Bonjour-bonjour
Après la rave party qui a eu lieu dans le Cher et qui a défrayé les chroniques, on se dit : « Comment les jeunes font-ils la fête aujourd’hui ? Pourquoi ne pas aller en discothèque comme nous, les vieux, nous le faisions à leur âge ? »
La réponse a quelque chose de glaçant : la jeune génération ne veut plus aller danser en public, là où n’importe qui peut être filmé dans une posture ridicule et mis en circulation sur le net. Finies les figures à la John Travolta, fini le hip-hop qui embarque tout le monde dans le même élan. La danse d’aujourd’hui n’a nullement besoin de l’autre.
Bien entendu, les clubs existent encore : dans les clubs, sur les vidéos, les corps se replient davantage sur eux-mêmes. « On voit beaucoup de danses très ramassées sur soi, un rythme interne, comme si chacun dansait seul dans sa chambre mais en public » - Exit John Travolta.
- Ce qui disparait ainsi, ce sont les slows, où les corps adolescents se découvraient au lent balancement de la danse : érotisation modeste de la danse, le slow n’en était pas moins le premier et provisoirement le seul moment où les corps des filles et des garçons fusionnaient.
C’est ainsi qu’on parle « de société de « zombies », où les corps coexistent sans vraiment se rencontrer, chacun absorbé par son écran, absent à ce qui se passe autour. » (Lire ici)
- De notre temps, la boum était exactement l’antidote à un tel phénomène : elle forçait les corps à se trouver dans le même espace, à s’ajuster, à se tolérer, parfois même à se désirer. Le sociologue Norbert Elias l’a théorisé sous le nom de « civilisation des mœurs » : depuis des siècles, les sociétés humaines inventent des rituels pour apprivoiser le désir, des codes pour que les corps puissent se frôler sans que cela tourne mal. La boum en était une version banale et magnifique.
Les réseaux sociaux, en offrant l’illusion du corps dansant sans le risque du corps présent, ont rayé cet apprentissage.
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