lundi 29 décembre 2025

L’amour en pièce – Chronique du 30 décembre

Bonjour-bonjour

 

Le décès de Brigitte Bardot a été l’occasion d’extraire de sa filmographie cette séquence devenue « culte » (avec jeu de mot) du dialogue Bardot-Piccoli qui ouvre le film Le mépris de Jean-Luc Godard.

 


On y voit l’actrice entièrement nue dialoguer avec son amant :

« - Tu vois mes pieds dans la glace ? .....Oui

- Tu les trouves jolis ? - Oui, très !

- Et mes chevilles, tu les aimes ? - Oui .....

- Tu les aimes mes genoux aussi ?

- Oui, j’aime beaucoup tes genoux

- Et mes cuisses ? - Aussi !

- Tu vois mon derrière dans la glace ? - Oui

- Tu les trouves jolies mes fesses ? - Oui, très ! -

- Je me mets à genoux ? - Non, ça va ..

- Et mes seins tu les aimes ? - Oui, énormément !

- Doucement, pas si fort ! - Pardon ! -

- Qu’est-ce que tu préfères mes seins ou la pointe de mes seins - Je sais pas ; c’est pareil

- Et mes épaules tu les aimes ? - Oui - Je trouve qu’elles sont pas assez rondes - Et mes bras ? Et mon visage ? - Aussi ! 

- Tout ? Ma bouche, mes yeux, mon nez, mes oreilles ? - Oui, tout !

- Donc tu m’aimes totalement

- Oui, je t’aime totalement, tendrement, tragiquement

- Moi aussi Paul ! »

 

- Lors de la sortie du film cette séquence nous intéressait beaucoup. Non seulement par l’ironie de Godard qui, contraint par le producteur de tourner une séquence où Bardot serait dénudée, a fait « ça » (du genre : « Vous la voulez à poil ? Eh bien vous aurez ça : dém**dez-vous pour interpréter ! »). Mais aussi parce qu’à l’époque nous étions férus de psychanalyse lacanienne qui développait la théorie du corps morcelé. 

Selon cette théorie, « le corps est comparable à un « amas de pièces détachées – le phallus en étant l’exemple le plus éminent : derrière le corps objectivé, existe originellement le corps subjectivé, dont le morcellement par la jouissance est pour chacun toujours singulier. » (Lire ici)

Ainsi le corps dans son entièreté est second par rapport au corps érotisé fait de fragments réunis par le désir. Bardot a raison de chercher le détail du désir de son amant, car ce qu’elle est n’est que la somme de ces jouissances espérées.

Rappelons-nous cette délicieuse répartie de Chloé dans l’écume des jours de Boris Vian : « Je t’ai déjà dit que je t’aimais bien, en gros et en détail. – Alors, détaille, murmura Chloé, en se laissant aller dans les bras de Colin, câline comme couleuvre. »

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire