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mardi 5 août 2025

Le corps, une machine bien docile – Chronique du 6 aout

Bonjour-bonjour

 

Aujourd’hui, cher(e)s ami(e)s je vous propose de relire l’actualité à la lumière de nos Grands Classiques.

Ainsi de la polémique autour de la maigreur des grandes championnes cyclistes à la quelle Pauline Ferrand-Prévôt a répondu dans une interview (lire ici).

Il s’agissait d’informer les jeunes du risque que faisait prendre à leur santé et leur avenir les régimes d’extrêmes maigreur imposés par certains coachs sportifs.

Dans sa réponse, Pauline Ferrand-Prévôt souligne que si, effectivement, elle a perdu du poids en préparant le Tour de France, ce n’était que circonstantiellement, pour grimper le col de la Madeleine. Par contre, s’agissant de préparer (et de gagner) Paris-Roubaix, elle était « beaucoup plus lourde parce que /dit-elle/ je savais que j'avais besoin d'être plus lourde pour avoir de la puissance sur les plats. »

Ainsi le corps de ces sportives est un instrument qui peut être modifié à volonté, comme un matériel qu’on adapte selon les besoins : un peu plus de muscle ici, un peu moins de gras là.

 

- Ça ne vous rappelle rien ? Mais si ! Rappelez-vous : 

« TOINETTE - Que diantre faites-vous de ce bras-là ?

ARGAN - Comment ?

TOINETTE - Voilà un bras que je me ferais couper tout à l'heure, si j'étais que de vous.

ARGAN - Et pourquoi ?

TOINETTE - Ne voyez-vous pas qu'il tire à soi toute la nourriture, et qu'il empêche ce côté-là de profiter ?

ARGAN - Oui ; mais j'ai besoin de mon bras.

TOINETTE - Vous avez là aussi un œil droit que je me ferais crever, si j'étais à votre place.

ARGAN - Crever un œil ?

TOINETTE - Ne voyez-vous pas qu'il incommode l'autre, et lui dérobe sa nourriture ? Croyez-moi, faites-vous-le crever au plus tôt : vous en verrez plus clair de l’œil gauche. »

 

- Voilà, vous y êtes : ça vient de vos années-lycées et il s’agit de la tirade de Toinette dans le Malade imaginaire (acte3, scène10) de Molière.

Seulement, alors que Molière tirait de cette manipulation du corps d’Argan un effet comique venu du ridicule d’une telle prétention à considérer son corps comme un instrument qu’on adapte selon les besoins, voyez qu’aujourd’hui on prend ça très au sérieux ; c’est même le comble de l’efficacité.

« Pilote de F1, faites-vous couper les jambes : c’est de l’encombrement inutile »

 

 

- Ça fout les miquettes…

samedi 28 janvier 2023

Et s’il me plait à moi d’être pauvre ? – Chronique du 29 janvier (b)

Bonjour-bonjour,

Alors que certains de ses collègues regrettaient à propos des AESH (1) le manque de reconnaissance, la précarité de leur statut et leur manque de formation, Claire Guichard , députée Renaissance des Hauts-de-Seine, a rétorqué : « Vous oubliez, chers collègues, que la vie est faite de choix. » (Lu ici)

La députée de la majorité a ensuite ajouté « connaître beaucoup d'AESH qui sont des mères qui ont arrêté de travailler à une époque pour s'occuper de leurs enfants ». Et la députée est formelle : « Elles ont choisi ce statut pour avoir les mercredis et les vacances scolaires ». « Et elles assument, c'est un choix et elles sont heureuses ».


La députée Insoumise Clémentine Autain a répondu sur Twitter « Une députée macroniste sans filtre, comme si le libéralisme signifiait la liberté, comme s'il n'y avait pas d'inégalités, de reproduction sociale. Choisit-on la précarité, le manque de statut professionnel, un salaire en dessous de 1 000 euros ? C'est un choix politique ! », a-t-elle.

La bonne question est en effet « Peut-on choisir l’inégalité ? » Ou pour mieux dire : « L’injustice peut-elle disparaitre dès lors qu’elle est choisie ? »

Lorsque Martine, la femme battue de Sganarelle déclare à celui qui veut la secourir « Et s’il me plait à moi d’être battue ? », chacun rit parce que jamais aucune femme ne dira de bonne foi une telle chose.

Qui donc choisira la précarité ? Quelle dose de cynisme ou d’aveuglement faut -il pour en arriver là ? Clémentine Autun a-t-elle raison d’admettre qu’un choix politique pourrait justifier une telle option ?

Tout cela repose une fois de plus la question du consentement sous contrainte, par exemple lorsque Gérald Darmanin, alors maire de Tourcoing disait à la femme qui venait le supplier de lui accorder un logement social : « Je veux bien moi, madame. Mais il faudra m’aider… »


--> Ça vous parait impossible ? Pourtant la justice vient de disculper monsieur Darmanin du fait que le rapport était consenti. 

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(1) AESH= Accompagnants des Élèves en Situation de Handicap