jolies mes fesses ? - Oui, très ! -

- Je me mets à genoux ? - Non, ça va ..

- Et mes seins tu les aimes ? - Oui, énormément !

- Doucement, pas si fort ! - Pardon ! -

- Qu’est-ce que tu préfères mes seins ou la pointe de mes seins - Je sais pas ; c’est pareil

- Et mes épaules tu les aimes ? - Oui - Je trouve qu’elles sont pas assez rondes - Et mes bras ? Et mon visage ? - Aussi ! 

- Tout ? Ma bouche, mes yeux, mon nez, mes oreilles ? - Oui, tout !

- Donc tu m’aimes totalement

- Oui, je t’aime totalement, tendrement, tragiquement

- Moi aussi Paul ! »

 

- Lors de la sortie du film cette séquence nous intéressait beaucoup. Non seulement par l’ironie de Godard qui, contraint par le producteur de tourner une séquence où Bardot serait dénudée, a fait « ça » (du genre : « Vous la voulez à poil ? Eh bien vous aurez ça : dém**dez-vous pour interpréter ! »). Mais aussi parce qu’à l’époque nous étions férus de psychanalyse lacanienne qui développait la théorie du corps morcelé. 

Selon cette théorie, « le corps est comparable à un « amas de pièces détachées – le phallus en étant l’exemple le plus éminent : derrière le corps objectivé, existe originellement le corps subjectivé, dont le morcellement par la jouissance est pour chacun toujours singulier. » (Lire ici)

Ainsi le corps dans son entièreté est second par rapport au corps érotisé fait de fragments réunis par le désir. Bardot a raison de chercher le détail du désir de son amant, car ce qu’elle est n’est que la somme de ces jouissances espérées.

Rappelons-nous cette délicieuse répartie de Chloé dans l’écume des jours de Boris Vian : « Je t’ai déjà dit que je t’aimais bien, en gros et en détail. – Alors, détaille, murmura Chloé, en se laissant aller dans les bras de Colin, câline comme couleuvre. »

jeudi 2 octobre 2025

L’amnésie des fessiers – Chronique du 3 octobre

Bonjour-bonjour

 

Figurez-vous que ce matin, poursuivant une info un peu louche relatant la manie d’un animateur TV de mordre les fesses de ses collaboratrices (cf. ici), Google, suivant une logique obscure, me conduit droit vers cette stupéfiante information : il existe un syndrome de « la fesse morte ».

Bigre ! Risquons-nous de mourir par petits morceaux, à commencer par nos fesses ?

- Pas du tout ; lisant un peu plus loin, on trouve ceci : « le nom alarmant de « syndrome de la fesse morte », /ne signifie pas que/ votre postérieur … va mourir. Il fait référence au manque d’activité et de mouvement lors d’une position assise prolongée. Conséquences : vos muscles fessiers sont plus lents à s’activer et des douleurs peuvent apparaître. »

Bon – on pense alors que c’est une sorte d’ankylose et rien de plus. Mais non – cette information est beaucoup plus stupéfiante : il s’agit d’un syndrome, appelé également « amnésie des fessiers ». Selon le docteur Chris Kolba « l’amnésie fessière » se produit parce que « la position assise entraîne une surutilisation des fléchisseurs de la hanche et une sous-utilisation des fessiersAu fil du temps, le corps « oublie » comment activer correctement cette zone, ce qui entraîne une faiblesse et des douleurs associées »

 

Oui, vous avez bien lu : à force de rester assis de manière prolongée, notamment au bureau notre corps « oublie » l’existence de nos fesses, ce qui entraine des douleurs au niveau des fessiers ou du bas du dos.

Que faire ? Plus d’exercice ? Oui, bien sûr, mais vu la nature de cette pathologie, il y a également des précautions très spécifiques à prendre. Jane Konidis (spécialiste en médecine physique et en réadaptation) conseille de régler une alarme pour se lever « toutes les 30 à 50 minutes » et « tapoter doucement ses fesses du bout des doigts ». Cela permet de rappeler au cerveau que « ces muscles sont là ».

Là, je vous sens intéressé : s’adresser à son corps comme on parlerait à un ado un peu flemmard qui trainerait dans son lit à l’heure du lycée – ça nous parle. Mon corps est en réalité comme une petite famille dont les principaux organes doivent être stimulés à l’aide d’une mémoire qui nous alerte régulièrement. 

- Drrring ! C’est ton estomac. Il te rappelle qu’il est vide

- Tic-tac/Tic-tac : C’est l’heure d’aller dormir.

- Boum-bada-Boum: la voisine est à sa fenêtre – ça se réveille dans le calcif. Il faut prendre les dispositions qui s’imposent.

 

Je vous quitte : je vais faire le tour de mon corps pour voir si tout le monde est bien à son poste.

mardi 5 août 2025

Le corps, une machine bien docile – Chronique du 6 aout

Bonjour-bonjour

 

Aujourd’hui, cher(e)s ami(e)s je vous propose de relire l’actualité à la lumière de nos Grands Classiques.

Ainsi de la polémique autour de la maigreur des grandes championnes cyclistes à la quelle Pauline Ferrand-Prévôt a répondu dans une interview (lire ici).

Il s’agissait d’informer les jeunes du risque que faisait prendre à leur santé et leur avenir les régimes d’extrêmes maigreur imposés par certains coachs sportifs.

Dans sa réponse, Pauline Ferrand-Prévôt souligne que si, effectivement, elle a perdu du poids en préparant le Tour de France, ce n’était que circonstantiellement, pour grimper le col de la Madeleine. Par contre, s’agissant de préparer (et de gagner) Paris-Roubaix, elle était « beaucoup plus lourde parce que /dit-elle/ je savais que j'avais besoin d'être plus lourde pour avoir de la puissance sur les plats. »

Ainsi le corps de ces sportives est un instrument qui peut être modifié à volonté, comme un matériel qu’on adapte selon les besoins : un peu plus de muscle ici, un peu moins de gras là.

 

- Ça ne vous rappelle rien ? Mais si ! Rappelez-vous : 

« TOINETTE - Que diantre faites-vous de ce bras-là ?

ARGAN - Comment ?

TOINETTE - Voilà un bras que je me ferais couper tout à l'heure, si j'étais que de vous.

ARGAN - Et pourquoi ?

TOINETTE - Ne voyez-vous pas qu'il tire à soi toute la nourriture, et qu'il empêche ce côté-là de profiter ?

ARGAN - Oui ; mais j'ai besoin de mon bras.

TOINETTE - Vous avez là aussi un œil droit que je me ferais crever, si j'étais à votre place.

ARGAN - Crever un œil ?

TOINETTE - Ne voyez-vous pas qu'il incommode l'autre, et lui dérobe sa nourriture ? Croyez-moi, faites-vous-le crever au plus tôt : vous en verrez plus clair de l’œil gauche. »

 

- Voilà, vous y êtes : ça vient de vos années-lycées et il s’agit de la tirade de Toinette dans le Malade imaginaire (acte3, scène10) de Molière.

Seulement, alors que Molière tirait de cette manipulation du corps d’Argan un effet comique venu du ridicule d’une telle prétention à considérer son corps comme un instrument qu’on adapte selon les besoins, voyez qu’aujourd’hui on prend ça très au sérieux ; c’est même le comble de l’efficacité.

« Pilote de F1, faites-vous couper les jambes : c’est de l’encombrement inutile »

 

 

- Ça fout les miquettes…

jeudi 31 juillet 2025

La dictature sur le corps – Chronique du 1er aout

Bonjour-bonjour

 

Le saviez-vous ? Si vous étiez une japonaise – vivant au Japon – on vous dirait que peser 35 ou 40 kilos, c’est un poids idéal. Moyennant quoi vous feriez un seul repas par jour complétant votre régime par des coupes faim. Certaines japonaises le constatent toutefois « Je fais régime depuis un an ou deux. Souvent, je me sens vraiment faible, j'ai des étourdissements et des difficultés de concentration » - mais c’est pour ajouter aussitôt : « mais je m'en fiche : je veux à tout prix être très mince, donc très belle » (Lu ici)

Bien sûr le corps médical tire la sonnette d’alarme : il y a au Japon cinq fois plus de femmes en sous-poids qu'en Allemagne ou aux États-Unis. Mais c’est pour entendre ces jeunes filles exagérément maigres dire qu’elles se trouvent trop grosses.

 

- Ce qui se passe au Japon se passe sans doute aussi ailleurs – et même cela ne date-t-il pas d’aujourd’hui, si l’on en croit les portraits de femmes datant de plusieurs siècles : on retrouve partout la même allure, la même bouche, les mêmes yeux, etc.

Notre corps, nous ne le voyons pas – seul nous parait son image à travers le regard de nos semblables. Mais c’est ce regard qui compte, et si nous faisons tant d’effort pour transformer notre corps, c’est avant tout pour transformer ce regard qui nous englobe.

Sartre a largement commenté ce pouvoir des autres sur nous-mêmes ; il n’a pas tellement commenté les réactions qui s’en suivaient. Mais bien sûr la parade pour contrer le pouvoir du regard d’autrui, c’est de paraitre selon un modèle jugé avantageux.

 


Dominique de Villepin à La Baule en 2005

mardi 19 novembre 2024

Mon corps, mon choix – Chronique du 20 novembre (2)

Bonjour-bonjour

 

Les femmes ont pris pour slogan de leur indépendance par rapport aux hommes cette formule (« My body, my choice ») pour dire que tout ce qui concerne leur corps, comme la liberté de procréer ou de vivre là et comment elles le souhaitaient ne dépend que d’elles-mêmes. Leur corps est alors entièrement soumis à leur volonté exclusive, un peu comme un objet.

C’est cette définition comme objet, qui est pris par la justice comme donnant un statut au corps des femmes, excluant par ce fait qu’on attribue à celui-ci le statut d’une personnalité de droit. 

Dit comme cela ça peut paraître bizarre mais ne l’oublions pas : l’objet est toujours défini par rapport à un sujet qui en use à sa guise : le galet sur la plage n’est un objet que lorsqu’un promeneur, attiré par sa forme, le ramasse. Le corps d’une femme est un objet par rapport à une personne qui en fait un certain usage : alors que les femmes considèrent qu’elles sont les seules à exercer légitimement un pouvoir sur leur corps, les hommes le contestent avec leur slogan démarqué de celui des femmes : « Your body, my choice »

On sait que les femmes font de leur slogan « My body, my choice » le fer de lance de leur droit à l’avortement, l’embryon qu’elles portent étant considéré alors comme une excroissance de leur corps et non comme une personne déjà autonome – ce que contestent comme on le sait les « pro-life » qui affirment que le fœtus est dès le premier jour un enfant dont la vie est sacrée.

Depuis l’antiquité à nos jours, les femmes ont revendiqué le droit d'exercer sur leur corps un droit inaliénable d'en user comme elles le souhaitent. C’est ainsi que de nos jours certaines parties du corps sont modifiées à volonté : ainsi des nez réduits ou des seins grossis, de ces fesses plates rendues rebondies ou de la peau avachie retendue.

On croira peut-être qu’il s’agit-là de transformations qui n’existent que depuis peu. C’est vrai qu’on a aujourd’hui le bistouri agile. Mais rappelez-vous : les amazones qui se coupaient un sein qui les encombrait fort pour tirer à l’arc ;




... ou ces petits garçons qu’on castrait pour conserver à l’âge adulte leur voix cristalline d’enfant. Ils étaient supposés en droit de le faire à condition d'avoir un droit total sur eux-mêmes, c’est-à-dire sur une partie de leur corps investi d’un projet. En tant que sujet humain, j’ai le droit de faire ce que je veux de mon corps-objet

Kant dira qu’il est immoral de considérer qui que ce soit comme un objet : le garçon de café est bien un objet puisqu’il est là pour me servir ; mais il est interdit de ne le considérer que comme tel : d’où le respect que je lui dois. Mais ce même principe s'exerce par rapport à moi-même : je dois me respecter.

La philosophe en tire une interdiction de la masturbation parce que cela revient à considérer son propre corps à un certain moment uniquement comme un objet : ainsi je n’aurais pas le droit de m’amuser avec mon kiki parce qu'il ne serait qu'objet séparé de mon corps-organisme. C’est très bizarre…

samedi 18 mars 2023

Sharon Stone : « je ne suis pas une personne définie par mes seins » – Chronique du 19 mars

Bonjour-bonjour

 

Les stars hollywoodiennes sont aussi des êtres humains qui ont des problèmes de santé comme n’importe qui. Ainsi de Sharon Stone à qui les médecin avaient par erreur diagnostiqué un cancer du sein avant de lui retirer des tumeurs bien réelles, mais bénignes.

- On est content pour elle, mais ce n’est pas de cela que je voudrais vous entretenir ce matin.

Au cours d’une récente interview elle est revenue sur cet épisode, rapportant que, lorsqu’on lui a proposé l’opération qui pouvait aboutir en cas de cancer à une mastectomie, elle a déclaré : « Si vous m’opérez et que c’est un cancer, s’il vous plaît, prenez mes seins, car je ne suis pas une personne définie par mes seins »

 

- Oui, Sharon Stone a mille fois raison de penser que ses seins ne sont pas des attributs essentiels de sa personne et que, si d’aventure elle en était privée, elle resterait elle-même exactement comme un homme qui devient chauve ne change pas de nature.

Toutefois, il convient de se demander à qui cette observation s’adresse. Car les admirateurs de Sharon Stone, qui ne l’ont jamais vue ailleurs qu’au cinéma, l’ont peut-être identifiée à sa poitrine qu’elle a d’ailleurs su mettre en valeur, au point d’être dégouttés de savoir que ces avantageux relief n’étaient rien d’autre que des rembourrages plastiques. Pour eux Sharon Stone est bel et bien définie pas ses seins, au point que ceux-ci disparus, disparait également la femme.

Et puis, si ses seins avaient été petits et moches, du genre « gant de toilette mouillé », aurait-elle eu le même succès ? En applaudissant la vedette n’allions-nous pas applaudir son buste de rêve ?

Mais, avouons-le : en dessous de ces paillettes, qu’est-ce donc qu’une star? Un être éventuellement fragile, en tout cas insensible aux cris amours qui montent vers elle.

 

Le philosophe voudra utiliser cette anecdote pour retourner la question : qu’est-ce donc qui nous définit ? Quel est l’attribut – physique ou psychique – dont nous ne saurions être privés sans perdre du même coup notre nature ? Freud raconte qu’en voyage en Bosnie Herzégovine il a rencontré un homme qui, lui parlant de ses difficulté érectiles lui a déclaré : « Sans cela la vie ne mérite plus d’être vécue »

Et pour vous ?

vendredi 13 mai 2022

Cachez de nombril que je ne saurais voir – Chronique du 14 mai

Bonjour-bonjour

 

Dans les Hauts-de-France, une lycéenne obligée de se changer avant le bac pour cause de « tenue indécente ». Selon cet article de Libération elle portait un mini-short, des collants résille troués, un crop-top  et une veste en jean.

On notera que, même si dans le cas de la jeune lycéenne d’aujourd’hui on incrimine également le style général de ses vêtements (bas résille troués, mini-short), son crop-top reste l'élément principal de la discorde

Qu’est-ce exactement qu’un crop-top ?

 

 

Ce vêtement passe aujourd'hui pour être d’une très grande banalité dans nos pays non soumis à la loi islamique. Pour l’essentiel, le crop-top laisse apparaitre le nombril des jeunes filles, et c’est lui qui a déstabilisé le proviseur du lycée de Saint-Omer. 

Étant donné que le nombril n’intervient pas (sauf fétichisme particulier) dans la sexualité, on peut s'interroger sur la raison pour la quelle le montrer serait mal.

- Montrer son nombril, c’est montrer une partie de son corps qui est intime et unique, car personne n’a le même nombril (1). Toutefois comme nous avons aussi chacun un nez différent sans que ça nous trouble particulièrement, on est bien obligés de passer par une symbolique plus subtile pour comprendre l’interdiction de son exhibition.



On peut soit regarder son nombril, soit le montrer.

            1° Considéré comme le centre du corps, faire attention à son nombril serait se concentrer sur soi au point d’en oublier les autres. 



 2° On peut aussi le montrer (cas du crop-top) : si notre nombril symbolise notre singularité et notre toute première enfance, le montrer aux autres c’est nous mettre à nu et créer avec eux une proximité extrêmement troublante

 

--> Reste que le crop-top répond exactement à la définition donnée par Roland Barthes du vêtement érotique.

« L'endroit le plus érotique d'un corps n'est-il pas là où le vêtement bâille ?... Celui de la peau qui scintille entre deux pièces ( le pantalon et le tricot), entre deux bords ( la chemise entrouverte, le gant et la manche) ; c'est ce scintillement même qui séduit, ou encore : la mise en scène d'une apparition-disparition. » Roland Barthes – Le plaisir du texte

On ferait donc fausse route en impliquant le nombril dans le scandale du crop-top. Peu importe ce qui apparait, la question est de savoir comment ça apparait. Le crop-top a été justement inventé pour  mettre-en-scène de ce « scintillement » de la peau. 

Bref : le proviseur du lycée de Saint-Omer a sûrement lu Barthes. 

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(1) Le fait est confirmé selon ce site des ostéopathes.

samedi 5 février 2022

À poil ! – Chronique du 6 février

Bonjour-bonjour

 

Alors, vous aussi vous en avez marre de ces fins de mois qui commencent au 15, de ces vacances à passer à la maison faute de thune, de vos petits qui boivent du soda frelaté parce que Coca Cola est trop cher : pour obtenir le Smic à 2000 euros net, descendez dans la rue et manifestez le poing levé. Mais avant : mettez-vous à poil.

 

Oui, même s’il fait 0° faites comme les profs de Beaucourt (c’est près de Belfort) :



Vu ici


« Classes en moins, collège à poil » : c’est ainsi que ces professeurs de collège et lycée ont manifesté jeudi dernier pour dénoncer les fermetures de classes.

 

- Se montrer tout nu : est-ce une nouvelle façon de manifester son mécontentement ?

Oui, mais faites bien attention : la nudité peut avoir dans ce cas deux significations bien différentes : 

            * Soit, vous souhaitez vous en servir pour montrer votre dénuement : mettez alors au premier plan des hommes un peu grassouillets et donnez-leur des cartons comme cache-sexe. Ça fera dans le genre SDF et on va tirer les mouchoirs.

            * Soit vous voulez plutôt profiter du choc érotique de l’exhibition des corps pour capter l’attention et faire passer votre message : alors prenez des femmes, dénudez leur poitrine et transformez celle-ci en porte slogan. Bref : utilisez la formule « Femens »

 


Vous saisissez la nuance ? On peut l’illustrer avec l’exemple de l’actrice Corinne Masiero 

 


Vous la voyez à gauche lors de la cérémonie des Césars où elle s’est montrée nue, le corps taché de sang, des Tampax usagés en pendants d’oreille – revendiquant des soutiens financiers pour les artistes dans la misère. Ça, c’est la formule sans-glamour.

Et puis la voici (à droite) exhibant sur le plateau de Grosland ses seins bien propres – levant un poing révolutionnaire. 

Pigé ?

dimanche 27 septembre 2020

On évite les becs mouillés – Chronique du 28 septembre

Bonjour-bonjour

 

On n’en finit pas de dénombrer les découvertes que nous faisons sur nous-mêmes suite à cette pandémie et aux confinements, barrières, distanciations etc. qu’elle nous impose.

Je voudrais insister aujourd’hui sur cette carence dans les contacts physiques avec les autres : toutes ces poignées de mains, ces bisous, ces accolades auxquels nous avons dû renoncer. Même les frôlements, les mains amicales sur les épaules, les tapes dans le dos, ont dû disparaitre au profit de gestes qui ont été repêchés de traditions exotiques, mains jointes, sur le cœur, lèvres qui esquissent des baisers dans le vide ou déposés sur la main qu’un souffle chasse dans l’air – mais peut-être est-ce déjà trop ? (1)

 

Nous sommes des primates et il semble que dans cet ordre, les animaux ont besoins de contacts physiques. Les singes en particulier, dotés comme nous de mains préhensiles utilisent un temps considérable à s’épouiller les uns les autres, donc à toucher la fourrure de leurs congénères, et ceci entre adultes, donc en dehors de la période où le petit reste accroché à sa mère. Aujourd’hui, la distanciation sociale qui nous est imposée nous montre combien ces contacts sont enracinés dans notre comportement instinctif. D’ailleurs, lors des fêtes de familles, le ministère de la santé nous invite, images à l’appui, à renoncer à embrasser nos aïeux ravis – mais bientôt terrassés.

 


 
Brrr… Mais du coup, nous en venons aussi, après bientôt 8 mois de limitation à réévaluer les bienfaits du numérique que nous avions cru déceler dans les premiers temps. Car les bisous, les embrassades, les « je te serre tendrement contre mon cœur » etc. qui ponctuent nos mails sont incapables de remplacer nos effusions réelles et ne peuvent ni ne pourront jamais nous donner ce dont nous avons besoin ; et cela tous ceux qui ont télé-travaillé le diront : la promiscuité près de la machine à café est irremplaçable. 

Le jour où nous ne rencontrerons nos semblables que par écrans interposés, ou bien il nous faudra prendre beaucoup de Prozac, ou bien il faudra une mutation de l’espèce.

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(1) Je ne résiste pas au plaisir de citer cet extrait de conseils pratiques destinés à rendre inoffensives les fêtes de familles.

« On évite les becs mouillés

Privilégiez les bises « joue contre joue » et gardez vos précieuses lèvres pour votre amoureux (s'il n'est pas malade, bien sûr). Lorsque la tournée des bons vœux est terminée, n'oubliez pas de vous laver les mains ! … » Lire le reste ici

vendredi 23 novembre 2018

RECHERCHE DE VOLONTAIRES POUR EFFECTUER UN DON DE SELLES.

- Le Centre de recherche clinique de l’est parisien de l’hôpital Saint-Antoine (12e arrondissement) lance un appel au don de selles.  « Nous cherchons des volontaires sains pour réaliser un (ou plusieurs) don(s) de selles dans le cadre d’une l’étude qui porte sur l’évaluation de la transplantation de selles dans une maladie inflammatoire de l’intestin, la rectocolite hémorragique… L’objectif de cette étude est d’évaluer l’efficacité de la transplantation du microbiote fécal sur l’évolution de la maladie ».
--> Commentaire du site 20minutes.fr : « Faites avancer la science avec vos étrons » (Lire ici)
Voilà, tout est dit : d’un côté l’annonce scientifique, de l’autre l’ironie qui la contourne pour retourner vers une tradition de grasses plaisanteries.  Hé quoi ? Serait-il moins important de donner ses selles que de donner son sang ? Au nom de quelle vérité cette hiérarchie serait-elle instituée et légitimée ?
On dira que donner son sang c’est donner la vie, puisque dans notre sang circulent tous les principes vitaux qui vont l’entretenir, alors que les excréments ne sont que des déchets malpropres qui l’intoxiquent. Mais ce n’est qu’un  préjugé qui veut qu’il y ait d’un coté ce qui est bon pour nous, et de l’autre ce qui est mauvais. Dans notre corps le bon et le mauvais ne sont que fonction de quantité et ce qui nous fait vivre peut aussi bien nous empoisonner – et réciproquement ; ainsi du précieux microbiote contenu dans notre intestin, qui constitue l’essentiel de ce que nous évacuons chaque jour à grand renfort de chasse d’eau : pourtant sans lui nous serions victimes d’inflammation et de rectocolite hémorragique.

Mais rien n’y fait : notre rapport à notre corps est tel que les fantasmes l’emportent sur la vérité scientifique. Voyez par exemple dans quel état d’esprit peuvent être ceux qui font un don de sperme…

jeudi 25 janvier 2018

MESSIEURS : VOS TESTICULES VALENT 200000 EUROS LA PAIRE.

« Le 11 janvier 2018, un homme devenu stérile en raison d’une prise en charge tardive d’une torsion testiculaire s’est vu octroyer un dédommagement de 192.920 euros par la cour d’appel d’Aix-en-Provence. » (Lu ici)
Voilà l’info qui peut faire sursauter, mais qui devrait aussi faire un peu réfléchir.
Non pas qu’on soit dubitatif devant la somme alloué pour la perte de ses testicules : certains estimeront que leurs précieux organes valent beaucoup plus que ça, d’autres qu’ils sont prêts à se les faire couper pour toucher l’indemnité. Mais la question n’est pas là. Il s’agit de savoir si tous seront d’accord pour dire que ça aussi a son prix et qu’on peut le négocier. N’y aura-t-il donc personne pour répondre que « ça », ça n’a pas de prix et que rien, même tout l’or du monde ne devrait suffire à faire monter un homme sur la table d’opération pour une telle ablation.
- Le trouble tient aussi à cette idée qu’on pourrait vendre une part de soi-même pour une certaine somme d’argent. On est horrifié de penser que dans certains pays on pourrait vendre un œil ou son rein pour un paquet de dollars : le corps est sacré dit-on, et nul n’a le droit d’en aliéner une partie quelle qu’elle soit.
- Le trouble est  redoublé par l’attitude des hommes face (sic) à cet organe. Certes, leurs génitoires leur sont précieuses et les messieurs y tiennent comme à la prunelle de leurs yeux. Comme en plus elles sont fragiles (cf. l’article cité), on comprend qu’elles soient l’objet de leur attention. Mais peut-on vraiment dire que les hommes en sont fiers ? Certains clament qu’elles sont plus grosses que celles des autres, mais c’est un peu ridicule. Car personne n’oublie que les testicules sont un objet de mépris, d’insulte et que traiter quelqu’un de « couillon » est fort désobligeant.

L’explication de ce paradoxe tient au fait que lors de l’acte sexuel et quel qu’en soit la pratique, le pénis pénètre et les testicules restent en dehors à balloter au grès des évènements. Quoi de plus ridicule que de rester ainsi à l’extérieur ? N’est-ce pas comme ces jeunes gens qui partent en goguette et dont l’un monte avec la dame tandis que l’autre reste à l’attendre au pied de l’escalier.