Affichage des articles dont le libellé est salaire. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est salaire. Afficher tous les articles

lundi 11 août 2025

Le citoyen corvéable à merci ! – Chronique du 12 aout

 Bonjour-bonjour

 

Le projet de faire travailler les français durant deux jours fériées habituellement chômés et, au lieu de les rétribuer, de reverser leur « salaire » dans les caisses de l’État, fait une quasi-unanimité contre lui, mobilisant tous ceux qui ont gardé le souvenir des corvées seigneuriales du moyen-âge.

« Au Moyen Âge et sous l'Ancien Régime, les corvées seigneuriales sont des journées de travail dues par les paysans (serfs ou tenanciers) à leur seigneur, afin de permettre à ce dernier d'entretenir et d'exploiter gratuitement ses domaines.

La corvée est une sorte d’impôt en nature imposé d’abord là où la monnaie est trop rare pour servir à l’échange. Elle persiste jusqu’au 18ème siècle lorsqu’elle est remplacée par l’impôt. » (Lire ici)

Mais surtout, la corvée conserve aujourd’hui encore cette particularité d’être un travail imposé non rémunéré, dont le souvenir a été réactivée en 2004 par l’institution d’un jour férié travaillé et non rémunéré.

Bref on l’aura compris, cette idée de travail obligatoire non rémunéré coïncide parfaitement avec la définition de l’esclavage, au point que certains considèrent que mieux vaudrait créer des journées supplémentaires de travail rémunéré même si le salaire devait obligatoirement être reversé dans les caisses de l’État.

- Pourquoi une telle résistance ? Le salaire n’est-il pas une contrainte dès lors qu’on n’a pas la liberté de se soustraire à l’obligation de réaliser le travail ?

Je suis enclin à considérer le salaire comme le premier droit conquis par les travailleurs qui ont avec lui conquis le droit de grève, la droit à revendiquer un meilleur salaire – sans oublier les vacances. Le citoyen corvéable n’a aucun droit, il ressuscite le serf médiéval avec la malédiction du servage issu de l’antiquité.

A côté de l’histoire « de l’historien » bâtie grâce à l’étude scientifique de documents, il existe une histoire non-écrite transmise par tradition de génération en génération ; c’est une histoire populaire, dont le contenu n’a pas besoin d’école pour prospérer. Et malheur à qui s’en prend à elle !

dimanche 3 août 2025

Le Tour de France et la loi du marché – Chronique du 4 aout

Bonjour-bonjour

 

Allez, finissons-une bonne fois avec ces exploits sportifs d’été ; il faut dire que ça meuble le temps laissé vide par le reste de l’actualité (quoique… Gaza, l’Ukraine, les droits de douane, l’humiliation de l’Europe…)

Reste juste une question résiduelle : Tadej Pogacar et Pauline Ferrand-Prévot : ils ont gagné combien ? Le maillot jaune, combien ça rapporte ?

- 50000 € si t’es une femme

- 500000 € si t’es un homme. (Ref. ici)

Précisons que ces sommes représentent la totalité des sommes – hors salaire – empochées par l’équipe, qui intègre les primes partagées entre les équip(iers-ières). 

Ne criez pas déjà au scandale de la discrimination abominable de la société patriarcale. C’est qu’on touche-là à un phénomène transgenre, à savoir la loi du marché : l’argent va à l’argent. A ceux qui rapportent beaucoup, on donne beaucoup et à ceux qui rapportent moins on donne moins.

Et ce n’est pas un scandale : on vit là-dessus depuis bien longtemps, comme en témoigne cette citation de Hobbes : « Le prix ou la VALEUR d'un homme est, comme pour tous les autres objets, son prix, c'est-à-dire ce qu'on donnerait pour avoir l'usage de son pouvoir. » Thomas Hobbes - Léviathan (1651) chapitre 10. Ça date de 1651. A l’époque les joueurs de foot n’existaient pas mais on savait déjà combien il faudrait les payer quand on les aurait inventés.

Alors, maintenant vous demandez : « Comment faire pour parvenir à la parité hommes/femmes en matière de rétribution ? » 

- Ou bien vous vous mettez en dehors du marché privé, comme le tournoi de Roland Garros, qui alloue les mêmes sommes aux hommes et aux femmes en compétition ; mais vous n’empêcherez pas les sponsors de n’en faire qu’en fonction de leurs dividendes. 

- Ou bien vous faites de la pub pour les compétitions sportives féminines: vous allumez votre télé systématiquement quand il y a des reportage sur le sport féminin ; vous achetez du Fanta et vous changez votre voiture pour une Skoda « sponsor officiel du Tour de France femme »

Achetez aussi le tee shirt d’une équipe féminine, et mettez-le pour aller au bureau à la rentrée.

 

N’oubliez pas le mettre aussi le casque : c’est à vous que ça fera de la publicité.

mardi 10 décembre 2024

Justice sociale : augmentez le SMIC et baissez les retraites – Chronique du 11 décembre

Bonjour-bonjour

 

Qui doit payer le déficit ? « Les riches ! » disent en chœur les français dans la rue.

 « Oui mais qui est riche ? » demande-t-on alors ? Car en dehors de Bernard Arnaud il y a plein de gens capable de mettre des sous de côté, et pas seulement chez l’Écureuil.

- Cet article détaille assez finement le niveau de richesse des français selon leur tranche d’âge. 

Selon le dernier rapport de l'institut, le patrimoine des Français atteint son maximum à 75 ans, avant de décroître. On est à l'apogée de sa fortune de plus en plus vieux.

 


Raisons pour lesquelles le niveau de vie des personnes âgées augmente au fil du temps : 

1) les pensions de retraite sont aujourd'hui globalement plus élevées et permettent aux retraités de ne pas puiser dans leur épargne pour assumer leurs dépenses quotidiennes, 

2) Par contre, l'espérance de vie augmentant, les héritages arrivent de plus en plus tardivement. 

--> La protestation des jeunes est donc fondée : ce sont les plus vieux, donc les improductifs qui maximisent leurs ressources alors que les plus jeunes, en même temps les plus productifs doivent se serrer la ceinture.

En effet les ressources sont à leur plus bas chez les jeunes de 18 à 24 ans, âge auquel les revenus sont faibles ou inexistants et qu’il est encore trop tôt pour posséder des biens. 

Comment supporter cela, quand on gagne peu avec une perspective de carrière qui montre une probable stagnation au niveau du SMIC. Quant à l’héritage de la grand-mère on sera soi-même bien vieux quand il arrivera (- Loué soit le seigneur de nous garder nos séniors à notre affection !), nous serons nous-mêmes bien vieux.

Bref : pourquoi ne pas augmenter les impôts des retraités ?

- « Parce que ce sont nos ainés et qu’on nous les montre en vieux manteaux à récolter des épluchure de pommes-de-terre dans les poubelles des restaurants ? » Je le crois : l’opinion publique penche du côté de la compassion et assimile le niveau de ressources des français à celui de ces grand-mères calamiteuses.

Compassion ou pas, les gouvernements Macron successifs ont mis en avant la nécessité de rémunérer le travail, ce qui veut dire, donner moins aux vieux pour donner plus aux jeunes.

Impopulaire ? Faites donc un référendum là-dessus.

lundi 4 novembre 2024

Travailler plus pour faire comme les autres. – Chronique du 5 novembre

Bonjour-bonjour

 

Les manifestations contre le projet de réforme des retraites l’avaient déjà signalé : les français n’aiment pas leur travail, et s’ils le pouvaient ils le quitteraient, empêchés qu’ils sont par la nécessité d’avoir un salaire.

Une enquête annuelle de l’Institut Gallup le montre aussi : c’est en Europe que les employés sont le moins investis. 72 % des Européens déclarent ne pas être engagés du tout dans leur travail, là où le chiffre se situe à 62 % au niveau mondial. Et selon l’enquête, les Français seraient les moins impliqués dans leur emploi au niveau européen.

Pour le comprendre, l’enquête Gallup met en cause la « culture d’entreprise » qui est «  Beaucoup plus toxique en France que dans les pays d’Amérique du Nord. L’environnement est très bureaucratique, hiérarchique, et les managers partagent cette idée que si on ne surveille pas les gens, ils ne travaillent pas, et c’est faux. Ce n’est pas que les Français n’aiment pas travailler, c’est qu’ils n’aiment pas être contrôlés »

Ce que les français n’aiment pas, c’est le retour à l’ambiance de l’école. Ce qu’ils ne veulent plus, c’est le retour des pions et des heures de colles : que les résultats soient obtenus sur la base d’un contrat (même implicite) avec l’employeur – telle mission, tel salaire.

Alors, le travailleur français serait-il un peu anarchiste – du moins trop pour l’encadrement voulu par l’employeur ? Peut-être mais pas seulement. Les français sont attachés à leur mode de vie qui valorise les plaisirs de la vie plutôt que le prestige social. Si l’américain se sent valorisé par le montant en dollars de son salaire, le français voudra maintenir son environnement humain et les loisirs qui vont avec. Il veut bien travailler mais pas à n’importe quel prix.

Ce qui fait que cette question destinée à évaluer l’intérêt pour les gains : « Qu’êtes-vous prêt à sacrifier en échange d’un niveau de vie supérieur ? » a peu d’intérêt pour lui

… Pourtant on voit bien que ce même niveau de vie est au centre des revendications des travailleurs et des retraités. Mais il s’agit d’une revendication consumériste : pouvoir payer pour Noël les jouets du gamin ou pour le 31 décembre la boite de nuit endiablée – ça oui.

En revanche, se montrer dans la belle voiture ou mettre les enfants dans la boite chic et chère, ce n’est pas trop leur souci.

Du coup le slogan de Sarkozy « Travailler plus pour gagner plus » a été retourné en « Gagnons autant que nous travaillons » 

mercredi 3 juillet 2024

Travailler plus pour gagner pas plus. - Chronique du 4 juillet

Bonjour-bonjour

 

Notre actualité défile à toute vitesse : alors que les principales revendications concernant le pouvoir d’achat paraissent reléguées au second plan et remplacées par la naissance d’un hypothétique « Front républicain » suivi d’en « gouvernement de coalition », à l’étranger le problème de l’emploi et des salaires a été tranché en toute tranquillité par le gouvernement . 

- Il s’agit de la Grèce dont le gouvernement a trouvé la solution du pouvoir d'achat : depuis le lundi 1er juillet il a décidé d’instaurer une semaine de 6 jours. 

C’est-à-dire : la semaine de travail, normalement de 40 heures, passe ainsi à 48 heures. Seuls les salariés de la restauration et du tourisme ne sont pas concernés par la loi.

Le Premier ministre Kyriákos Mitsotákis a assuré que la mesure était « favorable aux travailleurs » et « profondément orientée vers la croissance ». Elle est notamment censée permettre une meilleure rémunération aux employés qui font des heures supplémentaires, mais aussi contrer le problème du travail non déclaré. (Lu ici)

 

Cette situation peut-elle s’exporter en France où la réduction du temps de travail est la revendication universelle, associée comme on le sait à une augmentation des salaires : travailler moins pour gagner plus

Il est vrai que les économistes se crêpent le chignon pour savoir si une telle mesure serait « pour- » ou « contre-» productive. Mais posée ainsi cette question relève d’une approche dénuée de toute sensibilité morale : supposé que le meurtre de mon voisin soit bénéfique à la société entière, serait-il licite de le faire passer de vie à trépas ? Faire travailler plus ceux qui triment déjà pour un salaire de misère serait-il licite si ça servait globalement à améliorer l’état économique de la société ?

Il est vrai que la chose s’est vue un peu partout, mais elle a toujours été le fait d’un pouvoir autocratique. Pourquoi ? Revenons un instant en Grèce et à sa mesure faisant passer de 40 à 48 heures le temps de travail hebdomadaire. Pour être justifiée cette mesure devrait résoudre le problème de la pauvreté. Est-ce le cas ?

Admettons qu’il soit nécessaire de produire plus pour avoir plus à partager. Mais la loi du partage sera-t-elle améliorée pour autant ? Avant de produire d’avantage, les Grecs qui s’épuisent déjà avec des salaires de misère voudraient en être sûrs. Or, selon un responsable syndical, « Le 1er ministre sait que la majorité des Grecs, avec un salaire mensuel moyen de 900 euros, ne peut survivre que jusqu’au 20 du mois. Cette dernière mesure barbare ne résoudra pas le problème fondamental de la pénurie de main-d’œuvre » (Art. cité). 

Une leçon d’économie pour les nuls dit à peu près ceci : si vous voulez avoir une plus grosse part du gâteau, vous avez le choix : ou bien vous le faites plus gros ; ou bien vous changez la personne qui le partage.



N’est-ce pas ce que les électeurs voudraient bien pouvoir faire en France ?

samedi 4 mai 2024

120 consultations gratis : pauvres médecins… - Chronique du 5 mai

Bonjour-bonjour

 

Jadis les médecins étaient des notables, respectés pour leur science et pour leur position sociale. Aujourd’hui ils sont mis en concurrence avec des sites Internet qui les contestent avec des informations plus ou moins scientifiques, ainsi que l'a montré la polémique sur les vaccins anti-covid. Et puis, ne l’oublions pas : les revenus de nos médecins de ville sont parfois un peu juste – en tout cas loin des salaires de certains ingénieurs, malgré un temps d’étude qui fait le double.

Dans cet article, un médecin de ville le dit : « Il ne nous reste que 8 euros dans la poche après le paiement des charges. Pour ma part, je travaille 50 semaines par an pour arriver à équilibrer les comptes du cabinet. » Ce médecin conclue : « Je ne sais pas si beaucoup de professions en France accepteraient cette situation et cette maltraitance institutionnelle. »

Excessif ? Pas complètement si j’en crois mon propre médecin qui me confiait récemment que les charges de son cabinet médical étaient de 3000 € mensuel, soit 120 consultations à 25 €.

- Oui, chaque mois mon médecin doit soigner 120 personnes uniquement pour payer ses charges – et on ne parle pas des impôts.

 

Alors, c’est vrai nos médecins ne sont pas les plus malheureux. Mais dans un monde où le salaire est l’indice d’un mérite et où chacun est en compétition pour avoir la meilleure place, les médecins qui arrivent caparaçonnés de leurs 10 années d’études se trouvent mal appréciés.

samedi 20 avril 2024

Ricardo, Marx, Michelin : une même théorie du salaire – Chronique du 21 avril

Bonjour-bonjour

 

Le groupe de pneumatiques Michelin a annoncé mercredi à Clermont-Ferrand la mise en place d’un salaire "décent" et d’un "socle de protection sociale universel" pour ses 132 000 salariés dans le monde.

Salaire décent… Le salaire minimum – alias SMIC – ne serait donc pas « décent » ?

Lisons (ici) la définition : « Le salaire décent ("living wage" en anglais) doit permettre de couvrir les besoins fondamentaux d'un individu – comme le logement, les repas, la santé et l'éducation - et des personnes dont il ou elle a la charge. » 

 

Vous voyez la différence ? Non ? Réfléchissez : alors que le SMIC est un montant minimum, certes, mais identique d’un bout à l’autre de la France, voici que le salaire décent garantit la satisfaction de certains besoins fondamentaux quel que soit le lieu considéré. On sait par exemple que se loger et se déplacer en Ile-de-France coûte plus cher que partout ailleurs : les smicards francilien ne peuvent couvrir leurs besoins avec leur salaire alors que c'est possible ailleurs.  Le salaire décent de Michelin est ainsi évalué jusqu’à trois fois le SMIC.

Est-ce donc si nouveau que cela ? 

En fait on retrouve la théorie du salaire « naturel » de Marx, lequel la tenait de Ricardo si je ne m’abuse. Il s’agissait de définir la valeur du travail fourni par l’ouvrier, qui se mesure à l’argent nécessaire pour se procurer l’équivalent de ce qui a été consommé durant le travail, à savoir : de quoi se nourrir, se loger et élever les enfants qui, devenus adultes, viendront remplacer leurs pères dans la fabrique. Ce salaire n’est pas soumis aux fluctuations du marché, mais il se mesure aux besoins fondamentaux. (Sur tous ces points on se reportera à Marx dans son ouvrage intitulé Salaire, prix et profiten ligne ici).


On dira qu'il est impossible de mesurer ces besoins fondamentaux parce qu'ils changent avec les époques. 

 

Les besoins fondamentaux fin 19ème siècle

 

Comme on le voit, dès le 19ème siècle il a fallu intégrer un temps de loisir au salaire naturel : il doit permettre de vivre et pas seulement survivre. Le salaire décent de Michelin doit intégrer le cinoche du mois (ou de la semaine ?)


- Alors, nous n’aurions donc rien inventé depuis1865, date de la publication du livre de Marx ?

Si fait : nous avons inventé le juste partage des profits entre les actionnaires et les ouvriers ; et pour cela nous avons aussi inventé la participation des employés à la gouvernance de l’entreprise. Mais c’est là que ça coince un peu…

mercredi 17 avril 2024

Carlos Tavares : 100000 € par jour – Chronique du 18 avril

Bonjour-bonjour

 

Vous en avez peut-être les oreilles encore bourdonnantes : le salaire de monsieur Tavares, le patron de Stellantis, est tellement exorbitant qu’il a fallu le traduire en montant journalier pour que ça ressemble à une somme qui nous parle : 100000 chaque jour (samedi et dimanche compris). Quand monsieur Tavares se lève le matin, il vient juste de gagner 100000 € qu’il peut dépenser en toute tranquillité dans la journée, car il sait qu’il en aura autant demain matin.

 

Comment justifier une telle somme ? Monsieur Tavares évoque tranquillement son contrat de travail : son salaire y est indexé sur le chiffre d’affaires de Stellantis. Que l’entreprise soit en déficit et il ne touche plus rien du tout tant que les bénéfices ne sont pas revenus. Mais rien n’y fait : ce montant parait toujours injustifiable.

Le philosophe sort alors de sa besace un de ses classiques : il s’agit du Léviathan écrit par Thomas Hobbes en 1651 : ça ne date pas d’hier ! Et que dit Thomas Hobbes ? 

« Le prix ou la VALEUR d'un homme est, comme pour tous les autres objets, son prix, c'est-à-dire ce qu'on donnerait pour avoir l'usage de son pouvoir. » (chapitre 10)

Détaillons :

- D’abord qu’un homme est identifié, pour parler comme Marx, à sa force de travail (« l’usage de son pouvoir »)

- Ensuite le produit de ce travail est identifié à un objet, autrement dit à quelque chose qui s’échange sur un marché. (1)

- Enfin que le montant de cette transaction est équitable lorsque les deux parties tombent d’accord sur son montant.

Très bien. On voudrait maintenant savoir en fonction de quoi les parties en présence tombent d’accord ?

 Cet accord est fonction du retour sur l’investissement que représente ce montant. On compare le salaire de monsieur Tavares avec le « salaire » de Kilian Mbappé : c’est tout à fait juste. Que ce soient les investisseurs du Paris-Saint-Germain ou les actionnaires de Stellantis la question est la même : « Combien gagnerons-nous grâce à cette personne ? »

Le salaire de Calos Tavares est strictement un investissement comme les autres, et c’est pour cela que finalement ce sont les actionnaires qui auront à le justifier – ou pas.

 

Dernier point : on on voudra savoir alors pourquoi les bénéfices réalisés par Stellantis ne sont pas pris en compte de la même façon pour fixer le salaire des ouvriers de l’usine ? Après tout, sans eux, pas de production, donc pas de profit.

2° Reste donc à rappeler un élément déterminant pour fixer les transactions du marché : c’est la rareté. Il est beaucoup plus facile de remplacer un ouvrier qu’un patron efficace. Et ça marche pour tout le monde : qu’on se demande comment est fixé le salaire d’un ingénieur – surtout s’il est informaticien.

C.Q.F.D.

--------------------

(1) Pour mémoire Marx n'évoque le marché que pour dire qu'il n'intervient que de façon marginale dans le montant de la valeur d'échange étant entendu que selon lui elle ne représente qu'une fluctuation temporaire.



lundi 31 juillet 2023

Chef d’État ? Combien, ça touche ? – Chronique du 1er aout

Bonjour-bonjour

 

Patrick Martin (vous savez, le patron du Medef) a jeté le pavé dans la mare : selon lui « nos élus politiques ont des rémunérations qui ne sont pas à la hauteur de leur charge de travail, de leur exposition médiatique et des risques réputationnels et judiciaires qu’ils encourent ». Conséquence : ce niveau de rémunérations actuel ne permet pas « d’attirer les talents » dans ce secteur. Traduction : si nos élus sont de gros nuls, c’est simplement que nous ne payons pas assez pour avoir ceux qui sauraient faire bien mieux le taf.

Réciproquement, Patrick Martin a par ailleurs expliqué que si les polémiques nées des salaires de certains grands patrons n’étaient « pas illégitimes », il n’en restait pas moins que ces rémunérations étaient décidées « en toute transparence ». (Lu ici)

Transparence… Soyons clairs : le salaire des patrons est fixé par le marché. Si monsieur Tavares chez Stellantis ou monsieur Pouyanné chez Total gagnent autant, c’est parce que Volkswagen et BP-Compagnie sont prêts à mettre très cher pour les engager ; on en dirait de même de Killian Mbappé.

Si donc les politiques sont mal payés, c’est parce qu’il n’existe pas de marché de l’homme politique. Où donc acheter un 1er ministre ? Et un ministre de l’intérieur ? Quant au Président, nous n’en parlons même pas. 

Mais alors, comment expliquer que nos hommes et nos femmes politiques soient malgré tout (selon la thèse de Patrick Martin) d’une valeur qui les situent au-dessus de leur salaire ? 

La seule explication qui me vienne à l’esprit, c’est que les émoluments de ces hommes et de ces femmes ne sont qu’une partie de leur rémunération – le reste étant constitué par leur carnet d’adresse qu’ils s’empressent de monnayer dès qu’ils ne sont plus en fonction.

On s’était offusqué du prix payé par de riches sociétés pour obtenir une conférence de Nicolas Sarkozy quand il n’eut plus de mandat : c’était en réalité un salaire différé.

samedi 28 janvier 2023

D’où vient l’argent ? – Chronique du 29 janvier (a)

Bonjour-bonjour

 

Vous vous demandez peut-être « d’où vient tout l’argent que possèdent les milliardaires ? »

C’est une question réactivée ces jours-ci sans doute par l’annonce que l’homme le plus riche du mondes est Bernard Arnault.

Bien que tout cela soit archi-convenu, certains politiques n’ont pas hésité à répondre. Voici une brève recension de leurs points de vue :

1° Le vol : « Accumuler de l'argent est immoral, [...] car ce qui est accumulé, c'est ce qu'on a pris aux autres » selon Jean-Luc Mélenchon (Lire ici

--> La richesse, soit on la mérite, soit on la prend aux autres : c’est le point de vue le plus répandu parmi les anarchistes dont le principe (selon Proudhon) est : « La propriété c’est le vol. » Etant ainsi entendu que seul le travail produit du surplus accumulable, s’enrichir au-delà de sa propre production, c’est prendre aux travailleurs la plus-value de leur labeur.

2° Le mérite : Par le travail : François Ruffin qui a estimé que Bernard Arnault "n'a pas 400.000 fois plus de mérite qu'une ouvrière" (id.) 

--> Ce qui suppose qu’à part la plus-value, il y a aussi le salaire consenti par le patron en fonction des profits que le travailleur permet d’espérer. Reste à établir de combien de ressources Bernard Aranud est l’origine et de les comparer à celles obtenues par 400.000 ouvrières. Pas facile.

3° L’héritage : Nathalie Artaud (Lutte Ouvrière) qui a rappelé que le fondateur de LVMH et Vincent Bolloré "n'ont pas de problèmes de retraites mais de succession » (id.) 

--> Ce qui montre que l’accumulation des richesses n’est pas nécessairement un fait récent, et que l’héritage des ancêtres y a sa part. Aujourd’hui l’économiste Thomas Piketty milite pour une redistribution des richesses à chaque génération, ce qui implique de taxer au maximum les successions.

lundi 14 novembre 2022

Travailler moins pour vivre plus – Chronique du 15 novembre

Bonjour-bonjour

 

Ça y est, les amis – J’ai enfin appris ce que signifie le verbe « chiller » ! Lorsque nos ados disent : « Je vais à la brass’ pour chiller avec des potes », ça veut dire « Je vais prendre du bon temps, ne rien faire, et même faire la fête »

Ce nouveau vocable est devenu tendance depuis quelques jours, quand une enquête sur l’attitude des français par rapport à leur travail a mis en évidence le progrès du « quiet quitting » terme signifiant qu’on va mettre au premier plan les loisirs au détriment du travail. D’ailleurs, ce terme anglais montre que le phénomène a sévi aux Etats-Unis avant de venir jusque chez nous.

Alors, c’est vrai depuis le confinement et le télétravail le rapport à l’entreprise s’est anémié : plus de réunions avec les collaborateurs, plus de regard polisson sur le décolleté de la voisine de bureau - ou sur le croupion du stagiaire (= parité oblige), plus de repas à la cantine à midi avec les collègues. Mais tout cela n’est que détails devant une situation beaucoup plus profonde qui fait qu’à présent, la vraie vie est ailleurs que dans l’atelier ou l’entreprise, et que même l’argent ne suffit plus pour compenser le temps à vivre rongé par le taf (1). On a d’ailleurs entendu parler depuis longtemps de ces jeunes médecins qui ne veulent plus de semaine de 60 heures comme leurs ainés. Ils veulent, comme tout le monde, avoir du temps pour vivre avec leur famille et leurs amis le week-end ou à l’heure de l’apéro ; certains prétendent même pouvoir aller chercher leurs enfants à l’école.

- J’en étais là de mes réflexions quand je lis ceci : « Le patron de Tesla, Elon Musk, comparaît devant la justice américaine cette semaine, accusé par un actionnaire d'avoir frauduleusement "gonflé" sa rémunération - 56 milliards de dollars - alors même qu'il ne se consacre qu’à temps partiel à Tesla. » « Quoi ? », me dis-je « Elon Musk, lui aussi veut chiller ? Il n’accorde à son entreprise que des miettes de son temps ? Et que fait-il avec le reste ? Joue-t-il au baseball ? Drague-t-il des minettes ? Est-il en congrès avec ses ingénieurs ? »

Je ne sais – Par contre je sais que ce que les actionnaires lui reprochent c’est justement ça : qu’il ait du temps libre au-delà du temps contraint pour lequel il est payé. Marx analysant le salaire disait en substance que l’ouvrier loue sa force de travail à son patron en sorte que celle-ci soit entièrement dépensée au cours de la journée, le reste du temps étant exclusivement consacré à la reconstitution de ces forces pour recommencer le lendemain – le coût de cette compensation étant la mesure du salaire « naturel ».

La formule bien connue du temps de Nicolas Sarkozy « Travailler plus pour gagner plus » et devenue « Travailler moins pour vivre plus » : c’est quand même étonnant de voir que depuis le 19ème siècle, les revendications des travailleurs n’ont pas changé – et que même la société de consommation n’y a rien fait du tout !

--------------------

(1) « Taf » = Travail à faire. Je parle jeune aujourd’hui.

lundi 12 septembre 2022

Une armée de bras maigres – Chronique du 12 septembre

Bonjour-bonjour

 

Vous savez ce que c’est : on a beau se jurer de ne jamais se laisser prendre à la polémique, on ne parvient pas à rester vraiment calme lorsque le secrétaire général du PCF dit « Non aux allocs, oui au travail ! »

 

Fabien Roussel, secrétaire national des communistes, défend un objectif de suppression des allocations-chômage au profit d'un travail mieux rémunéré. Il dit espérer voir disparaître un jour les allocations-chômage au profit d'un travail émancipateur, dignement rémunéré.

« Ce débat suscite des vagues à gauche » peut-on  lire ici. Et en effet :

            - Les uns s’emportent : « Comment ! Opposer les chômeurs au plein emploi, comme s’ils en étaient responsables ? Le PCF est donc dans le camp des capitalistes, eux qui, du temps de Marx utilisaient le chômage comme un réservoir d’ouvriers prêts, tels une « armée de bras maigres », à accepter un emploi sous payé ? Fabien Roussel devrait s’encarter chez Les Républicains – Tendance Ciotti ! »

            - Et les autres : « Comment ? C’est le Secrétaire Général du PCF qui nous présente le travail comme « émancipateur » ? Et c’est quoi cette émancipation ? Suffit-il qu’un salaire soit versé pour qu’on échappe au bagne ? Qu’il demande aux aides ménagères ou aux aides-soignantes ; et puis aux employés d’Amazon. – Arbeit macht frei qui disait l’Autre. »

Oui, on est vraiment estomaqué par ce revirement d’un parti qui, il n’y a pas des siècles, était encore associé à la CGT, son bras armé. D’autant que monsieur Roussel a réitéré ses propos tenus initialement à la Fête de l’Huma hier matin sur les plateaux des télés et des radios. Au point de croire qu’il le fait intentionnellement pour devenir le plus visible et faire entendre son message.


Oui, mais le « message » c’est quoi donc ? Déjà du temps de sa candidature à l’Élysée il avait laissé entendre que le but de celle-ci était de permette à chaque français d’avoir son BBQ-rosé pour festoyer avec ses poteaux. La grande révolution prolétarienne, c’était pas pour lui.

Et maintenant ? Supposant que les chômeurs soient des gens qui refusent les emplois surexploiteurs et mal payés, le voilà qui dit : « Au lieu de verser des allocs aux chômeurs, distribuez-les sous forme d’augmentation de salaire aux travailleurs. Vous verrez alors ces mêmes chômeurs revenir vers le travail qu’ils ont refusé parce qu’à présent il est émancipateur. »

Qui donc disait « Travailler plus pour gagner plus » ?

mardi 23 août 2022

Merci patron – Chronique du 24 août

Bonjour-bonjour

 

Manque de garçons de café, d’infirmières, de médecin, de profs… Dans toutes sortes de domaines le reflux du chômage révèle des ilots d’activités désertifiés, en pénurie totale de main-d’œuvre faute de volontaire. Qui donc voudrait travailler en « horaires coupés », alors qu’on trouve des horaires normaux dans d’autres entreprise ? Et qui donc voudrait faire les journées d'un médecin de campagne ? Ou faire la classe à des loulous qui n’ont qu’une idée : sécher les cours et « chouffer » pour des dealers ?

La réponse est simple : payer plus et mieux – et quand les horaires sont coupés donner un jour de congé hebdomadaire en plus. On connait ce principe, reste à voir comment ça fonctionne dans la réalité – par exemple aux Grands Buffets de l’Aude :

            - La direction des Grands Buffets a décidé d’indexer les salaires au coût de la vie: d’ici octobre, aucune fiche de paie n’affichera moins de 1900 euros mensuels net.

            - Les salariés en horaires coupés ont depuis longtemps trois jours de repos en moyenne par semaine.

Le patron les Grands Buffets, dans l’Aude, l’a fait – et il recrute à tour de bras. (Lire ici)

 

- Les patrons ont eu l’habitude d’imposer leurs conditions parce qu’il y avait une longue file de chômeurs devant leurs bureaux de recrutement. Maintenant que ce n’est plus le cas, ils s’étonnent que les travailleurs posent à leur tour leurs conditions. C’est que le travail reste une contrainte dont on recherche toujours à se défaire.

 

Bon : augmenter les salaires et améliorer les conditions de travail, c’est facile sur le papier, mais dans la réalité : qui paye ?

Louis Privat, le patron des Grands buffets avait annoncé que pour financer sa politique salariale il ferait passer le prix de son buffet gastronomique à volonté de 42,90 euros à 47,90 euros. Ce qu'il a fait. Et il ajoute : « Les clients ne semblent pas en avoir fait un casus belli ». Dont acte. 

C’est le délégué du personnel qui conclue, expliquant ainsi le succès de cette politique de recrutement : « Des salariés ont pu se projeter, certains ont pris dans la foulée un crédit pour acheter une maison ou une nouvelle voiture »

 

- Reste le consommateur obstiné : « Oui, mais alors le petit noir sur le zinc va me coûter 2€ ? »

En effet, ça va coûter plus cher – mais si c’est le juste prix, chacun devra en tenir compte. D’ailleurs il y a de plus en plus des produits qu’on propose à la vente avec le label « juste prix » pour rémunérer les producteurs.


Façon de dire que tous les autres sont des voleurs.

jeudi 21 juillet 2022

A quand des députés payés 800 euros par mois ? – Chronique du 22 juillet

Bonjour-bonjour

 

Rachel Keke ancienne femme de ménage, député de La France Insoumise a interpellé les élus de la majorité présidentielle lors du débat consacré au pouvoir d’achat : « J’aimerais savoir, qui, dans cet Hémicycle, a déjà touché 800 euros ? 900 euros, 1000 euros ? »

Lorsque certains députés sur les bancs de la majorité ont répondu « Moi ! Moi !», Rachel Keke a précisé son propos avec une pointe de sarcasme et beaucoup de colère : « Je dis 800 euros par mois, pas par jour ! Qui a déjà touché 800 euros, 900 euros par mois ? Personne ! Vous ne savez pas ce que c’est. Vous ne connaissez pas la souffrance des métiers essentiels ». (Lire ici)

- La pauvreté et la précarité sont d’abord des expériences vécues, et toutes les étude savantes qui leur sont consacrées ne font que brasser des abstractions. On a déjà souligné que cette expérience intime de la misère était exigée des bénévoles d’ATD-Quart monde : ce n’est pas sans raison. Mais on devrait être attentif à cette autre question : « D’où vient la pauvreté ? » et plus particulièrement « Pourquoi y a-t-il des travailleurs pauvres ? »

On sait que la juste rémunération du travail était pour Marx une des aspirations de la révolution, au point qu’il définit cet objectif pour la révolution prolétarienne : « De chacun selon ses capacité, à chacun selon ses besoins » (1). Que la définition des besoins change selon le cours de l’histoire ne doit pas nous faire oublier la question centrale : à quoi mesurer la valeur du travail ? 

Le bon sens voudrait qu’on rémunère les travailleurs selon leur utilité sociale : Rachel Keke parle de « métiers essentiels » pour dire qu’il s’agit peut-être bien de gens qui exercent des fonctions dépréciées, mal payés et sur-exploités – mais que ce sont quand même des personnes dont on ne saurait se passer, comme l’a montré le confinement durant la pandémie. Mais la réalité est qu’on n’est jamais rémunéré en fonction des services que l’on rend. Avec leur études de l’utilité sociale, les sciences économiques sont moins pertinentes que les études ethnologiques qui montrent que l’influence exercée par certaines corporations est variable selon les cultures.


N'y aurait-il donc aucun critère ? Non certes.

Mais plutôt parce que ces critères sont très différents : durée des études ? Capacité à franchir les obstacles des concours ?  

- La vérité est beaucoup plus simple - et plus cynique: la valeur d'un travailleur est fixée par la demande du marché pour lequel il n’est pas inconcevable que chaque jours (chaque heure ?) un PDG du CAQ-40 gagne autant que sa femme de ménage pendant tout un mois.

-----------------------------------

(1) « Dans une phase supérieure de la société communiste, quand auront disparu l'asservissante subordination des individus à la division du travail et, avec elle, l'opposition entre le travail intellectuel et le travail manuel ; quand le travail ne sera pas seulement un moyen de vivre, mais deviendra lui-même le premier besoin vital; quand, avec le développement multiple des individus, les forces productives se seront accrues elles aussi et que toutes les sources de la richesse collective jailliront avec abondance, alors seulement l'horizon borné du droit bourgeois pourra être définitivement dépassé et la société pourra écrire sur ses drapeaux : « De chacun selon ses capacités, à chacun selon ses besoins ! » (Marx – Critique du programme de Gotha)

mercredi 13 avril 2022

Monsieur Tavares travaille-t-il autant que 1266 hommes ? – Chronique du 14 avril


 



Dessin de Tignous (Dessinateur victime des terroristes de Charlie Hebdo)

 

Bonjour-bonjour

 

À partir de quel rémunération le salaire d’un travailleur est-il excessif ? Quand, du temps de l’URSS, Stakhanov extrayait 14 fois la quantité de charbon normale pour un homme, alors on pouvait admettre qu’il touche 14 fois le salaire de base d’un mineur.

Or, chez Stellantis la rémunération annuelle de Carlos Tavares, le PDG de l’entreprise, atteint 19 millions d’euros, soit 1266 fois le Smic. Sur la base du stakhanovisme, il faudrait donc admette que Monsieur Tavares fait le même travail de 1266 travailleurs ? – Bien sûr il n’en est rien et personne au monde ne pourrait prétendre à un tel exploit. 

Mais alors, comment fait-on pour gagner 19 millions d’euros en un an ? 

Voyons le détail comment se décomposent les 19 millions de monsieur Tavarès (Source le Monde) :

- 1,9 million de fixe 

- 7,5 millions de variable 

- 5,5 millions au titre de la première année d’un plan de performance de trois ans 

- 1,7 million de prime de réalisation de la fusion 

-  2,3 millions de contribution à sa future retraite) 

- 47 millions de stock-options non répertoriés ici

- Et quelques autres rémunérations exceptionnelles non détaillées.

Monsieur Tavares est donc rétribué pour de très nombreux travaux différents comme débuter un plan de performance, réaliser une fusion et toucher un à-valoir sur sa future retraite. Quel travailleur en ferait autant ? Après tout, Stakhanov tout héros qu’il fut ne faisait qu’un seul travail – à savoir extraire du charbon.

Mais bien sûr nous faisons fausse route. Le salaire d’un homme, ce n’est pas le montant nécessaire pour compenser la force de travail dissipée durant son exercice. Ça c’était bon du temps de Ricardo et de Marx. Aujourd’hui, la force de travail est une marchandise comme une autre : elle est donc payée au prix du marché. La question est de savoir combien d’argent monsieur Tavares a rapporté à Stellantis.  

Et puis aussi : combien Volkswagen ou Ford seraient-il prêts à payer monsieur Tavares pour l’embaucher ?

dimanche 21 mars 2021

Mbappé : combien de millions d’€ par mois ? – Chronique du 22 mars 2021

« C’est une nouvelle étape de ma carrière, un nouveau pas vers l’histoire, ce sont des choses qui restent » a déclaré Kilian Mbappé après avoir marqué son 100ème but en ligue 1 durant le match victorieux du PSG hier à Lille.

 

Bonjour-bonjour

On est heureux de voir des gens fiers de ce qu’ils ont fait. C’est le cas de Killian Mbappé, après ce match contre Lille où il venait de marquer deux buts, franchissant ainsi la barre de 100 buts réalisés en Ligue 1 : « Je viens de faire un nouveau pas vers l’histoire ». On comprend alors que l’histoire vers la quelle il marche est celle du football où il pense laisser une marque durable. Rien à dire, sauf à douter qu’il y ait une « histoire » propre au football. Que faut-il pour faire l’« histoire » ? Que l’histoire existe justement, qu’il y ait une évolution impliquant une société, un peuple, l’humanité. A chaque peuple de dire s’il se sent touché irréversiblement par les résultats de son équipe de foot…

 

Mais qu’importe ? Cette incursion dans le domaine du foot nous permet de revenir sur la question du salaire des joueurs qui remue pas mal l’opinion en ce moment, période de vaches maigres liée à la déconfiture des droits-télévisés. C’est une question tellement prioritaire pour l’opinion qu’on trouve les chiffres en tête des pages-Google.

- Mbappé : 2 millions/mois

- Neymar : 3 millions/mois

            - Messi (à Barcelone) : 6 millions/mois

Etc. Ces chiffres seraient tout à fait anecdotiques si l’on s’arrêtait à l’indignation qu’ils soulèvent. Mais ils ont l’intérêt, pour qui s’efforce de comprendre, de mettre en lumière les critères qui fixent leur montant : car il y en a.

Marx expliquait qu’il y a deux façons de définir le salaire :

- l’une qui prend en compte l’argent que doit gagner le travailleur pour acquérir ce qui va lui permettre de reconstituer les forces dépensées lors de la période de travail. Même si Mbappé passe de longues heures à s’entrainer dur, on doute qu’il ait besoin de 2 millions d’euros chaque mois pour payer les céréales de son petit déjeuner et les McDo de son diner.

- Mais à ce salaire « naturel » on peut substituer un salaire fixé par le marché : le juste prix du travail de Killian Mbappé, c’est celui que le PSG est prêt à débourser pour qu’il joue avec eux et non avec Barcelone, Manchester ou Milan. 

 

Bien entendu, cela débouche sur un troisième critère : le juste prix du joueur, c’est l’argent qu’il permet aux financiers du club de gagner – et qui irait à la concurrence s’ils ne parvenaient pas à le garder dans leur équipe.

Car là est la véritable explication (qui vaut également pour les salaires mirobolants des PDG) : le prix d’un homme, comme pour toute marchandise, dépend du bénéfice qu’on réalisera en le mettant au travail.

« Je te paye aussi cher que tu voudras à condition que ça me rapporte encore plus. »

--> D’où le problème posé par la crise actuelle des droits télévisés : les joueurs doivent comprendre que s’ils rapportent moins, alors il est juste qu’ils gagnent mois. 

mercredi 12 février 2020

Luca de Meo, prochain Président de Renault toucherait 1,3 million € par an.

Luca de Meo, dont l’arrivée à la direction de Renault est prévue en juillet prochain, percevra 1,3 million d’euros de fixe par an, payable en douze mensualités.
Dans l’hypothèse optimiste où toutes les conditions seraient réunies, Luca de Meo pourrait toucher jusqu’à 6 millions d’euros. Lu ici.

- Neymar, le joueur du PSG touche quant à lui 3 millions mensuels. Il s’agit certes d’un salaire brut – mais quand même. 
On pourrait s’émouvoir de ces sommes, mais curieusement alors qu’on hurle au capitalisme fou en voyant le salaire du Président de Meo, on reste indifférent devant celui pourtant bien plus élevé de Neymar. S’agit-il de comparer le Président aux ouvriers qu’il commande ? Et de laisser le footballeur gagner autant qu’il voudra - du moment qu’il marque des buts ?
Faudrait-il plutôt admettre que le calcul du salaire n’a pas la même logique, selon qu’il s’agit du salaire du PDG, ou de celui de centaines de milliers d’employés ? A moins que, plus prosaïquement, on affirme que le salaire est le prix qu’il faut mettre pour s’assurer les services d’une personne ? Si on paye mal le PDG, si on lui refuse par exemple les millions qu’il exige, il ira les obtenir chez un concurrent qui sera bien heureux d’en priver ses adversaires. C’est sans doute ce mode de calcul qui permet d'évaluer le juste prix d’un PDG comme d’un footballeur. 
- Comme celui du smicard, condamné à se serrer la ceinture parce que n’importe qui peut remplacer n’importe lequel ? Pas sûr, car dans les calculs du marché, tous les prix sont libres à la hausse comme à la baisse ; alors que le SMIC est fixé par décret. (« Le salaire minimum de croissance (Smic) correspond au salaire horaire minimum légal que le salarié doit percevoir. »)

vendredi 17 janvier 2020

Professeurs : les promesses de Jean-Michel Blanquer

"Un professeur qui commence aujourd'hui gagne 1 600 euros mensuels. Ce n'est pas assez", a affirmé le ministre de l'Éducation.
Jean-Michel Blanquer promet "entre 70 et 90 euros net par mois en plus" pour les jeunes professeurs à partir de 2021
Tous les professeurs devraient ainsi voir leurs rémunérations augmenter, mais pas forcément des mêmes montants. (Lire ici)

A ce genre de déclaration on répond habituellement en criant au ministre que c’est un sale menteur, qu’il ne réalise jamais ses promesses, et qu’on ne verra jamais la couleur de cet argent. Mais, supposez un instant que le (la) pauvre jeune prof débutant(e) croie en la sincérité du ministre.
- Oui, monsieur le Ministre, je vous crois. Et je vais donc l’an prochain débuter à 1670 €  - au lieu de 1600 € - par mois. Quoi ? Vous ajoutez 20 € ? 1690 euros chaque mois sur mon compte en banque ! Et vous m’annoncez ça avec l’œil qui frise et la lippe humide, comme un écrivain qui frôlerait une gamine de 13 ans ? Soyons sérieux monsieur le ministre, voulez-vous ?
Mon frère vient de décrocher son premier emploi dans une start-up qui a l’air de bien démarrer. Il est ingénieur informaticien, diplômé comme moi bac plus 5. Et vous savez combien il touche chaque mois ? 3000 € chaque mois. Presque le double de ce que la république m’accorde à diplômes équivalents pour éduquer les jeunes citoyens français et leur donner le bagage nécessaire pour entrer sur le marché de l’emploi. Comment voulez-vous que moi, qui gagne moins de 1700 € mensuels je sois en état de former des jeunes qui (on l’espère) en vaudront le double ?
Le Ministre un instant désarçonné se reprend vite.
- Mois voyez vous jeune homme (fille), ce n’est qu’un début. L’année suivante (ou la suivante de la suivante) je vous augmenterai encore et encore ! Vous finirez bien par les toucher les 3000 € auxquels vous semblez rêver.
Arrivé(e) au 11ème échelon, vous finirez bien par gagner autant que votre frère au moment où il débutait.
- Oui, mais alors lui, il sera au moins à 5500 € nets !
- Certes mais vous vous aurez le bonheur de former les jeunes ingénieurs de demain. Et ce plaisir-là, à combien d’euros vous l’estimez ?